la Vénus de Lespuguefut découverte le 9 Aout 1922 dans la Grotte des Rideaux de manière fortuite et fractionnée en 11 morceaux. Sculptée en ivoire de mammouth, elle date du Gravettien.
Une vidéo présente les recherches scientifique correspondant à la restauration et à la structure de la statue. Coppens raconte dans une autre vidéo comment, intrigué par la forme des fesses, qu’il trouvait illogiquement à l’envers, eut l’idée de la retourner et découvrit un autre personnage à l’envers, cheveux ou pagne? Cette structure double ajoute à son mystère et son charme
Sa silhouette en losange a inspiré de nombreux artistes dont Brassaï, Arp ou Zadkine
ou plus récemment Gabriel Sorbin qui a sculpté une belle pièce en albâtre (2019)
Alexandra Sanddessina une série d’études au charbon sur papier qui aboutirent à de grands panneaux à la suite d’un dialogue avec Coppens autour de la Vénus de Lespugue
Alexandra Sand
les Mountaincutters ont réalisé des répliques de la Vénus de Lespugue en verre soufflé (Bruxelles 1990)
Mountaincutters verre soufflé
tandis que Muriel Decaillet a décliné le thème en textile
sans oublier Louise Bourgeois qui l’imagine enceinte
louise Bourgeois
Une centenaire (si on se réfère l’année de sa découverte) ou une ancêtre… qui offre un modèle à une féminité moderne dans la vidéo d‘Ana Guinzburg : What is beauty
Et si les Hommes préhistoriques, Gravettiens(-34000- 26000) , Solutréens (-27000-22000) Magdaléniens (21000-14000) savaient faire mieux que des bifaces, haches, aiguilles bien utiles mais monotones.
Venus de Tursac 26000
Et si les petites Vénus aux formes généreuses, symboles de fécondité étaient chacune une œuvre d’art à part entière
Vénus brune de Grimaldi
D’autres Vénusmagdaléniennes voient leur silhouette s’étirer sur des supports et des matières variées, lignite ou bois de cerf. Certaines sont gravées sur la roche difficilement repérable comme cette Vénus de Pataud, pour d’autres les organes sexuels sont très marqués comme chez la Vénus impudiquedécouverte en 1863. La plupart d’entre elles sont de petite taille, la Vénus de Laussel mesure plus de 50 cm, elle brandit une corne
Vénus de Laussel
D’autres objets sont à caractère sexuel portent des phallus et parfois fente vulvaire et phallus coexistent sur le même objet.
petit cheval de Lourdes
Les animaux sont aussi source d’inspiration. Ils sont parfois gravés sur des objets usuels comme lissoirs ou propulseurs. parfois on a retrouvé des plaques avec une silhouette animale, ours ou bison…J’ai beaucoup aimé le petit ourson assis.
Ourson assis
le propulseur gravé atteint une forme de perfection dans l’attitude et la complexité.
Propulseur gravé faon et oiseau
L’exposition du Musée de l’Homme présente ces objets d’art mobilier ainsi que les diaporamas très variés et réussi d’Art pariétal non seulement les chefs d’œuvres de Lascaux mais aussi de la grotte de Niaux pour ce qui est du territoire français. L’art pariétal est répandu sur tous les continents, en Afrique, Tchad, Namibie, Egypte, Brésil, Australie, Vietnam…. Des écrans permettent d’identifier des techniques et des styles. A la Préhistoire les artistes disposaient déjà de techniques diverses : pochoirs, pigments soufflés, lignes droites et nettes gravées ou au contraire estompées, hachures, cupules ou points, rayures….
