Le très beau Musée du Sel se trouve aux Salinas del Carmen . Musée du Sel plutôt que musée des salines.
Deux salles racontent l’Histoire de l’Exploitation du selremontant à 6000 av JC par les chinois, puis les Egyptiens et les Romains.
L’aspect anthropologique est très fouillé : des coutumes parfois étranges liées au sel sont illustrées ;
Chez les Romains, la solde des militaires était payée en sel, origine de notre mot de salaire. La recette du garum au poisson macéré dans le sel est tirée du Satyricon. Plus récemment l’invention du ketchup est la substitution des tomates aux anchois – le nom vient d’Indonésie.
Plus grave : la Marche du sel de Gandhi.
Sel et superstitions : certains paysans mettaient des grains de sel dans leur charrue pour assurer une bonne récolte. Ailleurs on salait aux quatre coins de la parcelle.
Le sel est donc lié à la fertilité et par extension à la sexualité : l’adjectif salace, vient du latin salax, tiré du sel. Une gravure montre des femmes salant les cuisses et les fesses de leurs conjoints.
D’autres superstitions voudraient que renverser la salière porterait malheur, rappelant le geste de Judas pendant la Cène.
Une coutume canarienne m’a amusée : à la Saint Jean on disposait 12 petits tas de sel, chacun représentant un mois de l’année, si un tas s’écroule il pleuvra ce mois-là.
Toutes ces anecdotes m’amusent.
Une salle présente les utilisations industrielles du sel : innombrables, présent partout, en tant que Na ou Cl dans la chimie. Il est aussi le conservateur traditionnel des viandes (salaisons et charcuterie) et des poissons. Ce n’est qu’avec l’essor de la congélation à la fin du 20ème siècle qu’il a perdu son importance dans l’agro-alimentaire. Sur Fuerteventura les salines étaient rapprochées des lieux de pêche. J’avais été étonnée de voir le toponyme salinas en l’absence de marais salant près du Puertitode la Cruz à Jandia, étranges salines perchées à Aguas Verdes, lieu perdu de la côte ouest.
Saltadero
La dernière salle est consacrée à la Saline del Carmen, au métier de saunier, à ses outils, aux noms espagnols : l’écume, plus salée que l’eau de mer arrive dans le premier bassin Saltadero où l’eau est réchauffée et ne sera conduite que quelques jours plus tard dans les bassins d’évaporation, petits œillets ou Tajos , rectangles maçonnés et tapissés d’argile. Le saunier, deux fois par jour, viendra ratisser les cristaux qui se forment. Une vidéo montre le travail du saunier.
les salines de Salinas del Carmen
Sous un soleil radieux (et un vent terrible) nous visitons la saline : les bassins sont verts, les œillets roses ou oranges grâce à Artemisia salina le crustacé qui donne sa couleur aux flamands roses. Des petits tas blancs brillent alignés à côté des œillets bien que la saison n’ait pas encore commencé (entre Mars et Octobre).
Ajuy est le seul accès à la côte ouest avant la Pared très au sud. Cette côte rocheuse, déchiquetée est découpée de pointes, de grottes mais aucun village de n’est installé dans cet environnement battu par les vagues et le vent. Sur la carte il y a des criques mais elles ne sont accessibles que par la mer ???
Ajuy est touristique. Un vaste parking à l’entrée doit contenir l’afflux de voitures. Une plage de sable noir est encadrée par deux pointes basaltiques luisant sous l’écume des vagues. La petite anse est parsemée de rochers et de galets. Nous trouvons un rocher agréable pour nous adosser et déguster les feuilletés achetés à Antigua. Feuilleté salé au thon à la pâte très fine, les oignons confits et les poivrons donnent du moelleux et sont presque sucrés. Nos carottes râpées-maison apportent une touche rafraîchissante. Feuilleté triangulaire fourré à la confiture citron et ananas pour la fin. Tout en déjeunant, nous nous rassasions du spectacle des déferlantes. Un puissant rouleau arrive de travers, s’enroule, se brise sur un gros rocher dans une gerbe d’écume puis un mini-Niagara lui succède en ruisselant sur la roche noire et luisante.
Des touristes s’aventurent trop près de l’eau pour mieux saisir l’image. Une dame intrépide tombe à l’eau, appareil-photo, sac à main sombrent. Son mari la tire (il a juste le bermuda trempé). Ils se changent et étalent les vêtements trempés sur des rochers. D’autres intrépides s’avancent. Nous guettons les naufrages. Autour de la plage, les terrasses des restaurants sont bondées. Sur le tableau d’ardoise on propose poissons frais, gambas, et moules, ou côtelettes.
Grottes
Les grottes d’Ajuy sont annoncées depuis la route Un sentier a été creusé dans la falaise. Un panneau explique la formation géologique complexe :
Calcarénite blanche
Une coulée plus récente basaltique
Un complexe basaltique
à sa base : des phtannites anciennes
Je marche sur la calcarénite, attaquée par l’érosion qui a découpé des trous, dégagé des pointes, relief tout à fait pittoresque. Le sentier dépasse un petit cap. D’autres grottes sont creusée, plus vastes dans la roche sombre. L’écume s’engouffre sous nos pieds dans u fracas étourdissant. Des marches ont été taillées pour descendre au plus près. Aujourd’hui personne ne s’est aventuré, je renonce (l’alerte vent violent a été publiée à la télé ). Grâce au coup de vent les nuages ont été balayé mais la mer est déchaînée, ce n’est peut être pas prudent.
Ajuy village
30 km plus au sud, il y a une autre plage accessible : la Pared .
La route FV-605, traverse des montagnes arides et spectaculaires. Les croupes se succèdent, oranges, grises, verdâtres dans les creux. Jeux de lumière et d’ombres sous le ciel bleu intense. On a aménagé un « mirador astronomique » sur un petit sommet. Le vent de face rend difficile la montée. La vue est panoramique à 360°. Le Mont Cardon et son sommet déchiqueté est en face, plus loin le massif basaltique violacé de Jandia(807m). Au pied de la montagne des panneaux invitent à visiter des fromageries.
La Pared est aussi un spot de surf, le drapeau de l’UCPA claque au vent. On a aussi implanté un golf, déclenchant mon ire. Un restaurant est équipé d’une piscine géante. La plage est curieusement parsemée de rochers et de galets tantôt blancs, tantôt noirs, même bicolores ; Une falaise étrange, noire à la base, blanche au dessus est battue par es vagues. Une arche avec un gouffre qu’on ne voit pas aspire la vague. Quand on se promène au dessus de la falaise on est complètement trempé par ces embruns qui nous douchent. (l’appareil photo aussi, tout salé).
La Pared : figures d’érosion
Le retour au coucher du soleil est pénible. Nous avons hâte de rentrer avant qui’l ne fasse nuit dans la route sinueuse et étroite qui tortille. Les ombres s’allongent. Entre Pajara et Betancuria les lacets sont impressionnants. S’il avait été plus tôt nous nous serions bien attardées à la Vega de Rio Palmas, une oasis charmante construite près d’un barrage. Des randonneurs apparaissent du GR131, je les envie, la promenade dans la montagne a dû être une merveille.
