18h30, nous voici enfin sorties du ferry, dernière voiture de la queue. Le coucher du soleil colore le ciel en orangé. Des clochers, des tourelles se détachent au-dessus des toits en contre-jour : vision irréelle presque les mille-et-unes nuits. Je ne songe qu’à prendre la photo pour immortaliser cette splendeur. Pas facile avec une rangée de camions au premier plan.
Pas de mesures-barrières ! Jackie nous fait la bise comme au temps d’avant-Covid. Nous suivons sa voiture dans les rues en pente de Saint-Pierre-Port. Architecture britannique, fenêtres à petits carreaux, bow-windows, nous sommes bien dépaysées. Le drapeau qui flotte n’est pas l’Union Jack mais la croix rouge de Saint Georges surmontée d’une croix dorée et pattée de Guillaume le Conquérant qui a été ajoutée récemment (1985). Guernesey, sous l’autorité de la Couronne Britannique ne fait partie ni du Royaume Uni, ni du Commonwealth, c’est un baillage qui a un statu particulier et qui est très fier de cette particularité. Les Iles Anglo-Normandes sont le reliquat de l’ancien Royaume de Normandie après que Philippe Auguste ait rattaché la Normandie au royaume de France en 1204. Boites aux lettres et cabines téléphoniques (il en reste en fonction) ne sont pas rouges comme en Angleterre.
J’essaie de retenir le nom des routes pour retrouver notre chemin quand nous serons livrées à nous-même. Tous les noms sont en Français, nous suivons la Route de la Roquette, arrivons dans la rue des Grandes Moulins, passons devant Courtil Jardin. La petite route qui va à la plage est une « Ruette » où piétons, cyclistes et cavaliers sont prioritaires, les autos ne doivent pas dépasser 15mpH(20 km/h)
La nuit tombe quand nous arrivons dans la campagne. Au Vazon, les gerbes des vagues spectaculaires jaillissent, dépassent le parapet et s’écrasent sur le pare-brise de la voiture. Sous les dernières lueurs du couchant la météo capricieuse nous a réservé une arrivée somptueuse.
Notre hôtel Fleur du Jardin
Fleur du Jardin
C’est une ancienne ferme. L’accueil est très aimable mais on nous a réservé une suite au 2ème étage. Rude montée pour Dominique par un escalier très étroit en colimaçon. Nos efforts sont récompensés : le cadre est particulièrement soigné. Deux pièces sous une soupente boisée de lambris cérusés qui contraste avec les vieilles pierres du mur. Un salon très cosy avec un canapé profond et des fauteuils club en cuir. Une bouilloire et une théière nous permettent d’offrir à Jackie « a cup of tea » et de bavarder confortablement.
La chambre est sobre : lit immense, jolies tables de chevet. Des persiennes intérieures à lamelles orientables ferment les fenêtres qui se font face et d’où on peut deviner la mer. J’avais oublié que les prises électriques anglaises étaient munies d’un petit interrupteur discret. La batterie de mon téléphone est descendue à 20% et ne se recharge pas. Nous avions connu le même problème autrefois à Chypre. Heureusement nous avons prévu les adaptateurs pour les grosses prises. Au bout de quelques temps je corrige le problème
A bord du ferry, le fascinant spectacle des nuages
Condor Ferries
L’embarquement , 90 minutes avant le départ (16h40). A 15 heures, la queue est déjà longue. Selon les plaques minéralogiques, uniquement des Guernesiais. Arrêt à plusieurs guérites: tickets et vérification des passeports par la police. Maudit soit le Brexit! On est orienté sur différentes files, une pour les deux-roues, une pour les camping-cars, une pour les voitures ordinaires et la nôtre pour l’assistance. Quand vient notre tour, un marin fait signe de nous garer devant la porte de l’ascenseur. Il nous accompagne. Le ferry n’a qu’un pont avec des sièges-avion et un pont extérieur. A l’avant, le salon VIP offre une vue panoramique ; il est réservé à ceux qui ont payé un supplément . Il y a un restaurant self-service et une boutique hors taxe. Après Guernesey, le bateau continue sa route vers Poole dans le sud de l’Angleterre (Dorset).
