Pâques albanaises

CARNET SICILIEN

 

les jeunes filles au défilé
les jeunes filles au défilé

 

Les volets ferment tellement bien que nous ne pouvons pas deviner que c’est la mer sur les rochers qui fait autant de bruit. Il fait beau. Nous partons donc très tôt pour voir les festivités à Piana degli Albanesi .

En  route, par l’intérieur

A Partinico, une route coupe à travers la montagne. Huit heures, nous traversons des villages endormis. Un défilé d’hommes âgés, précédé par un tambour, remonte la rue principale d’un village, nous les suivons.
Les cerisiers sont en fleurs. Nous retrouvons la même végétation que l’an passé à Chypre : marguerites jaunes, soucis oranges sauvages très bas, giroflées mauves. Des vignes, de vieux oliviers sur des terrasses. La montagne est très escarpée, les rochers souvent à nu. Dès qu’on monte nous rencontrons le brouillard. Dommage ! la route est en corniche, par de belles échappées on découvre la mer et Palerme.

Piana degli Albanese

Auguri!
Auguri!

9h30 à Piana degli Albanese . La Messe dans l’église grecque : la Cathédrale San Demetrios à 10h30, la procession à 12h30, ensuite un spectacle de danses folkloriques. Pour attendre, une promenade dans les petites rues en pente et les escaliers. Du haut du village, Dominique voudrait photographier les toits ; mais la lumière n’est pas belle, il fait gris. L’église est laide du dehors, inintéressante à l’intérieur. C’est une église grecque moderne avec son iconostase, ses icônes dorées, ses popes. Mais les peintures sont très récentes et de facture simpliste. Rien à voir avec les merveilleuses églises de Chypre.

Musée civique

Pour patienter, je visite le petit musée civique : photos d’Albanie et du Kosovo. Piana degli Albanesi est une colonie albanaise depuis la chute de Constantinople. Plusieurs pièces sont consacrées à la vie des paysans : intérieur d’une maison reconstitué, un pauvre lit, la cuisine dans un coin (tanour à la turque  comme en Israël), des outils de menuiserie, de la fabrication du fromage, de la culture des olives forment un petit écomusée. Le plus intéressant est une exposition de photos anciennes et d’articles de journaux relatant les luttes des paysans pour la terre à la fin de la deuxième guerre mondiale. La terre était en la possession d’un marquis (650 ha). Les paysans ont réclamé le partage des domaines latifundiaires. Ces luttes furent sanglantes. Le 1er mai 1947, 50 morts sous le feu du bandit Giuliano. J’ai remarqué une rue Togliatti au village.

En attendant le défilé

sfilata
sfilata

Tandis que je déchiffrais l’histoire sociale, Dominique s’est postée à l’entrée de la messe. Elle a fait des photos des popes et des villageoises costumées. Nous devons rester deux heures avant la Sfilata. Les visiteurs commencent à affluer sur la place. Peu de touristes, (un couple d’Allemands, trois Japonais et quelques Israéliens). La plupart des gens sont venus des alentours, endimanchés. Les femmes perchées sur de très hauts et fins talons, les hommes pourraient être les figurants dans un film : vieux en noir avec leurs bérets, les jeunes cheveux gomminés raides de brillantine, lunettes noires malgré le brouillard, costumes croisés, chemises blanches, cravates. La plupart sont de petite taille, les pantalons trop longs sur des chaussures brillantes, veston élargi par des épaulettes. Quelques uns portent même un costume trois pièces. Pour faire original, certains se singularisent en bleu marine. Seules les gamines sont à la mode avec des petits pulls étriqués fluo, vert ou rose. Pour les femmes, le noir domine, jupe droite et manteau au dessus de 40 ans, permanente. Noir avec des découpes modernes et chaussures pointues pour les plus jeunes. De nombreuses femmes et jeunes filles costumées se promènent. Les jupes sont somptueuses, le plus souvent rouges avec des motifs de brocard, dorés ou floraux. Plus rarement vert pomme ou à fond blanc. Au dessus, un tablier de dentelle très fine noire. En haut des corsages blancs avec de jolies dentelles, des manches bouffantes. Enfin, un grand châle bleu. Certaines arborent des gilets de velours noir. Le plus étrange c’est la ceinture large avec une boucle énorme représentant un chevalier sur sa monture avec une lance (saint Georges ?) Sur la tête, toutes portent un ruban replié assorti à la jupe au pliage compliqué .Les garçons, peu nombreux ressemblent à des Grecs, jupette beige, collants beiges chaussons (sabots) à gros pompon rouge et chemise brodée. Sur leur tête, un feutre arrondi faisant un peu penser à un fez.
Assises sur les marches sous la fontaine, nous regardons les journalistes de la télé filmant la messe et les villageois qui sortent des autres églises. J’achète un arancini chaud et délicieux. Le petit commis pâtissier traverse la place avec ses plateaux sans cesse pour ravitailler le bar .

Sur le corso

Changeant d’observatoire, nous nous perchons sur les gradins pour observer les mouvements de la foule sur le Corso noir de monde. Un mouvement montant et un autre descendant fait une sorte de manège. Les mêmes groupes peuvent remonter et redescendre plusieurs fois sous nos yeux. Ils s’embrassent, se souhaitent « Buona Pasqua » ou « Auguri » à l’italienne.  Plus tard à la sortie de la messe ils échangeront des œufs rouges. Ils sont vendus incorporés dans des galettes plates dans les pâtisseries ou sur des étals dans la rue. Une sono déverse des chants folkloriques en albanais très fort. Nous n’avons pas la patience d’attendre le spectacle de chants et de danse, nous nous contentons de la Sfilata. Les jeunes filles forment une longue procession. Les premières portent des paniers d’œufs rouges traditionnels et suivent les étendards portés par quelques garçons. Nous aurions aimé entendre des chants ou de la musique mais le défilé est silencieux. Après le passage des dernières jeunes filles, nous allons voir le lac où le WWF administre une réserve naturelle. Le lac est triste avec les sommets noyés dans la brume. Le chemin est détrempé, la promenade sera courte. Des pique-niqueurs venant de la fête portant des provisions emballées dans les beaux papiers des pâtisseries siciliennes rebutés par le froid en seront quittes pour manger dans les voitures ?

