La Corse de Guy de Maupassant présenté par Jean-dominique Poli

LIRE POUR LA CORSE

 

Il est arrivé d’Ajaccio, avec un marque page en langue corse. Mince et fin, un peu trop long une édition en livre de poche, couverture brune élégante, impression soignée d’un éditeur corse Albiana. 

La préface de Jean-Dominique Poli, professeur à l’Université de Corte, est très intéressante et très détaillée accompagnée de nombreuses notes en bas de page. Il soutient la thèse que Maupassant, à la suite de Mérimée avec Colomba, décrit une Corse exotique folklorisée,  faite de vendettas, de bandits. « ...Maupassant ne retient que la sauvagerie des lieux afin d’expliquer la sauvagerie des habitants. ». D’après Poli, son regard serait orientaliste à la suite de Daudet« L’île semble errer, seule et perdue dans une mer sans fin entre le Maghreb si énigmatique et les côtes méridionales de la France peuplées de Tartarin de Tarascon ». Poli relève une association de la Corse aux Kroumirs de Tunisie et dénonce le préjugé d’ « un pays sans culture » en opposition à l’Italie. 

Le recueil présente 14 chroniques parues dans Le Gaulois 1880-1884 et dans Gil Blas de 1881 à 1885. Nouvelles ou récits d’un journaliste cherchant à séduire le lectorat par des récits un peu sensationnalistes. Textes assez courts (tout juste une dizaines de pages) racontant un événement déroulé au cours d’un voyage en Corse, ils différent de La Vie errante qui est un journal de voyage en Italie, Sicile,  Algérie et en Tunisie.En Tunisie j’avais été éblouie par ses pages sur Kérouan.

Je retiens surtout les descriptions :

de la flore du maquis: « Au loin des forêts de châtaigniers énormes semblaient des buissons, tant les vagues de la terre soulevée sont géantes en ce pays ; et les maquis formés de chênes verts, de genévriers, d’arbousiers, de lentisques, d’alaternes, de bruyères, de laurier-tins, de myrte et de buis que relient entre eux les mêlant comme des cheveux, les clématites enlaçantes, les chèvrefeuilles, les cystes, les romarins, les lavandes, les ronces mettaient sur le dos des côtes dont j’approchais une inextricable toison;Et toujours au dessus de cette verdure rampante, les granits des hautes cimes gris, roses ou bleuâtres ont l’air de s’élancer jusqu’au ciel »

 

  •  – des calanche de Piana :  » Après avoir traversé Piana, je pénétrai soudain dans une fantastique forêt de granit rose, une forêt de pics, de colonnes, de figures surprenantes, rongées par le temps, par la pluie, par les vents, par l’écume salée de la mer.

Ces étranges rochers, hauts parois de cent mètres, mince comme des obélisques, coiffés comme des champignons, ou découpés comme des plantes, ou tordus comme des troncs d’arbres, avec des aspects,f’êtres, d’hommes prodigieux d’animaux, de monuments, de fontaines, des attitudes d’humanité pétrifiée, de peuple surnaturel emprisonné dans la pierre par le vouloir séculaire de quelque génie, formaient un immense labyrinthe de formes invraisemblables, rougeâtres ou grises avec des tons bleus. On y distinguait des lions accroupis, des moines debout dans leur robe tombante, des évêques, des diables effrayants, des oiseaux démesurés, des bêtes apocalyptiques , toute la ménagerie fantastique du rêve humain qui nous hante en nos cauchemars. »

 

de la Forêt d’Aïtone :  «  Le chemin montait doucement au milieu de la forêt d’Aïtone. Les sapins démesurés élargissaient sur nos têtes une voûte gémissante, poussaient une sorte de plainte continue et triste, tandis qu’à droite comme à gauche leurs troncs minces et droits faisaient une sorte d’armée de tuyaux d’orgue d’où semblait sortir cette musique monotone du vent dans les cimes »

J’ai également téléchargé sur la kindle En Corse de Maupassant numérisé par les éditions arvensa mais seulement 4 des chroniques sont présentes : La Patrie de Colomba, Le Monastère de Corbara, les Bandits Corses et Une Page d’histoire inédite qui sont aussi publiées dans le livre d‘Albiana. Les textes sont accompagnés d’une biographie panoramique  et l’Etude de Guy de Maupassant par Pol Neveux  – biographie complète mais ne mentionnant pas les textes « corses » de l’auteur.

 

 

Caravage à Rome amis et ennemis – Musée Jacquemart-André

Exposition temporaire jusqu’au 28 janvier 2019

Gentileschi : Judith et Holopherne

J’ai rencontré le Caravage à Rome, Naples, La Valette….et toujours impressionnée par le Maître! J’ai aussi lu et relu La Course à l’Abîme de Dominique Fernandez  a guidé mes pas dans Rome dans  Le piéton de Rome, et La Couleur du soleil de Camilleri.

