Tunis : une visite au musée du Bardo

CARNET TUNISIEN – DU NORD AU SUD

 

A midi, nous partons au Musée du Bardo.

Les taxis sont très nombreux et bon marché, jaunes ils sont facilement repérables ; le problème est d’en trouver un libre.  Le chauffeur ne parle pas français mais il me montre le compteur : 0.450 dinars de prise en charge.

Le trafic est embouteillé. De nombreuse forces de police sont sur pied. La rue est parcourue par des manifestations pro-Palestine après la déclaration de Trump sur Jérusalem. La première manifestation rassemble des étudiants ou des lycéens avec de nombreuses filles voilées, une seconde est composée d’adultes, beaucoup d’hommes d’âge mûr, en costume de ville, promenant un drapeau palestinien en  silence. La radio du taxi ne parle que de la dernière initiative américaine : déménager l’ambassade de Tel Aviv à Jérusalem. Alors que la télévision française est saturée de nécrologies : Jean d’Ormesson et Johny Halliday, le monde s’agite. Cette bourde américaine a pour conséquence d’unir tout le Moyen Orient auparavant si divisé avec la Guerre en Syrie, au Yémen, la vrai-fausse démission du Premier Ministre libanais. Aujourd’hui, tout le monde défile à l’unisson « filestin ! ». La radio tunisienne fait entendre aussi bien Macron (en français) le pape François (en italien), le prince saoudien et le roi de Jordanie (je reconnais leur arabe différent du tunisien). Je suis tellement occupé à écouter la radio dont je devine la teneur sans comprendre le contenu, que je ne suis pas l’itinéraire.  Le taxi passe devant la faculté des Lettres, de Médecine, des hôpitaux, puis s’éloigne du centre dans des quartiers mal définis. Le Bardo est à 4 km du Centre de Tunis. Arrivées sur place, encore de nombreuses forces de police et du fil de fer barbelé en gros rouleaux. Le souvenir de l’attentat est encore dans les têtes.

Le Musée existe depuis la fin du 19ème siècle, installé dans l’ancien palais beylical. L’entrée des visiteurs se fait   par une façade moderne dans un hall haut de plafond très clair. Un plan est fourni à la billetterie.  Nous nous laissons guider par le hasard, en dépit de toute chronologie, passons d’une collection d’objets d’époque islamique, céramiques de toute beauté à des cippes puniques puis à des mosaïques romaines, sans aucune transition. Après quelques temps, je comprends que les objets sont regroupés par site. Comme nous ne connaissons pas la géographie de la Tunisie, ce classement ne facilite pas le compte rendu !

Nous avons été éblouies par les mosaïques qui nous parlent, nous racontent la vie, les légendes et mythes. L’an passé à Madaba, en Jordanie, nous avions pris connaissance de l’histoire et e la géographie des premiers chrétiens en Palestine et en Egypte…J’avais beaucoup aimé le musée d’El Jem  (Tunisie) et je n’ai pas oublié les premières mosaïques que j’ai découvertes en Sicile à Piazza Armerina avec les jeunes filles jouant au ballon ni celles de Constantinople…

Celles du Bardo sont probablement les plus impressionnantes par leur dimension et leur variété de thèmes. Elles racontent les mythes des Dieux de l’Antiquité mais aussi la vie des paysans et des pêcheurs, parfois les deux thèmes sont intimement mêlés. La grande mosaïque marine est la plus spectaculaire elle est présentée verticalement sur deux étages. Sur un fond vert parcouru de vaguelette on y voit une divinité, une néréide peut-être, et de nombreuses créatures marines. L’Education d’Achille par le Centaure Chiron est aussi d’inspiration maritime, Achille, enfant chevauche un dauphin, elle me rappelle qu’Achille était fils de Thétis, une néréide. Les thèmes chrétiens ne sont pas oubliés, dans une scène de pêche on voit Jonas avalé par un gros poisson, tandis que quatre pêcheurs dans une barque ramènent leurs filets.

