Tous sauf moi – Francesca MELANDRI

LIRE POUR L’ITALIE

Lorsque Babélio a proposé une rencontre avec Francesca Melandri, je me suis précipitée. J’ai découvert cette auteure avec Plus haut que la mer qui évoque les années de Plomb et se déroule en partie en Sardaigne, que j’ai beaucoup aimé. Eva Dort raconte un autre épisode de l’histoire de l’Italie : celle des villages germanophones du Haut Adige italianisés au cours de la période fasciste et après la Seconde Guerre mondiale. Francesca Melandri m’a fait découvrir une Italie que je ne soupçonnais pas dans des romans denses et puissants. Gallimard m’a fait parvenir un exemplaire de Tous sauf moi et l’invitation à rencontrer l’écrivaine. 

Le seul défaut de Tous sauf moi est son poids : 568 pages d’un grand format, un pavé pour la lectrice qui a le poignet cassé! Au dessus de 400 pages, je préfère le numérique. C’est un détail . Il ne faut surtout pas s’effrayer de ce pavé parce qu’une fois qu’on est entré dans l’histoire on se laisse entraîner dans une histoire passionnante.

Tous sauf moi est le dernier opus de la trilogie historique. Il retrace l’histoire du fascisme et particulièrement celle de l’aventure coloniale mussolinienne en Ethiopie. Comme dans ses précédents romans, le présent et le passé se télescopent et la saga familiale ne sera pas racontée de façon linéaire. C’est d’ailleurs le présent qui déclenche l’enquête qu’Ilaria mène pour découvrir l’histoire de son père. Un migrant africain débarque sur son palier, à Rome avec une carte d’identité qui prouve qu’il est son neveu : il porte le même nom que son père Attilio Profeti.  Ce dernier, à 95 ans, n’a plus toute sa tête ; sa seule préoccupation « gagner le concours » consiste à survivre plus vieux que tous.

Tous sauf moi est la devise, le refrain, répété comme un mantra depuis son enfance, tous mourront « sauf moi« . En effet, la chance est du côté d’Attilio Profetti : il va survivre à une guerre meurtrière. Il réussira, sans même le chercher, à être planqué. Il va s’enrichir et s’élever dans l’échelle sociale par des relations louches. Il va aussi passer à travers les enquêtes des juges dans l’opération mains propres, compromis mais pas assez important pour être condamné. Dans sa vie familiale, il a aussi une chance folle…mais ne spoilons pas le récit.

C’est en fouillant dans la vie de son père qu’Ilaria va découvrir presque un siècle d’histoire. Attilio, chemise noire, est envoyé en Ethiopie, se compromet aussi dans les théories raciales les plus abjectes,  est témoin des massacres.  Plus tard, on découvre  corruption et affaires de Berlusconi. Et finalement, les camps de rétention des migrants. Une histoire peu reluisante !

La romancière a construit un puzzle riche et foisonnant. Les personnalités sont complexes. Rien n’est simple. Au détour d’un chapitre, Francesca Melandri évoque deux personnages historiques qui n’ont rien à voir avec les héros inventés pour le roman : Badoglio et Graziani, figures importantes de l’histoire la plus trouble de l’Italie. Au cours de la rencontre, elle a évoqué le monument à Graziani qui a fait polémique : on célèbre encore les héros du fascisme, même si on sait qu’ils sont responsable de massacres.

Tous sauf moi peut être lu comme un roman historique. Il peut aussi être envisagé sous le prisme des relations familiales. On croit connaître ses parents, son mari. Qu’en sait-on vraiment?

C’est en tout cas un très beau roman!

Francesca Melandri – la photo est floue mais je la garde parce que c’est un bon souvenir.
Francesca Melandri

La rencontre avec Francesca Melandri a aussi été passionnante. Dans cette heure de questions-réponse, nous avons appris comment ce livre s’est construit avec dix ans de recherches, de rencontres, en Italie et en Ethiopie. Le choix du titre aussi différent en français du titre italien…

Traversée du Costa Rica du sud au nord, des confins du Panama au Nicaragua!

CARNET DU COSTA RICA

Puerto Viejo

Départ sous une lourde pluie. Nous découvrons, de jour, la route que nous avions parcourue de nuit. De Puerto Viejo à  Cahuita les  installations touristiques sont assez nombreuses, mais discrètes. Ensuite, le paysage est plus sauvage et plus agricole. On a suspendu des bouteilles par des ficelles à de petits étals sur le bord de la route. Cette huile de coco est-elle culinaire ou un produit de beauté ? Comme notre route est longue (5 heures) nous n’avons pas le loisir de nous renseigner.

pluie sur la mer Caraibe

La route enjambe plusieurs rivières Rio Bananito, Rio Banano aux eaux brunes chargées de boue avec la pluie tombée depuis trois jours. La mer n’est pas grise, elle est marron. La route prend la tangente à Limon, nous n’apercevons que des garages, magasins, concessionnaires voitures comme à l’entrée de n’importe quelle ville de par le monde. Puis les empilements de containers en quantité tout à fait extraordinaires. Chacun des containers possède un dispositif de climatisation sans doute destiné aux bananes, ananas, mangues….Une université se trouve à la sortie de Limon : campus luxueux.

La route « construite par les Chinois » a avancé. Les embouteillages ne sont pas aussi monstrueux que samedi. Nous connaissons par cœur le tronçon Siquirres-Guapiles. . Prises dans la circulation, nous ne voyons pas l’embranchement vers la route N°4. Nous grimpons  dans la montagne. Le relief est si accidenté qu’il est tout à fait improbable qu’une autre route se trouve sur la droite. Il est impossible d’envisager un demi-tour. Les bords de la route presque verticaux sont recouverts d’une épaisse végétation luxuriante et des cascades dévalent de la montagne. Paysage magnifique que cette cordillère centrale ! Nous avons dépassé de 30 km dans la direction de San José. 60 km à ajouter à un trajet déjà long.

