Dorothea Lange – Politiques du visible – au Jeu de Paume

Exposition temporaire jusqu’au 27/01/19

Dorothea Lange (1895 – 1965) ouvre en 1918 un studio de photographe portraitiste à San Francisco.

 

En 1932, lors de la Grande Dépression, elle sort de son studio pour photographier des scènes de rue et l’agitation sociale, conséquence de la grande Crise. A partir de ce moment, elle fera des séries de photographes sur des thèmes sociaux, témoignages et reportages  mais toujours de très grande qualité.

 

 

J’aime quand une exposition me fait rencontrer une artiste. je découvre sa personnalité, le monde qui l’entoure, son style de photographies. Et ce serait déjà une belle rencontre.

J’aime quand une exposition me raconte une histoire.

 

Je suis servie, elle en raconte cinq: la Grande Dépression, la migration des paysans (1935 -1941) ruinés par la sécheresse (Dust Bowl) et par les modifications des pratiques agricoles, illustration pour Steinbeck (à moins que ce soit l’écrivain qui se soit inspiré des clichés de Lange),

 

 

 

l’internement des Américains d’origine japonaise en 1942, reportage plus optimiste sur les chantiers navals de Richmond (1942-1945) intitulé « Une guerre entre deux océans », les travailleurs agricoles migrants autrefois méprisés qui acquièrent une nouvelle fierté et enfin l’avocat commis d’office 1955-1957.

 

 

C’est donc un voyage dans l’histoire aussi bien que dans l‘Ouest Américain. On y retrouve des thèmes tout à fait actuels comme l’exode rural et la migration des paysans qui abandonnent leurs terres pour devenir migrants, chômeurs ou ouvriers dans les fermes industrielles dans des conditions proches de l’esclavage. Dorothea Lange aurait peut être aujourd’hui photographié ces migrants guatémaltèques ou mexicain formant les colonnes vers le rêve américain. Le FSA qui lui a commandé des milliers de photographies (Farm Security Administration) était une des réponses du New Deal de Roosevelt à la crise. L’optimisme des portrait des soudeuses noires en est une autre. Contrepoint à l’histoire tragique de la déportation des citoyens américains d’origine japonaise, qui rappelle un épisode très sombre de la Seconde Guerre mondiale.

La très grande qualité des photographies est celle d’une portraitiste expérimentée. Cadrage, tirage. Chaque cliché est extrêmement soigné. Les photographies sont accompagnées d’un cartel rédigé par Dorothea Lange elle-même qui expliquait le contexte de la prise de vue, présentait les personnages. On sent une profonde empathie avec les personnes rencontrées. Une conscience sociale très aiguë. Pas de sensationnel. Plutôt la recherche de la dignité de la personne même dans la plus grande adversité. Des documents filmés nous font entendre la voix de Dorothea Lange qui explique son travail.

En rentrant à la maison j’ai téléchargé Certaines n’avaient jamais vu la mer et j’ai bien envie de relire Les raisins de la colère.

MEIJI – Splendeurs du Japon impérial (1868-1912) au Musée Guimet

Exposition temporaire jusqu’au 14 janvier 2019

Le pont aux glycines Kameido

C’est d’abord une leçon d’histoire : l’ère Meiji correspond au règne de l’empereur Mutsuhito (1868-1912) correspondant à l’ouverture du Japon sur le monde, à son industrialisation et son impérialisme avec des conquêtes militaires. Le costume occidental est adopté et le régime se dote d’une constitution.

La première salle peinte en rouge est sous le signe de la Modernisation;

industrialisation et urbanisme

Moderniser/industrialiser Le Japon se dote d’une industrie, des photographie montrent des filatures, des bâtiments de briques, des ponts métalliques.

Propagande militariste presque un manga!

Moderniser/Militariser

estampe militariste

Le Japon se dote d’une flotte moderne. L’empire se militarise à grands pas vers la guerre. L’iconographie militariste revêt plusieurs styles. Ci-dessus, on dirait un manga, sans doute de la propagande (je ne sais pas lire le japonais)! Des estampes esthétisantes n’en sont pas moins guerrières : une armée se reflète dans le miroir de l’eau, au loin une ville brûle.

estampe militariste
bataille navale

En plus de ces très belles estampe on présente deux pochoirs pour l’impression de textiles d’une grande finesse sur papier enduit de jus de kaki. La grande délicatesse du dessin ne doit pas faire oublier le motif guerrier :  des canons.

