Atlantique, Anti-Atlas, Atlas et riads des 1001 nuits
maisons berbères
Expédition aux villages abandonnés
Nous passons la sieste sur les banquettes du salon de jardin. Je pars à la découverte des villages abandonnés. Par prudence, je me suis donné la consigne de rebrousser chemin au bout de ¾ d’heures ? La promenade est moins excitante que ce matin. Je marche sur des terrasses autrefois cultivées, toujours aplanies mais caillouteuses et plantées d’arganiers. Quelquefois, une pelouse verte, un bouquet de palmier, des fleurs qui semblent être des orchidées. J’arrive à un ravin. La descente est périlleuse. Il faut se méfier au premier chef des pierres qui roulent. Choisir mes appuis sur des rochers et des prises de main en évitant de me piquer aux épineux. Je progresse très lentement, m’asseyant souvent. Au creux du ravin, je ne suis pas au bout de mes peines. Des trous profonds ressemblent à des pièges. Une source captée
Tafraout motif berbère
. En face, le chemin est bon, entretenu par tous ceux, humains ou quadrupèdes qui viennent chercher de l’eau à la source. Je monte au village qui n’est pas du tout abandonné. Je découvre de beaux ornements berbères encadrant fenêtres et portes. Un homme et son âne construisent une route qui va à une maison restaurée. Sur une dizaine de mètre, des tiges métalliques pour couler du ciment armé. L’âne monte avec le ciment dans les paniers, il peine à remonter la côte. Je photographie l’âne avec ses grands yeux cerclés de blanc. Au retour, je contourne le ravin par de bons chemins.
Dominique m’interpelle :
–« connais-tu le miracle pour avoir de l’essence gratuite ? » – « ???? »
– « A la pompe, on ne prend ni Carte de Crédit, ni € et le guichet automatique de la banque est en panne. »
Les courses à Tafraout
Je ne connais pas la recette de l’essence gratuite mais dans ma ceinture j’ai 1400 dh, largement de quoi payer le plein et Yamina. Nous retournons à Tafraout avec Jacques . Le GAB est encore plus malade que tout à l’heure, il vient d’avaler la carte bleue d’un Marocain , qui devra revenir lundi. Je me garde bien d’essayer . L’expédition à Tafraout en compagnie de Jacques ne me déplait pas, la visite chez l’épicier et le boulanger m’amuse.
porte sculptée berbère
Dernière soirée chez Yamina
Yamina nous a préparé du couscous avec des navets, des courgettes et des carottes délicieuses. On l’accompagne de lait fermenté qu’on peut additionner d’huile d’argan. Je bois le kefir nature. La salade de bananes et de fraises est délicieuse. Nous terminons par un thé servi avec des petits fours. Yamina a revêtu une gandoura bleue nuit ornée d’arabesques elle a changé de foulard pour un noir noué savamment. J’apporte la mousseline turque pour qu’elle me le noue à la marocaine. Yamina est très grande (1,75m), très belle. Jacques nous a montré des photos d’elle voilée avec son haïk noir dont elle ne se sépare pas pour aller au village. A Agadir, elle s’habille à l’européenne. Je lui montre nos photos sur le petit écran de l’Olympus. Elle va chercher son assiette de couscous pour manger avec nous. Nous terminons une amicale soirée.
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maison berbère
La Maison Traditionnelle d’Oumesnat
Dernier épisode dans le Circuit des Ammelns : la « maison Traditionnelle » d’Oumesnat. On dépose la voiture dans le « centre moderne » devant l’épicerie et la Poste à l’enseigne flambant neuve (bureau invisible) – 2 portes métalliques aux motifs géométriques et colorés. La marche d’approche vers la « ville haute » est déjà pittoresque.
Salon de la maison traditionnelle
Le couple de touristes avec nous chez Yamina, est sur le pas de la porte avec un jeune homme en djellaba claire rayée au visage souriant et sympathique c’est Mustapha, le fils de la maison qui nous guidera. Au rez de chaussée, sur des marches, on a disposé des moulins au couvercle conique comme des plats à tagine, ce sont les moulins pour l’argan, les épices ou le café. Mustapha casse une noix d’argan, extraie l’amande et me la fait goûter : elle a le goût amer de l’amande de l’abricot.
Dans un recoin : la meule pour la farine, plus imposante que les femmes font tourner debout. Au fond les étables où peuvent aussi dormir l’âne et les poules. Suspendus, des outils, des poulies, une araire…
bouilloire en poterie
Quelques marches puis une rampe conduisent à l’étage. Le plafond est très haut : la cuisine bien éclairée par une fenêtre en hauteur. Joli décor d’ustensiles de cuisine en poterie, surtout une bouilloire très élégante. Dans un coin, une ouverture triangulaire : le vide-ordures communique avec l’étable. Les animaux mangent les épluchures et les restes. Sur le côté : la chambre des enfants. Il faut imaginer leur couchage, de la paille et des nattes. Les parents dorment à même le sol dans le couloir entre la cuisine et la chambre des enfants. Le feu de la cuisine servira de chauffage. Les nuits sont très fraîches en montagne. Le deuxième étage est celui des invités qui entrent par une porte spéciale. La maison étant adossée à la pente, on peut entrer à différents niveaux. Le salon des invités est recouvert de tapis berbères chatoyants. Une banquette court tout au long des murs sur trois côtés, dans un coin, des corans.
maisons et gourdes
Exode rural
Le maître de maison – aveugle – est allongé contre la banquette. Le vieil homme parle un français recherché et paraît tout à fait intelligent. Il veut faire connaissance avec ses visiteurs qu’il ne voit pas. Il me demande si je suis un de ces retraités qui parcourt le Maroc en Camping car. Si l’homme n’était pas non-voyant, je me serais vexée. Je vais enfin pouvoir vérifier ma théorie fumeuse de l’exode rural. Le monsieur abonde dans ce sens. La succession d’années de sécheresse a chassé les agriculteurs. D’après Jacques, il y a encore 15 ans on cultivait des légumes que les paysans apportaient au marché hebdomadaire. 70% des habitants du village sont des vieillards. Jacques confirme que ce phénomène est récent. Avant, seuls, les hommes partaient. Maintenant ils emmènent femmes et enfants à Casablanca ou plus loin, en Europe. Ils reviennent l’été dans ces énormes maisons où il y a des salles de bain, la télé et même des piscines. Cette émigration s’est accélérée récemment. Je lui raconte qu’à nos premiers voyages au Maroc nous avions vu des nuées d’enfants. Il n’y en a que très peu ici. Ce déclin de la vie rurale chagrine la touriste. Est-ce vraiment si triste ? De la même façon, je me suis attristée au Vietnam. Le décollage industriel est-il fondamentalement si mauvais ?
Ni à gauche, ni à droite, direct!
