En 1886, à Pont Aven, Gauguin, déjà célèbre donna à Sérusier une véritable leçon de peinture
« Un conseil : ne copiez pas trop d’après nature. L’art est une abstraction. Tirez-la de la nature en rêvant et pensez plus à la création qu’au résultat »
Le Talisman, ou Paysage du Bois d’Amour est un tableau de très petit format peint sur un panneau qu’on a parfois attribué à une boîte de cigares. Très coloré, il se trouve à l’éclosion du Synthétisme quand Gauguin et Emile Bernard se sont retrouvés à Pont Aven, caractérisé par simplification des formes, l’utilisation de couleurs pures posées en à-plats et les cernes foncés délimitant les masses.
Emile Bernard : l’arbre jauneEmile Bernard : Repos sur la falaise
Gauguin au dessus du gouffre, marine avec une vache
De retour à Paris, de 1888 à 1900, le groupe des nabis réunit Bonnard,Vuillard, Maurice Denis, Sérusier, George Lacombe, Verkade . En plus de leur style pictural, les nabis(prophètes en hébreu) faisaient des simulacres de cérémonies religieuses et manifestaient de l’intérêt pour l’ésotérisme et les sciences occultes.
Paul Sérusier : Portrait de Paul Ranson en tenue nabique
J’ai beaucoup aimé tous les tableaux de forêts ou d’arbres colorés dont on voit seulement les troncs
Sérusier : arbres rouges
Japonisantes ces vagues qui me font penser à un plumage de paon
George Lacombe : marine bleue et effet de vague.
George Lacombe : marine bleue et effet de vague.Et bien sûr il ne faut pas oublier Bonnard et Vuillard qu’on a vus en passantavant de pénétrer dans l’exposition Le Talisman
J’ai lu autrefois d’Eça de Queiroz un tout petit essai : L’Egypte sans les Anglais qui . m’avait bluffée : analyse concise de l’impérialisme britannique. J’avais imaginé l’auteur, soit journaliste soit diplomate. Wikipédia m’apprend qu’il a exercé les deux fonctions.
Je ne savais pas qu’Eça de Queiroz était un écrivain réputé, un très grand selon Borges (toujours Wikipédia)! Je ne m’attendais pas à recevoir un roman, plutôt un essai. La Masse Critique de Babélioest toujours source de surprise. Cette fois-ci, c’en est une excellente.
202, Champs Elysées, est l’adresse de l’hôtel (un véritable palais) d’un aristocrate portugais, richissime et amoureux du Progrès comme on pouvait l’être à la fin du XIXème siècle, dans cette époque d’Expositions Universelles, de réalisations technologiques étonnantes qui ont bouleversé la vie quotidienne.
Le narrateur est un étudiant en Droit, ami du propriétaire des lieux, enthousiaste comme « son Prince » qui découvre la brillante Vie Parisienne. Il décrit avec une précision presque obsessionnelle tous les équipements dont le 202 est pourvu : ascenseur, chauffage central, téléphone, monte-charges, bien ordinaires pour la lectrice de 2019, novateurs à l’époque. Inventaire de gadgets d’un Concours Lépine à venir(il n’existera que quelques années plus tarde en 1901) machines à fermer les boutons, à décacheter les lettres, à timbrer… ou inventions que je ne soupçonnais pas : Conférençophone, Théâtrophone, concertophones. j’ai cru à des exagérations burlesques et cherché sur Internet. Et bien si! ces inventions sont dues à Clément Ader! La vie mondaine est racontée dans la même veine baroque, quel régal que cette fête où l’on attend le poisson en croûte coincé dans le passe-plat entre les étages!
L’étudiant est rappelé au Portugal pour gérer le domaine familial dans les montagnes et ne revient que 7 ans plus tard. Jacinto (le Prince du 202) a changé, son optimisme n’est plus de mise. Rassasié, blasé, il n’a pour refrain « la barbe! » et pour pensées l’Ecclésiaste et Schoppenhauer. Avec ses 60 000 livres bien rangés dans sa bibliothèque, ses 39 brosses à cheveux sur sa table de toilette, il s’ennuie mortellement. Eça de Queiroz raconte avec beaucoup d’humour cet ennui au lecteur qui s’amuse.
Un glissement de terrain sur ses terres ancestrales portugaises provoque le voyage dans la montagne. Le voyage en train est une aventure savoureuse.