J’ai pris des notes, scrupuleusement dans chaque salle. Les recopier dans le désordre n’a guère de sens…le Guide Bleu le fait beaucoup mieux que moi d’autant plus que j’ai raté les plus célèbres celle de Virgile et celle d’Ulysse. Je me suis restée plus longtemps à contempler une belle à sa toilette avec ses servantes qui lui portent ses atours et son miroir…. Je fuis des classes d’enfants suivant les explications de leurs maîtres, avec les hauts plafonds cela résonne désagréablement. Pourtant ils sont sages. Le Musée du Bardo est très vaste. Impossible de tout voir. Une visite en conclusion du voyage aurait été plus enrichissante sans doute si notre circuit nous avait reconduites à Tunis.

Il faut aussi raconter le décor du Palais beylical qui abrite le musée : les belles portes, les stucs des plafonds à stalactites du salon octogonal, les colonnes antiques formant un péristyle dans la grande salle ornée de statues de marbre qui malheureusement ont presque toutes perdu la tête, sauf Faustine et Isis qui se font face.

 

Les salles puniques : Demeter, Koré et Pluton nous accueillent dans une salle sombre de forme ovale. Des stèles puniques et cippes sont alignées, certaines au signe de Tanit. Au fond la déesse-lionne (Sekhmet ou Tanit ) fait face à Demeter. Je passe, ignorante, devant les terres cuites et les stèles de pierre. J’aurai plaisir à retrouver la civilisation carthaginoise demain au Musée de Carthage.

« Circulation des œuvres d’art » est le titre d’une exposition permanente des objets provenant d’une épave retrouvée en 1907 au large de Mahdia. Les cales étaient surchargées d’œuvres d’art grec datées entre le 4ème av. JC et le 1er ; le navire faisait route vers Rome. J’ai surtout aimé de merveilleux bronzes : deux Hermès.

Retour en taxi jusqu’à la Place du Gouvernement. Il reste encore le temps d’une promenade dans la médina, d’un thé à la menthe et aux pignons à la Terrasse au coucher du soleil.

Tunis : promenades dans la Médina

CARNET TUNISIEN DU NORD AU SUD

Dans la médina : cotte de maille et antiquité

Au petit matin, j’entends  le muezzin, peut-être sont-ils plusieurs à se répondre, et me rendors.

A 7h30, il fait jour.

A 10 heures seulement, notre hôte vient nous voir. Je pensais qu’il serait notre guide dans la médina. Les commerçants ont ouvert boutique, les artisans sont au travail. En face de la porte de Dar Kenza, assis sur le sol, un tailleur coud à la main des djellabas en tissus satiné. Je le vois tirer son aiguillée. La porte d’à côté est celle d’une petite épicerie. Sous le comptoir il y a surtout des cannettes de limonade et des gâteaux emballés, sur des étagères derrière lui, un petit peu de tout. Plus loin, trois gargotes.

Nous entrons dans le souk des femmes où les boutiques sont variées : parfumeurs, bijoutiers, marchands de tissus, vêtements masculins. Dans une ruelle, une sorte de cotte de maille et un bouclier rond devant un antiquaire, me font penser aux Croisades. A cause de Saint Louis ? je pourrais aussi bien imaginer les Romains, les Vandales, les Arabes….

u,e arche un mausolée une impasse rue Tourbet el Bey

Les parfumeurs nous assaillent. L’un deux frotte un bouchon d’une fiole au « jasmin » sur mon poignet. Odeur forte mais peu fleurie. Son voisin veut l’imiter avec du musc. Je refuse, les deux parfums ne sont peut-être pas compatibles ? Plusieurs vendeurs nous signalent « la Terrasse ». On ira mais plus tard !

Tunis Mosquée des Oliviers

Pour l’instant nous cherchons la Mosquée des Oliviers, la plus grande mosquée de la médina. Une verrière moderne permet aux non-musulmans de jeter un coup d’œil à sa cour. Nous faisons le tour du bloc pour découvrir la façade avec une belle colonnade surmontant une volée de marches. Un écriteau prévient les touristes qu’ils doivent respecter les horaires des prières. Pour la visite ce sera après 13h30. Sur la place devant l’entrée les marchandises pour touristes sont variées. Il y a de beaux paniers. J’adore les paniers, j’en rapporte de chaque voyage et me laisserais bien tenter ici !