Sur les bords de la route

La route n°4 traverse des bourgades très tranquilles. Les bananeraies ont laissé la place aux champs d’ananas denses et bleutés aux feuilles dressées comme des piquants. Comment récolte-t-on les ananas ? Nous croisons des hommes portant des machettes. Pour les ananas ? Détail assez antipathique : à l‘entrée des parcelles des panneaux avertissent que des traitements phytosanitaires ont été réalisés. Ananas local mais pas bio ! Quand on ne cultive pas d’ananas il y a du manioc : haut, propre en longues rangées parallèles, plus ordonné et  plus fourni qu’au Bénin ou au Togo !

La route n°4 est une belle route avec des bretelles de sorties. Le GPS nous la fait quitter à Pital – bourgade commerçante avec une belle librairie, des magasins de vêtements, de téléphonie, de motos, d’électroménager…de gros supermarchés des cafés et des sodas. Nous sommes heureuses de sortir des zones touristiques pour voir la vie ordinaire des gens.

Champs d’ananas

Nous nous dirigions vers le nord, vers le Nicaragua, toujours dans les champs d’ananas. Le relief est intéressant, les collines assez escarpées. Nous traversons le village de Saino puis Boca Tapada qui paraît un village perdu mais qui a deux belles écoles de chaque côté de la route.

Des prés verdoyants avec de nombreux bovins ont remplacé les ananas. Vaches grises ou noires et blanches, buffles gris clair, buffles blancs. Des arbres très hauts à la ramure clairsemée se détachent sur le ciel. De temps en temps on aperçoit la rivière San Carlos qui se jette dans le fleuve San Juan qui marque la frontière avec le Nicaragua. Le San Carlos est large aux eaux limoneuses brunes, majestueuses.

Après Saino, le goudron a disparu. 9 km sur une large piste de terre où parfois les pierres affleurent faisant penser à un pavage et parfois de terre lisse. Les nids de poules nous meurtrissent dos et fessiers. Lorsqu’on avance on découvre fincas et lodges, ranchos pour le tourisme vert avec des propositions de balades à cheval, d’observation des oiseaux ou canotage sur la rivière.

Pedacito de Cielo

orchidée bambou

Pedacito de Cielo  est un hôtel bien établi : les certificats affichés datent de 2009. Il possède une vingtaine de chalets de bois avec vue sur la rivière San Carlos ou sur le jardin fleuri. Marcos nous accueille et nous remet la clé du N°26 accessible par une rampe de ciment. Il nous invite à un pot d’accueil. Le bungalow est construit en rondins très réguliers. Il est très haut de plafond à deux pans en larges planches de beau bois foncé. Deux niveaux : au niveau supérieur, un lit une personne, une table contemporaine posée sur un tronc et la salle d’eau. Trois marches plus bas, une grande pièce avec un grand lit, une coiffeuse. Sur quatre côtés on a percé de larges baies voilées de rideaux fins blancs brodés de fleurs dorées. Un ventilateur à longues pales donne de la fraîcheur.  Il manque quand même une armoire : les vêtements resteront dans la valise. Pareil dans la salle de bains, rien pour poser le verre à dent ou le savon.

Pedacito de cielo : notre bungalow

Le dîner est servi tôt à 18h30. La salle à manger est construite sur une terrasse au-dessus de la rivière qu’on devine sans la voir. Nous sommes à la hauteur de la cime des arbres où se posent plein d’oiseaux. Avant le diner nous avons l’occasion d’observer des oiseaux colorés de toutes tailles, du minuscule colibri bleu métallique aux plus grands ; Tout le monde attend le toucan, ce sera pour une autre fois.

Le menu (15$) est imposé : une soupe excellente, une salade de crudité mélangées : tomates, salade verte, concombre, radis. Le plat du jour : poulet parfumé au gingembre et spaghetti avec une sauce de tomates fraîches et poivrons. De l’oignon vert décore le plat.

Un groupe allemand d’ornithologistes et de photographes est arrivé. Ils ne sont que 12 mais on n’entend qu’eux.

Fin du dîner à 19h et extinction des lumières à 21h30.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DANIEL BARENBOÏM de la Musique avant toute chose – Myriam Anissimov

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Daniel Barenboïm est une personnalité qui m’intéresse beaucoup.

D’abord, c’est un grand musicien que j’admire.

Mais surtout c’est un esprit libre qui a créé et dirigé un orchestre réunissant des musicien israéliens et palestiniens, libanais, syriens et jordaniens avec Edward Saïd :  West-östlicher Divan,

« Nous devons combattre le nationalisme étroit et le fanatisme religieux par l’éducation, l’humanisme. »

a déclaré Barenboïm à Londres en 2017 avant de commencer à diriger un concert!

Esprit assez anticonformiste pour chercher à imposer la musique de Wagner en Israël où elle n’a pas droit de cité depuis la Shoah.

Quand sa biographie a été proposée sur la liste de la Masse Critique de Babélio, j’ai coché la case sans aucune hésitation.

Myriam Anissimov a écrit les biographies de nombreuses personnalités que j’admire : Grossman, Romain Gary, Primo Levi ainsi que des romans. Elle a eu soin de replacer la vie et la carrière de Barenboïm dans un large contexte temporel que géographique. Daniel Barenboïm est né en Argentine mais sa famille a fui l’antisémitisme et les pogroms en Ukraine, elle situe les origines à Odessa. L’Argentine de Peron n’était peut être pas la destination la plus clémente pour les Juifs. La famille Barenboïm émigre en Israël en 1952. L’auteure apporte son éclairage.