Et, dans la deuxième partie du livre, changement de décor! Contre toute attente, Jacinto est conquis par sa montagne! Avec autant de précision, de détails pittoresques que précédemment, l’auteur nous décrit le domaine ancestral, les coutumes portugaises provinciales. Jacinto, qui ne jurait que par la Ville, est séduit par la nature. Avec le même enthousiasme, il découvre arbres et montagnes, puis, s’imagine propriétaire terrien entrepreneur, et bienfaiteur de ses paysans (il a aussi découvert la misère), il se déclare même socialiste! Il oublie sa bibliothèque et découvre la lecture de Don Quichotte ou d’Homère….Oubliés les pessimistes, nihilistes, ruskinistes… mais pas le progrès qui’l veut appliquer sur ses terres.
Une lecture savoureuse qui fait un peu penser à Bouvard et Pécuchet .
Merci aux éditions Chandeignequi ‘ont envoyé ce livre!
Rassemblant 36 tableaux divers du peintre de son arrivée à Paris en 1913 à son dernier retour à Paris (1950-196) sa conversion au catholicisme en 1959.
60 ans de création de ce Japonais amoureux de Paris dont il a connu les plus belles heures de l’Ecole de Paris, le cubisme, le Douanier Rousseau, les fêtes de Montparnasse….Deux tableaux de sa première visite (1913 ) représentent la proche banlieue, les fortifications et les usines dans un style naïf et des harmonies de camaïeu gris.
A son retour à Paris en 1921-1931, il adopte un style très personnel aussi bien dans sa peinture que dans son personnage de dandy au train de vie luxueux. Il peint des femmes nues où la recherche se fait surtout sur la blancheur de la peau et les poils que sur les rondeurs ou les formes. Réminiscence d’Olympia, femme allongée sous de la toile de Jouy….et puis, avec un peu d’attention, on découvre un chat. les chats sont très présents dans les œuvres de Foujita. Je n’ai jamais vu de chats aussi réussis. Douceur et espièglerie, mais pas que, la bataille de chats est impressionnantes, 14 chats se déchaînent, griffes et crocs, il y en a même un borgne.
La crise de 12929 le ruine et Foujita quitte Paris pour des voyages en Amérique du sud et au Japon. Sa peinture se colore, elle devient presque Mexicaine avec des ocres, des oranges, des jaunes et des verts. Il peint aussi le Japon et la Chine. J’aurais aimé en voir plus.
Face à la Guerre (1939 -1949) Foujita est incorporé dans l’armée impériale pour des peintures de guerre monumentales, deux sont présentées là, brunes, héroïques, elles occupent tout une cimaise et ne m’ont pas plu (ce n’est pas le travail de Foujita qui me rebute mais le genre). A côté, un Rêve d’une femme nue entourée de nombreux animaux fantastiques a attiré mon attention. Foujita ne peint pas que des chats, il excelle aussi dans la représentation des singes, lapins ou chiens
Retour à Paris (1950-1968) atmosphère de bistrots, même à New York il peint un café parisien. Il obtient la nationalité française et en 1959 se converti au catholicisme. Un tableau le représente, lui et sa femme en tenue monastique avec la vierge (qui a une physionomie curieuse, peut être japonaise. Ce tableau s’inspire des flamands, seuls les oiseaux, mésanges, pic vert.. m’ont intéressée.
Au plus humides jours de janvier, il faudra remettre à plus tard les visites de maisons d’artiste en Vallée de Chevreuse mais je retiens celle de Fujita pour le printemps prochain à Villiers-le-Bâclesur la route de Gif sur Yvette!
Aimez vous les symbolistes, l’Art Nouveau, la Sécession viennoise?
Je découvre ici cet artiste belge ami de Verhaeren, de Rossetti membre du groupe belge des XX. L’exposition vient d’ailleurs de Belgique. On nous introduit dans une réplique de sa maison-atelier : LE CASTEL DES RÊVES
Peacock vanitas de Hans Op de Deek (2015)
Dans l’entrée, un paon empaillé accueillait les visiteurs qui devaient observer un moment de recueillement avant de rencontrer l’artiste. C’est pour cela qu’on présente cette sculpture contemporaine qui utilise un vrai oiseau empaillé.
Du Silence – pastel inspiré d »une photo de sa sœur Marguerite
Dans une autre niche bleue, le pastel Du Silence, invite aussi à la méditation.
PAYSAGE DE FOSSET
Le pont à Fosset
réunit plusieurs tableaux aux couleurs fraîches dans les teintes vertes de ce village des Ardennes
A Fosset, le garde attend
Des stèles audio-olfactives exhalent des senteurs fleuries et des écouteurs permettent d’entendre un poème de Verhaeren et un Poème pour violon et orchestre de Chausson que j’ai bien aimé.
