Le Cubisme 1907 – 1917 – Centre Pompidou

exposition temporaire 17 octobre 2018 – 25 février 2019

Attention très grosse exposition! Si vous consacrez toute votre attention dans les premières salles, vous n’aurez peut être plus le temps ou la concentration nécessaires pour apprécier les dernières  qui sont étonnantes et colorées!

Ce panorama du Cubisme détaille l’évolution chronologique du Cubisme, année après année, des sources à la Grande Guerre qui fera éclater littéralement le mouvement.

(1906- 1907) Aux sources du cubisme

La femme à la cafetière

 Gauguin et Cézanne accueillent le visiteur avec « Soyez mystérieuses«  de Gauguin, magnifique panneau de bois peint et la Femme à la cafetière de Cézanne dont la géométrie annonce le cubisme avec les plis de la robe et la simplification de la cafetière.

(1907 – 1908) Primitivistme 

Un mur de masques africain, sculptures océaniennes rappelle l’autre source d’inspiration des cubistes : le primitivisme. J’ai d’ailleurs rencontré ultérieurement le Nu debout que j’avais découvert au Quai Branly dans l’exposition récente Picasso primitif. Une série de photographies présente ceux peintres, poètes et marchands qui fréquentaient les ateliers de Picasso : Apollinaire, Max Jacob, Kahnweiler, Marie Laurencin et Braque.

Portrait de Gertrud Stein

Le Portrait de Gertrud Stein (1905 – 1906) qualifié de « portrait-masque » voisine avec La Femme à la Tête rouge (1907) et deux autres études de têtes préparatoires aux Demoiselles d’Avignon (1907) (seulement en petite reproduction).

Femme à la tête rouge

L’autoportrait (1907) est sculptural en écho aux masques africains.

picasso autoportrait

(1908 – 1909)Le rapport à Cézanne 

Sous-titre de cette section, une citation de Cézanne, de la géométrie cézannesque « Traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône »…

Le Château de la Roche Guyon

Dans cette salle on voit de nombreux paysages où les tons ocre, gris vert dominent . l’oeuvre que j’ai préférée est le Viaduc à l’Estaque de Braque. Deux tableaux sont jumeaux : Arbres à l’Estaque de Braque et de Dufy, c’est amusant de les comparer comme le jeu des 7 erreurs! Dans cette série j’ai aussi remarqué le Château de la Roche Guyon toujours dans la même tonalité de couleur mais avec une architecture plus compliquée.

(1909 )l’éclatement de la forme homogène

Femme assise

L’expression « éclatement de la forme homogène » est de Kahnweiler

De Picasso on voit de nombreux portraits de Fernande puis des silhouettes assises pour arriver à une plus grande fragmentation dans le Guitariste. Braque suit la même démarche dans le très beau Broc et violon

Broc et violon

(1911) La lettre et le signe

Braque et Picasso se retrouvent à Céret . Ils travaillent en étroite complicité à des expérimentations : une fragmentation en facettes cristallines avec des ajouts de lettres. Les musiciens sont sans visages amis on perçoit la présence d’instruments de musique, l’ajout de clé de sol et du mot VALSE tout à fait lisible.

nature morte sur un piano

Les tableaux deviennent de plus en plus énigmatiques, je m’amuse à chercher les éléments qui ont donné le titre au tableau, la pipe de l‘Homme à la pipe. 

Dans l’Afficionado, Picasso, a dispersé les indices de son portrait d’homme méridional : une moustache, un nœud papillon, un chapeau melon. Avec l’aide du cartel, et en cherchant bien, je les trouve..

 

(1911 – 1912) Les salons cubistes

Gleizes les baigneuses

réunissent de grands tableaux . D’autres peintres se joignent à Braque et Picasso : Gleizes, Le Fauconnier (que je découvre) Metzinger et Fernand Léger. Les tableaux sont aussi plus colorés. J’ai bien aimé les Baigneuses de Gleizes et La Ville de Paris de Robert Delaunay dans lequel j’identifie tout de suite les 3 grâces mais trouve ensuite les piliers de la Tour Eiffel démontée et son sommet plus loin, la Seine plus loin…

Delaunay : La Ville de Paris

Au centre : le Baiser de Brancusi

Un curieux Chagall cubiste s’intitule A la Russie, aux ânes et aux autres

Chagall : A la Russie, aux ânes et aux autres

(1912 – 1917) le collage et l’assemblage 

Braque : Guitare « figure d’épouvante »

M’ont plus La Nature morte à la chaise cannée  (célébrissime) de Picasso et de Braque La guitare « statue d’épouvante ». Je me suis lassée des répétitions à l’infini de ces collages, combien de violons, de verres et de guitares?

