les chevaux de feu – Sergei Paradjanov (DVD)

TOILES NOMADES

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Emprunté à la médiathèque parce que je voulais entendre du Russe.  Pas de chance c’est en ukrainien! De plus, il se déroule dans le pays houtsoule, dans les Carpates, plus proche de la Roumanie que des steppes de l’Asie Centrale que je m’apprête à visiter.

Depuis longtemps, j’avais envie de visionner ce chef d’oeuvre. A Erevan, un musée est consacré à Paradjanov, cinéaste arménien. N’ayant vu aucun de ses films, nous avions négligé cette visite et maintenant, je le regrette.

Les chevaux de feu

 

les chevaux de feu2 L’histoire,  version de Roméo et Juliette, ne m’a pas spécialement captivée. En revanche, les images m’ont bluffée. Certains cadrages, très recherchés, sont stupéfiants. Bois, eau, terre, mousse sont photographiés de façon merveilleuse. on aimerait s’attacher encore plus longtemps à chaque image.

 

Pour autant ce n’est pas un film statique, au contraire, on est entraîné dans les fêtes villageoises, dans les rondes des masques au creux de l’hiver, dans les courses effrénées dans la montagne. Le montage se fait au rythme de la course de ces chevaux de feu.

les chevaux de feu 2

 

Film ethnographique, sur les costumes colorés de ces paysans houtsoules, de leurs cérémonies, mariage, funérailles, fenaison. Peut-être? Sorcellerie aussi.

Ce film est d’une grande richesse.

Lire aussi ICI les critique des Inrock

paradjanov
affiche du film consacré à Paradjanov

 

 

Andrei Roublev – Tarkovski (DVD)

TOILES  NOMADES

andrei roublev nativité

 

J’avais envie de mettre à l’épreuve ma méthode « Le russe tout de suite! » que j’étudie avant de m’envoler pour Tashkent.

Quoi de mieux qu’un film en VO?

Et, en plus, un chef d’oeuvre qui tombe à pic.

andréi roublev

A pic: parce que c’est Pâques et qu’en pays orthodoxe cette fête est particulièrement spectaculaire. La Passion d’Andrei qui se constitue un  épisode du film est de saison. Aussi parce que je suis en train de lire la biographie de Tamerlan : le film se déroule en 1400, quelques années après que Tamerlan ne poursuive la Horde d’Or jusque dans l’Oural et les plaines de Russie. l‘invasion des Tatars m’a fait penser à ces hordes nomades.

andreiroublev enfant coq

Point n’est besoin de prétexte pour visionner ce film magnifique. Seule précaution : consacrer 3 bonnes heures  si on veut voir les bonus du DVD.

Le prologue est un épisode étonnant: l’envol d’un ballon au 18ème siècle  préfigure l’ascension de la cloche à la fin du film. La suite du film se déroule au tout début du 15ème siècle. Scène de baladins, plutôt farce. On fait connaissance ensuite avec les 3 peintres d’icônes qui ont vraiment existé : Théophane le Grec, Cyrille et André Roublev. les épisodes se succèdent sans qu’on fasse vraiment le lien entre eux. Étonnante Passion dans la neige, scène païenne où les paysans se baignent nus, invasion des Tatars…Chaque séquence est magnifique, chargée de symboles et de réflexions sur la création, la peinture d’icônes, la transcendance.

L’histoire de la cloche semble coupée des histoires qu’on vient de voir où les peintres et les moines étaient les protagonistes. L’enfant ayant échappé à la peste, semble sorti de nulle part. Encore ici, une réflexion à la création mais cette fois-ci il s’agit d’artisanat, presque d’industrie quand on voit le métal en fusion s’échapper des creusets.

Quand la cloche est finie, Andrei Roublev   réapparaît. L’enfant épuisé lui redonne la parole et le désir de peindre à nouveau.

Andrei roublev annonciation

 

 

On croit  que l’histoire est finie.La couleur éclaire l’écran alors que le film était en noir et blanc, la caméra s’attarde longuement sur les icônes  en un final merveilleux.

 

Film historique, surtout réflexion sur la création de l’artiste, les exigences morales, la foi nécessaire..

 

 

 

 

 

Patrick Leigh Fermor : The Broken Road

LE VOYAGE EN ORIENT

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Une nouvelle édition rassemblant les trois récits du voyage de Fermor de Londres à Istanbul vient de paraître!
J’ai lu le Temps des Offrandes et  Entre Fleuve et Forêt il y a bien longtemps. j’attendais la suite depuis des années.