La vie du musicien est surtout faite de rencontres avec les plus grands musiciens de la seconde moitié du XXème siècle. La lecture de cette biographie est jalonnée des rencontres avec les plus grands , de Rubinstein à Fürtwängler (le cas de ce dernier est discuté), de Menuhin à Boulez…impossible de les énumérer! C’est donc un plaisir de croiser dans le livre les plus grands interprètes et les proches de Barenboïm Sukerman et Perlman – amis depuis l’enfance .

Une grande partie du livre est consacrée à la première femme de Daniel Barenboïm : Jacqueline du Pré, immense violoncelliste, aussi bien avant sa rencontre avec Barenboïm qu’ensuite quand le couple se produisait ensemble, leurs noces au lendemain de la Guerre des Six jours. J’ai beaucoup aimé cette partie du livre, l’auteur a été très inspirée par la personnalité de Jacqueline du Pré et par son triste destin.

C’est donc avec beaucoup d’intérêt que j’ai lu cet ouvrage, même si l’énumération des œuvres jouées dans chaque concert ou festival m’a semblé un peu fastidieuse. Mais il faut dire que je suis peu mélomane et que nombreux titres me sont inconnus. J’aurais aussi aimé que l’auteure fasse surgir avec plus d’éclat la personnalité de Daniel Barenboïm, alors qu’elle a été plus inspirée par Jacqueline Dupré.

Le mérite d’un livre est aussi de suggérer d’autres lectures et j’en ai noté plusieurs, sans parler des écrits de Barenboïm lui-même.

Merci encore à Babélio et à l’éditeur Tallandier pour cette lecture passionnante!

Manzanillo – village rasta

CARNET DU COSTA RICA

Manzanillo vue de la plage

Le Parc de Manzanillo est situé 10 km au sud de Shawandhra. De chaque côté de la route les hôtels, lodges, cabines à louer sont cachés dans des jardins touffus. La route traverse une belle forêt aux arbres immenses. Des panneaux signalent que le terrain est à vendre….

Manzanillo sous la pluie

Manzanillo est un joli village. Sur le front de mer planté de cocotiers on a installé bancs et tables de pique-nique le long de la très belle plage de sable fin. Un petit cargo est échoué non loin, des graffeurs ont dessiné un visage, un tronc d’arbre est fiché perpendiculairement. Dans la brume, les nuages et l’écume des grandes vagues sur la mer agitée, lui donnent un air fantomatique.

la plage de manzaznillo

Ds restaurants sont dispersés sur le front de mer. Le plus pittoresque est au bout de la route : maison à un étage avec balcon à clairevoie aux couleurs rastas jaune rouge et vert. Une fresque avec le portrait de Bob Marley, un lion couronné orne le mur. Bob Marley est aussi peint sur ‘école. Nous déjeunerions volontiers dans ce « soda ». Une vieille femme noire sort le déjeuner : ses marmites sont alignées sur une nappe à carreaux rouge et blancs ? Quand nous approchons elle nous signifie que « c’est fermé ! » ce qui est impensable puisqu’on voit les gens déjeuner.

Manzanillo est reggae

Devant cet accueil, nous poursuivons jusqu’à la Réserve au bout de la piste. Il y a bien un parking pour les visiteurs mais le petit pont-piétons est barré d’un ruban interdisant le passage. On peut passer à pied par la plage m’assure un homme qui se porte volontaire pour garder la voiture ; « vous me laisserez bien quelque-chose ? » Il recommence à pleuvoir fort. Nous retournons au village. La vieille dame est toujours là avec ses marmites, elle explique : « il y a un groupe ». pas un groupe de touristes, plutôt des locaux ? afro-américains ? jamaïcains ?

Déjeuner au soda : cuisine carribéenne

Dans l’établissement voisin, il y a de la place à l’étage. Nous préférons un petit soda plus discret avec quelques tables rondes laquées de rouge. On nous tend une carte avec de nombreux plats de cuisine caribéenne ; Pour nous riz au crevettes et plantains frits et poisson (espadon) caché sous un monceau d’oignons, poivrons, tomates. C’est très bien servi, l’endroit est sympathique. Avec le café, on s’en sort pour 10.000 colones.

La pluie a cessé. Je me livre à ma promenade les pieds dans l’écume . Derrière l’épave une famille se baigne avec de jeunes enfants ; Est-ce bien prudent ? Encore une fois nous ratons le rendez-vous que nous nous étions fixées au bout de la plage ; Dominique s’engage sur la route et ne peut plus faire demi-tour. Elle en profite pour découvrir de très jolies criques sauvages que j’explore ensuite.

Dîner grande classe à Shawandha : salade de cristophine et cœurs de palmier pour moi, poisson corvina pour Dominique.

Jaguar Rescue Center à Puerto Viejo

CARNET DU COSTA RICA

A l’école des bébés paresseux
A l’école des paresseux

La visite du Centre Jaguar est une visite très prisée, il faut arriver en avance pour être sûres d’être prises. Même avec une heure d’avances nous ne sommes pas les premières. Entrée 20$.Comme il pleut à verse j’achète un poncho en plastique (8$). Les animateurs forment des groupes selon les langues parlées. Les francophones sont nombreux et accompagnés de jeunes enfants ; je préfère le groupe anglophone (11 adultes) conduit par Dan, un volontaire hollandais qui connait le centre depuis de longues années.

Nous traversons le centre jusqu’à l’enclos grillagé de Diavolo, le margay (leopardus wiederi) qui est le seul « léopard » du centre crée par Sandro et Encar, deux biologistes espagnols, vétérinaires à Barcelone. On leur a apporté un jaguar blessé qu’ils ne sont pas arrivés à sauver mais qui a donné son nom au Centre.

Dan est suivi par Sissi, petit pécari, né avec une malformation de la mâchoire qui ne saurait vivre dans la nature et qui recherche les câlins.