L’interprétation des fresques est parfois étonnante : la Scène du puits de Lascaux a donné lieu à diverses hypothèses et même à un livre de Marc Bruet
L’exposition livre quelques pistes pour observer un homme portant un harpon ou un oiseau sur une tige, un bison blessé, et plus loin un rhinocéros. L’homme a-t-il blessé le bison? Ou est-ce l’inverse ?(l’homme est raide, de travers) le responsable serait-il plutôt le rhino? Le commentaire de la vidéo invite le spectateur à mobiliser non seulement son imagination mais aussi son esprit critique
Voir du Street-Art à l’intérieur d’une galerie? A priori, cela ne va pas de soi, le Street Art c’est l’art de la rue, comme le cinéma a sa place d’abord en salle. Ce n’est pas ma première fois, j’avais été à Malakoff pour une exposition Banksy et j’avais découvert Jeff Aerosolà la MAC de Créteil. J’aime les découvertes au hasard (ou non) des promenades dans le 13ème ou à Vitryoù Christian Guémyalias C215 a beaucoup travaillé. Encore mieux, la découverte par hasard, à Sarcelles ou ailleurs du style et de la signature de C215 !
Clochard
Bonneuil est notre voisine, je ne pouvais pas passer l’occasion de mieux connaître l’artiste, graffeur et pochoiriste. Son Soulage est un hommage au peintre, autre hommage à Ernest Pignon Ernest
Soulage
C215 fait apparaître des visages sur les murs des cités, visages connus ou anonymes comme le clochard ou les amoureux de Catane
c215 les amoureux de Catane
portraits de hasards ou de circonstances parfois très politiques ou de mémoire, comme Joséphien Baker avec son calot militaire ou Cabu et une victime des attentats de Charlie Hebdo
Cabu
La plupart des œuvres présentées sont des œuvres présentées sont des photographies prises sur place dans la rue où même en prison
Dans la prison de Versailles
C215 peint aussi le mobilier urbain, j’aime bien les boîtes à lettres décorées ici ce sont des pompes à essences très politiques l’une d’elle porte d’un côté le portrait de Khomeini de l’autre le président Carter, aussi sur une autre Bush
« j’ai toujours aimé davantage peindre sur des objets que sur des toiles ou des feuilles blanches. Comme dans la rue les objets me fournissent un contexte avec lequel je peux interagir, qu’il s’agisse de la patine, de la matière de la forme de son époque ou de sa fonction… »
c215pompe à essence Khomeini
l’avantage dans une exposition en galerie est de lire les cartels où l’artiste s’exprime
En 2001, j’ai pleuré au Louvre devant un portrait de cheval poignant peint par Géricault. C’est ainsi que j’ai compris la puissance du portrait animalier »
Chat saint Petersbourg
« Dans la tradition du pochoir nombreux sont les artistes qui se sont identifiés à un animal urbain. chacun songe au rat de Blek ou de Banksy. J’ai pour ma part opté pour le chat, animal mutique et mystérieux »
J’ai bien aimé m’approcher des œuvres, lire les textes mais il me semble que la place du street-art est la rue et les cimaises des galeries sont trop tranquille pour cet art vivant.
Impeccable écriture, rien de trop dans cette cinglante critique des nouveaux riches, financiers parvenus. Tentative vaine de rejoindre une aristocratie dont il n’ont aucun code ni aucune idée.
Arriviste et ambitieuse, la mère d’Antoinette n’a aucune affection pour sa fille qui l’encombre. Antoinette a mendié un quart d’heure de danse dans ce bal . Il lui sera refusé. Sa vengeance est facile et cruelle!
Une Histoire de la Nature Mortede la Préhistoire à nos jours : Vaste programme !
Ce qui reste : De objets témoignent par eux-mêmes
Dès la première salle, je suis perplexe : de nombreuses œuvres contemporaines voisinent avec un estampage des haches de Gavrinis, un rêmeavissant flacon chypriote en forme de grenade et un bas-relief d’Abydos .
Une courte séquence de Stalker de Tarkovskyoccupe un mur. sur un autre, des photographies de Boltanski: les habits de François C 1971-1972.
Boltanski les habits de François C
L’installation la plus étrange est ce Repas Hongrois, avec assiettes (et restes de nourriture) couverts, verres, « tableau-piège » de Spoerri.