Dans la salle suivante,  une photo agrandie de l’Exposition universelle de Paris avec la Tour Eiffel illustre le thème : Construire une image artistique et industrielle.

Le mont Fujiyama

Le Japon participa aux nombreuses Expositions Londres 1862, Paris, 1867 1900, Vienne 1873, Chicago, Philadelphie. il importait de donner une image flatteuse du Japon grâce à des images typiques comme le pont des glycines ou le Mont Fujiyama. Il fallait aussi présenter des objets variés d’une qualité artistique remarquable: bronzes, laques, porcelaines émaux….

D’énormes brûles parfum en bronze, des objets délicats, des paravents ouvragés. tous les arts décoratifs sont menés à un degré de perfection.

paravent représentant des divinités shintoïstes.

Souvent les motifs sont floraux . Les décors font aussi appel au panthéon shintoïste (la religion d’Etat pendant l’ère meiji. Certains artistes s’inspirent aussi des représentations bouddhistes ou au folklore populaire avec des dragons, des démons. D’autres peignent des animaux, surtout des oiseaux à la perfection.

orchestre de petits démons ou de monstres

Tous les arts décoratifs sont d’un raffinement inouï, les techniques sont parfois superposées, de laque, d’émaux cloisonnés, d’incrustations, de joaillerie ou de nacre

éléphant

On ne peut qu’être admiratif devant une telle maestria, un tel luxe et une telle perfection.

boites laquées

L’artisan sait aussi jouer du dépouillement et de la simplicité de ce liseron parfait sur le rouge de la laque.

vases à décors floraux

La fin de l’exposition Les lendemains du Japonisme montrent les influences, de l’art Japonais sur Van Gogh, Monet, Degas. Sur les cartels je n’ai pas trouvé de mention de l’Art Nouveau même si la parenté est criante.

J’étais venue à Guimet pour l’exotisme. Je n’ai pas été déçue. Pourtant l’impression à la sortie est la parenté entre le développement industriel du Japon, sa militarisation avec ce qui s’est passé presque simultanément dans la Grande Bretagne victorienne, ou dans la montée en puissance de la Prusse. Ère Meiji, Empire victorien, même Russie des Tsars…on voit l’industrialisation, la militarisation qui va déboucher sur la Guerre et l’impérialisme.

La perfection japonaise fait la différence, mais la valorisation des arts décoratifs présentés aux grandes expositions universelles, est-ce le début d’une certaine mondialisation?

Le Cubisme 1907 – 1917 – Centre Pompidou

exposition temporaire 17 octobre 2018 – 25 février 2019

Attention très grosse exposition! Si vous consacrez toute votre attention dans les premières salles, vous n’aurez peut être plus le temps ou la concentration nécessaires pour apprécier les dernières  qui sont étonnantes et colorées!

Ce panorama du Cubisme détaille l’évolution chronologique du Cubisme, année après année, des sources à la Grande Guerre qui fera éclater littéralement le mouvement.

(1906- 1907) Aux sources du cubisme

La femme à la cafetière

 Gauguin et Cézanne accueillent le visiteur avec « Soyez mystérieuses«  de Gauguin, magnifique panneau de bois peint et la Femme à la cafetière de Cézanne dont la géométrie annonce le cubisme avec les plis de la robe et la simplification de la cafetière.

(1907 – 1908) Primitivistme 

Un mur de masques africain, sculptures océaniennes rappelle l’autre source d’inspiration des cubistes : le primitivisme. J’ai d’ailleurs rencontré ultérieurement le Nu debout que j’avais découvert au Quai Branly dans l’exposition récente Picasso primitif. Une série de photographies présente ceux peintres, poètes et marchands qui fréquentaient les ateliers de Picasso : Apollinaire, Max Jacob, Kahnweiler, Marie Laurencin et Braque.

Portrait de Gertrud Stein

Le Portrait de Gertrud Stein (1905 – 1906) qualifié de « portrait-masque » voisine avec La Femme à la Tête rouge (1907) et deux autres études de têtes préparatoires aux Demoiselles d’Avignon (1907) (seulement en petite reproduction).