Henri Laurens

Pour varier, apparition  rafraîchissante d’Henri Laurens avec un portrait de Joséphine Baker , le retour de la couleur et plus de figuration.

(1913 – 1914) Matières et couleurs

Fernand Léger : le Réveil-matin

Tout un mur est occupé par Fernand Léger, un autre par le Bal Bullier de Sonia Delaunay . Couleurs aussi avec Juan Gris ! Verre et damier, les 3 arbres d‘Herbin.

le bal Bullier

Juan Gris

Une salle est réservée aux sculptures cubistes, citons Lipschitz, Modigliani, Brancusi et Archipenko.

Lipschitz

 

Herbin : 3 arbres
Herbin 3 arbres

poètes et critiques

Marie Laurencin a représenté Apollinaire et ses amis

Marie laurencin : Apollinaire et ses amis

(1913 -1914) : salons cubistes

Metzinger : l’Oiseau bleu
Metzinger : l’Oiseau bleu

L’oiseau bleu de Metzinger et l’équipe de Cardiff de Robert Delaunay éclairent cette belle exposition.

Delaunay : l’équipe de Cardiff

La Guerre

« Il n’y a pas plus cubiste qu’une guerre comme celle-là qui te divise plus ou moins proprement un bonhomme en plusieurs morceaux et qui l’envoie au quatre points cardinaux  » Fernand Léger 

André Mare : témoignages de guerre

J’ai beaucoup apprécié ce parcours si détaillé qui montre la démarche pas à pas de Braque et Picasso pendant 10 ans tandis que d’autres peintres les rejoignent et apportent leur personnalité au cubisme.

Victor Hugo : Caricatures à la Une

Exposition temporaire jusqu’au 6 janvier à la Maison de Victor Hugo, place des Vosges, Paris

180 caricatures du Grand Victor Hugo!

3 sections:

  • 1830 – 1848 –  La Forte Tête 

A la suite de la Bataille d’Hernani, Hugo s’impose comme le chef de file du Romantisme . on reconnait Hugo à son très haut front que les caricaturistes exagèrent à plaisir.

Roubaud a dessiné le « Chemin de la Postérité » où Victor Hugo chevauchant Pégase mène le cortège. A sa suite, je reconnais Théophile Gauthier, Eugène Sue et Alexandre Dumas. A cette époque c’est la mode des processions, panthéons (comme celui de Nadar) trombinoscopes. Encore Roubaud (entre 1835 et 1839) à l’occasion de la candidature à l’Académie Française a dessiné Hugo, Balzac et Dumas accueillis par une vieille femme :

 

« vous êtes jeunes et forts et vous demandez les invalides. Vous ne voulez pas voler le pain des vieillards. Allez travailler grands feignants! » 

Daumier exécute aussi des caricatures à cette époque.

les burgraves et leur demi-succès furent aussi beaucoup caricaturés par la Presse.

  • 1848 – 1851 : Détestation générale et caricatures d’opposition

A la suite de la Révolution de 1848, la liberté de la Presse encouragea les dessinateurs de Presse. Hugo fut très critiqué pour ses positions politiques, ses alliances réelles ou supposées. On le juge versatile et opportuniste. Le glissement progressif de Victor Hugo vers la gauche n’est pas pris en compte car le Presse est réduite au silence dès 1850.

vers 1848 Nadar dessine La Rentrée des classes  dans le Journal pour Rire, en 1949 Victor Hugo est en tête d’une « Croisade contre le Socialisme » où la foule fait un Z tout  travers la une en allant contre la révolte des ouvriers. Il fait aussi figurer Hugo dans un Trombinoscope des commerçants

 

Daumier dessine Hugo et Girardin portant Napoléon Bonaparte sur un pavois avec la remarque « Ce n’est pas solide »

En septembre 1849, Victor Hugo est vice Président d’un Congrès pour la Paix présidé par en 1851 l’anglais Cobden. Hugo s’oppose à la majorité de droite au sujet de l’Expédition d’Italie, de la Loi Falloux  au nom de la Liberté de penser(caricature de Nadar) et de la Déportation des opposants politiques.

