…. » La plus belle récompense d’un voyage extraordinaire est bien de rencontrer des gens ordinaires, disons, comme vous et moi. Des gens qui ont traversé comme ils l’ont pu, sans faire d’histoires et sans forcément faire l’histoire, des évènements pas ordinaires. Qui nous rappellent que ces évènements-là auraient pu aussi bien arriver à nous, en leur lieu et place. Et, vraiment, avant toute chose, on ferait bien de se demander ce qu’on aurait fait en leur lieu et place. Le sentiment de se retrouver partout au milieu de la grande famille de l’espèce humaine n’a pas de prix – ne serait-ce que parce qu’il confirme que celle-ci existe. Ce n’est pas toujours évident.
C’est peut-être cela, le pari du voyage : au-delà de tous les dépaysements, des émerveillements ou des angoisses de l’inconnu, au-delà de toutes les différences, retrouver soudain, chez certains, le sentiment d’être de la même famille. D’être les uns et les autres des êtres humains. parfois, ça rate. parfois même, ça tourne mal. mais le pari vaut d’être fait, non?… »
Recueil de 12 nouvelles qui s’ouvre sur L’Amour dans la Neige, un peu après le jour des rois et se referme à Noël par L’Américain , deux histoires d’amour très différentes. j’ai voulu y voir un cycle, 12 mois pour une année? Non! Chacune de ces nouvelles a été écrite à une date différente de 1894 à 1902.
En revanche ce qui les caractérise toutes c’est la nostalgie, la douceur, la simplicité d’une Grèce rêvée. Grèce des îles, Papadiamantis est de Skiathos et 11 des nouvelles semblent s’y dérouler(sauf le Moine à Athènes que j’ai moins aimé). Ses personnages sont des enfants, des bergers, des pêcheurs ou des marins. L’auteur décrit son île avec ses ravines escarpées et ses grottes où se perdent les enfants, hantées par des démons sylvestres ou le souvenirs de pieux ermites, il sait nommer les rochers du rivage, les sources à l’eau froide. Histoires de noyades, imprudence d’enfants ou naufrages, sauvetages où la solidarité des gens de mer n’est pas en défaut. Histoires d’îles, se déroulant en monde clos où les médisances peuvent aussi anéantir une vie. Histoires de femmes de marins, celles qui attendent ou celles qui n’ont peut être pas attendu….
Papadiamantis ((1851-1911) est un classique dans son pays. Certains lui ont reproché son conservatisme (il a écrit dans la langue savante) et » sa peinture édifiante et apologétique des mœurs populaires supposés authentiques ». préface de Bouchet le traducteur.
Touriste, peut être, j’ai beaucoup aimé cette ambiance agreste et marine.
Ce n’était peut être pas une bonne idée de revoir le film juste après avoir relu le livre. Imprégnée de ma vision personnelle de Zorba, j’avais peur d’être déçue. Un film même long (2h) est toujours réducteur. De retour de Crète, je voulais revoir les décors naturels, savoir si ce que je croyais avoir reconnu à Stavros était bien dans le film.
les paysans vont à la mine
Zorba
Au début, donc, j’étais sur la réserve. Anthony Quinn a su me séduire. La ressemblance avec le véritable Zorba dont j’ai vu la photo au Musée Kazantzakis, est flagrante. IrènePappas est une veuve impressionnante.
zorba et bouboulina
Lila Kedrova campe une madame Hortense merveilleuse (le rôle était à l’origine proposé à Simone Signoret), touchante, jamais ridicule.
J’ai été moins convaincue par Basil- Alan Bates. L’acteur n’y est peut être pour rien. C’est le metteur en scène qui a modifié le personnage, faisant de l’écrivain hanté par son livre sur Bouddha, un Anglais en panne d’écriture plutôt falot.