de Palerme à Trapetto

CARNET SICILIEN 2004

isola della Fermmini

Quitter Palerme
Quitter Palerme a l’air facile sur le plan : au bout de la Via Maqueda ,Tüköry jusqu’à l’autoroute. Cela ne s’est pas passé comme cela : Tûköry devient en sens interdit, nous ratons le panneau « autostrada » et nous retrouvons sur Vittore Emmanuele derrière le camion poubelle à l’allure de l’escargot. La circonvalazione n’est pas une autoroute, il y a des feux et on n’avance pas. Pourquoi ? Les Palermitains partent ils en week end ? La réponse arrive : travaux ! Sept files convergent dans un étranglement de deux, bouchon monstrueux. Heureusement, les mendiants nous « distraient » nous sommes assaillies par les laveurs de pare-brises, des hommes proposent des gilets fluorescents oranges comme ceux des travailleurs des chantiers se la route, des jeunes promènent des pancartes « Papa est mort, Maman est malade » « mon père et ma mère sont partis, je suis seule »… Nous avons mis plus d’une heure à sortir de Palerme.
Pique nique sur la plage
A deux heures nous pique-niquons sur le bord de la première plage à Isola della Femmine. Il fait beau, le vent souffle, la mer est calme. En face l’Ile de la Femmine avec une tour carrée. Nous goûtons à une spécialité locale les arancine : gros beignet rond. Sous la couche frite une couche de riz au safran protège un hachis de viande mélangé à des pois dans une sauce tomate. C’est bon cela cale. Camilleri en donne la recette dans La démission de Montalbano. Nous suivons la route côtière fléchée Trapani. Arrêt dans un supermarché.

Trappeto, notre gîte

notre gîte à Trappeto
notre gîte à Trappeto

L’adresse du gîte est minimaliste « Lido de Trappeto » avant le passage à niveau, suivre l’écriteau Spiaggia. Je suis sceptique, j’ai tort. La petite route juste en face de la voie ferrée descend très raide et aboutit à un petit parking. Là, deux maisons derrière une haute grille (les Siciliens sont très portés sur les grillages). Nous sommes arrivées.
On ne peut pas imaginer meilleure situation : la maison est entourée d’une terrasse dallée à 4 ou 5 m au dessus de la plage : quelques marches dans des plantes grasses fleuries jaunes (au Portugal il y avait les mêmes en roses) . Pas de voisins, la maison comporte 5 appartements ,  nous sommes les pionnières de la saison. Le couple responsable des clés (les propriétaires ?) s’affaire aux nettoyages de printemps, un jeune repeint les bancs de la terrasse. Le portail vient être vernis.

la terrasse et la vue sur la mer
la terrasse et la vue sur la mer

Nous posons en hâte les valises pour profiter de la plage. Dominique est pressée de se déchausser et moi de me tremper les pieds. Le sable fin borde la falaise. Des digues de blocs ont été construites parallèlement. Pour protéger le sable ? Pour briser les vagues ? Le Golfe de Castellamare est bordé de collines, la vue est très belle
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visite de Palerme palais normand, cathédrale

CARNET SICILIEN

 

Quattro canti
Quattro canti

 

Ciel voilé au petit matin. Au café du coin, je prends un capuccino et un croissant fourré à la confiture. Ces petits déjeuners au café me plaisent beaucoup. Le café est bon.  Je regarde la ville s’éveiller.

Quattro Canti

les 4 saisons
les 4 saisons

Pour aller au Palais des Rois Normands, nous prenons la Via Maqueda toute endormie jusqu’au Quattro Canti, carrefour théâtralisé par quatre façades concaves ornées de quatre fontaines surmontées des statues des quatre saisons facilement reconnaissables, Printemps avec un bouquet de fleur, Eté des gerbes de blé, Automne et les fruits, l’Hiver est une vieille femme. Au dessus quatre rois d’Espagne. A un troisième niveau, les quatre saintes de la ville avec leurs attributs (l’une d’elle a une meule ).

Corso V Emmanuele

Palazzo Ninfa
Palazzo Ninfa

Nous tournons dans le Corso Vittore Emmanuele, rue passante mais étroite bordée de boutiques de Palais et d’églises. La cour du palazzo Ninfa est particulièrement belle, un grand palmier occupe tout le patio, au fond, une très jolie fontaine est surmontée par un bas relief représentant Persée et Andromède.
Le soleil dissipe les nuages quand nous passons devant l’énorme cathédrale. Nous traversons à pas pressés le jardin exotique, presque une palmeraie marocaine.

Le Palais des Rois Normands

Tour pisane
Tour pisane

Le Palais des Rois Normands est une grande bâtisse composite assez sobre. J’essaie de retrouver la forteresse arabe sous le château normand aux fenêtres gothiques. Des ailes néogothiques ont été rajoutées ainsi qu’une tour carrée, la Tour Pisane, coiffée d’un observatoire astronomique   au toit pointu de tuiles vernissées au dessus d’une charmante galerie. Une vaste esplanade précède les bâtiments. Nous y rencontrons les premiers touristes qui, comme nous, cherchent l’entrée. Côté esplanade, ce sont les entrées officielles du Parlement de Sicile et des forces armées ( ?). Il nous faut contourner le palais.

les Atlantes de la Porta Nuova
les Atlantes de la Porta Nuova

Première surprise : la jolie tourelle surmonte la Porta Nuova qui enjambe le Corso Vittore Emmanuele. Sur l’autre face sont sculptés es personnages géants, atlantes maures baroquisants.

plafond à caissons et mosaîques à la chapelle Palatine
plafond à caissons et mosaîques à la chapelle Palatine

Deuxième surprise : la queue pour visiter la Chapelle Palatine, s’enroule autour d’une pelouse. Des cars,

chapelle palatine
chapelle palatine

descendent des touristes de toutes origines. On ne laisse entrer que de petits groupes. Cette queue nous décourage.

 

 

 

 

 

 

palermecathedrale - Copie
la cathédrale ressemble à un château avec créneaux et tour

 

A la Cathédrale, nous emboîtons le pas à un groupe de lycéens français, espérant bénéficier d’une visite guidée. La conférencière les entraîne dans la chapelle où sont enterrés les rois de Palerme, Roger II et Frédéric II. Leurs sarcophages étaient de porphyre. Le porphyre était le privilège impérial chez les Byzantins. Etre enterré dans du porphyre conférait une dignité presque impériale aux rois de Palerme. Nous suivons le groupe dans la chapelle contenant les reliques de Sainte Rosalie, – patronne de Palerme qui avait écarté la peste de la ville. Là nous décrochons, nous avons eu notre compte de châsses et de reliques hier pendant les processions. Nous préférons nous intéresser à la Méridienne tracée sur le dallage. Les signes du Zodiaque sont fait d’incrustations de marbres polychromes précieux tout à fait réussies.