Baglione : l’amour divin et l’amour profane

 

Retrouver Le Caravage ressemble plutôt à la visite d’un ami de longue date. Quoique – je ne suis pas sûre que la fréquentation de ce mauvais garçon soit recommandable! J’ai beaucoup apprécié que ses toiles soient confrontées à celle de ses concurrents, contemporains ou élèves, ses amis et ennemis comme le dit le titre. Le musée n’est pas grand, on  peut prendre notre temps : remarquer les petites taches de sang qui mouchettent le bras de

Dans la première salle « THEÂTRE DES TÊTES COUPEES » le tableau du Caravage, Judith décapite Holopherne, sous un drapé rouge qui accentue le drame avec un décor théâtral, est accompagné d’autres décapitations de Judith, Saraceni, Gentileschi, ou de David et Goliath du Cavalier d’Arpin. Le David et Goliath  d’Orazio Borgianni nous a fait sourire : la posture assez extravagante, les pieds en l’air et cette physionomie de pirate de BD (ou peut être les dessinateurs de BD se sont-ils inspiré de cette tête grimaçante?)

Artemisia Genteleschi : SAinte Cécile

Salle 2 :  Musique et Nature morte, le très beau et rare (il vient de l’Ermitage) Joueur de Luth fait face à Sainte Cécile d’Artemisia Gentileschi (j’ai très envie de lire Artemisia de Lapierre que Claudialucia a chroniqué récemment). Deux belles corbeilles de chasselas décorent la Douleur d’Aminte de Bartoloméo Cavarozzi (celui-là vient du Louvre je pourrai lui rendre visite).

Caravage : Joueur de luth

Salle 3 : au saint Jean-Baptiste du Caravage de la villa Borghèse avec son mouton répond un autre Saint Jean-Baptiste de Manfredi nettement plus habillé au mouton plus mièvre, plus agneau que bélier.

Saint Jean-Baptiste (détail)

Salle 4 CONTEMPORAINS, occasion de découvrir une adoration des mages d’Annibal Carrache surchargée d’angelots (avec un concert d’anges sur un nuage) très baroque.

Salle 5 MEDITATIONS  réunit autour de Saint Jérôme – une figure que j’ai rencontrée aussi à La Valette – un Saint François toujours du Maître et d’autres tableaux représentant une figure unique(figura sola)

Manfredi : couronnement d’épine

Salle 7 LA PASSION DU CHRIST  donne à voir les rivalités entre artistes, un concours sur le Thème Ecce Homo aurait été remporté par Cigoli .

Ecce Homo

Le mur du fond est occupé par le très grand tableau de José de Ribera qui se trouvait à Rome cette année-là : Le Reniement de Pierre peint dans un décor d’auberge, où 5 personnages jouent aux dés sous un éclairage caravagesque. En face le tableau de Manfredi nous étonne : on dirait que le soldat romain est décapité (où est donc sa tête alors que son armure brille de tous ses détails?)

Ecce Homo : Cigoli

Jeu des différences avec les deux Madeleine en extase, presque identiques. Nathalie qui est plus observatrice que moi me montre le traitement des cheveux, les mains….

Souper à Emmaüs (détail)

 

En conclusion : le très beau Souper à Emmaüs.

Et comme toujours, à Jacquemart-André, des vidéos prolongent de façon savante la visite.

Une matinée bien remplie, avec le plaisir de rencontrer une blogueuse que je ne connaissais que virtuellement.

LE TRAIN D’ERLINGEN ou la Métamorphose de Dieu – Boualem Sansal

LITTÉRATURE FRANÇAISE

« Si Henry David Thoreau était parmi nous, il nous l’écrirait ce livre dont nous avons intensément besoin pour nous aider à repenser notre rapport à l’Etat, au Marché, à la Religion, à la Nature. Ces quatre piliers porteurs de notre vie et de notre civilisation donnent tous les signes d’un effondrement imminent, rongés par un mal surpuissant : le cancer du béton, l’usure du temps, le modernisme artificieux, la mondialisation qui distend les liens humains et renforce la chape de l’inhumain argent-roi, la surpopulation, la bougeotte massacreuse du touriste, le tournis des modes, le trouble obsessionnel compulsif des chefs, l’incurie des élites, l’inculture des féodaux, l’attaque au carbone radioactif des esprits et de la nature, la prolifération des moustiques et des rats, le trop-plein des milliardaires, etc., tout pousse dans le même sens : la fin »

Roman ambitieux, critique de notre monde en crise selon tout ces aspects économiques, spirituels, philosophique.