Diavolino ressemble plus à un chat tigré qu’à un léopard ou un ocelot. D’après Dan, il serait un véritable diable capable de tuer même un spécialiste des lions et des tigres.

le caïman de turtle beach

Dans un bassin, un caïman a une drôle d’histoire : un couple de vacanciers en voyage de noces, l’a découvert dans la baignoire, on l’a donc expédié au centre. Le crocodile a eu un destin plus terrible : un homme voulait consommer sa chair soi-disant aphrodisiaque. Il l’a capturé et attaché à un arbre et s’acharnait dessus quand des touristes ont battu le tortionnaire et apporté le pauvre crocodile souffrant de multiples fractures qui ont guéri. Les crocodiles peuvent vivre très vieux et contrairement aux autres animaux qui cessent de grandir quand il ont atteint leur taille adulte, la croissance du crocodile continue au cours de son existence. Les autorités refusent de donner l’autorisation de relâcher le crocodile dans la nature ; Il restera donc au centre.

Bébé singe-hurleur et sa nurse une volontaire

Les singes-hurleurs, singes-araignées et capucins sont souvent arrivés orphelins, privés de leur mère. Des volontaires nursent les petits qui s’accrochent à eux comme à leur mère. L’un d’eux porte une couche-culotte. Ils sont tous très petits pour leur âge. Pour être remis en liberté, il faut bien sûr qu’ils soient en bonne santé, capable de s’alimenter seuls, mais il faut aussi tenir compte de la structure sociale du groupe. Une femelle en période de reproduction sera plus facilement acceptée dans un groupe. Un mâle devra trouver sa place. Il vaut mieux garder au Centre une femelle stérile qui aura son utilité en éduquant les plus jeunes. Les succès comme les échecs sont utiles pour les biologistes.

Sous la pluie, je n’ai pas pris de note et j’ai oublié le détail de toutes les anecdotes prouvant l’intelligence des primates capables de mémoriser même les codes des cadenas qui ferment les cages. Autre détail : la force de la voix des singes-hurleurs leur a servi pour Jurassic Parc. Ce sont eux qui donnent la voix des brontosaures ou de Tyrannus Rex !

A l’école des bébés paresseux

Le centre héberge de nombreux paresseux à 2 ou trois doigts ; ce sont deux espèces distinctes ; Ils ne sont pas interféconds et de nombreux caractères anatomiques ou comportementaux les séparent. Les bébés apportés au centre sont regroupés en « classes » d’âge. De nombreuses données manquent dans l’élevage de ces bébés-animaux. Par exemple, on ignore la composition du lait maternel. Il est donc difficile de les nourrir efficacement. Il est aussi difficile d’imaginer leur vie, accrochés à l’envers par leurs griffes (qui ne sont pas des ongles, a précisé Dan). Dans la forêt les paresseux vivent en symbiose avec des algues qui verdissent leur pelage. Ils évitent les attaques des prédateurs en restant immobiles. Quel jaguar, quel chat sauvage, quel aigle s’attaquerait à un tas vert immobile ?

Devant les terrariums, explication sur les serpents, venimeux ou pas. Les humains n’ont pas trop à craindre au Costa Rica : les hôpitaux disposent tous des sérums antivenimeux. Avant de trépasser, l’homme adulte dispose de quelques heures pour se présenter aux urgences où se trouve l’antidote. Les spécialistes sont capables d’identifier le serpent aux traces de la morsure.

La visite a duré deux bonnes heures.

Le Cavalier bleu : Franz Marc et August Macke à l’Orangerie

Exposition temporaire à l’Orangerie jusqu’au 17 juin 2019

Franz Mar : Le Rêve

Dans la lignée des expositions autour d’Apollinaire, Dada-Africa, l’Orangerie présente l’aventure du Cavalier Bleu , exposition autour d’une rencontre en 1910 de Franz Marc( 1880 -1916) et d’August Macken(1887 – 1914), rencontre, confrontation de deux contemporain et aventure du Cavalier Bleu en collaboration avec Kandinsky.

Nous faisons connaissance avec ces deux peintres allemands et c’est l’occasion d’une formidable leçon d’Histoire de l’Art. Marc comme Macke connaissaient, expérimentaient, étaient ouverts aux influences de la peinture européenne à la veille de la Première Guerre mondiale. Alors que nous découvrons ces tableaux qui sont neufs pour nos yeux, nous pouvons lire les influences, les recherches, les styles et l’évolution rapide d’un moment de peinture qui n’a duré que quatre ans.

La première salle présente les deux amis : elle est sous-titrée: LA RENCONTRE (1910) UNE AMITIE DE PEINTRE

Franz Marc Etude Verte

sur deux murs on voit la Nature telle que la voit Franz Marc , un peu à la manière de Van Gogh, dans l’Etude Verte ou de Gauguin avec les à-plats bordés d’un liseré noir, japonisme peut être? Le Torrent dans la Forêt m’a beaucoup plu.

Torrent dans la forêt

Absence des humains mais présence des animaux, surtout des chevaux. Les animaux ont un sens de pureté dans un monde naturel.

Franz Marc : Chevaux au soleil

en face les tableaux d’August Macke , montrent des portraits et des natures mortes, un peu à la manière de Cézanne, ou de Matisse

La joueuse de Luth
August Macke : Portrait de Franz Marc

Début d’une amitié : les deux peintres échangent des tableaux peignent de portraits l’un de l’autre. Seul le portrait de Franz Marc subsiste.

la 2ème section s’intitule LES ANNEES BLAU REITER (1910 -1912)

Les deux amis rencontrent les peintres qui exposent en Allemagne  Matisse et Van Dongen, mais surtout ils se lancent dans la’aventure du Cavalier Bleu avec Kandinsky. Les couleurs deviennent très vives, contrastée

August Macke : autoportrait caricaturé
Franz Marc : chat derrière un arbre
Franz Marc : chat derrière un arbre

Ils rencontrent aussi les cubistes et les animaux de Marc subissent l’influence cubiste

Franz Marc : chien couché dans la neige/

Kandinsky est l’un des principaux instigateurs du Cavalier bleu.