Ce n’est pas la première médina que nous visitons. L’effet de surprise ne joue plus mais je suis toujours enchantée. Ici, les vendeurs ne sont ni insistants ni agressifs ; Parfumeurs et marchands d’épices tentent leur chance avec gentillesse. L’absence totale de touriste au début décembre explique cela.

medersa slimaniya

Au hasard, j’entre dans la  medersa es Slimaniya qui a un joli patio entouré d’arcades rayées noires et blanches. Une gargoulette est attachée au-dessus de la margelle du puits – décorative ou utilitaire ? – Sous les arcades, des chaises et des tables d’école. L’école est-elle active ? L’affichage tout en arabe ne me renseigne pas. Je passe par la Rue des Orfèvres puis par le souk aux étoffes. Guidée par les marchands qui montent la garde devant leur boutique, je monte à la Terrasse. C’est un très grand café dont la terrasse domine la Grande Mosquée, un endroit très agréable d’où on découvre la médina et la Tunis moderne.

vue de la terrasse

Nous avons emporté de Créteil le Guide Gallimard et le Guide Bleu, mais je les ai laissé à Dar Kenza, je suis sûrement passée à côté de merveilles sans m’en douter. Mais je n’ai pas envie de marcher les yeux dans les livres. Je préfère me laisser distraire par le spectacle de la rue.

 

 

 

Itinéraire de Paris à Tunis – Hélé Béji

LIRE POUR LA TUNISIE

Dans la médina de Tunis, la chaux contre la poussière

Cette lecture m’a été suggérée par Daniel Rondeau dans Carthage. 

Cet Itinéraire de Paris à Tunis référence à Châteaubriand (????) n’a rien d’un récit de voyage, il est d’ailleurs sous-titré Satire. Point de voyage ! de la satire, du persiflage plutôt. Paru une première fois en 1992, indisponible en livre papier, il a été numérisé en 2012 « participant à une démarche de transmission de savoirs rendus difficile d’accès par le temps…. ».

J’aime l’aventure et la découverte.  Il m’a fallu beaucoup de persévérance pour terminer cet opus. La dame, conviée à une réunion mondaine et parisienne, un dîner-débat crache sans se gêner dans la soupe

« et je ne viderais pas mon cœur! Et je supporterais ces intellectuels rengorgés, compassés! »

déclare-t-elle  pour se ressaisir :

« Est-ce que je leur ressemble? »

Et bien oui, j’en ai bien peur avec ce texte vide, enflé, ampoulé prétentieux qui me tombe des mains.

En sautant des paragraphes ennuyeux, j’ai trouvé des portraits drôles des qui m’ont récompensée de ma persévérance.  Celui du chaouch, « il y en a toujours un pourtant, de chaouch, dans un coin du vestibule, plus uni à sa chaise qu’un philosophe à son coin de parchemin, à sa chandelle dans le clair-obscur d’une gravure…. » 

Sympathique vendeur de cacahuètes sur la plage, souvenir d’enfance qui capte l’appel des enfants « avec la soumission muette d’un sorcier aux djinns de l’au-delà…. »

Son évocation de la poussière à Tunis, l’été, m’a aussi distraite :

« ….des millions d’étincelles du soleil sont ensevelies sous des millions e mailles du drap éteint de la poussière.

Et pourtant, grâce à dieu, elle peut finir par être vaincue, la poussière, par la chose la plus simple, la plus naturelle, la plus accessible à chacun : un seau de chaux. Avec de larges pinceaux de chaux contre les murs, les façades et les toits, la poussière est capturée, purifiée, dissoute dans l’éclat bleuté d’une résurrection picturale. La chaux est une fée de percale blanche qui terrasse la sorcière en haillons de poussière d’un simple coup de badigeon….. »

Mais cela ne suffit pas pour en faire un bon livre. Fallait- il l’exhumer d’un oubli mérité?

 

Arrivée à Tunis – notre gîte : Dar Kenza dans la médina

CARNET TUNISIEN, DU NORD AU SUD

arrivée dans la nuit à tunis

L’arrivée à l’aéroport

Les nuages ne se déchirent qu’au-dessus de la Sicile, les îles éoliennes sont éclairées dans la nuit, l’Etna est invisible. L’avion perd de l’altitude dans le noir complet. La côte tunisienne scintille. L’arrivée sur Tunis  est un feu d’artifice.