PORTRAITS
portraits d’enfants
Khnopff a pris pour modèles sa famille, sa soeur Marguerite et des enfants. J’ai surtout apprécié les tableaux d’enfants et celui qui représente sa mère En écoutant Schumann dans un intérieur bourgeois. Une autre stèle diffuse des senteurs de roses et la musique de Schumann.
Le mur en face est occupé par des portraits de RossettiRosa Triplex et Lady Balfour d’Edward Burne-Jones que je n’aime pas beaucoup.
MEMORIES est un grand pastel intransportable qu’on découvre par une animation graphique qui explique comment l’artiste a utilisé 6 photos pour représenter 7 femmes portant des raquettes de tennis.
LA MODERNITÉ DE L’OBJECTIF regroupe un certain nombre d’études à partir de photographies, les clichés sont rehaussés au crayon et au pastel. Un grand soin est apporté au cadre qui met en scène l’oeuvre graphique et j’avoue que ce sont les cadres qui m’ont le plus plu!
pastel
Je n’aime pas beaucoup ces femmes qui se ressemblent toutes, évanescentes, fades et impersonnelles.
SOUS LE SIGNE D’HYPNOS
Hypnos de Scopas bronze antique
Khnopff s’est inspiré de la mythologie de Hypnos et de la Tête d’Antinoüs pour peindre des tableaux oniriques. Un petit bronze de Méduse est tout à fait réussi avec ses cheveux de serpents. J’ai bien aimé Oedipe et le Sphinx dans le tableau Les Caresses (ci-dessus)
Méduse endormie
DE LA FEMME ET DU NU
la plupart des photos de ces femmes statiques, archétypes plutôt que réelles m’a plutôt agacée. Je n’arrivais pas à analyser ma gêne quand j’ai lu une citation au mur que j’ai recopiée et qui donne la clé de mon malaise.
« Comme tous les misogynes, Khnopff s’est toute sa vie intéressé aux femmes ou plutôt à une certaine idée de la femme de l’insaisissable « soeur-épouse » aux sourires et aux sexes incertains… »
la dernière salle UN RÊVE DE PRIMITIF FLAMAND nous emmène à Bruges la ville natale de Khnopff où des craies et pastels illustrent la ville
A la sortie de l’exposition, avant de rejoindre la sortie on passe par une salle symboliste avec plusieurs Maurice Denis, Bonnard, la vigoureuse Vaguede Maillol me redonne de la pêche ainsi que les petits Cezanne.
Connaissez-vous Jean-Jacques Lequeu? Je le découvre dans cette exposition.
Présentation dans l’entrée peinte en bleu canard, différents portraits, autoportraits et études de personnages grimaçants.
Lequeu : Autoportrait à l’aâge de 36 ans
Natif de Rouen(1757), il fit des études de dessin 1770-1773 , s’installe à paris et travaille avec Soufflot. 1790-1793 : employé-chef des ateliers du Faubourg Saint Antoine, il dessine les plans de la Fête de la Fédération au Champ de Mars. 1793-1815 employé au bureaux du Cadastre en qualité de dessinateur.
Le borgne grimacier
C’est un dessinateur hors pair. Ces études de visages grimaçants signale une personnalité originale.
Le Grand bailleur
C’est surtout un dessinateur d’architecture qui a travaillé avec Soufflot et a collaboré à la construction de Sainte Geneviève ou de Saint Sulpice à Paris et d’autres églises à Marseille ou Rouen. Il a travaillé à l‘Hôtel de Montholon pour des intérieurs trèssophistiqués
Hôtel de Montholon
Il déploie le même soin pour des bâtiments de prestige que pour le dessin de simples instruments comme des pompes. Il imagine des théâtres des chapelles, un temple dédié au soleil
Chapelle dédiée au soleil
Dans la même verve fantastique on a exposé le dessin de Ledoux – architecte contemporain de Lequeu – représentant le théâtre de Besançon dans l’oeil du spectateur
Ledoux : théâtre de Besançon
La section de l’exposition intitulée Jardin Secret rassemble des projets d’un jardin idéal. Dans la deuxième partie du 18ème siècle, l’aristocratie s’est lassée des jardins à la française pour leur préférer des jardins anglais avec de véritables tableaux et des fabriques. Toute l’imagination de Lequeu s’est déployée dans les dessins de bosquets mythologiques tirés des Métamorphoses d’Ovide avec des fontaines, des aqueducs comme L’île d’amour
Île d’amour
la mythologie grecque n’est pas la seule source d’inspiration, l’Egypte est aussi à la mode comme ces grottes d’Isis où on peut imaginer un parcours initiatique
Grotte d’IsisInspiration chinoise
On voit aussi un porche persan, une maison gothique ou des cabanes de rondins mises à la mode par J-J Rousseau, une villa palladienne, ou une orangerie mauresque. Lequeu a aussi imaginé des bâtiments annexes plus prosaïques comme une laiterie ressemblant à une vache, une entrée de pavillon de chasse portant des trophées….
