Portrait d’un homme heureux – André Le Nôtre (1613 – 1700) – Erik Orsenna

JARDINS ET CHÂTEAUX…..

Versailles

Dans le matin, au bout d’une assez longue allée pour remonter le temps, deux silhouette. un enfant gambade autour d’un homme qui parle. C’est la leçon de jardin. Des oiseaux chantent. Un chien fouille la terre. Le père promène son fils dans l’univers des plantes. Il lui apprend à reconnaître et à nommer, à regarder et à humer. Il lui enseigne l’utilité des abeilles, que les poires comices trop vertes donnent la colique, que les saisons marchent, que l’hiver il faut travailler le sol si on veut un riche printemps….

Merci Monsieur Orsenna pour cette promenade dans les jardins des Tuileries, de Vaux-le-Vicomte, de Versailles, Chantilly, Sceaux, Marly, Saint Germain….ordonnés, dessinés par Le Nôtre, le Jardinier du Roi Soleil. Jardins dans lesquels je me promène souvent et que je ne regarderai plus du même œil naïf. 

Perspective des jardins de Vaux le vicomte

Né au Tuileries, fils du Jardinier des Tuileries qui lui délivre cette leçon de jardin, André Le Nôtre a aussi bénéficié du voisinage des artistes et des artisans du Louvre. Son ami est Le Brun qui l’entraînera dans son premier grand chantier Vaux-le-Vicomte où il dessine un parc enchanté par les miroirs d’eau. Il faudrait que j’emporte les pages racontant les pièges et illusions optiques calculés par Le Nôtre(p.46 et 47).

Versailles : Encelade

On connaît le sort que le Roi infligea à Fouquet qui débaucha les artistes de Vaux pour construire Versailles. Comme à Vaux-le-Vicomte, Le Nôtre fit creuser canaux et bassins. Apporter l’eau à Versailles fut un travail titanesque avec le creusement des canaux sur le plateau de Saclay, la construction d’aqueducs et la puissante machine de Marly. Avec le Voyage Métropolitain, nous avons randonné sur les traces de l’hydraulique de Louis XIV.

voici ce qu’écrit Orsenna p.79

Le contentement des fontaines

Le XVIIème siècle a l’amour fou de l’eau. Dans le jaillissement des fontaines et le bouillonnement des cascades, il voit le portrait de la vie. Dans les images reflétées à la surface des étangs et des canaux et que soudain brouille le vent, il aime à se rappeler la fragilité des choses. Epris de lignes et de perspectives, rien ne le distrait mieux que ces fantaisies optiques. Religieux jusqu’au fond de l’âme, il croit que toutes les eaux douces ou salées communiquent entre elles, et toutes avec le ciel….

 

Promenade mais biographie, surtout!

Les témoignages concordent sur la bonté foncière de Le Nôtre, son égalité de caractère, son humour en toutes circonstances, sa spontanéité, sa simplicité…Toutes les qualités du « bonhomme », il les mais en exerce-t-il le métier?

Même si le jardinage est l’un des arts de l’agriculture, avouons que sa manière d’être paysan ne ressemble à aucune autre. Aménageur pharaonesque plus que cultivateur, hanté par la perspective plus qu’amoureux de botanique, il entretient avec la nature des relations de domination sourcilleuse. 

Nous suivons Le Nôtre à la cour parmi les artistes que sont Racine, Molière ou La Fontaine, mais surtout auprès de Louis XIV . Fidélité, amitié?

Ce petit livre est passionnant, poétique, instructif. A lire, relire et emporter sur place.