Femme à la tête rouge

L’autoportrait (1907) est sculptural en écho aux masques africains.

picasso autoportrait

(1908 – 1909)Le rapport à Cézanne 

Sous-titre de cette section, une citation de Cézanne, de la géométrie cézannesque « Traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône »…

Le Château de la Roche Guyon

Dans cette salle on voit de nombreux paysages où les tons ocre, gris vert dominent . l’oeuvre que j’ai préférée est le Viaduc à l’Estaque de Braque. Deux tableaux sont jumeaux : Arbres à l’Estaque de Braque et de Dufy, c’est amusant de les comparer comme le jeu des 7 erreurs! Dans cette série j’ai aussi remarqué le Château de la Roche Guyon toujours dans la même tonalité de couleur mais avec une architecture plus compliquée.

(1909 )l’éclatement de la forme homogène

Femme assise

L’expression « éclatement de la forme homogène » est de Kahnweiler

De Picasso on voit de nombreux portraits de Fernande puis des silhouettes assises pour arriver à une plus grande fragmentation dans le Guitariste. Braque suit la même démarche dans le très beau Broc et violon

Broc et violon

(1911) La lettre et le signe

Braque et Picasso se retrouvent à Céret . Ils travaillent en étroite complicité à des expérimentations : une fragmentation en facettes cristallines avec des ajouts de lettres. Les musiciens sont sans visages amis on perçoit la présence d’instruments de musique, l’ajout de clé de sol et du mot VALSE tout à fait lisible.

nature morte sur un piano

Les tableaux deviennent de plus en plus énigmatiques, je m’amuse à chercher les éléments qui ont donné le titre au tableau, la pipe de l‘Homme à la pipe. 

Dans l’Afficionado, Picasso, a dispersé les indices de son portrait d’homme méridional : une moustache, un nœud papillon, un chapeau melon. Avec l’aide du cartel, et en cherchant bien, je les trouve..

 

(1911 – 1912) Les salons cubistes

Gleizes les baigneuses

réunissent de grands tableaux . D’autres peintres se joignent à Braque et Picasso : Gleizes, Le Fauconnier (que je découvre) Metzinger et Fernand Léger. Les tableaux sont aussi plus colorés. J’ai bien aimé les Baigneuses de Gleizes et La Ville de Paris de Robert Delaunay dans lequel j’identifie tout de suite les 3 grâces mais trouve ensuite les piliers de la Tour Eiffel démontée et son sommet plus loin, la Seine plus loin…

Delaunay : La Ville de Paris

Au centre : le Baiser de Brancusi

Un curieux Chagall cubiste s’intitule A la Russie, aux ânes et aux autres

Chagall : A la Russie, aux ânes et aux autres

(1912 – 1917) le collage et l’assemblage 

Braque : Guitare « figure d’épouvante »

M’ont plus La Nature morte à la chaise cannée  (célébrissime) de Picasso et de Braque La guitare « statue d’épouvante ». Je me suis lassée des répétitions à l’infini de ces collages, combien de violons, de verres et de guitares?

Henri Laurens

Pour varier, apparition  rafraîchissante d’Henri Laurens avec un portrait de Joséphine Baker , le retour de la couleur et plus de figuration.

(1913 – 1914) Matières et couleurs

Fernand Léger : le Réveil-matin

Tout un mur est occupé par Fernand Léger, un autre par le Bal Bullier de Sonia Delaunay . Couleurs aussi avec Juan Gris ! Verre et damier, les 3 arbres d‘Herbin.

le bal Bullier

Juan Gris

Une salle est réservée aux sculptures cubistes, citons Lipschitz, Modigliani, Brancusi et Archipenko.

Lipschitz

 

Herbin : 3 arbres
Herbin 3 arbres

poètes et critiques

Marie Laurencin a représenté Apollinaire et ses amis

Marie laurencin : Apollinaire et ses amis

(1913 -1914) : salons cubistes

Metzinger : l’Oiseau bleu
Metzinger : l’Oiseau bleu

L’oiseau bleu de Metzinger et l’équipe de Cardiff de Robert Delaunay éclairent cette belle exposition.