Quillembois montre Hugo qui s’écarte de la « majorité de Panurge » qui part à droite tandis qu’Hugo 

Victor Hugo s’oppose au coup d’Etat du 2 décembre 1851, mais il est dangereux pour les journalistes d’évoquer le proscrit

  • 1852 – 1870 La Renommée de l’absent – Caricatures d’Hommage

Ne pouvant dessiner Victor Hugo, politique, les caricaturiste attendent la parution des œuvres écrites en exil qu’ils illustrent avec bienveillance. Le visage de Hugo est moins déformé.

En 1853, quand sort La Légende des siècles, Hugo est dessiné sur son rocher, Les deux tours de Notre Dame font le H de Hugo, pour les Travailleurs de la Mer, les dessinateurs sont très inspirés par le poulpe.

Travailleurs de la Mer : cherchez la Pieuvre!

De nombreux journaux mettent son visage à la une : Le Charivari de Cham, La Lune, le Bouffon, le hanneton, l’Eclipse, le Masque. Je suis impressionnée par le nombre des titres satyriques.

L’homme qui rit
L’homme qui rit
  •  1870 – 1885 Apothéose – Les caricatures de Consécrations

Hugo est représenté barbu, bienveillant. Mais pour le spectateur de l’exposition c’est moins amusant!

Victor Hugo, en Orphée défend les victimes d’un pogrom en Russie

Cette exposition est passionnante, c’est une merveilleuse leçon d’histoire; je révise tout le 19ème siècle, politique et histoire des idées. Chaque illustration est accompagnée d’explication et il y a aussi beaucoup à lire dans la page de journal d’alors.

 

Le Colonel Chabert – Balzac

LECTURE COMMUNE

« j’ai été enterré sous des morts, maintenant je suis enterré sous des vivants, sous des actes, sous des faits, sous la société toute entière, qui veut me faire rentrer sous terre »

Le Colonel Chabert est un personnage familier de notre paysage littéraire. Chacun pense avoir croisé le vieux soldat de l’Empire rentré à la Restauration. Mais a-t-on lu le roman?

la Bataille d’Eylau

Laissé pour mort à la bataille d’Eylau en 1807, Hyacinthe Chabert rentre à Paris dix ans plus tard. Sa femme, veuve, remariée avec le comte Ferraud fidèle aux intérêts de Louis XVIII, ne le reconnaît pas ou plutôt ne veut pas le reconnaître. C’est donc en pauvre vagabond que cet ancien soldat de l’Empire, colonel et homme riche revient et s’adresse à l’étude de l’avoué Derville pour retrouver son identité, sa femme et ses biens.

« Madame Ferraud n’aimait pas seulement son amant dans le jeune homme , elle avait été séduite aussi par l’idée d’entrer dans cette société dédaigneuse qui malgré son abaissement dominait la cour impériale. toute ces vanités étaient flattées autant que ses passions dans ce mariage. Elle allait devenir une femme comme il faut. »

La position sociale de Madame Ferraud n’est pas aussi solide qu’il y paraîtrait. Le comte Ferraud est ambitieux.

« mais si son mariage était cassé, ne pourrait-il pas passer sur sa tête, à la grande satisfaction du Roi, la pairie d’un des vieux sénateurs qui n’ont que des filles? »

Derville, pense pouvoir exploiter cette faille pour faire céder la femme de Chabert et transiger.

Ce court roman est particulièrement dense : on peut considérer l’aspect sentimental et psychologique, comme l’analyse de la société à l’époque de la  Restauration.

L’étude de l’avoué Derville

C’est aussi un roman très divertissant : j’ai adoré la scène d’ouverture dans l’étude de l’avoué avec les railleries des saute-ruisseaux, l’arrivée de Chabert. Quel style! et quelle observateur !

Le roman se termine sur une triste méditation sur la destinées humaine de Derville, personnage sympathique et humain qui n’a pas réussi à éviter les malheurs de Chabert.