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Patrick Fermor – 18 ans – est parti de Londres en décembre 1933 à pied vers Constantinople.
Fermor est décédé en 2011.

Surprise : en 2013, la fin du voyage est enfin parue : The Broken Road

J’ai choisi de la télécharger en anglais sur ma liseuse. Je préfère lire en VO, même si le texte est littéraire et comporte tout un vocabulaire choisi que je ne possède pas. Magie de la liseuse : je clique et les dictionnaires m’aident.
c’est donc une lecture, lente, savoureuse, jubilatoire.

Fermor quitte la Serbie et les Portes de Fer, arrive à Sofia.

Rila
Rila

Au monastère de Rila il fait connaissance avec une étudiante de son âge qui l’invite à Plovdiv. Puis, il  marche dans la campagne, entre dans une épicerie à Tarnovo, le fils est étudiant également, ils sympathisent. De Routschouk – ville natale de Canetti – il traverse à nouveau le Danube et rejoint Bucarest où il est reçu dans la meilleure société…puis longe la Mer Noire et arrive pour la nouvelle année à Istanbul, dont nous n’apprenons presque rien.
Le périple n’est pas terminé puisqu’il se poursuit au Mont Athos.
C’est un livre de randonnées, Fermor raconte ses aventures. il raconte surtout ses rencontres.
De la haute société de Bucarest, francophone, proustienne et snob il passe à une grotte occupée par des pêcheurs grecs et des bergers bulgares avec leurs troupeaux avec le même bonheur – et pour le nôtre! Nous ferons enfin connaissance avec des moines russes, bulgares ou grecs…

 

Mère et fils de Călin Peter Netzer (Roumanie)

BUCAREST/PARIS

Film très noir.

Qu’est-ce qui est plus tragique? Les rapports entre Cornelia, la mère possessive sexagénaire, et son fils, Barbu 34 ans veule qui tente de  s’en affranchir mais se laisse entretenir. Ou l’accident où meurt un gamin de 14 ans, heurté par Barbu qui conduisait à grande vitesse à l’entrée d’une agglomération.

Cornelia, architecte, décoratrice, scénographe et sa sœur, médecin vont contacter toutes leurs relations pour éviter à  Barbu un procès pour homicide. Ces bourgeoises dans leur manteau de fourrure sont confrontées à des campagnards modestes. Opposition de deux milieux. Arrogance des deux bourgeoises qui téléphonent à des gens connus dans le commissariat. Corruption à tous les niveaux.  Les policiers ont l’air honnête, mais à la deuxième entrevue le policier trouve qu’une architecte pourra peut-être intervenir dans le permis de construire sur le bord d’un lac. Acheter un  témoin paraît facile, pas tant que cela, le témoin demande une somme folle! Cornelia espère par toutes ces manœuvres regagner son emprise sur son fils….

Peu d’espoir, pas de tendresse dans les rapports familiaux, très oppressants.

Seule leçon de dignité: chez les parents de l’enfant décédé. Douleur.

Ce n’est pas franchement un divertissement mais les acteurs sont tous excellents, , ils jouent juste. Film bien très construit. Une tragédie dans la Roumanie d’aujourd’hui.

Les noix confites, une recette venant de Roumanie

BUCAREST/PARIS

Dans cette rubrique, je laisse la parole à George qui commente souvent mon blog.

 

Chez nous, les noix sont récoltées au début du Juin. C’est pourquoi je ne peux pas vous conseiller quand vous pouvez les récolter dans votre région..Cela dépend du climat(Par exemple: Ici nous sommes autour de la “parallèle 35” ), En tout cas, on les récolte avant que la coquille  ne commence à durcir, quand elles ont un diamètre de approx. 2 ou max.3 cm. Et il ne faut pas cueillir les noix et les laisser/oublier dans un coin en pensant que vous n’avez pas du temps et/ou que vous pouvez les préparer seulement après quelques jours. Il faut réserver du temps suffisant, pour commencer et finir tout ce processus de préparation. Si non, c’est mieux de abandonner et attendre l’année prochaine.

 

Il faut utiliser seulement des noix que vous avez cueillies vous-même et pas des noix que vous avez

achetées n’importe ou(au marché supermarché, etc.).

