A la Recherche des oeuvres disparues d’Alberto Giacometti à l’Institut Giacometti

Exposition temporaire jusqu’au 12.04.2020

l’atelier de Giacometti (reconstitué)

Depuis longtemps j’avais envie de visiter l’Institut Giacometti. 

L’Institut Giacometti occupe le très bel hôtel particulier du décorateur  Paul Follot (1877-1941),5 rue Schoelcher (métro Raspail), une rue tranquille le long du cimetière Montparnasse. Cette maison et son intérieur méritent la visite (cliquer  sur les liens pour les photos). Entre Art Nouveau et Art déco, les meubles, bien sûr ont laissé place à un espace d’exposition mais on remarque les murs recouverts de tentures ou lambrissés, les vitraux ou les corniches, les mosaïques avec des tesselles dorées. J’ai surtout aimé le coin du feu avec la cheminée d’angle entre deux banquettes de cuir blanc sur lesquelles il devait faire bon s’asseoir.

Hôtel particulier de Paul Follot, 5 rue Schoelcher

La porte bleue s’ouvre, en face de la billetterie – une simple table – on a reconstitué l’atelier du sculpteur, protégé par une paroi transparente – ébauches et plâtres, pinceaux, outils….tout est resté tel quel.

Dans un coin on peut voir 3 minutes du film Portrait de Giacometti d’Ernst Scheidegger qui montre Giacometti travaillant et commentant son travail. Ce film  de 50 minutes est disponible sur Youtube, mais en Allemand non sous-titré . Il commence avec une série de dessins plutôt cubistes, des portraits d’Eluard, des tables de café, ambiance de Montparnasse…

Giacometti : Autoportrait 1925

L’exposition temporaire est présentée dans le reste de la maison. Elle restitue des reconstitutions d’oeuvres qui ont disparu dont il reste des documents d’archives : photographies, croquis….

Giacometti :femme assise

Ces sculptures perdues datent de 1920 à 1935. On devine l’influence surréaliste dans la première salle organisée autour d’un objet surréaliste qui fait penser à une charrue ou à un instrument de musique selon l’angle considéré.

objet surréaliste

Des photographie restituent les sculptures dans leur contexte comme cette Girafe dans son jardin. Des croquis sur de petits carnets sont émouvants.

L’oiseau-silence

L’oiseau-silence fut réalisé en bois par un ébéniste. D’abord entreposé dans l’atelier de Max Ernst, il fut ensuite détruit

Bien différentes des sculptures filiformes que nous connaissons, les réalisations plus massives traduisent l’influence cubiste:

1926

j’ai beaucoup aimé le mannequin

mannequin (1932-1933)

Même si la place manque pour de grandes rétrospectives, je reviendrai 5 rue Schoelcher!

Frapper le fer – L’art des forgerons africains- Quai Branly

Exposition temporaire jusqu’au 29 mars 2020

Instruments de musique : cloches

Eblouie!

Quelle belle exposition!

Un panneau lumineux accueille le visiteur : en alternance les globules rouge et une éruption solaire : le fer rouge en fusion, rouge le minerai.  Rouge, le fer et le sang. L’art de travailler le fer est un don divin et dans certaines sociétés africaines les forgerons sont vénérés et craints.

herminette cérémonielle

L’exposition commence dans le domaine du cérémoniel et du sacré avec des lames cérémonielles. Ma préférée est une herminette surmontée d’un oiseau symbolisant la « hauteur de vue du chef » qui la possède (selon une conférencière qui guidait un groupe que nous avons suivi de loin). Herminette cérémonielle, aussi hache, faucille. Certaines œuvres sont prestigieuses.

faucille

On s’intéresse à la forge, enclume et marteau, parfois le même outil peut être les deux si on le brandit à deux mains comme une masse ou si on plante le manche dans la terre. Autre outil indispensable : le soufflet. Certains sont étonnants

deux soufflets

Une vidéo montre comment deux sacs de cuir actionnés à deux mains servent de soufflet.

