La traversée de Bondoufle – Jean Rolin

AUTOUR DU GRAND PARIS

la gare de Juvisy

« Du moment où j’ai découvert la campagne à la périphérie d’Aulnay-sous-Bois, même sous l’aspect peu
engageant d’un champ de maïs desséché et d’un chemin sans issue, l’idée m’est venue de suivre tout autour de Paris sa limite, ou du moins la ligne incertaine, émiettée, soumise à de continuelles variations, de part et d’autre de laquelle la ville et la campagne, ou les succédanés de l’une et de l’autre, se confrontent. »

A la suite de la lecture du Pont de Bezons, j‘ai suivi avec beaucoup de plaisir le parcours à pied autour du Grand Paris à la recherche des confins entre la métropole urbanisée et la campagne. Rolin a bouclé ce tour complet  en commençant à Aulnay-Sous-Bois le 2 Août 2020 pour y revenir le 24 avril 2021, parachevant son périple par une seconde Traversée de Bondoufle

Rolin a noté avec une précision confinant à la maniaquerie parfois, toutes ses observations avec le noms des rues et routes. A l’occasion j’ai appris un mot odonymie. Sa démarche ne manque pas d’humour :

 » Que le chemin des Glaises soit justement boueux, c’est le genre de petites satisfactions que ménage de temps à autre une entreprise aussi vaine que la recherche de la limite entre ville et campagne. »

Cette entreprise coïncide avec la tentative d’occuper une ZAD à Gonesse :

« dimanche 7 février 2021, « par un froid glacial », comme la presse ne manquera pas de le souligner, quelques dizaines de militants ont établi à Gonesse une nouvelle ZAD, ou « zone à défendre », en plantant leurs tentes sur un terrain vague enclavé entre la D 317, la carcasse évidée d’un hôtel de bas de gamme en cours de démolition, la ferme de la Patte d’Oie et le chemin dit « de la Justice ». De l’autre côté de celui-ci s’étendent sur quelques centaines d’hectares des terres agricoles, au milieu desquelles doit être implantée une gare du Grand Paris Express dont les occupants de la ZAD ne doutent pas qu’elle entraînera l’urbanisation accélérée »

Le promeneur recherche l’emplacement de la ZAD sans être investi d’une mission militante, d’ailleurs, la ZAD a été évacuée par la police à sa seconde visite. Cependant l’établissement de ces « zones à défendre » marquent une tentative d’arrêter l’urbanisation galopante et la bétonisation de la campagne. Plus loin dans le livre, à Brou- Chelles,  il note un autre emplacement menacé par l’entreprise Placoplâtre .

Sans entrer dans le détail de son grand tour, il note toutes les installations caractéristique de la limite entre ville et campagne

« Parmi les commodités qui fleurissent sur la limite entre ville et campagne, à côté des établissements
d’enseignement et des équipements sportifs, des Ehpad et des centres équestres, des plateformes logistiques et
des terrains de golf, des lieux à l’abandon et des installations militaires à demi enterrées mais trahies par leurs longues oreilles, à côté des fortifications déclassées ou des campements roms, il faut compter aussi, comme je devais le vérifier à maintes reprises au cours de ce périple, avec les petits aérodromes voués principalement aux activités de loisir. »

Je remarque la permanence de ces installations aussi bien dans le Val d’Oise, qu’en Essonne ou en Seine-et-Marne. Récurrence aussi des décharges de gravats ou de déchets qui enlaidissent la campagne quand ce ne sont pas des labourages sciemment organisés pour empêcher des squatteurs de s’y installer.

J’ai parcouru quelques uns de ces itinéraires avec le Voyage Métropolitain je retrouve ici les souvenirs de balades moins aventureuses puisqu’elles étaient en groupe et guidées. J’ai beaucoup souri aux passages de Boissy-Saint-Léger dans la forêt Notre Dame que je sillonne par tous les temps. mais où est donc cette Ferme de Beaurose que je n’ai jamais remarquée?