 

Ingredients:

 

100-120 noix vertes

1 kg sucre

1 citron

3 tasses d’eau(1 tasse=250 ml)

2 sachets de sucre vanille

 

Après cueillir, on introduit tous les noix dans un vase , en eau froide et on les garde ici pour 24 heures.

 

On change l’eau froide à chaque 4 heures (6 fois).

 

On met des gants de cuisine pour protéger les mains; si non, la coquille verte des noix va laisser sur les mains une couleur  presque noire qui n’est pas facile à enlever tout de suite.

 

Avec un couteau on enlève très bien toute la partie verte de chaque noix jusqu’au moment quand on arrive à la partie blanche. Après finir de peler chaque noix, on la jette dans un autre vase avec de l’eau froid. Après peler et jeter la dernieère noix (No. 100 ou 120 , ha, ha !! – c’est le moment quand je dis souvent que je veux abandonner!) dans l’eau froide, on met dessus une assiette ou quelque chose similaire qui doit être lourd, pour maintenir toutes les noix, en permanence, dans l’eau (si non, les noix qui ne sont pas complètement couvertes par l’eau vont devenir noires et bonnes à jeter à la poubelle).

 

Les noix doit rester dans l’eau froide  jusqu’au lendemain matin(si, par exemple, nous avons commence toute cette activité ce soir). Mais  jusqu’au lendemain matin il faut  continuer à changer l’eau froide (3 ou 4 fois).

 

Enlever complètement l’eau froide et introduire tous les noix en eau bouillante pour 15 minutes.

 

Mettre à part(En: “set aside”) la vase avec le noix, préparer un autre vase avec de l’eau bouillante.

 

Jeter l’eau ou les noix ont bouilli pour la premiers fois et introduire ces noix dans l’autre vase avec de l’eau bouillante pour 15 minutes.

 

Mettre à part la vase avec le noix, préparer un autre vase avec de l’eau bouillante.

 

Jeter l’eau ou les noix ont bouilli pour la première fois et introduire ces noix dans l’autre vase avec de l’eau bouillante pour 15 minutes. (En total, 3 opérations similaires).

 

Enlever l’eau chaude et plonger tous les noix en eau froide, qu’on l’enlève 2 ou 3 fois jusqu’au moment quand nous avons déjà préparé le sirop.

 

Pour le sirop on utilise de l’eau et du sucre: la préparation du sirop est fini quand une goutte de sirop reste en forme presque ronde sur une surface, sans se dissiper…

 

On enlève l’eau froide et on introduit tous les noix dans ce sirop et on les laisse bouillir a un feu réduit  pour 10-15 minutes et apres ca on agrandit la flamme jusqu’au moment quand on considère que c’est cuit.

Pendant ce dernier process, c’est une “mousse” presque blanche qui se forme… Il faut l’enlever, mais il ne faut pas la jeter , car ca c’est tres bon a manger.

Avant la fin de tout le process on ajoute le jus du citron et/ou une tranche de citron, on laisse bouillir un peu.

 

Après enlever tout et éteindre le feu, on ajoute le sucre vanille.

 

On laisse tout refroidir et on introduit toute la quantité dans des pots propres et secs.

Toute ma vie, j’ai appelé l’activité de préparation de la recette dans la cuisine : « Le cirque » : escalade dans le noyer, sélection et « pick up » rapide de chaque noix; chaque fois, les mains étaient presque noires à cause de la coquille verte des noix  et après çà: toute la jonglerie (autour de la cuisinière) avec les vases pleines de l’eau froid ou « hot » …

ma contribution à ce billet est uniquement l’ajout d’accents qui ne figurent pas sur le clavier roumain de George. J’ai laissé les tournures roumaines pittoresques

 

Minuit à Serampore suivi de Le secret du docteur Honigberger de Mircea Eliade

LIRE POUR L’INDE OU POUR LA ROUMANIE?

 

Deux nouvelles.
Minuit à Sérampore : trois spécialistes de religions indienne se réunissent dans un bungalow près de Calcutta. Sur le chemin du retour, une nuit un cri d’horreur déchire la nuit….Je suis peu attirée par la littérature fantastique ou d’horreur, cependant Mircéa Eliade a su m’entraîner et me séduire. A lire!