« Savez-vous, mon cher, reprit Derville après une pause, qui’l existe dans notre société trois hommes, le Prêtre, le Médecin et l’Homme de justice qui ne peuvent pas estimer le monde? Ils ont des robes noires, peut-être parce qu’ils portent le deuil de toutes les vertus, de toutes les illusions. Le plus malheureux des trois est l’avoué. Quand l’homme vient trouver le prêtre, il arrive poussé par le repentir, par le remords, par des croyances qui le rendent intéressant, qui le grandissent et consolent l’âme du médiateur, dont la tâche ne va pas ans une sorte de jouissance l il purifie, il répare, il réconcilie. Mais nous autres avoués, nous voyons se répéter les mêmes sentiments mauvais, rien ne les corrige, nos études sont des égouts qu’on ne peut pas curer… »

29Balzac par Nadar

Le temps est assassin – Michel Bussi

LIRE POUR LA CORSE

 

 

615 pages, le pavé de l’été 2016! A glisser dans le sac de plage entre la serviette et la crème solaire. Michel Bussi, dans une vidéo, sur son site,  le présente un peu comme cela. Il est sorti juste avant l’été pour que les vacanciers en camping lisent un roman qui se déroule dans un camping, que les lecteurs sur la plage lisent une histoire de plage. Et, encore plus chanceux :  les touristes en vacances en Corse qui retrouvent la Corse des touristes et rencontrent des autochtones. Nous avons passé une semaine à Calvi proche de la Pointe de la Revellata : ce livre est pour moi!

 

Sauf que je suis difficile : ma liste de lecture pour la Corse commence par Balzac, Mérimée, Flaubert et Maupassant pour se terminer par Ferrari (du point de vue chronologique) j’en ai oublié entre Maupassant et Ferrari. Pour le style, je me suis régalée. Tandis que Bussi, dans le temps est assassin, ne me gâte pas vraiment. Passe encore que le journal intime de la gamine de 15 ans comporte des tournures adolescentes comme « genre sûr de lui » ou « en mode », j’attendais « du coup », il est arrivé tôt. je ne suis d’ailleurs pas sûre qu’on employait ce vocabulaire « djeun » en 1989… pour le récit 2016 de Clothilde 42 ans, ces négligences sont impardonnables, elle est censée être avocate, que diable! Ce style « tendance »  m’agace prodigieusement.

Un sérieux montage pour raccourcir le récit s’impose. A-t-on vraiment besoin de connaître la marque de chacun des T-shirts et des vêtements, le motif de chaque serviette de toilette? Je sais que les marques importent aux ados ; elles lassent le lecteur adulte.

Clothilde 15 ans, est une « gothique » avec l’attirail noir, les coiffures ad-hoc, on la visualise bien. Inutile le radoter! Clothilde 42 ans, s’est développée harmonieusement physiquement mais elle reste bien midinette.

 

L’intrigue haletante gagnerait donc à être  resserrée : moins de mièvreries . Les cadavres, les rebondissements, ne manquent pas et c’est tout à l’honneur du thriller  auquel je pardonne les négligences, harponnée par la curiosité. J’avais parié pour un meurtrier, et voilà qu’on l’innocente, et que surgit un personnage qu’on n’avait jamais vu. Bien fait! Il faut reconsidérer le point de vue. Non ! je ne vais pas spoiler! je déteste les critiques qui racontent l’histoire et qui donnent trop d’indices.

Et la Corse?

Elle est comme le touriste l’imagine : splendide, torride, baignée d’une mer toujours bleue avec un maquis parfumé. Ni Clothilde-15ans, ni Clothilde-42 ans ne prennent le temps d’herboriser.Tout juste seront cités le serpolet et la criste marine.

 

Regrets :  j’aurais aimé voir un de ces euproctes.

 

 

 

 

Et les Corses? Ils sont aussi comme on les imagine. Les grands-parents traditionnels dans leur bergerie (j’ai beaucoup aimé le Papé Cassanu qui est une belle figure). Le père travaille sur le continent et « soigne sa corsitude« ; il m’a fait  rire. Evidemment il y a une bombe (sur fond d’immobilier), des clans et des familles puissantes, l’omerta, et même une « justice » corses qui court-circuite celle des tribunaux de la République.

Témoignage ou images d’Épinal? Seuls les Corses pourraient me dire si Bussi n’a pas chargé la caricature ou s’il apporte une image plausible.

En tout cas, ce divertissement  a un succès qui m’étonne :  sur Babélio le nombre de ses lecteurs  (2650) dépasse celui du Goncourt de Ferrari(2309) et les critiques sont élogieuses. Seule explication, je suis snob et les best-sellers ne sont pas ma tasse de thé.

J’ai rencontré Dieu sur Facebook _ Ahmed Madani

THÉÂTRE

A Sevran, une mère et sa fille. Salima, la mère est professeur de Français. Nina, la fille, 14 ans, joue du violon, bonnet de laine, jeans coupés, cheveux longs, c’est un ado assez conventionnelle. La mère et la fille s’entendent bien. Jusqu’à la crise. La mère rentre d’Algérie où a eu lieu l’enterrement de sa mère. Nina arrête le violon, elle cache un gros livre à sa mère et lui tient des propos moralisateurs. Salima ne s’est aperçue de rien. Nina s’est fait embrigadée par des djihadistes sur Facebook à son insu. 