L’assistance de Dominique nous fait généralement gagner du temps en court-circuitant les queues et les formalités. Ce n’est pas le cas ce soir. Le camion élévateur tarde tellement qu’on fait embarquer les passagers pour Paris tandis que nous sommes encore à l’avant de l’avion. Nos valises ne sont plus sur le tapis roulant,  jetées dans un coin. Samiha s’est lassée de nous attendre à la sortie. Nous la retrouvons au bureau de Camelcar. Elle a pour nous un sac de cadeaux : un petit téléphone tout neuf, un GPS et deux road books reliés, magnifiques.

La voiture est une Renault Symbol (modèle monté en Turquie, hybride de Clio et de Dacia), vaste coffre mais sans essuie-glace arrière. Le GPS est très récalcitrant. Impossible de programmer, l’adresse de Dar Kenza ce qui n’est pas étonnant puisque la rue Tourbet el Bey se trouve dans la médina, mais plus étrange quand il s’agit de la Place du Gouvernement où se trouve un grand parking et de nombreux ministères. Personne n’y arrive, même pas le loueur de voitures. Tout le monde nous assure que nous ne retrouverons jamais dans Tunis. La solution est de faire venir notre hôte en taxi, il nous guidera ensuite.

21 heures passées nous sommes toujours sur le parking de l’aéroport, le ticket du parking buggue en sortie : temps dépassé !

la médina

les arches pour entrer dans la médina
les azrches de la médina la nuit

Sous la direction du propriétaire, le chemin semble simple, tout droit. La place du Gouvernement est monumentale, éclairée. Nous suivons les murs de la médina pour entrer sous un porche avec de belles arcades de pierres. Nous garons la voiture « Place du Château ». Le « château » Dar Hussein est le siège de l’Institut du Patrimoine, un palais 18ème siècle qui fut investit par le commandement militaire français du temps du Protectorat. Au détour du palais nous passons encore sous d’autres arcades, puis dans des rues blanches aux portes bleues, grilles bleues aux fenêtres à entrelacs et petits auvents bleus « Cette partie a été restaurée par des Espagnols » –  dit le propriétaire, un peu plus loin, c’est moins restauré mais des vignes font des tonnelles gracieuses et leurs ombres des arabesques dans la nuit. La rue Tourbet el Bey est une grande rue avec de nombreuses épiceries et gargotes, plus loin elle conduit au souk des femmes. A 21h30, tout est fermé, seuls les chats occupent la rue.

Dar Kenza

Dar Kenza

Notre appartement à Dar Kenza s’ouvre sur un patio blanc et bleu. La grande pièce à vivre  est entre  les deux chambres. Les murs crème sont ornés de tableaux orientalistes avec chevaux, burnous, turbans. Un tapis rouge, des banquettes rouges, un coffre peint. Des arcades se détachent peintes avec une végétation luxuriante de fleurs et fruits. Une bordure de majolique borde une étagère.   Les lits sont dans des alcôves.  L’une d’elle est voûtée séparée de la salle par des majestueux rideaux bordés de glands dorés.  Ses murs, jaune d’or intense. Le lit est posé sur une estrade aux marches carrelées, il est recouvert de rouge vif. En face, l’autre chambre est séparée par une cloison à fenêtres à ferronneries éclairées par des lampes aux abat-jours délicats et une lanterne. Le plafond vert est bas sous une mezzanine communiquant avec la pièce principale par une boiserie ajourée faisant penser à un castelet peint avec les mêmes feuillages que sur le coffre. Ceci confère un bel éclairage au salon.

Dar Kenza alcôve

Une cuisine et une salle d’eau complètent l’appartement dans lequel on pourrait vivre à 6 ou 7.

Notre dîner tardif se compose d’un bol de soupe de lentilles passées, d’escalopes de poulet panées, d’une salade chou et fromage et d’une coupe de grains de grenade.

Nous avons beau être fatiguées du voyage, je ressors faire des photos de nuit dans les rues de la médina.

 

La villa Jasmin – Serge Moati

LIRE POUR LA TUNISIE

Commencé à Tunis.