Dédié  sur la page de garde :

« ...à Henry David Thoreau, Charles Baudelaire, Franz Kafka, Constantin Virgil Gheorghiu, Dino Buzzati … »

Ambitions littéraires sous ces patronages célèbres!

Pourtant, le résultat est confus et parfois ennuyeux à lire. J’ai dû m’accrocher pour le poursuivre. Ce n’est pas avec de bonnes intentions qu’on écrit la meilleure littérature.

Le livre commence comme une dystopie, dans une ville allemande imaginaire assiégée par un envahisseur indéfini, à une période indéterminée…j’ai horreur des dystopies, très à la mode en ce moment. la ville doit être évacuée par un train qui n’arrive pas. Train bondé dans la campagne allemande, cela évoque de cruelles images – et cela ne doit pas être un hasard.

Curieusement l’histoire remonte le temps et nous suivons les pas d’immigrants allemands qui font fortune en Amérique. Fortune immense mais par des moyens inavouables, relents d’esclavage et de colonisation. Regard décalé sur les migrations. Autrefois c’est l’Europe qu’on quittait pour chercher une vie meilleure! Cet aspect m’a beaucoup intéressée. Saga de la famille Ebert multimillionnaires mondialisés.

Le récit fait des embardées, revient à Erlingen au conseil municipal où la démission des dirigeants se prépare… une certaine résistance s’organise….

Le livre est construit en miroir : la première partie LA RÉALITÉ DE LA MÉTAMORPHOSE  est composé de lettres d’Ute, à Erlingen adressée à sa fille Hannah à Londres. La seconde, symétrique est intitulée LA MÉTAMORPHOSE DE LA RÉALITÉ est également un roman épistolaire, mais les lettres écrites par Lea ne parviendront jamais à sa mère Elisabeth Potier puisque cette dernière est décédée.

Cette réalité est celle de Paris ou de sa banlieue à l’heure des attentats et du Bataclan. La mère de Léa,  enseignait dans un établissement difficile d’une cité du 9.3. A sa retraite, elle part en Allemagne comme préceptrice de la fille de richissimes industriels et visite un Musée de l’émigration. Nous revenons sur cette thématique de l’émigration.

A la suite des attentats, mère et filles rentrent à Paris

« La journée fut longue et héroïque. L’appareil-photo et le portable de maman recelaient une centaine d’instantanés magnifique, des foules denses, graves, la vie qui marche, la vie qui proteste, mais aussi des foules hébétées qui rasent les murs, qui se fondent dans le paysage. Il y avait dans l’air parisien comme une réminiscence de l’envers…Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé…et Paris occupé! »

J’ai préféré cette seconde partie qui traite plus du réel mais où des digressions sur l’esclavage et le colonialisme nous conduisent encore en Amérique.

La lectrice est accrochée. Ce livre très riche mais très confus me laisse une impression de ratage étrange et sympathique. Chaque chapitre est intéressant en soit. La construction est intelligente, le propos réfléchi. mais cela ne prend pas (comme on dit d’une mayonnaise). En revanche j’ai envie de relire La Métamorphose, le Désert des Tartare , Les Immortels d’Agapia et surtout Thoreau que je ne connais que de nom.

 

Elsa mon amour – Simonetta Greggio

LE MOIS ITALIEN/IL VIAGGIO

« Toutes mes clés sont dans mes romans. Que celui ou celle, qui tentera de raconter mon histoire le sache, hors de mes pages, mon existence n’est que commérage. Quelques détails, quelques goûts, quelques inflexions. Aborder l’histoire d’autrui n’est acceptable que dans la désinvolture oublieuse et amicale d’une partie de carte avec un inconnu » 

Les lectures communes permettent de s’échapper de la routine et d’aller vers des livres auxquels je n’aurais pas pensé.

Si je connais de nom Elsa Morante, je n’ai rien lu d’elle. Cette biographie me sert donc d’introduction et je me promets de lire au moins la Storia très prochainement. Cette biographie est-elle désinvolte, amicale ou commérage?

Elsa Morante et Moravia à Capri

De nombreux personnages, écrivains ou cinéastes,  apparaissent dans ce roman. Parfois furtivement, parfois ils ont droit à tout un chapitre et même plusieurs. Moravia, son mari est plutôt décrit comme compagnon d’écriture et de travail que comme amant ou mari. A la fin :  longue citation du Mépris, tel que Godard l’a filmé. Portrait vachard comme celui de Malaparte sous un jour peu flatteur.  Personnages mondains comme les  Agnelli, Virginia et Eduardo du temps du fascisme – personnages influents dans l’Italie d’alors. Avec beaucoup plus de tendresse : Anna Magnani,  Pasolini qui traverse le roman à nombreuses reprises. Très belle évocation de Leonor Fini. Plus équivoque, le personnage de Visconti avec qui Elsa a entretenu une relation plutôt univoque. Fellini, Pavese…combien d’autres? Toute une période de la vie intellectuelle italienne. Un peu « people » quand même. L’auteure a-t-elle évité l’écueil du commérage?

