La Montagnola est un petit massif aligné Nord/ Sud à l’Ouest de Sienne. Au programme des visites : trois monastères dont deux ermitages. Ermitage de Lecceto
L’ermitage de Lecceto est le plus difficile à trouver. Sur la carte, il ne semble situé sur aucune route. On erre dans les petits pays en lisière de Sienne. On demande. Tous les gens connaissent Lecceto mais leurs indications sont plus ou moins fiables. Nous tournons en rond avant de trouver le chemin de cailloutis, qu’ils appellent « une route blanche ». Nous grimpons dans un bois de chênes sûrement plus que centenaires. L’ermitage est un véritable monastère, ce n’est pas un monument ouvert à la visite. Des pancartes invitent au silence . Nous entrons sur la pointe des pieds dans le cloître vide. C’est un très beau cloître planté de cyprès de paliers à l’ombre d’une belle tour carrée en pierre blanche ornée de mâchicoulis et couverte d’un toit .De nombreux jeunes hommes entrent et sortent certains habillés en civil d’autres en robe blanche. Le crucifix est bizarre : le Christ de bois est penché vers l’avant. C’est une statue grossière évoquant presque le sadomasochisme.
Lecceto ermitage caché dans la Montagnola
San Leonardo al Lago
Dans cette montagne sauvage, pourtant proche de Sienne, aux chênes impénétrables il y a un autre ermitage en haut d’un sentier très pentu : San Leonardo al Lago. Le bâtiment est austère, l’église très haute, fermée, le cloître, en ruine. Pas d’animation, pourtant, un écriteau invite à sonner pour la visite guidée.
Le troisième monastère du dépliant devrait être le plus beau (photo d’un cloître sur 3 niveaux à décors noirs et blancs). Malheureusement nous arrivons trop tard : il ferme à 12h.
Ses soufflards : la géothermie, pourtant écologique, n'est pas très décorative!
Longue route pour contourner les Monts Métallifères
Nous avons tellement tournicoté à la recherche des ermitages que je ne sais plus où est le nord, le sud, l’est et l’ouest. Le plus simple serait de prendre la 4voies de Sienne à Colle puis la route de Volterra. Dommage de revenir à notre point de départ!
J’improvise donc le contournement de la Montagnola. Impossible de couper. Il faut donc partir plein sud vers Grossetto pour remonter au nord. La Montagnola n’est pas le seul obstacle naturel. Beaucoup étendus sont les Monts Métallifères. Ce ne sont pas de hautes montagnes : les sommets culminent vers 600m. Pourtant, ils forment une barrière incontournable. Les paysages sont monotones : forêts très denses, peu d’échappées. Pas de village pendant des dizaines de km. Et cette route qui ne cesse de tortiller! Sur les pancartes je repère la distance qui nous sépare du prochain carrefour (bivio). 4 km me paraissent une éternité. L’aiguille du compteur de vitesse semble se coincer entre 30 et 40. Je n’ose plus compter les kilomètres qu’il reste à parcourir. Je ne sais quel itinéraire choisir : la « grande route » qui conduit à Massa Marittima mais qui nous fait descendre beaucoup trop au sud? ou au contraire tenter de traverser les montagnes par une route toute petite?
Lardarello
Lardarello : bouche de l’enfer d’où s’échappent des fumerolles malodorantes. Hier lors de la visite du Musée de la Géothermie à Radicondoli, je n’imaginais pas l’ampleur des captages de ces fumerolles. Des énormes cheminées grises comme des cheminées de Centrales nucléaires, des kilomètres de canalisations en métal inoxydable parcourent la montagne. Les tuyaux se regroupent, se superposent, se chevauchent. Paysage industriel très moche. Et pourtant, c’est l’énergie la plus naturelle, la plus écologique. Nous finissons par retrouver un paysage plus paisible avec des villages perchés.
Arrivée à Casale Marittimo
Encore 6km et nous arrivons à Casale Marittimo.
Comme nous le craignions, nous sommes déçues par la résidence Poggetto : complexe résidentiel moderne. Autour d’un bâtiment carré au toit en pente, des appartements sont alignés sur des terrasses. La piscine est minuscule.