Un masque yoruba (Nigéria) pour honorer les femmes ménopausées (mais porté par un homme) montre une forge

masque yoruba : forge miniature

 

Certaines réalisations sont très sophistiquées comme ce chandelier à lampes à huile avec 46 coupelles : arbre de vie hébraïque

chandelier à huile

Les forgerons fabriquent les outils agricoles comme les houes mais aussi des « outils » plus magiques comme ces crochets à nuages dogons , suppliques pour appeler la pluie  ou ces bouquets magiques en zigzag rappelant les éclairs

vase magique contenant des éclairs activateur de pluie

Les forgerons étaient ainsi en communication avec le monde surnaturel. Le Nommo dogon, voleur de feu rappelle un peu Prométhée.

masque dan

Une série d’objets d’interroge : des ceintures pelviennes, ceintures de chasteté?  protection ou parure. Elles devaient être drôlement inconfortables

Ceintures pelviennes

Quittant le domaine utilitaire, je reconnais les Asen que j’ai rencontré au Bénin, fon ou yoruba , ces plateaux portés sur des baleines comme celles d’un parapluie ils sont destinés à honorer un défunt décrivant sa personnalité

Asen

Forgés également nombreux instruments de musique comme les cloches ou les lamellophones.

Bien sûr les armes sont également présentes, lames de toute forme et même armes de jet aux formes tout à fait sophistiquées aussi belles que redoutables.

armes de jet

Enfin, il ne faut pas oublier les monnaies : les plus simples comme ces barres à section carrées ou les plus monumentales comme ces impressionnantes lames hautes comme un homme. Certaines étaient même utilisées lors des mariage, dot ou contrepartie.

Beaucoup plus qu’une exposition de beaux (très beaux objets) ouvragés, ciselés, ornés c’est une ouverture sur un monde surnaturel très étrange.

 

 

Otto Wagner Maître de l’Art Nouveau viennois à la Cité de l’Architecture

Exposition temporaire à la Cité de l’Architecture  jusqu’au 16 mars 2020

J’ai « découvert » l’Architecture Art Nouveau  à Vienne il y a une bonne vingtaine d’années ; découverte entre guillemets puisque j’ai grandi à Auteuil dans un quartier marqué par Guimard. Au fil de nos voyages, j’ai retrouvé l‘Art Nouveau à Budapest et dans d’autres villes hongroises, Riga et plus au sud en Espagne avec Gaudi.  Je ne voulais pas rater l’exposition de la Cité de l’Architecture. 

L’exposition Otto Wagner présente l’architecte, professeur, théoricien dont l carrière a débuté en 1860, peu de temps après la création du Ring qui fut un chantier monumental donnant de nombreuses opportunités aux architectes. Otto Wagner, en quête de reconnaissance, participa à de nombreux concours à Vienne et dans le reste de l’Empire Austro-hongrois. L’exposition est donc nourrie de nombreux dessins de projets présentés à ces concours, la plupart des projets ne furent pas réalisés. Je suis assez étonnée de la surcharge des décors qui me font penser davantage à l’éclectisme historiciste qu’au Pavillon Sécession si élégant. Enormes compositions comme ce Palais Artibus (1880) empreint de grandeur antique avec musée, bibliothèque, théâtre, même un panthéon à coupole qui servit d’inspiration au Parlement de Budapest. Je n’ai pas été franchement séduite par cette débauche de palais de façades fastueuses et j’ai commencé à m’ennuyer un peu. 

En revanche, les meubles, objets et façades des immeubles de rapport m’ont plus intéressée. Majolique et décor plus sobre, plus moderne, plus fonctionnel. Dans la conception et la réalisation de ces logements ont été une source de richesse pour l’architecte. 

La maquette de l‘église du Steinhof et le projet initial  d’hopital psychiatrique montre (1902) encore le souci d’urbanisme et d’intégration d’un projet dans le contexte physique de la ville

projet de fontaine pour la Karlsplatz de Vienne

C’est au tournant du siècle (1899) qu’Otto Wagner rejoint le Mouvement Sécession fondé par Klimt, Egon Schiele, Kolomar Moser. La présentation du Pavillon Secession, des expositions qui s’y déroulèrent, la frise Beethoven de Klimt (1902), la revue Ver Sacrum ont retenu mon attention . 