Le DVD ajoute en bonus une très longue interview de Cacoyannis qui parle alors que le film se déroule à nouveau. J’ai donc vu le film une deuxième fois, muet, alors que le cinéaste commentait ses choix, ses difficultés, sa façon de filmer. Il racontait aussi Kazantzakis qu’il avait rencontré à Cannes, Théodorakis qui a composé la musique. Rien que pour ce bonus je me félicite d’avoir acheté le DVD!
J’avais oublié que Zorba était en Noir et Blanc, puis cru que c’était parce que c’était un film ancien. Non! Cacoyannis a fait ce choix arguant de la lumière grecque particulière qui exalte le Noir et Blanc. Noirs, les costumes des Crétois, leur bandeau, noires les femmes en deuil, Irène Pappas, magnifique, noirs les popes, blanches les maisons chaulées, les roches chauffées à blancs….
Certaines scènes sont magnifiées par le cinéma : la cohorte des travailleurs qui chantent en allant à la mine et surtout la lapidation de la veuve, terrifiante et la catastrophe du téléphérique!et bien sûr la scène finale de la danse, tellement connue …
La Liberté ou la mort est le mot d’ordre des révolutionnaires Crétois, brodé sur le drapeau de Capétan Michel, le héros du livre, mais aussi d’un drapeau visible au Musée Historique d’Héraklion.
Avant l’Autonomie de la Crète en 1897, des révolutions secouèrent l’île au 19ème siècle : 1821, 1866 avec le massacre du monastère d’Arkadi, furent les plus connues, mais les capétans du livre de Kazantzaki énumèrent en 1821, 1834, 1841, 1878..
C’est en 1889 que se déroule l’épopée du Capétan Michel. Le roman se compose de deux parties. Dans la première, le drame se noue. L’auteur présente les nombreux protagonistes dans la ville de Candie où cohabitent Chrétiens et Turcs, mais aussi Juifs et Arméniens. Le pacha, plutôt débonnaire, ne jouit pas d’une grande autorité et les notables s’affrontent, provocations et forfanteries, mesquineries et intrigues, mariages et histoires d’amour, affaires et beuveries. Le champion des Grecs est le Capitan Michel, sombre et ténébreux, craint de tous, celui des Turcs Nouri Bey. Plutôt que de s’entretuer, ces nobles personnages ont mêlé leur sang en un pacte fraternel. On se prend à imaginer l’entente entre les communautés quand le pauvre Ali Aga est nourri par les femmes grecques ou quand Effendine est invité à se saouler chez Michel. Les rancœurs sont bien présentes, les provocations s’accumulent. Quand le frère du Capétan Michel charge un âne sur son dos pour l’emporter à la mosquée « dire ses prières » l’offense se lavera dans le sang.
combattant crétois (musée d'Arkadi)
J’ai lu avec beaucoup d’intérêt cette chronique où les personnages sont nombreux, tous divers. Nikos Kazantzakis décrit aussi le quotidien des femmes. Femmes soumises à eurs héros de maris, ou mégères, jeunes mariées comme vieilles filles.
De provocations en meurtres, de meurtres en vengeances, le pacha ne peut contenir la colère des agas et laisse faire le massacre, pire, il obtient des renforts que le sultan lui envoie. Les Grecs mettent à l’abri femmes et enfants dans les villages et prennent le maquis pour une guerre sans merci.
Cette deuxième partie du livre sent la sueur, la poudre et le bouc. Les capétans reprennent du service et le théâtre des opérations se déplace de la ville à la campagne. Entrent en scène les héros de 1821, centenaires mais encore très verts. Le héros n’est plus Michel mais son père le vieux Sifakas qui règne sur ses fils, ses petits fils, mais aussi sur les bergers. Occasion de raconter la vie rurale, ainsi que les faits d’armes anciens. Les héros morts à Arkadi hantent les consciences.
J’ai eu plus de mal avec cette tonalité virile. Déjà, en ville les femmes jouissaient d’un statut de second plan. Michel refusait même de voir sa fille devenue pubère qui se cachait à son retour mais à la campagne elles n’ont plus de rôle du tout. Les égorgements, les coups de feu, les oreilles coupées… ne sont guère de mon goût.