Samedi dernier, Jackie nous avait beaucoup inquiétées :
« Lundi, il y a le vent ! » avait-elle dit.
La météo avait confirmé l’ alerte, la télévision annonçait des rafales à 70km/H en Manche. Nous avons suivi sur nos téléphones, heure par heure, la vitesse du vent, téléchargé l’échelle de Beaufort. J’ai avalé un comprimé de Mercalm.
La Hague : Flamanville
Ouf ! Le ferry a pris la mer. Il longe les côtes du Cotentin. La voix du capitaine annonce : « Nous avons dépassé le Cap de la Hague, restez assis dans vos sièges. La mer sera plus dure ! ».
Par les larges baies vitrées, je repère les grues et les constructions de Flamanville. Je suis fascinée par l’éclairage changeant, les nuages qui courent, se séparent, forment des trouées de lumière, des faisceaux qui éclairent la surface écailleuse de l’eau. La traversée dure deux heures et je ne m’ennuie pas un instant. Je regrette seulement d’avoir oublié de relire le récit de nos promenades sur le sentier côtier du Cotentin pour me rafraîchir la mémoire, j’ai oublié le nom des plages et le phare de Goury. Aurigny se profile au loin, on dépasse l’île sans voir en détail ses côtes.
L’arrivée du Ferry en face de Saint-Pierre-Port est spectaculaire sous un soleil éblouissant. La surface de l’eau est si brillante que je n’arrive pas à faire la photo. Un vent favorable a poussé le bateau si bien que nous avons une demi-heure d’avance, il faut patienter parce que le quai n’est pas libre. Nous passons devant le Château Cornet (la citadelle) et entrons enfin dans le port.
Entrée dans le port du Ferry
Les passagers pour Poole doivent également débarquer pour faire viser les passeports (je maudis une première fois le Brexit). Le gentil marin qui a accompagné Dominique nous donne l’ordre d’attendre dans la cale et de ne pas monter dans la voiture ; les policiers monteront à bord exprès pour nous et viseront nos passeports. Je ne comprends pas pourquoi il nous interdit de monter dans la voiture. La cale se vide, L’équipage pour Poole se présente, blousons orange, nous comptons une trentaine de marins. Et nous sommes encore à bord à attendre. Le bateau va repartir pour l’Angleterre avec nous ! Enfin, le marin gentil revient. Il n’avait pas capté que notre destination était Guernesey. Il faut regagner la 108 au plus vite. Dominique ne trouve plus ses clés.
le Château Cornet : la citadelle qui garde Guernesey
Pour Guernesey, les ferries partent de Cherbourg (lundi et vendredi) ou de Saint Malo. Le passage des voitures est assurés par Condor Ferries . D’autres ferries partent de Dielette ou de Granville pour les piétons seulement. Nous souhaitions partir vers la mi-septembre ; le décès de la Reine Elisabeth II a contrarié nos plans, impossible de réserver quoi que ce soit dans le Royaume Uni pendant la période de deuil.
Vers Cherbourg
Autoroute A13 jusqu’à Caen, RN13 par Bayeux. Il est encore tôt. Détour par La Pointe du Hoc qui fait partie d’un circuit de mémoire : Débarquement le 6 Juin 1944 : blockhaus et belvédère surplombant la mer. Les touristes sont nombreux malgré la pluie. La mer est grise et agitée.
Grand Camp-Maisy
Petit port de pêche actif avec sa halle au poisson, un front de mer sympathique. La mer est grise et les vagues battent la digue, et recouvrent la plage. Dans la rue commerçante, nous achetons des sandwiches originaux à la boulangerie : grignettes à l ’andouille et au camembert. La statue de la paix, en acier étincelant sculptée par l’artiste chinois Yuo Yuan, sur la route de la pointe du Hoc ne m’avait pas convaincue. Sur le port, un monument de granite gris foncé dans lequel est évidée la silhouette d’un avion portent les grandes inscriptions Guyenne/Tunisie honore la mémoire de 216 aviateurs.
Isigny
Acheté de retour de Guernesey : excellent
Une usine agro-alimentaire se trouve à l’entrée de la cité d’Isigny-sainte Mère. On a décoré le rond-point de vaches normandes en plastique. Un peu plus loin nous trouvons la fabrique de caramel d’Isigny qui parfume la route.
