Cette promenade dans la Venise du XVIII ème siècle est toujours un émerveillement, même si les thèmes sont connus et si j’ai en mémoire une récente exposition à Jacquemart-André(2013) des vedute avec de nombreux tableaux de Canaletto et Guardi.
Pietro Longhi : l’audience du Dogel’audience du doge
L’exposition du Grand Palais est plus diverse. Le très grand portrait du procurateur Daniele Dolfin en habit rouge, de Giambattista Tiepolo nous accueille dès l’entrée. La taille de la Vue du Palais Ducale de Canalettome surprend, j’avais été habituée aux plus petits formats. Plusieurs vues de Venise témoignent de son active importance diplomatique avec la visite des ambassadeurs :Luca Carlevaris(1721); ou les fêtes présidées par le doge Pietro Longhi L’audience du Doge, ou GuardiLe Doge à bord duBucentaure (1775-1777).
Luca Carlevaris ; Entrée du comte de Gergy 1721
Ces vedutistes ont peint la vie mondaine de Venise tandis que certains ont peint aussi des aspects moins brillants comme les mendiants CanalettoRio dei mendicanti ou l’atelier des tailleurs de pierre.
Une salle est consacrée à la musiqueVivaldi (1678-1741) et Porpora (1686 -1768), Farinelli en sont les figures les plus connues. Les luthiers étaient aussi très réputés à Venise et de beaux instruments sont présentés.
Pietro Longhi : Il Concertino
La musique est aussi peinte : répétitions d’un opéra, Il Concertino de Pietro Longhi, bals et commedia dell Arte, bals masqués…..
Guardi : Le Ridotto du Palazzo
Les arts décoratifs sont raffinés, tendance rococo, chinoiseries, stucs, dorures et meubles peints . Un reliquaire a attiré mon attention : j’imaginais plutôt miroir d’une élégante que destiné à quelque ossement sacré!
ReliquaireReliquaire
Bien sûr les tableaux d’inspiration religieuse sont aussi présents : Guardia peint Le Christ et les pèlerins d’Emmaüs tout à fait surprenant. C’est un très grand tableau où des apparitions, femmes alanguies (en extase?) têtes émergeant des nuées, contrastent avec le réalisme du la partie inférieure beaucoup plus classique.
Je fais connaissance avec un artiste que je ne connaissais pas Giovanni Battista Piazzetta (1682 -1754) avec Judith et Holopherne de caractère et des dessins intéressants.
Piazzetta : Judith et Holopherne
A l’étage l’exposition se poursuit avec La Diaspora des Vénitiens en Europe qui montre que toute l’Europe, la France, l’Angleterre et l’Allemagne ont fait appel aux peintres vénitiens pour décorer châteaux et belles demeures . je découvre qu’il y avait deux Tiepolo : Giambattista et Giandomenico (son fils). J’ai beaucoup aimé les scènes de rues de Giandomenico Scène de Carnaval et L’arracheur de dents.
Giandomenico Tiepolo : scène de Carnaval
L’arracheur de dents
Décidément Venise a bien du charme à la veille de sa chute quand Bonaparte met fin à la Sérénissime République séculaire.
L’exposition se donne l’objectif de déconstruire les mythes négatifs associés à l’Homme de Néandertal victime d’une sorte de racisme dans les représentations de la fin du 19ème siècle début du 20ème siècle.
La mise en scène de l’exposition est construite en trois grands chapitres : Le temps d’une journée, le temps d’une vie, le temps d’une espèce.
maquette d’un abri avec os de mammouths (Ukraine)
Le temps d’une journée présente Néandertal dans son environnement naturel, entouré des animaux, espèces ubiquistes comme l’aigle ou le loup, les animaux de climat tempéré: campagnols; aurochs, ou de climat glaciaire avec les lemmings, les bisons et les rennes. sur le mur du fond incurvé est projeté un paysage qui varie selon que le climat est glaciaire ou tempéré. Néandertal a vécu 300 000 ans et a donc connu de grands changements climatiques.