Monastère d'Arkadi
Et pourtant il s’agit bien d’une épopée vécue, d’une histoire qui s’est vraiment déroulée. Avec les exploits militaires se déroule, en coulisse, la grande politique, celle des grandes puissances, qui refusent de voir la Crète rattachée à la Grèce. De la Grande Bretagne et des autres puissances qui préfèrent un sultan entravé à une entrée de la Russie en Méditerranée, le port de Souda, convoité par les puissances navales…Et tout cela est diablement passionnant.
Évidemment, la féministe du 21ème siècle ne peut pas suivre à la lettre tous ces exploits sans agacement. Le magicien Kazantzaki m’a encore entraînée dans cet univers par son talent de conteur. Sous la geste épique, on sent l’humaniste qui ne peut souscrire à la simplification. C’est encore Zorba qui montre la barbarie de la guerre.
Les oiseaux m’ont réveillée au lever du soleil. Notre chambre est au niveau de la ramure des arbres. En tendant le bras, je pourrais cueillir 7 citrons bien mûrs.
8h30, nous prenons congé d’Arolithos que nous recommanderons à tous.
9h : nous laissons la voiture dans un parking privé gardé derrière les arsenaux vénitiens d’Héraklion (4€ et il faut laisser la clé)
Lefort Koules domine la marina. Le bord de mer doit être animé le soir avec ses restaurants de poissons, ce matin, c’est vide et mort. Plus « grec » que le port vénitien de Rethymnon ou de Hania : tables carrées en bois, pas d’images des plats, des efforts de décoration : on a posé des filets sur chaque table. Plus loin, des ruines (fouilles archéologiques ?) et une église.
le musée Historique occupe une belle maison classique à laquelle on a adjoint une annexe contemporaine.
La visite commence dans une grande salle carrée occupée par la maquette d’Héraklion. Aux murs, l’histoire de la ville est contée par divers documents. Cette visite permet de remettre dans l’ordre les éléments de chronologie.
Carte du monde romain en 330 à l’époque de Constantin : c’est à ce moment que le Musée fait démarrer l’histoire de la ville, la première période byzantine va de 330 à 837, la ville s’appelle alors Heraklia ou Kastro.
837 : conquête par les Arabes : une autre carte montre la vitesse avec laquelle toutes les îles de la Méditerranée, jusqu’à l’Espagne passent sous la domination arabe. La ville changea de nom : Rabdh-el –Khandak
A la 2ème période byzantine 961-1204 le nom change encore : Megalo Kastro
La 4ème Croisade 1204 et la prise de Constantinople par es Latins entraîna une redistribution des pouvoirs : la Crète fut d’abord attribué à Boniface de Montferrat qui la vendit à Venise. Sous la domination vénitienne la ville prit nom de Chandax puis Candie
1669, la conquête de la ville par les Ottomans mit fin à la domination vénitienne.
Sur les autres murs, des blasons, armoiries, gravures anciennes et aquarelles de voyageurs puis à partir du 19ème siècle, des photos donnent des images précises des différents monuments d’Héraklion.
Les documents exposés sont regroupés au dessus d’un interrupteur qui permet d’illuminer la maquette à un endroit précis.
Nous faisons une visite rapide mais détaillée de la ville que nous n’aurons pas le temps de parcourir.
Des salles spécialisées reconstituent les caractéristiques de chaque période.
La salle byzantine montre surtout des éléments architecturaux : chapiteaux aux feuilles d’acanthe stylisées, simplifiées, des mosaïques, l’ Empire Romain n’est pas loin. Dans une salle on a reconstitué la Basilique St Tite de Gortyne avec une grande photo du chœur. Tite fut un disciple de Paul et le premier évêque de Crète. Ses reliques furent restituées récemment par Venise.
Les collections vénitiennes présentent de la belle vaisselle et la curieuse fontaine du Palazzo d’Ihar : une douzaine de godets disposés sur un mur vertical délivrent un filet d’eau dans un murmure harmonieux. Aux murs les armoiries vénitiennes. Des inscriptions en hébreu piquent ma curiosité : ce sont des pierres tombales. Il y a énormément de commentaires que nous n’avons pas le temps de lire. Nous aurions dû prévoir plus de temps !