Cependant la Révolution va tarir cette inspiration. La riche clientèle aristocratique ne commande plus de fabriques. Lequeu adhère aux idéaux de la Révolution imagine des projets de Monument destiné à la souveraineté du peuple, ou représente L’Aristocratie enchaînée sous forme de colonne
l’Aristocratie enchaînée
Il imagine également une sorte de tour sur le modèle du phare d’Alexandrie : Fanal monumental porteur de la pensée des Lumières .
Plus tard il met son talent au service de l’Empire dessinant en 1807 le Projet d’un Palais Impérial.
Rêveries d’un Architecte solitaire
Il est libre
Commencée par des études de grimace, l’exposition se conclut par des Rêveries, obsessions érotiques, études de nus ou même de sexes masculin ou féminin dans tous les détails, bacchantes, hermaphrodite et fantasmes
Et nous aussi nous serons mères
ou cette guinguette avec un hamac d’amour
Guinguette : sur la façade cruche et tonneaux, plats, poulets rotis;..à côté le Hamac d’amour
j’ai aimé découvrir ce talentueux dessinateur, personnalité originale, mais j’ai surtout apprécié la description des décors quotidiens et l’évolution des tendances architecturales de l’Ancien Régime, la Révolution et l’Empire.
Deux parties pour Persona Grata : au Musée de l’Immigration de la Porte Doréeet au MacVal à Vitry. Il n’en faut pas moins pour célébrer l’Hospitalité ou dénoncer sa carence! Ce sujet m’importe, j’ai donc pris l’autobus pour Vitry afin de compléter la visite. Le MacVal offre de vaste salles très claires pour des installations de grandes dimensions.
Je pourrais faire l’énumération séries de photos de Calais (Serralongue) ou de Sangatte (Jacqueline Salmon), ou l’étude photographique sur les habitants du Val de Marne – commande du département – de Sabine Weiss ou les vidéos. Je préfère présenter quelques œuvres qui m’ont parlé.
Mona Hatoum
Suspendu 2009-2010 de Mona Hatoum , artiste palestinienne, née à Beyrouth, en exil depuis 40 ans. Elle a suspendu 40 balançoires avec des chaines métalliques. Le siège revêtu de plastique rouge est gravé de manière à figurer les plans de 40 villes avec les rivières, les bras de mer et les rues principales. Je reconnais Paris mais pas Dakar ni Athènes, Le Caire ou Rome, encore moins Canberra ou Hanoï. Ces balançoires m’ont fait imaginer la précarité de l’errance, le fragile équilibre. puis j’ai découvert le cartel qui a confirmé mes impressions et un très beau texte de Charles Robinson « sous influence », une invitation à un auteur pour livrer un texte personnel dont je copie le début :
« Qu’est-ce qui rapproche Alger, Bamako, Beijing, Beyrouth, Dakar, Le Caire, Mexico, paris Tokyo, Tunis, Varsovie Wellington?
Que les villes-mondes soient des Eldorados flottants.
Des métropoles fantasmatiques aux chants de sirène….
[….]La balançoire est nostalgique. Dessinée pour les enfants, il suffit de silence pour que sa présence pince le cœur. l’oreille se dresse, e attente du grincement de sa chaîne. la mémoire s’affole, elle hallucine des souvenirs d’amitié et de jeux, de rires et de joies. La balançoire est un rêve d’innocence. »
Ce texte est à l’unisson de mon impression première. Je l’aime beaucoup.
Ben : Marianne en deuil pour non-respect du droit des peuples
Une autre oeuvre m’a émue: Esther Shalev Gerz : First Generation 2004_2006. Cette installation occupe tout un mur avec 43 photographies de fragments de visage, oeil, commissures des lèvres, peaux de différentes pigments….et de textes, réponses à 4 questions que la plasticienne a posé aux habitants d’une banlieue de Stockholm, émigrants de 1ère génération :
qu’avez-vous perdu?
qu’avez-vous trouvé?