Delaunay : l’équipe de Cardiff

La Guerre

« Il n’y a pas plus cubiste qu’une guerre comme celle-là qui te divise plus ou moins proprement un bonhomme en plusieurs morceaux et qui l’envoie au quatre points cardinaux  » Fernand Léger 

André Mare : témoignages de guerre

J’ai beaucoup apprécié ce parcours si détaillé qui montre la démarche pas à pas de Braque et Picasso pendant 10 ans tandis que d’autres peintres les rejoignent et apportent leur personnalité au cubisme.

Géométries Sud du Mexique à la Terre de Feu – Fondation Cartier

Exposition temporaire 14/10/18 au 24/02/19

Freddy Mamani Bolivie style « néo-andin »

Dans le salon, on peut s’asseoir face à l’écran où sont projetés deux documentaires sur le constructeur bolivien Freddy Mamany : les Andes et l’Altiplano d’où il est originaire ainsi que sa ville El Alto qu’il a souhaité repeindre de toutes les couleurs inspirées par les costumes de fête des indiens Aymaras. Certains ont appelé cette architecture « façadisme »  ou kitch post-moderniste.

Salon, salle de bal, conçu par Mamani exprès pour la fondation Cartier
Salon, salle de bal, conçu par Mamani exprès pour la fondation Cartier

Tout le salon est une installation!

La salle suivante est occupée par la construction ajourée de matériau brut de Solano Benitez et Gloria Cabral  (Paraguay) également crée exprès.

Solano Benitez & gloria Cabral : la géométrie comme un rythme…

en contrepoint de cette construction massive les sculptures graciles en fil d’acier ou d’aluminium formant treillis et résilles de Gego (Vénézuela)

stèles traditionnelles de pierre (3000-2000 av JC) confrontés aux tableaux contemporains

Les deux salles du sous-sol recèlent de nombreuses œuvres de taille plus modeste mais non moins variées et intéressantes : poteries anciennes ou grès et céramiques contemporains, acryliques ou huiles colorées et géométriques, de toutes couleurs et influences, stèles de pierre indiennes ou contemporaines…

Grès et céramiques de Gustavo Perez Mexique

Les œuvres sont si nombreuses, de provenances diverses que je ne sais que choisir. Difficile de se concentrer sur un objet, une photo ou un tableau.

La dernière salle est sombre, éclairée en son centre par une installation textile originale

Brumes 2013 Olga de Amaral Colombie

On semble immergée dans la sombre forêt amazonienne, où l’artisanat indien est très présent (tissage, bâtons-serpents) ainsi que les photographies de peintures corporelles très impressionnantes et d’une géométrie parfaire.

Luiz Zerbini : a primeira missa

Deux grands tableaux m’ont impressionnée.

Luiz Zerbini Brésil Coisas do Mundo

L’exubérance tropicale de la forêt amazonienne, les références historiques, les couleurs les motifs géométriques; tout me plait! Et j’en fais des photos de détail:

géométries délicates

 

J’aurais pu m’arrêter sur d’autres sujets, mais celui-ci est mon coup de coeur.

 

 

Mucha au Musée du Luxembourg

Exposition temporaire du 12/09/18 au 27/01/19

On connait Mucha l’affichiste Art Nouveau qui fit la publicité de nombreuses marques françaises en particulier pour les Expositions Universelles

J’avis déjà vu d’autres affiches du papier JOB à Perpignan.

Les affiches qui le rendirent célèbre furent celles de Sarah Bernhard

Sarah Bernhard

 

la dame aux camélias

Aussi Médée, Gismonda….

Comme tous les artistes Art Nouveau Mucha se consacra aux arts décoratifs, motifs et bijoux avec les courbes et les formes végétales, aussi avec des emprunts à l’Orient, à Byzance et à ses origines slaves.

Tchèque, dans l’Empire Austro-Hongrois, il s’attacha à illustrer les thèmes slaves et au cours de l’Exposition Universelle, il décora le pavillon de la Bosnie-Herzegovine et voyagea dans les Balkans

La peinture de Mucha ne se limite pas à des travaux d’affichistes. Une salle le présente, mystique et Franc-Maçon avec des peintures ou pastels recherchant la spiritualité, à la limite de l’abstraction.

En 1910 Mucha retrouve sa terre natale. Son oeuvre est celle d’un patriote tchèque et slave.

le siège de Sziget

Il choisit 20 épisodes de l’histoire slave pour son Epopée Slave en 20 très grands tableaux historiques où on voit des foules . Un diaporama de 10 minutes sur un écran incurvé nous montre les tableaux et zoome sur les détails.