Histoire d’amour avec sa ville de Rome  où j’ai eu plaisir à y retourner :

« Je me suis souvenue à quel point ma ville est un Caravage, chiaroscuro, un miracle secret. Une intimité effarouchée, un baiser volé. Une ville habitée par des bêtes monstrueuses, mi-chevaux, mi-dauphins, animaux mythiques chers à mon âme. Je suis moi-même l’un des monstres sacrés de Piazza Navona….. »

Rome, bien plus que l’Italie, est ma patrie »

On peut aussi faire une lecture historique, s’intéresser au rapport entre les intellectuels et les puissants au fascisme, s’intéresser à la façon dont deux écrivains juifs (à moitié mais les Allemands ne faisaient pas dans la nuance) ont traversé la période de la guerre.

Bizarre! je me suis plus attachée aux comparses qu’à Elsa elle-même. Peut être parce que ces amis faisaient partie de sa personnalité?

elle écrit aussi

« Pourquoi croit-on que les écrivains écrivent, si ce n’est pour prêter leur voix à ceux qui n’en ont pas – qui n’en n’ont plus? »

Comme si l’évocation de ses amis étaient l’essentiel de sa vie? Il faut vraiment que je lise dans le texte!

 

 

Miro au Grand Palais

Exposition temporaire au Grand Palais jusqu’au 4 Février 2018

le carnaval

De Miro, j’avais des images d’étoiles, de figures un peu bizarres, surréalistes, de constellations sans  savoir vraiment d’où venait cette imagination. La rétrospective du Grand Palais nous offre un parcours chronologique qui permet d’appréhender toute la richesse de l’oeuvre du peintre catalan.

en 1915-1917, il se désigne comme un « fauve catalan » puis il reprend des codes cubistes tout en déclarant qu’il « briserait leur guitare »

Le cheval, la pipe et la fleur rouge

Dans le Cheval, la pipe et la Fleur rouge, il semble avoir assimilé les thèmes cubiste tout en affirmant son originalité, ses couleurs espagnoles, son goût des détails dans le tableau en médaillon en haut du tableau.

Ses racines, il les a plantées dans un village catalan Mont-Roig où il peint des oeuvre tout à fait originales, avec peut être une influence de miniatures persanes. C’est pour moi une découverte et probablement ce que j’ai préféré dans l’exposition

la ferme
miro : la freme

miro : la ferme 2
miro : la freme 3 (je ne m’en lasse pas!)

A côté de ses peintures détaillistes,  il fréquente à Paris poètes et écrivains et cultive un style surréaliste

Vous imaginez un pied? Et bien non c’est une main et un oiseau!

Quand on vient de voir les fermes détaillistes, les motifs très fins et minimalistes se comprennent comme une évidence. Sauf qu’il faut chercher l’oiseau, imaginer la femme. Tant de tableau s’intitulent Femmes et oiseaux! Rechercher les étoiles….

miro

Dans la même veine, j’ai beaucoup aimé ces animaux lièvre et chiens

Comme Picasso, Miro contribue au Pavillon Espagnol de l’Exposition de 1937. Ces œuvres reflètent l’inquiétude face aux crises et à la montée du fascisme.

lièvre

On retrouve les jaunes, ocres et rouges – couleurs espagnoles – malgré son exil à Paris.

chien

Des figures noires et grotesques font leur apparition

Miro ; je vois des constellations

De 1939 à 1941 Miro peint en Normandie ses constellations.

Après la guerre, Miro retourne en  Espagne, à Barcelone et Mont-Roig et dans son atelier de Palma de Majorque

Il expérimente la céramique et la sculpture et peint une oeuvre monumentale que j’ai moins appréciée.

 

Têtes de Maures – Didier Daeninckx

LIRE POUR LA CORSE

Un polar corse au retour d’Ajaccio!

Lecture parfaite pour rester au bord de la mer, à Porticcio où je me suis baignée, dans les villages de l’intérieur. Je me fais des films avec des images récentes.

Melvin Dahmani doit quitter Paris, se faire oublier. A la suite d’embrouilles et d’escroqueries, il reçoit une convocation au commissariat.En même temps, un curieux faire-part de décès d’un amour de vacances ancien, lui parvient, il décide de partir pour Ajaccio et d’assister aux funérailles.