Mustapha m’explique comment rentrer à pied à Tandilt : -« Tu vois la mosquée, de là tu verras la mosquée blanche et de là la mosquée de Tandilt »
Cap donc sur les minarets ! Il me conduit sur la terrasse. De là part un sentier : – « Ni à droite, ni à gauche, direct : »
Suivant la consigne, ni à droite, ni à gauche, je traverse les maisons écroulées. Je me rends compte que sous mes pieds, il y a du vide. Je marche sur un plafond ruiné en train de s’effondrer. Ni à droite, ni à gauche, je me retrouve sur un énorme roc qui fait une falaise. Heureusement, je m’arrête à temps pour prendre la tangente. Le village après Oumesnat est rassemblé autour de la mosquée blanche éblouissante. Le sentier passe sous des maisons, en contourne d’autres. Cinq femmes sont assises dans un jardinet, sans voile, toutes très noires de peau, très africaines. Je les salue en français. Elles rigolent « berber !berber ! » L’une d’elles parle quand même un peu le français :
– « où est Monsieur ?
– Monsieur, voiture ! », Je brode. Pour être sûr d’être comprise, je mime comme un enfant qui conduit un volant imaginaire. Je continue
– « Monsieur voiture, madame marche, sac à dos ! » Je montre mon sac.
Monsieur voiture, madame marche chargée, c’est un thème qu’elles connaissent. Elles rigolent. Je ris avec elles. Moment de connivence avec les Ammelns pour une fois pas drapées dans le haïk noir. Je leur demande :
-« Yasmina et Jacques, tout droit ? »
Elles me font un signe de la main vers Tandilt.
maisons dans la montagne
J’avise une autre mosquée blanche. Cap sur le minaret !
En chemin, je franchis de nombreuses rigoles où court l’eau fraîche qui s’échappe de la montagne par des sources. Jamais, je n’aurais imaginé que ce roc minéral et aride serait aussi généreux en eau. C’est peut être le secret de cette vallée longue de 28km et peuplée de 27 villages. La présence de l’eau, la verdure luxuriante qui croît près des sources déclenchent mon enthousiasme. Je suis ravie de cette balade. Nous l’avions prévue sans ombre, les arganiers sont toujours là pour me l’offrir.
Le minaret blanc était mon but. Ce n’est pas du tout celui de la mosquée de Tandilt comme je le croyais. C’est une mosquée isolée, coincée dans l’anfractuosité de la roche. Je suis en pleine nature. Je n’ai plus de repère visible. Ni à droit, ni à gauche ?… je continue. Je marche sur des terrasses caillouteuses qui ne sont plus cultivées et ne portent plus que des arganiers. Petit serrement au niveau de l’estomac. E, si j’étais perdue ? Ce ne serait pas dramatique, j’ai mon téléphone mobile et le numéro de celui de Jacques. Je scrute les maisons dans la vallée sans rien reconnaître. Et puis, j’ai chaud. J’enlève ma polaire. Je rajuste mon foulard. Et j’avance. Ni à droite, ni à gauche, direct…
Une maison de pisé, basse, couverte de branchages, très bien entretenue avec un jardinet enfermé dans des murs couronnés d’épines. Les champs autour sont impeccablement labourés et ceints de murs hérissés de branchages secs et piquants. Il me faut les contourner au risque de perdre mon azimut.
Finalement, le minaret de Tandilt reconnaissable à son fin liseré beige, surgit derrière un épaulement. J’ai retrouvé mon repère. Derrière moi un aboiement hostile me surprend. Où est ce molosse qui m’attaque ? Je trouve d’instinct le bon geste. Plutôt que de fuir et de l’exciter, je prends mon temps, je choisis une énorme pierre. Cela suffit à calmer le chien. Les enfants savent très bien viser et atteindre les chiens avec leurs cailloux. Moi, j’en serais incapable. Mais l’animal ne le sait pas. Je continue ma promenade la pierre à la main, au cas où…
Je reconnais l’enclos, les bancs de ciment, le grand bassin rectangulaire. Me voici arrivée à Tandilt. Il est 13H30. J’ai mis 45 minutes, exactement ce que Mustapha avait prévu. Je suis fière de moi. Je prends une bonne douche. Yamina apporte deux petits plats de salade mélangée : haricots, tomates oignons, poivrons et une belle omelette baveuse. Surprise. Elle a ajouté une belle part de génoise au dessert.
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les vieilles maisons de Tandilt
Une nuit mouvementée
– de 22h à minuit : chasse au sanglier sous nos fenêtres. Toute la meute des chiens du village poursuit l’animal tout contre la maison qu’on a même entendu grogner. Les sangliers sont nombreux ici. Comme ce sont des porcs, les musulmans ne les mangent pas.
– Muezzin à 5 heures, sobre et court (4 minutes)
– Muezzin à 5h50, sobre et très court
– Muezzin à 6h polyphonique à deux voix, aiguë et réponse d’un acolyte à voix grave
– Pendant le duo, les chiens
– 6H10 Illumination de la chambre, téléphone : un texto de Maman qui a sans doute oublié le décalage horaire.
Vallée des Ammelns
Vallée des ammelns
Circuit de la Vallée des Ammelns du Guide Visa Evasion.
Les Ammelns, selon ce guide, forment une tribu très entreprenante de commerçants. Leurs femmes portent le haïk noir décoré de galons.
Jacques nous avait un peu découragées : – « pourquoi prendre la voiture ? Les Ammelns, c’est ici. Pourquoi aller plus loin ? Vous partez sur la gauche à pied vers les villages abandonnés ou de l’autre côté vers Oumesnat. Cela suffit ! »
Dominique tient à son périple en voiture conseillé par tous nos guides.
Première halte au village de Tirgit caché derrière un rideau de beaux palmiers. A la sortie de la voiture, nous sommes déçues. Les maisons sont neuves, les rues négligées. Personne dans la rue en dehors d’un jeune black coiffé très mode rappeur qui « fait style » de ne rien voir. En revanche, un bourdonnement insidieux nous entoure, lancinant comme une scie mécanique. On s’approche de la mosquée, un chœur d’incantations s’en échappe. Nous passons, un peu gênées devant la porte ouverte et regagnons la voiture.
Deuxième étape prévue : la coopérative des femmes qui extraient l’huile d’argane. Nous nous engageons sur une route en ciment, barrée par des buissons (pour travaux). Ce n’est pas le bon village. Encore des maisons de ciment.
La coopérative se trouve dans le village suivant, coincée entre l’école et le terrain de foot. Fermée aujourd’hui samedi.
