Personne n’a décrété la fin du kibboutz. Les anciens, les pionniers, les fondateurs disparaissent et avec eux le rêve des pionniers. Les chambres sont devenues de vrais appartements avec réfrigérateur, clim, cuisine complète. Les maisons d’enfants ont fermé. La salle à manger collective existe encore mais on paie en caisse avec une carte magnétique. D’ailleurs, on a décidé de la fermer, les gens l’ont désertée et la caissière se retrouve au chômage.
Hana – 80 ans – s’accroche à l’idéal de travail. On lui interdit de travailler. C’est porter atteinte à sa dignité. Elle résiste et travaille clandestinement. Toute l’histoire est portée par la personnalité exceptionnelle de Hana qui n’avait jamais imaginé avoir un compte en banque, jamais imaginé vieillir, non plus.
J’ai tout retrouvé. Les carrelages, les petits cheminements, les jardins et les arroseuses. Mais tout a vieilli. On n’a pas modernisé. Simplement, on a déserté la vie collective, l’individualisme a tout gagné. Immense nostalgie.
Sans carte, nous choisissons la balade la plus simple : partir du vieux port du village et suivre le sentier côtier. Depuis des années, je parcours le GR34, par tronçons, du Mont saint Michel à Quiberon, en pointillés.
bateau échoué sur la grève
Marée basse, l’anse est brillante sous le soleil, argentée. Le parcours piétonnier partage la route avec la piste cyclable. J’atteins les viviers qui proposent huitres et moules, « cuisent leurs crustacés à l’eau de mer » (on sera déçues en leur demandant des langoustines pour demain, ils n’en vendent pas sauf dans les plateaux de fruits de mer commandés à l’avance.
moulin-mer
A marée basse je préfère marcher sur l’estran . L’anse de Penfoulic est barrée par une petite digue surmontée par une tourelle ronde au dessus d’un déversoir ,( un moulin à marée ) . Au Cap Coz, une flèche s’avance loin. Du côté de la mer s’étend une très belle plage de sable blanc. Les maisons sont blanches à pignons pointus et balcons en bois blanc, très Belle Epoque, aucune fausse note.
Un homme remplit une petite remorque tractée par sa voiture d’algues, mélange de goémon et d’algues vertes qui font un épais cordon au bord du sable sec. Je l’interroge :
– « pourquoi ramassez vous cela ? «
– « Pour le potager, l’hiver cela couvre le sol et empêche les mauvaises herbes de pousser, au printemps après décomposition cela amende le sol »
– « au moins elles servent à quelque chose », je remarque
– « tous les paysans font cela » dit le monsieur étonné de mon étonnement.
A l’extrémité de la plage le GR grimpe sur une falaise se glisse entre les grands pins, les chênes et les belles propriétés bordées de haies d’éléanus qui embaument avec leurs fleurs en clochettes discrètes mais odorantes, les lauriers, les belles maisons sont le plus souvent cachées dans la verdure, on devine des pignons, des tourelles, parfois des gloriettes blanches sont perchées, dominant la mer. Au dessous du sentier, de petites anses sauvages sont enchâssées dans des rochers de granite rose ou orangé, sable blanc à marée basse, inaccessibles sauf parfois par un escalier.
La plage de Kerveltrec est plus accessible . Des véliplanchistes s’y sont donné rendez-vous. Nous y piqueniquons installées sur des rochers.
pique-nique sur la plage
Beg Meil : de très belles propriétés sont bâties à l’aplomb de la falaise à marée haute il n’est plus possible de rester sur le sable. Le GR emprunte les rues de Beg Meil, c’est moins sauvage, plus urbanisé. Je retrouve la mer près du Sémaphore de Beg Meil devant la plage des dunes. En face à l’horizon se détachent les îlots des Glénans. Je termine la balade pieds nus sur le sable blanc de la très belle plage en bordure de zones humides . Déception, la plage ne va pas jusqu’à Mousterlin : une digue récemment construite barre le passage. Je remonte sur la dune. Derrière se le GR serpente dans le marais, des petits ponts de bois enjambent des canaux; la végétation a roussi et ressemble à un camaïeu de tweed irlandais brun.