Serge Moati est une figure familière de la télévision française depuis des décennies.

J’étais curieuse de lire la Villa  Jasmin ,  nom de la villa de ses parents à Tunis.

« Papa, tu n’as pas démérité de cette France-là. Tu as refusé les médaille. moi je t’en fabrique une. C’est ce livre.  Tes ancêtres, Samuel et ses frères, ces juifs de Tunis, fous de France t’entourent ce jour-là, Place de l’Hôtel de Ville. Tes aïeux et tes descendants sont près de toi . je les prends en photo »

C’est une évocation émouvante de ses parents qu’il a perdu très jeune, à peine onze ans.

Serge Moati, le père, était une figure du Tunis de l’avant-guerre, auteur de théâtre, journaliste, socialiste, franc-maçon, puis déporté à Sachshausen, résistant à Paris, héros de la Libération de Paris, le camarade Jasmin, il rencontre De Gaulle (ci-dessus).

Évocation tendre de sa mère. De la vie à Tunis avant-guerre, puis pétainiste et occupée, allemande.

En contraste, un personnage détestable ce collabo Guilbaud, qui a persécuté Moati l’a envoyé en déportation en Allemagne et l’a traqué quand il se cachait, résistant à Paris.

Plus que la douceur de vie à Tunis, c’est une leçon d’histoire, de la Tunisie sous le Protectorat et de la Libération de Paris.

Je n’ai pas eu le temps pendant le court séjour à Tunis de chercher la Villa  Jasmin, existe-t-elle encore?

 

 

La légende de Carthage – Azedine Beschaouch – DECOUVERTES GALLIMARD

LIRE POUR LA TUNISIE

Quelle merveilleuse collection que celle de DÉCOUVERTES GALLIMARD !

Je n’ai jamais été déçue, ni par le texte ni par l’iconographie qui est extraordinaire.

Azedine Beschaouch – directeur de l’Institut national d’art et d’archéologie (1973-1982) et maire- adjoint de Carthage (1975-1990) est le spécialiste de Carthage. De plus, il a construit une ‘légende » passionnante :

le premier chapitre retrace la chronologie de la fondation mythique,  à la civilisation phéniciennes, en passant par les guerres puniques, puis la Carthage romaine, chrétienne avec Saint Augustin, enfin l’épisode des Vandales. les Arabes lui préférèrent Tunis…

Dans le second : « Une mémoire perpétuée….des vestiges disséminés »  on assiste à la redécouverte de Carthage, d’abord par les géographes arabes, au 11ème siècle El Bekri et Idrisi, plus récemment par Chateaubriand et enfin par les archéologues modernes à la fin su 19ème. Cette redécouverte ne fut pas une évidence, un archéologue très sérieux avait même situé Carthage en Algérie!

A la découverte de la métropole punique, énigmes à Carthage est une véritable enquête à énigmes. Les textes racontant Carthage sont ceux des vainqueurs : les Romains. Certes, Polybe était grec mais il était lié à  Scipion et son récit est partial. Sacrifiait-on des enfants au Tophet? Flaubert a raconté le moloch. légende ou vérité historique? Les archéologues proposent d’autres hypothèses. Une autre énigme fut celle de la localisation des ports de Carthage. La puissance des Phéniciens était maritime. Retrouver les ports et reconstituer la marine phénicienne était donc essentiel!

 

Carthage, ville romaine, disputait à Byzance la deuxième place dans l’Empire romain. Un chapitre s’attache à décrire la ville romaine.

La fin de Carthage, fut-elle Vandale (leur nom a mauvaise réputation) ou byzantine, ou arabe?

Comme toujours, dans cette collection, une large place est donnée aux documents littéraires. Michelet, Chateaubriand, Flaubert mais aussi Senghor!

La lecture est passionnante, mais je l’ai souvent interrompue pour aller à l’index des illustrations me renseigner sur tel tableau, telle photographie. On  peut aussi le feuilleter comme un livre d’images!

 

Carthage – Daniel Rondeau

LIRE POUR LA TUNISIE

Dans trois jours nous atterrirons à Tunis, aéroport Tunis-Carthage…

J’ai voulu prendre une petite avance sur le voyage avec le livre de Daniel Rondeau dont j’ai adoré Malta Hanina lu au retour d’une quinzaine à Malte. Même démarche : un portrait impressionniste d’une ville, réminiscence de son histoire grâce à de nombreuses lectures érudites que l’auteur fait partager au lecteur.