Qu’avez-vous reçu?
qu’avez-vous donné
J’ai recopié certaines réponses, ou fragments de réponses :
« Le Chili et la Suède sont comme deux personnes que j’aime »
« aux deux pays je dis : apprenez à m’aimer pour ce que je suis »
« mes enfants sont nés ici, que sont-ils? Des suédois ou des étrangers? je ne sais pas à vrai dire. Quand on demande d’où ils viennent, ils répondent d’Algérie. mais ce n’est pas vrai, ils sont nés ici. »
Avec les Bulgares, je suis Bulgare
Avec les Turcs, je suis turque
Avec les Suédois, je ne suis pas Suédoise »
Une autre oeuvre marquante a été choisie pour affiche : celle de Kimsooja qui a silloné en 1957 la Corée sur un camion sur une pile de bottaris : baluchons traditionnel. En 2007 cette performance est réactualisée avec des bottaris récoltés chez Emmaüs et le voyage prend fin à l’église Saint Bernard, lieu symbolique des sans-papiers. La photo est une allégorie de la migration et aussi de la résistance collective.
Giampetro Campana– directeur du Mont de Piété à Rome – a rassemblé une vaste collection archéologique et de peinture italienne avec la volonté d’offrir un tableau complet des richesses de l’Italie, s’inscrivant dans le courant du Risorgimento et de l’unité italienne. Arrêté en 1857 pour des malversations financières, il a dû disperser sa collection. En 1861, le Louvre en a acquis une bonne partie.
L’exposition suit le Catalogue établi par Campana dans son projet de musée. Campana ne s’est pas contenté d’acheter, il a aussi entrepris des fouilles en particulier dans la région de Rome et dans les sites étrusques de Cerveteri et de Veies : sa collection est riche en vases et terres cuites étrusques.
Sarcophage des époux
Ce sarcophage des époux ressemble à celui de la Villa Giulia à Rome (musée étrusque ). Une tombe étrusque est reconstituée avec des plaques peintes.
A Pérouse une urne funéraire (400-375 av JC )en bronze :
urne funéraire Pérouse Jeune homme banquetant
Une autre urne
duel fratricide d’Etéocle et de Polynice.
L’urne ci-dessus est peut être moins fin mais c’est le combat d’Etéocle et de Polynice qui a retenu mon attention (je suis fan absolue d’Antigone).
La collection de vases trouvés en Etrurie est remarquable. Souvent les artistes étaient grecs et produisaient pour le public étrusque qui les importait. Une série provient d’un atelier répertorié : l’atelier de Nikosthénès. Les sujets représentés étaient souvent mythologiques : travaux d’Hercules ou sportifs .
Vase romain
A côté de ces oeuvres d’art très recherchées sont exposés aussi des objets plus frustes comme des antéfixes, des briques estampillées ou des moules ainsi que des lampes à huile.
En face des vases des bronzes racontent les armes, les monnaies, j’ai remarqué les balles de frondes qui ne sont pas rondes comme je l’imaginais mais fuselées, décorées revêures d’inscriptions désignant le corps d’armes, logique, mais plus amusant des insultes invectivant l’ennemi.
Plaques campana avec des scènes variées.
Campana avait aussi le goût des plaques de terra-cotta décoratives, des peintures antiques de couleurs fraîches et vives ou délicates comme cette procession trouvée Porta Latina représentant une famille grecque (identifiée avec les noms)
L’objet le plus spectaculaire est la main de Constantin (Musée du Capitole) dont un doigt appartenait à la collection Campana acquise par Napoléon III. Les restaurations furent très poussées, parfois trop aux dires des archéologues, conférant une réputation douteuse à certaines œuvres.
Brutus,Antinoüs et César
Venus d’Anzio
Les marbres étaient exposés dans les jardins.
A côté des collections antiques Campana a réuni une collection « moderne » – entre guillemets parce que la modernité commence par une icône byzantine et des primitifs du 14ème siècle –
Nativité de Saint Jean Baptiste (1340) école d’Arezzo
une très belle Annonciation
Annonciation
A côt »é des sujets religieux, il a aussi réuni de très beaux coffres de mariage et des décors de chambre à coucher, sur des sujets exaltant la fidélité des épouses Histoire de Tarquin et de Lucrèce ainsi que le départ d’Ulysse où l’on voit Pénélope tisser.
panneaux de coffres de marrage Lucrèce et Tarquin en haut départ d’Ulysse en dessousAriane et le Minotaure (1510 – 1515)Ariane et le MinotaureAriane à Naxos
Le studiolo d’Urbino de Fédérico de Montefeltro(1422-1482) contient une série de 14 grands portraits très colorés et vivants de penseurs antiques et modernes : Platon, Aristote et Ptolémée voisinent avec Dante et Sixte IV ainsi que Saint Augustin et Sénèque. L’ensemble témoignait de l’ambition humaniste du condottiere pendant la Renaissance.