Grand format, une présentation des bureaux du journal Die Zeit , fonctionnelle avec de l’aluminium, et celle de la salle des guichets de la Caisse d’Epargne de la Poste de Vienne sont passionnantes. Une vidéo explique l’architecture de la Caisse d’Epargne avec sa verrière sous une autre verrière incluse dans la cour d’un bâtiment.

Un diaporama montre les principales réalisations Art Nouveau dans toute l’Europe.

Si vous projetez une visite de cette exposition je vous conseillerais de passer rapidement le début et les dessins  de projets non réalisés pour garder de la fraîcheur pour la fin qui est nettement plus intéressante.

 

Du Douanier Rousseau à Séraphine – Les grands maîtres,naïfs- au Musée Maillol

Exposition temporaire jusqu’au 23 février 2020

René Rimbert : Le Douanier Rousseau montant vers la gloire et entrant dans la postérité

 

Le Douanier Rousseau m’enchante, j’ai découvert Séraphine au cinéma sous les traits de Yolande Moreau mais je ne connaissais pas ses tableaux.  C’était donc l’occasion d’en savoir plus sur les peintres naïfs ou plutôt « dits naïfs »  « primitifs modernes » selon l’expression du collectionneur Wihem Uhde , oubliés du grand public et inconnus de moi : René Rimbert, André Bauchant, Louis Vivin, Camille Bombois, Dominique Peyronnet. 

Quelle meilleure entrée en matière que cette ascension vers la gloire du Douanier Rousseau peint par Rimbert accueilli dans les cieux par Delacroix, Courbet, Cézanne et Renoir! Peint en 1926 il me paraît surréaliste. Le Douanier Rousseau jouissait d’une certaine gloire, Picasso possédait deux tableaux qu’il exposait chez lui. Mais les autres? Oubliés aujourd’hui, ils étaient remarqués des collectionneurs comme Dina Vierny  ou Wilhem Uhde.

 

 

Louis Vivin : Le Ballet (1925)

 

les tableaux de Vivin, vues du Sacré Coeur et le Ballet correspondent à mon « idée préconçue de l’art naïf » avec un grand souci du détail et de la couleur et un certain mépris de la perspective. Je vais découvrir au fil de l’exposition que ce courant de peinture est beaucoup plus riche que je ne l »imaginais. 

André Bauchant : fleurs de dahlias dans un paysage

 

les bouquets de fleurs colorées d’André Bauchant qui fut pépiniériste, ceux de Séraphine

Séraphine : feuilles

Les Feuilles et les bouquets ne furent pas une surprise, en revanche les natures mortes sont plus inattendues

Louis Vivin : nature morte au Homard

A la suite de Rousseau la jungle fantasmée fut une source d’inspiration. J’ai beaucoup aimé les oiseaux exotiques ou pas d‘André Bauchant

André Bauchant : oiseaux exotiques

Une salle : La Mer toujours recommencée présente des tableaux de Peyronnet avec des vagues ou des rides sur le sable peint avec une minutie fascinante sous des ciels embrumés ou orageux qui m’ont séduite :

Dominique Peyronnet : sous un ciel d’orage

les vues de la ville de René Rimbert s’éloignent de l’idée de la peinture naïve :

René Rimbert : vue sur la ville ou la fenêtre ouverte

me renvoie plutôt aux cubistes. J’aime beaucoup ce tableau.

Encore une exposition pour faire bouger les lignes de mes préjugés!

 

Jules Adler peintre du peuple au mahJ

Exposition temporaire du 17/10/2020 au 23 /02/20

 

Grève au Creusot

Un peintre  oublié, célèbre en son temps, que la vague impressionniste puis cubiste a relégué dans la peinture académique qu’on a négligée.

Peintre du peuple, peintre des luttes ouvrières, peintre des « las »,

les las

Foules fatiguées par un labeur harassant, illustration de l’Assomoir.