Au cimetière, après l’enterrement,  il est victime d’une balle perdue. Lysia s’est-elle suicidée? Dans quelle affaire s’est-il embarqué? Un cahier caché par Lysia fait référence à des histoires anciennes remontant au décès de deux petites filles en 1931. Le livre est rythmé par des brèves de Corse-matin datées de juin 2012, faisant état de nombreuses fusillades, d’accidents suspects, exécutions, plasticages….climat de violence!

Melvin Dahmani cherche à élucider le mystère de la mort de Lysia . Il rencontre sa famille, des témoins, un peintre sympathique et bien bavard pour un Corse, une séduisante journaliste….. Il mène un curieux « tourisme funéraire » .

Mais je ne vais pas spoiler!  C’est un peu rocambolesque, un peu compliqué! A vous de le lire!

Basquiat à la Fondation Vuitton

Exposition temporaire jusqu’au 14 janvier 2019

C’est une exposition très riche :  les tableaux sont grands, colorés, très nombreux. On pourrait déambuler sans chercher à comprendre, seulement séduit par les couleurs, les motifs variés, les textes (ou plutôt listes de mots) comme des rébus ou des messages secrets. Et cela suffirait sûrement à notre plaisir!

Nous avons eu la chance de suivre des micro-visites gratuites (15 minutes dans une salle) avec un médiateur passionnant qui nous a donné des clés pour comprendre l’intention, le message (un des messages) contenus dans les tableaux.

irony of negro police

 

On reconnait bien sûr la préoccupation majeure de Basquiat : le racisme et la violence que subissent les noirs de la part de la police éventuellement. Plusieurs tableaux représentent des policiers, leurs insignes, les symboles de l’Etat Américain….

les tableaux de Basquiat contiennent de nombreux mots, onomatopées, lettres. On peut imaginer que cette peinture est bruyante. Cependant les bouches des noirs sont souvent verrouillées par des cages, symbolisant l’esclavage ou le silence qui leur est imposé.

Autre motif récurrent : l’auréole qui surmonte les têtes, auréole des martyres ou couronne d’épine du Christ. Le boxeur est aussi un personnage que Basquiat affectionne, représenté parfois uniquement avec son short.

Per capita
per capita

Dans ce tableau « per capita’ on reconnait le boxeur à son short, l’auréole, « ex pluribus… » est le début de la devise américaine mais il manque « unum » l’unité, les noirs, la diversité ne seraient ils pas compris dans ce « pluribus« . Per capit& par tête introduit la lise de revenu brut par habitant selon les Etats des USA ,  on voit la différence entre les états peuplés de nombreux noirs, ce tableau dénonce la spéculation initiée par Reagan qui augmente la pauvreté et les inégalités. Dans un quadrillage des S peuvent symbolise Sugar ou Sacks(de coton) et les échanges commerciaux. La torche peut être celle de la Statue de la Liberté que voient les immigrants en arrivant à New York, elle peut aussi être la torche olympique de Jesse Owens, premier sportif noir médaillé olympique. Quelle richesse dans le contenu de cette toile. Et nous aurions pu passer sans rien voir d’autre que des graffitis ou des couleurs sans l’intervention du médiateur!

Zydeco 1984

Triptyque comme un retable d’église, à la limite de la sculpture : référence à la musique. Les allusions à la musique sont nombreuses!

Not for sale

L’esclavage est clairement le thème du tableau : le bateau doré au centre : traversée transatlantique puis le marchand d’esclave avec la mention « not for sale »

Encore un triptyque, retable, en plus des symboles chrétiens, on voit des masques africains et Ogun le dieu Yoruba qui est aussi vénéré dans le vaudou d’Haïti (le père de Basquiat était haïtien), on voit aussi des motifs avec les bras en l’air courants en Afrique de l’Ouest et toujours des graffitis qu’il faudrait prendre le temps de lire et de déchiffrer.

Dos Cabezas : Andy Warhol et Basquiat
Andy Warhol et Basquiat

 

Ces deux portraits ont été peints en 1h30! et inaugurent une collaboration entre Warhol – star de la peinture new-yorkaise et de Basquiat qui ont peint ensemble, exposé ensemble. Cette association s’est mal terminée, chacun pensant que l’un tirait profit de l’autre.

Riding with death (1988)
Riding with death (1988)

Un des dernier tableaux de l’artiste, ne rien voir de prémonitoire. Basquiat est mort d’overdose mais il avait encore plein de projets, entre aute ce nouveau style avec un fond uni!

Nous avons passé plus de trois heures dans l’exposition sans nous ennuyer ni nous fatiguer! Passionnant! Mais il faut avoir les clés pour déchiffrer les messages.