Anil et Anameur
Le Guide du Routard propose une jolie promenade entre Anil et Anameur,
maisons et palmier Ait Mansour
jolis villages blottis contre la montagne derrière des bois touffus d’arganiers, d’oliviers et autres arbres défeuillés en hiver, que nous n’identifions pas. Un ruban de ciment mène à Anil, traversant les arbres. Nous laissons la voiture sur une placette et montons une ruelle entre de riches immeubles avec balustrades, tuiles vernissées des interphones. Plus haut, les vestiges d’une maison en ruine, une porte ancienne. Une femme sort de chez elle. Voilée de noir, mais visage découvert. Elle montre sa joue enflée et sa chique et se plaint. On lui donne deux aspirines et lui explique qu’il faudra les mettre dans l’eau (elles sont effervescentes) et attendre le soir pour prendre la deuxième. On donne un chewing-gum à sa fille. Comme nous nous éloignons pour prendre en photo la vieille porte, elle nous rappelle. Elle arrose le jardin de la mosquée.
– « Aimez-vous le thé ? » Demande-t-elle en cueillant de la menthe.
Eau et verdure (caroubier)
Elle veut nous faire visiter l’intérieur de la mosquée. C’est un privilège ! Tout d’abord elle nous propose d’aller aux toilettes, très fière de la propreté. Elle nous ouvre ensuite la salle de prière carrelée et couverte de tapis de prière rouges alignés. Elle suggère qu’on prenne une photo ce que je fais volontiers. Pour rejoindre Anameur, je monte à pied à l’ombre des feuillages. Dans les rigoles, coule une eau rafraîchissante le long des maisons. On a même construit des cabines de ciment à cheval sur le ruisselet.
L’intérieur de la mosquée toute simple
Les habitants sont très fiers de leur source bleue et nous en indiquent volontiers le chemin. C’est étrange : les maisons fermées s’ouvrent dès que nous sommes passées. Les femmes sont curieuses mais ne veulent pas qu’on les aperçoive. J’ai sacrifié à l’usage du foulard. J’ai noué en turban la mousseline blanche achetée en Turquie devant la mosquée de Beysehir qui plait bien à Yamina à cause des perles cousues sur le bord formant de petites fleurs. Mon foulard m’identifie comme femme. Alors que les femmes se cachent le visage en voyant D, elles se dévoilent en me saluant.
maison aux motifs berbères
Nous sommes ravies de cette promenade si calme parmi des gens amicaux. Rarement, nous n’avons été aussi tranquilles dans la campagne marocaine. Peut-être le nombre de randonneurs basés à Tafraout peut-il expliquer cela. Peut-être a-t-on expliqué aux marocains que le harcèlement des touristes n’était pas un argument commercial? J‘ai aussi une 3ème hypothèse : les villages se vident. Il y a beaucoup moins d’enfants, pas ou très peu d’hommes jeunes. Cela me ramène à ma méditation d’hier sur l’exode rural.
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Tafraout Ait Mansour Palmeraie
Nous avons bien dormi dans notre petite case cubique. Petite chambre blanche meublée de deux étroites banquettes recouvertes de couvertures bariolées, une petite table basse ronde, un joli décor d’étagères, une lanterne métallique. Curieusement au pied des lits, deux bacs remplis de sable dans lequel sont piqués les balais blanchis des inflorescences des palmiers dattiers. La salle d’eau et les WC sont modernes, fonctionnels et vastes.
Petit dej en terrasse
Tafraout petit déjeuner berbère
Nous nous levons avec le jour et montons sur la terrasse où est servi le petit déjeuner. De là, on peut découvrir toute la vallée : les crêtes violacées Le granite est à nu à Tafraout faisant un chaos spectaculaire. A Tandilt, nous sommes dans le micaschiste. Tous les degrés de métamorphisme se rencontrent. Les sommets complètement dénudés brillent.
Yamina sert du pain frais et du pain grillé avec quatre coupelles contenant du miel, de la confiture de dattes, de l’Amelou et de l’huile d’argan en plus du beurre. Le tout avec du thé marocain.
Chaos granitique : chapeau de Napoléon
Tafraout : chapeau de Napoléon
Pour aller visite l’oasis d’Aït Mansour, nous prenons la route de Tafraout, passons sous les chaos rocheux et le chapeau de Napoléon puis nous montons sur le plateau où les amandiers forment de grosses boules fleuries blanches et roses. Peu de culture en dehors des amandiers. Dans les montagnes, des traces de terrasses. Autrefois toute la montagne était cultivée ? De grosses maisons de ciment crépies de rose ont remplacé les villages de pierre et de pisé. Ces grosses maisons atteignent parfois trois étages. Elles sont décorées de tuiles vernissées et de fer forgé mais n’ont pas l’air très habitées (encore qu’au Maroc, on peut se calfeutrer à l’intérieur des maisons). Curieusement nous ne voyons pas d’enfants et peu d’hommes jeunes. Les belles maisons sont celles des émigrés ou de l’exode à Casablanca. Cette constatation et l’état d’abandon des terrasses suggèrent un exode rural important. Peut être je me trompe ?
Les gorges d’Aït Mansour
La route descend en lacets serrés sur les gorges d’Aït Mansour. La végétation suit les gorges. D’abord, des lauriers roses (pas roses, défleuris) puis les palmiers se multiplient. Dans des vasques, l’eau de pluie du début de la semaine ne s’est pas encore évaporée.
Marcher dans une palmeraie est une sorte de miracle, un hymne à la vie. Chaque composante élémentaire de l’existence se trouve magnifiée. La moindre goutte d’eau captée, dirigée dans de petits canaux, ruisselant dans les rigoles. L’air bruissant dans les frondes rafraîchi à l’ombre des palmiers. La terre soignée. Je garde des souvenirs émerveillés de ma première palmeraie à Agdz, de celles de la vallée du Draa, de Rissani ou du Ziz.
Tafraout Ait Mansour palmiers
Je marche donc avec un plaisir infini.
Une piste carrossable traverse de part en part l’oasis. Les 4X4 passent facilement, les petites voitures doivent rouler doucement. Il semble que cette route ait pris la place des jardins, que les touristes soient plus nombreux que les paysans. La palmeraie est négligée. Les petits champs ne sont plus entretenus. Plus de rigoles et de levées. Chiendent et ronce ont remplacé les fèves, oignons, carottes et luzerne. Je croise trois femmes portant chacune une hotte de genêts sur les épaules. Vêtues de noir, croulant sus la verdure. Trois petites filles rentrent de l’école demandent des bonbons. Deux garçons se tiennent par le cou. Je n’ai pas compté les touristes !
Au retour nous buvons un grand verre de jus d’orange chez Messaoud qui a installé son « salon de thé » dans un petit pré en contrebas de la route. Je guette les oiseaux perchés sur les pierres qui bordent le goudron. Surprise ! Ce n’est pas un oiseau mais une gerboise assise ou un écureuil qui détalle à l’approche de la voiture. Je n’en ai jamais vue en liberté. Désormais, je vais les chercher !