L’affranchissement des paysans russes

Introduction de la Liturgie slave (9ème siècle)

Pour ma part, je ne suis pas très fan de grandes fresques historiques et encore moins de ses vitraux. Tout cela me renvoie à une une exaltation nationaliste qui ne m’enthousiasme pas vraiment.

Les Nadar à la BnF

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 3 février 2019

 

Depuis la rentrée 2018, la photographie a été très présente sur mon blog : A son Image de Ferrari, Miss Sarajevo d‘Ingrid Thobois sont deux romans qui prennent la photo pour thème. Par ailleurs les expositions l’Envol de la Maison Rouge, celle de Ron Amir, Quelque part dans le Désert,  Personna Grata., ainsi que les photographies de Mossoul, Alep et Palmyre à IMA….Et toujours le regret de PhotoQuai que je suivais les années précédentes. Il est donc logique que j’aille aux sources : les Nadar.

 

Plutôt que de se focaliser sur un photographe, la BnF a choisi de confronter les 3 Nadar : Félix, Adrien et Paul. Dans la famille Nadar, ou plutôt Tournachon, à l’origine se trouve le père, Victor, imprimeur et libraire à Lyon, le premier à avoir publié Histoire de Ma Vie de Casanova.

trombinoscope : le Panthéon

Le fils Félix(1820-1910) se destinait plutôt à l’écriture, monte à Paris dans le début des années 1840, rencontre Baudelaire, fréquente la Bohème, Baudelaire, Nerval, Bainville, Gautier, Dumas…..devient caricaturiste et en 1852 réunit dans son Panthéon 120 caricatures et portraits des célébrités.

Baudelaire caricature

En 1854, il se tourne vers la photographie et dès 1858, entrevoit l’intérêt de la photographie aérienne(sur la caricature on le voit avec un ballon). En 1861, il met au point la photographie à la lumière artificielle ce qui lui permet de réaliser des reportages dans les catacombes et les égouts de Paris. En 1863 il réalise son premier vol en ballon.

nadar et son ballon

Le frère Adrien, entreprend des études de peinture en 1840. part dans la Pologne révolutionnaire en 1848, puis se consacre également à la photographie sans abandonner la peinture. Il réalise même des copies de Giorgione et de Bassano, restaure des tableaux.

 

Paul, le fils de Victor, devra s’imposer pour faire connaître son prénom. Il s’intéresse à une innovation : la réalisation d’Instantanés à partir de 1860. Il devient le promoteur de la photographie Instantanée et le représentant de Kodak Eastman pour la France avec son appareil Express Détective. Avec ce matériel portatif il part en reportage au Turkménistan.

 

Emir de Boukhara

Il réalise également des agrandissements photographiques qui sont les produits les plus lucratifs des Ateliers Nadar. Il fonde également la revue Paris-Photographie – magazine luxueux.

maquette d’hélicoptère

En plus de découvrir ces artistes, esprits curieux et techniciens inventifs, la visite de l’exposition est une promenade mondaine dans le Paris des écrivains et des artistes. Le portrait est la spécialité des ateliers Nadar. On a plaisir à déambuler devant les portraits de Baudelaire, de Guizot, Bakounine, George Sand qui était une amie de Félix Nadar, Daumier, Rossini, Delacroix, Dumas, Millet, Gustave Doré, Sarah Bernhard….Félix Nadar veut saisir le « côté psychologique de la photo » visage bien au centre sur un fond neutre tandis qu’Adrien met en scène les personnages en costume (Pierrot) ou réalise des photographies pittoresques d’un cavalier arabe ou de musiciens ambulants des Abruzzes. Paul continue les portraits, très beau portrait de Mallarmé, ou de Joséphine Baker. Il compose également des « tableaux vivants« , soigne la mise en scène, exécute des retouches.

C’est donc une visite très plaisante.

Les contes cruels de Paula Rego à l’Orangerie

Exposition temporaire 17/10/18 /-14/01/19

Paula Rego : La danse (1988)

 

Encore une jolie surprise! Je ne connaissais pas cette artiste Portugo-anglaise. L’affiche m’avait plu et le titre Les Contes cruels m’avaient intriguée.

