Oskar Kokoschka – un fauve à Vienne -MAM

Exposition temporaire jusqu’au 23 février 2023

Oskar Kokoschka – Autoportrait 1917

Un enfant terrible à Vienne(1904-1916)

C’est ainsi que s’ouvre cette exposition sous-titrée « Un fauve à Vienne » qu’on associe volontiers aux acteurs de la Sécession viennoise (Klimt et Schiele) mais aussi aux expressionnistes par la crudité du dessin, l’expression des portraits où les mains  et le regard intense traduisent le caractère du sujet

Le joueur de Transe

Oskar Kokoschka excelle dans les portraits et l’exposition du MAM les a mis en valeur en choisissant un petit nombre et en accrochant sur un mur blanc ou noir. Il a aussi peint des paysages et comme ses contemporains a illustré des livres, fait des séries de gravure. Deux peintures aux sujets religieux m’ont étonné comme le Saint suaire et Véronique ou une étrange Annonciation. 

Véronique et le suaire

Original ce dessus de cheminée, image de mariage dans le style de la Renaissance

Hans et Erica Tieze portrait de mariage à la mode Renaissance

Ses portraits sont très intéressants

Carl Moll

Si les portraits dominent, l’œuvre viennoise est variée comme les séries de gravures et dessins très fins des cycles graphiques , ses collaborations avec la Presse Der Sturm d’Adolf Loos, ses illustrations et affiches, les éventails offerts à Alma Mahler avec qui il a entretenu une relation amoureuse et fait des voyages.

Träumenden Knaben (illustration)

Engagé militaire dans la Grande Guerre, il fut deux fois blessé. On le voit en photo avec son camarade le peintre hongrois Rippl Ronaï. Il a également fait des pastels et des dessins de guerre.

les années de Dresde (1916-1923)

Blessé, réformé il fait une dépression et il est soigné dans un centre de convalescence près de Dresde. 

Autoportrait au chevalet

Sa peinture devient plus colorée, moins empâtée avec plus d’à-plat

Diptyque Hans Mordersteig et Carl Georg

Voyages et séjour à Paris

Dans cette section sont accrochés des paysages colorés de Marseille, Annecy. Il voyage en Afrique du Nord : beau portrait Le Marabout de Temocine. Il exécute aussi des séries d’animaux : chevreuil, lion, tortues géantes ou Poissons sur une plage de Djerba

Poissons sur une plage de Djerba

Résistance à Prague 

mais sa peinture n’est pas appréciée, 5 de ses tableaux sont décrochés du Musée de Dresde et il s’exile à Prague. Sa peinture figurera dans une exposition nazie d’Art Dégénéré. En 1937 il se représente lui-même en artiste dégénéré dans une attitude en même temps de tristesse et de défi

Autoportrait en Artiste Dégénéré (1937)

Exil en Angleterre (1938-1946)

Les peintures que je retenues sont des allégories politiques comme L’Anschluss

Anschluss: Alice au pays des merveilles

ou le Crabe

le Crabe

Sur une plage britannique le crabe monstrueux cache une scène de noyade

L’oeuf rouge

tandis que dans l’oeuf rouge les accords de Munich sont mis en scène avec ma figure colossale de Mussolini, Hitler grimaçant, la France, un chat indolent et la Grande Bretagne détourne le regard.

un artiste européen (1946-1980)

Autoportrait 1969

Il s’établit en Suisse et reprendra sa nationalité autrichienne en 1975. Il continue à peindre et dessiner (suite lithographique de pan sur un thème de Hamsun

Cette très belle rétrospective m’a fait découvrir un peintre dont je ne connaissais que ses oeuvres viennoises de jeunesse.

Garouste au Centre Pompidou

Exposition temporaire jusqu’au 2 janvier 2023

Garouste : L’étudiant et l’autre moi-même

J’avais découvert Garouste au Musée de la Nature et de la Chasse dans une présentation du tableau Diane et Actéon qui m’avait bien intéressée CLIC

Pinocchio

Je ne connaissais pas la vaste production du peintre et cette rétrospective au Centre Pompidou a été une surprise. : elle retrace son œuvre sur une quarantaine d’années et se répartit sur plus de 18 salles (+ la chronologie). Il faut prévoir une bonne après-midi et peut-être, comme moi, vous fatiguerez avant la fin ; ce qui est dommage parce que les œuvres les plus récentes sont passionnantes.