Nous restons sur la terrasse pour nous sécher les cheveux au grand soleil, écrire ou dessiner jusqu’à l’arrivée de nouveaux clients et de Jacques qui revient d’Agadir qui bouleversent notre quiétude. Tandilt
Tafraout mosquée et opuntia
Au coucher du soleil, quand les rochers s’embrasent, nous partons explorer le village de Tandilt. But de la promenade : la mosquée toute proche dont le minaret blanc se détache au dessus des maisons roses. Tandilt n’a pas de rues. Les maisons roses sont accrochées sur le flanc de la montagne sans aucun ordre particulier. La mauvaise piste qui vient de la route se sépare en petits sentiers à peine visibles. Des rigoles cimentées distribuent l’eau qui vient des sources. Nous en suivons une bordée d’un bon chemin à l’ombre des arganiers. Les amandiers ont terminé leur floraison. On voit déjà es amandes. Dans les petits jardins : des fèves. Nous aboutissons sur une sorte de place ou trois bancs en ciment ont été construits ainsi qu’un enclos ( ?) face à un grand bassin de retenue contenant une eau très verte. Au dessus des maisons de ciment, nous découvrons le vieux village de pierre et de terre qui s’écroule. Des ans de murs encore intacts laissent voir l’intérieur des pièces, les décorations berbères au dessus des portes, des pointes…Un peu partout, dans la région, les villages traditionnels ont été abandonnés pour les grosses maisons de ciment. Sur le chemin du retour nous voyons une femme voilée de noir assis sur le pas de sa porte. Elle se cache à notre approche puis, reconnaissant que nous sommes des femmes, se tourne vers nous à visage découvert et nous salue.
la mosquée de Tandilt
Deux vieux messieurs remontent la pente.
– « Bonjour Messieurs dames ! Ah pardon, il n’y a que des dames ! ».
Nous leur demandons le chemin de la mosquée. Justement ils y vont. Il suffit de les suivre. La pente est raide. D reste en bas. Le plus vieux demande :
– « Elle ne vient pas ? – « Non, elle a mal aux genoux. », je réponds – « Elle a des rhumatismes ? – « Oui »
– « Quels comprimés prend-elle ? » demande – t- il. Il a l’air très expert en comprimés pour les rhumatismes. Malgré ses douleurs il grimpe vite la colline. L’autre me montre une grosse maison rouge. – « C’est la maison du frère ! »
– « Tu ne comprends pas « le frère » ? c’est le rabbin de la mosquée ! »
Où le vieux est il allé chercher le mot de rabbin ? Y avait-il des Juifs autrefois à Tafraout ?
Les nouvelles arrivées sont deux belges qui ont négocié avec une agence une promenade accompagnée toute la journée, l’hébergement chez Yamina et le taxi pour Agadir 1 100 dirhams. Elles sont ravies de leur randonnée, leur guide était passionnant. Je les envie un peu. D a horreur d’avoir « un bonhomme sur le dos ». Je regrette les histoires qu’il aurait pu nous raconter.
Tajine
Au dîner Yamina a fait spécialement pour moi un tajine puisque j’ai déjà goûté au bercous. Le plat d’argile garde si bien la chaleur que la sauce bout encore longtemps après qu’elle ne l’ait décoiffé de son chapeau pointu. Les pruneaux sont saupoudrés de grains de sésame. Les abricots sont très blonds. La figue est ronde gonflée comme un gros oignon, succulente. Sous des oignons des petits cubes de bœuf très parfumés. Pour dessert : des fraises à la crème. Avec le thé, des petits fours aussi appétissants que colorés, rose, jaune vif, avec des barquettes de fruits confits.
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le village de Tafraout
Après Tiznit je continue à m’interroger : « sommes-nous dans le désert ? ». la montagne minérale de l’Anti-Atlas s’avance vers nous. Nous franchissons un oued avec des cultures bien vertes. La route s’élève. Les arganiers s’étoffent et se rapprochent. Nous nous arrêtons au Col de Kerdous (1200m) sur le parking de l’hôtel perché sur l’épaulement, monumental rose et blanc avec de grosses tours. Il fait très frais.
Amandiers en fleurs
La vallée des Amandiers mérite bien son nom. Ils sont en fleurs. Cela me réjouit particulièrement. Je n’y croyais pas.
Tafraout
Au coucher du soleil, les grosses boules du chaos granitique de Tafraoutsont spectaculaires. La ville est très touristique, envahie de ces gros camping-cars que nous avons croisés en caravane ce matin. Le centre-ville est un peu fouillis, un peu sale, très encombré par des hommes debout qui bavardent au milieu de la rue, d’autres en vélo ont mis pied à terre…
Route des amandiers
Dans la panique, j’ai confondu l’hôtel des Amandiers qui est le plus bel hôtel de Tafraout et l’Hôtel de l’Arganier qui nous sert de point de repère pour trouver les chambres d’hôte de Yamina. Nous dépassons le centre de Tafraout, puis machine arrière, suivant un jeune à mobylette qui nous conduit aux Amandiers.
L’Hôtel de l’Arganier est à Tandilt à 5 km de Tafraout en direction d’Ait Baha. Le fléchage « Yamina » est bien visible mais la piste en mauvais état. L’arrivée en descente est un peu raide.
Arrivée chez Yamina
Tafraout chez Yamina
C’est une très belle maison berbère traditionnelle crépie de rose, les arêtes et les fenêtres soulignées de blanc. Au dessus de la porte : une belle décoration géométrique à base de triangles.
Je sonne. Après un long moment, Yamina ouvre. J’arrive mal. La pompe à eau est en panne. Elle les a lâchés ce matin. Elle n’ose pas nous dire d’entrer. Son mari est parti chercher le plombier.
– « La chambre est prête » hasarde-t- elle, pour continuer par :
– « Vous pouvez aller à l’Hôtel Salam »
Peu d’encouragements de sa part. J’hésite. D est restée calée sur son siège dans la Hyundai, manifestement pas contente. Yamina est embêtée.
– « Venez au moins boire un jus d’oranges ! »
Je suis curieuse. Je veux, au moins, voir la chambre. C’est ravissant. J’ai très envie de rester. Avec ou sans eau. On se décide. On restera au moins une nuit. Jacques revient avec le plombier. Si ce dernier ne parvient pas à réparer il nous fera un prix. Il y arrivera au bout de quelques minutes. Le jus d’oranges est délicieux : un grand verre d’oranges pressées.
Tafraout notre chambre
Jacques nous fait les honneurs de la maison berbère. Il nous montre les plafonds de palmier : la grosse poutre est un tronc entier non équarri, les poutres transversales sont en bois de palmier, dessus reposent des pétioles des palmes. Dans la courette, le petit salon d’extérieur est abrité par un plafond de palme. Deux bancs de ciment blanc sont recouverts par des matelas blancs, une table en ciment blanc est décorée uniquement par 4 carreaux rouges tout simples. Au fond, sur une dalle, des poteries traditionnelles : la baratte oblongue que l’on secouait, un brûle parfum à trous, un plat à tajine, un couscoussier en terre cuite décoré de rayures blanches rouges et brunes irrégulières. Un petit objet rond plein de trous attire notre curiosité : c’est une petite ruche portative.