Peintre naturaliste, successeur de Courbet, natif de Luxeuil-les-Bains (1865) admirateur de Zola. Ses tableaux illustrent parfaitement l’atmosphère de Germinal ou des autres romans de Zola. En 1901, Adler se rend à Ch&rleroi pour peindre mines et mineurs

1901 Charleroi, au pays de la mine

Il peint les hommes au travail comme cette fabrique de bouteilles

les enfourneurs

Adler peint les humbles, les foules anonymes de Paris témoins d’un accident

l’accident

Dreyfusard de première heure, il rencontre Zola (des coupures de journaux rappellent aussi l’appel de fonds pour le Monument de Zola.

Trop âgé pour être mobilisé pendant la Grande Guerre, il ouvre avec sa femme une cantine puis en 1917 part à Verdun comme « artiste aux armées » et réalise un grand nombre de croquis, dessins à peine rehaussés de couleur où se détache souvent le squelette d’un arbre dénudé sur la neige, portraits de prisonniers. On ne voit aucune intention d’héroïsme, soldats comme les ouvriers de ses tableaux  au travail, épuisés.

Il continue à peindre les humbles, les petites gens, les marins, les paysans, et les femmes « matelotes d’Etaples » scrutant la mer qu’on imagine mauvaise. Étonnamment, les personnages les plus gais sont les  « chemineaux » ces vagabonds qui parcourent les campagnes cherchant à se louer dans les fermes

 

la chanson

et cet autre chemineau, homme libre et bienveillant qui devient philosophe

chemineau philosophe

Selon les commentaires, le chemineau en marche serait l’alter ego de l’artiste qui lui rappelle le colporteur juif ou même le Juif errant.

Peintre d’histoire, il a fait un grand tableau représentant la conscription de 1914, une foule immobile étonnée et un autre joyeux de l’Armistice

L’armistice 1918

Son oeuvre se poursuivra entre les guerres, il peint Paris et les parisiens

Paris dans les fumées (rue de Rome)

Il sera interné à Picpus pendant l’Occupation.

Adler au Musée du Judaïsme? vous ne trouverez pas de Juifs barbus ou de thèmes religieux, tout juste un petit dessin appelé « juif au café« . Sa peinture est sociale avec une attention particulière aux humbles et aux opprimés.

«  »je pense souvent qu’il doit y avoir une sorte de relation que les images de la souffrance sociale m’attirent tellement parce que je suis juif et que mes ancêtres, pendant des générations ont tant souffert »

Luca Giordano – (1634 – 1705) Le triomphe de la peinture napolitaine au Petit Palais

Exposition temporaire au Petit Palais jusqu’au 23 février 2020 au Petit Palais

Luca Giordano : autoportrait

A l’entrée,  une série d’autoportraits nous permet de faire connaissance avec le peintre de sa jeunesse à l’âge mur.

Les expérimentations d’un jeune artiste

Dans cette première salle, nous assistons à l’apprentissage de l’artiste, « Luca-fa-presto »  étudie les maîtres imitant Titien, Reni ou Rubens…. si bien qu’on l’a accusé de faussaire.

Le Christ devant Pilate

Dans le Christ devant Pilate, il a combiné deux estampes de Dürer pour composer un tableau personnel.

La Vierge, l’Enfant avec Saint Jean Baptiste

La Vierge, l’Enfant avec Saint Jean Baptiste renvoie à la Vierge de Lorette de Raphaël montrant un artiste qui maîtrise l’art du pastiche.

La définition du Mythe Giordano dans les églises de Naples

Six très grands formats dans une salle tendue de violet avec des arcades tentent de rendre aux retables et grands tableaux d’église leur décor d’origine.

Je n’aime pas forcément tous ces chefs d’oeuvres de la Contre-Réforme comme La Madone du Rosaire où figurent Sainte Thérèse d’Avila, Catherine de Sienne et Saint Dominique.

Saint Michel Archange chassant les Anges Rebelles

En revanche les deux grandes toiles héroïques : Saint Michel archange chassant les anges rebelles m’a frappée : peinture sculpturale sans aucune condescendance ou mièvrerie.