Chasse au mammouths Paul Jamin 1885
Un site de fouilles , la Folie Poitiers, est reconstitué dans la salle suivante. Un quadrillage au sol figure les ficelles que les archéologues tendent pour repérer les artefacts. Une palissade délimite l’abri que les Néandertaliens avaient construits avec des branchages ou des peaux de bêtes pour se protéger du vent. On présente ici les silex et les outils en os (polissoirs, lissoirs, retouchoirs). Un vidéogramme montre les hommes à la chasse ou à la pêche, vêtus de peaux de bêtes. On les voit cuire dans le feu (le plus ancien « briquet » a été trouvé en Bretagne, (400 000 ans) fait de pyrite enflammant de l’amadou ou des écorces de bouleau.
Une exposition plutôt humoristique dément le mythe de la massue, on a retrouvé des lances, des armes de jet, mais jamais de massue!
crâne de néandertalien
Le temps d’une vie présente les fossiles humains, crânes ou moulages. Les premiers furent retrouvés en 1829 en Belgique à Engis, en 1856 à Feldhofer en Allemagne et en 1908 en Corrèze. On a également retrouvé des empreintes de leurs pas? Les moulages de la boîte crânienne montrent que la taille du cerveau n’était pas inférieure au nôtre, et que les aires du langages, aire de Broca et de Wernicke ainsi que le gène FoxP2 attribué au langage étaient développé. Les néandertaliens pouvaient donc parler!
Représentation de néanderlalienne début 20ème siècle
Cependant les statues du début du 20 ème siècle dans le Salon des Représentations ont un aspect bestial : menton rentré, certes, et arcades sourcilières, mais la tête engoncée dans les épaules et des poils les rapprochant de la fourrure animale (alors que cela ne se fossilise pas) .
Représentation de néandertalien du début du 20ème siècle
Pourtant c’était un homme paré : les parures ont été retrouvées, les serres d’aigles étaient particulièrement recherchées. Ils collectionnaient de beaux objets (fossiles de gastéropodes) un racloir en cristal de roche… On suppose aussi qu’ils se peignaient la peau : on a retrouvé des pigments sans trace de peintures pariétales, d’où l’hypothèse de peintures corporelles .
. Ils observaient aussi des rites funéraires. la découverte à Spy (Belgique d’un homme et d’une femme avec les os en connexion, donc délibérément ensevelis a provoqué un véritable scandale , c’était une idée inconcevable à la fin du 19ème siècle. L’observation de fractures identiques à celle des rodéos laisse à penser qu’ils chevauchaient peut être de grosses bêtes(?)
Etaient-ils cannibales? une animation donne 3 bonnes raisons d’être cannibales (cannibalisme alimentaire, mais aussi rituel, pour s’approprier la force d’un adversaire ou pour garder ses ancêtres en soi(?)
3. Le temps d’une espèce
C’était un artisan hors pair : l’exposition présente une collection de silex selon la technique du Levalloisien à partir de 300 000 ans . Ces outils étaient des marqueurs de culture.
L’analyse génétique montre que les hommes actuels sont (sauf les Africains) métissés de Néandertal, nous avons tous (ou presque) quelque chose de Néandertal.
Cependant , l’espèce Néandertal s’est éteinte entre 35 000 et 30 000 ans. Qu’est ce qui a causé cette extinction? Les différentes causes de cette disparition sont discutées par les chercheurs dans de courtes vidéos très vivantes. On a évoqué les changements climatiques : les Néanderliens en on vécu de nombreux, les micro-organismes apportés par Sapiens, mais ces populations étaient tellement dispersées qu’on ne peut invoquer de véritables épidémies, un déclin démographique avec un nomadisme accru est aussi une cause plausible, la concurrence entre Sapiens et Néandertal pour le gibier, des « guerres » dont on n’a rien retrouvé… le débat est ouvert et les causes sûrement plurielles.
La conclusion se trouve dans une dernière salle où les représentations sont diverses, affiches de film, jouets….Pour finir par cette Néandertalienne habillée à la mode de chez nous, pas si différente!
A la suite Néandertal, l’Expo, j’ai trouvé une petite exposition sur les Mousses, sentinelles de l’environnement que j’ai trouvée passionnante comme le parcours dans les collections permanentes du Musée de L’Homme. Il faudra que je revienne!
D’Angleterre arrivent parfois de géniaux excentriques doués d’humour et de créativité. Grayson Perry en est l’un d’eux et la Monnaie de Paris, 11 quai Conti lui offre un bel écrin. Il trône en haut du majestueux escalier, travesti dans une somptueuse robe.