-« Nous dînerons ici ! « décidais-je. Avec deux pulls superposés et une polaire.
D épuisée commande des pâtes. Je prends le menu du jour : harira, bercous et salade de fruits. La Harira est délicieuse. Le Bercous est un couscous berbère grillé au poulet avec une sauce à l’huile d’argan et à la pâte d’amande l’Amelou. L’Amelou ressemble à du Nutela un peu liquide sans le chocolat. Il s’harmonise aussi bien avec le salé qu’avec le sucré.
D’après les guides: 8 heures de route. Nous en mettrons 11.
Nous renonçons au petit déjeuner pour partir à l’aube. Fouad vient nous chercher à 6h30, le porteur et sa charrette attendent. Le soleil se lève sur la route d’Agadir qui traverse des arganiers. Verrons-nous les chèvres grimpeuses perchées dans les arbres? Je suis aux aguets. La photo sera payante. Le petits bergers réclament chacun une pièce.
Les chèvres dans l’arganier
Nous déjeunons sur un parking dominant une belle plage battue par des vagues impressionnantes, à perte de vue sur la côte déserte. La vue est aussi belle quand on se retourne : les pics de l’Atlas enneigé se détachent au soleil levant.
Les oliviers remplacent les arganiers. On laboure, sur la même parcelle une paire d’ânes et un dromadaire sont attelés. Cela fera des photos sympas !
Dromadaire de labour
La route descend en lacets le versant exposé à l’océan, complètement désertique. Nous avons fait la même observation aux Canaries, sur les côtes sud de Tenerife et de la Gomera, même contraste entre l’intérieur verdoyant et le rivage désolé. Pas tout à fait les mêmes associations végétales. Les aéoniums et les grands candélabres qui m’avaient bien plu aux Canaries sont ici absents. A l’approche d’Agadir, les plages s’animent. Des surfeurs bravent les vagues et la fraîcheur de l’eau.
Agadir
La ville d’Agadir ne nous tente pas, nous passons des zones portuaires puis trouvons une sorte de périphérique qui contourne des quartiers neuf ou en construction, nous aboutissons à Ait Melhoul, une banlieue industrielle. De la station balnéaire, nous n’aurons rien vu ; nous découvrons une activité industrielle que nous ne soupçonnions pas.
Agadir-Tiznit : une route droite et ennuyeuse
La route Agadir-Tiznit est droite. Un policier interrogé au carrefour nous dit : – « tu ne vas pas à droite, tu ne vas pas à gauche, direct ! »
Une route à deux voies mène au Sahara. Sur les bornes kilométriques: Dakhla 1200km, Layoune 600. De nombreux camions se suivent, se doublent, les grands taxis turquoise coupent la ligne blanche continue. L’attention de la conductrice est très sollicitée, la conduite beaucoup plus fatigante que dans les lacets précédant Agadir. Nous traversons une plaine sans grand intérêt : cultures sous plastique, champs entourés de grands murs. On passe ensuite à un plateau caillouteux. Villages poussiéreux, alignés sous des arcades de ciment, qu’il faut traverser à moins de 50km/h ce qui ralentit la progression. On s’ennuie sur cette route !
Réserve de Massa : Ornithologie
massa ibis chauves
A une dizaine de kilomètres s’étend le Parc National du Massa – une réserve ornithologique . Nous quittons la route principale à Had Belfaa pour découvrir une entaille dans le plateau : l’oued Massa a creusé une vallée verdoyante toute ruisselante d’eau : bassins émeraude, rigoles d’irrigation, palmiers, roseaux, champs de luzerne vert vif, rideau d’eucalyptus. Même si nous ne trouvons pas la Réserve, ce sera une étape charmante.A la fourche nous avons pris la mauvaise direction et perdons une bonne demi-heure avant que je ne me renseigne dans un bureau de la Poste marocaine flambant neuf.
Deux jeunes guides, Delachaux-Niestlé en main, badge ornithologique cousu sur le blouson proposent une visite guidée : 20€. Nous hésitons, nous avons si peu de temps à consacrer à la visite !
Juste à l’arrière d’un village, on stoppe la voiture, franchit une dizaine de mètres cultivés en petits rectangles délimités par des petites levées et une rigole d’irrigation. Des roseaux isolent la rivière de ces petits champs. Sur l’oued glissent des foulques macroules (nous avons les mêmes au Lac de Créteil !). Sur de petits îlots herbus, la surprise : des ibis noirs (ibis du Cap). Les femelles sont noires, les mâles ont aussi du rouge, leur plumage noir a des reflets métalliques bleus ou verts. Ils pondent en mars et n’ont pas encore construit le nid, ils commencent seulement à s’y activer. Je suis émue par cette découverte. Lahsen repère dans des roseaux secs sur la berge en face un gros aigle pêcheur. Son plumage brun se confond avec le feuillage desséché. Seule, je ne l’aurais jamais remarqué. Les ibis et l’aigle méritent à eux seuls les 20€. Lahsen veut nous montrer les oiseaux rares de la réserve : la Tourterelle Maillée à la gorge rose et aux ailes bleutées « maillées » ou réticulées de rose. Il m’entraîne sur une tour d’observation qui domine l’estuaire de l’Oued Massa. De nombreux cormorans sont perchés sur des piquets, comme tout bon cormoran qui se respecte, les Cormorans marocains on aussi des plumes blanches. Trop loin pour distinguer fuligules et sarcelles des autres canards. Une perdrix se fait entendre. Les perdrix sont des oiseaux bruyants ! Le cri de la perdrix est à l’origine d’un conte chypriote. Ici, ce n’est pas notre perdrix rouge, ni le francolin de Chypre, c’est la Perdrix Gambra, de grosse taille, perchée sur un arbre. Pattes et bec rouge, plumage roux je peux l’approcher à quelques mètres avant qu’elle ne se sauve.
Sur un piquet : une pie grièche « elle pique les sauterelles dans les arbres » remarque Lahsen. Je ne sais comment interpréter ce renseignement sibyllin. Au sol ces petits oiseaux huppés qu’Ali avait appelés des alouettes à la vallée des roses à Boulmane Dadès, ce sont des cochevis très courants au Maroc. Lahsen nous fait faire un grand tour sur une piste malcommode. Nous arrivons à la mer. Une casbah de ciment et de pacotille offre gîte et couvert aux touristes. Elle appartient à Pierre Richard. Je fais comprendre à Lahsen que nous sommes pressées et que boire un verre chez Pierre Richard ne nous tente pas vraiment. A vrai dire, Dominique bout d’impatience. On renonce donc aux faucons crécerellette qui nichent dans les grottes de la falaise. L’un d’eux plane, on ne les aura donc pas complètement ratés.