Le dialogue entre les œuvres est amorcé et cette démarche me parle. Deux pistes s’entremêlent : la Chronologie et cette confrontation.
l’Art des choses ordinairesa été représenté depuis l’Antiquité, des fresques d’Herculanum, mosaïques de Pompéi.
Ces représentations de gibiers, crustacés avec des ustensiles du repas sont très proches des natures mortes qu’on a l’habitude de voir.
-Pierre Buraglio : Dessin d’après Six Kakis 1979-82
Les objets de Croyance correspondent aux représentations médiévales, les objets forment le décor d’une image pieuse, symboles qu’on savait lire alors comme le fruit qui évoque la tentation, ou le lys blanc la pureté de la Vierge lors de l’Annonciation. Le contour de la sandale du Prophète dans les représentations islamiques. Face à ces objets de croyance on a placé les kakis qui invitent à la méditation.
Jan Davidz de Heem (1606-1684) la Fermière Hollandaise
A partir du XVIème siècle la peinture s’émancipe de la représentation religieuse. De beaux trompe-l’œil, des marqueteries de Padoue Cette représentation profane est principalement flamande ou hollandaise.
Joachim Beuckelaer : Marché au Poisson
étaJoachim Beuckelaer : Marché au Poisson Joachim Breuckelaerbrosse des tableaux truculents du marché au Poisson ou de l’Etal du Boucher. Ces victuailles sont étalées, avec à l’arrière-plan un Christ dans le Lac de Tibériade, si loin, si petit. En face de ces tableaux truculents, et non moins truculents les collecteurs d’impôt et tous ces trésors dorés étalés suggèrent l’arrivée (déjà!) du capitalisme culminant en 2019 avec la Chambre des Trésorsde Gilles Barlier
Chambre des Trésors-2019 Gilles Barlier
La confrontation de deux œuvres m’a beaucoup intéressée : Matisse s’est inspiré de Jan Davidz de HeemdansLa Desserteil a peint les mêmes choses tout en composant un Matisse original.
Matisse : La Dessertejan davidz de Heem : La Desserte
On peut jouer au jeu des erreurs mais on n’en trouvera pas beaucoup.
Sélectionner, Classer, Collectionner, nous conduit au 17ème siècle du côté des Cabinets de curiosité, des monstres de la Nature au pillage colonial. Puis aux plus classiques coupes deCerises et melon (1633) de Louise Moillon .
Au milieu de ces natures mortes classique un étonnant Dali
Dali
Tout reclasser
commence avec une vidéo qui mélange les différents éléments, les regroupe, s’amuse à construire de nouveaux sujets comme autrefois Arcimboldo
Arcimboldo ; l’Automne
bizarrement, je préfère les fleurs de Séraphine de Senlis à un Delacroixbien terne
Vanitas : les vanités avec crânes ou putréfaction montrant la brièveté de notre vie terrestre
Franciscus Gijsbrecht(1670)
je traverse avec assez de répulsion une salle sinistre présentant des tableaux de gibier, tête d’animal sanguinolents, pieds humains coupés de Géricault, lapins morts, truites de Courbet, unBernard Buffet pour les modernes
la Vie simple me conduit vers de sages asperges peintes par Manet, la Chambre de Van Goghexposée en face d’un intérieur hollandais de Samuel van Hogestatenétrangement moderne.
Bonnard Le Coin de Table
le coin de table de Bonnard fait face à un Cezanne
Cézanne : la table de cuisine
Plus loin je repère Morandi que j’aime tant depuis notre voyage à Bologne.