Long Pig – Tirelire ou tronc pour de collecte?Tirelire ou tronc pour les offrandes.
La première oeuvre qui accueille le visiteur est ce cochon-tirelire. On peut choisir sa fente pour faire son offrande Gauche/Droite, ou Pauvre/Riche, Rural/Urbain, Leave (Brexit)/Hope . Grayson le céramiste, donne le ton dès l’entrée.
Reclining artist : artiste et modèle avec tous ses objets familiersReclining artist : artiste et modèle
Un magnifique salon ovale décoré de fresques présente les créations vestimentaires de Perry le styliste : Claire ou Grayson? Deux tableaux le représentent entre les robes magnifiques
Selfie with political cause
Il y a toujours beaucoup à voir et à lire dans les tableaux ou sur les vases. Des animaux, et des paysages britanniques. J’aime bien le renard « tax evasion » qui est à terre? vision optimiste?
vase
Les vases sont très élaborés avec des influences diverses, même japonisantes Les Precious Boys sont travestis, Women of Idéas viennent d’un transfert d’image de Gainsborough
Quand Grayson Perry parle de ses céramiques dans les vidéos, il emploie l’expression « pottery » suggérant une sorte d’artisanat secondaire, féminin, qu’on ne prend guère au sérieux. La tapisserie qui l’inspire également serait rangé aussi comme art mineur, féminin. Et justement lui, aime les savoirs-faire « féminins ».
Autre domaine où il excelle : la photo. L’exposition montre trois autoportraits où il est « Claire ». Selon lui, aucune provocation à la mode, dans ce travestissement; Il revêtait déjà des habits féminins quand il était petit!
I am a man
Grayson Perry s’exprime aussi par la sculpture. I am a man s’inspire de Peter Pan. Il ressemble aux bronzes béninois.
Our mother
Our father
Deux autres sculptures ont des influences africaines : Our mother et Our Father qui rappellent aussi la famine : l’enfant au sein est mort, la mère transporte calebasses, paniers et seaux pour aller puiser l’eau, les téléphones portables à son cou sont-ils ceux de ses autres enfants. Quels fardeaux pour une seule femme! l’homme est beaucoup moins embarrassé, mais il transporte des armes, dans un carquois il a un fusil. Porte-t-il lui aussi des enfants ou des grigris?
moto rose customisée avec un petit autel pour son doudou, Alan Measle (son ours en peluche)
Les tapisseries sont impressionnantes : Comfort blanket se trouve en face de Battle of britain
La reine et les symboles britanniques sur la comfort blanketBattle of Britain
J’ai aussi beauocup apprécié la tapisserie Death of Working Hero
Death of working hero
Grayson Perry vient d’une banlieue ouvrière. Son père était électricien; Il n’oublie pas toute la culture ouvrière encore vivante en Grande Bretagne comme ce rituel du Gala des Mineurs avec la parade des bannières du syndicat.
d’autres grandes tapisseries s’inspirent de la vie quotidienne anglaise : on voit une femme textoter dans sa cuisine, des poubelles pour le recyclage,
The Upper Class at BayThe Upper Class at Bay
Chasse à courre dans la campagne anglaise, au fond : un manoir.
En lisant le livret à couverture rose, je découvre que ces dernières tapisseries racontent toute une histoire, comme une BD taille XXL dont le héros Tim gravit l’échelle sociale pour mourir dans un parking .
Surtout! ne faites pas comme moi, n’ensevelissez pas le petit livret dans les profondeurs de votre sac. Il explique tout ce qui n’est pas évident pour nous, éloignés de l’actualité britannique. Et gardez du temps pour voir les vidéos projetées qui sont passionnantes. Si vous n’avez pas le temps on les retrouve sur Youtube.
Une visite passionnante. Un artiste complet qui’l ne faudrait surtout pas réduire à des provocations de travestissements.
Depuis la rentrée 2018, la photographie a été très présente sur mon blog : A son Image deFerrari, Miss Sarajevo d‘Ingrid Thobois sont deux romans qui prennent la photo pour thème. Par ailleurs les expositions l’Envolde la Maison Rouge, celle de Ron Amir, Quelque part dans le Désert,Personna Grata., ainsi que les photographies de Mossoul, Alep et Palmyre à IMA….Ettoujours le regret de PhotoQuai que je suivais les années précédentes. Il est donc logique que j’aille aux sources : les Nadar.