L’expédition ornithologique a duré deux bonnes heures. Nous avons pris du retard sur le programme. D veut arriver à Tafraout avant la nuit. On passera donc Tiznit sans un regard pour la ville.
En route, la question existentielle me taraude : « Où commence le désert ? ». Dès que nous avons retrouvé le goudron et le plateau caillouteux sans même de buissons épineux, je crois avoir trouvé le désert. Justement, nous passons devant un champ irrigué bien vert et des serres en plastique !
Les femmes du grand sud
Autour de Tiznit, les tissus des robes des femmes sont de couleurs vives : rose saumon, jaune. Elles sont vraiment très voilées. Une fente laisse à peine deviner les yeux qu’elles cachent au passage de la voiture. Dommage qu’il ne soit pas question de les photographier ! Leur djellaba est souvent bordeaux, rouge ou pourpre et leur long voile blanc. Un mouchoir rouge cache le bas du visage. Curieusement, elles sont très familières et font de grands gestes amicaux à notre passage. Elles se relèvent du sarclage des mauvaises herbes pour nous saluer. J’ai l’impression que, plus elles sont cachées, plus elles sont amicales. Peut-être doit on renverser le problème. Ce sont justement leurs voiles qui leur permettent de sortir et de nous faire signe. Sans eux, elles seraient soumises à plus de réserve.
Elles portent de lourdes charges dans des paniers tressés pendant dans le dos mais en appui sur un ruban tressé sur le front. Les écolières qui sortent de l’école et du lycée portent un tablier blanc, toutes ont un foulard.
Les plages sauvages sont décrites dans le Guide Hachette. La route d’Agadir s’élève dans la colline assez loin de la côte, traversant des bois d’arganiers. Au bout du village, des dromadaires attendent les touristes. Nous négligeons les dromadaires qui attendent les touristes et descendons la piste jusqu’à l’Oued Ksob qu’il faut passer à gué, impossible : l’oued coule bien rouge après les pluies du matin. De belles aigrettes marchent gravement. Nous persistons à essayer les pistes en direction de la mer – sans succès – le rivage paraît inaccessible. Au retour Dominique me lâche sur la corniche. Je marche le long de la plage sans me déchausser sur le sable mouillé. Le vent est fort, très frais, je serre bien les cordons qui tiennent la capuche de l’anorak.
la plage d’Essaouira, le lendemain matin
Essaouira les barques du port
Sous un soleil brillant, j’arpente la plage d’Essaouira, je marche près de l’eau, sur cette tranche de l’estran luisant comme un miroir qui reflète le ciel et les nuages qui courent. La vague vient me lécher les orteils, avançant vivement en poussant sa frange d’écume. Le bas de mon jeans, pourtant replié et remonté sera trempé. Qu’importe ! L’eau est tiède malgré le vent du nord très vif. Je dépasse le Sofitel et les hôtels du quartier des dunes, la large plage continue vers le sud. Les îles Purpuraires paraissent très proches. Elles portent des constructions abandonnées.
Des chameliers,leurs dromadaires et des chevaux attendent le client . Une sorte de fantasia s’organise : un touriste d’allure germanique et son guide marocain ont lancé leurs petits chevaux au galop à une allure effrénée. Galoper sur le sable mouillé autorise toutes les imprudences. D’autres mènent leur monture à l’eau face aux vagues. Si les galops et les méharées s’harmonisent bien avec le paysage, les quads m’agacent. Heureusement ils font la pause de midi.
L’eau est de plus en plus rougie au fur et à mesure que j’avance. Est-ce une illusion ? Les vagues sont teintées de brique. Je devine la cause de ce phénomène : l’Oued Ksob, en crue charrie plus de boue rouge que d’eau. Fin de la promenade face au lit du fleuve qui a raviné la plage à quelques encablures de Diabat où nous étions hier tantôt.
Midi sur la terrasse
Nous déjeunons sur la terrasse. J’ai réchauffé le reste de tagine au poisson que Dominique n’a pas mangé hier soir. Le poisson doit être du thon blanc. Avec les olives violettes, les carottes et les pommes de terre, c’est un délice ! Dominique a acheté dans la rue des galettes de pommes de terre. Nous terminons avec de mini pâtisseries feuilletées aux amandes concassées. Nous sommes seules sur la terrasse. La mer est haute – toute proche – on entend les vagues se briser sur les gros rochers. On sent les embruns. Des croisillons bleus, une table en mosaïque tranchent sur le blanc des terrasses égayé aussi par la lessive qui sèche. Malgré le vent, j’ouvre Le Monde. La lecture du monde, à l’étranger est un plaisir rare. Au Maroc, curieusement il arrive à l’heure et se vend moins cher qu’en France : 10 dirhams seulement.
La Maison Musée de Boujemaa Lakhdar
Après la visite à la Galerie d’Art, il nous vient l’envie de visiter la Maison Musée de Boujemaa Lakhdar, sculpteur original qui a fait de sa maisons une œuvre. Nous retournons sur la route d’Agadir et prenons une piste dans les arganiers. C’est fermé. Un mur entoure le jardin aux sculptures fantastiques, par-dessus on peut contempler une sorte de dinosaure squelettique (comme un bon dino qui se respecte) peint sur le mur de la maison rose. Des petits personnages émergent de grosses taupinières ou de petits tumulus. Encore une expédition pour rien ! Le guide du Routard avait recommandé de téléphoner avant de se déplacer. Nous aurions été avisées de suivre ce conseil !
Sidi Kaouki
Plages de l’Atlantique entre Essaouira et Agadir
Puisque nous sommes déjà 10k,m au sud d’Essaouira nous continuons vers Sidi Kaouki où il y a une belle plage. Nous passons devant un immense champ d’éoliennes d’où part une ligne à haute tension. Malgré le grand vent aucune ne tourne. La côte sauvage est inhabitée sauf par des campeurs en camping cars. Un camping rudimentaire, quelques bars, une haute construction mi-casbah mi-western a un air étrange. Des troupeaux s’éparpillent dans les buissons épineux qui bordent la plage de sable. Des nombreux rouleaux s’échappe une sorte de brouillard qui rejoint le ciel gommant la ligne d’horizon. A perte de vue, la plage et les rouleaux… sur l’estran, des barkanes en croissant et des baïnes remplies d’eau. Si je ne savais pas la marée descendante je ne me serais pas aventurée dans un endroit si incertain où la limite entre sable sec et sable mouillé est indéchiffrable et où le sable sec vient à la rencontre en nuage serré. Impression de bout du monde. Ce n’est pas le Sahara du grand Sud mais on le sent tout proche. Je pense aux plages désertes du Cap-Vert en marchant le long de l’eau. Dominique m’attend dans la voiture garée derrière un dromadaire muselé. Évidemment on me propose une promenade :
– « voulez-vous essayer le dromadaire ? »
– « merci, j’ai déjà essayé ! »
Depuis que nous sommes au Maroc nous n’avons jamais été importunées par des commerçants ou des chameliers insistants. Essaouira est-elle particulièrement cool ? les Marocains ont-ils finalement appris que le harcèlement déplaisait aux touristes ? Ma stratégie est de répondre toujours aimablement aux sollicitations, complimenter le vendeur et rester ferme, ne rien acheter. Jusqu’à présent tout va bien.