EN CHEMIN LE PASSEUR S’INVITE DANS LES SALLES OBSCURES DU PALACE

Garouste, avant d’être un peintre reconnu à part entière se consacra à la décoration et au décor de théâtre. Il construisit une installation La Règle du Jeu avec des objets, des piquets figurant des personnages, un masque, des énigmes. Une série de tableaux  ayant aussi pour titre La Règle du Jeu représente une comédie policière, dispersant les énigmes comme au Cluedo. J’ai passé un peu trop de temps à chercher les indices…

Adhara

Après les décors on en arrive avec de très grands formats à des peintures impressionnantes: dans une atmosphère sombre, deux personnages, l’un d’eux, yeux bandés l’autre accompagné d’un chien, semblent dédoublés : sont-ils Le Classique et l’Indien, figures récurrentes à cette époque? D’autres tableaux sombres, gris ou bruns ont des titres lourds de significations, Constellations, Orthros et le Classique.

Orthros et le classique

Orthros est le chien bicéphale, psychopompe, dit le cartel je remarque une grande maîtrise dans le dessin. En même temps je cherche à mobiliser les souvenirs de la mythologie grecque, sans succès. Un autre tableau s’appelle Orion, encore une constellation, encore de la mythologie. Colomba, encore une constellation mais aussi des allusions littéraires à Prosper Mérimée, et à Henry James avec l’Image dans le le Tapis. 

Garouste nourrit sa peinture de clins d’oeil, un Déjeuner sur l’herbe est composé de  deux femmes habillées et d’un homme nu. Dans la Chambre rouge, encore une inversion aux codes habituels : l’homme git sur le lit alangui tandis que la femme est debout. 

La chambre Rouge

Personnages à l’antique (lutteurs) et nature morte géante avec un énorme vase bleu qui revient à plusieurs reprises dans la série de tableaux. La couleur violente fait apparition dans les années 1985. Le Commandeur, sa statue renversée sont aussi des sujets de la série.  La salle suivante nous plonge dans l‘Enfer de Dante avec des allusions à Delacroix avec le bateau qui conduit Dante et Virgile

Dante

Inspirée de Rabelais, La Dive Bacbuc, une curieuse installation cylindrique, peinte aussi bien dehors qu’à l’intérieur, visible par des œilletons. 

Don Quichotte et les livres brûlés

Cervantès aussi : un portrait de Quichotte avec la figure de J. M. Ribes

Le théâtre de Don Quichotte

On voit maintenant les ânes qui vont peupler nombreux tableaux. Ânes bibliques ou non

Balaam 2005
L’ânesse et la Figue

l »âne et les ânesses figurent dans  nombreux tableaux y compris dans Le Pont de Varsovie et les ânesses

le Pont de Varsovie et les ânesses 2017

Comme j’ai beaucoup de sympathie pour les ânes je les ai photographiés!

A partir de 1990 Garouste s’intéresse à l’hébreu, aux épisodes bibliques mais aussi au Talmud et au Midrach. Il Illustre la Haggadah de Pessah et la Meguilat Esther.

 

Meguilat Esther

Une grande trilogie prend pour sujet Pourim : les masques m’avaient fait penser à Venise avant que je ne lise le titre,

Pourim

Nombreux tableaux sur des thèmes juifs, aussi bien bibliques que plus modernes comme les portraits de Kafka que de rabbins. Celui qui m’a touchée c’est la sculpture de Jonas une arche avec une voile sur des vagues qui contient dans un tiroir secret 4 chapitres du livre de Jonas pliés en leporello (livre accordéon) en hébreu, français, phénicien, yiddisch, latin, allemand. 

Jonas

A vrai dire, je suis arrivée fatiguée et saturée dans ces dernières salles aux thèmes juifs qui sont très intéressantes et j’ai regretté de ne plus être assez concentrée pour m’y consacrer plus sérieusement.

Pourim : le festin d’Esther

 

David Golder – Irène Némirovsky

Je n’ai rien lu d’Irène Némirovsky. Anne Berest dans la Carte Postale a cité cet ouvrage que j’ai téléchargé.  Les soeurs Rabinovitch connaissaient Irène Némirovsky et j’ai cru comprendre qu’elles l’appréciaient. 

Naturellement. Immédiatement. Je désirais posséder le Caucase tout entier. Je désirais avoir le monopole du
raffinage et être le seul distributeur dans le monde des produits du pétrole russe. Golder eut un mince sourire.
— C’était trop, comme vous disiez tout à l’heure. Ils n’aiment pas donner aux étrangers une force économique, politique, par conséquent, trop grande.