Plutôt que de se focaliser sur un photographe, la BnF a choisi de confronter les 3 Nadar : Félix, Adrien et Paul. Dans la famille Nadar, ou plutôt Tournachon, à l’origine se trouve le père, Victor, imprimeur et libraire à Lyon, le premier à avoir publié Histoire de Ma Vie de Casanova.
trombinoscope : le Panthéon
Le fils Félix(1820-1910) se destinait plutôt à l’écriture, monte à Paris dans le début des années 1840, rencontre Baudelaire, fréquente la Bohème, Baudelaire, Nerval, Bainville, Gautier, Dumas…..devient caricaturiste et en 1852 réunit dans son Panthéon 120 caricatures et portraits des célébrités.
Baudelaire caricature
En 1854, il se tourne vers la photographie et dès 1858, entrevoit l’intérêt de la photographie aérienne(sur la caricature on le voit avec un ballon). En 1861, il met au point la photographie à la lumière artificielle ce qui lui permet de réaliser des reportagesdans les catacombes et les égouts de Paris. En 1863 il réalise son premier vol en ballon.
nadar et son ballon
Le frère Adrien, entreprend des études de peinture en 1840. part dans la Pologne révolutionnaire en 1848, puis se consacre également à la photographie sans abandonner la peinture. Il réalise même des copies de Giorgione et de Bassano, restaure des tableaux.
Paul, le fils de Victor, devra s’imposer pour faire connaître son prénom. Il s’intéresse à une innovation : la réalisation d’Instantanés à partir de 1860. Il devient le promoteur de la photographie Instantanée et le représentant de Kodak Eastman pour la France avec son appareil Express Détective. Avec ce matériel portatif il part en reportage au Turkménistan.
Emir de Boukhara
Il réalise également des agrandissements photographiques qui sont les produits les plus lucratifs des Ateliers Nadar. Il fonde également la revue Paris-Photographie – magazine luxueux.
maquette d’hélicoptère
En plus de découvrir ces artistes, esprits curieux et techniciens inventifs, la visite de l’exposition est une promenade mondaine dans le Paris des écrivains et des artistes. Le portrait est la spécialité des ateliers Nadar. On a plaisir à déambuler devant les portraits de Baudelaire, de Guizot, Bakounine, George Sand qui était une amie de Félix Nadar, Daumier, Rossini, Delacroix, Dumas, Millet, Gustave Doré, Sarah Bernhard….Félix Nadar veut saisir le « côté psychologique de la photo » visage bien au centre sur un fond neutre tandis qu’Adrien met en scène les personnages en costume (Pierrot) ou réalise des photographies pittoresques d’un cavalier arabe ou de musiciens ambulants des Abruzzes. Paul continue les portraits, très beau portrait de Mallarmé, ou de Joséphine Baker. Il compose également des « tableaux vivants« , soigne la mise en scène, exécute des retouches.
Encore une jolie surprise! Je ne connaissais pas cette artiste Portugo-anglaise. L’affiche m’avait plu et le titre Les Contes cruels m’avaient intriguée.
Paula Rego : In the garden
L’exposition de l’Orangerie nous plonge dans l’univers de l’enfance, de ses jouets, ses contes et comptines, des personnages mythiques, des animaux qui parlent….Univers cruel et non pas mièvre comme l’a analysé Bruno Bettelheim. Une série présente des petites filles avec un chien.
Petite fille et chien. Non! ce n’est pas le chaperon rouge!
Trois grandes toiles carrées montrent encore des petites filles, l’une d’elle est la petite meurtrière perversion de l’enfance!
Paula Rego : la petite meurtrière
On aime se faire peur dans le monde de l’enfance!
De curieuses saynettes sont orchestrée avec des masques de papier mâché, des poupées de chiffon, des costumes de théâtre, des poupées désarticulée. Atmosphère étrange. On retrouve plus loin ces montages dans divers tableaux dans la dernière salle.
Paula Rego a épousé le peintre anglais Victor Willing. Elle partage son temps entre Londres et le Portugal.