Atlantique, AntiAtlas, Atlas et Riads des Mille et Une nuits
Essaouira, kilims et tapis
Musée Sidi Mohamed Ben Abdallah.
Le Musée occupe une belle demeure qui a servi de Mairie du temps du Protectorat. Les collections de tapis et marqueteries ne montrent rien d’exceptionnel, on voit aussi beau dans les magasins. En revanche, les instruments de musiques sont très bien présentés. Un Oud (luth) à la caisse de résonance toute marquetée, un rebab incrusté de nacre possède bizarrement un archet lourd et grossier. Les objets de la confrérie hamadcha occupent une vitrine. Pendant les cérémonies, après des chants et des danses, se déroulait un rituel plutôt macabre : la transe comportait des flagellations avec des faisceaux de bâtons, des boules de bronze et même des haches en forme de cimeterre. Un costume des gnaoua montre les liens très forts avec l’Afrique Noire.
Sorties du Musées, nous découvrons tout un quartier de la médina que nous n’avions pas vu hier ; un bazar avec des arcades modernes en ciment abritant des marchands de tapis, des bijoutiers, des antiquaires exposant des objets berbères mais aussi des statues des portes sculptées venant du Mali, de Maurétanie ou de plus loin en Afrique.
Galerie d’art moderne
Essaouira, le long des remparts
La Galerie d’Art Frédéric Damgard expose les peintres d’Essaouira : foisonnement des couleurs, un peu de naïfs mais pas trop. Un peintre pointilliste me rappelle les peintures aborigènes d’Australie que j’ai vues récemment au Musée du Quai Branly. Un autre remplit le moindre recoin d’animaux fantastiques, lézards, scorpions, chiens ou chèvres parmi des constructions végétales. Un troisième colore en jets de couleurs primaires tableaux ou objets divers…Tous ces artistes sont des hommes simples, artisans ou paysans. Aucune prétention ni artifice. C’est décoratif et rafraîchissant.
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Essaouira port et barques
Cinq heures du matin : avec la pluie les chiens ont abondamment aboyé. Il est six heures à Paris. Nous sommes « décalées ». Le petit déjeuner est servi à neuf heures : grand verre d’orange, pain frais encore chaud, confiture d’orange. En principe, on mange dans la véranda qui est inondée après l’averse.
Dès dix heures le soleil arrive. De jour, je remarque une étoile de David cassée au-dessus de notre porte extérieure, de jolis petits auvents de tuiles vernissées au-dessus des fenêtres de vitrail bleu et jaune de la cuisine et surtout des volets de bois bleus que nous aurions été mieux inspirées de fermer.
Essaouira porte magen David
Toutes les portes de notre rue sont décorées, chacune est différente. La belle pierre beige se sculpte bien de palmettes, étoiles à 5 ou 6 branches, rosaces et aussi coquilles comme à rabat. Des zelliges encadrent souvent les sculptures, mais pas toujours. Certaines sont encadrées de bois ajouré. Certaines sont cloutées… La rue passe sous des arcades décalées et parfois en tunnel sous des maisons. Le plafond est alors fait de fines traverses de bois.
Essaouira souk
Contrairement aux médinas aux ruelles tortueuses, Essaouira est construite selon un plan en damier. Il est donc très facile de s’orienter en retournant dans les artères principales. L’une d’elles, Sidi Mohamed Ben Abdallah, est très commerçante. L’avenue de l’Istiqlal relie les portes principales Bâb Doukalah et Bâb-el-Menzeh qui s’ouvrent sur le port, axe de symétrie presque parfait découpant la médina en deux moitiés égales, perpendiculairement il y a aussi deux artères parallèles. Les souks sont situés au cœur de la vieille ville, à l’intersection de l’axe Est Ouest et de l’axe Nord Sud. Une autre façon de ne pas se perdre est de suivre les remparts et de prendre la rue de la Skala qui emmène au Bastion Nord(près de chez nous) et en poursuivant ensuite vers le Mellah. Le Mellah est bien ruiné, déserté par les juifs depuis près de 50 ans. Certaines maisons sont écroulées laissant imaginer des splendeurs anciennes en voyant des colonnettes avec des chapiteaux ornés. Je cherche des Magen David ou des Mézouzot encore intactes, sans doute les a-t-on emportées dans le déménagement. L’emplacement est complètement effacé par la crasse et la patine.
Le port
Essaouira burnous et filets
Le port est très actif avec une criée à l’ancienne, vide aujourd’hui. Un poissonnier explique :
– « les pêcheurs ne sont pas sortis aujourd’hui avec le mauvais temps ».
Les bateaux sont à quai, gros chalutiers et barques bleues – marine à l’extérieur, bleu roi à l’intérieur ; des filets roses traînent.
On entre au port par la Porte marine dans les fortifications construites sous le règne de Sidi Mohamed ben Abdallah(1764) qui y basa ses corsaires. Pour 10 dirhams, je visite la Skala du Port, grosse tour carrée dominant une esplanade armée de ses canons.
Essaouira port
Le long des remparts, les commerçants qui nous ont vu passer avec la carriole nous reconnaissent. On nous présente les tapis. J’ai toujours un faible pour les tapis. Les tapis marocains ne sont pas aussi raffinés que ceux de Perse ou de Chine mais ils ont des couleurs vives, des oranges qui flashent, des jaunes d’or qu’on ne voit pas en Orient. Les motifs sont extrêmement variés.
La coopérative de marqueterie de bois de thuya embaume. J’aimerai en rapporter rien que pour l’odeur. La marchande nous montre les différentes qualités du bois. Celui qui est plein de nœuds et de ponctuations intéressantes vient de la racine. Les branches et le tronc donnent un grain plus fin. Le bois de citronnier, plus clair, me fait penser au merisier. La variété des articles est infinie : tables, sièges ; boîtes, mais aussi animaux, échiquiers, pieds de lampe et même abat-jour ajouré assorti.