Sentier des douaniers jusqu’au Petit Capo – Grand Capo – Golfe de Liscia

CARNET CORSE

D’après le Guide Evasion 2h30 jusqu’au Grand Capo AR 7km.

Comme une petite route rejoint le Petit Capo nous nous y donnons rendez-vous. La balade est facile, pas de marquage mais un seul sentier, le plus souvent une entaille dans les lentisques ou les buissons couverts de salsepareille. Un petit sommet fait de l’ombre sur le chemin le matin. Les joggers et des cyclistes sont nombreux le dimanche. Quelques cabanons sont construits sur le Petit Capo. La plage n’est pas très belle, ce n’est pas l’heure pour la baignade et la paillote a déjà tout vidé pour la fermeture annuelle.

sur le chemin vers Petit Capo

Nous reprenons la voiture pour Grand Capo par Pisinale sur le goudron et ensuite sur de grandes pistes qui vont aux paillotes. Chaque paillote a son grand parking ; à 11h ils sont déjà complets. C’est un spot de surf, il y a de belles vagues ce matin, impossible de se baigner.

beaucoup de vagues aujourd’hui

Nous décidons de chercher une autre plage et un joli restaurant. La petite route vers Saint Antoine traverse un vallon herbu avec des vaches et des balles de foin emballées dans du plastique ; elle gravit ensuite une montagne escarpée et nous nous retrouvons à l’arrière d’Ajaccio. D’après la carte, j’aurais aimé trouver la D61 pour Alata qui passe au pied du château et qui relie le Golfe de Lava. Une fois arrivées au pied des immeubles d’Ajaccio, impossible de naviguer à la carte. Le GPS prend le relai et nous ramène sur les grands axes dans les carrefours de la rocade entre les grandes surfaces commerciales et autres horreurs urbanistiques.   Nous quittons Ajaccio sur la route de Cargèse (D81) qui s’élève jusqu’au col de San Bastiano après une montée interminable et d’une descente aussi interminable.

La petite route marquée Ancone et Pevani longe la longue plage d’Orcino bloquée par les installations du Club Marmara puis ouverte un peu plus loin. Sur la plage deux restaurants : le Malibu mieux situé, aïoli au menu, mais accueil très moyen, Les Tamaris en retrait de l’autre côté de la route, pizzas moules et poissons.

Je joue un peu avec les vagues, pas très rassurée. Derrière les crêtes des vagues je peux nager confortablement. Nous commandons deux pizzas, gigantesques et délicieuses. Les serveurs sont charmants. Comme nous sommes bien incapable de terminer les pizzas, la serveuse apporte une boite en carton et emballe les restes. Dîner assuré !

Deuxième baignade, moins de vagues et surtout plus de baigneurs y compris de très jeunes enfants qui me rassurent. Je prends beaucoup de plaisir.

Porticcio, l’Isolella, Coti-Chiavari, Capo di Muro

CARNET CORSE

punta di sette nave

excursion  du sud du Golfe d’Ajaccio.

Il faut traverser la ville sur le bord de la mer puis se diriger vers l’aéroport et longer les pistes, on arrive ensuite à Porticcio. La plage d’Agosta nous a tenté pour une longue baignade face à l’hôtel Radisson. Eau tiède pour ce premier jour d’automne, j’ai le plaisir de nager avec deux ou trois gros poissons que j’observe sans masque ni tuba.

Nous faisons le tour de la presqu’île de l’Isolella à la recherche du sentier qui mène à la Tour génoise. Cette presqu’île est pittoresque mais beaucoup construite. Il faut guetter les échappées entre murs et haies qui cachent la mer. Par hasard, nous arrivons à la Punta di Sette Nave où des rochers granitiques sont – d’après une légende – sept navires envahisseurs pétrifiés. Des canoës et kayaks se faufilent entre les rochers d’un véritable chaos qui ferait penser à la Bretagne ou à la Sardaigne. Un gros zodiac libère des plongeurs en combinaison. Je découvre des criques minuscules puis monte à la tour en très (trop) bon état.

Tour génoise de l’Isolella

En quête de pique-nique, nous allons au « marché corse » de Pietrosella où le charcutier nous découpe un assortiment de charcuteries, jambon, coppa, saucisson avec du fromage de brebis vraiment très, très fait, même très fort.

Où pique-niquer ?

La plage d’Argent est vraiment très belle avec son sable blanc. Des panneaux préviennent que des « vaches sauvages » peuvent y divaguer et qu’il ne faut pas les approcher.