Nous passons la Vire et traversons les Marais du Cotentin et du Bessin .
Cherbourg
Le port de Cherbourg vu du Ferry
Nous évitons la ville par une rocade conduisant directement au Terminal des Ferries. Pas facile de trouver une station-service pour faire le plein avant d’embarquer (le 95 est à 1.7€ à Guernesey), nous traversons la ville de part en part pour nous retrouver au point de départ de la rocade. Refaisant un tour, nous avons parcouru 15 km pour rien ! Pique-nique face à une mer grise et agitée qui ourle de blanc la digue et le chapelet de forts alignés gardant la radehttps://www.netmarine.net/g/dossiers/cherbourg/forts.htm. Cette fortification a commencé en 1783, ordonnée par Louis XVI sous le conseil de Suffren, reprise plus tard par Napoléon, et terminée au 19ème .
Si nous avions disposé de toute la journée j’aurais aimé visiter la Gare maritime Transatlantique qui abrite la Cité de la mer. Je me contente d’admirer de loin le monument.
J’avais dévoré Jérusalem : Biographie que j’avais trouvé passionnant, dans la foulée j’avais téléchargé Shashenka du même auteur : Simon Sebag Montefiore ,historien, écrivain né à Londres en 1965 auteur d’une biographie de Staline, des études sur La Grande Catherine et sur les Romanov, entre autres. J’avais laissé dormir dans la liseuse ce gros ouvrage de 732 pages que j’ai acheté en anglais. L’actualité récente a réactivé mon intérêt pour l’histoire russe.
Sashenka est une fiction, un roman historique composé de trois parties :
Saint Pétersbourg, 1916
Moscou, 1939
Le Caucase, Londres, Moscou, 1994
Cette histoire romancée raconte l’histoire de Sashenka Zeitlin (Camarade Snowfox), jeune fille juive de la grande bourgeoisie qui choisit de devenir bolchevik à 16 ans sous l’influence de Mendel, son oncle maternel. Le roman s’ouvre avec l’arrestation de Sashenka à la sortie de son lycée très chic. Son père, un magnat du pétrole et sa mère, dans la mouvance de Raspoutine, la feront bien sûr libérer. Elle croisera en prison le Capitaine Sagan, de l’Okhrana (police secrète tsariste) qui cherchera a l’utiliser comme agent double, avec l’assentiment de Mendel et des bolcheviks. Nous suivons avec Sashenka la Révolution de 1917.
20 ans, plus tard, Sashenka est mariée à un de ses anciens camarades de Petersbourg, mère de deux enfants est dans le premier cercle de Staline qui fait une apparition à une fête de 1er mai dans leur datcha. Sashenka est éditrice d’une revue destinée aux femmes soviétiques tandis que Vania, son mari est tchékiste. En principe, la terreur et les procès de 1937 sont terminés mais toute la famille de Sashenka se trouve arrêtée, seuls les enfants échapperont mais donnés à l’adoption.
La troisième partie raconte les recherches de Katinka, une historienne stipendiée par un oligarque russe pour faire des recherches sur ses origines. Les archives de Staline commencent à être accessibles, il reste encore des témoins…
« The Nazis knew they were doing wrong, so they hid everything; the Bolsheviks were convinced they were doing right, so they kept everything. Like it or not, you’re a Russian historian, a searcher for lost souls, and in Russia the truth is always written not in ink, like in other places, but in innocent blood. These archives are as sacred as Golgotha. In the dry rustle of the files you can hear the crying of children, the shunting of trains, the echo of footsteps down to the cellars, the single shot of the Nagan pistol delivering the seven grammes. The very paper smells of blood.’
[…] ‘No thanks. There’s no fruit, no harvest in this sort of history; all these fields are sown with salt. «
Ce roman historique fait revivre des épisodes marquants de l’histoire russe. L’auteur est particulièrement bien renseigné. En filigrane, on devine les silhouettes de personnages connus comme Isaac Babel. Les mécanismes bureaucratiques et la censure stalinienne sont très bien démontrés. Se profile aussi l’horreur du goulag. Les persécutions antisémites sont mises en évidence.