La  bibliographie savante sera  à exploiter au retour, il n’est plus temps de courir bibliothèques et libraires. J’emporterai néanmoins l‘Âne d’or d’Apulée, l’Enéide de Virgile, Salambô et le Voyage à Carthage de Flaubert, tous libérés de copyright, donc gratuits sur la liseuse. Téléchargé aussi La Villa Jasmin de Serge Moati. 

Je note un Klee en Tunisie de Duvignaud qui se trouve à la bibliothèque, La lumière de la nuit  de Pietro Citati qui est un auteur que je ne connais pas mais qui a aussi écrit à propos de L’Odyssée et d’Ulysse, La Pensée chatoyante qui me tente. Je ne sais pas si je lirai Saint Augustin ou Ibn’Arabi. Je suis intriguée par l’écrivaine   Beji Hêlé. 

J’aime quand un livre donne des envies de lectures, rien que pour cela, je suis reconnaissante à Daniel Rondeau!

J’aime aussi croiser les ombres des personnages du passé, Rondeau évoque tout d’abord la fondatrice, Alyssa ou Didon? puis Hannibal bien sûr avec l‘incendie de Carthage qui renvoie à l’incendie de Troie, toujours l’Enéide! Il a éveillé ma curiosité avec  Augustin, l’ami invisible qui m’est plus étranger et  Saint Louis « San Luwis ibn Luwis » au tombeau de Sidi Bou Saïd. 

Je crois que je relirai ce court opus(164p) à notre retour. Je ne sais jamais quand lire un livre en relation avec un voyage. Avant ou après?

 

 

la mesure de la dérive – Alexander Maksik

LIRE POUR LA GRECE – EXILS

 

 

 

 

 

 

 

 

Je ne résiste pas à une couverture où figure une église des Cyclades! j’avais déjà noté ce titra à la veille de notre voyage à Santorin.

incipit : 

« Il faisait nuit, à présent.

Jacqueline n’avait rien mangé depuis la barre de chocolat tut aplatie ramassée sur les marches de la pharmacie.

la volonté de Dieu, lui dit sa mère…. »

Il ne s’agit pas de tourisme. Une histoire de migrants, d’exil. De ces naufragés qui s’échouent sur les îles de la Méditerranée?  Contraste entre  le paradis des vacanciers qu’est Santorin et la quête d’un refuge, de quelque chose à manger.

Les clichés véhiculés par la télévision cachent les destins individuels. Jacqueline est libérienne. Ni la pauvreté, ni l’espoir d’un avenir européen ne l’ont jetée sur la plage. Evacués, les préjugés! Jacqueline veut passer pour une étudiante américaine en vacances, et elle donne le change, réussit à cacher la faim, se trouve même un moyen de survie : masseuse sur la plage.

Le premier acte de sa tragédie, n’est pas l’exil. Son histoire est au Libéria. Oubliés, les clichés! Elle n’est pas une « pauvre » africaine lancée par la misère sur les routes…Au contraire, elle a vécu une enfance est une jeunesse dorée dans les arcanes du pouvoir, a étudié à Londres. Les difficultés du quotidiens n’effacent pas son passé dans le Libéria de Charles Taylor, guerre civile, enfants soldats et massacres….

C’est un sujet grave qui contraste avec le cadre solaire de l’île, la beauté des paysages, l’insouciance des vacanciers. J’aurais quand même voulu en apprendre un peu plus sur le Libéria.

 

 

 

Art Afrique à la fondation Louis Vuitton : Etre là (Afrique du Sud)

LE MONDE EN EXPOS

Exposition temporaire du 23 avril 2017 au 4 septembre 2017

je ne me suis décidée à la veille de la clôture de l’exposition ou plutôt des deux expositions Etre là et les Initiés

J’ai été tellement impressionnée par Etre là présentant 3 générations de plasticiens contemporains en Afrique du sud,  que je n’ai même pas fait un tour dans l’autre exposition. C’est souvent comme cela, quand une exposition m’intéresse, je suis tant concentrée à tout voir, prendre des notes, tout lire que je m’épuise et sature et ma curiosité s’émousse.