Morandi
Braque est confronté au sculpteur italien Boccioni son contemporain et non loin de là Fernand Légeravec le Ballet mécanique
Umberto Boccini : Développement d’une bouteille dans l’espace.
nous sommes entrés dans le XXème siècle et la modernité, ready-made, compressions de déchets d’Arman, poupées de Schütte, coca-coladeWarhol et vidéos : film de Resnais et Queneau : Le Chant du Styrène. Une vidéo a retenu mon attention Semiotics of the kitchen vidéo féministe, parodie d’une émission de télévision culinaire où les choses de la cuisine se chargent de colère et de révolte. https://youtu.be/ZuZympOIGC0
L’exposition explose Les Choses en beauté avec Zabriskie Point (1970) d’Antonioni
Merci à l’éditeur, Le Seuil et à Babélio pour cette agréable découverte.
Un policier qui se déroule à Tbilissi en Géorgie, dépaysement garanti pour un voyage au Caucase. Un jeune Français est découvert assassiné dans une chambre d’hôtel, René Turpin, un diplomate est chargé de suivre l’affaire. Je pense à Aurel le consul du Suspendu de Conakry de Rufin en plus terne comme personnage. Ce sont les policiers géorgiens qui sont chargés de l’enquête. D’ailleurs d’autres morts suspectes vont succéder avec un sympathique détective d’origine abkhaze (occasion de découvrir cette région annexée par la Russie). L’enquête part en tous sens (je ne spoilerai pas!)
En plus du décor caucasien, on goûtera à la gastronomie locale sous l’expertise d’un aimable voisin de Turpin qui l’entraîne dans les meilleures cantines de la ville et cuisine aussi. J’aime les policiers qui n’oublient ni de manger ni de boire (mon préféré est Montalbano). Je vous laisse essayer des mets délectables aux noms imprononçables.
Et Staline là dedans? l’action se déroule en 2009.La Géorgie est un état indépendant. Staline, qui en est originaire comme Béria et nombreux autres, ont laissé un souvenir impérissable. Fierté ou terreur? L’ambivalence subsiste encore un demi-siècle après sa disparition. On ne peut ignorer les décennies communistes qui ont modelé l’urbanisme et les mentalités.
Les racines de l’enquête remontent à l’époque soviétique. De policier, le roman vire à l’espionnage….j’ai dévoré la fin tout à fait passionnante.
Vadim Baranov, éminence grise de Poutineest le « Mage du Kremlin« , une sorte de « Raspoutine » si Poutine est le « Tsar » (c’est ainsi qu’il est désigné dans l’ouvrage). Point de magie noire ici, à la place la « Com« .
Vladimir Poutine et Vladislav Sourkov
Baranov est un personnage de fiction inspiré de Vladislav Sourkov, homme de théâtre et de publicité qui fut, comme Baranov dans le roman, à la tête de la Télévision et protégé du milliardaire Khodorkovski. Si le personnage principal est une invention littéraire, les autres protagonistes sont, eux bien réels. La fiction est très proche de l’histoire contemporaine et raconte l’ascension de Poutine en 1999, propulsé par l’oligarque Berezovski
« Voici pourquoi votre absence d’expérience politique sera un atout, Vladimir Vladimirovitch. Vous êtes neuf, les Russes ne vous connaissent pas et ne peuvent vous associer à aucun des scandales et à aucune des erreurs qu’ils imputent à ceux qui les ont gouvernés ces dernières années. Certes, comme disait Boris, l’opinion publique se forme en peu de temps, vous n’aurez donc que quelques mois pour convaincre les Russes que vous êtes l’homme de la situation. »
Pour orchestrer la campagne électorale, rien de mieux qu’un homme de télévision qui, en outre, est un homme de théâtre:
Toutes les autres institutions s’étant écroulées, c’était à la télévision d’indiquer le chemin. Nous avons pris les décombres du vieux système, les HLM de banlieue, les flèches des gratte- ciel de Staline, et nous en avons fait les coulisses de nos reality- shows
C’est donc l’histoire d’une grande manipulation n’excluant ni la violence, ni les mensonges – bien connues fake-news – utilisant la guerre en Tchétchénie pour asseoir l’autorité de Poutine. Baranov, metteur en scène du chaos, fait du chaos le ressort de l’action. il n’hésite pas à faire appel aux éléments les plus provocateurs, les plus violents, les plus extrémistes, bikers, nationalbolchevistes de Limonov, pour des mises en scènes provocatrices.