De Bondoufle, je n’apprendrai pas grand-chose, pourquoi a-t-il choisi cette commune pour la consonnance un peu originale qui rimerait avec pantoufle? Il ne la traverse que p. 140 sans y trouver rien d’extraordinaire si ce n’est une « extraordinaire monotonie » Et pourtant, il y est retourné avant de terminer son livre

 

« C’est alors que commence la traversée de Bondoufle à proprement parler, menée de bout en bout le long de la
rue de Villeroy, que je tiens à tort ou à raison pour l’artère principale de cette ville. Je n’ai pas songé, pas plus lors de ma première visite que lors de la suivante, au mois de juin, à minuter la durée de cette traversée de Bondoufle par la rue de Villeroy, mais je ne pense pas qu’en marchant d’un pas normal elle m’ait pris beaucoup plus d’une demi-heure, y compris plus longue, que j’ai remarqué à quel point l’homogénéité de l’habitat pavillonnaire, récent pour la plupart,
l’abondance et la qualité de la verdure, mais aussi l’extraordinaire monotonie qu’exhalait cet environnement, à quel point tout cela m’évoquait les quartiers résidentiels d’une petite ville australienne, »

j’ai préféré Le Pont de Bezons qui est un coup de cœur mais je relirai volontiers La Traversée de Bondoufle comme un topoguide quand mes pas me mèneront dans ceux de Rolin. 

Avec le collectif du Lac de Créteil : balade de sciences participatives et citoyenne

TOURISTE DANS MA VILLE

L’hôtel de ville vu derrière la roselière

Comme chaque fin janvier le Collectif du Lac de Créteil organise une promenade guidée au Lac. Convivialité occasion de rencontrer des spécialistes : ornithologistes, entomologistes, urbanistes, jardiniers-paysagistes selon les années.

le site de Seine Amont et les gros yeux de JR sur les digesteurs

Cette année c’est le SIAAP (service public de l’Assainissement des eaux) qui ouvre la séance. La station d’épuration de Valenton (site Seine-Amont) traite les eaux usées (et pluviales) . Deux filières : eaux traitées et déversées dans la Seine, et valorisation des boues (agricole et énergétique avec production de biogaz dans les digesteurs décorés par JR) . Le service environnement est soucieux des nuisances olfactives éventuelles et recrute sur Créteil des Jurés de nez volontaires capables d’alerter de mauvaises odeurs éventuelles. Le site du SIAAP es très étendu (71 ha dont 12 ha d’espaces verts où vit une faune sauvage variée : hérissons, lapins, renards….

A l’occasion, le délégué du SIAAP nous signale le fléau des lingettes qui gêne l’épuration des eaux avec le slogan « pas de lingettes dans les toilettes ». 

Ce dernier week-end de janvier est également le Week end de Comptage des oiseaux des jardins comptage des oiseaux très communs que chacun peut faire sur son balcon ou son jardin en une heure. Avec ce comptage participatif, un grand nombre de données collectées par le Muséum d’Histoire Naturelle, sera un indicateur des tendances de la biodiversité

Ces sorties organisées par le Collectif du Lac de Créteil sont des occasion de science participative. Au printemps 2022, avec I-naturalist , nous avions participé à l‘inventaire de la faune et de la flore. Participer à ce genre de programme est tout à fait enthousiasmant. Chacun à son niveau peut apporter sa brique à la construction de la banque de donnée. Maintenant la science sait utiliser ces observations en très grand nombre (big data).

Dans le même esprit, les entomologistes de l’OPIE (office pour les insectes et leur environnement)sont venus avec leurs brochures mais aussi avec leurs outils de travail : filet « trouble-eau », pinces, loupes pour pêcher les chironomes du lac.

Les chercheurs de LICHEN-GO! avec loupes, clés de détermination et grillages font un inventaire des lichens , indicateurs de la qualité de l’air. On peut ainsi apporter ses observations au projet PARTICITAE (observatoire de recherche et dispositif participatif de l’environnement urbain). Ils ont distribué le Protocole que chacun peut suivre pour participer au dispositif. 

La grippe aviaire étant signalée sur le Lac de Créteil, nous avons évité le débarcadère où se rassemblent les bernaches qui quémandent du pain des habitués du nourrissage. Occasion de répéter que le nourrissage avec du pain est tout à fait nocif pour les oiseaux sauvages : très pauvre en nutriment, ce n’est pas un bon aliment pour eux, la mie a tendance à gonfler dans leur appareil digestif et à causer des gênes aux anatidés. C’est très difficile de faire passer le message. De nombreuses personnes sont heureuses d’attirer autour d’eux les oiseaux. Pour d’autres, l’impression de faire une « bonne action » en ne jetant pas le pain, a des origines presque religieuses.