Au retour, crochet en voiture jusqu’à la charmante chapelle de Kerballer avec son four à pain et un peu plus loin sa fontaine de dévotion dont on faisait boire l’eau aux enfants faibles sur leurs jambes qui tardaient à marcher.
Courses à Fouesnant : la rue principale est très agréable mais les commerces d’alimentation ont été remplacés par des magasins de fringues, de savons ou de parfumerie. Devant l’église la supérette est bien décevante : nous comprenons pourquoi : un Carrefour tout neuf remplace tous les petits commerces.
Église de la Forêt Fouesnant
Nous achèterons les moules au Vivier à la Forêt Fouesnant et le pique-nique à la magnifique charcuterie traiteur qui ne craint pas la concurrence d’un tout petit Carrefour.
Le Musée de l’Orangerie détient 22 tableaux de Soutine dans ses collections permanentes. même après la fin de l’exposition, il sera encore temps de découvrir ce peintre à l’Orangerie.
On fait connaissance avec le peintre par un portrait de son ami Modigliani entouré de plusieurs portraits des familiers de Soutine et d’un autoportrait. On connaît le goût de l’artiste pour ces visages déformés, les couleurs flamboyantes, les attitudes un peu figées sur un fond bleu, neutre.
les maisons dansantes de Cerêt
La salle suivante présente les paysages de Cerêt, avec des maisons alignées en une sorte de barre horizontale, mais dont les verticales auraient subi une sorte de torsion. maisons-visages qui paraissent danser, se tordre en un chaos un peu angoissant. Face à Cerêt, des vues de la Côte d’Azur, plus gaies, plus colorées.
Cette fois-ci les maisons sont à peu près représentées mais ce sont les routes qui ont subi une étrange métamorphose. Le spectateur est invité à entrer dans le tableau et à tourner dans les lacets d’une route de la montagne provençale. Le ciel envahit les côtés. Plus de perspective ni d’horizon. On est happé dans la couleur et dans les coups de pinceaux tournants. Sur un troisième mur, ce sont des paysages de Bourgogne dont les arbres sont animés de tournis dans la tempête. Deux enfants courent sur la route, revenant peut être de l’école avant l’orage.
La troisième salle est consacrée aux séries et natures mortes. Glaïeuls flamboyants, encore du rouge! Soutine a une prédilection pour les carmins et les vermillons! Une série de lapins et lièvres pendus, de poulets à moitié plumés, de carcasses de bœufs sanguinolentes. ce n’est pas vraiment la partie de l’exposition la plus séduisante. Même si c’est une grande leçon de peinture (merci aux commissaires de l’expo qui ont mis en regard les tableaux d’une peinture des grands maîtres qui ont inspiré Soutine : Rembrandt et Chardin. la nature morte avec la raie correspond bien au tableau de Chardin.
On revient à des portraits, séries d’enfants de chœur (inspirés par Courbet, de l’enterrement à Ornans) de personnages en livrée, d’un des pâtissiers (qui ont ouvert la porte des collections prestigieuses) de femmes encore en rouge, une Anglaise m’a bien plu.L’exposition se termine sur un tableau encore inspiré de Rembrandt : une femme âgée relève sa chemise pour entrer dans l’eau.
Belle découverte pour moi!
Je ne connaissais pas les collections permanentes , les Renoir, Rousseau, Modigliani, Laurencin, Picasso Matisse, Utrillo, Derain. Il y en presque autant qu’à Orsay, avec beaucoup moins de touristes. Il faudra revenir.
On n’aurait pas quitté l’Orangerie sans passer par les Nymphéas. Deux merveilleuses salles elliptiques, des bancs confortables pour passer un moment de recueillement au beau milieu de l’étang de Giverny! Rêverie!
Bucarest, 1993. Peu de temps après la chute de Ceausescu.