Porche gothique catalan
Porche gothique catalan

Des restaurations néoclassiques du XIX ème siècle (ajout d’une coupole) masquent l’ancienne cathédrale normande. Les cathédrales néoclassiques immenses m’ennuient. Nous en avons vus quelques unes en Hongrie, toutes monumentales et barbantes. Nous ne nous attardons pas à l’intérieur. Nous nous installons sur l’esplanade pour étudier l’extérieur. L’ensemble n’évoque pas vraiment une Cathédrale, plutôt un château fort avec es créneaux et des tours de guet. Plus on examine les détails plus on est surpris. Toute l’histoire de la Sicile peut être résumée dans les décors. L’ancienne mosquée a laissé un souvenir : une inscription coranique sur une colonne que nous finissons par trouver après l’avoir bien cherchée. Le portique gothique catalan est une pure merveille avec ses colonnes torsadées et la mosaïque un peu passée du fronton.

chevet de la cathédrale incrustations
chevet de la cathédrale incrustations

Après en avoir fait le tour, (il y a même une porte de bronze datée de 1961), nous installons derrière le chevet et j’essaie de dénombrer tous les motifs décoratifs des incrustations noires et blanches : étoiles de David, étoiles arabes, aigles, lions, croix de malte, motifs géométriques…
Charrettes peintes

charrette peinte
charrette peinte

De l’autre côté du petit jardin, des charrettes peintes sont exposées. C’est l’atelier du dernier peintre de charrettes. Les  motifs peints de chevalerie m’enchantent. Des marionnettes, chevaliers de fer blancs sont pendues dans l’atelier. Toutes ces couleurs donneront de jolies photos.
Pour éviter le Corso V Emmanuele plein de voiture nous engageons dans des petites rues très clames mais très ruinées. Des étais de bois empêchent les façades de s’écrouler. Derrière, souvent, il n’y a plus rien. La végétation se développe. Sur un mur gardé par des tessons de verre, de jolies plantes grasses à fleurs roses se sont épanouies.
La fontaine della Vergogna

Santa Catarina et la fontaine de la Vergogne
Santa Catarina et la fontaine de la Vergogne

Nous retrouvons le Quatro Canti et la Place Pretoria occupée par la fontaine  della Vergogna : belle fontaine orné de personnages nus.
Santa Catharina dont les décors nous avaient enchantées est fermée. Nous avions prévu d’y faire des photos. A la Martorana, encore la Messe. On ne pourra pas admirer les mosaïques avant 11h30. Consolation San Cataldo, la petite église cubique avec ses trois coupoles roses, est ouverte. Elle est minuscule. Les touristes s’installent sur des bancs le long des murs. L’intérieur est très simple, pas de décoration. On dirait une église grecque. Seul le sol est orné.
Kalsa

ruines et splendeurs
ruines et splendeurs

Nous continuons notre promenade au hasard des petites rues vers la mer dans l’ancien quartier arabe de la Kalsa. Passons devant l’Eglise San François d’Assise  et par la Via Merlo. Encore des palais délabrés.
Autour du Jardin Garibaldi, une sorte de marché aux puces. Le jardin est planté de banians géants. Quand j’avais lu cela dans les guides, j’avais pensé que, revenant de Cuba, nous ne pourrions qu’être déçues par les ficus méditerranéens. Erreur ! Ce sont les plus gros que j’aie jamais vus. D’ailleurs, ce sont des variétés australiennes. La promenade botanique est remplacée par une promenade historique : des stèles et des bustes commémorent le débarquement des Milles en Sicile en 1850. J’ai la surprise de découvrir le buste d’un hongrois Tüköry, d’un roumain (déjà des brigades internationales !) Le souvenir de Garibaldi est très présent dans ce quartier : de nombreuses plaques rappellent les événements de cette époque.
Autre témoignage historique : le Palais de l’Inquisition dans le Palais Chiaramonti occupé aujourd’hui par l’Université. J’ai le souvenir d’une lecture récente de Portes Ouvertes de Sciascia qui narre un procès s’y déroulant.
Nous rentrons par la Via Alloro, la Piazza Aragona, Via Garibaldi Via Gorizia. Nous passons devant un café littéraire qui rappelle le souvenir du Guépard. Au hasard, une façade baroque magnifique se cache derrière des palissades de chantier. Des putti de stuc blanc sont encore perchés sur les volutes au dessus d’un escalier. Via Garibaldi : chapeliers et fabriquants de bérets …

arrivée à Palerme, Vendredi Saint

CARNET SICILIEN 2004

 

 

Le génie de Palerme
Le génie de Palerme

Vol Meridiana -Orly 12h15
Méridiana  dessert les lignes intérieures italiennes. L’avion, Mc Donell, a deux sièges d’un côté de l’allée trois de l’autre. Service minimum : un sandwich jambon fromage, un jus d’orange, un café.Arrivée à Palerme à 14h30 sous un chaud soleil.

A 15h30, à bord d’une Fiat Punto  neuve  gris métallisée,  l’autoroute longe la Méditerranée toute bleue sur une dizaine de kilomètres, de l’autre côté, des collines très escarpées. Tunnels. Nous quittons l’autoroute trop tôt, traversons des quartiers modernes sans intérêt, allant tout droit, au jugé.

Vers le Centre de Palerme

Notre hôtel Orientale via Maqueda
Notre hôtel Orientale via Maqueda

La Maqueda,  est une des artères principales de Palerme. Nous dépassons l’hôtel Orientale, cela se corse. Autant la circulation  dans les grandes rues est sans histoire – bien que sportive et agressive – en Italie, nous avons connu pire – autant conduire dans les ruelles est une véritable galère. Soit la rue est  à sens unique, soit elles sont occupées par le marché, ou trop étroites et tortueuses.  Comment allons décharger les valises, comment trouver un parking ?
Finalement tout se passe à merveille.

L’Hôtel Orientale

L’hôtel Orientale occupe deux étages d’un vaste palais du XVIIème siècle qui possède une vaste cour. La réservation a bien été notée, parking dans la cour pour 10 Euros.
Détail « folklorique » : le propriétaire avise mon collier (la chaîne en or que les cousines m’ont offert pour mes 50 ans). Il faut absolument retirer ce collier qui va attirer les voleurs. A Palerme, il ne faut ni sac à main ni bijou !

Plafond historique!
Plafond historique!

J’essaie de photographier l’entrée monumentale. Pour arriver à la réception au premier étage, on monte un escalier théâtral aux marches de marbre rose très larges, presque plates qui se divise en deux sur un petit pallier rond. Au premier, deux volutes de marbres embrassent la montée. Des lanternons, des arcades soulignées de gris soutiennent les plafonds. Au dessus de l’entrée, une plaque gravée représentent le Palais, est surmontée d’un buste. Des moulures de stuc en arabesques compliquées entourent la porte. Ne pas imaginer un hôtel luxueux. Tout est bien vieux, défraîchi, au bord de la ruine, ce qui le rend encore plus pittoresque.

 festivités de la Semaine Sainte.

Procession via Maqueda
Procession via Maqueda

A 18 h, une procession doit partir de l’église la plus proche. Nous sommes comblées. Avant de quitter notre Palais, nous découvrons le salon avec ses grands rideaux drapés, plafond peint d’une fresque, balcons sur la Maqueda où une foule attend la procession.Les  rues adjacentes ont de curieux panneaux en italien, mais aussi en hébreu et en arabe. Notre quartier, aristocratique autrefois est maintenant habité par des immigrés. Les boutiques sont «orientales», arabes ou hindoues.