David Golder est un homme d’affaires, parti de rien. De Russie, il a émigré aux Etats Unis,, a épousé Golda, plus riche que lui. David Golder a le sens des affaires, financier, boursicoteur, il a édifié une fortune colossale. Il s’apprête à acheter des parts dans les champs pétrolifères russes. L’affaire est risquée, son associé, ruiné, vient de se suicider quand David Golder rejoint sa femme et sa fille dans leur propriété de Biarritz. Dans le train, il a une attaque dont il ne se remet pas.

A Biarritz, on mène grande vie dépensant l’argent inépuisable de David Golder. Sa femme qui lui impose son amant est particulièrement déplaisante. Joyce, à peine vingt ans, minaude et ne songe qu’à lui soutirer des fonds  David Golder est lucide mais lui cède.

Aimé ! Toi ? David Golder ? Mais est-ce qu’on t’aime, toi ? Est-ce que tu veux donner ton argent à ta Joyce,
parce que tu crois qu’elle t’aime, par hasard ? Mais elle aussi, c’est ton argent seulement, qu’elle aime, va, vieil
imbécile !… Elle est partie, hein ? ta Joyce ?… Elle t’a laissé, vieux, malade, seul !… Ta Joyce !… Mais quand
tu étais malade, tu te rappelles, à la mort, elle dansait ce soir-là… Moi, du moins, je suis restée, par pudeur…
Elle ? elle dansera le jour de ton enterrement, imbécile ! Ah, oui, elle t’aime, elle !…

Il est terrassé par une nouvelle crise cardiaque. Alors qu’il ne vivait que pour les affaires, il craint pour sa vie.  Sa réaction étonne son entourage. Il dit non à ces parasites, vend meubles et propriétés et vit une vie misérable à Paris. Jusqu’à ce que la chance tourne à nouveau….

On se croirait dans un roman de Balzac, en très très noir. Golder correspond aux clichés  antisémites d’époque (1930).  D’ailleurs, le livre a été assez mal compris et accueilli. Irène Némirovsky, juive a-t-elle écrit un livre antisémite? Bien sûr, elle s’en défend, clame sa judéité, sera déportée et mourra à Auschwitz.

Il faudra que je poursuive la lecture de cette écrivaine pour me faire une idée plus solide. En tout cas c’est très bien écrit!

la mort était en Troie – Bilge Karasu – Kontr

MASSE CRITIQUE DE BABEL

Le titre a attiré mon attention. Tout ce qui touche le monde homérique m’attire immanquablement. C’est raté! Aucune allusion aux héros, Troyens ou Grecs. D’où vient ce titre? Je croyais trouver l’énigme avant la fin du roman, je reste perplexe. D’autant plus que la mort, elle-même, est assez peu présente dans l’histoire.

Est-ce un roman? un recueil de nouvelles? des poèmes en prose?

Chacun des chapitres est daté d’une année différente de 1952 à 1956. Racontent-ils une même histoire? Les narrateurs changent, l’ordre chronologique est chamboulé. J’ai du mal à identifier les narrateurs. Le lecteur est bousculé par tant d’incertitudes. Flous,  les lieux et les temps. Quelques indications : dans un des chapitres la Seconde Guerre mondiale vient d’éclater, simple incise qui n’influera en rien l’histoire. Où se trouve donc Sarikum? D’après Google, sur la Mer Noire, c’est bien loin de Troie, loin d’Istanbul où se déroulent certaines histoires. Le style de l’écriture déconcerte le lecteur.

Il me faut assembler les pièces d’un puzzle pour identifier les personnages et reconstruire l’histoire de Müsfik. Müsfik aime les garçons, il est fasciné par les yeux verts. Amours compliquées, certains de ses amants sont mariés, amours souvent chastes, le plus souvent clandestines. A la limite de la folie, souvent incohérent.

Au bout d’une centaine de pages, je m’attache à Müsfik, à son village et à sa famille. La dernière partie du récit est plus classique, le style  s’assagit. Müsfik ose exprimer ses sentiments amoureux. J’ai à peu près reconstitué l’image du puzzle mais je ne connaîtrai pas la fin de l’histoire. Dommage, je serais bien restée plus longtemps à ma promener dans les vignes, sur le bord de mer, à croiser les chats. Un univers étrange!

Hôtel de la Marine : deux magnifiques collections, Al Thani et Gulbenkian

TRESORS

Rhyton : cerf or et cornaline

Emerveillée! Eblouie! Ebahie! Etourdie!

Devant tant de splendeurs, me voici sans voix!