A l’arrière du NOVOTEL j’ai découvert la plantation d’une douzaine (peut être plus) de jeunes arbres. Les forêts urbaines sont à la mode! Nos édiles se vantent du nombre d’arbres plantés dans la commune et en font un argument de leur action environnementale. Encore faut-il respecter les grands arbres et ne pas les abattre quand ils sont « gênants » « malades » voire morts. Un jeune arbre ne remplace en rien un jeune. Un arbre c’est une communauté végétale et animale, de champignons, bactéries, insectes, oiseaux spécifiques. Si on remplace un arbre par une autre espèce on risque de perdre l’oiseau qui lui est inféodé : si on supprime un aulne, on perdra également le tarin des aulnes, si on coupe les phragmites on perdra le bruant des roseaux…. le saule ci-dessus a l’air en mauvais état mais on constate qu’il héberge de nombreux hôtes qui ne viendraient pas dans les « hôtels à insectes » (image attrayante en greenwashing). D’ailleurs l’arbre creux ne vit pas du bois du centre du tronc mais de l’aubier en périphérie et l’on voit bien que les rameaux sont tout à fait vivants.

A ce propos un intervenant de Saint Maur vient plaider pour le vieux chêne de Saint Maur , arbre remarquable, ayant posé pour des cartes postales, menacé par un promoteur qui a obtenu un permis de construire posthume signé d’un architecte décédé voici trois ans! pétitions et manifestations en ce moment à Saint Maur!

Surprise pour moi qui n’ai pas fréquenté le lac depuis un certain temps :  une nouvelle construction meuble la grande pelouse : un accrobranche géant qui va de platane en platane et qui a nécessité l’érection d’une grande cage en face de la piscine à vagues. Certains naturalistes soulignent que les dispositifs d’accrochages pourraient être vecteurs de maladie pour les platanes. Je n’ai pas d’idée.

 

Je remercie encore les organisateurs du Collectif du Lac de Créteil pour cette balade très intéressante!

 

Roi par effraction – François Garde

ROMAN HISTORIQUE

Pizzo : château aragonais

« Mourir à Pizzo ! Personne ne connaît Pizzo. Pizzo n’existe pas encore, et n’apparaîtra au monde que comme le lieu du martyre de Murat. »

Roi par effraction est un roman historique retraçant la vie de Joachim Murat

Pizzo que nous avons visité il y a quelques années en vacances en Calabre. Sans cette visite, je ne me serais peut-être pas intéressée à ce Maréchal d’Empire et à sa carrière militaire  bien que la fréquentation de Balzac a renouvelé mon intérêt pour l’épopée napoléonienne. 

selon Wikipedia :

« Le , le maréchal Joachim Murat, ancien roi de Naples, débarque à Pizzo avec ses partisans pour tenter de reconquérir son trône. Capturé par la foule et emprisonné au château de Pizzo, il est exécuté à la suite d’un procès joué d’avance le . »

Le roman de François Garde se déroule pendant ces 5 jours où Murat est prisonnier et revient sur sa vie, de son enfance, fils d’aubergiste dans le Quercy. Brillant cavalier, soldat intrépide de l’Empereur, il est remarqué par Caroline, la sœur de Napoléon qui en fera le Roi de Naples

« Roi par effraction » parce que Napoléon veut avoir le dernier mot et désavoue les initiatives qui feraient de lui un vrai roi et un champion de l’unité italienne.

« Il se prenait pour un véritable souverain ? Il reste le lieutenant de l’Empereur, voire le sous-lieutenant. Un simple délégué dépourvu de toute autonomie de décision. »

Et pourtant, il s’est attaché à l’Italie et s’est vraiment cru une mission en règnant à Naples. Après Waterloo, tandis que Napoléon prisonnier fait route vers Sainte Hélène, Murat croit encore en son destin à Naples. Réfugié en Corse,

« Lui qui a commandé les plus grandes charges de cavalerie de l’histoire et triomphé sur tous les champs de bataille d’Europe ne peut accepter l’idée d’être pourchassé comme un contrebandier dans la montagne corse, et au final capturé. Il ne se laissera pas enfermer dans un destin aussi médiocre.

[…]
toute hâte Murat fait imprimer des milliers d’exemplaires d’une proclamation célébrant son retour sur le trône et appelant tous les Italiens à se réunir sous sa paternelle autorité. »

Son destin s’arrêtera à Pizzo.