Au 1er étage, les icônes de l’Ecole Crétoise sont somptueuses. Nous retrouvons le thème de la Vierge, source de vie, installée au dessus d’une fontaine comme à Aghia Triada.
Coïncidence : je viens de lire la relation de son passage à Sainte Catherine du Sinaï, de Nikos Kazantzakis dans la Lettre au Gréco , et justement dans une vitrine je découvre le tableau représentant le Monastère de Sainte Catherine par le Gréco. Petit tableau qui n’annonce pas encore ses tableaux espagnols amis qui n’est déjà plus une icône byzantine. Est-ce que Kazantzakis, natif d’Héraklion, connaissait ce tableau ?
fresque turque : port d'Héraklion
Une salle raconte la période ottomane avec des fresques turques, des chartes calligraphiées, et un paysage avec des cyprès naïvement alignés. Dans le couloir, des portrait des dignitaires turcs. La ressemblance physique avec les portraits des résistants crétois à l’oppression turque, est frappante !
De l’autre côté du couloir, une salle raconte les révoltes du 19ème siècle. On voit ces héros dont les portraits m’avaient frappée à Arkadi, des armes, bien sûr mais surtout un plat en faïence racontant le massacre au Monastère d’Arkadi.
Nous passons rapidement sur les faits d’armes des résistants à l’Occupation nazie. Je vois le nom de Fermor qui a joué un rôle important et cherche à trouver quelque trace de l‘écrivain.
Au 3ème étage on a reconstitué le bureau (ou la bibliothèque de Nikos Kazantzakis) Sur des portoirs sont exposées des traductions des œuvres dans toutes les langues.
Il y a aussi une exposition Elytis que je parcours distraitement. C’est en Grec (logique pour un poète grec) . Le gardien s’offre pour traduire mais je néglige cette aide et je le regrette aujourd’hui.
10h30, il reste tout juste une heure pour une promenade pressée dans les rues du centre de la ville. Je remonte au pas de course la rue 25 Avgoustou bordée d’agences de voyages proposant tickets de ferry et locations de voiture, boutiques de souvenir bon marché, rien de passionnant.
J’atteins l’église St Marc – logique dans une ancienne possession vénitienne qu’il y ait une église St Marc – transformée en galerie avec une exposition de photos que je n’ai pas le temps d’admirer.
Je passe devant l’église St Tite et l’Hôtel de Ville dans l’ancienne Loggia vénitienne ;
Fontaine Morosini
La fontaine Morosini est mon seul souvenir précis de notre passage il y a une douzaine d’années. Je rentre dans le petit marché qui occupe une rue piétonnière et qui ressemble à un souk oriental. Marché pour les touristes avec les éponges, loufas, herbes aromatiques, bidons d’huile…. Mais aussi fruits et légumes, fromages, quincaillerie.
Le terme de mon parcours est la fontaine turque Bembo qui se trouve au milieu d’une place occupé par un café. Des vieux messieurs, cheveux blancs et chapelets d’ambre sont assis. Ils feront très bien sur la photo !
Facile de rejoindre l’aérodrome. Nous sommes en avance !
Par la New Road, sans arrêt, sous un beau soleil nous sommes arrivées à Georgioupoli, station balnéaire équipée avec des hôtels nordiques, norvégiens, hollandais.
Le petit lac de Kournas se trouve 4km vers l’intérieur. Sur les cartes postales, il est ravissant. En vrai, il est bordé par une route. Soit des buissons de ronces, bambous, le cachent, soit une taverne a installé de grandes terrasses. Grandes tavernes avec menus dans toutes les langues y compris le Russe et l’Hébreu, attrape-touristes.