Les Arpenteurs du monde – Daniel Kehlmann

EXPLORATEURS ET SCIENTIFIQUES

« Sur la route d’Espagne, Humboldt mesura chaque colline. Il escalada chaque montagne. Il préleva des échantillons de pierres sur chaque paroi rocheuse. Muni de son masque à oxygène il explora toutes les grottes jusque dans les cavités les plus reculées […]Il (Bonpland) commença à se poser des questions. tout cela est-il bien nécessaire, demanda-t-il . après tout on ne faisait que passer[…]

Humboldt réfléchit. Non, dit-il finalement il était désolé? Une colline dont on ne connaît pas la hauteur était une insulte à la raison et le rendait nerveux. Un homme qui ne déterminerait pas à chaque instant sa position géographique ne pouvait pas se déplacer. On ne laissait pas une énigme, si petite soit-elle, au bord de la route. »

Histoire et Géographie!

J’aime les livres de voyages et surtout ceux des explorateurs des temps jadis! Je me suis toujours intéressée à l’Histoire des Sciences, aux biographies de scientifiques illustres. Les Arpenteurs du Monde raconte les deux thèmes : biographie de Carl Friedrich Gauss, Prince des Mathématiques (1777-1855), astronome et accessoirement arpenteur de métier, Alexander von Humboldt, (1769 -1859) qui partit explorer l’Amérique espagnole avec le Français Bonpland  de 1799 à 1804, remonta l’Orénoque, gravit des volcans, dans la Nouvelle Grenade(Venezuela-Colombie-Equateur), puis visita le Mexique.

Carl Friedrich Gauss

Biographie croisée des deux Scientifiques, contemporains mais si différents de caractère qui finirent par se rencontrer à Berlin. Construction habile, chronologique, où alternent les chapitres, la Mer, Le Fleuve, La Grotte , la montagne.. la steppe pour l’explorateur des terres lointaines. Le Maitre d’Ecole,  les nombres, les étoiles, le jardin…. pour le mathématicien. L’un rêve de grand large et d’ascension de volcans tandis que l’autre est casanier.  Pour explorer la terre Humboldt part aux antipodes tandis que Gauss va aux confins de l’Univers en restant l’oeil collé à l’oculaire de son télescope et une aiguille suffit dans sa tente pour mesurer le magnétisme terrestre sans quitter son jardin. Tous deux sont rigoureux dans leurs mesures. Gauss, en ballon avec Pilâtre de Rozier n’admire pas le paysage mais a l’intuition de la courbure de l’espace où les parallèles se rejoindraient tandis que Humboldt si occupé à mesurer sa position oublie de regarder l’éclipse de soleil. L’un est bougon, l’autre plutôt mondain.

alexander von Humboldt

La confrontation de ces deux vies dans la première moitié du XIXème siècle est très plaisante, des conquêtes napoléoniennes à l’essor de la Prusse et à la construction de Berlin. On devine l’indépendance des pays d’Amérique latine qui se profile. Humboldt ne se contente pas de mesurer et rapporter des collections de minéraux ou d’animaux et de plantes, il se penche aussi sur le sort des esclaves ou des mineurs dans les mines d’argent. L’auteur insiste aussi sur l’autoritarisme de la Prusse où trois étudiants forment déjà un attroupement ou pire en Russie, les convois de prisonniers.

Une lecture bien agréable et une rencontre avec deux personnages exceptionnels.  C’est aussi un livre d’aventures quand Humboldt navigue sur l’Orénoque ou escalade le Chimborazo considéré comme la montagne la plus haute du Globe. Cela me donne envie d’approfondir leurs découvertes du point de vue plus scientifique surtout en ce qui concerne Humboldt parce que les mathématiques théoriques, cela me paraît bien difficile.

Intrigue à Giverny – Adrien Goetz

POLAR IMPRESSIONNISTE ? PLUTÔT SNOBINARD

Je ne me prive jamais d’une visite à Giverny. Dès que j’ai découvert ce titre à la Médiathèque, je l’ai commandé (click&collect). Malheureusement, les scènes se déroulant à Giverny  sont peu nombreuses et je ne profiterai guère du jardin de Monet. En revanche, on traînera dans un vernissage au Musée Marmottan-Monet avec le gratin snob et assez détestable. Puis l’action se transportera à Monaco où se prépare un mariage princier. Tout aussi kitsch et snob. Fin navrante sur une piste de ski improbable dans les émirats. 