D’abord l’écrin : toutes les glaces et les dorures de cet Hôtel de la Marine restauré. 

Collection Al Thani

Comme un coffre-fort secret, comme la grotte d’Ali Baba, « sésame ouvre-toi!« , le trésor s’ouvre sur mon passage, d’abord quasi obscurité,  dans la salle noire brillent des centaines de petites étoiles, fleurettes dorées suspendues en guirlandes légères et brillantes.  Des vitrines éclairées sur des socles noirs, très sobres contiennent les plus beaux chefs d’œuvres façonnés, pour certains dans la nuit des temps, de toutes provenances. 

Contemplatrice d’étoiles – Anatolie (3300-2500 av JC)

Ma préférée est la Contemplatrice d’étoiles de marbre blanc qui ressemble aux idoles cycladiques. Son nom vient de l’étrange posture de la tête horizontale vers le ciel alors que sa silhouette suggère la fertilité. Beauté absolue, vieille de 5000 ans.

Ours affectueux  Chine han (206 av .JC -25 apr. JC)

Le petit ours doré qui se gratte derrière l’oreille faisait partie d’un groupe de quatre poids pour tenir un tapis. Il est craquant. 

J’ai aussi admiré le Rhyton cerf (ci-dessus) la tête  rouge en forme de masque de la Reine Hatshepsout. Dans cette pièce on voit aussi un masque mexicain incrusté de jade (200-600 apr. JC) qui voisine avec la coupe de vin de Jahangir (1607-168) finement ciselée de plusieurs calligraphies persanes. 

tête de sumérien en quartzite

La galerie des têtes va de la Sumer antique  à l’Egypte avec une princesse amarnienne, Sérapis et le Nigéria,

africain Nigéria

en passant par un masque du Guatemala, ou un dieu hindou d’Asie Centrale.

Buste d’Hadrien

Le buste d’Hadrien qui a appartenu à Frédéric II de Hohenstaufen est-il une sculpture romaine restaurée au XIII ème siècle, une lettre retrouvée attesterait l’antiquité de la tête de cornaline alors que l’armure d’apparat serait médiévale? la série se termine par deux têtes africaines de toute beauté.

gabon

la collection Al Thani se poursuit par une galerie des trésors d’une richesse inestimable : or, argent, vaisselle, bijoux des trésors macédoniens de Pella, d’Asie Centrale et Iran avec en ensemble de vaisselle sassanide, ou du Tibet

Service incrusté de turquoises (tibet)

ou de jade Olmèque.

Exposition temporaire Gulbenkian

Lalique

Dans le cadre de l’année France-Portugal, une partie des collections du Musée Gulbenkian est présentée ici rassemblant aussi bien des objets rares, des manuscrits anciens, ou des reliures précieuses du XXème siècle,  des textiles ottomans ou japonais, de la vaisselle islamique; des porcelaines chinoises et des tableaux de Dürer, Watteau ou Guardi. 

Plat chinois

Tous ces objets sont exceptionnels et rivalisent de finesse. mais l’accumulation de l’éclectisme nuit à la visite. Il faut beaucoup de concentration pour admirer chaque œuvre individuellement et je ne comprends pas toujours pourquoi le plat émaillé voisine avec la tunique du pharaon.

Toutes ces richesses m’étourdissent un peu.

Ces collectionneurs richissimes : Gulbenkian, magnat du pétrole et Al Thani de la famille régnante du Qatar  font partager au public leurs collections.  C’est magnifique mais il manque un  peu de cohérence, de pédagogie surtout pour l’échantillonnage de Gulbenkian. La présentation de la collection Al Thani est au contraire scénographiée selon une intention affichée : montrer l’universalisme de la beauté et l’ouverture d’esprit qatarie. Le conservateur, dans une vidéo promet des nouvelles présentations avec des objets en réserve, le public aura des surprises. Et de toutes les façons je reviendrai visiter les appartements Louis XV!

Dieppe, 19 Aout sous la pluie

Journée pluvieuse, tantôt crachin, tantôt averse violente, vent d’Ouest, ciel gris, mer grise, agitée. L’Office de tourisme a imprimé deux circuits pédestres : l’un va au Pollet et monte sur la falaise l’autre longe le quai Henri IV  et le front de mer, monte au château et passe au Centre-ville.