 

Le sujet de la pièce est double :  l’embrigadement des jeunes filles mais aussi les rapports mère/fille.

 

 

La pièce pourrait être une tragédie, le départ de Nina pour la Syrie est déjà organisé. Le drame est désamorcé par l’intervention tout à fait involontaire de sa mère. La fin est tragi-comique. (je ne vous la raconterai pas! Na!)

 

Du même auteur, Ahmed Madani, j’avais préféré la pièce F(l)ammes jouée à la Manufacture des Oeillets à Ivry où dix femmes issues de l’immigration intervenaient avec leur histoire, leur humour, leur énergie en un choeur magnifique. J’ai rencontré Dieu sur facebook n’en a pas la force dramatique, elle est tout à fait intéressante et pédagogique. Comme j’aimerais que mes anciennes élèves la voient pour désamorcer cet « hameçonnage » qui les menace, jeunes idéalistes qui rêvent d’un prince charmant du désert….

Vies de Job – Pierre Assouline

Dominique nous a chaudement recommandé cet essai.

Je me suis lancée dans cette biographie des Vies de Job (c’est l’auteur qui met le titre au pluriel). Pierre Assouline est hanté par Job. Il se lance dans une enquête minutieuse dans les textes bibliques mais aussi dans la littérature, la peinture et même la musique pour traquer le personnage.

« Telle est l’histoire de mon ami Job, symbole du juste confronté au Mal et à la souffrance. C’est l’histoire d’un livre et c’est l’histoire d’un homme. L’histoire d’un livre fait homme. »

Pour enquêter sur l’Histoire d’un livre, Pierre Assouline recherchera la société des écrivains et le soutien de François Nourrissier, de Carlos Fuentes dans le prologue que j’ai un peu de mal à suivre.

Erreur de ma part, j’ai égaré ma Bible, et ne peux pas revenir au texte. D’ailleurs quel texte? quelle traduction? La Thora traduite par Zadoc Kahn? ou Le Livre de Job de Renan? Assouline raconte l’histoire des traductions, de la Septante à la Vulgate, cela plane bien au-dessus de moi, je décroche un peu. La souffrance des traducteurs m’indiffère. mais je croise Artaud, Yeats, Proust et Kafka qui me parlent plus.

La voyageuse voit sa curiosité éveillée quand Assouline arrive à Jérusalem pour approfondir ses recherches. Je l’imaginais en compagnie de talmudistes, je le trouve à l’Ecole Biblique chez les dominicains. Je réprime un ressentiment : les dominicains me renvoient à l’Inquisition, et cela je réprouve! Quelle étroitesse d’esprit de ma part! Cette Ecole biblique renferme une bibliothèque où la convivialité et l’ouverture d’esprit de ce phalanstère sont remarquables. Régis Debray vient de quitter les lieux, Claudel y a travaillé…La première perle que je trouve (et note dans mon pense-bête) est Yossel Rakover s’adresse à Dieu de Zvi Kolitz, récit en date du 28 avril 1943 prétendument trouvé dans une bouteille sous les ruines du ghetto de Varsovie. Il me vient une furieuse envie de trouver ce texte!

Si Assouline a préféré l’Ecole Biblique à l’Université hébraïque, c’est à cause de la langue française. Vies de Job est avant tout littéraire, et la langue importe, comme la littérature.

fresque de doura europos

Parmi toutes les sources, Assouline n’oublie pas  que Job vut aussi en islam  :  Ayoub, pour les Musulmans est aussi un prophète. Il a ses pèlerinages, en Jordanie et même à Boukhara où nous avons visité son « tombeau ».

Digression chez les solitaires de Port-Royal où Sacy a fait une traduction (1688). Nouveau venu chez les traducteurs au 21ème siècle, un médiéviste : Alféri qui m’emmène dans l’univers du Nom de la Rose, et puis seul sur l’île de Groix.La quête de Job transporte Assouline, et ses lecteurs, comme des gobe-trotter à Heidelberg, à Bombay….Job, l’homme souffrant sur son fumier est ubiquiste. Et la voyageuse nomade se régale du périple littéraire. Les chapitres sont divisés en paragraphes numérotés (comme les versets des textes sacrés?) courts qui sautent du coq à l’âne. On voyage dans le temps et dans l’espace.