A l’Est de Georgioupoli s’étend une longue plage de sable fin sur une bonne douzaine de kilomètres.. C’est le domaine des hôtels-clubs gigantesques qui bordent la route. Fin avril, la saison n’a pas démarré la plage est nue. Comme les valises sont apparentes, on ne peut pas laisser la voiture n’importe où sur la route. Nous choisissons un « beach-bar » avec parking ombragé, pelouses vertes, restaurant, parasols et lits de plages bleus (gratuits aujourd’hui). Nous y passons trois bonnes heures.
– « Servez-vous à déjeuner ? »
– « oui »
– « Avez-vous des souvlakia ? – « pas encore ! »
– « Et des kalamares ? – non, plus, on peut vous faire du beefsteak (haché) ou des côtes de porc avec des frites, ou de la salade grecque ! »
Menu décevant, on préfèrera les restes de saucisson, fromage d’Eresos(brebis), olives et oranges, spartiate, mais plus typique et surtout moins cher.
Entre Rethymnon et Héraklion, la New Road est bordée d’une haie fournie de lauriers-roses. Miracle, c’est aujourd’hui qu’ils ont choisi d’exploser en floraison toute neuve vive, éclatante ! Chaque jour, la nature nous réserve une surprise !
Arolithos que nous avions découvert sous le vent et la pluie paraît encore plus beau par cette journée radieuse. On nous attribue la même chambre 1 qu’à l’aller. Nous sommes chez nous ! L’oranger a fini sa floraison, les caroubes invisibles il y a douze jours ont grandi. Je retourne au bar sur la terrasse refaire les dessins que je n’avais pas eu le temps de faire.
A17h, nous reprenons la route pour Phalassarna distante d’une soixantaine de km et que nous espérons atteindre en une heure. Nous remontons jusqu’à 500m d’altitude à Vathi. A l’entrée du village, des voitures sont garées sur tout le bas-côté, une fête ? Une cérémonie ? Un enterrement ? A la porte du cimetière, une table avec deux bouteilles, l’une de Metaxa l’autre de soda orange.
La route tourne, tortille dans la montagne, traverse des villages Kefali, Papadiana, Simochiana, Amygdokefali : quelques maisons accrochées dans le vide. Ils doivent avoir le caractère bien trempé, ces Crétois qui vivent dans une telle solitude, face au vent qui vient d’Afrique. Des chèvres déboulent sur la route. Appartiennent-elles à quelqu’un ? Elles paraissent si indépendantes ! A Sfinari, il y a une plage. La route domine la mer, 150m au dessous. Rien n’est prévu pour se garer sur le bord de la route, mais comme nous n’avons rencontré qu’une seule voiture en une heure on s’arrête quand même. En dessous, une bande de terre plate : des oliveraies. Au loin, une île. Une bande de nuages vient du large. Détour par Platanos, à l’intérieur des terres. Au village de Phalassarna se trouve une plage et quelques hôtels.
Quais antiques
Le site de la ville antique de Phalassarna se trouve à l’écart sous les contreforts de la péninsule de Gramvoussa. Nous arrivons à 19h. La lumière est intense, orange, arrivant de dessous les épais nuages accumulés au sommet de Gramvoussa. Munie du dépliant qu’on nous a donné au musée de Kissamos, je pars à la découverte du site ouvert mais sans explication. Des chemins bordés de cailloux conduisent aux points d’intérêt : gros blocs taillés d’un bâtiment indéterminé, plus loin des ruines plus parlantes : un qui avec des anneaux de pierre pour attacher les bateaux (le rivage est monté de 8m depuis l’Antiquité. Des souvenirs du port phénicien de Mozia en Sicile me reviennent . Des blocs ont été évidés curieusement : ce sont des réservoirs à poissons selon le papier, poissons vivants ? Aquariums ou viviers ? Étal de marché ? Près de l’eau une belle tour est encore imposante.
Arrêt à Marinopoulo (Carrefour) de Kissamos très bien achalandé contrairement aux supermarchés de Kato Galatas aux environ de notre hôtel.