Pénitent
Pénitent

En tête de la procession, une rangée de pénitents cagoulés, soufflant dans une sorte de trompe au son affreux. Les crécelles de bois font un bruit sinistre. Derrière, des Romains casqués, au plumet en balai rouge.  Jésus en robe beige, tachée de sang, porte une grande croix, la couronne d’épines est en fil de fer. Derrière, un enfant porte une petite croix sur roulettes. De l’église sortent des statues : le Christ est couché dans une châsse transparente aux montants dorés surmontée de bouquets magnifiques : une sorte de palme tressée très haute, des orchidées, des lis et des anthuriums blancs. La foule suit la statue en chantant des chœurs de Verdi. La Vierge est debout habillée de noir. Des jeunes filles tout en noir avec un béret de velours noir escortent en pleurant le cercueil de verre. Derrière, les corporations avec des étendards puis une fanfare. Tout le monde se presse. Il règne une curieuse ambiance : de la religiosité, mais pas trop de solennité, une agitation bon enfant. On se pousse, on se parle.
Au bout d’un quart d’heure, nous cherchons à nous échapper, rejoignons la Via Roma, boutiques très chics, puis une petite place de vendeurs de ferblanterie et de vélos.

Santa Catarina, marqueterie de marbre

Santa Catarina
Santa Catarina

Au hasard des petites rues nous découvrons une place très théâtrale. A droite, la façade baroque de l’église Santa Catherina. On y entre par un haut escalier. L’intérieur,  est marqueté de marbres et de stucs, une merveille. C’est l’office, des femmes chantent. Toute une file fait la queue pour se confesser. Ici encore, le recueillement est tout relatif, on y téléphone même. Il faudra revenir faire des photos en dehors de la messe.
En face de Santa Catharina, en haut d’un escalier comme sur une estrade deux petits édifices cubiques surmontés de coupoles rouges très arabes, un campanile élégant, normand et plaquée, une façade baroque étrange. Sur un  troisième côté de la place, le petit théâtre Bellini avec des trompe l’œil. La Via Maqueda borde le quatrième côté.

Procession grecque à la Martorana

San Cataldo et la Martorana avec son campanile normand
San Cataldo et la Martorana avec son campanile normand

Une procession sort d’un de ces édifices cubiques. Plus petite mais bizarre. A l’avant, le prêtre tout en noir, avec une sorte de chignon, ressemble à un pope grec.

la procession grecque sort de la Martorana
la procession grecque sort de la Martorana

Des hommes costumés d’orange précèdent le cortège Une plate-forme vide en natte tressée est portée par des porteurs. Des prêtre en rouge aspergent les passants à grands jets d’eau bénite. Des nuages d’encens s’échappent de l’église. Le cortège fait le tour du bâtiment et retourne dans l’église des grecs: la Martorana dont les mosaïques sont présentées dans tous les guides.

Martorana mosaïques byzantines
Martorana mosaïques byzantines

A l’intérieur, l’église est pleine. On ne laisse entrer les curieux qu’au compte goutte. La liturgie est bizarre : des hommes chantent en grec mais je ne reconnais pas une église orthodoxe; pas d’iconostase pas d’icônes. L’assistance est assise sur des bancs comme dans n’importe quelle église catholique. Les mosaïques, en revanche, sont byzantines. Nous nous arrêtons  devant l’autre église cubique San Cataldo. D’ici, on découvre des coupoles, des tours des façades. Enchevêtrement d’époques, de styles, d’influences …
Un peu plus loin, une autre place est entièrement occupée par une fontaine toute blanche ornée de statues énormes. J’ai envie de tout photographier.

San Giuseppe Teatini
San Giuseppe Teatini est une grande église très baroque très grande, très peinte. Ici, on prépare, on remmanche les bras d’un Christ manchot qu’on raccroche à sa place. Le curé fait répéter une troupe d’enfants, plus loin, on confesse à découvert.

Sur la Maqueda, les processions font bouchon, on klaxonne, les deux roues pétaradent. Nous retrouvons le calme dans de petites rues souvent très ruinées, parfois taguées. A chaque coin de rue, une surprise : une église baroque transformée en mosquée, un grand chantier de restauration, des bougainvillées et des jardins donnent un air champêtre. Si nous voulons dîner, il faudra rentrer avant 8h, heure de fermeture de la pizzeria où nous achetons deux parts une à l’aubergine pour moi, une tomate mozzarella pour Dominique.

La procession encore
Nous retrouvons la procession, plus impressionnante avec les cierges allumés. Les hommes qui portent les brancards de la statue (16 devant et 24 derrière) ont l’air complètement fourbus, ils se soutiennent les uns les autres et s’accrochent aux brancards. Une grande fanfare suit. Nous les regardons du balcon du salon de l’hôtel.
Dernières courses au marché éclairé, encore actif à 20h.

 

Arzachena : Tempio di Malachittu – plages Canagionne – Le Saline

CARNET SARDE

 

le Temple de Malachittu
le Temple de Malachittu

 

Tempio di Malachittu

Le Temple de Malachittu est situé sur un terrain privé. La visite se fait accompagné deux fois par jours à 9h125 et 17h45 et dure approximativement deux heures

La promenade est très jolie. On suit une allée poudreuse à l’ombre des oliviers menant à un agriturismo ravissant. Après avoir ouvert et refermé deux portillons de bois, on a grimpé dans la colline sur un chemin. Un gros rocher biscornu coiffe son sommet. Le temple se trouve juste derrière. On doit donc le contourner.

le temple se cache derrrière le gros rocher
le temple se cache derrrière le gros rocher

Construit à l’époque nuragique, il se trouvait à proximité d’un village dont on n’a retrouvé qu’une seule cabane circulaire. Ses habitants  occupaient aussi des grottes dans les cavités du rocher de granite évidé. Un nuraghe construit sur le rocher sommital s’est écroulé à la fin de l’âge de Bronze. Il surveillait les terres cultivables aux alentours ; Le contrôle des terres était important dans cette civilisation agricole. Après la chute du nuraghe, le village fut abandonné.

Le petit temple est très bien conservé. Seule la toiture en bois a disparu.  L’atrium est délimité par deux murs bien visibles. L’entrée est surmontée d’un linteau avec une petite fenêtre de décharge. Une petite fenêtre oblique dans l’épais mur permet de contrôle les arrivées par le petit sentier.

Le temple à megaron est rectangulaire. Quelques grosses pierres servaient sans doute e banquette. Le foyer au centre dans un recttangle permettait de cuire les offrandes. L’absence de texte écrits fait qu’on ne sait que fort peu de chose sur le culte.