« On attendait tous quelque miracle. Tu te rappelles les années quatre-vingt avec tous leurs secrets et leur histoire jamais dite? »
Vespasien Moïse né avec une marque bizarre sur la poitrine – la carte de Bucarest – devient le Maitre d’une secte un peu étrange qui rassemble toutes sortes d’originaux et de paumés, un savant le docteur Arghir qui explique tout en terme de vibrations, un professeur d’histoire le Docteur Diaconescu, un Troubadour, rock ou folk, un riche homme d’affaires, des marginaux….Les théories les plus farfelues co-éxistent avec le miracle d’une lotion capillaire, l’hypothèse d’un astre jumeau du soleil, celle que le Roumain, la langue la plus ancienne, vieille de 7000 ans, est une sorte de code ésotérique et médical….
Si l’histoire contemporaine roumaine, la transition entre le régime communiste et le capitalisme, m’intéresse beaucoup, les élucubrations mystiques des sectes m’ennuient profondément. Si le livre ne m’avait pas été offert dans le cadre de la Masse Critique par Babélio, j’aurais sans doute refermé le bouquin après une trentaine de pages. Une critique est attendue, il me faut donc persévérer. Et je ne l’ai pas regretté.
Livre de Bucarest, comme Moscou pour le Maitre et Marguerite. Pourquoi ai-je pensé à Boulgakov? sans doute à cause du chat-espion. Mais Boulgakov est un génie tandis que Venu du temps Dièse est un peu laborieux pour le lecteur étranger. J’aime lire la littérature étrangère dépaysante. J’ai plaisir à convoquer mes souvenirs de notre passage à Bucarest. J’ai également conscience de passer à côté de l’essentiel du livre. De très nombreuses notes en bas de page expliquent les intentions de l’auteur qui détourne ironiquement les écrits des poètes roumains célèbres ou des hommes politiques. Évidemment, cet aspect n’est pas accessible au lecteur non-roumain.
Est-ce un témoignage du post-communisme en Roumanie, comme l’affirme le 4ème de couverture? Les sectes, les fascistes, les satanistes, les stéphanistes( partisans du Roi Étienne 1757-1504, ressuscité pour l’occasion. )…. ont-ils existé, se sont-ils castagnés, comme le raconte le roman ????
Est-ce plutôt une allégorie délirante, une bouffonnerie, sortie de l’imagination fertile de l’auteur? Je suis bien incapable de discerner l’exagération hénaurme de la critique ciblée. Les seuls personnages doués d’une sorte de rationalité sont les policiers chargés de la surveillance des sectes et autres mouvements politiques. Ne sont-ils pas les héritiers de la terrible Securitate?
J’ai cherché à comprendre le titre du livre Venu du temps dièse. Ce n’est que dans le dernier chapitre, en épilogue avec l’arrivée d’un nouveau prophète ….« arrivé dans la ville à dos d’âne, et la population de Bucarest l’a aimablement reçu avec des rameaux d’oliviers et de laurier, avec du pain et du sel[….]Il nous venait de loin, d’un monde perdu, du temps dièse de nos sens blessés, béants, sur-aiguisés. Le voilà maintenant nous parler de la Roumanie des années trente, de gloire et de liberté; de notre victoire en tant que nation et de nos droits en tant qu’individus….. »
Et le temps dièse sera encore pour moi un mystère, et sectes et théories fumeuses ont encore un certain avenir. Ainsi que les romans délirants….
Dès sa sortie je me suis précipitée pour voir le film roumain de Cristian Mungiu : au delà des collines.
Depuis notre voyage en Roumanie je continue à me documenter, à lire et à voir les films roumains. Cet été, nous avons passé plusieurs jours dans des monastères bulgares. J’ai été intriguée par ces nonnes souvent jeunes. J’aurais aimé leur parler. Cela ne s’est pas fait, réserve ou barrière de la langue?
2heures 30 – tout le temps de découvrir la vie d’un couvent très pauvre dans une région de montagne, loin de tout et surtout de la vie moderne : pas d’électricité ni d’eau courante, les tâches ménagères accomplies en commun dans la plus grande simplicité. Dans cette communauté de femmes, l’autorité est assurée pleinement par un jeune pope. Avec la supérieure ils ont reconstitué une sorte de famille, et les sœurs les appellent naturellement Papa et Maman.