Occasion de nombreuses rencontres même Eliezer Ben Yehouda ou parfois Woody Allen. On suit même Etherie (ou Egérie) une pérégrine venue de Galice ou d’Aquitaine entre les pâqus 381 et 384, venue à Carnéas, à l’endroit où Job était sur son fumier. Je ne peux pas citer toutes les excursions aussi variées que l’hôpital psychiatrique où l’on accueille les fous de Jérusalem (comme il existe à Florence un syndrome de Stendhal) ou au théâtre de l’Odéon à Paris…Rencontres inattendues : Toni Negri , lui et les gauchistes italiens étaient-ils d’autres Job? Muriel Spark. Et même les Chants de Maldoror.

William Blake

Illustrations : Job raillé par sa femme (sur la couverture) de De La Tour, les fresques de la synagogue de Doura Europos, Job sur ses cendres de Fouquet, mais aussi le Job de notre temps et les peintures de François Szulman et Jean Rustin  que cette lecture m’ont fait découvrir. Depuis que j’ai un smartphone je cherche les illustrations des tableaux .

La partie la plus émouvante, la plus personnelle : le chapitre Les miens. L’auteur nous entraîne au Maroc dans le Sahara, à Figuig d’où sa famille est originaire. De l’ancêtre engagé en 1918 pour obtenir la nationalité française, à Casablanca où l’auteur a passé son enfance. a Paris le Grand-père qui avait réussi…Le roman familial bascule dans la tragédie. Revient Job! Du Livre de Job au Kaddish et aux deuils, il n’y a qu’un pas…Ecrire sur Job, c’est aussi évoquer cette douleur.

Jean rustin

Comment ça va avec la souffrance? La maladie de Job, les ulcères, la lèpre, les maladies de peau diverses. Le sida. Les souffrances de Job – pièce de Khanokh Levin, je note encore. Il faudrait que je revienne à Khanokh Levin, traduit par une amie proche. De la peau malade, on glisse vers le tatouage des déportés. La souffrance culmine avec la Shoah. « Job est rentré de déportation » est la conclusion du chapitre. Mais il y a pire : la mort des enfants. Le dernier chapitre qui l’évoque est presque impossible à lire. Tant de souffrance , et pourquoi? Pourquoi demande Ricoeur. Manitou,   philosophe de haute volée revient sur cette souffrance, s’attachant au scandale de Job. J’ai du mal à comprendre. Après la mort des enfants, j’ai du mal à terminer le livre.

Je quitte à regrets ce livre, j’y reviendrai. J ‘ai téléchargé sur la liseuse la traduction de Renan et celle de Zadoc Kahn. Et toutes ces références des livres que j’ouvrirai avec une autre intention. J’aime les livres qui ouvrent des portes sur d’autres lectures.

 

 

 

 

Un Corse à Lille – elena piacentini – (au delà du raisonnable)

POLAR CORSE (?)

 

Après des lectures sérieuses, la couverture originale m’a fait de l’oeil. Un polar corse? 

Après les bandits dans le maquis, un policier corse dans la ville nordiste. Pourquoi pas?

C’est une lecture agréable et facile, chapitres très courts (1 ou 2 pages),  une intrigue bien ficelée (que je ne vous raconterai surtout pas).

Une incursion dans le monde des coachs de développement personnel, cela dépayse un peu. Rien sur Lille, cela pourrait être, Charleville ou Roubaix (il faut quand même la proximité de la frontière). La Corse n’est évoquée que très anecdotiquement : les plats mijotés de la mémé Angèle ou des proverbes en langue Corse.

Je me suis laissé embarquer  le temps d’un samedi après-midi prolongé dans la nuit avec le sentiment un peu mélangé analogue à celui que j’éprouve quand je regarde une série policière à la télé au lieu de la Grande Librairie ou du documentaire d’Arte. Vague culpabilité d’un plaisir facile, comme finir le paquet de fraises tagada.

Certains polars donnent une analyse pointue d’un milieu social, ou une reconstitution historique pertinente ou font voyager dans des lieux où je n’irai jamais. Un Corse à Lille n’entre pas dans ces catégories. Divertissement sympathique, sans plus.

 

Les femmes de San Stefano – Marie Ferranti

LIRE POUR LA CORSE

 

Paru en 1995. Court roman – 111 pages.