Elle illustre les Nursery Rhymes par des gravures s’inspirant des illustrateurs comme Rackam ou Benjamin Rabier mais aussi Goya Caprichos et Proverbios ou Jean-Jacques Granville et Sa vie privée des animaux. Hockney a également illustré les contes de Grimm
Babablack sheep…est interprété de manière personnelle, les trois sacs de laine sont rangés de côté tandis que le mouton est érotisé dans une posture équivoque.
Cette araignée effrayante (comme les enfants aiment avoir peur!) est peut être inspirée des araignées de Louise Bourgeois présentées à côté.
Le monde de l’enfance est aussi celui des punitions et des réprimandes (titre de la salle suivante) . On y découvre une fille de policier inquiétante.
La Fille du PolicierLa Fille du Policier
Des scènes familiales mettent en scène les Bonnes meurtrières de Genêt et une curieuse scène où le père est comme un pantin, évanoui ou déjà mort tandis que dans le tableau des éléments religieux font des allusion à la résurrection.
Gepetto
Les grands tableaux de la salle suivante sont des pastels, technique que Paula Rego affectionne particulièrement. Elle illustre Peter Pan et Pinocchio. Anecdotiquement l’audio-guide m’apprend que pour la Fée Bleue et pour Gepetto Paula Rego a fait poser sa fille Victoria et son gendre Ron Mueck (sculpteur) .
L’oeuvre la plus spectaculaire de cette section est le grand tableau de La Guerre inspiré d’une photo d’une petite fille pendant la guerre en Irak. Paula Rego a remplacé les têtes par celles de lapins de papier mâché et a fait figurer des animaux dans la composition.
La Guerre
Un mur regroupe le thème Animaux et Animalité . Contrairement aux contes qui montrent des animaux humanisés qui parlent ou qui adoptent des comportement humains. Il s’agit de femmes aux attitudes et postures de chiens Dogwomen.
Dogwoman
« Etre une femme-chien ne signifie pas nécessairement être opprimée . cela n’a pas grand-chose à voir. Dans ces tableaux, chaque femme-chien n’est pas opprimée mais puissante. C’est bien d’être bestiale. C’est physique. manger, grogner, toutes les activités liées aux sensations sont positives. Représenter une femme en chien est complètement crédible. C’est souligner le côté physique de son être. »
Précise-t-elle dans une longue citation sur le dépliant de présentation de l’exposition.
Face aux gracieuses et riantes danseuses de Degas, aux couleurs chatoyantes 5 grands tableaux ont été inspirés de la danse des Autruches du film Fantasia . Pas d’oiseaux dans ces oeuvres mais les danseuses massives et ironiques.
Danse des autruchesDanse des autruches
Héroïnes :Paula Rego est fascinée par le personnage de Jane Eyre qu’elle met en scène dans un triptyque. Elle représente des femmes fortes comme l’ accordéoniste.
L’exposition se termine par des histoires moins traditionnelles, des mises en scène plus personnelles dans d’énormes tableaux très colorés et très riches avec de nombreux personnages autour des pièces de Martin McDonagh
L’épouvantail et le porc.L’épouvantail et le porc.
L’épouvantail et le porc est presque une crucifixion avec une procession qui gravit la montagne. Le porc a sauvé l’épouvantail d’un incendie du champ dans lequel il se trouvait. Mais il ne s’opposera pas à la décapitation de son bienfaiteur par l’éleveur. Dans un coin, la femme au chapeau porte une faux, représente-t-elle la mort?
pillowman
Deux grands triptyques mettent en scène le personnage du Pillowman (Martin McDonagh) . Le pillowman étouffe les enfants par sa tendresse pour leur épargner des souffrances dans le monde. (thème évoqué dans Les petites filles et la mort de Papadiamantis). La tendresse du Pillowman évoque à Paula Rigo son propre père et elle met dans le tableau des éléments de sa vie personnelle, ses souvenirs d’enfance, la plage d’Estoril où elle allait avec ses parents, une partie de pêche
pillowman
Etonnante illustration du Chef d’Oeuvre inconnu de Balzac qui avait aussi inspiré Picasso
j’ai découvert sur internet en me documentant que Paula Rego, féministe avait peint le triptyque sur l’Avortement à propos de la campagne pour sa légalisation au Portugal en 1998. Cette oeuvre ne figure pas dans l’exposition de l’Orangerie mais je la mentionne ici.