Visiter Dieppe le 19 Aout n’est pas forcément une bonne idée : la fête foraine occupe l’extrémité de l’esplanade en front de mer, neutralisant les parkings. Cette fête a lieu le 15 Aout, fête dd l’Assomption et aussi commémoration de la Victoire du 15 Aout 1453 rendant Dieppe tenue par les Anglais du Capitaine Talbot au roi de France, grâce à Charles Dumarais aidé du Dauphin, futur Louis XI . C’est une fête foraine assez banale : manèges, autos tamponneuses, grande roue.

Le 19 Août, autre commémoration : celle du débarquement le 19 Aout 1942 anglo-canadien : Opération jubilée 4963 canadiens et 1125 britanniques. Le quart des Canadiens périrent. Lees canadiens ont laissé un souvenir tenace dans la toponymie de Dieppe.

Aujourd’hui, 80 ans plus tard, la ville est pavoisée de feuilles d’érable. Presque tout le Centre-ville est bloqué à la circulation automobile pour les cérémonies. Il en résulte que parking et circulation sont un casse-tête : les itinéraires de déviations nous conduisent dans les quartiers périphériques et les zones commerciales. Quand enfin on parvient au centre, à l’Office de Tourisme proche du Pont Jehan Ango (départ des circuits pédestres) les parkings sont saturés. La ville n’en manque pourtant pas. Dominique trouve une place dans une petite rue et je pars seule sur le Port.

le Pont jehan Ango

Après le pont-levant bleu vif, Jehan Ango, le long du bassin Duquesne ; sous une pluie battante, je m’abrite sous les abris des étals des poissonniers. Il y a grand choix. Je longe ensuite le Quai des Carénages d’où il y a une belle vue sur les belles maisons du quai Henri IV derrière les mats des bateaux de plaisance. Le Pont Colbert est un pont métallique qui conduit au Pollet, le quartier populaire des marins et des pêcheurs aux étroites maisons de silex et de briques.

la falaise du Pollet

Place du vieux Port, je trouve les marques rouge et blanches du GR qui monte raide au Belvédère puis à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours perchée toute seule sur la falaise. Elle fut bâtie en 1876 en brique avec une frise en céramique colorée. Les murs de la nef sont tapissés de plaques de marbre à la mémoire des naufragés, le nom du patron du bateau et la liste des marins décédés, la date et les circonstance du naufrage. C’est impressionnant. Autour du chœur : des maquettes dans des vitrines.

Le parcours continue sur le sentier côtier. Les abords de la falaise, fragile, sont interdits par un haut grillage infranchissable, pas très joli gâchant les photos. J’arive à une bastille (blockhaus ?) un drapeau canadien flotte. Comme il pleut fort, j’&abrège le circuit en empruntant l’avenue des Canadiens bordée de pavillons avec des jardins fleuris qui sentent bon le parfum des roses. Le Chemin de la Bastille descend, puis le Chemin Dauphin Louis XI , enfin une rampe et des escaliers mènent au Pollet. Tout autour du Port, de nombreux restaurants font envie. Certains sont gastronomiques avec des cartes alléchantes de poissons variés, d’autres sont des bouisbouis sympathiques proposant des moules à 12 € ou des maquereaux à la moutarde. L’impossibilité de se garer tranchera.

Nous montons en voiture à la chapelle Notre Dame de Bon Secours pour déjeuner de quiches face à la mer, sur la falaise avec une vue panoramique, surplombant le port et l’avant-port, plus loin la plage. Dieppe est harmonieuse avec les maisons anciennes regroupées autour des bassins. Mais les barres d’immeubles vues du plateau la défigurent surtout en front de mer, les immeubles gris en ciment aux fenêtres carrées. Du château également on ne voyait qu’eux. Quel gâchis !

Les cérémonies de commémoration du débarquement de 1942 se tiennent au Mémorial des Canadiens au bout de la plage. Deux camps militaires  ont été reconstitués, l’un canadien, l’autre britannique avec tentes et véhicules d’époque, figurants en uniforme ou pour les femmes en robes et coiffures des années 40. Nous sommes bloquées, la voiture ne peut ni avancer ni reculer. Nous avançons avec circonspection deans les quartiers piétonniers. Je regrette de ne pas avoir vu les fresques des indiens du Brésil dans l’église Saint Jacques.