 

 

 

Le Détail du Monde – L’art perdu de la description de la nature -Romain Bertrand

HISTOIRE DES SCIENCES

En trois chapitres Romain Bertrand raconte l’entreprise de la Description de la nature de Bernardin de Saint Pierre et Buffon en passant par Goethe

« Au temps de Goethe et de Humboldt, le rêve d’une « histoire naturelle » attentive à tous les êtres, sans restriction ni distinction aucune, s’autorisait des forces combinées de la science et de la littérature pour élever la « peinture de paysage » au rang d’un savoir crucial. »

Dans la première partie : La vie rêvée des coléoptères, l’auteur dresse un tableau de cet inventaire du monde par les naturalistes du XIXème siècle. Il présente Wallace (1823-1913) gallois qui a sillonné le pays pour arpenter les pâtures et labours pour le compte de l’Eglise d’Angleterre et qui, dans le sillage de Humboldt part en expédition sur l’Amazone,

Ivre de canopée, Wallace exulte : « Je ne me suis jamais autant amusé. » La remontée du Rio Negro lui offre
l’occasion d’une initiation à la vie de brousse. Il dort au beau milieu de la jungle, dans des huttes de fortune, à
même le sol de terre battue ; fouille à mains nues la boue …

Il part ensuite pour Singapour et Bornéo, rencontre Brooke, un aventurier, un peu bandit, qui s’offre un royaume à Sarawak.

« Wallace observe la déclinaison des espèces et de leurs attributs. Parvenant à la corréler aux états anciens des
terres émergées, il avance à pas de géant dans la compréhension des mécanismes de la « lutte pour l’existence » : séparées par accident géologique ou climatique de leur groupe-souche, des populations animales développent des caractères inédits »

Sous d’autres latitudes, observant d’autres espèces, il arrive à des conclusions analogues à celles de Darwin qui publie simultanément L’Origine des Espèces. Wallace se reconnaîtra darwinien avec fairplay.

Le XIXème siècle est celui des grandes collections qui ne se font pas sans un massacre systématique de la faune étudiée. Pour dessiner ses merveilleux oiseaux Audubon utilisera des techniques de thanatopracteur aussi sophistiquée que les égyptiens anciens dans leur momification. Des centaines d’oiseaux, de mammifères sont abattus pour la cause de la science sans état d’âme. Si

Alfred Russel Wallace, le grand et austère savant coauteur de la « théorie de l’évolution », donnant le biberon puis la becquée à un bébé orang-outan,

c’est parce qu’il a arraché le bébé à sa mère. Pour lui « il n’existe aucune contradiction entre la vie contemplée et la vie prise » et il est dit plus loin que la « somme des spécimens collectés par Wallace est tout bonnement collosssale pas mois de 125.660 pièces » .

Le chapitre 2 : Le bleu des choses commence au début du XXème siècle lors de l’Exposition universelle de Paris, plus précisément dans le Pavillon de Madagascar où se trouvent un diorama « une série de scènes d’après natures signées d’un certain Louis Tinayre ». Un des protagonistes de l’histoire sera le peintre Louis Tinayre – ancêtre des reporters de guerre qui a cheminé à Madagascar. Le « bleu » qui donne son nom au chapitre est celui du ciel, ou tout au moins la difficulté de rendre toutes les nuances de bleu.
Albert 1er de Monaco repère le peintre et l’associe à ses expéditions de 1904 à 1914 qui aboutiront à l’exploration des abysses.

La réputation de pionnier de la protection des milieux marins d’Albert Ier de Monaco ne sort d’évidence pas
indemne du récit détaillé des chasses auquel le prince s’est livré »

comme Wallace, dans le chapitre précédent, le prince est un « viandard »

Dans la palette des peintres se trouve le « Bleu Guimet » , encore un explorateur! L’auteur s’attarde sur la « Nomenclature des couleurs, devenue outil de référence de la description naturaliste » et nous fait rencontrer Syme et Werner.

A la croisée de l’art et de la science, Haeckel est un savant remarquable

« Toute la vie intérieure de Haeckel se trouve placée sous le double signe de Darwin et de Humboldt. […]
En 1866, c’est encore en hommage à Humboldt qu’il forge, dans sa Morphologie générale des organismes, le
terme d’« écologie » pour désigner « la science des relations d’un organisme avec son environnement ».

Il note la réciprocité de l’admiration de Darwin

« Darwin s’émeut de la qualité et de la beauté de l’oeuvre de Haeckel, et en conséquence, l’admet dans le cercle restreint de ses disciples »

« l’esthétique de Haeckel est, sous cet aspect, impeccablement darwinienne, qui donne à voir les marqueurs de surface de l’Evolution »

Peinture, dessin il manquait la poésie, déjà évoquée avec Goethe, au début du livre, maintenant Valéry et Ponge sont convoqués. Ponge puis DH Lawrence et toujours cette difficulté à rendre le bleu du ciel!

le chapitre 3 : Le sociologue et l’oiseau va introduire le Birdwatching , science ou passe-temps amateur particulièrement développé dans le Royaume Uni.