Saint Antoine donnant l’Aumône

L’héritage de Ribera

Le bon samaritain (1660)

est présenté dans une grande salle très sombre tendue de brun. On y fait dialoguer les tableaux et les peintres Ribera et Giordano, mais aussi Preti et Giordano, Caracciolo et Giordano, Caracciolo introduisant l’influence directe du Caravage dans des tableaux sombres, dramatiques au contre-jour à l’éclairage violent.

Le Bon Samaritain fut même attribué jusqu’au XXème siècle à Ribera.

Le martyr de Pierre

Au centre le Martyr de Pierre de Preti est accompagné de deux toiles de Giordano avec la même ambiance caravagesque, j’ai préféré le Preti, plus riche. Leur faisant face, sur la cimaise opposée : Apollon et Marsyas peints par Ribera (1637) et Giordano (1660). La composition rappelle le Martyr de Pierre, le Ribera est moins sombre, son Apollon plus gracieux, tandis que le Giordano est plus sombre, plus violent encore.

Ribera : Apollon et Marsyas

j’ai apprécié le dialogue des Saint Sébastien : Ribera (1651), Preti (1657) Giordano (1660) dans une salle tendue de rouge (et c’est encore le Preti que j’ai préféré).

Luca Giordano entre cynisme et stoïcisme est le titre de la section suivante : une collection de portraits de philosophes ainsi que deux tableaux de la Mort de Caton et Mort de Sénèque.

Le triomphe de la mort : Giordano et le spectacle de la Peste. La peste de Naples 1656 décima la population. Giordano montre l’intervention de Saint Gennaro. C’est encore l’occasion de la confrontation de Preti et de Giordano. 

Vient ensuite une série de dessins sur des sujets mythologiques ou bibliques qui montre la virtuosité de Giordano comme dessinateur.

Le baroque local

 

Cette fois-ci, Giordano est présenté à Pierre de Cortone, tous les deux invoquant la figure de Saint Alexis avec des teintes plus claires (fond jaune) et apparition de putti bien baroques.

Giordano n’a pas peint que des sujets religieux toute une salle présente des sujets mythologiques avec des héroïnes alanguies comme Ariane abandonnée, Diane et Endymion, le Retour de Persephone, Polyphème et Galatée

En 1694, départ pour l’Espagne où il a de nombreuses commandes royales pour l’Escurial, la Bibliothèque du Prado, Saint Laurent des allemands où il réalise d’éblouissantes fresques qu’on peut admirer dans une salle où elels sont projetées à 360° accompagnées de la musique de Scarlatti : Lamentations pour l’office des Ténèbres.

La dernière salle Le grand Séducteur à la Cour d’Espagne montre un style lumineux, aérien et insouciant avec une belle Assomption de la Vierge et Tancrède baptisant Clorinde qui fait plus penser à un badinage amoureux qu’à un acte religieux.

 

Toulouse Lautrec au Grand Palais

Exposition Temporaire jusqu’au 27 /01/2020

Cette grande exposition dévoile des facettes que je ne connaissais pas du peintre- affichiste de Montmartre qui se révèle être aussi un merveilleux dessinateur (je m’en doutais un peu) et un portraitiste.

J’ai beaucoup aimé les portraits où l’on ressent la parenté avec Van Gogh ou Emile Bernard.

Portrait d' »Elles », les femmes des maisons closes jamais graveleuses, toujours attentives aux détails : femmes à la toilette….Portraits d’hommes aussi. Et puis j’ai aimé deviner la silhouette d’Oscar Wilde et le profil de Fénéon

Evidemment les affiches, mais pas que….

 

Le Greco au Grand Palais

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 10 février 2020

Greco Saint Dominique :

Pour moi, le Greco avait peint des hommes au visage allongé, un peu mystérieux, très espagnols….avait peint Tolède… 

Domenikos Theotokopoulos est né en Crète en 1541 et nous avons vu sa maison et la petite église byzantine à Fodele. 