C’est une histoire d’amour : Alina et Voichita se sont connues, enfants à l’orphelinat où elles ont été abandonnées. Alina aime Voichita d’un amour inconditionnel. Elle est revenue d’Allemagne pour chercher Voichita et l’emmener avec elle. En son absence, Voichita a rencontré Dieu, elle aime toujours Alina mais ne veut pas quitter le couvent. Cette dernière est prête à tous les sacrifices pour rester près de son amante, y compris des mortifications et des pénitences pour trouver la foi, y compris à donner son petit pécule pour les peintures de l’église du monastère qui ne sont pas terminées.
L’amour inavouable des deux femmes est-il diabolique? Frustrations culpabilité ou contraintes sociales insupportables? Alina est saisie de crises épouvantables, évanouissements, violence, suicide…. la première réaction des nonnes est de l’envoyer à l’hôpital. Misère de l’hôpital, impuissance à la soigner, ou confusion des genres, le médecin juge qu’elle sera mieux à se calmer au couvent.
Quand les crises reprennent le pope cherche à se débarrasser d’elle. Mais comment? L ‘orpheline n’a nulle part où aller et se soumet à la confession, aux pénitences, dresse la liste des péchés d’après une longue liste qu’on lui soumet. Puisque la médecine est impuissante, qu’aucune institution ne fonctionne, il reste la solution religieuse : l’exorcisme. Violence moyenâgeuse qui se terminera par le décès d’Alina.
Qui est coupable? Le pope et les nonnes, ses complices qui l’ont ligotée, privée de nourriture et d’eau pour affaiblir le diable qui l’habitait? le médecin qui l’a remise au couvent? Les services d’urgences qui ont appliqué un traitement inapproprié à la mourante?Tous, pourtant, étaient animés des meilleures intentions du monde.
Ce n’est pas une fiction. Une femme est vraiment morte dans des circonstances analogues et le prêtre a été condamné. Il existe encore des gens qui croient qu’une femme hystérique est possédée.
Par de-là l’anecdote, Au delà des Collines est un film magnifique, presque noir et blanc des voiles noirs sur la neige, seule couleur, la vieille guimbarde rouge qui nous rappelle que l’histoire s’est bien déroulée en 2005 et non pas dans la nuit des temps. Merveilleuses de simplicité, les deux actrices, Voichita, la soumise et Alina la rebelle. Quoique….la fermeté de Voichita dans sa foi ébranle la rationalité de son amie. Rien n’est simple!
Après avoir vu l’excellent César doit mourir des frères Taviani, j’ai eu envie de retrouver le texte original de la pièce. En effet, le film qui ne dure que 1h15 ne présente pas l’intégralité de la pièce. C’est du cinéma, et du bon, très loin d’une captation de théâtre.
C’est avec grand plaisir que j’ai découvert la pièce. Le film offrait une version très moderne, dépouillée, centrée sur les personnalités de Brutus, Cassius et Antoine, les scrupules de Brutus, les manipulations d’Antoine.La pièce est remplie de nombreux personnages et figurants.La présence des épouses de César Calphurnia et de Brutus, Portia, n’étaient pas envisageable dans le film.
L’ambiance est aussi fantastique, orages, lions, et augures, et même un fantôme, dressant un univers antique et élisabethain, très loin de celui de la prison de Rebbibia.
C’est surtout la lecture attentive des discours de Brutus et d’Antoine, éloges funèbres mais surtout manipulation du peuple qui m’ a intéressée, son hypocrisie et son insistance à qualifier les conjurés d’hommes honorables, son habileté à en appeler au sentiments sans y toucher, montrer le manteau plutôt que les plaies retourner les assistants en leur faisant miroiter un testament de César, éloquence très maîtrisée « je ne suis pas un orateur » affirme-t-il pour mieux développer son discours.