Paula Rego : In the garden

L’exposition de l’Orangerie nous plonge dans l’univers de l’enfance, de ses jouets, ses contes et comptines, des personnages mythiques, des animaux qui parlent….Univers cruel et non pas mièvre comme l’a analysé Bruno Bettelheim. Une série présente des petites filles avec un chien.

Petite fille et chien. Non! ce n’est pas le chaperon rouge!

Trois grandes toiles carrées montrent encore des petites filles, l’une d’elle est la petite meurtrière perversion de l’enfance!

Paula Rego : la petite meurtrière

On aime se faire peur dans le monde de l’enfance!

De curieuses saynettes sont orchestrée avec des masques de papier mâché, des poupées de chiffon, des costumes de théâtre, des poupées désarticulée. Atmosphère étrange. On retrouve plus loin ces montages dans divers tableaux dans la dernière salle.

Paula Rego a épousé le peintre anglais Victor Willing. Elle partage son temps entre Londres et le Portugal.

Elle illustre les Nursery Rhymes  par des gravures s’inspirant des illustrateurs comme Rackam ou Benjamin Rabier mais aussi Goya Caprichos et Proverbios ou Jean-Jacques Granville et Sa vie privée des animaux. Hockney a également illustré les contes de Grimm

Babablack sheep…est interprété de manière personnelle, les trois sacs de laine sont rangés de côté tandis que le mouton est érotisé dans une posture équivoque.

 

 

 

Cette araignée effrayante (comme les enfants aiment avoir peur!) est peut être inspirée des araignées de Louise Bourgeois présentées à côté.

 

Le monde de l’enfance est aussi celui des punitions et des réprimandes (titre de la salle suivante) . On y découvre une fille de policier inquiétante.

La Fille du Policier
La Fille du Policier

Des scènes familiales mettent en scène les Bonnes meurtrières de Genêt et une curieuse scène où le père est comme un pantin, évanoui ou déjà mort tandis que dans le tableau des éléments religieux font des allusion à la résurrection.

Gepetto

Les grands tableaux de la salle suivante sont des pastels, technique que Paula Rego affectionne particulièrement. Elle illustre Peter Pan et Pinocchio. Anecdotiquement l’audio-guide m’apprend que pour la Fée Bleue et pour Gepetto Paula Rego a fait poser sa fille Victoria et son gendre Ron Mueck (sculpteur) .

L’oeuvre la plus spectaculaire de cette section est le grand tableau de La Guerre inspiré d’une photo d’une petite fille pendant la guerre en Irak. Paula Rego a remplacé les têtes par celles de lapins de papier mâché et a fait figurer des animaux dans la composition.

La Guerre

Un mur regroupe le thème Animaux et Animalité . Contrairement aux contes qui montrent des animaux humanisés qui parlent ou qui adoptent des comportement humains. Il s’agit de femmes aux attitudes et postures de chiens Dogwomen. 

Dogwoman

« Etre une femme-chien ne signifie pas nécessairement être opprimée . cela n’a pas grand-chose à voir. Dans ces tableaux, chaque femme-chien n’est pas opprimée mais puissante. C’est bien d’être bestiale. C’est physique. manger, grogner, toutes les activités liées aux sensations sont positives. Représenter une femme en chien est complètement crédible. C’est souligner le côté physique de son être. »

Précise-t-elle dans une longue citation sur le dépliant de présentation de l’exposition. 

Face aux gracieuses et riantes danseuses de Degas, aux couleurs chatoyantes  5 grands tableaux ont été inspirés de la danse des Autruches du film Fantasia . Pas d’oiseaux  dans ces oeuvres mais les danseuses massives et ironiques.

Danse des autruches
Danse des autruches

Héroïnes :Paula Rego est fascinée par le personnage de Jane Eyre qu’elle met en scène dans un triptyque. Elle représente des femmes fortes comme l’ accordéoniste.

L’exposition se termine par des histoires moins traditionnelles, des mises en scène plus personnelles dans d’énormes tableaux très colorés et très riches avec de nombreux personnages autour des pièces de Martin McDonagh

L’épouvantail et le porc.
L’épouvantail et le porc.