Il fait déjà très chaud . Le distributeur automatique d’essence avale les deux billets de 10 € refuse de délivrer le carburant. Je vais protester au bar voisin. La serveuse téléphone au pompiste qui vient nous dépanner. C’est vraiment très sympa !
Autour de Volterra, les collines sont dorées par les chaumes. La moisson est terminée, les grosses bottes rondes sont déjà rentrées.Les pentes sont en argile grise ravinée comme dans la Région des Crêtes, en moins pittoresque, pas de fermes perchées ni d’allées de cyprès.
Nous reconnaissons Volterra avec ses tours et sa coupole.
San Francisco : fresques de Sodoma
Une chapelle de l’église San Francisco est décorée de fresques parSodoma représentant l’histoire de la Vraie Croix. Les fresques couvrent les murs et le plafond. Décidément Sodoma n’est pas mon peintre préféré. Les personnages sont expressifs. La naïveté des fresques plus anciennes me touche plus. Les décors sont moins colorés il y a moins de détails.
Baptistère et Duomo
Les rues sont désertes. On découvre de jolis passages, des échappées par les portes de la ville sur la campagne. Promenade tranquille pour arriver au Duomo dont la façade romane est plus sobre que celles de Sienne ou de Florence. Ici aussi, un Baptistère octogonal à rayures blanches et vertes. C’est la messe, on ne peut pas voir les détails des tableaux.
Place dei Priori
De là, nous rejoignons la Place dei Priori avec l’Hôtel de Ville, son beffroi et de hauts palais aux belles fenêtres à colonnettes géminées. Air de déjà-vu : est ce le souvenir ancien qui surgit ou la ressemblance avec les places des autres villes que nous venons de visiter ?
Musée Étrusque
Le Palais Guarnacci renferme le Musée Etrusque
Luxe : je me paie un audio guide. Dans les premières salles : des urnes de poterie conique de l’âge du bronze et de l’âge du fer, rasoirs, fibules, haches décorées : tout un artisanat très élaboré. Rien d’étonnant dans cette région des monts métallifères .Les urnes sculptées en albâtres retiennent toute mon attention. Les personnages à demi -couchés comme pour un banquet sont très différents des Grecs ou des Romains . On imagine le caractère du défunt : le sculpteur a ait œuvre de portraitiste. Les femmes sont très nombreuses : chez les Étrusques, elles participaient à la vie sociale et étaient présentes dans les banquets. Sur les côtés de l’urne les décors sont très élaborés. Certains thèmes sont récurrents : l’Adieu du défunt à sa famille ou à ses amis, le voyage au Royaume des Morts est souvent effectué à cheval en compagnie d’un serviteur, Combats avec les monstres du Royaume des Morts, et aussi scènes de la mythologie grecque. L’Odyssée ou le Minotaure ont beaucoup inspiré les sculpteurs étrusques.
Encore une fois, il faut envisager une civilisation du point de vue de son originalité (égalité homme/femme) mais aussi en fonction des échanges avec les civilisations voisines : Rome et la Grèce.
Les spécialistes verront les spécificités étrusques, moi, je vois les ressemblances avec des modèles connus.
Dans le monde méditerranéen, les échanges étaient incessants (même réflexion dans les musées phéniciens de Sicile !) Les chefs d’œuvres du musées sont très bien mis en valeur au premier étage : Urne des Epoux, l’homme et la femme vieillissants en terre cuite, criants de vérité. Une curieuse statuette allongée au nom très poétique de l’Ombra della Sera, presque un Giacometti. Cette statuette ne ressemble à rien de connu, sauf peut être à d’autres statuettes votives de bronze. Je suis restée près de deux heures dans le musée. Si Dominique ne m’attendait pas je serais sûrement restée plus longtemps.
Nous avions rendez vous sur la Place dei Priori avec le projet de nous asseoir à la terrasse . J’aurais pris un café glacé. J’attends ce café depuis le début des vacances !
Au pied des remparts, un petit théâtre romain est bien conservé avec son mur de scène décoré de colonnes corinthiennes. Il ne reste plus que les fondations d’un établissement de thermes. L’acropole étrusque est malheureusement fermée à cette heure matinale. Elle est tellement perchée qu’on ne recommencera pas la montée plus tard sous la chaleur.