L’intrigue est légère :  deux spécialistes de Monet disparaissent du diner mondain succédant au vernissage. L’une d’elles est retrouvée égorgée dans un sarcophage de bronzage (j’ignorais que la chose existât) ; la seconde sera enlevée à Monaco. Il sera question de la vente d’un tableau de Monet, peut être un faux.  Wandrille, journaliste mondain, et sa fiancée Pénélope, conservatrice du Mobilier National (imbuvables) mènent l’enquête qui ne démarre vraiment que dans la seconde moitié du roman. Dans la première partie au charmant titre Des crocodiles dans les nymphéas, l’intrigue traîne et la lectrice s’ennuie, le livre manque de me tomber des mains.

Dans la deuxième partie, Les parfums de Giverny, il est plus question de Monet mais pas tellement de sa peinture, plutôt de sa fortune….la fin est plus réussie mais ce serait dommage de la raconter ici.

 

Unité 8200 – Dov Alfon

POLAR ISRAELO/PARISIEN

En ce moment je lis beaucoup. J’alterne gros pavés et polars exotiques plus vite lus. Un polar israélien? J’embarque et télécharge sans méfiance puis qu’il est recommandé par Matatoune    

J’aurais dû être plus attentive : le titre original est A long Night in Paris et le livre est traduit de l’anglais. Je risque de ne pas être dépaysée et de ne pas me promener beaucoup en Israël!

Espionnage, jeux de  pouvoirs entre les différents services des Renseignements israéliens, entre Mossad et Shabak, dans les bureaux et les salles de conférences de Tsahal à la Kyria. Guerres d’égo, cirage de pompes, coups tordus. Un Israélien est enlevé à Roissy ;  est-ce un fait divers ou une affaire d’Etat?  Une série de cadavres retrouvés cette nuit-là fait craindre le pire.

L’auteur ne nous épargne aucune note de service avec les destinataires, de niveau de secret, les codes et les procédures pour garantir la confidentialité. Cela pourrait être original, c’est plutôt ennuyeux. Quelle bureaucratie!

Dov Alfon se complait dans la technologie des téléphones mobiles, des smartphones capables de géolocaliser les correspondants (c’est finalement banal) de crypter les conversations (on s’en douterait).  et même de localiser les armes et les attaquants derrière une porte….miraculeux! Fascination pour les antennes???? Même attention complaisante pour les armes. Je m’ennuie.

Seule figure un peu folklorique : madame Abadi, la mère du colonel israélien. Mère tunisienne typique, elle va cuisiner couscous-boulettes, et makhrouds (emballés dans du papier alu). Madame Abadi habite Créteil. Alors là, la lectrice cristolienne se vexe. Créteil est décrite comme une banlieue affreuse avec un maire communiste  et des constructions staliniennes. Et non! l’urbanisme a été dessiné du temps du Général Billotte, gaulliste bon teint, et depuis, le Maire Socialiste a entretenu une ville verdoyante. L’auteur résident à Paris aurait pu prendre le métro avant d’imaginer des choux-fleurs, à la place  des épis de maïs!18

Opération Shylock – Une confession – Philip Roth

LITTERATURE AMERICAINE/ISRAEL

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C’est encore dans le blog de Kathel que j’ai trouvé  ce livre! Depuis un moment je n’avais pas lu Philip Roth.  Avec le temps de lecture octroyé par le confinement (oui! la lecture est essentielle comme manger et boire) ce pavé (650 pages en poche) me semblait tout à fait indiqué. 

Opération Shylock, un tel titre suggère un thriller, de l’espionnage…

Thriller? Sûrement pas, le rythme est paresseux avec des digressions incroyables.

Espionnage, presque, Roth embauché par le Mossad, qui l’eût cru?