Le retour est une descente dans les rochers, presque de l’escalade. La vue est magnifique sur les chaos granitiques.

caverne habitée dès l'époque nuragique
caverne habitée dès l’époque nuragique

Le reste de notre dernière journée en Sardaigne est prévue à la plage. Nous avons repéré un restaurant Le Lampara à Canegionne qui sert des pizzas sur la plage sur des tables de plastique sous des parasols. 3€ la demi pizza et des glaces.

La plage est fréquentée par des habitués. Les enfants jouent dans l’eau peu profonde. Je nage encore à côté des bouées dans l’eau profonde tranquille. La baie d’Arzachena est longue et échancrée, donc bien abritée. En revanche l’eau est très fraîche. A plusieurs reprises je dois sortir pour me sécher et me réchauffer.

Le Saline
Le Saline

Fin de l’après midi à la plage delle Saline , longue plage avec un petit marais à l’arrière.

Retour  tôt pour faire les valises. Les consignes de sécurités pour les bagages en cabine et le prix exorbitant de la valise en soute sur Easyjet font de l’opération un casse-tête. On laisse à regrets le beau parasol jaune, cadeau des Tchèques, le pare-soleil en alu bleu qui aurait bien convenu à la 207 bleue ainsi que toute sortes de choses.

 

 

 

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Un après midi à la plage : plages de Pallau et d’Arzachena

CARNET SARDE 

 

Capo del Orso
Capo del Orso

Vers 15h nous abordons la partie balnéaire de la journée : l’exploration des plages de Palau réputée  pour ses côtes magnifiques en face des îles de la Madeleine. Nous allons rendre visite à l’Ours du Cap de l’Ours, rocher énorme connu depuis l’Antiquité comme amer pour les marins et cité par Ptolémée.

Pour la baignade, premier essai à Cala Capra toute petite crique au pied de l’Ours. Une route très soignée serpente dans une résidence très chic avec des parkings ombragés et numérotés, des massifs de bougainvilliers et des palmiers cachant les villas invisibles. Au bord de l’eau, un gardien de parking très stylé aux allures de majordome ou de réceptionniste de palace, nous fait comprendre très poliment qu’il est impossible de garer la voiture. Calme et volupté sur le bord de la petite plage (bien peuplée) parasols tous pareils et bambins pataugeant dans l’eau limpide.

Porto Mannu : on traverse une nouvelle résidence (un peu moins chic ?) pour aboutir à un vaste parking. Coup de chance : une famille remballe son matériel et libère un emplacement. Une allée conduit à la plage  50m plus loin. La plage est partagée en deux, à droite parasols bleu marines, lits alignés pelouse verte et beaucoup d’enfants, à gauche une plage moins aménagée avec quelques rochers, des tamaris, des parasols multicolores et sièges de plage, aimable désordre. La baie est bien abritée par la Punta Bianca et le Golfo del Saline et en face les îles de la Madeleine. Le vent lève quelques rides à la surface de l’eau, rien de méchant. De très gros yachts sont à proximité. Comme d’habitude, je longe les bouées parallèlement à la plage éprouvant le grand plaisir d’être assez loin de la foule, de nager seule mais dans un espace sécurisé. Je croise deux jeunes sur un matelas pneumatiques et un homme d’un certain âge. C’et tout ! Je regarde le paysage, les rochers de granite sans me lasser. Les jolies villas au toit de tuiles brunes presque plats s’intègrent dans la colline sans que rien ne dépasse si ce n’est la touffe d’un palmier ou la tache violine d’un bougainvillier trop vif. Ces villas, bien construites, pas choquantes, jolies mais bien présentes m’agacent. Quand nous les avons traversées j’ai remarqué les poubelles du tri. Parce qu’on trie beaucoup en Sardaigne. C’est même une véritable obsession. Partout sont alignés les containers en plastique multicolore, jaune papier, vert le verre, bleu les plastiques, grise alu, brune….Il faut un mode d’emploi que personne ne nous a donné. Ploucs, nous ne savons que faire des reliefs du pique-nique ni des pelures d’oranges du petit dèj. Il faudrait les sacs spéciaux  biodégradables pour « umido », les ordures organiques. Nous utilisons les sacs des légumes des supermarchés. Nous avons tout faux ! Tandis qu’ici chez les riches, on trie au risque de voir les poubelles dépasser. On brûle du carburant dans les Porsche Cayenne ou les grosses Mercedes, mais on trie ! On a la clim, mais on trie ! On bétonne écolo. Je ressasse ces pensées en nageant.

 

Nous cherchons d’autres plages. Plusieurs criques minuscules sur le bord du Golfo del le Saline. Des voitures stationnent sur les deux côtés de la petite route. Chaque fois qu’il est possible de descendre , une famille a planté son parasol, un pêcheur ses cannes. Le vent souffle. Il fait un peu frais après mes exploits de tout à l’heure.

On arrive à Cannegione qui dépend d’Arzachena : longue plage plate, restaurants lettini, vraiment beaucoup de monde. Peut être simplement parce que c’est dimanche 17h. Peut être lundi ce sera désert. Retour par la montagne parsemée de rochers granitiques, parcours très pittoresque sous la belle lumière de la fin de la journée.

les sites archéologiques autour d’Arzachena

CARNET SARDE 

 

Tombe de géant
Tombe de géant: exedra

 

Sept sites archéologiques aux environs d’Arzachena : trois Tombes de Géants, deux nuraghes, une nécropole très ancienne et un petit temple nuragique.

Nous n’avons jamais vu de Tombe de Géants nous commencerons par la Tombe de Géants Tomba Coddu Ecchiu. On y parvient par la route de Sant’Antonio.

maquette de tombe de Géant (musée de Sassari)
maquette de tombe de Géant (musée de Sassari)

 Coddu Ecchiu ou cuddu vecchiu veut dire vieille colline. La tradition populaire attribuait à ces monuments la croyance qu’un géant était enterré dans ce grand monument. C’est une tombe collective et il n’y avait pas de géants chez les sardes.

La construction se fit en deux phases :

1)      Une allée couverte 1800-1600avJC, sorte de dolmen dont le couloir serait abrité par des dalles

2)      A l’âge nuragique, après 1600, il subit des transformations : la construction de murs périphériques puis de l’exedra formé d’une haute stèle centrale et de pierres orthostatiques de tailles décroissantes vers l’extérieur.

3)      Enfin, il faut couvert d’un tumulus de pierre et de terre.

La forme est symbolique, rappelant  la tête et les cornes d’un taureau, divinité masculine de force et de virilité tandis que la Déesse-Mère symbolisait la fertilité. La stèle centrale (4mx1.9m) est orientée Est/ouest. L’Est face au lever du soleil représente la vie tandis que le coucher du soleil à l’Ouest, la mort. L’exedra serait le passage entre la vie et l’au-delà.

Dans cette tombe granitique, les ossements n’ont pas été conservés du fait de l’’acidité du sol. L’étude d’autres tombes de géants montre qu’il s’’agissait de tombes collectives pour tout le village. On ensevelissait els morts en soulevant les dalles du couloir puis on les repoussait vers le fond sans faire de distinctions de rang social.