Le village de La Ampuyenta,situé sur la routed’Antigua, propose un circuit accompagné: 4 visites.
Le bâtiment est élégant, blanc, souligné de moellons rouges aux coins, de parements autour des hautes et étroites portes et fenêtres, et composé de trois ailes orientées perpendiculairement à la route. Une croix et une date : 1891. C’est l’hôpital construit avec l’héritage du docteur Mena dont je visiterai la maison. Joli bâtiment, belle restauration. Malheureusement le contenu n’est pas à la hauteur : on a exposé les brancards permettant de promener en procession les statues des saints dans les chemins. Certains baroques, d’autres plus simples. Quelle exposition palpitante ! Certaines photos anciennes ont un intérêt ethnologique.
Ermita de San Pedro de Alcantara
A quelques pas, dans un enclos, l’Ermita de San Pedro de Alcantara – franciscain, saint patron du village. Un écriteau annonce la « Chapelle Sixtine de Fuerteventura » Edifiée en 1681, restaurée récemment. Les tableaux racontent la vie de San Pedro. Le premier parait joyeux, le moine est allongé dans un bassin au milieu d’un parterre fleuri ; ce n’est pas une piscine, le moine porte un cilice pour se mortifier avec des chaines et des pointes, le sang perle, les chairs saignent. San Pedro est aussi peint en compagnie de Saint François d’Assise reconnaissable à la colombe perchée, avec Sainte Thérèse d’Avila dont il était le confesseur. Au dessus du retable, les murs sont peints à fresques « richement » parce que l’île était très pauvre et que les pigments nobles manquaient. La guide raconte bien elle rend la visite très vivante et plaisante.
A l’autre bout du village, se trouve la maison de Fray Andresito établi en Uruguay et au Chili où il soigna riches et pauvres. La petite maison sans fenêtres est bien noire et bien nue à l’exception d’un tableau naïf le représentant soignant les Indiens et entouré de riches philanthropes. Très populaire aux Amériques. Une procession nocturne, en son honneur, se déroule à Fuerteventura le 14 janvier. La visite est courte, il n’y a rien à voir. Derrière le mur, la guide hèle quelqu’un. Une belle dromadaire arrive au petit trot. Et nous voilà en train de désherber l’enclos pour donner les mauvaises herbes aux dromadaires insatiables. La guide me montre dans la colline des personnes courbées vers la terre qui ramassent les rares herbes pour leurs animaux.
la maison du Dr Mena
Ma maison du Dr Mena est au bord de la grand route, entourée de murs blancs. Dans la cours, poussent des massifs fleuris et des plantes aromatiques que le docteur savait utiliser. Né en 1802 à laAmpuyenta, le Dr Mena étudia à Gran Canaria puis à Cuba et à Paris pour se spécialiser en médecine tropicale. Il étudia également la flore des Canaries et introduisit la balnéothérapie dans l’île. Il enseigna à Cadix mais rentrait régulièrement dans son village pour y soigner riches et pauvres.
Dans la cour, comme partout, la citerne Aljibe,la guide me montre le système de récupération des eaux de pluie par les gouttières. Deux parties dans la maison, les quartiers des serviteurs, cuisine, salle pour broder ou repasser le linge, chambres. De l’autre côté, les pièces d’apparat avec le riche mobilier importé de Cuba, la salle d’attente et le cabinet du docteur. Un objet est spécialement intéressant : une sorte de placard à deux étagères : en haut, une grosse pierre ronde, en dessous un récipient pour récupérer l’eau de la citerne filtrée et rendue potable. L’eau sur l’île valait une fortune. Aux passants assoiffés on offrait volontiers un verre de vin mais pas d’eau.
Pour filtrer l’eau de la citerne
Je n’éprouve pas de passion subite pour les moines franciscains, encore moins pour les brancards des images pieuses, mais cette visite permet de toucher un peu à l’âme de ces habitants loin des attractions touristiques artificielles.
Antigua
L’église d’Antigua
Nous l’avions traversée dimanche, endormie. Sous le soleil, à 11h, c’est une ville bien vivante dotée de commerces : une très belle pastellaria, des petits commerces et d’un grand supermarché. La place de l’église est plantée de très grands arbres et de massifs. L’église est blanche, son clocher est haut et fin, chaulé de blanc bordé de gris. J’y retrouve le même tableau qu’à la chapelle de laAmpuyenta avec Saint Michel au centre qui pèse les âmes, un retable coloré ; le plafond de bois est de toute beauté.
Nous nous sommes trop attardées à faire les courses, il faudra supprimer la visite prévue au Centre d’Interprétation des Moulins.
Nous sommes maintenant habituées aux vastes étendues orange et rouges de Fuerteventura qui n’est as si déserte qu’elle m’était apparue le premier jour. A force de scruter chèvreries, arbres et cultures je finis par repérer les exploitations agricoles, à deviner champs et jardins à l’arrière des levées de terre destinées à garder l’humidité (comme dans le sud tunisien).
Entre Tuineje et Pajara les serres à tomates sont différentes de celles de chez nous. Le plastique très épais est plutôt opaque, elles forment de vastes paquets plats hermétiquement fermés. On a parfois suspendu à la porte une branche de tomates en grappe ou mis un écriteau. Le village de Toto est charmant.
Pajara
Pajara : Santa Regla
Petit village signalé avec un cœur dans le guide Evasion, très touristique. C’est une oasis au cœur de l’île. De grands ficus ombragent la place de l’église. Des bougainvillées forment de hautes haies colorées de chaque côté de la « rivière » à sec. On a planté des géraniums rouges ddans des jardinières blanches le long de la route. Il y a même un jardin public. Les maisons sont toutes des restaurants et cafétérias pour touristes mais, plus loin, on devine palmiers et jardins. La petite église Santa Regla possède un porche sculpté très original avec un fronton triangulaire avec des motifs végétaux sur deux fausses colonnes cannelées
Pajara détail du porche
.
Apéro derrière l’église. J’ai retrouvé une version made in canarias de la boisson à la pulpe d’aloès mais je préfère la coréenne plus subtile et moins sucrée.
15h , heure du déjeuner des Espagnols, temps pour nous d’aller voir la mer, direction el Cotillo, extrémité nord-ouest de l’île. Nous nous proposons de visiter le Musée des Pêcheurs installé dans le Faro de Toston. Nous passons sans nous arrêter devant la Cueva del Llano : tube volcanique où vit une araignée endémique.
El Cotillo
C’est une station balnéaire spécialisée dans le Surf, partout des agences, des boutiques y faisant référence. L’urbanisation est assez anarchique. Des maisons modestes côtoient de véritables palais à colonnes et fronton jaune, des galeries marchandes pharaoniques, et des villas contemporaines de béton blanc se dressent n’importe où ? Des lotissements pas encore construits disposent déjà de la voirie : larges avenues bordées de hauts lampadaires, mais pas asphaltées. Des sens interdit, des sens obligatoires nous baladent de rue en piste avant de nous renvoyer à 2 ou 3km du village.