Cette exposition fait la part belle à la photographie, la vidéo et l’animation, et les installations spectaculaires. L’artiste qui m’a le plus impressionnée est sans aucun doute William Kentridge que j’avais déjà remarqué dans l‘Afrique des routes au Quai Branly et dont une partie de la fresque en papier découpé, fragment de la fresque de Rome Triumph and Laments, occupe la place d’honneur au dessus de la librairie dans le hall. Le bateau et les femmes pleurant un naufrage à Lampedusa donnent le ton. Cette exposition est contemporaine, politique et ouverte sur le monde extérieur, sans concession.

Après avoir suivi encore la fresque de Kentridge on entre dans une installation de Jane Alexander : Infantry with Beast : 27 hommes à tête de lycaon, en ordre de marche derrière un lycaon dans une pièce noire. Le bataillon deJane Alexander est sonorisé par la vidéo d’animation de David Koloane : The Takeover au fusain selon une technique ressemblant à celle de Kentridge en peut être moins abouti. Deux tableaux représentant des canidés rouge orange de Koloane sont aussi effrayants.

On entre dans un univers de violence, où l’homme est un loup pour l’homme.

Dans la salle suivante on assiste à la projection de Notes toward a model Opera de William Kentridge (2015) .

Sur trois écrans sont projetées des animations vidéo qui se complètent mais différentes, des cartes, documents divers constituent le fond, carte de Chine, carte géologique de Normandie, Journal Officiel d’époque rendant compte de la commune de Paris….. Des danseurs affublés de cones, d’armes ou d’uniformes de l’Opéra révolutionnaire chinois exécutent des chorégraphies révolutionnaires inspirées de la gestuelle révolutionnaire chinoise brandissant un drapeau rouge ou un fusil, avec les mouvements corporels de la danse africaine…Des slogans révolutionnaires ou ironiques traversent l’écran sur des pancartes LISTEN TO THE ECHO _ NATIONALISE THE HEAVEN  ou LONG LIFE TO THE SPARROW-LONG LIFE TO MOTHERLAND…..

Une installation de Kemang Wa Lehulere occupe une salle : Dog sleep Manifesto ou Redding of the Greens :  des chiens (décidément c’est un motif récurrent) gardent des valises ouvertes contenant un carré de gazon. Elles symbolisent les terres que les Noirs ont dû quitter lors du déplacement des Noirs 1913.  Un dessin mural géant accompagne les objets et les chiens imitant le tableau noir d’une école.

Des oeuvres d’autres plasticiens se partagent la même salle principalement des textiles. J’ai apprécié les tapisseries de Athi Patra Ruga 

que l’artiste refuse d’encadrer et qui sont en forme de parallélogramme

 

La photographie occupe une grande place dans l’exposition avec David Goldblatt qui témoigne des luttes anciennes comme des plus récentes comme la protestation dees étudiants en 2015 contre la statue de Cecil J. Rhodes qu’on a couvert d’excrément puis déposée.

Zanele Muholi se définit comme photographe activiste visuelle . Un mur est occupé par une série de portraits Faces and phases follow up  où un même personnage est photographié à plusieurs phases de sa construction.

Jody Brand avec des photographies très colorées de grand format donne une visibilité aux agressions dont sont victimes les femmes et représente des homosexuels ou des trans

j’ai aussi été impressionnée par les grands tableaux – photographies ou tableaux? – d’une grande violence de Kudzanai Chiurai qui est un artiste originaire du Zimbabwe mais établi à Pretoria.

D’autres artistes contemporains encore sont présentés qui m’ont peut être moins frappée (ou j’étais fatiguée). J’ai pris un  énorme plaisir à rechercher ensuite sur Internet les biographies et les articles concernant ces artistes tous (sauf Kentridge) nouveaux pour moi.