« Pour Nicholson, qui gravite dans l’orbe d’influence du célèbre zoologiste Julian Huxley, l’art de l’observation
des oiseaux, amusant passe-temps s’il en est, se doit de devenir une véritable science. Il n’est plus question de se
contenter d’identifier au jugé les espèces selon les seuls critères – pittoresques mais trompeurs – de leur ramage et de leur plumage, mais de décrire scrupuleusement leur habitat et leur comportement. »

Le héros de ces observations est Tom Harrison et son groupe de Birdwatchers qui vont opérer une véritable révolution en

« Prenant le contrepied de la théorie de Darwin – pour qui c’est toujours la nature qui opère, souveraine, la
sélection des espèces –, il y affirme qu’il existe un processus concurrent de « sélection de l’environnement par l’animal ».

« La connaissance fine des milieux modifie la perception même des paysages. Ceux-ci ne sont plus des étendues
étales, mais des damiers d’habitats, des chapelets d’orées ouvrant sur des univers où coexistent et s’entremêlent des formes de vie. »

Il ne s’agira plus de chasser, de décrire des espèces, de collectionner des plumages mais de se cacher, d’être à l’affût, de se mettre dans la peau d’une poule d’eau pour raconter le comportement de l’oiseau, du point de vue de l’oiseau!

Et de la description des sociétés animales à celle des sociétés humaines, en appliquant les méthodes d’observation mises au point avec les oiseaux, « anthropologie de nous-mêmes » conduit à une anthropologie de masse.

On note aussi l’évolution des scientifiques qui passent des massacres des chasseurs à la protection des oiseaux.

Penone Verde del bosco description contemporaine!

C’est donc un ouvrage très riche, parfois un peu touffu, mais toujours passionnant qui complète la lecture des Arpenteurs du Monde de Daniel Kehlmann et de l‘Invention de la Nature d’Andrea Wulf qui m’avaient fait connaître Humboldt et Haeckel et que j’avais dévorés. Souvenir del excellente exposition au Musée d’Orsay Les origines du monde en 2020 juste après le confinement

Face au soleil – Marmottan-Monet

Exposition temporaire jusqu’au 29 janvier 2023

Munch : Le Soleil

Le soleil pour thème?

Tout à fait à sa place au Musée Marmottan qui conserve Impression, soleil levant, le tableau fondateur de l’Impressionnisme,  mis à l’honneur au milieu de l’exposition sur un panneau doré. 

Le Soleil a été vénéré par les Egyptiens, dans l’entrée des scarabées solaires encadrent une jolie peinture ancienne. Le soleil perd sa position dominante ave le christianisme, créé le 4ème jour de la Genèse, il devient accessoire et périphérique. La lumière caravagesque de l‘Adoration des Bergers de Van Honthorst ou tombant sur l’Astronome de Giordano ne provient qu’indirectement. Le soleil a quand même été représenté dans la Vision de Saint Benoit de Del Biondo et sur les cartes du tarot d’Antonio Cigognara

Del Biondo Vision
Del Biondo : vision de Saint Benoit

Du Géocentrisme à l’héliocentrisme le soleil retrouve sa position centrale vers la Renaissance et Galilée. La mythologie fournit les mythes d’Icare et de Phaeton

Saraceni (1579-1620) Chute d’Icare

De merveilleux tableaux ensoleillés de Rubens, Le Lorrain et Vernet

Rubens : Paysage à l’oiseleur
Le Lorrain : l’embarquement de Sainte Paule à Ostie

le Soleil, c’est aussi le Roi-Soleil, Louis XIV représenté en tenue d’Apollon en costume de ballet, ou sur le plafond de Versailles : Lever de soleil dit aussi Char d’Apollon

Turner est vraiment le maître de la lumière avec le Soleil couchant à travers la vapeur, illustrant la diffraction de la lumière étudiée en ce temps-là. J’ai bien aimé le tableau doré 

Turner : Terrasse à Mortlake

Soleil romantique, soleil mystique de Caspar David Friedrich dans deux petits tableaux : La Croix dans le Bois ou Le Matin de Pâques

Caspar David Friedrich : Croix dans le bois

Impression au soleil levant, est accompagné d’un joli Boudinde Signac, Pissaro plus attendus dans le Musée de Monet. 

Signac : le port de Saint Tropez

j’ai beaucoup aimé les deux Vallotton un Coucher de soleil orange sur Honfleur  très spectaculaire et presque abstrait Le coucher de soleil à marée haute, gris bleu 

Vallotton, Coucher de soleil marée haute gris-bleu

Moins apprécié le Maurice Denis : Saint François d’Assise et la Crucifixion de Van Sauck. 