L’épouvantail et le porc est presque une crucifixion avec une procession qui gravit la montagne. Le porc a sauvé l’épouvantail d’un incendie du champ dans lequel il se trouvait. Mais il ne s’opposera pas à la décapitation de son bienfaiteur par l’éleveur. Dans un  coin, la femme au chapeau porte une faux, représente-t-elle la mort?

pillowman

Deux grands triptyques mettent en scène le personnage du Pillowman (Martin McDonagh) . Le pillowman étouffe les enfants par sa tendresse pour leur épargner des souffrances dans le monde. (thème évoqué dans Les petites filles et la mort de Papadiamantis). La tendresse du Pillowman évoque à Paula Rigo son propre père et elle met dans le tableau des éléments de sa vie personnelle, ses souvenirs d’enfance, la plage d’Estoril où elle allait avec ses parents, une partie de pêche

pillowman

Etonnante illustration du Chef d’Oeuvre inconnu de Balzac qui avait aussi inspiré Picasso

j’ai découvert sur internet en me documentant que Paula Rego, féministe avait peint le triptyque sur l’Avortement à propos de la campagne pour sa légalisation au Portugal en 1998. Cette oeuvre ne figure pas dans l’exposition de l’Orangerie mais je la mentionne ici.

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Fendre l’air – art du bambou au Japon – Musée du Quai Branly –

Exposition temporaire du 27/11/18 au 7/4/19

Exquise surprise!

Petite, à l’école, j’ai détesté la vannerie.

Plus tard, j’en ai acquis une idée utilitaire :  paniers pour faire les courses,  corbeilles à fruits…Le titre Fendre l’air, ne me disait rien, j’ai cru voir une nacelle de Montgolfière. 

Cherchant le  bateau-atelier de Titouan Lamazou, je me suis égarée. A la sortie de l’ascenseur j’ai trouvé les vitrines de la cérémonie du thé où les accessoires attendus, théière et bol sont accompagnés de vannerie fine.

la cérémonie du thé

Je me suis laissé séduire par les matières, les formes, la technique parfaite. Finesse des fibres et des points. Élégance des formes pour les objets usuels : paniers, corbeilles destinés souvent aux compositions d’ikebana

anse liane

Classique et parfait comme ce panier.

les créations contemporaines se détachent de leur rôle d’utilité et adoptent des lignes audacieuses,

support pour ikebana ou oeuvre dart? Les deux sans doute

 

Plusieurs vidéos donnent la parole au maître-vannier. On le voit travailler, transmettre son savoir-faire aux apprentis. Fendre le bambou, c’est sans doute ce qui a inspiré le titre de l’exposition. Est-ce de l’artisanat ou de l’art pur? Il semble que la distinction n’existe pas. L’artisan façonne un objet utile, l’artiste fabrique une création abstraite. Le même ouvrier est parfois artisan, parfois artiste. Tout dépend de la commande, dit-il.

abstraction?
abstraction

 

Selon la finesse de la fibre, la laque ou la teinte naturelle il y a une infinité de textures

support pour ikebana ou oeuvre d’art? Les deux sans doute

Densité

incroyable légèreté
incroyable légèreté

Saraceno – On Air – au Palais de Tokyo

CARTE BLANCHE A SARACENO

Exposition temporaire du 17/10/18 au /01/19

araignées tisseuses

Quelle est la perception de l’espace, de la musique et même du cosmos, du point de vue de l’araignée?

Les araignées construisent des toiles, chacun sait cela. Avez-vous pris le temps de la contemplation de cette architecture soyeuse d’une géométrie parfaite? Peut-être au petit matin quand la rosée du matin a laissé des perles irisées. Saracenonous propose un autre point de vue : dans les immenses salles obscures du Palais de Tokyo, des cages de verre emprisonnent leurs constructions éclairées par des spots. parfois on distingue l’araignée. parfois non. Selon l’espèce, la toile aura une structure différente. Parfois deux sortes de toiles coexistent dans une seule cage. Chacun sort son téléphone ou son appareil photo pour capter des images inédites. 