Cependant ce n’est pas un livre d’histoire. Les histoires d’amour de Sashenka , son amour maternel prennent beaucoup de place dans ce gros pavé, un peu de trop, trop de coïncidences aussi, pas toujours vraisemblables. Une lecture agréable malgré quelques longueurs
Tout d’abord merci à Babélio et à l’éditeur qui m’ont offert ce livre!
Quand je l’ai découvert dans ma boîte aux lettres, j’ai été étonnée par son poids (820 g) 652 pages, grand format! Promesse d’un long moment de lecture? Pas du tout, les pages se tournent toutes seules. C’est un de ces romans addictifs dont on veut connaître la fin et qu’on ne lâche pas.
L’autrice aborde un problème douloureux souvent occulté : l‘excision et plus généralement les violences faites aux femmes. L’action se déroule à Londres dans la communauté nigériane habitant le Nord- Est de Londres et aussi dans les quartiers plus chics de Belgravia, Chelsea ou Twickenham pour les blancs. Dans ce gros bouquin l’éditeur aurait pu insérer un plan du Grand Londres pour que les francophones se situent un peu mieux. L’auteure montre les contrastes entre les modes de vie des privilégiés et des africains nouvellement installés à Londres. Il s’agit plus de différences culturelles que socio-économique : les Africains de l’histoire, commerçants ou artisans sont plutôt prospères. Cependant le racisme est très présent. Racisme dont souffrent les Africains, ainsi que préjugés anti-blancs tenaces : communautarisme exacerbé qui explique l’attachement à certaines coutumes comme l’excision.
Dans la première partie, l’auteure présente une foule de personnages. Il faut s’accrocher pour les distinguer, comprendre qui sont les protagonistes, qui sont les policiers. Chacun semble pris dans un mariage dysfonctionnel, dans une situation personnelle particulière. Si bien qu’on n’a aucune idée de ce qui va se passer.
La victime n’apparait qu’après une bonne centaine de pages : une policière noire qui faisait partie d’une brigade travaillant sur les violences faites aux femmes. Les policiers vont enquêter sur le meurtre d’une collègue, cela n’est pas facile….
Je n’en dirai pas plus. Sujet intéressant. Rebondissements. Au lecteur de découvrir.
Un bémol, cependant : dans une intrigue si compliquée, est-on forcé de s’appesantir sur les nombreux cafés, chauds, brûlants ou tièdes, ou sur les en-cas de l’enquêtrice boulimique et les marques de whisky de son collègue plus select. Cela décrit une ambiance, mais glisser aurait économisé au moins une cinquantaines de pages inutiles à l’action.
Je n’ai malheureusement pas pu assister à la pièce en Avignon. Dans la cour du Palais des Papes cela devait avoir plus d’allure que sur mon écran. J’ai même eu du mal à rentrer dans l’histoire, redite trois fois avec des petites variations, mais en trois langues différentes dans un décor très noir. Je me suis quand même laissée emporter et j’ai découvert le final spectaculaire avec enthousiasme.
Le moine noir : la nouvelle de Tchekhov
Avant de regarder la captation d’Avignon j’aurais été mieux inspirée de lire la nouvelle, j’aurais mieux compris et identifié les personnages. j’ai eu une hésitation avec les personnages féminins puisque Srebennikov a dédoublé et même triplé Kovrine, pourquoi pas Tania?
Finalement le metteur en scène est beaucoup plus fidèle au texte que je ne l’imaginais – on peut monter Tchekhov de manière très variée et moderne – j’ai beaucoup aimé les diverses mises en scène d’Oncle Vania récemment celle de Weber.
« Il y a mille ans, un moine, vêtu de noir, cheminait dans le désert, en Syrie ou en Arabie. À quelques mètres de
l’endroit où il passait, des pêcheurs virent un autre moine qui marchait lentement sur l’eau d’un lac. Le second moine était un mirage. Perdez de vue maintenant toutes les lois de l’optique que la légende, semble-t-il, ignore, et écoutez ce qui suit. De ce mirage en naquit un second, du second un troisième,
[…]
en sorte que l’image du moine noir se transmit à l’infini d’une couche de l’atmosphère dans l’autre. On la voyait
tantôt en Afrique, tantôt en Espagne, tantôt aux Indes, tantôt dans l’extrême Nord… Elle sortit enfin des limites
de l’atmosphère terrestre, et, maintenant elle erre dans l’univers entier, sans pouvoir se trouver jamais dans des
conditions où elle pourrait disparaître. Peut-être est-elle maintenant dans la planète Mars ou dans quelque étoilede la Croix du Sud. «
La découverte de la folie par Kovrine, les différentes hallucinations sont racontée par Tchékhov mais exagérées jusqu’au ballet fascinant de derviches tourneurs à Avignon en un final extraordinaire.