Otto Dix : Soleil levant (1913)

le Soleil levant de Dix , clin d’œil à Van Gogh , semble prémonitoire : peint en 1913, il semble annoncer le carnage de 14-18 . Pour mémoire, Delaunay. Inconnus de moi : Trachsel(1909) et Morgner. 

Après 1915 et la théorie de la Relativité, le soleil perd un peu de sa place centrale pour devenir une étoile parmi d’autres comme on l’imagine avec les constellations de Baranov-Rossiné peintre ukrainien que je découvre ici. 

Baranopv-Rossiné : nymphes , centaures

A l’occasion Fromanger a peint un énorme soleil jaune qui dégouline, à l’entrée  de l’exposition et un grand tableau très impressionnant

Fromanger

la procession qui va vers le soleil fait perdre l’équilibre des spectateurs, on est étourdi. Belle conclusion!

Vivre à Madère – Chardonne

CARNET DE MADERE

Joan Mitchell – Vetheuil

Comme Céline, Drieu La Rochelle et tous ceux qui ont collaboré avec l’occupant nazi, Chardonne ne m’a jamais tenté.

« Madère est une île assez semblable à un Eden. Il n’y fait jamais froid, ni trop chaud, et l’océan qui la baigne n’est jamais furieux. C’est Charles qui m’en a parlé pour la première fois en 1936, quand il a décidé de quitter la
France et d’aller vivre à Madère. »

 

Pourtant, j’ai ouvert cet ouvrage à cause de son titre Vivre à Madère. j’ai l’habitude d’accompagner nos voyage par des lectures. Je pensais anticiper notre visite et peupler notre voyage de héros de lecture. Déception, le narrateur vient à Madère chercher son ami Charles qui a disparu quelques temps auparavant et qu’on n’a jamais retrouvé. Accident, suicide probable… Le voyage à Madère ne durera que quelques jours, et le premier chapitre du livre. 

Monet maison de l’artiste vue du jardin

La suite se déroule à Lisbonne puis à Cintra et le narrateur rentre en France où il acquiert et aménage une maison dominant la Seine avec un jardin inspiré ce celui de Monet. J’ai beaucoup apprécié ce thème du jardin et l’attachement de l’écrivain (qui n’écrit guère) à son aménagement.

182 pages, de lecture fluide et agréable dans un style soigné. Lecture agréable. Comme Chardonne l’affirme lui-même :

— Si un écrivain a du style, ce qu’il dit n’a aucune importance. On le lira toujours avec plaisir.

Nous nous aimions – Kéthévane Davrichewy – Sabine Wespieser

GEORGIE/FRANCE

152 pages, lu d’une traite une après-midi pluvieuse. Lecture agréable. Histoire un peu triste de liens familiaux très forts qui se défont à la suite de deuils, de brouilles, de la guerre en Abkhazie qui a détruit la maison familiale où la mère et les soeurs passaient les vacances d’été.

Roman d’exil, pour la mère, danseuse géorgienne qui a quitté Tbilissi pour épouser un Géorgien exilé à Paris, double culture pour les filles, nées à paris dans une famille où la culture géorgienne est maintenue vivante mais qui grandissent dans un environnement français.

Noyau familial chaleureux, virées en voitures, le père la mère, les deux filles chantant Jules Dassin…Intimité partagée des deux soeurs qui ne se cachent rien et se tiennent la main. Famille géorgienne accueillante et finalement tracasseries soviétiques stressantes mais supportables.

Le bonheur, sont ils éternels? Usure au fil du temps, divorces, maladies, ressentiment. Délicatement racontés avec l’élégance d’un roman  court qui reste léger.

Capitale(s) 60 ans d’art urbain à Paris à l’Hôtel de Ville de Paris

exposition temporaire jusqu’au 11 février 2023

Entrée gratuite, de lundi au samedi -inscription obligatoire

La Rue Amusée?

Comment présenter du Street Art dans une exposition ou un musée? Le Street-art appartient à la rue, au métro en tout cas à l’espace urbain. Il surgit par surprise, colore notre quotidien. Il provoque .  Il est vulnérable aussi menacé aussi bien par les services de nettoyage que par les tags d’autres artistes. Ephémère, sur une palissade de chantier ou sur le wagon du métro. Il amuse la rue, est-il soluble dans un musée?

Ernest Pignon Ernest : Corps bloqués

L’exposition Capitale(s) est ambitieuse : elle présente 60 ans d’art urbain.