Studiolo d’UrbinoStudiolo d’Urbino
la Bataille de San Romano (1438) actuellement aux Office de Florence est grès impressionnant
Bataille de San Romano
j’ai aussi beaucoup aimé le Noli me tangere de Botticelli
Botticelli : Noli me tangere
Le 16ème et le 17ème siècles ne sont pas oubliés : la mort de Cléopâtrede Girolamo Marchesi da Cotignola est originale.
Mort de Cléopatre
Les majoliques représentant des sujets variés, surtout Belle donne e istoriati sont merveilleuses
Belle donne e istoriatiUn banquet donné au peuple romain
Toute une salle est consacrée aux nombre Della Robbia très reconnaissables et toujours charmants.
Della Robbia
La fin de l’exposition concerne la dispersion de la collection, ce qui intéresse les spécialistes plutôt que moi.
J’ai pris beaucoup de plaisir à voir tous ces chefs d’oeuvres!
Dorothea Lange (1895 – 1965) ouvre en 1918 un studio de photographe portraitiste à San Francisco.
En 1932, lors de la Grande Dépression, elle sort de son studio pour photographier des scènes de rue et l’agitation sociale, conséquence de la grande Crise. A partir de ce moment, elle fera des séries de photographes sur des thèmes sociaux, témoignages et reportages mais toujours de très grande qualité.
J’aime quand une exposition me fait rencontrer une artiste. je découvre sa personnalité, le monde qui l’entoure, son style de photographies. Et ce serait déjà une belle rencontre.
J’aime quand une exposition me raconte une histoire.
Je suis servie, elle en raconte cinq: la Grande Dépression, la migrationdes paysans (1935 -1941) ruinés par la sécheresse (Dust Bowl) et par les modifications des pratiques agricoles, illustration pour Steinbeck (à moins que ce soit l’écrivain qui se soit inspiré des clichés de Lange),
l’internement des Américains d’origine japonaise en 1942, reportage plus optimiste sur les chantiers navals de Richmond (1942-1945) intitulé « Une guerre entre deux océans », les travailleurs agricoles migrants autrefois méprisés qui acquièrent une nouvelle fierté et enfin l’avocat commis d’office1955-1957.
C’est donc un voyage dans l’histoireaussi bien que dans l‘Ouest Américain. On y retrouve des thèmes tout à fait actuels comme l’exode rural et la migration des paysansqui abandonnent leurs terres pour devenir migrants, chômeurs ou ouvriers dans les fermes industrielles dans des conditions proches de l’esclavage. Dorothea Lange aurait peut être aujourd’hui photographié ces migrants guatémaltèques ou mexicain formant les colonnes vers le rêve américain. Le FSA qui lui a commandé des milliers de photographies (Farm Security Administration) était une des réponses du New Deal de Roosevelt à la crise. L’optimisme des portrait des soudeuses noires en est une autre. Contrepoint à l’histoire tragique de la déportation des citoyens américains d’origine japonaise, qui rappelle un épisode très sombre de la Seconde Guerre mondiale.
La très grande qualité des photographies est celle d’une portraitiste expérimentée. Cadrage, tirage. Chaque cliché est extrêmement soigné. Les photographies sont accompagnées d’un cartel rédigé par Dorothea Lange elle-même qui expliquait le contexte de la prise de vue, présentait les personnages. On sent une profonde empathie avec les personnes rencontrées. Une conscience sociale très aiguë. Pas de sensationnel. Plutôt la recherche de la dignité de la personne même dans la plus grande adversité. Des documents filmés nous font entendre la voix de Dorothea Lange qui explique son travail.
En rentrant à la maison j’ai téléchargé Certaines n’avaient jamais vu la mer et j’ai bien envie de relire Les raisins de la colère.
C’est d’abord une leçon d’histoire : l’ère Meiji correspond au règne de l’empereur Mutsuhito (1868-1912) correspondant à l’ouverture du Japon sur le monde, à son industrialisation et son impérialisme avec des conquêtes militaires. Le costume occidental est adopté et le régime se dote d’une constitution.
La première salle peinte en rouge est sous le signe de la Modernisation;
industrialisation et urbanisme
Moderniser/industrialiser Le Japon se dote d’une industrie, des photographie montrent des filatures, des bâtiments de briques, des ponts métalliques.
Propagande militariste presque un manga!