Dernière soirée sur notre balcon face au petit port. J’écoute la musique grecque que la station de télévision locale de Kissamos nous offre : toute la semaine elle a diffusé en boucle un spectacle pascal (sur-imprimé sur l’écran « Christos Anesti », musique vivante de chanteurs, lyra, violons, danses dans une taverne de Kissamos. Cette station a égayé nos soirées.
Le monastère de Hrisokalitissa est perché sur un haut rocher. De construction vénitienne, austère, il ressemble plus à un fort qu’à une église. Des bâtiments de ciment blanc l’encadrent. Personne ‘est assis à la table où un écriteau annonce le prix d’entrée. Je monte les marches d’un escalier chaulé de blanc. La porte est bleue, soignée, entrouverte. Le Musée n’ouvrira ses portes qu’après le 1er mai. L’église est ouverte : iconostase moins clinquante que dans les monastères que nous avons visités avant.
plage d'Elafonisi
La plage d’Elafonissi est célèbre. En été les grands parkings doivent être bondés, aujourd’hui c’est acceptable. La plage et l’île sont sous la protection de Natura2000 . On accède donc par des cheminements de planches et des cordes protègent la végétation, tamaris. L’île d’Elafonissi et un cordon de rochers brisent les vagues. On peut aller à pied en traversant un lagon d’au turquoise. Il faut se guider à la couleur, si l’eau est trop bleue, c’est plus profond ; on se mouille à mi-cuisse. Sur l’île des cordes, encore, freinent le piétinement (tout le monde n’est pas forcément discipliné). Pas de parasols, pas de restaurants, le sable est préservé. Toutes les nuances de bleu et de vert se fondent au gré des vagues, de la profondeur de l’eau ou de la présence de rochers C’est un rose délicat, presque corail, inlassablement roulé par la vague. Le vent l’a recouvert en amont d’une couche fine blanche J’avais remarqué à Bali et à Stavros un peu de ce rose que j’avais pris pour de la brique pilée. D’où vient ce rose étonnant ? J’ai posé la question sur les forums : quelqu’un m’a répondu que c’est la présence de la nacre des coquillages qui donne cette teinte. Mais cette réponse ne me satisfait pas.
Sur la vieille route, nous bifurquons vers Topolia : la route suit la vallée d’une rivière orientée N/S d’Elos jusqu’à la mer en creusant des gorges impressionnantes. De Koutsomados à Topolia, une randonnée dans les gorges est possible. Vu de la route le ruisseau est bien en eau et après mes mésaventures des Moulins, je préfère ne pas tenter de peur que le chemin ne soit inondé.
Après le tunnel de Topolia : sur la droite, un escalier dallé conduit à la Grotte de Sainte Sophie .la grotte est transformée en église avec des bancs, des images pieuses. Des flèches invitent à un parcours plus profondément. On a même mis à la disposition des visiteurs des lampes-tempête, mais pas les allumettes qui vont avec (les Grecs fument). Prise de cours, je descends à regret.
Nous quittons la route à Vlatos pour monter à Milia, village abandonné transformé en hôtel écolo. Une route traverse une campagne boisée sur 4 km puis, suivant les flèches, nous tournons sur une piste carrossable mais impressionnante qui grimpe au flanc d’une montagne couverte de maquis vert et fleuri, genêts, ajoncs, sauge, bruyère. A un tournant trois arbres de Judée en fleur se détachent, au fond, la mer. Au creux d’un vallon, le village est invisible. Les maisons de pierre accrochées à la pente se confondent avec elle. Les toits sont en terrasse, on marche sur le toit pour accéder à la maison suivante pour découvrir des courettes, des jardinets, une glycine luxuriante. L’endroit est frais, verdoyant, charmant, écolo mais trop chic et sans doute trop cher pour nous ! Nous prenons place à la terrasse du restaurant face aux sommets enneigés des montagnes blanches. La vue est grandiose. On aimerait revenir une nuit ou deux randonner dans la forêt, regarder planer les rapaces…
Le chemin du retour en descente est un peu inquiétant. Pour ne pas se laisser embarquer par la pente, on roule à très petite vitesse et le trajet semble interminable.