Explorer le Grand Paris, à pied. Ecouter ce que les riverains ont à nous raconter. Echanger les points de vue et les regards, regards affutés des spécialistes, urbanistes, architectes ou paysagistes, points de vue naïfs des randonneurs lambda, passants d’occasion…
Boucle dans Vigneux-sur-Seine
Skyline avec les 7 gratte-ciels avant leur démolition
La balade a commencé à la Gare du RER D à Vigneux-sur-Seine à la découverte du dernier gratte-ciel de la Croix Blanche .Autrefois 7 tours formaient une Skyline culminant dans la campagne à 24 étages. Il en reste un aux ouvertures fermées par du contre-plaqué, en attente de désamiantage et de rénovation.
le 27 en attente de rénovation
Le panneau officiel date le début des travaux à 2019. Entre-temps Covid et confinements sont passés par là. Des panneaux colorés proposent aux futurs acquéreurs une opération immobilière de prestige sous le patronage de l‘Atelier Castro Denissof Associés, Cette Tour 27 aurait été acquise pour un € symbolique, le projet fait état de services partagés, d’une terrasse partagée au 15ème étage, d’un jardin suspendu au 18ème….A suivre….
Port aux cerises
Un petit kilomètre peine plus loin, nous entrons dans la Base de Loisirs du Port aux Cerises étang et ruisseaux. Les sablières et gravières ont permis de construire routes, voies ferrées et bâtiments du Grand Paris. Après avoir dragué la Seine pour extraire le sable, on a creusé dans les alluvions, et laissé des trous de taille diverses alimentés par la nappe phréatique, les pluies et crues de la Seine. Depuis des décennies, les habitants ont utilisé pour leurs loisirs ces étendues d’eau. Les travaux paysagers ont été réalisés vers la fin du XXème siècle. Le nom provient de l’ancien port d’approvisionnement des marchés parisiens en fruits frais au XVIIIe siècle. Occasion de réfléchir aux trous, mais aussi aux buttes résultant des grands travaux (entre autres ceux des nouvelles lignes du Métro du Grand Paris). Paysages anthropisés, néanmoins réserves de nature.
Une petite route tranquille bordé d’un long mur passe à côté d’une belle ferme ancienne, la Ferme de Noisy. A l’intérieur du vaste paysage boisé se cache le Château de Port Courceldont l’histoire est assez mystérieuse d’après le site de la Ville de Vigneux les premières traces datent du 15ème siècle faisant état d’un bac à Port Courcel, d’un château. Depuis 1842, c’est le domaine de la famille Chodron de Courcel. Nous entendrons parler de cette famille (qui est celle de Bernadette Chirac) à plusieurs reprise dans notre promenade à Athis-Mons.
Un panneau discret explique que le triangle compris entre la petite route et la Seine serait un site protégé pour les oiseaux, chauve-souris, l’écureuil roux et certains reptiles. « compensation » pour un bétonnage qu’on ne cite pas. Pour permettre des réalisations artificialisant les sols, il faut « compenser » Quelle bétonisation permet aux oiseaux, écureuils et chauves-souris de vivre tranquillement à Port-Courcel ? Mystère!
Ecluse d’Ablon
Lécluse d’Ablon
Nous traversons la Seine sur la passerelle de l’écluse d’Ablon. Nous sommes accueillis par la responsable des écluses de la Seine et de la Marne de la région (de Nogent sur Marne à Ablon) . Elle nous explique le principe des écluses pour la navigation. Le souci est de maintenir le niveau d’eau suffisant pour la navigation. En cas d’étiage, il faut demander aux retenues d’eau en amont des lâchers d’eau (Lacs d’Orient pour la Seine). Nous sommes invitées dans la salle de commande où se trouvent une batteries d’écrans pour visualiser les écluses et les bateaux. L’écluse d’Ablon a deux passages : rive droite, plus large pour les péniches et gros bateau, rive gauche seuls les petits peuvent passer.