A l’ acte IV, le retournement de Cassius est également passionnant à lire
Le combattant intègre et soutient des valeurs de la république romaine est tenté par est soupçonné de trafic. Brutus, en tuant César n’a prolongé la République romaine que de peu. on connaît la suite de l’histoire. pièce tout à fait politique!
Jules Césa a aussi inspiré Haendel. Trouvé sur un blog que j’aime CECI
LIRE POUR LE CAMBODGE (et le Vietnam, et la Thaïlande, et le Laos…)
Angkor
Après Peste&Choléra qui m’a beaucoup intéressée, j’ai cherché Kampuchéa sorti quelques mois après notre retour du Cambodge.
C’est un livre très différent, plutôt un carnet de voyage relatant une errance de Bangkok où il commence et se termine, un reportage au Procès de Douch – le tortionnaire du sinistre S-21 à Phnom Penh, et des digressions au Vietnam et au Laos.
Sur le Tonlé-Sap – Cambodge
Le titre du livre – Kampuchéa – nom que les Khmers rouges avaient donné au Cambodge – laisse imaginer une sorte d’histoire du Cambodge. Deville commence son histoire en 1860 avec la découverte d’Angkor par Mouhot. Coquetterie d’auteur, il feint de dater les évènements à partir de cette nouvelle ère, ce nous oblige à faire un petit exercice de calcul mental.
Deville joue avec le lecteur en l’égarant aussi bien dans l’espace. Il fournit des indices plus ou moins clairs, ne nomme pas toujours les lieux si bien qu’il faut deviner où se déroule l’action. Un bonne connaissance de l’Asie du Sud-Est est même nécessaire pour se repérer dans ce livre-puzzle.
L’histoire n’est jamais racontée linéairement. Des épisodes, dans le plus grand désordre chronologique, surgissent au fil du voyage, des rencontres, des digressions. On peut considérer cette lecture comme un jeu. Parfois agaçant. Ce n’est plus l’histoire du Cambodge qui est narrée, plutôt celle de l’Indochine, avec ses pionniers: Mouhot le premier, mais aussi Garnier et Lagrée qui ont cartographié le Mékong, ainsi qu’Auguste Pavie qui cartographia le Tonlé Sap et installa le télégraphe entre Phnom Penh et Bangkok, parti à dos d’éléphant. Rencontres fortuites avec Loti, Brazza ou Stanley, des plus grands explorateurs. Plus tardives avec Malraux ou Graham Green.
Morceaux de bravoures, l’entrée des Khmers rouges le 17 avril 1975 à Phnom Penh, DienBien Phu, ou la débâcle des américains à Saïgon, même les affrontements entre chemises jaunes et chemises rouges à Bangkok en 2011. On croise Sihanouk et Hô Chi Minh…. Récit cinématographique:long travelling sur Catinat à Saïgon.
Nha Trang – Vietnam
« Je vais descendre vers Danang, ou peut être à Nha Trang sur les traces du bon docteur Yersin. Par la route Mandarine ou en train, au milieu des flamboyants et des tamariniers. puis descendre à Hô Chi Minh-Ville et de-là regagner Bangkok, remonter au nord vers Chiang Mai, puis Hanoï, puis Haïphong, corir à nouveau sur la grand-roue dont le moyeu est Phnom Penh, comme l’écureuil de Cendrars dans la cage des latitudes et des longitudes, chercher une issue…. »
Rencontres passionnantes mais un peu frustrantes, à peine commence-t-on à se situer que le chapitre suivant nous emmène ailleurs.
Quel casting! Ces prisonniers de la prison de Rebbibia ont des gueules de Romains! Plus qu’à Shakespeare – dont je viens de télécharger le texte – je pense à la Rome antique. Cette Rome qui est finalement si proche après deux millénaires. Les acteurs s’étonnent de la proximité de l’intrigue, « comme chez moi » (à Naples, à Catane….). Ces hommes d’honneur pour qui un contrat se signe d’un regard, sont-il les conjurés des Ides de Mars ou les condamnés pour trafic de stupéfiant, ou association de malfaiteurs?