Plus tard, j’en ai acquis une idée utilitaire : paniers pour faire les courses, corbeilles à fruits…Le titre Fendre l’air, ne me disait rien, j’ai cru voir une nacelle de Montgolfière.
Cherchant le bateau-atelier de Titouan Lamazou, je me suis égarée. A la sortie de l’ascenseur j’ai trouvé les vitrines de la cérémonie du thé où les accessoires attendus, théière et bol sont accompagnés de vannerie fine.
la cérémonie du thé
Je me suis laissé séduire par les matières, les formes, la technique parfaite. Finesse des fibres et des points. Élégance des formes pour les objets usuels : paniers, corbeilles destinés souvent aux compositions d’ikebana
anse liane
Classique et parfait comme ce panier.
les créations contemporaines se détachent de leur rôle d’utilité et adoptent des lignes audacieuses,
support pour ikebana ou oeuvre dart? Les deux sans doute
Plusieurs vidéos donnent la parole au maître-vannier. On le voit travailler, transmettre son savoir-faire aux apprentis. Fendre le bambou, c’est sans doute ce qui a inspiré le titre de l’exposition. Est-ce de l’artisanat ou de l’art pur? Il semble que la distinction n’existe pas. L’artisan façonne un objet utile, l’artiste fabrique une création abstraite. Le même ouvrier est parfois artisan, parfois artiste. Tout dépend de la commande, dit-il.
abstraction?abstraction
Selon la finesse de la fibre, la laque ou la teinte naturelle il y a une infinité de textures
support pour ikebana ou oeuvre d’art? Les deux sans doute
Quelle est la perception de l’espace, de la musique et même du cosmos, du point de vue de l’araignée?
Les araignées construisent des toiles, chacun sait cela. Avez-vous pris le temps de la contemplation de cette architecture soyeuse d’une géométrie parfaite? Peut-être au petit matin quand la rosée du matin a laissé des perles irisées. Saraceno, nous propose un autre point de vue : dans les immenses salles obscures du Palais de Tokyo, des cages de verre emprisonnent leurs constructions éclairées par des spots. parfois on distingue l’araignée. parfois non. Selon l’espèce, la toile aura une structure différente. Parfois deux sortes de toiles coexistent dans une seule cage. Chacun sort son téléphone ou son appareil photo pour capter des images inédites.
La toile est un piège, l’araignée perçoit les vibrations de la soie quand la proie vient s’y prendre. Saraceno émet l’hypothèse que cette perception des vibrations permettrait de capter des sons. Des micros sont donc installée, récepteurs des vibrations infimes de l’air, amplifiant une musique aléatoire comme les poussières qui dansent dans un faisceau lumineux projeté sur un écran. Sounding the air est une sorte d’instrument de musique où 5 très longues fibres de soie éclairées vibrent à la présence des spectateurs (changement de température, de pression de l’air); les vibrations sont traduites en fréquences sonores.
aérographie
Comme par associations d’idées inconscientes, de l’araignée nous sommes passées aux vibrations de l’air, provoquant le son, donc la musique. Et toujours par association d’idées, nous voilà « On Air » avec ces poussières qui dansent, et la pollution des particules de suie récoltées à Mombay. Cette suie va être l’encre des aérographies : stylos reliés à des ballons gonflés à l’hélium dessinant sur des surfaces blanches des tracés aléatoires confrontés à des toiles d’araignées noircies, « nouveau langage pour l’ère de l’Aérocène » (copié du dépliant disponible à l’entrée de l’exposition)
Glissons dans une aventure pour explorer l’Aérocène : vidéos d’une étrange expédition aéronautique mue à l’énergie solaire au dessus des zones désertiques aux USA et en Argentine.
Et toujours par glissement sémantique, nous voici dans l’espace, le cosmos à la recherche des rayons cosmiques, de lumière émise il y a des centaines de milliers d’années…même des ondes émises lors d’éruptions solaires. On revient aux araignées, peut être les perçoivent-elles? Algo-r(h)i(Y)thms à la recherche d’autres perceptions. C’est poétique mais peut être trop subtil pour moi.