Ablon
D’Ablon nous ne verrons que le Parc des Soeurs .Ablon se trouve dans le couloir aérien et la conférencière, pourtant équipée d’un micro, doit arrêter ses explications quand passe un avion.
Athis-Mons
Le clocher 12ème siècle d’Athis
Sur les pentes, on cultivait la vigne qui donnait un vin agréable, sur le plateau, les céréales. Athis-Mons est la réunion de deux villages, deux grosses fermes dont il reste quelques vestiges, la ferme de Mons a gardé sa grange ancienne (15ème siècle) et la ferme d’Athis un bâtiment avec une tourelle où logeait un intendant qui fut déplacé au 18ème siècle parce qu’il se trouvait dans la cour du château d’Athis. L’église était à Athis il reste un clocher du XIIème siècle. Avec le phylloxéra, la vigne a disparu.
Belle villa de Mons en meulière
L’arrivée de la voie ferrée dans la vallée de la Seine a changé le paysage : la colline de Monss’est construite d’élégantes maisons de villégiature pour les parisiens fortunés : architecture éclectique, régionalistes avec maisons basques, normandes ou italianisantes. Une constante : l’utilisation de la meulière. la voie ferrée n’a pas apporté que des visiteurs pacifiques. Elle a aussi été la cible de bombardements et de destructions massives, le triage était visé.
Bel endroit pour un pique-nique!
Nous nous promenons dans cet agréable quartier résidentiel et arrivons dans au Jardin Paul Jovet « Un Jardin à partager » ,jardin participatif géré par une association. Chacun participe aux tâches. Jardin botanique, jardin d’agrément, cultivé selon les règles de la permaculture, agrémenté de plusieurs bassins hébergeant une faune diverse d’invertébrés et de batraciens. Il y a même un poulailler avec un « pouloduc » tunnel reliant l’espace pour la nuit et un autre espace où on les nourrit. L’aménagement du jardin correspond à la destruction de villas importantes en vue de l’édification l’édification d’un pont routier qui devait relier la RN6 de Montgeron par Vigneux jusqu’à l’aéroport d’Orly, enjambant ainsi la Seine et permettant aux camions d’accéder directement à l’aux zones de fret aériens. Ce viaduc, imaginé dans les années 60, reste encore comme une menace suspendue sur le quartier, le projet a été réactualisé en 2019. Les habitants d’Athis-Mons sont vent debout contre ce projet. il n’en est malheureusement pas de même de ceux de Juvisy ou de Villeneuve-Saint-Georges dont les routes et les ponts sont congestionnés par des bouchons.
maison de la Banlieue et de l’Architecture (ancienne maire-école)
Après un pique-nique dans cet endroit de rêve nous poursuivons la randonnée par des sentes très pentues qui nous conduisent sur le plateau à la ferme de Monspuis au village d’Athis. Nous passons devant un lavoir alimenté par une source. les sources sont nombreuses sur la pente. Nous visitons le village d’Athis et faisons un arrêt à la Maison de la Banlieue où se trouve une belle exposition sur le thème du regard que l’on peut poser sur la Banlieue, regard ou plutôt regards pluriels. Je reconnais les pochoirs de C215 et la photographie de la chorégraphe Bintou Dembéléque j’avais admiré dans les Indes Galantes. Le café offert est le bienvenu avant de repartir pour de nouvelles découvertes.
Le Château d’Athis héberge maintenant l’ établissement scolaire privé Saint Charles (lycée et post-bac). C’est un imposant château construit au 17e siècle, par Messire Thibault de la BROUSSE, vendu en 1743à Mademoiselle de Charolais petite fille de Louis XIV, qui fit agrandir la cour d’honneur en lui donnant de justes proportions, avec une grille en demi-lune, flanquée de pavillons symétriques. En 1881, le Baron de Courcel devient le nouveau propriétaire et fait construire les deux tourelles et la bibliothèque. On retrouve donc la famille Chodron de Courcel! Elle était aussi propriétaire du très joli pavillon qui héberge maintenant l’Hôtel de Ville d’Athis-MonsMademoiselle de Charolais en fit une dépendance du Château d’Athis et fit construire un nymphée. La vue de la terrasse sur toute la vallée de la Seine est très étendue, on reconnait Montgeron, Vigneux, Juvisy, Grigny… et la Forêt de Sénart.