Shylock ? Nous digressons sur Shakespeare : Roth, très littéraire, nous emmènera aussi du côté de Dostoïevski. Shylock , « Trois mille Ducats » ,le marchand de Venise, l’archétype du Juif. Il sera question d’antisémitismeC’est même un des thèmes principaux du livre. Paroxysme de l’antisémitisme : on assiste à des audiences du  procès de Demjanjuk (Ivan le Terrible de Treblinka) à Jérusalem. Antisémitisme ordinaire, en Ukraine, Pologne ou aux Etats Unis. Même un burlesque club des Antisémites Anonymes sur le modèle des Alcooliques Anonymes, ayant pour but de désintoxiquer des antisémites repentants. Comédie et tragédie mêlés, comme souvent, dans un humour juif ravageur. 

Une confession? on pense plus à une psychanalyse qu’à l’aveu d’une faute. Auto-analyse, Freud fait partie de la culture juive newyorkaise, comme chez Woody Allen ou chez d’autres. Hilarante comparaison entre l’injonction de se taire, ou de cesser la médisance, d’un rabbin Polonais Hofetz Haïm et celle de parler de Freud. 

L’histoire commence par la convalescence de Philip Roth atteint d’une grave dépression, effet secondaire d’un médicament  : l’Halcion. Tout juste guéri, l’écrivain se met au travail : il a prévu une série d’entretiens avec Aharon Appelfeld  qu’il va rencontrer à Jérusalem en janvier 1988, début de la Première Intifada alors que se déroule le procès Demjanjuk.

A Jérusalem, Roth rencontre son sosie qui, non seulement lui ressemble physiquement, mais qui prétend s’appeler également Philip Roth.  Il usurpe son identité  pour profiter de la notoriété de l’écrivain afin de  rencontrer des autorités (Lech Walesa, et pourquoi pas Yasser Arafat à Tunis). Le faux Philip Roth est le promoteur d’un mouvement politique :  le diasporisme qui prétend au retour des Juifs Ashkénazes en Pologne, Roumanie et Allemagne (d’où il proviennent). Cette thèse scandaleuse fait l’affaire des Palestiniens. 

Etrangement, Philip Roth ne dénonce pas cette usurpation d’identité et ne s’entoure pas d’avocats chargés de clarifier cette affaire. Au contraire, il s’amuse du romanesque de la situation, s’empêtre dans des situations scabreuses et soutient les thèses improbables du diasporisme. On ne sait plus qui est qui, qui pense quoi . L’écrivain voit dans le thème du double une contradiction intéressante stimulant son imagination. Pour s’y retrouver (et pour que le lecteur ne soit pas complètement perdu il nomme l’autre Philip Roth Moishe Pipik,  surnom enfantin qu’on attribue aux enfants qui font les intéressants, Moishe petit-nombril,  surnom péjoratif pour rabaisser l’imposteur? Le roman, la confession, ne serait-il pas nombriliste? On est pris parfois d’un doute, ce dédoublement de la personnalité ne serait-il pas plutôt imputable à l’Halcion, le médicament aux effets secondaires psychiatriques? 

Les péripéties sont tellement invraisemblables qu’on navigue à vue. Et si l’opération Shylock était  une manipulation habile? En plus de cette intrigue compliquée, Roth nous raconte des souvenirs d’enfance. Il fait des détours par des références littéraires ou philosophiques. J’ai le tournis et je suis tentée d’abandonner ce maelstrom quand il expose des délires antisémites difficiles à lire (j’ai sauté des paragraphes entiers). Et culot  incroyable, Houtzpah phénoménale!  il ose, après 577 pages, terminer le livre par un épilogue : En général les mots gâchent tout.