Phare rouge et blanc, double phare : un grand, fonctionnel et un petit. Par beau temps on peut y monter mais pas aujourd’hui avec le vent ; Le prix du billet est réduit (1.5€) donne droit seulement à la visite du Musée des Pêcheurs : 3salles occupées par de nombreux panneaux (en Espagnol uniquement). Quelques photos anciennes, surtout du texte, très peu d’objets. La muséographie est désuète et peu élaborée. Le propos est intéressant : la vie des pêcheurs dans les années 1960, quand 60% de la population se consacrait à la Pêche avant le développement du Tourisme. Ces pêcheurs étaient « transhumants » pêchant sur la côte ouest agitée mais plus poissonneuse et sur la côte est plus calme. Ils pratiquaient aussi le cabotage le long de la « Costa » qui était celle de l’Afrique. Jusque dans les années 60 les barques étaient grées à la voile latine et n’avaient pas de moteur. Les garçons naviguaient avant l’âge de 10 ans . « L’école était en mer » disait-on.
Les femmes tenaient les comptes du ménage. Une certaine pêche de nuit secrète n’entrait pas dans l’économie familiale. Elles fournissaient les appâts qu’elles ramassaient à pied. Les coquillages étaient conservés dans du vinaigre à l’escabèche dans des bouteilles de verre.
A l’époque, cinq conserveries de poisson tournaient sur l’île. Le poisson était également conservé dans le sel. Tout a changé avec la congélation.
Le ciel s’est enfin dégagé. Il est maintenant très agréable de se promener le long des petites baies découpées dans les rochers. Anses tranquilles d’eau turquoise avec du sable blanc alors qu’au large de grosse vagues déferlent dans une écume mousseuse. Les Kite-surfeurs profitent de baies calmes et du grand vent. Certains glissent à grande vitesse. Les plus expérimentés s’envolent. Je marche, tantôt sur le sable tantôt dans les rochers.
A retour, le plan de circulation dément d’El Cotillo nous égare. Nous sommes forcées de brancher le GPS. Nous passons devant une tour ronde El Toston au dessus d’un petit port Roque abrité derrière une haute digue. Les terrasses des bars et des restaurants sont alignés devant le port mais il est trop tard pour s’y arrêter.
Grâce au GPS, nous trouvons un très joli raccourci par Tetir et la montagne au coucher du soleil.
A Casillas del Angel, la petite superette est ouverte. On achète des oranges et un cahier. La FV-207, route de Tefia. A la hauteur du Moulin de Tefia nous nous arrêtons à l’Ecomusée de L’Alcojida. Un hameau traditionnel a été restauré, les maisons sont meublées, des artisans font des démonstrations. Même les animaux de la ferme sont à leur place, les poules picorent, l’âne attend les chèvres dans le corral attenant à la bergerie, les chiens attachés à leur chaînes. Les pigeons profitent de l’aubaine. Les maisons ne sont pas anonymes. Celles de la Señora Herminia est très modeste, composée de deux pièces, salle à manger et chambre. La salle à manger est meublée d’une table de bois et d’un grand coffre. On a préparé l’anisette, du poivre rose dans une coupelle, seules décoration : des images pieuses et une statue de la madone. La cuisine est à part, à l’extérieur, très petite. Le petit foyer à bois est surélevé, avec la place pour une marmite.
Intérieur d’une ferme modeste
A l’extérieur il y a une petite meule arrondie. Mais où donc pousse l’herbe ?
Un document audiovisuel montre comme on tresse des paniers et des chapeaux en utilisant la fibre de palmier. Dans un atelier nous verrons la dame travailler. Pour le panier, un homme entrelace les feuilles et les tasse à la manière des tisserands ; pour le chapeau, avec trois lanières elle tresse d’abord de fines bandes qu’elle coud ensuite.
La maison du Señor Teodosio est celle d’un paysan aisé. Précédée d’un palmier, la cour est dallée. Une estrade renferme la citerne. Une ouverture permet de puiser l’eau, à sa base, une auge de pierre. La maison est parquetée. Dans la salle à manger il y a une vieille radio et une machine à coudre et un très curieux vaisselier portant une très grosse et mystérieuse poterie ronde (j’ai élucidé le mystère mercredi, cela sert à filtrer l’eau de la citerne). Cette maison a deux chambres ; sa cuisine, toujours extérieure mais plus vaste que la précédente et possède deux foyers et un petit four. Le four à pain arrondi est à part. Dans une grange, un moulin tout en bois était sans doute actionné par un animal, peut être l’âne ? .
la ferme de teodosio
Derrière l’aire de battage se trouve la chèvrerie et le poulailler. Il y a aussi une petite olivaie (15 arbres petits). Quel grain cultivait-on ? où étaient le champs ? Les environs semble être stériles ; difficile d’imaginer les cultures (ou est-ce parce qu’on est en février et que rien n’est sorti ?).
La maison des Herrera est celle d’artisans. On visite l’atelier du menuisier, charpentier, on voit les instruments agricoles qu’il a fabriqués. Une pièce est une fromagerie : sur une table de bois le fromage de chèvre est posé sur un cercle entouré d’une rigole pour l’écoulement du petit lait, la forme, en feuille de palmier imprime son dessin sur la tranche. Cinq petites niches ont été ménagées dans l’épaisseur du mur, dans chacune d’elles sèche un fromage d’environ 30cm de diamètre.
Dans d’autres atelier voit travailler la dentelière, la potière, et une femme tresse la feuille de palmier on peut acheter en souvenir des animaux ou fleurs, les criquets sont particulièrement réussis.
Dans la dernière maison qui ne se visite pas, je remarque dans la cour un lentisque qui ressemble plutôt à un arbre qu’à un buisson ? C’est le seul lentisque que nous verrons dans l’île.
Les toits des maisons sont en torchis : mélange de terre orange et de paille ; la pâte repossant sur des roseaux.
Montagne de Tindaya
la montagne Timdaya
Quittant Tefia en direction de la Oliva nous passons à côté de la Montagne de Tindaya – volcan au cône recouvert de cendres ravinées mais cimentées. Les rigoles verticales sont probablement dues au ruissellement. Cette montagne revêt une importance spéciale : on y a relevé des pétroglyphes Mahos : des gravures d’empreintes de pieds aborigènes.
Unamuno
An face de la route, au tiers de la hauteur se tient une énorme statue Madone ou Guanche ? De la route, toutes les hypothèses sont permises. Une piste y conduit que je parcours à pied. Surprise : c’est un homme en costume de ville. Sur le socle je lis Unamuno. C’est donc le philosophe qui nous salue du volcan des Mahos. J’ai cherché le sentier qui conduit au sommet ; pas trouvé il doit être ailleurs.