J’ai toujours eu du mal à faire le lien entre Tolède et Fodele. Cette exposition me fait découvrir l’oeuvre et le parcours du peintre

Domenikos Theotokopoulos  a commencé à peindre des icônes et ce n’est pas un hasard s’il se réfère à Saint Luc, le peintre de la Vierge (en Grèce, on a retrouvé tant d’images miraculeuses de la Panaghia peintes par Saint Luc).

Candie, au 16ème siècle,  était vénitienne. Venise, 1567, à l’arrivée du Greco était la ville de Titien, du Tintoret, Veronèse…il devait être difficile de rivaliser avec tant de célébrités. Greco, alors peint des petits formats, de la taille de petites icônes. Sa palette comporte surtout des bruns, quelques taches rouges..>Le triptyque de Modène est un chef d’oeuvre de cet art miniature « penser grand, peindre petit » aurait-il déclaré.

triptyque de Modène

La peinture illumine bientôt ses tableaux. Greco se met à l’Ecole vénitienne…

Annonciation

Le songe de Philippe II (1577) se réfère à la Bataille de Lepante (1571) bataille très espagnole mais aussi très grecque!

 

Grec? Vénitien? Espagnol? Il est aussi passé par Rome où il a vu les œuvres de Michel Ange…

J’avoue, les grandes toiles religieuses m’ont un peu ennuyée. En revanche les portraits sont saisissants de modernité.

Portrait du Cardinal Nino de Guevarra

Je pense au Titien, quelle audace ces lunettes!

Le Saint Martin est très espagnol, on l’utiliserait pour illustrer Don Quichotte! (et oui Cervantes était lui aussi à Lepante!)

Un Saint Martin très espagnol!

Beaucoup de sujets religieux mais pas que….j’ai aimé ces variations sur le souffleur de braises

la fable

Greco travaille à des variation, m’explique-t-on dans l’exposition. Il revient sur des thèmes pendant de longues années comme pour Jesus chassant les marchands du temples qu’il a peint  successivement en 1570- 1575 – 1600 et 1614. La version de 1575 me plait beaucoup avec les 4 marchands dans le coin droit en bas

Jésus chassant les marchands du temple (1575)

La dernière version annonce la Vision de Saint Jean

jésus chassant les marchands du temple

Cette vision de Saint Jean : apocalypse est (pour moi ) une peinture extrêmement moderne, presque contemporaine qui pourrait figurer à côté d’un Picasso ou d’une peinture expressionniste

Vision de Saint Jean 1614

J’ai vraiment découvert Greco que je croyais connaître!

Le Rêveur de la Forêt – Musée Zadkine

Exposition temporaire jusqu’au 23 février 2020

A l’entrée du Musée Zadkine

Le Musée Zadkine est au 100 de la Rue d’Assas juste en face de la Faculté de Pharmacie, en haut du Luxembourg. Il est bien caché sur une placette ombragée dans une maison basse  et un atelier au  fond du jardin arboré orné de sculptures en bronze.

Zadkine

L’exposition Le Rêveur de la Forêt est mêlée aux collections permanentes et s’y intègrent parfaitement. Les œuvres dialoguent. On entre d’abord en lisière de la forêt avec les très beaux vendangeurs de Zadkine qui sont en compagnie d’un beau tableau d’une forêt automnale

Natalia Gontcharova

De Natalia Gontcharova et d’un curieux tableau de Dubuffet où des couches de terre encroûtent la toile.

Dubuffet

On reconnaît facilement la forêt de Giacometti

Giacometti

La seconde salle est appelée Genèse – création ou matrice du vivant – colorée par le tableau fleuri de Séraphine de Senlis

Séraphine de Senlis

Forêt naïve du Douanier Rousseau ? Non, c’est l’étrange Conglomeros créature étrange de Victor Brauner dans le décor qui rappelle que Victor Brauner a succédé au Douanier Rousseau dans le même atelier, hommage au maître.