Dieppe falaises

A la place de la balade urbaine, je suis le sentier côtier qui monte de la plage de Sainte Catherine au phare d’Ailly. Ici aussi il y a des jeeps de la Seconde Guerre mondiale et des uniformes, les cornemuses et des airs de jazz d’époque montent jusqu’au sentier. Le sentier littoral s’écarte du bord de la falaise. J’entends le bruit des vagues mais je ne vois rien. La pluie a rendu le sol glissant. En montée tout va bien, mais en descente je marche avec précautions, choisissant bien mes appuis pour ne pas dévaler la pente. J’arrive jusqu’à un bois et au phare. Avec le vent de face je rentre toute trempée

A la plage : Saint Aubin, Veules les roses, Sainte Marguerite

BALADE NORMANDE- PAYS DE CAUX 2022

Lever de soleil sur Quiberville

Réveil brumeux. Des écharpes noient le marais et les étangs de la Saâne. Mer et ciel se confondent en un bleu très doux. Je ne distingue pas l’horizon.

Au programme : le village de Veules-les-roses et le plus petit fleuve de France avec ses cressonnières.

Saint Aubin : bâteau de pêche

En chemin, nous nous arrêtons à Saint Aubin où, comme à Quiberville et Pourville, une haute digue barre la vue. Sur la digue les cabines de plage, ici sont multicolores pastels, rose jaune poussin ou bleu clair. Les propriétaires ont donné des noms et les ont personnalisées par des fresques et des dessins naïfs. La marée est basse, l’estran est dégagé, la plage de sable parait immense. Dans l’eau, au loin des silhouettes poussent des filets à crevettes, d’autres font du longe-côte. Après avoir passé en sandales le cordon de galets je me déchausse et marche sur le sable mouillé parfois vaseux et me dirige vers la falaise où des épis semblent bien rouillés et délabrés. Des rochers arrêtent ma progression. Ils sont bas, hérissés de silex coupants ou forés de trous de pholades, couverts d’algues glissantes. Avec des bottes et un seau, j’aurais pu faire une belle pêche !

la plage de Saint Aubin à marée basse

Je me rapproche de l’eau et marche à la limite de la vague dans la direction opposée (vers Veules-les-Roses) où m’attend encore des affleurements de ces rochers pointus.

Pendant que j’arpentais la plage Dominique s’est installée sur la plate-forme où le poissonnier a son étal : directement du bateau de pêche à la vente ! le bateau est encore là. Les pêcheurs tirent leurs filets pour les ranger. La coque est en métal brillant, à bord des piquets portent des drapeaux oranges. Un tracteur va tirer le bateau et le conduire à l’eau. J’assiste à son départ entouré d’un vol de goéland qui l’accompagnent jusqu’au large.

Dominique a acheté deux petites soles qu’on conservera dans la glacière. Il y avait aussi des roussettes (avec la tête on reconnait bien els petits requins), des moules, des crabes et araignées mais pas de bulots qui sont trop chers aujourd’hui.

Veules-les -Roses

Veules les roses : le plus petit fleuve de France

Veules-les -Roses est un village ravissant aux petites rues étroites avec de nombreux restaurants, très touristique aussi ! Pour préserver le calme et le charme du village, on canalise les voitures dans de grands parkings sur le plateau à l’extérieur du village (parking du Canon et Parking de la Falaise). Le bourg n’est pas interdit à la circulation mais il est impossible de se garer (30 minutes seulement quand on trouve une place). Il faut donc avoir de bonnes jambes pour visiter Veules-les-roses et faire la jolie promenade le long du plus petit fleuve de France (un peu plus d’un kilomètre). Les restaurants sont concentrés à l’intérieur du village près de l’église les terrasses dans des   recoins et des placettes ou à l’intérieur. Certains sont hors de prix. Il y a bien une brasserie sur le front de mer mais la : touristes sortis d’un car. Le déjeuner en bord de mer à Veules, c’est raté !

Dans mes recherches de restaurants je suis quand même entrée dans l’église : beau plafond de bois peint et les mêmes piliers sculptés qu’à Varengeville. Les motifs sont marins avec des coquilles Saint Jacques.

Sotteville

Sainte Marguerite : Restaurant Les Voiles

Les Voiles est un restaurant installé au milieu de la digue près des cabines de plage marron avec un liseré blanc. La terrasse est protégée du vent et du soleil par les voiles. Des canapés (demi-palettes de bois et coussins beiges confortables) face à la mer sont simples et rustiques et jolis. Le restaurant est complet, on nous fait attendre qu’une table se libère sur les canapés où nous aurions pu commander des tapas (assortiment de charcuterie, fromages, bulots ou rillettes de poisson) mais nous avons envie de moules. Il nous faudra attendre.

les parapentes débarquent

Au café, une surprise, un véritable débarquement de parapentes groupés, colorés gracieux. Un vrai plaisir des yeux !

Et puis, une baignade dans une eau verte un peu agitée mais pas trop.