Le secret du docteur Honigberger se déroule à Bucarest. Le narrateur, de retour d’Inde est appelé à étudier les papiers d’un érudit disparu qui retraçait la biographie du Docteur Honigberger, un aventurier. La nouvelle commence très bien. Malheureusement, Eliade(spécialiste des religions indiennes) s’appesantit sur les théories ésotériques et sur les arcanes du yoga et on perd de vue l’érudit disparu et surtout l’aventurier.

Neiges d’antan – Gregor Von Rizzori

LIRE POUR LA ROUMANIE OU L’UKRAINE?

Roman familial autobiographique.

Curieuse construction que cette autobiographie racontée en cinq portraits où l’auteur met l’éclairage sur un personnage différent : Kassandra, la nourrice paysanne houtsoule ou roumaine, la mère, aristocrate autrichienne, prisonnière des conventions de l’époque, jouant le rôle de la mère soucieuse de l’hygiène et de l’éducation de ses enfants, puis divorcée épousant les idéaux féministes, mais toujours conventionnelle, le père, fonctionnaire de la double monarchie, chasseur, mais aussi artiste, la sœur décédée jeune, complice rieuse du narrateur, Strausserl, la préceptrice. Un curieux épilogue est consacré au sixième personnage du livre : la ville de Czernowitz, capitale de la Bucovine, Autrichienne avant la Première Guerre Mondiale, Roumaine entre les deux guerres, Ukrainienne maintenant.
L’histoire de ce roman kaléidoscope commence à la naissance de l’auteur en 1914 à la fin de la seconde guerre mondiale. Famille attachée à ses racines, à ses propriétés en Bucovine mais aussi errante, réfugiée à Trieste pendant la Grande Guerre, le plus souvent en Autriche à Vienne, en Transylvanie, à Bucarest. Chaque portrait complète le précédent. Chaque personnalité s’avère plus complexe que dans le regard du personnage précédent. le père décrit par la mère comme un original, un chasseur brutal, un butor, un fou, est particulièrement déroutant, anticonformiste.
Ces analyses psychologiques très poussées me font penser aux romans de Schnitzler ou de Zweig, Rizzori n’ignore rien de Freud, même s’il le critique. Mais c’est surtout l’histoire de la Bucovine qui m’a passionnée. Bucovine, duché cédée à l’empire austro-hongrois en 1775 par la Sublime Porte, envahie plusieurs fois pas les troupes russes, sous contrôle roumain entre1919 et 1940, rattachée à l’Union soviétique par l’accord Ribbentrop- Molotov, partagée maintenant entre la Roumanie et l’Ukraine.


C’est Rumiz, dans son Voyage aux Frontières de l’Europe, qui m’a donné envie de lire von Rizzori, racontant cette Europe d’avant 1914 où l’on pouvait sans passeport voyager des confins de la Galicie ou de la Bucovine jusqu’à Trieste.

… »Avec la fin de l’Autriche-Hongrie impériale-et-royale, c’était comme si ce fut éteinte une lumière qui avait alors nimbé . Un nouvel âge du monde avait nos jours d’une lumière dorée. Nous n’étions pas les seuls à être concernés. Un nouvel âge du monde avait commencé…« 

Bucovine, Galicie, qui se souvient de ces provinces ? Quand construire des chemins de fer en Bosnie ou dans l’Herzégovine était une aventure comparable aux recherches des sources du Nil…. Mosaïques de populations cohabitaient à Czernowitz, manteau d’Arlequin que le parler de Kassandra qui mélangeait le Roumain, le Ruthène, l’Allemand, le Yiddish, multiplicité des croyances aussi : Autriche catholique, Roumanie orthodoxe, Saxons protestants, Juifs, mêmes théosophie, spiritisme…Richesse d’un monde disparu:

« On a attribué à l’esprit de Czernowitz à la juxtaposition et au mélange des populations tout à fait unique qu’on rencontrait en Bucovine, à leur compassion portée à l’extrême dans la capitale , à la fécondation culturelle et au polissage des mœurs  qui résultaient de tous ces contacts, à l’exigence et à la nécessité constante de s’adapter , de penser vite et de réagir de manière appropriée, ce qui, surout pour les juifs, constituaient un besoin vital… »

 

Venu du Temps Dièse – Bogdan Suceava

LIRE POUR LA ROUMANIE

Bucarest, 1993. Peu de temps après la chute de Ceausescu.