La Oliva
C’est une autre capitale de Fuerteventura supplantée par Puerto del Rosario. C’est une petite ville aux maisons modernes, avec une grande place de la Mairie, une piscine municipale, des restaurants bon marché….
la Oliva Casa de los Coroneles
Nous visitons la Casa de los Coroneles , construite pendant la deuxième moitié du 17ème siècle par Ginès Cabrera de Bethencourt (1620-1722). Vaste demeure d’un étage à façade allongée jaune aux 8 longues fenêtres à balcon de bois torsadé, symétriquement disposées de part et d’autre d’un grand porche. Une galerie fermée se trouve sur une face latérale. La maison est disposée autour d’un élégant patio à galerie de bois, planté de deux palmiers. Dans les pièces les plafonds de bois sont remarquables, parfois soutenus par des colonnes de bois. La maison fleure bon l’encaustique. Des panneaux racontent l’histoire de la maison avec les arbres généalogiques des familles l’ayant occupée (endogamie manifeste : toujours les mêmes patronymes), des reproductions de tableaux les représentent. Différents aspects de la vie artistique des Canaries : le peintre Gaspar de la Orotava (1616-1670).
Bataille de Tamasite
La bataille de Tamasite opposant les défenseurs de l’île aux anglais qui débarquèrent par deux fois en 1741 est représentée par une peinture naîve me rappelant certaines miniatures indiennes.
Au rez de chaussée une grande exposition est consacrée à la Franc-maçonnerie : panneaux illustrés (beaucoup à lire, ma lecture de l’Espagnol étant laborieuse et ma motivation moyenne, je n’ai pas tout lu). De la maison et des dépendances, la vue est très belle sur le volcan Arena qui a une forme de cône pointu presque parfait ;
L’église de la Oliva est blanche comme toutes les églises ici, mais son clocher est une tour carrée trapue de basalte noir. A l’intérieur 3 nefs séparées par des piliers clairs. Mobilier et peinture sans grand intérêt.
A la Oliva, il y a également un Musée du Grain et un centre d’Art Canarien que je néglige après tous
Pique-nique au pied d’un moulin
les beaux musées de Lanzarote.
Il est temps de déjeuner : entre La Oliva et Villaverde, une arête est surmontée de 2 beaux moulins avec leurs ailes (à l’arrêt). Une piste permet d’y accéder. Nous déjeunons à l’intérieur de la voiture à cause du vent. Qui dit moulin, dit vent permanent et infernal ! Nous avons déjà expérimenté à Santorin. le sentier est bordé d’agaves. Toute la montagne est quadrillée de petites murettes qui autrefois entouraient des jardins ou de petits champs. J’ai lu quelque part que Fuerteventura était le grenier à céréales des Canaries. Il ne semble plus pousser grand-chose ici (mais nous sommes en hiver).
Fuerteventura est vraiment une très grande île. On s’en rend compte en poussant jusqu’à l’extrémité sud : 85 km sur la FV-2 qui passe par l’aéroport, les stations touristique de Caleta de Fuste, Costa Calma et Morro Jable, grande route large et moderne avec des tronçons d’autoroute pour les touristes pressés.
Le rond point de Caleta de Fuste est orné d’une statue de golfeur. Les constructions ont envahi les proches collines tandis que le golf vert occupe la plaine. Ce golf vert sur l’île désertique est une offense au bon sens et à la nature. Les ressources en eau sont si limitées que chaque arbre, chaque jardin semble un miracle. Ici, on a essayé de briser le vent en plantant une rangée de casuarinas, bien dépenaillés, à moitié desséchés, incapables de remplir leur office. Là, un caroubier a son feuillage tout ramassé au lieu de s’étaler avec le port caractéristique de l’espèce. Un olivier penche désespérément sous le vent, la moitié de l’arbre est desséché. On cultive des jardinets dans des boites j’en ai vu un dans un container de bateau. Et à Caleta de Fuste, on gaspille en arrosant l’herbe verte.
Après Caleta de Fuste la FV-2 entre dans les terres. On ne retrouvera l’océan qu’à Lajita. Nous sommes déjà passées samedi en allant à Pozo negro, je reconnais la coulée, Malpais. Lajita est une sorte d’oasis. Un jardin tropical a été implanté qui déborde sur la route bordée de massifs de géraniums fleuris, masque les constructions avec les bougainvillées, les palmiers. « Oasis Park » est un parc d’attraction – cher – avec des balades à dromadaire, un zoo…destiné aux familles avec enfants. Nous ne le visitons pas.
En bordure du Parc Naturel El Jable on a construit la station balnéaire de Costa Calma, je m’attendais à une horreur comme Caleta de Fuste. Délicieuse surprise ! la route est encadrée par d’épaisses rangées de palmiers ombrageant des jardins, une piste cyclable, masquant les constructions (et les protégeant des nuisances de la grande route). Les feux actionnés par les nombreux piétons sont tous au rouge mais nous ne voyons pas les « nappes d’immeubles » annoncés par les guides. La pression touristique est plutôt perceptible dans les chantiers des infrastructures : on construit un aéroport.
A la sortie de Costa Calma, le relief s’adoucit, le sable – venu d’où ? – s’accumule en grandes dunes parfois couvertes de buissons. On imagine les grandes plages de sable blanc invisibles de la route. A la sortie des dunes, une autoroute relie Morro Jable, station très chic sur les contreforts du massif de Jandia, lui aussi parc naturel culminant à 807m. A Morro Jable la route est bordée de boutiques de luxe d’un côté, de l’autre une corniche borde une zone verte qui isole la plage quelques centaines de m plus loin. Arrêt à l’Office de Tourisme : on m’offre gracieusement deux cartes des sentiers piétonniers de Fuerteventura mais on me prévient que pour le Phare de Jandia, la piste est réservée aux 4×4, sinon on peut prendre l’autobus.
La piste
Plage Salinas
Nous avons fait 100km pour nous arrêter là ?