Eucalyptus

Nous préférons nous enfoncer dans la forêt de Coti-Chiaravani sur les flancs de la montagne. Sur les bords de la route, les eucalyptus ont des troncs d’un diamètre impressionnant, qui s’épluchent en rubans qui pendouillent comme des serpentins d’une saint sylvestre passée…Leurs branches ont une envergure extraordinaire. Ils parfument l’air.

Pénitencier de Coti-Chiavari

Nous nous installons en face du pénitencier de Coti Chiavari , pénitencier agricole construit sous Napoléon III à la place de l’établissement construit du temps de Gènes. Les bâtiments rénovés (hangars à foin) sont impressionnants, les constructions annexes sont plus énigmatiques comme ce haut campanile ou une construction ovale (une citerne ? un magasin ?) Le Guide Evasion fait état d’une mortalité inouïe parmi les prisonniers (110 en un an sur une population carcérale de 500), en raison du paludisme et du travail très dur.

Penitencier bâtiment énigmatique

La route qui monte en lacets serres passe dans une forêt dense de chênes lièges (exploités pour le liège). Les 5 km indiqués sur la care paraissent interminables.

Le petit village de Coti-Chiavari (581m altitude) a construit une belle terrasse face au Golfe d’Ajaccio. Un peu plus loin, perchée sur la colline, la petite église a un clocher de granite.

église de Coti-Chiavari

Nous poursuivons la route jusqu’au Capo di Moru qui ferme le Golfe d’Ajaccio et qui porte encore une tour génoise. Le vent s’est levé, les vagues battent les rochers. J’aurais aimé me baigner à la Plage des sables d’Argent . Impossible de nager, seuls les surfeurs sont à la fête. Je m’amuse un moment debout contre les vagues puis renonce.

Pascal Paoli – Antoine-Marie Graziani

LIRE POUR LA CORSE

buste de Paoli à l’Île-Rousse

Dès qu’on débarque en Corse, deux personnages sont « incontournables » (je déteste ce mot mais il convient ici) : Pascal Paoli et Napoléon Bonaparte. J’ai cherché un livre d’histoire sur Paoli et celui d’Antoine-Marie Graziani existe en format numérique ce qui est bien pratique pour la voyageuse.

C’est un ouvrage sérieux, très (trop?) détaillé. J’ai parfois peiné dans la lecture de tous les détails de querelles entre des personnages dont je n’avais jamais entendu parler et que je ne rencontrerai sans doute plus.

J’ai beaucoup apprécié le rappel d’Histoire des Idées Politiques de Tite-Live à Machiavel, de Montesquieu à Rousseau. Paoli est un politique, un général, mais surtout un personnage des Lumières. Son action s’inscrit, avant la Révolution Française et même avant l’Indépendance américaine, dans la mouvance des Encyclopédistes. Ce n’est pas un hasard s’il a commandé une Constitution à Jean-Jacques Rousseau. En revanche, Voltaire endosse un mauvais rôle en caressant Choiseul dans sa lutte contre les paolistes!

Histoire de la corse et équilibres géopolitiques : 

Depuis le Moyen-Âge, la Corse est une île trop petite pour être vraiment indépendante. Elle s’est trouvée sous la protection de Pise, puis depuis le 13 ème siècle de Gênes. La gestion de la République de Gênes fut pendant des siècles calamiteuse. Depuis 1729,  des révolutions contre Gênes se sont succédé à la suite du prélèvement inique des impôts. Gênes a fait appel à l’empereur Charles VI, et envoie des mercenaires allemands en 1731.

En 1736 « un roi de carnaval« , Théodore de Neuhoff débarque d’un tout petit bâtiment, et se fait sacrer Roi de Corse. Son règne éphémère mis en scène par Voltaire dans Candide au Carnaval de Venise.

 

Gênes se retourne ensuite vers le roi de France et signe un accord secret en 1737. En 1738, un corps expéditionnaire français débarque à Bastia.  De leur côté, les Corses et Paoli cherchent la protection d’abord du Saint Siège et même de Malte, se tournent un moment vers l’Espagne. Il faut se rappeler que l’Italie est encore une mosaïque avec des équilibres subtils entre la Papauté, l’Espagne, l’Autriche et les Bourbons de Sardaigne.

L’Angleterre entre aussi dans les alliances. En 1743 sa flotte attaque Bastia.

Les luttes des Corses contre l’occupation génoise dure des décennies

« Cette représentation des Corses comme les héritiers des vertus classiques, et les défenseurs d’une cause juste, sera reprise par Jean-Jacques Rousseau, et les esprits libéraux et éclairés d’Europe jusqu’en 1768″

 Paoli :

Exilé à Naples avec son père,   il a servi  dans le régiment Corsica du Roi de Naples. Il étudie à Naples, lit Montesquieu, s’intéresse à la franc- maçonnerie. En 1755, il rentre sur son île.