 Les précurseurs,ont occupé l’espace de la rue dès les années 1960 avec les  papiers collés de Ernest Pignon Ernest, ou les affiches lacérées et graffitis de  VillégléSilhouettes bombées héritiers de Calder ou de Miro de Zlotykamien. 

1982 : arrivée des Tags avec BANDO réunissant graffeurs, DJs, Break Dance et rappeurs. Les Writers décorent les rives de la Seine, puis les palissades du Louvre, et à partir de 1986 investissent Stalingrad quand ils ne tagguent pas le métro  C’est là que la scénographie devient problématique : pour rendre compte de leur travail il faut montrer des photos qui fatalement seront petites et en petit format l’effet est détruit.

 le Ticket-choc montre le détournement d’affiches du métro avec comme point commun l’introduction du fameux ticket jaune à bande rouge

La vidéo  permet de montrer les graffeurs à l’œuvre,  donner la parole aux artistes, aux institutions (le métro, la SNCF). Un reportage sur les tags de la Station Louvre-Rivoli est particulièrement intéressant. La télévision montre le scandale des statues peinturlurées, parle de saccage, les voyageurs du métro sont outrés. On imagine la transgression, l’action subversive tandis qu’un taggueur interviewé dit qu’il cherche seulement à montrer sa production au plus grand nombre de spectateurs. 

Keith Haring 1987 réalise une œuvre de grande taille à l‘hôpital Necker

Autre champ investi par les artistes : les catacombes

« les Catacombes sont le Musée du Graffiti[…] en prise directe avec le passé »

2015 Psykose dans les Catacombes (2015)

une vidéo montre la réalisation d’une œuvre s’apparentant à la mosaïque, les calligraphies, les silhouettes blanches et le travail au pochoir.

La suite de l’exposition montre une série de styles très variés, d’œuvres très différentes allant de la petite mosaïque d’émoticônes pixellisées  réparties dans tout Paris

l’invasion de Paris par les émoticones

Une vidéo montre le mur du square Karcher investi par différents artistes pour faire une fresque très sophistiquée pour certains. On peut suivre les différentes techniques.

Banksy : Bonaparte à cheval

la suite de l’exposition se consacre à des vedettes de l’art urbain comme C215, Banksy ou Miss.tic. Une vidéo Banksy/Géricault montre le cri d’alerte du plasticien en faveur des migrants et son œuvre : un radeau s’inspirant du célèbre tableau du Radeau de la Méduse.

Miss.tic

D’autres artistes que je ne connaissais pas sont mis à l’honneur comme Swoon et son collage sophistiqué.

Swoon collage

On montre donc les œuvres du jeune André, sous plexiglas (?) celle de Cristobal Diaz . Dans une salle on voit une calligraphie se défaire comme si on rembobinait le film et s’effacer les fioriture pour découvrir à la fin le motif initial. Ne pas oublier les fragiles fresques à la craie de Philippe Beaudeloque , les ombres électriques de Zeus… L’art urbain est beaucoup plus complexe que je ne l’imaginais.

Jonone : l’Abbé Pierre

C’est dans la rue de Rivoli, sur les grilles de l’Hôtel de Ville que j’ai trouvé les œuvres qui m’ont le plus parlé. Elles se trouvaient à leur place !

Balzac – Les Chouans

Vendémiaire an VIII, (sept 1799) de Mortagne à Falaise

Roman d’aventures, roman historique, roman d’amour, Balzac s’essaie à tous les genres pour le plus grand bonheur des lecteurs. 

Quand je fais une pause dans mes challenges, ou lectures de voyage, je reviens toujours à Balzac avec la certitude d’une lecture agréable. D’ailleurs nous avions une lecture commune Balzac, copines blogueuses avez-vous abandonné?

Dans l’Ouest, à la limite de la Normandie et de la Bretagne, les Chouans sont en armes et attendent l’arrivée d’un chef Le Gars pour prendre la tête de la révolte. Les soldats de la République, les Bleus, commandés par un vieil officier, Hulot essaient de venir à bout des foyers de chouannerie et lèvent le conscription

« Cette colonne était le contingent péniblement obtenu du district de Fougères, et dû par lui dans la levée que le
Directoire exécutif de la République française avait ordonnée par une loi du 10 messidor précédent.[…]
une gasconnade législative : ne pouvant rien envoyer aux départements insurgés, il leur donnait sa confiance…. »

La première partie du roman se nomme L’Embuscade, dans le cadre verdoyant du bocage nous allons assister aux échauffourées et à l’attaque de la Turgotine , roman de cap et d’épée, sifflements de chouettes, peaux de chèvres, version bretonne du western. 