La toile est un piège, l’araignée perçoit les vibrations de la soie quand la proie vient s’y prendre. Saraceno émet l’hypothèse que cette perception des vibrations permettrait de capter des sons. Des micros sont donc installée, récepteurs des vibrations infimes de l’air, amplifiant une musique aléatoire comme les poussières qui dansent dans un faisceau lumineux projeté sur un écran. Sounding the air est une sorte d’instrument de musique où  5 très longues fibres de soie éclairées vibrent à la présence des spectateurs (changement de température, de pression de l’air); les vibrations sont traduites en fréquences sonores.

aérographie

Comme par associations d’idées inconscientes, de l’araignée nous sommes passées aux vibrations de l’air, provoquant le son, donc la musique. Et toujours par association d’idées, nous voilà « On Air » avec ces poussières qui dansent, et la pollution des particules de suie récoltées à Mombay. Cette suie va être l’encre des aérographies : stylos reliés à des ballons gonflés à l’hélium dessinant sur des surfaces blanches des tracés aléatoires confrontés à des toiles d’araignées noircies, « nouveau langage pour l’ère de l’Aérocène » (copié du dépliant disponible à l’entrée de l’exposition)

Glissons dans une aventure pour explorer l’Aérocène : vidéos d’une étrange expédition aéronautique mue à l’énergie solaire au dessus des zones désertiques aux USA et en Argentine.

Et toujours par glissement sémantique, nous voici dans l’espace, le cosmos à la recherche des rayons cosmiques, de lumière émise il y a des centaines de milliers d’années…même des ondes émises lors d’éruptions solaires. On revient aux araignées, peut être les perçoivent-elles? Algo-r(h)i(Y)thms  à la recherche d’autres perceptions. C’est poétique mais peut être trop subtil pour moi.

Le Muséo aéro-solar est un musée volant fait d’un assemblage collectif de sacs plastiques usagées.

J’ai passé près de deux heurs à errer dans les salles tantôt obscures tantôt blanches entre toiles d’araignées , installations et expériences scientifiques. Parcours poétique très planant. Je ressors du musée comme flottant dans l’une de ces bulles que je ne suis pas arrivée à photographier. Je n’ai pas tout compris, mais qu’importe. qui a dit qu’on devait comprendre à la lettre la poésie?

Egon Schiele à la Fondation Vuitton

EXPOSITION TEMPORAIRE – jusqu’au 14 janvier 2019

Essayez d’arriver hors de l’affluence, les dessins, aquarelles et tableaux sont d’assez petits formats. S’il y a foule dans les salles vous n’en profiterez pas!

Schiele et Basquiat sont présentés ensemble.Tous deux sont des artistes précoces,  prolifiques et prodiges, tous deux morts jeunes, à 28 ans. Tous deux rebelles à leur manière. Toutefois il vaut mieux arrêter une comparaison stérile et visiter deux expositions séparément, l’une après l’autre.

autoportrait

Beaucoup d’autoportraits – j’aime parce que cela permet de connaître l’artiste! Egon Schiele me fait penser à un Pierrot, un peu lunaire, un peu spectateur, un oeil grand ouvert, l’autre parfois plissé, ironique?

Des nus, féminins et masculins. Virtuose dans un tracé précis, sans reprises et sans ratures. On a l’impression qu’il a dessiner d’un seul trait. La couleur souligne certaines parties du corps, les mains, le visage, le plus souvent pas toujours, parfois un vêtement, ou une chevelure.

Des portraits d’une acuité impressionnante, les mains sont parfois plus expressives que les visages.

L’exposition est ordonnées selon « La Ligne »  : « Ligne ornementale » (1908-1909) où l’influence de Klimt est évidente dans la Danaé aux couleurs métalliques

 

La « Ligne expressionniste » (1910-1911) quand Egon Schiele s’éloigne du Jugendstil. on sent l’ influence de Kokoschka.

Egon Schiele expérimente différentes techniques à l’aquarelle : aquarelle humide, couleurs expressionnistes n’ayant aucun rapport avec la réalité : jaunes acide de la peau,taches bleues. Parfois, il entoure le dessin d’une auréole de gouache blanche. Parfois il utilise une gouache épaisse ou fait de petites taches par petites touches vives, bleu ou violet modelant les chairs.

Il quitte Vienne et peint des paysages

A la suite de la disparition d’une jeune fille, il est même soupçonné d’enlèvement et incarcéré.Les seules charges contre lui sont des dessins obscènes! et il est relâché.

A la suite de son séjour en prison, on note dans ses dessins une « Recherche de l’équilibre » 

puis en 1915-1918 « La ligne Recomposée« . Il est mobilisé pendant la Guerre de 14-18 mais meurt de la Grippe espagnole en 1918.