La montée en puissance des oligarques s’était produite pendant cette sorte d’entracte féodal qui avait suivi la chute du régime soviétique. Boris et les autres étaient alors devenus les colonnes d’un système dans lequel le pouvoir du Kremlin dépendait substantiellement d’eux, de leur argent, de leurs journaux, de leur télévision. Quand ils avaient décidé de parier sur Poutine, les oligarques pensaient simplement changer de représentant, pas changer de système. Ils avaient pris l’élection du Tsar pour un simple événement, alors qu’il s’agissait du commencement d’une nouvelle époque. Une époque dans laquelle leur rôle était destiné à être revu.
Mais, les manipulateurs se retrouvent manipulés. Le Tsar, Poutine, au sommet du pouvoir ne laissera pas les mains libres aux oligarques qui se croyaient tout-puissants avec leur richesse. Et le grand communicateur, l’éminence grise se retrouvera aussi éloigné du pouvoir. mais le chaos, la guerre se trouvent au centre de la politique
J’avais ouvert ce livre, croyant en apprendre plus sur Poutine et la Russie pour comprendre ce qui se joue en Ukraine. Je découvre les jeux de pouvoir, une sorte de théâtralité entre le Roi Lear, l’Opéra-Rock qui joue avec les symboles les plus spectaculaires comme drapeaux nazis et bombardements massifs, niant toute rationalité. Le pouvoir du chaos!
Et si cela n’était pas réservé à la Russie? Et si la Prise du Capitole de Trump, le décervelage de la télévision de Berlusconi procédaient de la même logique?
J’aime les récits de voyage, même si les pas de Jean Rolin ne me conduisent pas plus loin que Melun, en amont, et Mantes-la-Jolie, en aval, le long du chemin de halage de la Seine.
Le pivot du projet que j’avais formé, et qui consistait à mener sur les berges de la Seine, entre Melun et Mantes, des reconnaissances aléatoires, au fil des saisons, dans un désordre voulu.
Mais toute l’Histoire de la France, écrit-il dans cette dernière, passe par Bezons ! Précisément ! Au plus juste sur le pont de Bezons. »« Il faudrait à Bezons, poursuit-il, presque un pont amovible… Dix fois au cours de l’Histoire il saute,
Jean Rolin est l’auteur du Traquet kurde. Ces deux mots s’appliquent également au Pont de Bezons . L’auteur, très attentif aux oiseaux, fera entendre l’alouette grisoller ou tirelirer, observer les nids des poules d’eau et ceux des cygnes, découvrir le vanneau sociable, espèce très rare, dans un groupe de vanneaux huppés. Quant aux Kurdes il tentera de les approcher à Corbeil dans un café où était affiché le portrait d’Ocalan, sans beaucoup de réussite.
l’écluse d’Ablons
Déambulation sur une courte distance mais de longue durée: de juillet 2018 à juillet 2019. L’auteur ne suit pas un itinéraire défini par un topo-guide de Grande Randonnée (GR2). Il improvise son itinéraire sur les berges du fleuve. Il revient sur ses pas, saute des étapes. Parfois il passe la nuit à l’hôtel.
Un champ de céréales n’a pas été traité, ou traité avec tact, et du coup les coquelicots y sont presque aussi abondants que sur un tableau de Monet. C’est de celui d’en face, au demeurant, et de sa nudité, que s’élève en grisollant (ou en tirelirant) la première alouette de la journée. Au loin se profile la silhouette de l’usine Renault de Flins, vers laquelle le chemin, ayant décrit à nouveau un angle droit, se dirige maintenant, bordé d’un seul côté par une haie d’aubépines, de pommiers et de chênes rabougris. De part et d’autre les champs sont de nouveau plantés de blé ou d’orge, parsemés de coquelicots, dominés par des pylônes électriques dont les quatre pieds sont chaussés de lierre sur une hauteur de plusieurs mètres.