Nous rentrons tôt pour profiter de la terrasse de note maisonnette.

Musée de Dieppe : peinture, ivoires, maquettes et photos

BALADE NORMANDE – PAYS DE CAUX 2022

Château de Dieppe

Le musée est logé dans la belle forteresse carrée. Je passe le pont-levis, néglige les fortifications et les canons pour visiter directement les collections.

EugèneBoudin : la falaise du Pollet

Dans la première salle, en introduction : les peintures représentant la ville de Dieppe, son port, son avant-port, la vente de poisson peinte par Pissarro, le petit Renoir : Chaumière à Berneval  est trop marron à mon goût. Mon tableau préféré est Les Falaises du Pollet d’Eugène Boudin.

Une vitrine contient de l’Art Précolombien rappelle avec les navigateurs anciens partis de Dieppe.

maquette en ivoire

La Collection d’ivoires du Musée de Dieppe vient aussi des expéditions lointaines des explorateurs dieppois qui rapportèrent les défenses d’éléphant ou de phacochère. 3000 ivoiriers étaient en activité au XVIème siècle ciselant cadrans de boussoles, maquettes de bateaux, tabatières et râpes à tabac ainsi que nombreux objets comme pions de jeu, éventails, médaillons….Le travail, d’une grande finesse s’apparente de la dentelle.

ivoire : de la dentelle!

Surgit un nouveau personnage : la donatrice, la duchesse du Berry Marie Caroline de Naples et Sicile, épouse du duc de Berry (fils de Charles X) vint à Dieppe entre 1824 et 1829 pour fréquenter les bains de mer. Elle encouragea les ivoiriers et fit don de sa collection au Musée de Dieppe.

Une salle est consacrée à l’Histoire maritime . elle contient de très belles maquettes et un tableau impressionnant : Le Naufrage du Steamboat l’Angers près des jetées de Dieppe.

le naufrage du steamboat

Le salon Camille Saint Saëns contient les objets que le compositeur a légué à la ville : pêcheurs Dieppe, collection hétéroclite rappelant aussi les voyages à Alger avec du mobilier oriental.

Graillon

Une très belle surprise : les petites statues de terre du sculpteur Graillon (1807-1872). Graillon fut aussi ivoirier et sculpta également le bois. Ses représentations du peuple dieppois : pêcheurs, marchandes de poissons, gitans, enfants sont très précises (comme les ivoires) très expressives et très touchantes.

Graillon : enfants

Souvent il ne se contente pas d’un seul personnage, il sculpte des saynètes comme la visite d’un médecin à un malade accompagné de sa famille, ou un groupe d’enfants. Ils m’émeuvent comme les tanagras grecques mettant en scène des morceaux de vie non pas figée dans le marbre mais vivants surgissant de l’argile.

L’exposition du Canadien Burtynisky est impressionnante avec de grands formats en Noir et Blanc ou en couleur selon le sujet. Les pyramides de charbon chinoises, accumulations incroyables, ou la montagne évidée des carrières de Carrare, les huttes africaines des campements miniers, la pollution du Delta du Niger avec des irisations se développant à l’échelle du paysage tout cela témoigne d’une vision de l’anthropocène comme les photos impressionnantes de la déconstruction de navires rouillés en Asie. Burtynisky peut être comparé à Arthus Bertrand ; C’est une vraie découverte pour moi et cela aurait justifié le voyage à Dieppe rien que pour cet accrochage.

Varengeville (3) l’orage, La chapelle du Cimetière vitraux de Braque

BALADE NORMANDE – PAYS DE CAUX 2022

Braque ! arbre de jessé

 

Le GPS nous fait faire le tour de Varengeville et nous admirons les maisons de brique imposantes, les chaumières luxueuses et les très grandes propriétés encloses dans de longs murs et des parcs très verts. Varengeville est très chic, pas de lotissement quelconque. Au village, il y a un vrai boucher-charcutier, un caviste et une très belle boulangerie pâtisserie où j’achète un crumble pistaches et fruits rouge délicat et parfumé.

le cimetière marin de Varengeville

L’orage se déchaîne. Il tombe des rideaux d’eau. Les automobilistes se garent sur le bas-côté de la route transformée en torrent en un clin d’œil. Pour repartir il faut attendre la fin de l’averse qui ne tarde pas. La chaussée est inondée et la 108 passe « à gué » à grand peine en soulevant une nappe d’eau qui gicle et s’étale sur le capot avant.