Devant l’exedra, des rites funéraires des déroulaient. Il n’existe pas de textes nuragiques mais la tradition orale a rapporté que les Sardes dormaient plusieurs jours devant la tombe espérant obtenir des réponses de l’au-delà au cours de transes. Ils déposaient aussi des offrandes. On a retrouvé des céramiques.

Le tumulus a été retiré parce que les découvreurs n’avaient pas compris qu’il faisait aussi partie du monument.

Tombe de Géant vue de profil
Tombe de Géant vue de profil

Tournant autour, nous découvrons le couloir (10mx1m)  séparé par une petite entrée, le dromos où peut être, étaient déposées les offrandes. La guide explique dans un français très correct, quelquefois  hésitant. En sortant elle nous offre des mûres. Nous lui demandons conseil pour la plage. Comme c’est dimanche, nou redoutons la foule. Elle craint plutôt le vent »le Mistral comme chez vous, mais il y a aussi le Grec, le sirocco… »

Village nuraghe la Prisgionia

La Prisgiona : nuraghe
La Prisgiona : nuraghe

Le nuraghe La Prigionia se trouve tout près. Notre guide parle très bien français, son enthousiasme est communicatif. La visite passionnante.

Le Nuraghe est une tour qui ressemble à un château-fort sans qu’on ait retrouvé de preuve de guerre. D’ailleurs, l’intérieur est beaucoup trop petit pour servir de refuge aux villageois. Le nuraghe serait plutôt un palais c’est la résidence du chef de tribu. Un chef non pas un roi, insiste-t-il. La vie communautaire serait le mode d’organisation sociale nuragique : tombes collectives à l’extérieur du village, vie communautaire dans le nuraghe ainsi que le témoigne une salle de réunion de 12 (16 selon un papier) pouvaient s’asseoir sur la banquette circulaire. Autour du nuraghe on a retrouvé une centaine de structures : habitations comme structures commerciales. On a mis à jour le marché au pied du nuraghe avec le four pour cuire le pain, des ruelles. Le puits de 8m de profondeur contient une source encore aujourd’hui. On y a trouvé des récipients originaux. Pour quel usage ? quel rituel ? L’eau était vénérée par les nuraghis, ainsi que la Déesse-mère et le système matriarcal.

la Prisgiona : marché
la Prisgiona : marché

Le guide nous fait entrer dans le nuraghe. Il nous montre son architecture : s’appuyant sur des rochers, puis avec des gros blocs pour former des murs cyclopéens enfin avec des moellons de plus en plus petits. Des connaissances en architecture permettaient à ces constructeurs de tenir compte des problèmes de décharge : au dessus du linteau, une fenêtre de décharge allège la structure, de même à l’intérieur, les couloirs et des niches évident le nuraghe.  Autour de la salle centrale il y a trois chambres : dans l’une d’elles on a retrouvé les anneaux pour tisser le lin (on a trouvé des évidences de ce végétal), une autre sans doute la chambre froide contenait des céramiques avec des os d’animaux.

bateau nuraghe

Pour mieux nous faire connaitre les nuraghis, le guide montre les photos de  bronzetti. Le chef est identifié avec son bâton, le prêtre , la prêtresse, les guerriers…puis des bateaux sardes retrouvés dans toute la Méditerranée jusqu’à Chypre. Une inscription en

 

« sémite de l’ouest » atteste du nom de « Sarde »

–          « en phénicien ? » je demande.

–          – « non en sémite de l’ouest « corrige-t-il

sémite de l'ouest
sémite de l’ouest

Je reconnais les lettres hébraïques déformées mais tout à fait identifiables le chin, le resh et le dalet qui forment les lettres de Sarde, se lisant de droite à gauche comme il se doit.

 

 

 

 

« La guerre est arrivée avec les Carthaginois ! » affirme le guide. Dans la rivalité entre Rome et Carthage, la Sardaigne occupait une position stratégique.

Autre mystère : »pourquoi si peu de sites romains en Sardaigne ? » Demande-t-il.

Après ces considérations historiques, le guide revient aux fouilles qui se déroulent en ce moment. On voit des pierres en surface depuis longtemps patnées et celles qu’on vient de dégager et de remettre en place. Les fouilles n’ont débuté qu’en 1994. Ls méthodes les plus modernes ont pu être mises en œuvre. Tandis que des archéologues anciens auraient pu détruire des indices pendant la fouille. La reconstruction (il y a une grue sur le site) est assistée par ordinateur. Il est désormais plus facile de scanner d’identifier et de répertorier chaque fragment plutôt que de le dessiner comme autrefois. Le site a encore beaucoup à dévoiler.

Necropoli Li Muri

sardaigne 323 - Copie

Selon le papier prêté :

« Site Néolithique moyen (4000 av JC) un des sites les plus anciens de la Sardaigne. Composé de 4 tombes circulaires appartenant à la « culture des cercles ». On trouve des sites analogues en corse et dans les Pyrénées. Les tombes portaient chacune un menhir. C’étaient des tombes individuelles. Le mobilier éttait composé de lames de silex, d’une coupe de stéatite et d’une boîte d’offrrande contenant de l’ocre rouge rappelant la couleur du sang ».

Je n’ai pas voulu attendre ¾ d’heures la visite guidée. Même avec le papier explicatif, les anciennes pierres parlent peu. Il aurait fallu un archéologue fervent pour leur communiquer un peu de vie.

Tomba Li Loghi 

sardaigne 320 - Copie

 

Cette tombe de Géants ressemble beaucoup à celle de Coddu Ecchiu. J’ai réclamé une viiste guidée avant l’heure (12h) car j’ai peur qu’on n’arrive pas à temps au Supermarché qui ferme le dimanche après midi.

Le guide donne des explications analogues à celles de ce matin. Chaque fois, je pioche un nouveau détail ajoutant des pièces à mon puzzle nuragique.

La stèle centrale joue donc le rôle de porte de l’au-delà. La petite ouverture était consacrée aux offrandes. Plus de précision quant aux cérémonies devant l’exèdre : l’incubation : les fidèles dormaient pour entrer au contact avec les défunts, autre coutume :en  brisant  de la céramique ils pensaient attirer la bonne chance comme le font encore actuellement les Grecs qui cassent de la vaisselle ou dans les mariages juifs.

Selon ce guide, la longueur de l’allée couverte dépendait de l’importance du village voisin, un village et un nuraghe devaient se situer dans les environs.

Après les explications concernant le site, nous continuons à bavarder et à comparer ce site aux autres que j’ai visité ailleurs en Sardaigne. Lui aussi a été impressionné par les géants de Cabras expressifs avec leurs yeux ronds, tellement différents des bronzetti. Comme je fais une comparaison entre les déesses-mères exposées à Sassari et les idoles cycladique il note deux références sur mon cahier Leonardo Melis et Gigi Sanna.