Voyage sur les traces des impressionnistes, sur les champs peints par Monet, dans les résidences de Caillebotte, inspiré aussi par Céline, par Maupassant. Voyage culturel, parfois historique mais ce n’est pas l’essentiel. Voyage très contemporain avec inventaire des friches industrielles, des ronds-points et des campements roms (et de leurs destructions), inventaire des bistros turcs ou kurdes, des coiffeurs de Villeneuve-Saint-Georges, des bouisbouis et MacDo. Au hasard des rencontres il tombe sur un pique-nique :
« les gens sont un peu surpris de me voir, c’est exact, comme moi de tomber sur eux, au moment où un groupe d’hommes, aux accents d’une musique balkanique – musique enregistrée, tout de même, nous ne sommes pas dans un conte de Noël –, est en train de faire griller sur un brasero, au milieu du chemin, de gros morceaux de poisson : et plus précisément, soupçonné-je, de gros morceaux de carpe. « Ça vient de la rivière ? demandé-je, après que nous avons échangé des saluts, en indiquant vaguement la direction de la Seine. « Non, non, se récrient les servants du brasero, pas la rivière ! acheté ! », car ils me prennent sans doute pour un inspecteur des pêches, ou quelque emmerdeur du même genre. Puis ils me signalent, tout cela plutôt par gestes, car autrement nous n’avons pas de langue commune, que le chemin sur lequel ils sont installés est sans issue, »
Il me semble que j’aurais pu le croiser, vers Vigneux ou Villeneuve, ou sur l’Île des Impressionnistes à Chatou. Mais non! je marche sur les sentiers balisés de peinture rouge et blanche alors que Rolin n’y fait jamais allusion. Prudente, je franchis rarement les grillages et les murs, je fuis les campements louches, j’évite les talus glissants. Ce livre me dévoile les lieux pas très bien famés pleins de poésie. Je le relirai en rentrant de mes sages expéditions. J’éviterai les berges de l’Yerres à Villeneuve-Saint Georges de peur de rencontrer l’homme à la planche.
Vigneux : Port aux Cerises
Ce livre ne me quitte pas, il me hante encore dans mes promenades.
Sam Szafranest né à Paris en 1934 dans une famille juive polonaise. Pendant la guerre, se cache à la campagne alors qu’une grande partie de sa famille est exterminée dans les camps. Autodidacte, il est initié à la littérature et la peinture dans les cafés et ateliers de Montparnasse.
Atelier – 1970 – fusain
Nous découvrons d’abord d’intéressantes études au fusain de son atelier. chaos très étudié de cadres, châssis, chevalets. En regardant plus attentivement on découvre le dessinateur à sa table, parfois seulement ses deux mains dans un coin. Allongé il se repose…Grande précision ans le dessin.
Atelier de la Rue Crussol
La salle suivante réunit des études de son Atelier de la rue Crussol, le titre est Le chaos apprivoisé. Avec les pastels, la couleur fait irruption dans ces études d’atelier où il décrit sa vie quotidienne, ses outils avec des gammes de couleurs dans ses boites bien rangées de pastels.
L’imprimerie Bellini
Ancienne fabrique de lithographie cette imprimerie fut un lieu important dans les années 1970. Szafran dessine les volumes de la verrières, les escaliers, les machines sous différentes perspectives. on peut voir les ouvriers au travail.