Nous tentons l’aventure : sur la piste se trouvent de nombreuses voitures légères et relativement peu de 4×4. La piste de terre est bien entretenue, très large et lisse. Aucune autre raison de ne pas essayer ! Il y a toujours le risque de crevaison. Des nuages sont accrochés à la montagne formant un brouillard très mouillant du côté passager ( je remonte la vitre) tandis que le ciel au dessus de la mer est très bleu, la fenêtre du conducteur reste ouverte. L’humidité (ou la pluie de cette nuit) a détrempé la piste qui devient très glissante ; chaque tour de roue projette de la boue jusqu’au toit de la voiture ; Les cyclistes que nous croisons en sont couverts. 16km de piste jusqu’au Phare, dans quel état allons nous arriver ? Les arrêts-photos sont problématiques. Il y a bien des emplacements de parkings mais la pluie et le vent infernal n’incitent pas à sortir. Le paysage le mérite pourtant ! L’humidité a permis à des milliers de fleurs de faire un tapis coloré sur l’austère montagne volcanique. Ancien volcan basaltique dont on distingue l’empilement des coulées noires alternant avec des niveaux plus colorés, des scories oxydées rouges, des niveaux de cendres clairs. De minuscules giroflées forment des nappes violettes, les moutardes, des jaunes. La piste s’assèche. Les sommets moins hauts n’accrochent plus les nuages balayés à grande vitesse par le vent. Un village est précédé d’une éolienne moderne. Un peu plus loin, la silhouette du phare se détache sur la mer.
la piste et les nuages accrochés
Il faut s’emmitoufler, zipper la fermeture éclair jusqu’en haut, relever la capuche, enrouler l’écharpe. Le Centre d’Interprétation est fermé le dimanche et le lundi. Pas de chance ! Protégée par une grande baie aux eaux turquoises est encadrée de crêtes découpées. Ciel bleu. Pas une vague, un calme surprenant. Tous les touristes posent pour une photo inoubliable.
pointe de Jandia : côté abrité : turquoise
Promenade à l’extrémité de la pointe du côté venté. Les vagues hérissent l’océan bleu marine très foncé contraste saisissant. Les rochers sont criblés de cœurs de pierre. Souvent les visiteurs pour marquer leur passage empilent les cailloux pour construire un cairn. Ici on dessine un cœur avec ses initiales dedans. Certains poussent le raffinement jusqu’à prendre des patelles ou du verre de bouteille pour colorer leur composition. Je marche sur les cœurs.
Apéro coréen au pied du phare.
J’ai trouvé à Hiperdino de Morro Jable une petite bouteille carrée très jolie d’une boisson à l’Aloévera. A Lanzarote et à Fuerteventura il y a partout des boutiques « Musées de l’aloès » vantant les cultures biologiques des îles. Je croyais donc consommer de l’Aloès canarien. J’ouvre le flacon. Impression étrange, il y a à boire et à manger. Il faut secouer pour mélanger la pulpe. Le goût est étrange, agréable, original, raffiné. J’examine l’étiquette. La boisson vient de Corée ce qui explique son prix relativement élevé (1.75€ pour 33cl).
Le village de Puertito de la Cruz
Côté face à la route : un grand restaurant (4×4 et voitures garées) côté pile des ruelles étroites entre des maisons basses chaulées de blanc aux portes métalliques vertes. Le village est petit. Une placette face à la mer (côté tranquille turquoise) fleurie d’une rangée d’aloès fleuris rouge. C’est là que nous déjeunons. Un peu plus loin, une dame récure son plat à paella. Un pêcheur passe, il ouvre sa petite maison au bout de l’allée qui donne directement sur la plage à laquelle on accède par des marches taillées dans la coulée. Impression d’avoir découvert un secret bien gardé de Fuertentura.
De la piste principale, une piste descend à la plage de Salinas. Pas de trace de saline mais une petite plage tranquille ; Une sorte de ciment naturel (caliche ?) a aggloméré le sable clair à des galets noirs. Il en résulte une sorte de mosaïque naturelle.
Plage Barlovento
Comme la voiture se comporte très bien, nous nous enhardissons à prendre la piste de Cofete de l’autre côté de la pointe où deux plages Playa de Barlovento et Playa de Cofete sont sur notre carte. Plages de sable immenses. On franchit la Montagne de Jandia par un petit col. Au mirador, le vent est infernal mais le panorama magnifique sur les deux plages battues par les rouleaux dans un nuage d’embruns. La piste descend en lacets serrés. Mieux vaut ne pas tenter le diable. Nous rebroussons chemin.
Au retour : les plages du sud
A l’entrée de Morro Jable , juste après le port où 2 ferries sont à quai, un bateau Armas et un catamaran Olsen, après les hôtels nous trouvons un parking attenant à la plage. Grand soleil, pas de vent, pas une ride sur l’eau turquoise. 24°C dans l’air, eau tiède, pavillon bleu, il y a quelques baigneurs. Le sable est blanc, d’une grande finesse et très propre. La plage est équipée de lits et parasols, tous beiges, très discrets, tous vides en cette saison. Nombreux sont ceux qui marchent les pieds dans l’eau, mais en maillot de bain, je remonte le pantacourt au dessus des genoux.
Risco del Paso est une très belle plage sauvage à mi-chemin entre Morro Jable et Costa Calma dans le Parc El Jable. Kite-surf, planches à voile se partagent la plage Sotavento . Plage sauvage mais surveillée. Drapeau jaune, le sauveteur guette, personne ne se risque à l’eau en dehors des surfeurs et des véliplanchistes. Le vent soulève des aiguilles de sable qui cinglent mes jambes.
Planche à voile et Kite à Risco el Paso
Un peu avant Lajita, un panneau représentant un appareil photo nous fait quitter la voie rapide. Le point de vue est au restaurant Mirador de Sotavento. Une terrasse, demi-patio, fleuri d’aloès jaunes, de poinsettias meublés des lourds meubles espagnols en bois sombre, des banquettes ajourées, des tables aux pieds tournés. Le service est très aimable. « Vous venez pour dîner ou boire un verre ? ». Diner ? Il est 18h15. Peut être les scandinaves ou les allemands. Je m’installe pour dessiner le panorama. La carte est alléchante : poissons et paella. Une très bonne adresse.
Retour par la route principale sous une très belle lumière ; Fuerteventura est vraiment l’île rouge ! la nuit tombe quand nous arrivons à Caleta de Fuste. Arrêt à Mercadona, le supermarché est très décevant, il n’y a pas d’oranges, peu de légumes. Nous achetons du poisson des côtes de porc marinées et une barquette de carottes.
Où aller le dimanche ? En général les plages sont bondées, les locaux s’ajoutent aux touristes. Les musées sont fermés. Objectif : les petites villes du Centre de Fuerventura : Betancuria, Antigua la Oliva.
Casillas del Angel, le village le plsu proche de notre gîte est construit de nombreuses maisons basses. Certaines ont un plan curieux ; deux longères parallèles sont reliées par un troisième perpendiculaire formant un H avec une petite cour abritée du vent. Le vent est le grand élément qui règne à Fuerteventura. Un clocheton plat ouvragé se détache sur une église blanche. La belle porte de bois est fermée. Une place dallée (un grand panneau détaille les travaux de la Mairie et les financements) est entourée de l’école et d’un petit centre culturel. Un mimosa commence à fleurir mais ne sent rien. On a aussi planté des petits caroubiers bien verts et une rangée de hauts palmiers ; le guide Evasion parle d’une palmeraie mais il ne faut rien exagérer ; pas une boutique. Où font-ils leurs courses ? Peut être à la station-service qui vend les journaux et le pain frais ainsi qu’un assortiment de produits de première nécessité.
La FV-30 traverse une campagne assez habitée où l’on voit de nombreux moulins et éoliennes. Encore le vent ! Ces crêtes bordent la plaine, violettes, oranges, beige avec une touche de vert.