Cette turgotine était un méchant cabriolet à deux roues très-hautes, au fond duquel deux personnes un peu
grasses auraient difficilement tenu. 

Que recherchent les Chouans dans la turgotine? du butin, de l’or,

Ne savez-vous pas le proverbe : Voleur comme une chouette. Or, qu’est-ce qu’un Chouan ? D’ailleurs, dit-elle en élevant la voix, n’est-ce pas une action juste ? Les Bleus n’ont-ils pas pris tous les biens de l’Eglise et les nôtres, et ne nous faut-il pas d’ailleurs des munitions ?[…]
Ni l’un ni l’autre, lui répondit Coupiau. Je suis postillon, et Breton qui plus est ; partant, je ne crains ni les Bleus
ni les gentilshommes. – Tu veux dire les gens-pille-hommes, reprit le patriote avec ironie. -Ils ne font que reprendre ce qu’on leur a ôté , dit vivement le recteur. 

La deuxième partie s’intitule Une Idée de Fouché, le roman bascule dans l’espionnage . Mademoiselle de Verneuil fait route de Mortagne à Alençon avec Francine, sa servante bretonne et fait la rencontre d’une dame et de son fils qui leur tiendront compagnie. Marivaudage entre la jeune fille et un  étudiant de l’Ecole Polytechnique, futur marin. Evidemment l’étudiant n’est pas plus marin que la dame, sa mère….Je m’ennuie un peu pendant que l’intrigue amoureuse se noue. L’escorte républicaine tombe dans un piège dans le manoir de la dame

Les chefs de cette guerre entreprise pour Dieu et le Roi ressemblaient bien peu aux portraits de fantaisie qu’elle
s’était plu à tracer. Cette lutte, véritablement grande, se rétrécit et prit des proportions mesquines, quand elle les vit[…]Ces physionomies paraissaient annoncer d’abord plutôt un besoin d’intrigue que l’amour de la gloire,[…]Si quelques têtes originales se faisaient distinguer entre les autres, elles étaient rapetissées par les formules et par l’étiquette de l’aristocratie.

Cette assemblée nocturne, au milieu de ce vieux castel en ruine et sous ces ornements contournés assez bien
assortis aux figures, la fit sourire, elle voulut y voir un tableau symbolique de la monarchie.

Les Chouans, ou plutôt les aristocrates qui les manipulent ne sont pas à leur avantage dans cet épisode sanglant.

Falaise

Chacun se dévoile, (mais je vais m’arrêter ici, pour ne pas divulguer l’intrigue). Mademoiselle de Verneuil et son escorte de bleus échappera de justesse. Amoureuse, choisira-t-elle l’amour ou ses convictions républicaines?

J’en ai déjà trop écrit. La fin sera haletante.

Encore une fois, Balzac aura réussi à me surprendre et à me captiver.

PICABIA par DADA La première revue d’art

Merci à Babélio pour cette belle revue illustrée, colorée, amusante pour les petits et les grands.

A la suite de la lecture de Gabriële de Claire et Anne Berest j’ai fait la connaissance de Picabia rencontré en compagnie de Arp, Breton et de nombreux artistes à l‘Exposition Apollinaire- le Regard du poète et celle Dada Africa avec Tsara, Taueber…. (toujours à l’Orangerie) . J’avais envie de mieux le connaître. 

Feuilleter la revue  DADA consacré à Picabia c’est découvrir en raccourci toutes les tendances de l’histoire de la peinture au XXème siècle et même au XIXème. Picabia dès l’âge tendre fut un surdoué capable de maîtriser presque tous les styles, impressionniste il peint les Bords du Loing comme Sisley, la façade de Notre Dame de Paris comme Monet. Adam et Eve comme les Nabis, Les Bords de la Sédelle avec le style des fauvistes. Il s’essaie au cubisme, Apollinaire le qualifie même d’orphique et quand il part à New York, sont cubisme est plutôt futuriste. Bien sûr, c’est comme dadaïste et surréaliste que je l’ai connu. Transparences ou laque brillante, il métamorphose des œuvres connues Le Dresseur d’animaux détourne le Serment des Horaces, La Feuille de vigne s’inspire d’Oedipe d‘Ingres. Et comme la peinture ne suffit pas, il réalise avec Satie et d’autres une pièce de théâtre Relâche. 

Comme chaque fois, la Revue DADA propose des ateliers créatifs pour les enfants et les grands, avec papier calque, encre de Chine à la manière de Picabia. La revue donne aussi l’actualité des expositions de l’année.