Une journée dans la Rome Antique. Sur les pas d’un Romain – Alberto Angela

1LIRE POUR ROME

Comment on lave le linge au temps des Romains ? C’est simple, on l’apporte à la fullonica : la foulerie,
l’équivalent de notre blanchisserie. Les vêtements vont y subir divers traitements qui nous obligeraient à nous
pincer le nez. Les tuniques, les toges, les draps et le reste finissent en effet dans des bassins emplis d’eau
additionnée d’une substance alcaline comme la soude, l’argile smectique (encore appelée « terre à foulon ») ou,
tenez-vous bien, l’urine humaine ! Aux coins des rues, en particulier près des fouleries,

Après le foulage, on procède au rinçage puis au battage, et l’on traite le linge avec des apprêts pour lui redonner
du lustre et de la tenue. Ensuite, on l’essore et on l’étend dans la cour, voire dans la rue, et pour finir on le
défroisse sous de grandes presses à vis.

A emporter pour un prochain voyage à Rome ou même pour n’importe quel site antique romain! 

A notre dernier passage à Rome, j’avais pris pour guide Dominique Fernandez et le Piéton de Rome et j’avais suivi ses pas  sur le forum, la Via Appia, au Château Saint Ange, puis sur les traces de Michel-Ange, du Caravage et du Bernin dans , les églises, les fontaines et les rues. Dix jours n’avaient pas suffi. 

Alberto Angela propose une démarche différente :

 Un jour, un mardi de l’an 115 après J.C. sous le règne de Trajan. Rome est à l’apogée de sa puissance et peut-être de sa beauté

C’est donc au rythme de la clepsydre que vous serez initiés au quotidien de la Rome antique.

Heure par heure, dès le lever du jour, le lecteur voit la ville s’éveiller . Il  rencontre des Romains: un dominus dans sa villa cossue se lève, s’habille, fait sa toilette aidé de ses esclaves. Puis nous pénétrons dans les insulae – immeubles collectifs – visitons des appartements. Nous nous laissons porter par la foule  des rues, atmosphère d’une ville indienne. L’école se fait en plein air. Nos pas nous porteront aux forums, nous assisterons à un procès dans la basilique Julia, à une exécution au Colisée, puis des combats de gladiateurs. Déjeuner dans une popina, un restaurant de rue. Bien sûr nous irons aux thermes! Banquet dans une villa avec un menu fastueux….

Avec de courts chapitres, d’une écriture agréable, d’un style vivant presque cinématographique, l’auteur aborde des sujets variés : habillement, menus et recettes élaborées inspirées par le plus grand des chefs Apicius. Il resitue les activités commerciales dans le cadre de l’Empire Romain.  Il n’oublie pas la sexualité. Aucune invention, les descriptions sont documentées à partir textes anciens, graffitis, mosaïques. Alberto Angela cite ses sources avec précision.

j’ai passé un très agréable moment de lecture et me promets de relire ce livre à de prochaines visites archéologiques

 

 

Secrets à l’ombre d’un manguier – Aurore Coffi

LIRE POUR L’AFRIQUE : MALI

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Merci à Babelio et à L’Harmattan pour ce voyage littéraire au Mali où tout voyage touristique est impossible! 

Ne comptez pas sur moi pour dévoiler Les secrets à l’ombre du manguier ! Il vous faudra lire le roman, et c’est une bien agréable aventure! Une histoire qui se lit d’un trait et qui m’a enchantée. 

A Bamako, plus rurale que je ne l’imaginais, l’histoire se déroule comme un conte : conte avec des djinns, des fées, une calebasse volante et une hyène qui parle.  Madou, dès sa plus tendre enfance est initié par sa mère au monde invisible des djinns. Comme elle, il a le don de lire les étoiles en lançant des cauris et il deviendra un marabout à l’âge précoce de sept ans. 

Conte fantastique aux saveurs exotiques de la cuisine africaine, une lecture que l’on pourrait recommander aussi aux jeunes. Une initiation à la flore africaines,  et aux herbes médicinales.