Je goûte à l’huile d’argan à la petite cuiller. Elle a un goût de noix ou de noisette. Avant d’être moulues, les amandes sont grillées pour l’huile alimentaire qui se vend 150 dirhams la bouteille. L’huile cosmétique moins parfumée, est faite avec les amandes fraîches. Comme nous restons plusieurs jours à Essaouira, nous promettons de revenir. Les commerçants n’insistent pas. Ici, tout est tranquille.
La Skala du bastion Nord est une rampe qui monte doucement vers une place circulaire dominée par le bastion. De là, nous cherchons notre terrasse. Sous la Kasbah, des ateliers des menuisiers et des luthiers se sont installés. On nous reconnaît. Un jeune homme demande:
– « vous avez réussi à ouvrir votre porte ? ».
Difficile de rester dans l’anonymat! Du bastion Nord, nous trouvons notre maison, la dépassons, traversons le Mellahpour arriver dans les souks construits sous des arcades. Petits marchés au poisson, aux épices, aux souvenirs. Impression d’intimité. Essaouira est vraiment une toute petite ville !
Nous mangeons sur la terrasse un demi-poulet sec, filandreux, immangeable, pire que le poulet bicyclette africain ! Heureusement que D a ses yaourts et moi, mes bananes !
Les Allemandes ont fini leur sieste sur les chaises longues. Elles nous les cèdent volontiers. Sur le carnet moleskine j’essaie de dessiner terrasses, minarets et cheminées. Trois gouttes de pluie nous chassent. Je retourne dessiner au port sans inspiration. Il y a un monde fou. Les pêcheurs ou les poissonniers lancent les viscères des poissons aux mouettes. De temps en temps, impression d’humidité : la pluie ? Les embruns des vagues? Ou le pipi d’un goéland ?
Atlantique, AntiAtlas, Atlas et Riads des Mille et Une nuits
Essaouira porte bleue
Le porteur connaît les « appartements de Jacques » où j’ai réservé par Internet. Les clés sont « au kiosque », est une librairie très bien fournie. Je me présente. L’homme se souvient de ma réservation :
– « Une mini-suite ! » Me répond-il
Je remplis la fiche pour la police tandis qu’il discute en arabe avec une femme. Je devine que quelque chose cloche. On ne me donne pas de clé. L’homme prétend que la réservation ne court qu’à partir de demain. Je lui tends le courriel que j’ai pris le soin d’imprimer.
La petite caravane, composée du porteur et de sa charrette, de Dominique et moi, s’ébranle en suivant une femme qui traîne ses savates. Je monte avec elle sur une terrasse. La » mini -suite » est une chambre minuscule toute entière occupée par un lit de deux places. Au fond, la « salle d’eau » rudimentaire est d’une propreté douteuse. « Où est la cuisine ? – pas de cuisine ! ». La terrasse donne sur l’océan. Cette chambre serait idéale à la belle saison. Avec la pluie qui menace, cela ne convient pas. Je demande à visiter autre chose. La femme n’est pas étonnée.
-« On va aller au 5 » dit elle
– « Et la 8 prévue sur INTERNET ? », je hasarde
– « Elle est occupée, les locataires ont prolongé. La femme est malade. » invente la femme.
Le nouvel appartement est à 75€ alors que le 8 était à 65€ et la mini suite à 35€ . De plus, il faudra déménager demain. C’est la maison des escaliers : la chambre est au 1er étage par un escalier carrelé blanc et turquoise. Par un escalier intérieur on accède à la cuisine – très bien équipée – il y a une chambre-salon au 3ème niveau, un escalier en colimaçon conduit à la terrasse. L’appartement est ravissant mais malcommode et très cher. J’ai surtout l’impression de me faire avoir. La femme n’insiste pas :
– « Je ne suis que la femme de ménage »
En bas le porteur s’impatiente. Il prend la tête de notre expédition et nous entraîne plus avant dans la médina. Il sonne – sans succès – à une porte. Deux touristes allemandes sortent :
– « La Madame n’est pas là !»
Le Bastion
La nuit tombe. Nouvel arrêt. Escaliers, on arrive à une pièce biscornue, pas de vue, la cuisine au niveau inférieur, au rez de chaussée W.C. et douche. Au 3ème un salon à partager encore plus haut la terrasse.
– « Pour 3 jours je vous ferai un bon prix ! 900 » – « € ou dirhams ? » – « Dirhams ! »
Moins de 30 € la nuit, c’est un bon prix. Restent les escaliers. Il faut descendre 2 étages pour faire pipi, des marches très hautes et inégales. Je donne 50 dirhams au porteur qui les mérite bien.
Notre maison biscornue de la médina est très jolie. La chambre a une curieuse forme d’un triangle tronqué, pleine de recoins de niches et de corniches. Des murs crépis d’un blanc éclatant, au sol des carreaux d’un très joli vert sont recouverts de tapis colorés. Les luminaires sont les plus beaux ornements : une lanterne octogonale en dentelle de laiton est suspendue au dessus de la table. Deux grosses boules à pointes en vitrail éclairent l’alcôve et le coin salon où se trouve un canapé. Une applique ajourée domine l’escalier. Des rideaux de satin bleu tranchent sur le blanc. La base du triangle contient un lit double recouvert d’un dessus de lit rouge orange parsemé de coussins. La pointe est meublée d’un canapé multicolore de poufs et de coussins. Pas d’effort de décoration dans la cuisine. La douche est minimaliste.
la terrasse au Bastion
D grippée, n’a pas d’appétit. La dame ne cuisine pas pour une seule personne. J’ai apporté de la soupe en sachets. Cela ne suffira pas. Nous descendons faire les courses. A côté de notre porte se trouvent deux épiceries minuscules dont le comptoir s’ouvre sur la rue. On y achète de l’eau en bouteille. Des conserves de sardine de tomates garnissent les rayons. Des dosettes de shampoing en guirlande pendent du plafond. Une petite fille se fait servir de la farine au détail. L’épicier emballe quelque chose de pâteux dans un papier : de la levure ( ?) de la margarine ( ?) des cartons d’œufs sont empilés. Dans un garde manger grillagé et fermé : des galettes de pain. Plus loin une autre épicerie, dans une pièce à peine plus grande, vend des yaourts.
Notre rue est sombre. Les façades sont austères. Il faudra prendre des repères pour retrouver notre porte. Nous avons oublié la carte « Le Bastion ». Par une ruelle sombre qui passe sous des maisons, nous découvrons des menuisiers qui travaillent le bois odorant du thuya. Nous aboutissons à une rue animée. Des lampes de cuir serviront de borne pour indiquer qu’il faut tourner. J’achète un sandwich : une demi baguette garnie de 5 boulettes minuscules de viande hachée, de salade de tomates, d’une généreuse part d’oignons et de carottes. Le marchand l’emballe soigneusement dans du papier. Je complète ce dîner avec des bananes achetées à un vieux marchand qui trône assis dans son étalage au milieu des oranges derrière une balance Roberval.