Kandisnsty : Murnau attelage.

Je fais connaissance avec une artiste que je ne connaissais pas, compagne de Kandinsky : Gabriele Münter qui allie inspiration spirituelle et inspiration populaire dans le combat du Dragon

Gabriele Münter : Le combbat du Dragon

Inspiré de la Pastorale de Kandinsky Rococo de Macke

August Macke : Rococo

Offert à Kandinsky : le Rêve de Franz Marc

3ème section : UNE AVANT-GARDE EUROPEENNE

En 1912 Marc et Macke se rendent tous les deux à Paris, rencontrent Delaunay, Apollinaire (1913) . Une exposition des futuristes italiens les marque.

Franz Marc : Ecuries
Franz Marc : Ecuries

les 3 jeunes filles d’August Macke sont présentées en regard avec le travail de Delaunay

A Macke : 3 juenes filles avec des chapeaux de paille

4ème section : VERS L’ABSTRACTION

Macke s’éloigne du Blau Reiter, part en Tunisie avec Klee. j’ai bien aimé son Kairouan/

1914, la guerre éclate. Franz Marc comme les Futuristes voyait dans la guerre un renouvellement, une purification possible….Les deux amis mourront au front.

 

 

Finca Isla : un jardin botanique tropical

CARNET DU COSTA RICA 

Heliconia

 

Je trouve le but de promenade idéal pour l’après midi : la Finca Isla : un jardin botanique à la sortie de Puerto Viejo . Depuis 1987, une plantation de cacao abandonnée a été débroussaillée et transformée en ferme expérimentale. Le projet agricole ne s’étant pas révélé viable, on s’est tourné vers le paysagisme et le tourisme. A l’entrée un homme dreadlocks et allure rasta me conduit dans la serre des broméliacées. Ces épiphytes peuvent être cultivées en pot. Leurs feuilles forment une coupe remplie d’eau où les grenouilles rouges placent leurs têtards. C’est ici que j’ai la chance d’ observer 3 minuscules grenouilles. J’essaye le nouveau Lumix et son téléobjectif de 100. Les grenouilles sont vives, sautent, se cachent, c’est un vrai casse-tête que de les photographier. Après multiples tentatives j’obtiens un bon cliché qui va se trouver effacé par des manipulations malencontreuses. Le Lumix est d’un maniement complexe.

 

A la sortie de la serre, le parcours est indiqué sur un plan plastifié. Un livret guide complète les explications. Je passe devant le Palmier marcheur ainsi nommé parce que son tronc ne touche pas terre, il est soutenu par des racines aériennes qui ressemblent à des pattes ; Je me perds dans la forêt sombre de hauts arbres préservé pour l’ombre qu’ils donnaient aux cacaoyers.

Une clairière est plantée de poivriers facilement reconnaissables à leurs grains. Il faut ensuite identifier le mangoustanier, la Sapotille, la vanille et nombreux arbres dont je ne soupçonnais même pas l’existence. Lequel est l’arbre à durian dont les fruits sentent si mauvais ? A quoi ressemblent les noix de cola ? Le petit sentier bien marqué sur le plan est envahi d’herbes ou recouvert de feuilles sèches. Je tourne en rond dans un labyrinthe. J’ai l’impression de passer et repasser devant les mêmes bananiers ; La promenade zen tourne à l’aigre, vais-je trouver la sortie ?L a visite se termine avec un verre de jus de fruit et un carreau de chocolat bio local.

Jacquier

J’ai encore le temps de faire une promenade à Shawandha entre les bungalows bien cachés dans la propriété et découvrir le ceibo (fromager en Afrique) de 60 m de haut et d’une circonférence impressionnante avec ses racines externes en pans triangulaires. Regarder ses hautes branches donne le tournis.

Bromelias dans la serre

Pour dîner Dominique commande de l’osso-bucco et moi, un plat végétarien mijoté dans une feuille de banane qui forme un bol très creux contenant des carottes, des courgettes, brocolis, christophine parfumé et épicé. Heureusement le riz éteint le feu des épices.

Dimanche à Puerto Viejo

CARNET DU COSTA RICA

La plage au bout du sentier de Shawandha Lodge

Les oiseaux nous réveillent un peu avant 6 heures. Un sentier relie le Lodge à la plage : courte promenade sous des arbres immenses, fleurs graphiques, lianes qui s’enroulent sur les troncs. De l’autre côté de la route les maisons sont bien cachées dans la jungle, invisibles de la route. Le sentier débouche sur une crique de sable blond avec quelques coraux ; les vagues bien formées interdisent la baignade (récemment un client de l’hôtel s’est noyé). Rituel du matin : les pieds dans l’écume des vagues qui viennent mourir sur le sable. Des arbres aux feuilles arrondies et vernissées compliquent mon passage. Ici aussi, les troncs rincés par la mer jonchent le sable. Je croise deux couples et une dame qui promène trois chiens. A mon retour à 7h30, je constate que tous les bungalows sont occupés. Sur chaque balcon il y a quelqu’un qui lit dans le hamac ou sur une banquette. Les bungalows sont si bien cachés dans la verdure qu’on ne soupçonne même pas la présence d’autres occupants. Calme et volupté !

 

assiette de fruits tropicaux

Le plus joli petit déjeuner qui soit : au centre de l’assiette de fruits, un fruit de la passion rond est découpé comme un œuf à la coque ou une coupe de caviar aux grains gris, autour des tranches de pastèque, des rondelles de bananes, une mangue ouverte découpée en quadrillage, des quartiers d’ananas et une fleur rouge qui relève la couleur ! C’est exquis, chaque fruit à maturité parfaite. Omelette ou œuf frit ? toasts chauds excellent café fort et un peu amer.