Le Muséo aéro-solarest un musée volant fait d’un assemblage collectif de sacs plastiques usagées.
J’ai passé près de deux heurs à errer dans les salles tantôt obscures tantôt blanches entre toiles d’araignées , installations et expériences scientifiques. Parcours poétique très planant. Je ressors du musée comme flottant dans l’une de ces bulles que je ne suis pas arrivée à photographier. Je n’ai pas tout compris, mais qu’importe. qui a dit qu’on devait comprendre à la lettre la poésie?
Essayez d’arriver hors de l’affluence, les dessins, aquarelles et tableaux sont d’assez petits formats. S’il y a foule dans les salles vous n’en profiterez pas!
Schiele et Basquiat sont présentés ensemble.Tous deux sont des artistes précoces, prolifiques et prodiges, tous deux morts jeunes, à 28 ans. Tous deux rebelles à leur manière. Toutefois il vaut mieux arrêter une comparaison stérile et visiter deux expositions séparément, l’une après l’autre.
autoportrait
Beaucoup d’autoportraits – j’aime parce que cela permet de connaître l’artiste! Egon Schiele me fait penser à un Pierrot, un peu lunaire, un peu spectateur, un oeil grand ouvert, l’autre parfois plissé, ironique?
Des nus, féminins et masculins. Virtuose dans un tracé précis, sans reprises et sans ratures. On a l’impression qu’il a dessiner d’un seul trait. La couleur souligne certaines parties du corps, les mains, le visage, le plus souvent pas toujours, parfois un vêtement, ou une chevelure.
Des portraits d’une acuité impressionnante, les mains sont parfois plus expressives que les visages.
L’exposition est ordonnées selon « La Ligne » : « Ligne ornementale » (1908-1909) où l’influence de Klimt est évidente dans la Danaé aux couleurs métalliques
La « Ligne expressionniste »(1910-1911) quand Egon Schiele s’éloigne du Jugendstil. on sent l’ influence de Kokoschka.
Egon Schiele expérimente différentes techniques à l’aquarelle : aquarelle humide, couleurs expressionnistes n’ayant aucun rapport avec la réalité : jaunes acide de la peau,taches bleues. Parfois, il entoure le dessin d’une auréole de gouache blanche. Parfois il utilise une gouache épaisse ou fait de petites taches par petites touches vives, bleu ou violet modelant les chairs.
Il quitte Vienne et peint des paysages
A la suite de la disparition d’une jeune fille, il est même soupçonné d’enlèvement et incarcéré.Les seules charges contre lui sont des dessins obscènes! et il est relâché.
A la suite de son séjour en prison, on note dans ses dessins une « Recherche de l’équilibre »
puis en 1915-1918 « La ligne Recomposée« . Il est mobilisé pendant la Guerre de 14-18 mais meurt de la Grippe espagnole en 1918.
J’ai rencontré le Caravageà Rome, Naples, La Valette….et toujours impressionnée par le Maître! J’ai aussi lu et relu La Course à l’Abîme de Dominique Fernandez a guidé mes pas dans Rome dans Le piéton de Rome, et La Couleur du soleil de Camilleri.
Baglione : l’amour divin et l’amour profane
Retrouver Le Caravage ressemble plutôt à la visite d’un ami de longue date. Quoique – je ne suis pas sûre que la fréquentation de ce mauvais garçon soit recommandable! J’ai beaucoup apprécié que ses toiles soient confrontées à celle de ses concurrents, contemporains ou élèves, ses amis et ennemis comme le dit le titre. Le musée n’est pas grand, on peut prendre notre temps : remarquer les petites taches de sang qui mouchettent le bras de
Dans la première salle « THEÂTRE DES TÊTES COUPEES » le tableau du Caravage, Judith décapite Holopherne, sous un drapé rouge qui accentue le drame avec un décor théâtral, est accompagné d’autres décapitations de Judith, Saraceni, Gentileschi, ou de David et Goliath du Cavalier d’Arpin. Le David et Goliath d’Orazio Borgianni nous a fait sourire : la posture assez extravagante, les pieds en l’air et cette physionomie de pirate de BD (ou peut être les dessinateurs de BD se sont-ils inspiré de cette tête grimaçante?)