Pique-nique près d’une fontaine dans un virage en épingle à cheveux. Au flanc de la montagne l’Université de Crète et du Land de Bavière on planté en 1977, un arboretum : la Forêt de la Réconciliation créto- allemande après tant de morts dans la bataille entre la Résistance crétoise et l’occupant nazi. Les relations Gréco-Allemandes sont certes, complexes et méritent une forêt !
La route d’Elafonissi passe par le village d’Elos (560m), village de la châtaigne. Les châtaigniers sont souvent très vieux, arbres creux, qui paraissent à moitié morts sans doute parce leurs feuilles ne sont pas encore sorties.
Après Elos, nous sommes sur le versant sud de la Crète, regardant la Mer Lybique, plus abrupt, plus aride, aussi. La garrigue est moins dense, moins verte, la roche souvent apparente. Les arbres disparaissent ou plutôt, rétrécissent. Les buissons sont faits de chênes verts aux feuilles dures et vernissées. Quand un ruisseau coule, une rangée de platanes épouse son lit. Les petits villages accrochés à la montagne : Vathi, Plokamiana, Stomio, ont quelques maisons de pierres sèches que le ciment n’a pas encore noyé. De quoi vivent donc les gens ici ? Quelques vignes, quelques oliviers, des chèvres partout. Plus bas, le long de la mer brillent les serres où les tomates poussent en hauteur. Hors sol ? Les tomates de serre m’énervent. Elles déçoivent, privée du soleil, du terroir, du goût. Il fait pourtant bon, 26° en avril. Les tomates que j’achète ici sont banales. En revanche les concombres, bien frais, petits, croquants sont délicieux.
Nous arrivons sur la côte à Stomio, la Mer Lybienne est bleu profond, agitée de petites vagues. Côte venteuse, aride, rocheuse que le tourisme n’a pas encore altérée.
Le musée archéologique de Kissamos occupe le Palais du gouverneur, maison vénitienne sur une place animée non loin de la mer. C’est un musée modèle de pédagogie. Les objets en sont pas présentés seuls : ils sont mis en scène, photo des fouilles, on les découvre avec les yeux des archéologues. Une photo de fresque, ou de bas relief montre l’utilisation antique de l’objet, souvent une poterie banale qui prend de l’intérêt ainsi mise en évidence. Même présentation pour els cornes de la chèvre sauvage (bouquetin ?) la Krikri, figurée estampée sur un vase.
Les objets proviennent soir de Kissamos, de Phalassarna, sur le bord de la mer ou de Polyrrhenia, situé sur une colline plus au sud. Je m’intéresse particulièrement à Phalassarna que nous visiterons ce soir. : cité-état du 6ème avant JC, puissance navale détruite en 67 av JC par les Romains puis en 365 après JC par un séisme.
Dans les bains Romains de Kissamos on a trouvé des marbres d’une grande finesse : un petit Pan et un satyre. La belle statue de jeune fille venant de Polyrrhénia m’a aussi plu. On a installé à l’étage le chef d’œuvre du musée : une magnifique mosaïque de Dionysos qui vient de Kissamos-même. Au centre : un char tiré par des tigres, tout autour se déroule une chasse au sanglier, les chiens sont particulièrement bien représentés. Deux garçons ailés (des amours ?) capturent le sanglier. De l’autre côté de la salle, sur la bordure symétrique on a figuré le retour de la chasse et le banquet qui a suivi.
Une salle est consacrée aux amphores : un schéma explique comment on les empilait dans la cale du navire. 3 facteurs favorisaient le commerce des vins : La Pax Romana, la forte demande de vin en Italie, la place stratégique de la Crète dans les routes commerciales.
La dernière salle raconte le séisme (8.5 Richter) suivi d’un tsunami jusque dans le Delta du Nil. On voit un marbre de jeune homme tel qu’il a été retrouvé, écrasé par un bloc et les photos d’un homme retrouvé écrasé dans sa cuisine.