En attendant que notre hôtesse contacte la guide francophone qui pourrait nous emmener visiter les indiens Bribris nous partons à faire quelques courses (eau en bouteille, cartes téléphoniques costariciennes). Cocles possède une supérette et deux grands supermarchés mais Puerto Viejo est plus animée avec des restaurants, des boutiques de souvenirs, pharmacies….

 

une « île » dans la mer Caraïbe

La plage de Puerto Viejo, le Dimanche : Des familles sont venues de Limon faire un pique-nique. Certaines ont apporté leurs glacières, d’autres sont très bien équipées : marmites rondes à fonds noircis, barbecues, radiocassettes pour l’ambiance, draps de bains, parasols…Dominique s’installe sur un tronc lisse à l’ombre d’un arbre bien vivant et je reprends l’arpentage de la plage. Des récifs abritent une piscine naturelle où des enfants barbotent en sécurité. Sur un navire rouillé la végétation s’et installée, une troupe d’échassiers d’aigrettes blanches et hérons gris, est perchée. Un arbre se dresse au milieu avec des feuilles oranges. Les bars de plage ouvrent : tabourets hauts de comptoirs, tables carrées plus ou moins bricolées, peintes de couleurs vives ; Ambiance caribéenne, serviettes et drapeaux aux couleurs jaune rouge et vert, figures du reggae, boutiques et ateliers de coutures pour mode wax(modèles européens tunique et minirobes, maillots de bain tricotés ou au crochet, paréos. Peaux colorées, noires, café au lait métisses surtout, dreadlocks….Sur le bord de la route, on propose des petits déjeuners tardifs aux clients des hôtels de backpackers/ Ambiance roots, loin du luxe feutré des lodges. Je m’enquiers des horaires du déjeuner : 11-17h. Le soir c’est fermé.

Continuant mon exploration sur le bord de l’eau, j’arrive à une plage de sable noir battue par de très grosses vagues. Des surfs sont à louer mais il n’y a personne. Trop tôt sans doute ! Un peu plus loin se tiendra une compétition de surf. On monte une estrade et règle la sono. En attendant, la plage est déserte, je pourrais marcher sur des kilomètres. Le soleil brille, j’aurais dû me tartiner de crème solaire et mettre un foulard.

Le culte

Petit tour dans les rues de Puerto Viejo. A l’église, c’est la Messe ; Ou plutôt le culte baptiste. En musique. Pas de prêche du pasteur. Pas de pasteur. Une femme grisonnante se tient debout près du micro et entonne les hymnes dont les paroles défilent sur un écran. Un jeune homme est aux commandes d’un ordinateur. Culte électronique pour une assistance clairsemée mais fervente. A l’entrée de l’église une femme danse scandant la musique avec un tambourin. Elle m’invite à entrer Je n’ose pas : je suis habillée d’un short et d’un débardeur. Les tenues sont décontractées, personne n’est endimanché. Nous sommes les seules blanches, les fidèles sont noirs ou métisses.

Les boutiques de téléphone sont fermées ; j’ai acheté une carte SIM du Costa Rica mais je ne sais pas comment l’activer.

La piscine de Shawandha Lodge

Retour à Shawandha : la guide francophone est prise. Nous renonçons au tour à 70$ comprenant transport et repas.

En voiture pour Puerto Viejo!

CARNET DU COSTA RICA

au matin petite pluie

Minuit : grand fracas, une pluie diluvienne tombe sur les tôles du bungalow, les feuilles dégoulinent. Dans mon premier sommeil, vision d’enfer liquide. Et dire qu’on est en saison sèche ! Qu’est-ce que cela doit être en saison des pluies ! Toute la nuit, les averses se succèdent, et les réveils intempestifs.

6 heures, dernière promenade sur la plage. Pour éviter de mouiller les vêtements que l’on doit mettre dans la valise, je suis en maillot de bain. La pluie menace, l’eau est grise.

retour sur le canal

9h Maurizio charge avec beaucoup de soin le grand canot à moteur : valises devant, bien calées. Il va faire de la vitesse. Dernier parcours tranquille sur le petit chenal de l’hôtel puis trajet direct jusqu’au débarcadère où nous attendons le minibus déjà très en retard.

Le train des bananes

Devons prendre  la voiture à 11h  au restaurant Selva tropical à Guapiles où nous avons déjeuné il y a 3 jours. Nous n’y serons pas. Nous traversons la zone d’élevage, les petits villages aux maisons peintes, les bananeraies, Chiquita et Del Monte. Nous avons de la chance : le train des bananes est en mouvement. Les régimes sont emballés dans leur plastique bleu avec du carton ondulé pour réduire les frottements. Un homme est harnaché à la taille avec un câble. Il semble tirer le train des bananes. Les installations attenantes sont impressionnantes.

Après Siquirres, les champs d’ananas bleutés occupent la vallée. La route 32 San Jose-Limon est en chantier et complètement embouteillée. Une heure pour une vingtaine de kilomètres qu’il faudra parcourir à nouveau quand nous aurons la voiture. Nous avons plus d’une heure de retard.

Marvin est pressé de repartir. Le dernier repas pris « en groupe » est expédié : fricassée de bœuf tendre et poêlée de cœurs de palmier découpés en petits dés. Un beignet très fin nappé de caramel et des tranches d’ananas à volonté.

La voiture n’est pas là. Le loueur de Toyota était à l’heure. Il nous a attendu et s’est lassé. Il est rentré déjeuner chez lui. Les formalités se terminent à 14h30. Sur le Road Book, 3 heures de routes nous séparent de Puerto Viejo où nous aimerions arriver avant la nuit.

notre carrosse la Toyota

Le chantier  a mis la circulation à l’arrêt. Quelle perte de temps ! Il aurait fallu prendre la voiture à Siquirres. La route enjambe plusieurs torrents et rios, maintenant à l’étiage, dans un lit de gros galets surplombés par les Erythrines et leur belle floraison orange.