Moderniser/Militariser
estampe militariste
Le Japon se dote d’une flotte moderne. L’empire se militarise à grands pas vers la guerre. L’iconographie militariste revêt plusieurs styles. Ci-dessus, on dirait un manga, sans doute de la propagande (je ne sais pas lire le japonais)! Des estampes esthétisantes n’en sont pas moins guerrières : une armée se reflète dans le miroir de l’eau, au loin une ville brûle.
estampe militaristebataille navale
En plus de ces très belles estampe on présente deux pochoirs pour l’impression de textiles d’une grande finesse sur papier enduit de jus de kaki. La grande délicatesse du dessin ne doit pas faire oublier le motif guerrier : des canons.
Dans la salle suivante, une photo agrandie de l’Exposition universelle de Paris avec la Tour Eiffel illustre le thème : Construire une image artistique et industrielle.
Le mont Fujiyama
Le Japon participa aux nombreuses Expositions Londres 1862, Paris, 1867 1900, Vienne 1873, Chicago, Philadelphie. il importait de donner une image flatteuse du Japon grâce à des images typiques comme le pont des glycines ou le Mont Fujiyama. Il fallait aussi présenter des objets variés d’une qualité artistique remarquable: bronzes, laques, porcelaines émaux….
D’énormes brûles parfum en bronze, des objets délicats, des paravents ouvragés. tous les arts décoratifs sont menés à un degré de perfection.
paravent représentant des divinités shintoïstes.
Souvent les motifs sont floraux . Les décors font aussi appel au panthéon shintoïste (la religion d’Etat pendant l’ère meiji. Certains artistes s’inspirent aussi des représentations bouddhistes ou au folklore populaire avec des dragons, des démons. D’autres peignent des animaux, surtout des oiseaux à la perfection.
orchestre de petits démons ou de monstres
Tous les arts décoratifs sont d’un raffinement inouï, les techniques sont parfois superposées, de laque, d’émaux cloisonnés, d’incrustations, de joaillerie ou de nacre
éléphant
On ne peut qu’être admiratif devant une telle maestria, un tel luxe et une telle perfection.
boites laquées
L’artisan sait aussi jouer du dépouillement et de la simplicité de ce liseron parfait sur le rouge de la laque.
vases à décors floraux
La fin de l’exposition Les lendemains du Japonisme montrent les influences, de l’art Japonais sur Van Gogh, Monet, Degas. Sur les cartels je n’ai pas trouvé de mention de l’Art Nouveau même si la parenté est criante.
J’étais venue à Guimet pour l’exotisme. Je n’ai pas été déçue. Pourtant l’impression à la sortie est la parenté entre le développement industriel du Japon, sa militarisation avec ce qui s’est passé presque simultanément dans la Grande Bretagne victorienne, ou dans la montée en puissance de la Prusse. Ère Meiji, Empire victorien, même Russie des Tsars…on voit l’industrialisation, la militarisation qui va déboucher sur la Guerre et l’impérialisme.
La perfection japonaise fait la différence, mais la valorisation des arts décoratifs présentés aux grandes expositions universelles, est-ce le début d’une certaine mondialisation?
exposition temporaire 17 octobre 2018 – 25 février 2019
Attention très grosse exposition! Si vous consacrez toute votre attention dans les premières salles, vous n’aurez peut être plus le temps ou la concentration nécessaires pour apprécier les dernières qui sont étonnantes et colorées!
Ce panorama du Cubismedétaille l’évolution chronologique du Cubisme, année après année, des sources à la Grande Guerre qui fera éclater littéralement le mouvement.
(1906- 1907) Aux sources du cubisme
La femme à la cafetière
Gauguin et Cézanne accueillent le visiteur avec « Soyez mystérieuses« de Gauguin, magnifique panneau de bois peint et la Femme à la cafetière de Cézanne dont la géométrie annonce le cubisme avec les plis de la robe et la simplification de la cafetière.
(1907 – 1908) Primitivistme
Un mur de masques africain, sculptures océaniennes rappelle l’autre source d’inspiration des cubistes : le primitivisme. J’ai d’ailleurs rencontré ultérieurement le Nu debout que j’avais découvert au Quai Branly dans l’exposition récente Picasso primitif. Une série de photographies présente ceux peintres, poètes et marchands qui fréquentaient les ateliers de Picasso : Apollinaire, Max Jacob, Kahnweiler, Marie Laurencin et Braque.
Portrait de Gertrud Stein
Le Portrait de Gertrud Stein (1905 – 1906) qualifié de « portrait-masque » voisine avec La Femme à la Tête rouge (1907) et deux autres études de têtes préparatoires aux Demoiselles d’Avignon (1907) (seulement en petite reproduction).