Attention, Madou subira aussi de lourdes épreuves, et vous serez émus quand il sera séparé de sa mère, battu par son oncle, mendiant…Le conte vire au roman d’initiation quand Madou affronte la dure réalité des talibés.

Quand Madou sera en âge de fonder une famille, il rencontrera les difficultés. Même avec ses connaissances surnaturelles, il faudra prendre les bonnes décisions….mais je ne raconterai pas tout.

 

La mort du Khazar rouge – Shlomo Sand

LITTERATURE ISRAELIENNE

« On ne tue pas quelqu’un parce qu’un livre nous énerve. Certes, cela s’est produit au Moyen Âge dans la
civilisation chrétienne – Morkus venait de voir le film Le Nom de la rose –, mais, dans le monde démocratique,
si l’on n’aime pas un livre, on le jette, tout au plus, à la
poubelle et le lecteur vraiment retors en fait cadeau à un ami. »

 

Schlomo Sand est un universitaire, historien à l’Université de Tel Aviv.  Il a écrit des essais: Comment le peuple juif fut inventé,(2008)Comment la terre d’Israel fut inventée (2012), comment j’ai cessé d’être juif (2013) La fin de l’intellectuel français? (2016) qui ont été édités en français, et bien sûr, d’autres publications, antérieures ou non traduites. 

La mort du khazar rouge est une fiction, un polar de 383 pages, se déroulant sur 20 ans de 1987 à 2007. L’enquête commence avec le meurtre d’un universitaire Litvak, historien, qui s’apprêtait à publier un livre sur les Khazars, royaume s’étendant de l’Ukraine au Caucase ayant adopté la confession juive. Ces travaux dérangeant une partie des universitaires israéliens. Le policier Emile Morkus est un Arabe chrétien de Jaffa  fait équipe avec Shimon Ohayon un juif marocain. Peu d’indices pour élucider cet assassinat. D’autres assassinats – le frère jumeau de Litvak – une étudiante gauchiste, ne sont pas plus résolus, le procès du violeur de l’étudiante aboutit à une erreur judiciaire. Après un nouvel assassinat, 20 ans plus tard  l’enquête reprend. La victime est un autre historien, un orientaliste.  Son sujet de recherche :  Himyar, un royaume  yéménite également converti au judaïsme au IV ème siècle de notre ère. 

La seconde raison de mon écrit hors des sentiers battus vient de ma forte crainte, en tant que sioniste, de la
dérive croissante du nationalisme juif vers des conceptions historiques ethnocentriques et raciales. J’ai bien peur
que cela finisse par détruire la société israélienne, qui me tient tant à cœur. Fidèlement. Yitzhak, ton professeur,
Et si tu veux bien : le Khazar rouge.

Je déteste les critiques qui spoilent le récit des polars. Ne comptez pas sur moi pour vous donner plus de détails sur l’intrigue qui est très bien conduite et qui tient le lecteur en haleine.

En revanche, j’ai pris grand intérêt  à retrouver vingt ans d’histoire d’Israël :  la première Intifada, les espoirs nés à Oslo ,l’assassinat de Rabin en 1995…Grand intérêt également à découvrir tout un pan d’histoire du peuple juif sous un angle que j’ignorais (les khazars, non, mais le royaume yéménite complètement).

Rencontre avec un écrivain que j’ai eu le plaisir d’entendre sur des vidéos de Youtube qui m’ont appris que la fiction était basée sur des faits réels : Litvak, le personnage a été inspiré d’un historien Abraham Polak qui a vraiment étudié les Khazars, le  policier arabe d’un véritable policier.

J’ai trouvé la référence du livre sur le blog de  Kathel 

 

Les impatientes _ Djaïli Amadou Amal

LIRE POUR L’AFRIQUE – CAMEROUN

 

Munyal, mes filles, car la patience est une vertu. Dieu aime les patientes, répète mon père, imperturbable. J’ai
aujourd’hui achevé mon devoir de père envers vous. Je vous ai élevées, instruites, et je vous confie ce jour à des
hommes responsables ! Vous êtes à présent de grandes filles – des femmes plutôt ! Vous êtes désormais mariées
et devez respect et considération à vos époux. »

Publié en Afrique sous le titre Munyal, les larmes de la Patience

Ces Impatientes : Ramla, Hindou et Safira sont trois femmes peuls musulmanes dont la vie est rythmée de cette injonction : Munyal, patience!