Je me suis un peu perdue dans les événements décrits avec minutie par Graziani qui n’épargne aucune intrigue entre les protagonistes corses et les rivalités des familles et qui mêle au récit du retour de Paoli une analyse de ses idées politiques. Paoli arrive en Corse porteur d’un projet solide pour la constitution d’un Etat. en Aout 1755 il écrit :

« Ce peuple au cours d’une assemblée générale unie juridiquement, a décidé de m’obliger à abandonner mon service pour que je gouverne, il m’a concédé plus d’autorité que n’en aurait voulu avoir aucun roi de Corse parce que le décret n’a aucune limitation »

Le préambule de la constitution corse de 1755 évoque celui de la future Déclaration d’indépendance américaine : « la Diète générale représentant le peuple de Corse – seul habilité à décider légitimement de ses destinées – convoquée selon les formes dans la cité de Corte par le général.... »

« En 1764, il parlera à Salvini d’un grand projet constitutionnel et s’il présentera à Symonds quatre réformes qu’il veut voir instituer dans son île : abolition de la torture, la nomination à vie des juges de la Rota civile, l’introduction des procédures anglaises du cautionnement et du système du jury »

Le pays est divisé, Pascal Paoli doit lutter contre des factions. On assiste à une véritable « guerre civile » ou une « vendetta » à grande échelle. Paoli fut confronté à la pauvreté de la communauté insulaire et n’était pas toujours à même de payer ses soldats. Les réalisations de Paoli sont impressionnantes, entre autres la création d’une université, d’une marine, y compris pour la course, développement du port de l’Île Rousse et même l’introduction de la pomme de terre…

Là, je décroche un peu dans la lecture…les dissidences corses, les différentes consulte m’embrouillent. Les relations avec le Saint Siège sont également compliquées. Il faut être plus au fait de l’histoire corse pour suivre sans difficultés.

Un anglais, Boswell, introduit justement auprès de Paoli, en 1765, après une visite chez Rousseau se fera le chantre de cette lutte et de son champion Paoli.

Par le Traité de Versailles, le 15 mai 1768, Gênes cède la Corse à la France à la condition très révélatrice : « que jamais la Corse ne puisse devenir souveraine et indépendante ni posséder aucune place ou établissement maritime, ni être en état de causer préjudice à la navigation ».

J’ai eu du mal à comprendre la véritable nature des relations de Paoli avec Marbeuf et Choiseul et de suivre les batailles de Borgo et à Ponte Novu; encore plus les division des Corses entre « parti français » et paolistes.

Après la défaite de Ponte Novu (1769), c’est l’exil de Paoli et de ses partisans, par l’Italie et jusqu’en Angleterre où Paoli reste 22 ans, accueilli comme le « Thémistocle de notre siècle ». 

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Paoli ne sera rappelé  en Corse qu’après la Révolution de 1789. Les rapports entre Paoli et les révolutionnaires sont aussi compliqués. Cette histoire est passionnante. Au début, les rapports sont bons « Le mentor de Paoli à Paris est La Fayette[…]belle image sans doute que de voir le héros de la liberté corse aux côté du héros français de l’indépendance américaine! »

Paoli sait qu’on l’a fait venir en Corse pour rétablir l’ordre. Au début il est accueilli par un immense succès.Il est ensuite fragilisé par les divisions des Corses puis la situation politique se brouille, les « intriguants » envoient des doléances à la Convention fin 1792. Une expédition en Sardaigne est une catastrophe qui contribue à pourrir la situation. L’arrivée de volontaires « Marseillais » à Ajaccio  en 1793« anarchistes semant la terreur » provoque une presque guerre civile. La calomnie atteint Paoli qu’on soupçonne de prendre le parti de l’Angleterre, même de vouloir se faire roi. On cherche à le piéger en l’attirant en métropole. Lucien Bonaparte, lui-même dénonce Paoli à Toulon, « Paoli est la victime des affrontements entre Montagnards et Girondins’.

Tandis que les royalistes corses prennent contact avec l’Angleterre, Paoli reste d’abord fidèle aux républicains mais quand Paoli se trouve « hors la loi », « traître à la République française » il fait sécession, récupère ses couleurs et se considère sous la protection de la Grande Bretagne.

la Corse en 1793 est redevenue indépendante.  en 1794, les anglais débarquent . Devant Calvi l’amiral Nelson perd son oeil gauche.

A nouveau l’exil…Paoli termine sa vie en Angleterre…

Malgré des longueurs et des passages embrouillés pour la non-spécialiste que je suis, j’ai été passionnée par l’étude de l’Histoire des idées politiques, et les rapports entre Paoli et la Révolution de 1789.