ChapelleBraque

Par des chemins creux dans le bois où se cachent de belles demeures, nous arrivons au Cimetière marin perché sur la falaise d’où on a une très belle vue jusqu’à Dieppe. La chapelle est de belles dimensions. Je n’ai d’yeux que pour les vitraux bleus de Braque surtout celui de l’Arbre de Jessé. Les piliers sculptés sur toute la longueur du fût sont originaux, figures naïves sont -ils modernes, contemporains de Braque ou anciens ? j’aurai la réponse à Veules-les-roses où il y a les mêmes dans l’église : c’est donc une spécialité locale ancienne.

Pour trouver notre « coin pique-nique » nous divaguons par les petites routes qui sortent des bois et s’éloignent du village, et qui passent à travers champs. A défaut d’une vue-sur-mernous avons une vue dégagée sur les chaumes.

Après le déluge je renonce à la descente dans la valleuse : à pied les chemins sont boueux et en voiture noyés.

 

 

 

 

 

Varengeville (2) Le Manoir Ango

BALADE NORMADE – PAYS DE CAUX 2022

Le Manoir Ango

Manoir Ango

500 m plus loin, au bout d’une allée bordée de très hauts arbres qui se prolonge par un alignement de topiaires taillés en cônes. Pas de symétrie, une grande variété de matériaux de construction, plusieurs bâtiments autour d’une cour rectangulaire, un énorme colombier. Variété de volumes, de toits, de motifs. Astucieusement, la façade de la loggia est légèrement de travers pour qu’on la devine de loin à travers l’arche du porche d’entrée.

Le manoir fut construit par Jehan Ango entre 1530 et 1544.

Jehan Ango musée de Dieppe

Jehan Ango (1480 -1551) fut le premier armateur de Dieppe. Il a affrété des expéditions en Amérique, Antilles, au Brésil, en Guinée, Inde, en Chine. Il a possédé jusqu’à 70 navires. Pirate, il a reçu de François 1er une « lettre de marque » l’autorisant à piller les bateaux espagnols et portugais. A son décès, François 1er lui a laissé des dettes, Ango ayant perdu sa fortune et son protecteur acheva sa vie, ruiné, au manoir. Ango est une figure importante encore maintenant à Dieppe : le pont levant est à son nom, son buste a sa place au Château de Dieppe.

Les capitaines d’Ango furent des explorateurs : Jean Cousin embarqua en 1488 pour explorer l’Afrique de l’Ouest et fut entraîné par le courant équatorial ; il débarqua devant un fleuve immense : l’Amazone ? on suppose qu’il a traversé l’Atlantique ans avant Christophe Colomb.  Jean Fleury en 1522 pilla le butin des Cortès, arrêté par les Espagnols il fut exécuté par Charles Quint

Giovanni Verrazano découvrir le site de New York et lui donna le nome d’Angoulême compte aussi au nombre des capitaines d’Ango ainsi que jean et Raoul parmentier, navigateurs et poètes.

manoir Ango : la tour d’où l’armateur pouvait surveiller ses vaisseaux

Comme toutes les maisons d’armateurs, le manoir possède  une tour qui permet d’observer la mer et les navires entrant ou sortant du port.

J’aime quand les châteaux sont habités et racontent l’histoire d’un personnage.

manoir Ango : loggia Renaissance

L’architecture du manoir est aussi intéressante. La loggia raconte la visite de François 1er figurant avec la reine sur des médaillons finement sculptés en compagnie d’Eole (dieu des vents donc important pour les marins, Ops la déesse de l’abondance, et les armes des Medicis. « Médicis de Dieppe » était le surnom d’Ango.  Cette loggia italienne rappelle que nombreux des capitaines étaient italiens. L’Italie était à la mode sous François 1er.

Sous la loggia, des hublots ronds étaient les ouvertures des étuves (salles de bains) Raffinement rare dans les châteaux.

Manoir Ango : cour et colombier

Spectaculaire : le colombier ! Alors, le plus grand du royaume. Il se composait de 1500 boulins, le nombre de boulins était proportionnel à la propriété foncière, ce qui donne une idée de la richesse de Jehan Ango. Encore aujourd’hui il est peuplé de pigeons. Le toit en forme de bulbe serait peut-être d’influence byzantine, rappel de l’alliance entre François 1er et Soliman.

manoir Ango : colombier

Je suis bluffée par la variété des décors : mosaïques de silex, alliance de la brique et de la pierre, façades à pan de bois incluant des briques à la place du torchis, jeux avec les briques dans le colombier…

Je vais retrouver Jehan Ango au Musée de Dieppe.