Femme à la tête rouge
L’autoportrait (1907) est sculptural en écho aux masques africains.
picasso autoportrait
(1908 – 1909)Le rapport à Cézanne
Sous-titre de cette section, une citation de Cézanne, de la géométrie cézannesque « Traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône »…
Le Château de la Roche Guyon
Dans cette salle on voit de nombreux paysages où les tons ocre, gris vert dominent . l’oeuvre que j’ai préférée est le Viaduc à l’Estaque de Braque. Deux tableaux sont jumeaux : Arbres à l’Estaque de Braque et de Dufy, c’est amusantde les comparer comme le jeu des 7 erreurs! Dans cette série j’ai aussi remarqué le Château de la Roche Guyon toujours dans la même tonalité de couleur mais avec une architecture plus compliquée.
(1909 )l’éclatement de la forme homogène
Femme assise
L’expression « éclatement de la forme homogène » est de Kahnweiler
De Picasso on voit de nombreux portraits de Fernande puis des silhouettes assises pour arriver à une plus grande fragmentation dans le Guitariste. Braque suit la même démarche dans le très beau Broc et violon
Broc et violon
(1911) La lettre et le signe
Braque et Picasso se retrouvent à Céret . Ils travaillent en étroite complicité à des expérimentations : une fragmentation en facettes cristallines avec des ajouts de lettres. Les musiciens sont sans visages amis on perçoit la présence d’instruments de musique, l’ajout de clé de sol et du mot VALSE tout à fait lisible.
nature morte sur un piano
Les tableaux deviennent de plus en plus énigmatiques, je m’amuse à chercher les éléments qui ont donné le titre au tableau, la pipe de l‘Homme à la pipe.
Dans l’Afficionado, Picasso, a dispersé les indices de son portrait d’homme méridional : une moustache, un nœud papillon, un chapeau melon. Avec l’aide du cartel, et en cherchant bien, je les trouve..
(1911 – 1912) Les salons cubistes
Gleizes les baigneuses
réunissent de grands tableaux . D’autres peintres se joignent à Braque et Picasso : Gleizes, Le Fauconnier (que je découvre) Metzinger et Fernand Léger. Les tableaux sont aussi plus colorés. J’ai bien aimé les Baigneusesde Gleizes et La Ville de Paris de Robert Delaunay dans lequel j’identifie tout de suite les 3 grâces mais trouve ensuite les piliers de la Tour Eiffel démontée et son sommet plus loin, la Seine plus loin…
Delaunay : La Ville de Paris
Au centre : le Baiser de Brancusi
Un curieux Chagall cubiste s’intitule A la Russie, aux ânes et aux autres
Chagall : A la Russie, aux ânes et aux autres
(1912 – 1917) le collage et l’assemblage
Braque : Guitare « figure d’épouvante »
M’ont plus La Nature morte à la chaise cannée (célébrissime) de Picasso et de Braque La guitare « statue d’épouvante ». Je me suis lassée des répétitions à l’infini de ces collages, combien de violons, de verres et de guitares?
Henri Laurens
Pour varier, apparition rafraîchissante d’Henri Laurens avec un portrait de Joséphine Baker , le retour de la couleur et plus de figuration.
(1913 – 1914) Matières et couleurs
Fernand Léger : le Réveil-matin
Tout un mur est occupé par Fernand Léger, un autre par le Bal Bullier de Sonia Delaunay . Couleurs aussi avec Juan Gris ! Verre et damier, les 3 arbres d‘Herbin.
le bal Bullier
Juan Gris
Une salle est réservée aux sculptures cubistes, citons Lipschitz, Modigliani, Brancusi et Archipenko.
Lipschitz
Herbin : 3 arbresHerbin 3 arbres
poètes et critiques
Marie Laurencin a représenté Apollinaire et ses amis
L’oiseau bleu de Metzinger et l’équipe de Cardiff de Robert Delaunay éclairent cette belle exposition.
Delaunay : l’équipe de Cardiff
La Guerre
« Il n’y a pas plus cubiste qu’une guerre comme celle-là qui te divise plus ou moins proprement un bonhomme en plusieurs morceaux et qui l’envoie au quatre points cardinaux » Fernand Léger
André Mare : témoignages de guerre
J’ai beaucoup apprécié ce parcours si détaillé qui montre la démarche pas à pas de Braque et Picasso pendant 10 ans tandis que d’autres peintres les rejoignent et apportent leur personnalité au cubisme.