Artemisia Genteleschi : SAinte Cécile
Salle 2 : Musique et Nature morte, le très beau et rare (il vient de l’Ermitage) Joueur de Luth fait face à Sainte Cécile d’Artemisia Gentileschi (j’ai très envie de lire Artemisia de Lapierre que Claudialucia a chroniqué récemment). Deux belles corbeilles de chasselas décorent la Douleur d’Aminte de Bartoloméo Cavarozzi (celui-là vient du Louvre je pourrai lui rendre visite).
Caravage : Joueur de luth
Salle 3 : au saintJean-Baptiste du Caravage de la villa Borghèse avec son mouton répond un autre Saint Jean-Baptiste de Manfredi nettement plus habillé au mouton plus mièvre, plus agneau que bélier.
Saint Jean-Baptiste (détail)
Salle 4 CONTEMPORAINS, occasion de découvrir une adoration des magesd’Annibal Carrache surchargée d’angelots (avec un concert d’anges sur un nuage) très baroque.
Salle 5 MEDITATIONS réunit autour de Saint Jérôme – une figure que j’ai rencontrée aussi à La Valette – un Saint François toujours du Maître et d’autres tableaux représentant une figure unique(figura sola)
Manfredi : couronnement d’épine
Salle 7 LA PASSION DU CHRIST donne à voir les rivalités entre artistes, un concours sur le Thème Ecce Homo aurait été remporté par Cigoli .
Ecce Homo
Le mur du fond est occupé par le très grand tableau de José de Ribera qui se trouvait à Rome cette année-là : Le Reniement de Pierre peint dans un décor d’auberge, où 5 personnages jouent aux dés sous un éclairage caravagesque. En face le tableau de Manfredi nous étonne : on dirait que le soldat romain est décapité (où est donc sa tête alors que son armure brille de tous ses détails?)
Ecce Homo : Cigoli
Jeu des différences avec les deux Madeleine en extase, presque identiques. Nathalie qui est plus observatrice que moi me montre le traitement des cheveux, les mains….
Souper à Emmaüs (détail)
En conclusion : le très beau Souper à Emmaüs.
Et comme toujours, à Jacquemart-André, des vidéos prolongent de façon savante la visite.
Une matinée bien remplie, avec le plaisir de rencontrer une blogueuse que je ne connaissais que virtuellement.
« ….L’idée de prendre mes grands-parents comme objet d’étude remonte à 2007. Mon projet prend forme assez vite : je vais écrire un livre sur leur histoire, ou plutôt un livre d’histoire sur eux, fondé sur des archives, des entretiens, des lectures, une mise en contexte, des raisonnements sociologiques, grâce auxquels je vais faire leur connaissance. Récit de vie et compte rendu de mon enquête, ce livre fera comprendre, non revivre… »
L’auteur Ivan Jablonka est historien. Cette enquête est menée de façon rigoureuse, scientifique. Cela n’exclue pas la chaleur humaine. L’auteur ne connaissait rien de ses grands-parents, ni de ses arrières-grands-parents. Il découvre des personnalités attachantes et fait revivre tout un monde disparu. Il détaille aussi toutes ses démarches qui le conduisent en Pologne et jusqu’en Argentine. Il fait revivre le petit monde des tailleurs, coupeurs de cuir, fourreurs entre Belleville et Ménilmontant. Il montre l’extraordinaire solidarité entre ces sans-papiers, artisans, militants communistes et anarchistes dans des temps troublés.
Antisémitisme qui a raison de ces jeunes communistes laïques, universalistes, qui vinrent en France chercher l’asile politiques après une incarcération en Pologne pour avoir tendu une banderole et qui se retrouve « sans papiers »:
« Matès un réfugié politique auquel la France s’honore de donner le droit d’asile? Son emprisonnement démontre plutôt l’inanité de la distinction entre « étrangers de bonne foi » et « hôtes irréguliers », et leur fusion dans la catégorie des délinquants »…
Actuel, trop actuel, ce débat!
Matès termine sa vie comme sonderkommando quoi de plus tragique?
Alors que les survivants de la Shoah nous quittent les uns après les autres, Simone Weill, Marceline Loridan-Ivens récemment, les historiens prennent la relève.