Brutus
Dans le making-of de la pièce, on assiste aux auditions. Les hommes ne doivent pas improviser je ne sais quelle scène, ils se présentent, en pleurant, en criant. On les découvre, cela suffit au metteur en scène pour trouver un César impérial, un devin génial, Cassius …Brutus qui a le rôle le plus complexe est un acteur professionnel, ancien taulard.
Ces hommes sont d’une sincérité troublante. Ils s’approprient le texte. Les répétitions filmées dans un noir et blanc somptueux se déroulent dans les cellules, les couloirs, la cour de promenade. On hésite : s’agit-il de Shakespeare ou de la vie des acteurs?
Après le meurtre de César dans une cour, des clameurs, des cris « liberté!« ; sont ils fortuits ou prévus. Trois gardiens chargés de raccompagner les détenus laissent se dérouler le discours d’Antoine qu’ils prennent à la lettre(?).
Couleurs. Rouge et or de la représentation. La joie explose, d’avoir réussi quelque chose de grand, de beau, devant les familles, les spectateurs. Le retour en cellule en sera d’autant plus cruel pour celui qui est condamné à perpétuité.
Au risque de me répéter, je suis retournée à Ivry faire découvrir cette œuvre à une amie helléniste. J’ai revu cette interprétation avec un plaisir renouvelé, écouté (et surtout lu le sur-titrage) avec une attention particulière.
Que m’apporterait de nouveau cette seconde vision?
Un poème de Mahmoud Darwich :
« Il y a sur cette terre » Mahmoud Darwich
Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre :
les hésitations d’avril,
l’odeur du pain à l’aube,
les opinions d’une femme sur les hommes,
les écrits d’Eschyle,
les débuts d’un amour, de l’herbe sur des pierres,
des mères se tenant debout sur la ligne d’une flûte
et la peur qu’éprouvent les conquérants du souvenir.
Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre :
la fin de septembre,
Mahmoud Darwich, le poète palestinien, qui dit aussi:
« j’ai choisi d’être un poète troyen. je suis résolument du camp des perdants. les perdants qui ont été privés du droit de laisser quelque trace que ce soit de leur défaite, privés du droit de la proclamer. j’incline à dire cette défaite; mais il n’est pas question de reddition »…
(citation trouvée dans la plaquette du théâtre d’Ivry)
Et je pense à Polynice, le frère du camp des perdants, interdit même de sépulture
Au risque de radoter : la beauté de la musique du trio Joubran, cérémonie hypnotique qui s’accorde si bien avec Antigone. Je ne comprends pas l’arabe, j’espère que rien d’inacceptable n’est prononcé. Le minimum que je puisse faire, c’est écouter l’autre.
Une curiosité qui s’accorde bien à cette soirée : l’hommage du trio Joubran en Grec:
Publié dans le recueil Omnibus Le roman des PHARES.
Le personnage de Rachilde m’intriguait, les vacances en Bretagne étaient l’occasion de lire cet ouvrage que Claudialucia avait chroniqué il y a peu.
Je n’aurais pas dû lire la préface. Certaines préfaces éclairent le lecteurs mais celle-la, sous prétexte d’analyse, de symboles…, raconte trop, déflore le mystère qui tient une grande place dans l’histoire et détruit tout l’effet de surprise. On sait ce qu’il y a dans la pièce cadenassée, le héros ne le sait pas, nous si!
Il est vrai aussi que j’ai très peu de goût pour le Grand-Guignol, très peu pour la littérature fantastique. Et là, trop c’est trop! Des naufrages, un meurtre, de la nécrophilie, la folie, la démence-même… rien ne nous est épargné. !a rester enfermé dans un phare dans une mer en folie, ravitaillé tous les quinze jours si le temps le permet, et il ne le permet pas souvent.
Cependant ce roman ne manque pas d’intérêt : le style est impressionnant dans la description des éléments déchaînés, la tempête brisant les vitres du phare, les embruns, les oiseaux tourbillonnant. Quelques morceaux de bravoure: la folie gagne les hommes enfermés qui désapprennent à vivre. Cependant ils ne rachètent pas les tonnes de préjugés désuets et l’enflure des exagérations.