Quelques longueurs dans la piscine du Citty hotel .

route d’Ossi à Arzachena par la côte de Gallura

CARNET SARDE 

 

Isola Rossa
Isola Rossa

 

Nous quittons notre studio et la place du Centro Storico d’Ossi sans la moindre nostalgie. Nous nous sentions enfermées dans ce rez de chaussée. Les premiers jours j’avais sorti ma chaise sur le seuil de la porte pour écrire et observer l’animation de la place devant le bar ornée de drapeaux italien et de la Communauté Européenne qui s’est avéré être le siège local du parti démocratique. Tous  entrent, sortent, fument ou simplement prennent le frais sur le banc de bois encadré par deux jardinières géantes carrées. Au début,  nous les avions trouvés sympathiques. Dès que nous n’avons plus trouvé de place pour la voiture, l’ambiance a tourné au vinaigre. Personne n’a compris notre insistance à se garer devant la maison. De plus, notre Golf est grande, peu maniable. Plusieurs FIAT 600 ou de petites Kia ne bloquent pas le carrefour même si elles sont déposées au milieu, pas notre monument !

Nous suivons le circuit de l’extrême nord (Guide Vert p.258) Isola Rossa à Arzachena environ 110km.

Isola Rossa, rochers rouges
Isola Rossa, rochers rouges

Pour parvenir à Isola Rossa, le GPS nous a fait prendre la direction d’Oristano, puis celle d’Ozieri passant devant la grande Saccargia et son campanile si grand qu’il est presque disproportionné, enfin la route de Tempio Pausanas traversant des collines cultivées de grands champs de céréales aux chaumes paille. Les arbres isolés sont déformés par le vent. Les sommets sont plantés de chênes-lièges. Nous passons près d’un nuraghe sans nous arrêter, blasées de tours, nuraghes ou tours espagnole…Une chaîne de sommets bizarres barre l’horizon, portant la tour carrée de Casteldoria. Descendons sur Santa Maria Coghinas qui a une jolie église ancienne et une neuve originale mais laide.

Isola Rossa est une jolie station balnéaire encastrée dans des rochers roses avec une tour aragonaise. Une crique à l’eau transparente me tenterait bien si je n’avais résolu de visiter Saint Therèse de Gallura « un amour de station balnéaire » selon un de nos guides. Je me baignerai plus tard. Sainte Thérèse est bien embouteillée ce dernier samedi de juillet. Il y a partout touristes et estivants ce qui nous dissuade d’entrer dans la ville.

Capo Testa

Capo Testa
Capo Testa

Nous préférons visiter le Capo Testa, presqu’île faisant face aux Bouches de Bonifacio reliée à la ville par une sorte de tombolo séparant deux plages magnifiques mais très fréquentées. Le Capo Testa  est sillonné de chemins pédestres que nous négligeons faute de temps et dans la chaleur de midi,  pour poursuivre jusqu’au phare. Enfin, nous nous autorisons une pause et une promenade dans les rochers spectaculaires où l’érosion a sculpté des volumes étranges. Des cavités régulières ont été évidées. Certains rochers rappellent des têtes monstrueuses. On imagine des profils humains, des animaux. Je photographie un pingouin géant. Chaque fois le granite se détache sur le bleu profond du large ou sur une crique turquoise. C’est un enchantement.  Il y a du monde, l’accès à l’eau est difficile, la chaleur écrasante. Rien n’y fait. Je suis conquise.

Pingouin de pierre!
Pingouin de pierre!

Par hasard, nous nous installons sur la plage de Santa Reparata : sables et rochers, eau transparente mais un peu agitée.

Le circuit propose d’autres visites. Cherchant Portobello, nous parcourons une petite route pour la trouver barrée d’un portail « resort ».  Privé ! On ne passe pas. Mêm scénario un peu plus loin à Val Erica . C’est agaçant de faire des détours pour rien. Frustrant. Le littoral a-t-il été entièrement privatisé ? Heureusement non. La troisième tentative est la bonne sur une route très étroite, très tortueuse, à travers le maquis touffu vers la Plage de Liscia. Nous trouvons une plage occupée par les véliplanchistes. Le vent souffle fort. La surface de l’eau est hérissée de vaguelettes. Un peu plus loin, une très longue plage de sable borde la baie arrondie. Quatre énormes yachts attendent. J’essaie de nager le long de la ligne de bouée qui protège les nageurs des incursions des planches et des bateaux.  Je nage vigoureusement pour…faire du surplace. Je croyais arriver à la tour de guet du maître-nageur et je suis toujours devant le petit tas formé par mes tongs et ma robe de plage. Impossible de nager contre le vent. Je marche dans l’eau qui m’arrive jusqu’à la poitrine jusqu’au bout de la plage. Pour rentrer le courant me porte sans effort.

Le maquis, sur le substrat granitique n’est plus composé des mêmes espèces. Les lentisques sont plus rares et moins hauts. Les espèces dominantes sont les hautes bruyères, les arbousiers et les cistes desséchés.

 

nager à contrec-courant?
nager à contre-courant?

Palau , port des îles de la Madeleine, est annoncé par un très gros rond-point, une petite zone commerciale et de nombreux supermarchés. La ville est très jolie avec ses maisons basses et ses boutiques. Accueil parfait et francophone à l’office de tourisme qui m’offre de nombreuse cartes et dépliants sur les plages et les sites archéologiques.

La route d’Olbia ,t la S125 que nous avons prise pour Orosei, relie tout droit Palau à Arzachena qu’elle traverse sous le nom de Via Costa Smeralda où se trouve le Citty Hotel réservé par Booking.com (*** 70€/nuit). C’est un grand bâtiment de briques rouges, sans grâce, carré, un peu vieillot. Les chambres ne sont pas dignes d’un 3* : pas de frigo, une climatisation bruyante et pas efficace, peu de rangements.  En revanche, la présence d’un parking, la belle piscine ont du faire la différence. La décoration blanche à bordure bleue avec de grandes bandes fleuries brodées au point de croix et les tapis sardes bleus assortis, est de très bon goût. L’accueil est familial et chaleureux. On découvrira au petit déjeuner que la clientèle est également familiale et simple. Pas de chichis. Pas de restaurant non plus. Le bar vend de l’épicerie, du jambon des boîtes de thon si l’envie nous prenait d’un sandwich. Arzachena est une petite ville très commerçante, nous trouverons le nécessaire dans les nombreux supermarchés.

Après midi à la plage : les plages de Palau et d’Arzachena

CARNET SARDE 

 

le rocher de l'ours
le rocher de l’ours

Vers 15h nous abordons la partie balnéaire de la journée : l’exploration des plages de Palau réputée  pour ses côtes magnifiques en face des îles de la Madeleine. Nous allons rendre visite à l’Ours du Cap de l’Ours, rocher énorme connu depuis l’Antiquité comme amer pour les marins et cité par Ptolémée.