Le port de Limon

Le port de Limon s’annonce à l’avance avec des aires de stockage des containers en pleine campagne. Lego géant, empilements monstrueux. Loin du rivage, ils semblent insolites et déplacés. On imagine containers, grues et docks le long des quais et non pas loin de la mer. Nous passons la ville de Limon sans vraiment s’en rendre compte. Il est 17h45 quand nous faisons une halte à la sortie de la ville. Les installations portuaires sont noyées dans la brume et les embruns. Les nuages se déchirent au coucher du soleil, la lumière est rose, les grues du port cuivrées.

Il reste une soixantaine de kilomètres à parcourir dans la nuit ; La route longe la côte. On devine les vagues. Les phares des véhicules qui arrivent en face nous éblouissent ; Sur le bas-côté, marchent des enfants, roulent des cyclistes sans le moindre éclairage. Les ponts qui franchissent les ruisseaux sont très étroits ; il faut observer la signalisation peinte sur la chaussée pour savoir quelle file a la priorité, les autres attendent derrière la ligne blanche.

Nous traversons des bourgades très animées où les restaurants sont illuminés. Puerto Viejo est une agglomération touristique. La pluie tombe lorsque nous arrivons à Shawandha Lodge. Je remplis les formulaires à al réception comme un automate. Le réceptionniste me prête un parapluie ; Nous traînons les valises sur les allées cimentées, trempées et arrivons devant le perron du bungalow qui nous est destiné ; Les quatre marches nous dissuadent. Il existe un bungalow pour handicapés avec une rampe et tout près de la Salle à manger. Mais il est moins chic.

Le restaurant est sous un très haut toit pointu recouvert de chaume de feuilles de palmier, il est ventilé par deux hautes ouvertures triangulaires. Il y fait délicieusement frais. Après la pluie, les plantes ornementales ruissellent et les gouttes tombant du toit forme une fine cascade difractant la lumière. Cette humidité amplifie l’atmosphère tropicale. Le décor est raffiné : une bougie est posée au milieu d’un bouquet de fleurs rouges. Tagliatelle au saumon et tagliatelle aux crevettes roses servie avec des quartiers de citron vert, une herbe un peu acide comme de l’oseille.

Pour nous dédommager de la différence entre la casita et le beau bungalow qui n’est pas accessible, notre hôtesse nous offre le vin et le dessert. Le ginger cloud est une merveille : mousse au chocolat, une boule de glace chocolat et une boule de glace au gingembre maison avec du gingembre frais pilé. Notre hôtesse vient nous tenir compagnie. C’est une grande dame très distinguée et charmante. Elle est française et ravie de converser dans sa langue. La soirée se prolonge, la fatigue est oubliée. Nous sommes conquises par la magie des lieux.

 

 

 

 

 

 

Promenades naturalistes à Turtle Beach avec Marvin

CARNET DU COSTA RICA

Le petit canal tranquille de Turtle Beach

6h, départ en bateau sur le petit chenal qui relie l’hôtel au Cano Cana plus fréquenté.  Tous les canaux sont naturels sauf justement celui-là qui a été creusé au service de Turtle Beach Hotel. La forêt a été également replantée, on ne peut donc pas parler de « Forêt Primaire » bien que des essences endémiques ont été utilisées en respect avec l’écologie du Parc. La forêt se renouvelle naturellement : les grands arbres n’ont jamais plus de 300 ans alors que sous d’autres climats ils peuvent vivre des millénaires. La chute d’un arbre pluri-centenaire n’a rien d’une tragédie : il faut plutôt la considérer comme une chance pour que els arbrisseaux condamnés à végéter dans la pénombre trouve de la lumière pour se développer et que les semences nombreuses germent dans la clairière.

Hérons

feuillages de la jungle

Le matin, de six à huit, il fait jour mais encore frais, certains animaux nocturnes ne sont pas encore endormis alors que les diurnes sont actifs. A l’entrée du chenal, sur un grand arbre, un gros oiseau se tient sur son nid. L’ornithologiste qui accompagne un groupe de Canadiens l’avait désigné sous le nom Onore du Mexique, Marvin l’appelle Heron-tigre. Wikipédia les met d’accord avec le nom scientifique Tigrisoma mexicanum de la famille des Hérons (Ardéidés). Le gros oiseau brun est un juvénile, plus gros que ses parents, il n’a pas encore quitté le nid. Non loin de nous se tient un de ces derniers, gris. Un seul petit occupe le nid. La femelle pond deux œufs. Le plus fort, habituellement jette l’autre poussin à l’eau.  Il servira de proie aux caïmans ou autres prédateurs.

héron bihoreau

Au cours de la promenade, nous observerons un petit héron bleu sur son nid avec ses petits qui donnent des coups de bec sur le bec du parent. Aussi un Boat Bill Heron Cochkearius cochlearius ou Savacou en français.

Endormi : le héron nocturne Golden Crest Heron ou Yellow crowned night heron Nyctanassa violacea ou Bihoreau à calotte jaune.

Reptiles

Caïman

La promenade offre de nombreuses surprises : caïmans, grands et petits. Maurizio, le batelier, a les yeux très exercés pour les débusquer. Souvent seul le museau et les yeux proéminents émergent de l’eau presque noire. Pendant que Maurizio cherche, Marvin raconte. Les caïmans et les crocodiles, à la différence des tortues et lézards, prennent soin de leur progéniture ; Il faut imaginer la gueule effrayante d’un crocodile tenant le bébé.

basilisc

Marvin nous montre les iguanes et basiliscs avec son laser vert. Si le vert du Basilisco esmeralda (vert) se voit sur les troncs gris, les iguanes sont moins voyants même s’ils sont parfois très gros. Ils grimpent sur les hautes branches. Les basilisc vert est surnommé « lézard Jésus Christ » parce qu’il court sur l’eau. Marvin nous imite le bruit des pattes frappant la surface de l’eau.

chauve-souris

(Les chauves-souris dorment alignées sur un ton : petits tas bruns qu’on aurait bien du mal à remarquer sans l’aide du guide. 5 sur un arbre ne sont pas encore endormies, le museau pointu, les yeux ouverts (elles voient mal).