mairie d’Athis-Mons
L’urbanisation d’Athis-Mons se fit par lotissement du plateau, d’abord en habitat pavillonnaire puis récemment en immeubles. Une petite cité-jardin aux maisons roses et aux potagers encore bien cultivés est l’occasion de revenir sur ce concept social des Cités-jardins. Le paysage se modifie, des arbres ombragent des pelouses vertes entourant des maisons basses à l’américaine sans clôtures.
cité de l’Air
C’est la Cité de l’Air en bordure des pistes de l’aérodrome, construite en 1946 pour le personnel de l’aéroport et le personnel navigant. Verdure et calme, malgré la proximité des pistes on n’entend pas un avion, les couloirs aériens ne passent pas par là. Etrangement, ce quartier n’est pas privilégié, au contraire des pavillons sont murés, ils ont été squattés, on y a installé des réfugiés et une rénovation est prévue avec la construction d’un écoquartier.
Orly Delta Concorde
la balade se termine au Musée Delta om nous sommes attendus. Visite du Concorde prévue.
Je suis toujours curieuse de découvrir une nouvelle série de polars. En revanche, je suis mauvaise cliente pour les diableries, monstres et enfer. Ne croyant ni à Dieu ni à Diable, j’ai tendance à être agacée par ces références au Bien ou au Mal . Je n’ai pas fait attention au titre mais j’ai eu un peu de recul comme dans les livres de Dolorès Redondo ou Illiska sous-titré « le Mal » de l’islandais Erikur Norddahl, je ne crois pas aux monstres non plus. Ce roman a eu raison de mes réticences à la fin que, bien sûr, il n’est pas question de divulgâcher.
L’histoire se déroule dans les montagnes italiennes à la frontière de l’Autriche dans un village enclavé, jaloux de sa culture, de son territoire, très solidaire, qui préfère garder ses secrets que de collaborer avec la police italienne. Même le policier local se sent plus tenu à l’omerta qu’à faire avancer l’enquête. Montagnes abruptes, forêts sauvages, grottes inexplorées. Le terrain n’est pas facile pour l’équipe de policiers sous la direction du commissaire Battaglia…Commissaire atypique, Teresa Battaglia, la soixantaine, diabétique, un caractère de cochon mais très appréciée de ses lieutenants qui lui sont aveuglement dévoués.
Un premier crime horrible, la victime est énuclée, les yeux ont été arrachés, fait penser à un meurtrier monstrueux, criminel en série. En effet, d’autres victimes suivront….Je commence à tiquer : gore, trop gore! Et puis les criminels monstrueux, ce n’est pas ma tasse de thé.
Ilaria Tuti a monté une intrigue haletante, je me laisse prendre par cette lecture addictive avec mauvaise grâce d’abord, puis hameçonnée. C’est très bien fait avec ce qu’il faut de mystère et de rebondissements. La fin est surprenante, Teresa Battaglia est une femme, non seulement intelligente, mais pleine d’empathie, très sympathique sous ses abords grognons.
Elena Piacentini est une écrivaine d’origine corse dont j’ai déjà lu un roman policier : Un Corse à Lille CLIC
Les Silences d’Ogliano se déroule dans une île méditerranéenne : Corse, Sardaigne ou Sicile, j’ai aussi pensé à la Calabre. Pays de mafia, de bandits et culture de l’Omerta qui est la traduction littérale du titre. Pays de maquis où l’on peut se cacher, illusion de liberté, doublé dans le roman de grottes et de cavernes. Le livre s’ouvre sur les funérailles d’un mauvais sujet, « officiellement leveur de liège braconnier et voleur de bétail » cinq étrangers louches sont présents.
En même temps, le Baron, son fils et sa ravissante femmes viennent prendre leurs quartiers d’été. Deux mondes coexistent : les misérables et les nobles propriétaires.