« Il est difficile, le chemin de vie des femmes, ma fille. Ils sont brefs, les moments d’insouciance. Nous n’avons
pas de jeunesse. Nous ne connaissons que très peu de joies. Nous ne trouvons le bonheur où nous le  cultivons. A toi de trouver une solutions pour rendre ta vie supportable. Mieux encore, pour rendre ta vie acceptable. C’est ce que j’ai fait, moi, durant ces années? J’ai piétiné mes rêves pour mieux embrasser mes devoirs. »

Trois destins de femmes qui sont liés par un double mariage : celui de Ramla et celui de sa soeur Hindou, 17 ans toutes les deux. Mariages arrangés, mariages forcés. Ramla, la lycéenne qui se voit pharmacienne, fiancée à son amoureux étudiant, se voit arrachée à ses rêves d’avenir pour se marier à un homme riche, la cinquantaine, déjà marié, un ami de son père. Hindou est promise à un de ses cousins, jeune et beau, mais alcooliques et drogué, violent.

Accepter tout de nos époux. Il a toujours raison, il a tous les droits et nous, tous les devoirs. Si le mariage est une
réussite, le mérite reviendra à notre obéissance, à notre bon caractère, à nos compromis ; si c’est un échec, ce
sera de notre seule faute. Et la conséquence de notre mauvais comportement, de notre caractère exécrable, de
notre manque de retenue. Pour conclure, patience, munyal face aux épreuves, à la douleur, aux peines.

Et les épreuves qu’elles subiront vont au-delà de ce que je pouvais imaginer.

Safira, est la première épouse, la daada-saaré celle qui règne sur la concession. Elle doit accueillir Ramla

C’est ta soeur! Ta cadette, ta fille, ton épouse. C’est à toi de l’éduquer, de lui donner des conseils, de lui montrer le fonctionnement de la concesssion….

Safira n’avait jamais imaginé partager son mari. Elle va se battre, par tous les moyens.

Réquisitoire contre la polygamie. Jalouserie et hypocrisie. Les enfants aussi sont les enjeux des luttes de pouvoir et de séduction.

C’est un constat cruel. Et un roman que l’on ne lâche pas une fois commencé.

 

Prévert : Le gardien du Phare aime trop les oiseaux

BALADE NORMANDE

 

Des oiseaux par milliers volent vers les feux
Par milliers ils tombent par milliers ils se cognent
Par milliers aveuglés par milliers assommés
Par milliers ils meurent.

Le gardien ne peut supporter des choses pareilles
Les oiseaux il les aime trop
Alors il dit tant pis je m’en fous
Et il éteint tout

Au loin un cargo fait naufrage
Un cargo venant des îles
Un cargo chargé d’oiseaux
Des milliers d’oiseaux des îles
Des milliers d’oiseaux noyés.

 

Je me suis souvenue du poème quand j’ai lu Les Déferlantes de Claudie Gallay

La nuit du naufrage, il a vu arriver un vol d’oiseaux, des migrateurs, un vol magnifique. Ils ont commencé à
s’écraser, par dizaines. Je lui ai parlé de la lumière du phare qui se reflétait dans les yeux des oiseaux, de cette
pitié immense qui le submergeait,

parce qu’il les voyait s’approcher avec tellement de confiance. – Il dit qu’il n’aurait dû y avoir personne cette
nuit-là sur la mer. Il dit aussi que c’était impossible pour lui de voir mourir tous ces oiseaux.

Claudie Gallay : les Déferlantes (p.306)