Nous traversons Llanos de la Concepcion et Santa Inès verdoyants avec l’habitat dispersé et toujours pas de supermarché. Nous snobons la superette à la fourche de deux routes (et nous aurons bien tort !
La FV-30 s’élève dans la montagne à un col où est construit le Mirador Velosa du nom du petit sommet (676m) – un restaurant et un centre d’interprétation conçu par Manrique, fermé le dimanche. Au col passe le GR 131 descendant à l’’ouest vers Betancuria et au nord vers Santa Inès. Je me promets de faire les deux tronçons.
Un topoguide est accessible par Internet, très intéressant. (en Espagnol)
Sous un vent glacial je descends vers Betancuria (2.1km) sur un joli sentier très bien entretenu et facile. La vue est très belle. Les fleurs, les rangées d’agaves aux pointes bleutées, les opuntias égaient le paysage. Rapidement je découvre le village, son clocher, ses maisons blanches, ses jardins fleuris. A l’entrée de la ville : un bâtiment massif au toit de tuile en parfait état de l’ancien couvent, l’église a perdu sa couverture mais ses arches gothiques se croisent encore fièrement, les piliers de pierre, finement travaillés. Je m’attarde à les dessiner avec les agaves au premier plan.
Les pointes bleutées des agaves
11heures sonnent au clocher de l’église Santa Maria de Betancuria. Nous nous pressons pour assister à la sortie de la Messe. Pas de messe ici, l’église est un Musée. Entrée payante (1.5€), photos interdites. Edifiée sur l’ordre de Jean de Bethencourt, elle fut reconstruite au début du 17ème siècle – retable bien doré baroque – Divers autels sont plus simples, colorés. Le chœur, situé au fond de l’église, possède de belles chaires sculptées. Ma préférence va aux statues de bois.
Eglise de Bétancuria
Les rues du village sont piétonnières et exclusivement dédiée au tourisme : boutiques de souvenirs et restaurants chics.
L’un d’eux s’intitule Centre d’Interprétation . pour 8€ on peut goûter à du fromage et regarder un petit document audiovisuel. D’habitude, je suis bon public mais j’ai trouvé l’attraction bien chère et bien touristique.
Impossible donc de trouver du ravitaillement. Dans une boutique de tourisme tenue par une dame au fort accent allemand, on vend des plats à paella avec une boite de paella précuite ; comme il nous reste des crevettes roses du piquenique d’hier nous l’achetons pour dîner ;
Les autorités ont placé des panneaux touristiques pour guider les visiteurs. Je lis sur l’un d’eux un texte évoquant la plus ancienne pièce de théâtre écrite en Espagne : les Trois Mages – symbolisant les trois races, et les trois âges de la vie (20, 40,60). Cette pièce était encore jouée cic jusque dans les années 80. Sur d’autres panneaux un poème d’Unamuno : « De Fuerteventura à Paris… »
Betancuria niché dans sa vallée
Pour trouver un coin piquenique « avec vue » nous empruntons une route des crêtes conduisant à des fermes et des fromageries. . Les croupes arrondies sont parfois couvertes d’une herbe rouge ressemblant à du pourpier rouge. La première impression est qu’on se trouve dans un désert. La seconde est qu’il y a des fermes partout, au moins quatre avec leurs bergeries et fromageries d’un seul cop d’œil ;
Le déjeuner est succinct puisqu’on n’a rien trouvé pour accompagner le thon et le pain. C’est sec !
Asphodèle sur le GR131
Au Mirador Morro Velosa je retrouve le GR131 pour Valle de Santa Ines (3.5km en descente). Le sentier est bordé de pierres. Des rigoles évacuent l’eau de pluie qui ruissellerait. La montagne est très fleurie :fleurs violettes de deux sorte (Limonium tuberculatum) une fleur à pompons roses ressemblant à de l’ail (vu à Lanzarote), des mini-crocus bleus, des asphodèles de taille moyenne (70cm). Le sentier suit la ligne de plus grande pente et arrive à un barranco : l’eau est captée, pompée par plusieurs éoliennes , stockée dans d’énormes citernes, bassins de ciment. Plusieurs fermes se partagent les terrasses de terre arable. En plus des cultures maraîchères, des pommes de terre, chacun a planté un rang d’oliviers de belle taille, un rang de vigne en espalier. De nombreux chiens veillent sur els installations ; heureusement tous sont attachés avec de lourdes chaînes ? Sur mon passage, une maigre chienne jaune se laisse et me laisse voir le chiot qui tétait sous elle. Dans cette vallée cultivée le GR emprunte la route goudronnée sur encore 2km.
A la sortie de Llanos de la Concepcion un panneau Playa nous détourne de la route. Sur 8 km, nous traversons encore des collines arrondies et arides pour arriver à un village de vacances Aguas Verdes : constructions blanches dans des jardins mais à plusieurs centaines de mètres du rivage accessible seulement par u piste de terre. Nous voulions boire un café ou un dessert mais il n’y a même pas de bar. Sur le chemin du retour nous remarquons un élevage de chèvres dans la montagne où les bêtes sont enfermées et nourries de paille, « ferme des 1000 chèvres » ?
Ferme des 1000 chèvres???
FV-207 en direction de Tefia, puis une petite route fléchée d’un énigmatique Las Parcelas, Los Molinos : un moulin se trouve à mi-chemin de la Colonia Garcia Escanez, exploitations agricoles utilisant les ressources en eau d’un barrage. Los Molinos désigne la crique bordée de maisons blanches à l’embouchure du ruisseau (peu d’eau aujourd’hui). Le creux du barranco est un sanctuaire pour les oiseaux : promenade interdite, il faut suivre le sentier aménagé. Dominant le ruisseau, un restaurant de poissons d’allure bien modeste : chaises de plastique rouge, canards divaguant entre les tables. Le poisson est frais et appétissant. On boit un pot en regardant les vagues se fracasser sur un très haut rocher.
Betancuria, randonnées, mer à Aguas verdes et au Puertito Los Molinos
Le village préhistorique Poblado Atalayita est l’objet de notre première visite. La FV-20 traverse Casillas del Angel , village assez étendu avec ses maisons dispersées dans la verdure. Nous arrivons rapidement à Antigua que nous traversons sans trop nous en apercevoir (pourtant ce fut une capitale de l’île) et nous trouvons par hasard sur la FV-50 qui traverse une campagne ressemblant plus à la campagne marocaine qu’aux paysages de Lanzarote : terre ocre, rocailleuse, végétation rare mais verdoyante quand même après la pluie. Une éolienne à pales métallique, un moulin à l’abandon, accompagnés de quelques troncs de palmiers ayant perdu leurs palmes se détachent d’une rangée d’agaves gracieux. Dans la lumière du matin le ciel est sans nuage, le bleu des agaves, l’ocre de la terre, le beige et violet des montagnes composent un beau tableau. Première photo alors que je m’étais promise de ne plus en prendre.