Un village corse raconté par une écrivaine. Pas plus rose que quand il est décrit par un écrivain. L’histoire commence par le décès de la femme de Francesco, en couches et  se termine par les funérailles de celui-ci. La boucle est bouclée. On assiste au lent déclin de du personnage respecté et même craint, le rebouteux. Francesco se laisse aller, de chagrin.  Il devient l’ombre de lui-même – Vagabond. Jeux pervers des enfants, entre eux, batailles et humiliations. Francisco devient la risée des enfants, puis  victime des commérages des femmes et des manigances d’Emilienne

Marie Ferranti fait pénétrer le lecteur dans le monde très trouble des femmes. Monde de désirs inassouvis, de non-dits, de séductions et de refus silencieux. Monde de commérages et d’intrigues. Cruauté capable d’anéantir un homme. Cuisine et lessive. La patronne nourrit les ouvriers à la ferme, monde d’odeurs et de sang. Lessive à la cendre rinçage purificateur à la rivière. J’ai aimé la page qui détaille toutes les opérations du blanchissage, rinçage à la rivière….

 

Orphelins de Dieu – Marc Biancarelli

LIRE POUR LA CORSE

Les commentaires du blog sont précieux. De Marc Biancarelli,  n’avais pas beaucoup apprécié Murtoriu : Ballade des innocents. Si Keisha et Inganmic n’avaient pas loué Orphelins de Dieu, je n’aurais pas entrepris cette lecture. Et cela aurait été dommage parce que je me suis laissé emporter dans les montagnes corses dans de hardies chevauchées qui ont évoqué pour certains (critiques de Babélio) un western corse avec bandits, chevaux, gendarmes, vol de bestiaux, prostituées (pas au grand coeur, plutôt voleuses).

C’est encore une histoire de vendetta et de bandits! Bien écrites, ces histoires sont distrayantes. Je croyais m’être blasée, et bien non, j’ai pris du plaisir à cette lecture d’horreurs et de sauvagerie.

Petit Charles, a été défiguré par des voleurs de brebis, qui lui ont coupé la langue pour qu’il ne les dénonce pas. Sa soeur, Vénérande, fait appel à l‘Infernu un tueur à gages vieillissant pour venger Petit Charles. L‘Infernu accepte ce dernier contrat et entraîne Vénérande jusqu’à la tanière des 4 frères Santa Lucia, de sinistres brigands, voleurs de bestiaux qui ont martyrisé Petit Charles.

« Ange Columba avait fait couler beaucoup de sang et parfois aussi, coupé des têtes.[…]Evoquer son nom, c’était évoquer sur soi le mal absolu. Aussi l’appelle-t-on l’Infernu »

L’Infernu a guerroyé avec l’armée des insoumis des célèbres Théodore Poli et Antomarchi. L’Infernu, malade qui sent sa fin proche se raconte à Vénérande, il fait le récit d’un épisode de la fuite en Toscane de la bande de Poli et d’Antomarchi. Chassés de Corse, ils e sont repliés sur la Terre Ferme et se cachent dans les marais des maremmes. Guerriers audacieux et soldats valeureux, ce sont aussi des gaillards qui rançonnent les villages, pillent et violent. Ils ‘attirent les foudres des troupes toscanes. La bande se dissout certains rentrent en Corse pour prendre le maquis, d’autres vont en Grèce se joindre aux guerres d’indépendance et aux troupes de Byron devant Missolonghi. Après leurs exploits de mercenaires, ils reviendront en Corse pour vivre une vie de »bandes funestes qui avaient désolé le pays; le temps des rébellions passé, » de voleur de bétails ou de tueurs à gages.

la gourde de Théodore Poli(wikipédia)

« Dieu, Lui aussi, semblait avoir oublié cette terre, Si Dieu, Lui-même regardait ailleurs et se refusait à accomplir son devoir, alors la tâche qui consistait à rendre cette haute justice incomberait à l’Enfer. Et, dans ce pays, l’Enfer était un nom d’homme »

L’Enfer, c’est aussi l’Enfer de Dante. Dans les marais toscans, les bandits citent Boccace, se racontent les histoires du Décameron et récitent les vers de Dante

« je ne crois pas ton Boccace, Joseph, repris Giammarchi, je ne crois pas en ses histoires et au bonheur qu’on y trouverait. Pour moi, il n’y a que Dante qui ait pu nous décrire…. »

« Moi, j’aime les vers de Dante, ils me galvanisent encore. Je trouve que c’est le meilleur hymne à notre marche.