« On attendait tous quelque miracle. Tu te rappelles les années quatre-vingt avec tous leurs secrets et leur histoire  jamais  dite? »

Vespasien Moïse né avec une marque bizarre sur la poitrine – la carte de Bucarest – devient le Maitre d’une secte un peu étrange qui rassemble toutes sortes d’originaux et de paumés, un savant le docteur Arghir qui explique tout en terme de vibrations, un professeur d’histoire le Docteur Diaconescu, un Troubadour, rock ou folk, un riche homme d’affaires, des marginaux….Les théories les plus farfelues co-éxistent avec le miracle d’une lotion capillaire, l’hypothèse d’un astre jumeau du soleil, celle que le Roumain, la langue la plus ancienne, vieille de 7000 ans, est une sorte de code ésotérique et médical….

Si l’histoire contemporaine roumaine, la transition entre le régime communiste et le capitalisme, m’intéresse beaucoup, les élucubrations mystiques des sectes m’ennuient profondément. Si le livre ne m’avait pas été offert dans le cadre de la Masse Critique par Babélio, j’aurais sans doute refermé le bouquin après une trentaine de pages. Une critique est attendue, il me faut donc persévérer. Et je ne l’ai pas regretté.

Livre de Bucarest, comme Moscou pour le Maitre et Marguerite. Pourquoi ai-je pensé à Boulgakov? sans doute à cause du chat-espion. Mais Boulgakov est un génie tandis que Venu du temps Dièse est un peu laborieux pour le lecteur étranger. J’aime lire la littérature étrangère dépaysante. J’ai plaisir à convoquer mes souvenirs de notre passage à Bucarest. J’ai également conscience de passer à côté de l’essentiel du livre. De très nombreuses notes en bas de page expliquent les intentions de l’auteur qui détourne ironiquement les écrits des poètes roumains célèbres ou des hommes politiques. Évidemment, cet aspect n’est pas accessible au lecteur non-roumain.

Est-ce un témoignage du post-communisme en Roumanie, comme l’affirme le 4ème de couverture? Les sectes, les fascistes, les satanistes, les stéphanistes( partisans du Roi Étienne 1757-1504, ressuscité pour l’occasion. )…. ont-ils existé, se sont-ils castagnés, comme le raconte le roman ????

Est-ce plutôt une allégorie délirante, une bouffonnerie, sortie de l’imagination fertile de l’auteur? Je suis bien incapable de discerner l’exagération hénaurme de la critique ciblée. Les seuls personnages doués d’une sorte de rationalité sont les  policiers chargés de la surveillance des sectes et autres mouvements politiques. Ne sont-ils pas les héritiers de la terrible Securitate?

J’ai cherché à comprendre le titre du livre Venu du temps dièse. Ce n’est que dans le dernier chapitre, en épilogue avec l’arrivée d’un nouveau prophète ….« arrivé dans la ville à dos d’âne, et la population de Bucarest l’a aimablement reçu avec des rameaux d’oliviers et de laurier, avec du pain et du sel[….]Il nous venait de loin, d’un monde perdu, du temps dièse de nos sens blessés, béants, sur-aiguisés. Le voilà maintenant nous parler de la Roumanie des années trente, de gloire et de liberté; de notre victoire en tant que nation et de nos droits en tant qu’individus….. »

Et le temps dièse sera encore pour moi un mystère, et sectes et théories fumeuses ont encore un certain avenir. Ainsi que les romans délirants….

 

 

Au-delà des Collines – film roumain de Cristian Mungiu

TOILES NOMADES

Dès sa sortie je me suis précipitée pour voir le film roumain de Cristian Mungiu : au delà des collines.

Depuis notre voyage en Roumanie je continue à me documenter, à lire et à voir les films roumains. Cet été, nous avons passé plusieurs jours dans des monastères bulgares. J’ai été intriguée par ces nonnes souvent jeunes. J’aurais aimé leur parler. Cela ne s’est pas fait, réserve ou barrière de la langue?

2heures 30 – tout le temps de découvrir la vie d’un couvent très pauvre dans une région de montagne, loin de tout et surtout de la vie moderne : pas d’électricité ni d’eau courante, les tâches ménagères accomplies en commun dans la plus grande simplicité. Dans cette communauté de femmes, l’autorité est assurée pleinement par un jeune pope. Avec la supérieure ils ont reconstitué une sorte de famille, et les sœurs les appellent naturellement Papa et Maman.