Funambule (1969)
Le Vertige de l’escalier
L’escalier est un thème qu’il a déployé de manière cinématographique : les différentes perspectives sont vertigineuses et suggèrent une déformation de la vision. C’est l’escalier du 54 rue de Seine, siège de la Revue poétique La Délirante . Il dessine aussi des personnages coincés et dans une illusion d’optique.
l’escalier du 54 rue de Seine
Dans l’escalier, des personnages découvrent le monde extérieur. le paysage fait irruption dans le tableau
Désormais, Szafran utilise l’aquarelle. Il peint aussi de grands tableaux de paysages urbains
Tableau paysage urbain
l’escalier structure encore le bas du tableau tandis qu’autour de la cour, les murs se déploient en un curieux entonnoir sous des toits plus conventionnels
L’invasion de l’intérieur
C’est l’invasion du feuillage : philodendrons et aralias se développent jusqu’à occuper tout l’atelier du graveur. Dans ce luxuriant jardin d’hiver les feuillages dessinés avec une précision extrême masquent les personnages. On devine encore un escalier dans l’un d’eux, un personnage se cache : Lilette (la femme du peintre). un tableau est un hommage à George Pérec qui a publié Espèces d’Espaces, un autre à Jean Clair.
Les formats des tableaux deviennent plus grands, et plus colorés, les végétaux de plus en plus étouffants. On imagine les tropiques, l’Asie du sud Est ce qui n’est pas fortuit , le peintre Zao Wou Ki lui a justement prêté son atelier!
Exposition temporaire au Petit palais jusqu’au 31 décembre 2022
Noce en Aérotaxis
L’exposition de Devambez est amusante!
Quand on découvre un peintre on est parfois impressionné par le génie, ou par une technique révolutionnaire, ou choqué, étonné, surpris….
Avec Devambezje me suis amusée (si j’exclue les grands portraits académiques que j’ai trouvé ennuyeux) . Amusée par l’humour qui irrigue si souvent son œuvre. Amusée par la variété des sujets. Je me suis promenée avec curiosité dans le Paris de la Belle Epoque vu du ciel, du dirigeable-autobus ou vu d’avion de cette nuée d’aérotaxis. Point de vue décalé. Devambez prend de la hauteur, montre d’infinis détails, caricature les personnages ….
Dirigeable au dessus de la Place de l’Opéra pour éviter les embouteillages du chantier du métropolitain
Il offre un regard émerveillé sur la modernité : la naissance de l’aviation, le métropolitain, l’arrivée du téléphone.
Avions fantaisistes
Une vidéo montre un projet de décoration de l’Ambassade à Vienne (1909) où 12 tableaux illustraient les inventions de la vie moderne, composition trop originale qui a déplu.
le métropolitain : le quai à l’heure de pointe
Debambez flâne dans le Paris Belle Epoque offre une chronique des spectacles ;théâtre Montparnasse, les concerts Colonne et les cafés. Il croque une série de personnages. On l’a même comparé à Daumier.
Les Incompris – scène de café
Face à l’évènement il illustre Paris sous la Commune, la répression policière après les grèves de 1902-1903, La charge . La Grande Guerre lui inspira des sujets : Verdun, des eaux fortes aussi sont des témoignages des atrocités de la guerre et des destructions.
La charge
A côté des portraits de famille ou de ses étudiants en grand format, Devambez a peint de très petits formats les « tout-petits » exposés dans la galerie Georges Petit (cela ne s’invente pas) pour les amateurs pas assez fortunés pour acquérir un grand tableau original.
Un autre volet de l’œuvre de Devambez est l’illustration– Zola, Kipling, ou l’Odyssée. J’ai beaucoup aimé le Gulliver devant lequel on pourrait rester longtemps à observer chaque petit personnage ou les coupoles de la cité féérique. De sa hauteur le géant a une vue plongeante, comme vu d’avion, ou d’un bâtiment élevé, un des points de vue caractéristique du peintre
Gulliver
Affiches, publicités, souvent humoristiques complètent cette oeuvre tout à fait éclectique
Affiche publicitaire pour un journal
Le « Conseiller » comme Gulliver est un géant surplombant la foule lilliputienne, et en plus il démonte le toit de l’Hôtel de Ville comme un jouet.
En fin quelle belle vue de Paris avec l’Exposition 1937
L’Exposition de Paris 1937 vue du second étage de la Tour Eiffel