Victor Brauner : Conglomeros – la rencontre du 2 rue Perret

Un autre être hybride lui répond : l’Hermaphrodite de Zadkine

Zadkine : Hermaphrodite

Les nuages  blancs de Jean Arp ont pour titre chapeau-forêt . Mais Arp précise « nous ne voulons pas copier la nature…ces sculptures devfraient rester anonymes comme les arbres de la forêt ». 

Jean Arp

En compagnie de deux sculptures sur pierre, une Tête héroïque en granite qu’un glacier a laissé près de Vitebsk, et de Sisyphe gravé je découvre les créations d’Hichem Berrada, créatures aléatoires nées dans des aquariums à la cire perdue ou de cristallisations. je les ai rencontrées au Louvre-Lens, à Pontoise et dans le Parc du Château de Versailles et jamais elles n’ont été si bien à leur place!

Hichem Berrada : Keromancie

je suis fascinée par les étranges photographies de Pascale Gadon-Gonzalez, superpositions de microphotographies et jeu d’échelles, je me crois dans une forêt de pin un peu fantastique.

Germaine Richier : chauve-souris

J’aurais aussi pu citer Pennone et ses lentilles -miroirs, l’arbre foudroyé d’André Masson. Sans oublier les sons captés par Ariane Michel….

Pour arriver au Bois sacré/Bois dormant, dans l’atelier il faut traverser le jardin. Dans ce Bois sacré, j’ai surtout retenu les grandes figures mythologiques de Zadkine : Prométhée, Daphnée. Mais d’autres grands de la sculptures les accompagnent.

Zadkine : Daphnée

Je pourrais ajouter toutes les photos des bronzes que j’ai prises dans le jardin….

 

 

L’Âge d’Or de la Peinture Anglaise – Musée du Luxembourg

Exposition temporaire jusqu’au 16 Février 2020

1760- 1820 

Sir Joshua Reynolds, The Hon. Miss Monckton,

L’exposition s’ouvre avec les deux maîtres Reynolds(1723 – 1792) et Gainsborough (1727-1788), grands portraitistes « peintres du roi », leur rivalité se donne en spectacle. De très grands portraits en pied, des dames se tiennent devant un paysage. Ma préférée est Lady Bates Dudkey, peinte par Gainsborough  peinte avec beaucoup de soin, de fluidité et de brillance avec un rendu soyeux plus flatteur que les coups de pinceaux plus mats de Reynolds. 

Gainsborough : lady Bates-Dudley

De ce dernier j’ai plus aimé son jeune Frederick Howards dans la posture d’Apollon (selon le cartel) dans un décor d’architecture classique (antique) au costume argenté plein de plis et rubans très flatteur.

Reynolds : Frederick Howards

Le duel Reynolds/ Gainsborough ne se poursuit pas dans la salle suivante au titre : portraits, Images d’une société prospère : où la bonne société commande aux peintres en vogue des conversation pieces, scènes familiales ou scènes d’enfants

Francis Wheatly : famille dans un paysage

ou

Reynolds : Master Crewe en Henry VIII

D’autres portraitistes  émergent, Zoffany, Francis Cotes, Thomas Lawrence, que je découvre ici

Romney : Mrs Robert Trotter of Bush

Aux solennels portraits en pieds on préfère ici les scènes familiales, les animaux.

la 3ème section : Aux frontières de l’Empire nous fait découvrir les colonies aux Antilles et en Indes

Zoffany : Le Colonel Blair avec sa famille et une servante indienne ; Calcutta 1783

Peindre à l’aquarelle et Le spectacle de la Nature

mettent en valeur de nouveaux artistes que j’aime beaucoup comme Turner, et Constable que j’aime beaucoup mais aussi Cotmann que je découvre dans un tableau rès romantique de Carnavon. 

Paysage de Gainsborough

Chiens, et chevaux inspirent aussi beaucoup les artistes (moi moins)

L’exposition se termine de façon fantastique avec William Blake (un de mes coups de coeur)

Blake : Homère et les poètes antiques

et de façon spectaculaires avec la destruction de Sodome par Turner et la Destruction de Pompéi et Herculanum par John  Martin

Turner : Destruction de Sodome