La sortie est sur le thème du camouflage : stratégie de survie pour nombreux animaux. Le Great Potoo (Nyctibius grandis) ou Grand Obijau est un oiseau nocturne qui ressemble à s’y méprendre à une vieille branche d’arbre cassée. La visite est obligatoirement guidée : les oiseaux vivent si bien cachés qu’hier – du bateau – je n’ai rien vu en dehors d’un cormoran, d’aigrettes blanches ou de vautours planant. Comment débusquer le nid minuscule d’un colibri à l’extrémité d’une feuille enroulée, derrière le voile d’une toile d’araignée. On devine le bec très pointu de l’oiseau qui couve.

Une colonie de nids allongés suspendus dans un grand arbre un peu à la manière de ceux des tisserins au Bénin, est celle des Orioles à queue jaune (Icterus mesomela) qui les ont construits groupés et en hauteur pour plus de sécurité. Nous aurons l’occasion de voir les oiseaux.

toucan : j’aurais aimé que cette photo fut mienne, c’est un cadeau de nos amis belges

Un toucan traverse le canal haut au-dessus de nos têtes. C’est un des oiseaux emblématiques du Costa Rica et j’ai hâte de le voir de plus près.

Après 1h45 de promenade magique dans des canaux silencieux, il est temps d’aller déjeuner. Chaque bateau pousse son moteur au maximum. Une grande vague vient à notre rencontre et submerge la proue plate où j’ai posé mon sac que j’attrape au vol (il contient passeports, téléphone et mon cahier). La vague ne se contente pas de mouiller mes affaires, elle m’éclabousse et je suis trempée.

promenade pédestre

vanille

Une promenade pédestre est l’occasion de découvrir les arbres ornant l’hôtel.

Le grand ficus n’a pas de racines profondes, il est stabilisé par ses racines superficielles dont l’étendue correspond presque exactement à la circonférence de la ramure. Des racines aériennes aplaties dans lesquelles on peut fabriquer des meubles ou des roues de charrettes maintiennent l’équilibre. Nous avons vu cela en Afrique avec des fromagers.

Le cacaoyer était largement cultivé au Costa Rica. Les plantations ont été ravagées par une maladie. Marvin est pessimiste. Peut-être le chocolat est destiné à disparaître.

La vanille est une liane. On voit les bourgeons floraux et une grosse gousse renflée. La vanille est une orchidée qui a besoin d’un champignon pour former des mycorhizes.

Le beau manguier n’est pas un inconnu pour nous.

Le jambosier (Syzygium malaccense) donne des « pommes d’eau » (manzanas de agua)

Un caïman de belle taille a élu domicile dans un coin reculé de l’embarcadère de l’hôtel. C’est un animal territorial.

L’hôtel a balisé un sentier d’observation. Après que ceux qui étaient mal chaussés aient trouvé botte à leur pied et que Marvin délivre ses « recommandations » concernant les dangers des serpents venimeux bien camouflés et autres bêtes dangereuses : Suivre le guide, ne pas sortir du chemin !

La vedette de la promenade est une minuscule grenouille rouge toxique au poison qui serait mortel s’il était injecté (mais les grenouillent ne mordent ni ne piquent) . Elles ont vraiment très petites (1cm – 2cm) et ont tendance à se cacher sous les feuilles où on n’a pas vraiment envie de les dénicher. En bougeant une feuille on en découvre une mais justement elle se met à sauter (une grenouille qui saute : normal !) Wikipédia m’apprend qu’elle est un dendrobate. Sa reproduction est originale : elle ne pond pas dans les mares comme les grenouilles ordinaires mais élève ses têtards dans l’eau contenue dans les broméliacées haut dans les arbres.

Il y a aussi des araignées de belle taille et de différentes espèces.

Sur un tronc poussent de curieuses feuilles rondes que Marvin appelle « philodendron » qui aiment l’arbre. Ce végétal se colle à l’écorce. Je n’ai pas trouvé le nom de ce végétal. A l’entrée « philodendron » sur Wikipédia j’ai trouvé les plantes aux larges feuilles découpées qu’on appelle parfois caoutchouc.

Enfin, à la fin de la promenade, le voici, le toucan avec son bec jaune à la forme caractéristique, puis un Oriole aux plumes jaunes sur la queue. Et finalement deux nids avec des petits hérons.

La piscine en forme de tortue

Quelques allers-retours dans la piscine-tortue pour se rafraîchir.

Déjeuner-buffet : riz-haricots noirs, brocolis-carottes, bœuf coupé en lanières, mijoté avec des oignons, fondant, très tendre. Salades et fruits frais au buffet froid.

L’après midi se déroule tranquillement entre la piscine et la table aérée au bar.  Le temps se gâte. Des vagues puissantes roulent dans une mer grise sous des nuages menaçants. Première tentative de promenade à la plage en robe bleue. L’averse commence. De petits vautours noirs picorent un gros poisson crevé. Certains s’envolent à mon passage, pas tous. La marée monte encore. Un gros rouleau explose tout près de moi. La vague écumeuse me trempe jusqu’à la taille.

Dépitée je rentre au bungalow. Vers 17h après la pluie je retourne sur la plage pour une marche les pieds dans l’eau étonnée de voir les déchets que la mer a laissés sur cette plage déserte à l’arrière d’un parc naturel très surveillé.

La nuit tombe tôt. 17h30, le ciel se teinte d’un pourpre étrange. A 18h il fait nuit noire, ni lune ni étoile. La délicieuse brise d’hier est tombée ; on étouffe un peu.