Trésors de l’Islam en Afrique à l’Institut du Monde Arabe

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 30 juillet 2017

Les expositions viennent par vagues, L’Afrique des Routes au quai Branly ICI, à la fondation Vuitton : Art Afrique le nouvel atelier, à la Villette, un festival 100% Afrique jusqu’au 28 mai, sans parler des manifestations maintenant terminées à la fondation Cartier: Beauté congo (Ici)

Je me suis donc laissé tenter par Les Trésors de l’Islam de Tombouctou à Zanzibar et j’ai été très agréablement surprise. Les expositions de l’IMA  sont toujours passionnantes mais j’avais peur de trouver beaucoup de manuscrits et de Coran que je suis incapable d’apprécier à leur juste valeur (sans doute à cause des manuscrits de Tombouctou). Il y a certes, des manuscrits et des livres précieux dans la première salle qui présete ls sources (Ibn Battûta et René caillé pour les plus connus) des panneaux instructifs sur l’extension de l’Islam à différentes époques, en corrélation avec les routes du commerce de l’or, de l’ivoire et des esclaves des marchands arabes, commerce déjà florissant au Xème et XIème siècle à l’apogée au XIIème siècle.

A propos du sauvetage des manuscrits de Tombouctou un vidéogramme est présenté dès l’entrée, posant le problème : doit on les retourner à Tombouctou o ils sont encore en danger, à Bamako où le climat humide pose des problèmes de conservation ou à Paris? Selon l’optique sécuritaire, scientifique ou patrimoniale, les réponses sont différentes.

La surprise et la grande richesse de cette exposition est l’abondance de créations artistiques contemporaines ou récentes, colorées très graphiques.

histoire de l’Ethiopie

Dans l’aire Swahilie de Mogadiscio à Zanzibar  les peintures Tingatinga de Tanzanie dans le style d’Eduardo Saidi (1937-1975) racontent l’histoire de Zanzibar avec le commerce des esclaves et de l’ivoire

commerce des esclaves et de l’ivoire

Pour l‘Afrique de l’Ouest, des documents de Théodore Monod n’ont pas de prétentions artistiques mais m’ont émue. Il a découvert en 1964 un chargement aban

donné par une caravane au XIIIème siècle.

Selle et flûte maures

Les fleuves Brûlent  de Mohamed Elbaz est une oeuvre récente (2017) une broderie au fil d’or sur une toile blanche des bassins hydrographiques des grands fleuves africains.

Dialiba Konaté (2010)  raconte la Fabuleuse Histoire du Ghana avec des dessins colorés d’une grande finesse

la Fabuleuse histoire du Ghana
la fabuleuse histoire du Ghana

 

 

 

Une splendide tapisserie d‘Abdoulaye Konaté (2013) dit Non à la Charia!

A l’étage les révoltes mahdistes et le califat de Sokoto racontent une histoire plus récente au 19ème siècle.

Aboubacar Traoré (2016) avec ses grandes photographies couleurs  Inch’Allah dénonce l’endoctrinement par les islamistes

Inch’allah

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Maïmouna Guerresi (2011 -2012)

De très belles photographie du pèlerinage en Ethiopie à cheikh Hussein sont l’oeuvre de Ferrante Ferranti (2006-2008)

Une salle est dédiée à l’EXPRESSION DU CULTE

les confréries soufistes sont représentée avec les 7 étendards de la Tijaniyya par Rachid Karaïchi qui explique dans un vidéogramme la symbolique de son oeuvre : bannières de calligraphie.

Réalisées dans les quartiers des artisans des tentes du Caire, les calligraphies noires sur fond blanc sont la réplique inverse du drapeau de Daech,.

Ombre/lumière correspondent à cette utilisation du Noir/blanc.

Une autre confrérie est la Mouridiyya fondée par Cheikh Ahmadou Bamba Mbacke, dont la capitale est à Touba au Sénégal. la figure du cheikh est récurrente au Sénégal sur des supports variés, autocars, boucheries… Cette figure se retrouve sur l’oeuvre de

 

j’ai la surprise de découvrir des masques qui me feraient plus penser à l’animisme. En Côte d’Ivoire  des cérémonies masquées sont liées à l’Islam dans certaines ethnies.

 Le cheval Al-Buraq , la monture du Prophète a inspiré ce groupe de Guinée. Dans ma visite à l’expo du Quai Branly : l’Afrique des routes j’avais vu un objet de même inspiration : la castelet Sibondel