Poblado Atalaya
Cherchez les maisons dans la coulée!
Nous retrouvons la route principale FV-2 pour 4km et une petite route nous conduit au site archéologique. Un grand parking, des tables à piquenique ombragée sous des auvents, un Centre d’Interprétation caché dans un enclos circulaire de pierres sèches, très discret, surbaissé sous un toit de bois abritant des baies vitrées, accueillent les visiteurs. Le Centre d’Interprétation est fermé sine die et depuis longtemps si on en croit la couche épaisse de poussière qui ensevelit la documentation et les dépliants. Heureusement les panneaux explicatifs sont visibles de l’extérieur et la visite du village antique est libre.
Je m’empresse de copier et traduire les explications :
1974-1977 : campagne de fouilles sous la direction du Professeur Demetrio Castro Alfin
Les aborigènes, les Mahos , d’origine berbère, se sont installés à Pozo Negro car ils ont trouvé dans la vallée l’eau des sources, des terres fertiles et des ressources maritimes.
Les fouilles ont mis au jour des céramiques de différentes époques ayant parfois été réutilisées postérieurement dans le village. Les Mahos utilisaient ces poteries pour cuisiner et stocker les aliments. Ces récipients présentaient différents motifs décoratifs. On a retrouvé également des outils provenant d’une industrie lithique, une plaquette rectangulaire d’os ainsi que des témoignages d’une industrie malacologique (coquilles présentant des trous pour faire des colliers) .
Différents habitats sont représentés. Certaines constructions sont bâties de pierres plates d’autres de mélanges de moellons, enfin on a aussi utilisé des tubes volcaniques. Les habitations aborigènes auraient un plan arrondi celles des temps historiques, rectangulaire. A côté des maisons on peut observer les corral pour les chèvres ainsi que des esplanades circulaires pour els assemblées ? les jeux ? les bals ?
maison restaurée avec son toit
Fortes de ces renseignements, nous suivons le parcours fléché sur le terrain pour visiter le village. A première vue on ne voit rien. Dans la rocaille du Malpais, le désordre des pierres, difficile d’imaginer le village. Une maison a été reconstituée (mais fermée).Les ouvertures des maisons sont minuscules et surtout très étroites. Les Mahos et leurs successeurs ne devaient pas être bien épais pour s’y faufiler. On n’imagine même pas un mobilier. Peut être l’étroitesse des entrées était-elle gage de sécurité. Les chèvres en liberté jouent avec nous. Elles nous regardent, remuent la queue comme des chiens pour fuir à notre approche. Elles sont petites, de la taille d’un chien. Leur pelage est souvent tacheté. Elles semblent vaquer à leur guise. Je grimpe sur le cône de scorie qui domine le site parmi les asphodèles naines qui couvrent la pente. Du sommet on voit la vallée, la coulée de lave et aussi la mer où quelques maisons blanches se blottissent autour de la baie.
Pozo Negro
Pozo Negro
Village de pêcheur ou d’estivants ? La plage est couverte de galets d’un assez gros calibre, elle est enserrée dans une crique très arrondie entre deux promontoires rocheux, coulées prismatiques de basalte. Plusieurs groupe de maisons suivent la baie avec deux restaurants de plage proposant poissons, poulpes, moules….
Contre une maison, face à la mer, on construit un grand banc de ciment blanc. Comme la maison semble inoccupée, nous le squattons pour un piquenique somptueux : 600g d’énormes crevettes roses et un avocat mûr à point. La mer monte et bientôt envahira la plage. Les rouleaux sont moins impressionnants que ces derniers jours. Quelques degrés de plus( 20°C selon Google sur le smartphone ) et on se baignerait.
Pozo Negro
A l’entrée du village, un panneau indique une randonnée facile jusqu’à Salinas del Carmen ( 6km, 50m de dénivelée – 2h). Le chemin est aussi une piste cyclable. Facile, bien tracée, mais pas balisée. A la première fourchette, je choisis la piste la plus proche de la mer. Il conduit à une plateforme surplombant la falaise et s’arrête net. Il me semble apercevoir un sentier qui grimpe raide une pente. Vraiment très raide, je termine l’ascension à 4 pattes pour m’assurer. Au sommet de la butte, je crois voir des marques de peinture jaune un peu plus bas. Ce n’est pas du tout de la peinture mais des lichens. Me voici perdue dans un désert pierreux. Impossible de descendre la butte, beaucoup trop dangereux. Je n’ai même pas mes bâtons de marche ! Je rejoins au pif, un bâtiment surmonté d’une barre horizontale qui tourne sur elle-même très lentement. Antenne ou radar ? Une piste y conduit sûrement. J’essaie d’appeler avec mon téléphone portable pour dire que j’abandonne « Informacion Movistas, el movil que llamaste…. » Malgré l’antenne toute proche, je suis hors couverture du réseau téléphonique, peut être le petit port aussi.
Heureusement je retrouve la grande piste trop ravinée pour les véhicules légers mais utilisable en 4×4 et en vélo qui traverse un désert pierreux et parfois descend aux petites criques. Je ne rencontre que 4 chèvres et un corbeau qui glapit plus qu’il ne croasse. Je traverse un barranco (comme on les appelle ici), un oued, la piste remonte. Au loin, une colline est flanquée d’immeubles aux larges balcons en forme de pyramide. A ses pieds la ville balnéaire de Caleta de Fuste . Une famille anglaise vient à ma rencontre, portant un impressionnant matériel photographique : trépied, téléobjectif monstrueux, des ornithos ? Ils me saluent en Espagnol. Je suis bien sur la piste qui va à Salinas del Carmen , « encore deux km ! » » 20 minutes annonce la mère ». J’ia marché une heure, je suis largement dans les temps ; Nouvelle descente, j’arrive dans une oasis de palmiers, verdure, des marais avec des roseaux, la piste est envahie par le ruisseau. Je contourne par la plage. Une ruine : église ou fort ? Une maison restaurée ceinte de murs blancs. Je suis sans doute à Puerto de la Torre. Les cyclistes sont nombreux ; L’un d’eux disposant d’un GPS m’annonce encore deux kilomètres.
Salinas del Carmen a de très petites salines par comparaison avec celles que nous avons lues à Lanzarote. Les petits tas de sel brillent dans chaque parcelle ; le Musée du Sel est fermé. Nous nous promettons d’y revenir.
Alejandro, le propriétaire nous a dit qu’avec ses enfants, il a fait un char pour le Carnaval ce soir à Puerto del Rosario. A 19h nous nous préparons pour y aller quand il se met à pleuvoir. Les rues sont barrées à la circulation et nous ne connaissons ni le plan de la ville ni le parcours du cortège. Ne sachant où aller, nous rentrons.
autour de Pozo Negro village Maho, rando jusqu’à Salinas del Carmen
Par un beau soleil, nous quittons Lanzarote à bord d’un bateau de promenade La Graciosa- Piroquet pirate- Le vent d’hier est tombé, les crêtes blanches qui hérissaient l’océan ont disparu. Une demi-heure pour passer de Lanzarote à Fuerteventura : nous voici dans un autre monde. Une île est un espace fini qui a sa personnalité propre.