Pour la baignade, premier essai à Cala Capra toute petite crique au pied de l’Ours. Une route très soignée serpente dans une résidence très chic avec des parkings ombragés et numérotés, des massifs de bougainvilliers et des palmiers cachant les villas invisibles. Au bord de l’eau, un gardien de parking très stylé aux allures de majordome ou de réceptionniste de palace, nous fait comprendre très poliment qu’il est impossible de garer la voiture. Calme et volupté sur le bord de la petite plage (bien peuplée) parasols tous pareils et bambins pataugeant dans l’eau limpide.

Porto Mannu : on traverse une nouvelle résidence (un peu moins chic ?) pour aboutir à un vaste parking. Coup de chance : une famille remballe son matériel et libère un emplacement. Une allée conduit à la plage  50m plus loin. La plage est partagée en deux, à droite parasols bleu marines, lits alignés pelouse verte et beaucoup d’enfants, à gauche une plage moins aménagée avec quelques rochers, des tamaris, des parasols multicolores et sièges de plage, aimable désordre. La baie est bien abritée par la Punta Bianca et le Golfo del Saline et en face les îles de la Madeleine. Le vent lève quelques rides à la surface de l’eau, rien de méchant. De très gros yachts sont à proximité. Comme d’habitude, je longe les bouées parallèlement à la plage éprouvant le grand plaisir d’être assez loin de la foule, de nager seule mais dans un espace sécurisé. Je croise deux jeunes sur un matelas pneumatiques et un homme d’un certain âge. C’et tout ! Je regarde le paysage, les rochers de granite sans me lasser. Les jolies villas au toit de tuiles brunes presque plats s’intègrent dans la colline sans que rien ne dépasse si ce n’est la touffe d’un palmier ou la tache violine d’un bougainvillier trop vif. Ces villas, bien construites, pas choquantes, jolies mais bien présentes m’agacent. Quand nous les avons traversées j’ai remarqué les poubelles du tri. Parce qu’on trie beaucoup en Sardaigne. C’est même une véritable obsession. Partout sont alignés les containers en plastique multicolore, jaune papier, vert le verre, bleu les plastiques, grise alu, brune….Il faut un mode d’emploi que personne ne nous a donné. Ploucs, nous ne savons que faire des reliefs du pique-nique ni des pelures d’oranges du petit dèj. Il faudrait les sacs spéciaux  biodégradables pour « umido », les ordures organiques. Nous utilisons les sacs des légumes des supermarchés. Nous avons tout faux ! Tandis qu’ici chez les riches, on trie au risque de voir les poubelles dépasser. On brûle du carburant dans les Porsche Cayenne ou les grosses Mercedes, mais on trie ! On a la clim, mais on trie ! On bétonne écolo. Je ressasse ces pensées en nageant.

Porto Mannu, yachts et au fond les îles de la Madeleine
Porto Mannu, yachts et au fond les îles de la Madeleine

Nous cherchons d’autres plages. Plusieurs criques minuscules sur le bord du Golfo del le Saline. Des voitures stationnent sur les deux côtés de la petite route. Chaque fois qu’il est possible de descendre , une famille a planté son parasol, un pêcheur ses cannes. Le vent souffle. Il fait un peu frais après mes exploits de tout à l’heure.

On arrive à Cannegione qui dépend d’Arzachena : longue plage plate, restaurants lettini, vraiment beaucoup de monde. Peut être simplement parce que c’est dimanche 17h. Peut être lundi ce sera désert. Retour par la montagne parsemée de rochers granitiques, parcours très pittoresque sous la belle lumière de la fin de la journée.

sardaigne mp 112 - Copie

Castelsardo

CARNET SARDE 

castelsardo - Copie

Deux routes pour Castelsardo : l’une par Sorso et les vignes, l’autre le long de la côte et une très belle forêt de pins.

L’arrivée sur Castelsardo est spectaculaire le château-fort  couronne un éperon rocheux accompagné d’un très haut et mince campanile. Les maisons colorées se blottissent au flanc des collines en amphithéâtre au dessus du port de pêche. Le port s’insinue dans la terre par une étroite échancrure. Arrêt photo : des casiers sont posés sur le quai : Castelsardo a pour spécialité la langouste. La plage de Marina di Castelsardo juste au dessous du bourg est  en sable blanc entre des rochers de trachyte rouge, de l’eau transparente. Une petite buvette avec des chaises en plastique rouge.

 

Castelsardo vu du port
Castelsardo vu du port

Le château-fort a été restauré. Je recopie les indications d’un panneau :

«      –  1102 : la République de Gênes a donné Castelgenovese à la famille Doria

–          1297 : le Pape Boniface VIII a échangé la Sardaigne  à Aragon avec la Sicile. Les Doria n’ont pas voulu céder la place conquise avec de grands sacrifices.

–          Mariage entre Eleanor Arborea et Brancaleone Doria

–          1448 : conquête définitive par Aragon. Le château prend le nom de Casteslaragonese

–          1720 : transfert à la Maison de Savoie il devient Castelsardo.

Castelsardo, rampe et murs du château
Castelsardo, rampe et murs du château

Le château contient peu de témoignage de cette histoire glorieuse. Un musée de la vannerie occupe les très belles salles médiévales. Les plus belles pièces sont très bien mise en valeur : les paniers confectionnés par les bergers, utilisés par les paysans, les grands silos cylindriques tissés, les corbeilles pour faire le pain et pour tous les usages, les nasses pour les anguilles ou les langoustes. Les barques en roseaux des pêcheurs de Cabras sont exposées.

Nous déployons le magnifique parasol jaune offert par les Tchèques d’Orosei et nous installons sur les rochers rouges de Marina de Castelsardo pour un nouveau piquenique venant de chez le traiteur d’Auchan avec des  arancini (boulettes de riz aux pois et jambon) et des brochettes de « poisson » qui s’avère être du surimi.

sardaigne 280 - Copie

L’eau est merveilleuse de transparence et de calme. Je nage en parfaite sécurité et observe à loisir le décor : dans un sens les roches percées de grosses cavités rondes avec des cristaux et  inclusions de roches blanches et au retour je regarde la colline, le château, les maisons multicolores. On a porté un  soin particulier aux couleurs. Les façades sont presque toutes polychromes : l’intérieur des balcons est différent de la façade, parfois les murs changent de couleur selon l’étage. Le jaune domine souligné par du marron, vert sur beige, même bleu…Sur la corniche, se sont installées les terrasses  de nombreux restaurants aux enseignes blanches peintes de lettres rouges. C’est très gai.

15h30, on reprend la route pour refaire un arrêt sur la dune où je fais une bonne heure de marche le long de la plage de Marina di Sorso.