 

C’est une histoire d’amour : Alina et Voichita se sont connues, enfants à l’orphelinat où elles ont été abandonnées. Alina aime Voichita d’un amour inconditionnel. Elle est revenue d’Allemagne pour chercher Voichita et l’emmener avec elle. En son absence, Voichita a rencontré Dieu, elle aime toujours Alina mais ne veut pas quitter le couvent. Cette dernière est prête à tous les sacrifices pour rester près de son amante, y compris des mortifications et des pénitences pour trouver la foi, y compris à donner son petit pécule pour les peintures de l’église du monastère qui ne sont pas terminées.

L’amour inavouable des deux femmes est-il diabolique? Frustrations culpabilité ou contraintes sociales insupportables? Alina est saisie  de crises épouvantables, évanouissements, violence, suicide…. la première réaction des nonnes est de l’envoyer à l’hôpital. Misère de l’hôpital, impuissance  à la soigner, ou confusion des genres, le médecin juge qu’elle sera mieux à se calmer au couvent.

Quand les crises reprennent le pope cherche à se débarrasser d’elle. Mais comment? L ‘orpheline n’a nulle part où aller et se soumet à la confession, aux pénitences, dresse la liste des péchés d’après une longue liste qu’on lui soumet. Puisque la médecine est impuissante, qu’aucune institution ne fonctionne, il reste la solution religieuse : l’exorcisme. Violence moyenâgeuse qui se terminera par le décès d’Alina.

Qui est coupable? Le pope et les nonnes, ses complices qui l’ont ligotée, privée de nourriture et d’eau pour affaiblir le diable qui l’habitait? le médecin qui l’a remise au couvent? Les services d’urgences qui ont appliqué un traitement inapproprié à la mourante?Tous, pourtant, étaient animés des meilleures intentions du monde.

Ce n’est pas une fiction. Une femme est vraiment morte dans des circonstances analogues et le prêtre a été condamné. Il existe encore des gens qui croient qu’une femme hystérique est possédée.

Par de-là l’anecdote, Au delà des Collines est un film magnifique, presque noir et blanc des voiles noirs sur la neige, seule couleur, la vieille guimbarde rouge qui nous rappelle que l’histoire s’est bien déroulée en 2005 et non pas dans la nuit des temps. Merveilleuses de simplicité,  les deux actrices, Voichita, la soumise et Alina la rebelle. Quoique….la fermeté de Voichita dans sa foi ébranle la rationalité de son amie. Rien n’est simple!

 

Merci à Balkania – fin de l’autotour !

CARNET BULGARE

 

Merci à Balkania qui nous a préparé un auto-tour idéal !

Les hébergements ont tous été à la hauteur de nos attentes et parfois bienau de-là.

La gentillesse de nos hôtes a toujours compensé la barrière linguistique. Ils ont fait mentir l’expression  qualifiant la Bulgarie de « pays sans sourire »: le sourire, la gentillesse et la prévenance ont toujours été au rendez-vous.

Le confort et la beauté de certaines maisons d’hôtes nous ont tellement surprises que nous les avons surnommées : » jardin extraordinaire »  à Dragoevo, « le musée » à Geravna, » meilleur petit déjeuner « à Arbanassi…..les villages ont offert des visites passionnantes dans un rayon très raisonnable.

Nous avons suivi à la lettre les suggestions de visites.
Le rythme était tout à fait adapté . Jamais nous n’avons eu l’impression de courir un marathon. A chaque étape, nous avons pu nous arrêter  dans un cadre très agréable pour préparer les visites suivantes, lire la carte, faire le point sur les visites : à la piscine, sur le balcon-musée, dans le merveilleux jardin nous avons passé des heures reposantes. Maisons-musée, monastères, thermalisme, sites archéologiques et j’en oublie, nous ont rempli des vacances instructives, culturelles et variées.

La Bulgarie a su se mettre en scène à son avantage dans la catégorie Tourisme Vert.
Refermant ce carnet bulgare, j’ai pourtant quelques regrets de ne pas en savoir plus sur les réalités du pays. Le Regard Touriste est un regard optimiste : on nous montre ce qui est joli, ce qui va nous plaire. Nous rentrerons sans savoir comment les Bulgares vivent vraiment dans leurs villes, leurs salaires. Qui cultive les immenses champs de maïs? qui possède les vignobles? La mise en valeur de la Renaissance Bulgare était-elle une idée du gouvernement d’avant 1989? la richesse des monastères, permanence ou regain de vigueur? Je n’ai pas non plus retrouvé la Bulgarie cosmopolite de mes lectures.