Abordant Corralejo nous voyons les immeubles colorés, jaunes ou rouge sang un peu passé, couleurs espagnoles, des publicités sur le bord de la route. Un certain désordre. L’harmonie blanche et verte, les petits immeubles bas voulus par Manrique sont remplacés ici par les ambitions des promoteurs. Une grande pyramide (genre Grande Motte) se détache des dunes. On ne voit que cet hôtel RIU de très loin depuis le bateau. Corralejo est une grosse agglomération. A la sortie nous trouvons les dunes du Parc National El Jable. Des parkings sont aménagés sur le bord de la route FV-1 pour que les visiteurs puissent se promener soit sur les grandes plages de sable fin, soit sur la dune. Rien ne restreint les passages sur le sable. Sûrement très agréable pour les touristes mais je m’étonne : en France le Conservatoire du Littoral insiste « la Dune est fragile ». ici, rien. Cette dune n’est pas fixée par des oyats ni par aucune sorte de végétation. Le sable est clair, fin, il vole sur la chaussée de la route. D’où provient –il ?
Changement de couleurs : à Lanzarote, prédominait le noir des cendres ou des coulées, les malpais. A Fuerteventura ce sont toutes les nuances de brun, beige, rouge, orange. Les sommets sont également volcaniques mais semblent plus anciens, plus érodés, oxydés. La réputation de Fuerteventura, l’île rouge où il ne pleuvrait jamais est écornée par la météo cette année. Depuis Novembre, nous raconte Mia, il fait mauvais. L’île est donc verte, la pluie a fait pousser toutes sortes de fleurs.
Notre gîte
notre terrasse
Mia nous a donné rendez-vous au restaurant Casabel au km 5 à partir de Puerto Rosario sur la route d’Antigua FV-20. Roberto le restaurateur nous fait la bise. Cet accueil chaleureux réconforte. La maison est en face de l’autre côté de la route. Son adresse, Caserio Llanos pelados, décrit bien le paysage caillouteux où rien ne pousse. Notre gîte est une maison basse vieux rose qui regroupe d’un côté la maison du propriétaire Alejandro en équerre et trois appartements destinés à la location. Chacun possède une belle terrasse, ornée de plantes grasses, meublée d’une grande table ronde en verre sous un auvent de bois, deux chaises longues. La maison est meublée dans le style contemporain : blanc et bleu, cuisine américaine, grand frigo gris métallisé, micro onde idem, un four encastré, des plaques vitrocéramique. Des pièces vastes, tout le confort. La chambre est bien conçue dans les teintes chaudes orange et jaunes mais elle est aveugle, derrière, un mur.
nos autruches!
L’environnement est campagnard : au fond du terrain des poulaillers et des volières avec des dindons et même deux autruches, les canards se promènent en liberté comme les chiens. Malheureusement Alejandro semble collectionner les épaves, camions, containers qui font un peu désordre. Quelques arbres rachitiques essaient de pousser dans cet univers caillouteux.
Nous allons être très bien !
Courses au Mercadona sur la rocade qui contourne Puerto del Rosario. Changement d’île, changement de chaine de supermarché et d’approvisionnement. Au Hiperdino d’Arrecife nous trouvions des oranges canariennes à 0.65€ et des fruits tropicaux, mangues, anones, papayes et goyaves. Ici, oranges en filets comme en France à1.1€.
Après le déjeuner : plage !
Nous remontons la FV-1 vers le nord. Arret à Puerto Lajas : plage de sable noir occupée par des kitesurfers qui gonflent leurs ailes. Sur la plage voisine les planches à voile sillonnent la baie. Je longe la plage et emprunte les ruelles du village pour parvenir à la seconde plage. Dans un garage, un homme et une femme s’affairent à leur char de Carnaval tandis que les enfants trainent en costume de peluche, oreilles de chat (ou de tigre) sur la capuche. Les maisons sont petites, simples, fleuries. Au bout de la rue : une chapelle blanche face au rivage.
Pour trouver de belles plages il faut retourner dans le parc des dunes. Des hôtels poussent bien dans la plaine caillouteuse mais il n’y a de plage accessible nulle part.
Sur el sable blanc, je me déchausse, l’eau est tiède à la mêm température que l’air. Au bout de la plage, une barre rocheuse noire contraste avec le sable blanc. Le sable s’écoule comme dans un sablier.
De retour au gîte, nous goûtons aux plaisirs du confort moderne. La lessive sèche au vent sur le séchoir extérieur. A Lanzarote les culottes mettaient deux jours à sécher.
Pour la deuxième fois en moins d’un an depuis que j’ai le petit Nikon bleu, j’efface toutes mes photos de Lanzarote d’un clic. Je suis prête à piétiner cet appareil photo capable de formater la carte quand mon doigt rippe sur la petite roue.
arrivée à Corralejo, le gite de LLanos Pelados et plages
J e ne connaissais pas la pièce de Schiller. je ne savais pas non plus qu’elle serait en néerlandais (surtitrée). Le personnage deMary Stuartm’intéresse et c’était donc une surprise totale quand la pièce a commencé.
Mise en scène d’une sobriété confinant à l’ascétisme : sur scène, rien, même pas une table ou une chaise. Une rambarde métallique où les comédiens s’appuient ou s’assoient. un rideau de scène métallique, très fine grille où seront projetées plus tard des images. Les costumes sont à l’avenant : les trois femmes en noir, talons-aiguilles, les hommes en costumes noirs assez mal fichus, j’ai eu du mal à les distinguer les uns des autres. Austérité du cachot de Mary
L’œil étant peu sollicité, l’attention est donc portée au texte traduit projeté. L’oreille s’habitue au néerlandais que je ne comprends pas mais qui me semble une passerelle convenable entre l’Allemand – la langue de Schiller- et l’Anglais – parlé par les personnages historique. Les Hollandais prononcent à merveille les Lady ou Sir…
Pendant les premières scènes j’ai du mal à identifier les personnages masculins et à situer l’action. Mary est prisonnière. Elle sollicite une entrevue à Elisabeth. Cette entrevue est un morceau de bravoure. Chacune défie l’autre, la provoque, devant un parterre de courtisans dont on ne sait pas à qui va la loyauté. Mary, la séduction. Elisabeth, l’autorité. Toutes les deux femmes de pouvoir. la gestuelle est chorégraphiée. On oublie le texte traduit on suit le langages des corps.
Deuxième partie, on sait que Mary va être exécutée, on se demande si Elisabeth triomphera ou si elle en sortira éclaboussée du sang. Sombres complots qui entraînent Mortimer et Leicester… Les reines sont toujours les vedettes dans des robes élisabéthaines magnifique.
Je sors ravie. 2h45, je n’ai pas vu le temps passer. Il me semble que je rêve en néerlandais.