Il n’y a plus de marche, Colomba, nous avons été vaincus à peu près partout. […]Je marche pour être avec vous et je ne pense pas avoir eu une autre cause, jamais. Alors c’est pour cela que nous t’appelons l’Infernu. Tu te bats comme si rien n’en dépendait, que ta vie et celle de tes compagnons… »

« j’ai combattu plus longtemps que je ne devais rien que parce que les hommes tels que toi étaient à mes côtés. je veux dire les orphelins de Dieu… »

J’ai beaucoup aimé cet épisode toscan, quand des rebelles deviennent des bandits. C’est Vénérande qui a le dernier mot :

« Vous aviez un drapeau; et tout, mais à la fin vous me racontez que des horreurs, et il ne vous en a pas fallu beaucoup pour passer dans la truande. Et pour tourner le dos aux seules belles choses que vous auriez pu faire dans votre vie de bon à rien. Et Poli ceci, et Antomarchi cela, mais au final vous voliez des cochons avec des minables et des détraqués et même vous arrachiez des chiens à leurs maîtres et ça c’est répugnant. « 

j’ai aussi aimé les descriptions de la chevauchée dans  la montagne:

Au matin de la bataille finale, ils remontèrent cette longue gorge où ils avaient passé la première partie de la nuit, suivant un sentier mal frayé qui disparaissait sous les aiguilles de pins. leur petit convoi gravissait le sombre défilé, écrasé par un mur de falaises brunes d’où émergeaient que de rares buissons de bruyères et quelques arbres tortueux qui avaient défié les équilibres du monde. Elle se disait qu’aucun homme n’avait dû poser les mains sur ces parois sinon un homme aussi fou que vaniteux, pour y dénicher les petits des aigles. Au sommet de la gorge, ils trouvèrent un plateau et chevauchèrent en silence un bon moment au milieu des pins et des bruyères hautes, et au saut d’une moraine, ils lancèrent les chevaux sur des dalles de granit, plates et gigantesques, et c’était comme s’ils traversaient une espèce de théâtre à ciel ouvert dont les gradins eussent été les lisières des forêts et les chaos rocheux aux silhouettes étranges de géants pétrifiés… »

Je ne vous raconterai pas la bataille finale. Lisez la!

 

 

 

Voyage en Corse de Gustave Flaubert

LIRE POUR LA CORSE

J’aime me laisser guider par les écrivains, Mérimée a été mon premier passeur, puis Maupassant de retour de Corse, et, finalement, Flaubert que je regrette ne pas avoir trouvé avant. J’ai téléchargé le Voyage dans les Pyrénées, Aquitaine, Languedoc Provence et  Corse édité par les Editions des Régionalismes. Je n’ai lu que les textes concernant la Corse.

J’ai beaucoup ri à son récit de la traversée en bateau par mauvaise mer. Probablement mon passage préféré.

« Ajaccio, cette ville si éclairée, si pure de couleur, si ouverte au grand air, où les palmiers poussent sur la place publique et dont la baie vaut, dit-on, celle de Palerme… »

Description  humoristique de la maison Bonaparte : »Il y a à Ajaccio une maisons que les hommes viendront voir en pèlerinage ; on sera heureux d’en toucher les pierres, on en gravira dans dix siècles les marches en ruines, et on recueillera dans des cassolettes le bois pourri des tilleuls qui fleurissent devant sa porte, et, émus de sa grande ombre, comme si nous voyions la maison d’Alexandre, on se dira : c’est pourtant là que l’Empereur est né! »

Comme dans les chroniques de Maupassant, j’ai préféré les évocations de la nature aux histoires de bandits. Après Mérimée cela devient lassant! 

« Vallées pleines d’ombre, maquis de myrtes, sentiers sinueux dans les fougères, golfes aux doux murmures dans les mers bleues, larges horizons de soleil, grandes forêts aux pins décharnés, confidences faites dans le chemin, figure qu’on rencontre, aventures imprévues, longues causeries avec des amis d’hier, tout cela glisse emporté et vite s’oublie pour l’instant, mais bientôt se resserre dans je ne sais quelle synthèse harmonieuse qui ne vous présente plus ensuite qu’un grand mélange suave de sentiments et d’images où la mémoire reporte toujours avec bonheur, vous replace vous-même et vous donne à remâcher, embaumés cette fois de je ne sais quel parfum nouveau qui vous les fait chérir d’une autre manière…. »