Libero, le narrateur, est un jeune homme, encore lycéen, le fils de l’institutrice ami du fils du baron comme des jeunes du village. Entre ces deux mondes. Roman d’apprentissage ou d’amour? Libero connait comme sa poche la montagne. Roman de nature?
Je n’ai pas envie d’en dire plus. L’intrigue vous conduira dans des lieux secrets et vous découvrirez les secrets que Les Silences d’Ogliano recèlent. C’est une lecture addictive, très agréable, dépaysante. Et puis, en filigrane Antigone de Sophocle, ne peut que me plaire.
Cependant, j’ai été un peu agacée par le machisme, la virilité célébrée, même si elle est très couleur locale. Surprenant d’une écrivaine, ce rôle mineur dévoué aux femmes sainte mama ou putain, il y a aussi l’alternative folle… Antigone qui dit NON vaut mieux que cela.
C’est ainsi que s’ouvre cette exposition sous-titrée « Un fauve à Vienne » qu’on associe volontiers aux acteurs de la Sécession viennoise (Klimt et Schiele) mais aussi aux expressionnistes par la crudité du dessin, l’expression des portraits où les mains et le regard intense traduisent le caractère du sujet
Le joueur de Transe
Oskar Kokoschka excelle dans les portraits et l’exposition du MAM les a mis en valeur en choisissant un petit nombre et en accrochant sur un mur blanc ou noir. Il a aussi peint des paysages et comme ses contemporains a illustré des livres, fait des séries de gravure. Deux peintures aux sujets religieux m’ont étonné comme le Saint suaire et Véronique ou une étrange Annonciation.
Véronique et le suaire
Original ce dessus de cheminée, image de mariage dans le style de la Renaissance
Hans et Erica Tieze portrait de mariage à la mode Renaissance
Ses portraits sont très intéressants
Carl Moll
Si les portraits dominent, l’œuvre viennoise est variée comme les séries de gravures et dessins très fins des cycles graphiques , ses collaborations avec la Presse Der Sturm d’Adolf Loos, ses illustrations et affiches, les éventails offerts à Alma Mahler avec qui il a entretenu une relation amoureuse et fait des voyages.
Träumenden Knaben (illustration)
Engagé militaire dans la Grande Guerre, il fut deux fois blessé. On le voit en photo avec son camarade le peintre hongrois Rippl Ronaï. Il a également fait des pastels et des dessins de guerre.
les années de Dresde (1916-1923)
Blessé, réformé il fait une dépression et il est soigné dans un centre de convalescence près de Dresde.
Autoportrait au chevalet
Sa peinture devient plus colorée, moins empâtée avec plus d’à-plat
Diptyque Hans Mordersteig et Carl Georg
Voyages et séjour à Paris
Dans cette section sont accrochés des paysages colorés de Marseille, Annecy. Il voyage en Afrique du Nord : beau portrait Le Marabout de Temocine. Il exécute aussi des séries d’animaux : chevreuil, lion, tortues géantes ou Poissons sur une plage de Djerba
Poissons sur une plage de Djerba
Résistance à Prague
mais sa peinture n’est pas appréciée, 5 de ses tableaux sont décrochés du Musée de Dresde et il s’exile à Prague. Sa peinture figurera dans une exposition nazie d’Art Dégénéré.En 1937 il se représente lui-même en artiste dégénéré dans une attitude en même temps de tristesse et de défi
Autoportrait en Artiste Dégénéré (1937)
Exil en Angleterre (1938-1946)
Les peintures que je retenues sont des allégories politiques comme L’Anschluss
Anschluss: Alice au pays des merveilles
ou le Crabe
le Crabe
Sur une plage britannique le crabe monstrueux cache une scène de noyade
L’oeuf rouge
tandis que dans l’oeuf rouge les accords de Munich sont mis en scène avec ma figure colossale de Mussolini, Hitler grimaçant, la France, un chat indolent et la Grande Bretagne détourne le regard.
un artiste européen (1946-1980)
Autoportrait 1969
Il s’établit en Suisse et reprendra sa nationalité autrichienne en 1975. Il continue à peindre et dessiner (suite lithographique de pan sur un thème de Hamsun
Cette très belle rétrospective m’a fait découvrir un peintre dont je ne connaissais que ses oeuvres viennoises de jeunesse.