Tout près, la Forteresse Médicis avec quatre tours rondes et un grand mur, domine la vallée surveillant le côté Nord Est.
Pinacothèque
La Pinacothèque est installée dans un joli palais. Peu de tableaux mais bien mis en valeur et bien expliqués. C’est ainsi que j’apprécie le mieux. Comme je suis la seule visiteuse, je peux rester longtemps devant chaque tableau à chercher les détails du paysage, les ornements des costumes.
Je commence à me familiariser avec les peintres toscans. Je retrouve avec plaisir Ghirlandaio que j’avais découvert à l’exposition Botticelli, avec plus de surpriseSignorelli dont j’avais très modérément apprécié la fresque du Monte Oliveti Maggiore. Le clou du musée est la Déposition de Croix de Rosso Fiorentino éclatante de couleurs, rouge orange vif sur fond d’azurite. Aucun décor de campagne de ceux qui font en général mes délices, le tableau est théâtral et s’apparente à ceux d’Andréa del Sarto.
Je suis contente d’arriver à distinguer certains styles ainsi que le sujet de la plupart des scènes religieuses. Cela me rend plus disponible pour observer les détails : les ailes si fines de l’Ange de l’Annonciation de Signorelli. Bizarre ! Une girafe se promène dans le paysage de Ghirlandaio. Que fait donc cette girafe ! J’ai peut être la berlue !. Plus je vois des tableaux et des fresques et plus je les apprécie. Je suis contente de retrouver un peintre, de me consacrer aux détails de la vie quotidienne, de chercher et trouver des ressemblances. C’est comme apprendre une langue étrangère. Au début, je me contente du sens général : les personnages, l’auteur. Puis viennent les détails, les correspondances, la syntaxe…Il manque la phase d’assimilation. Après viendront les symboles cachés, mais je n’en suis pas encore là.
Albâtre
J’ai cherché le Musée de l’Albâtre. En désespoir de cause j’ai demandé mon chemin dans une salle d‘exposition d’un magasin d’albâtre:
– « non c’e piu ».
Le travail de l’albâtre est tout en transparence et en finesse. Les formes sont contemporaines très épurées. Elles me font très envie. Nous avons acheté nos cadeaux : des plateaux à fromage en pierre verte avec une rainure et le fil pour couper le fromage.
Balze
Il nous reste une curiosité à ne pas manquer à Volterra : le Balze, le ravin d’argile qui a englouti une partie de la ville, des nécropoles étrusques, une église. On voit les lentilles de décollement, les ravinements gris qui tranchent sur les chaumes. Et encore des haies de cyprès en zigzag. Cela ressemble au paysage des Crêtes.
Le camping où nous étions en 1983 se trouve juste derrière le Balze. Nous effectuons notre pèlerinage, retrouvons l’emplacement de notre tente. La tente -château était toute neuve cette année là!
Il fait très chaud, heureusement, il n’y a personne à la piscine de Poggetto . Nous avons installé les chaises longues à la meilleure place face à la mer. Le vent souffle. L’eau de la piscine rafraîchit bien. je compte mes 50 bassins’(très petits bassins). Agréable après-midi à lire le Monde et à nager.
Casale Marittimo
Vers 18h, visite de Casale Marittimo, notre village perché, admirablement bien situé en vigie sur la plaine et la mer. L’air est saturé d’humidité, ce soir, on ne voit pas les îles. Le village n’a pas de monument particulier. Lacis de ruelles et de passages couverts. Ce qui m’enchante le plus : les maisons qui enjambent les ruelles. Et aussi une plaque de marbre datant du XIX siècle qui explique les unités du système métrique.
La crique de Populonia forme un cercle presque parfait. L’eau y est très calme et transparente. Je retrouve ici le plaisir de la baignade en Méditerranée. Dommage que je n’ai pas pris mon masque ! Une petite marina a été aménagée à côté d’un hôtel, grande bâtisse rose très belle.
Populonia : Acropole
chateau fort perché à Populonia
La route monte très raide parmi les chênes pour arriver au village perché de Populonia sur le site de l’Acropole antique. Très belles vues sur la crique ronde et l’eau bleu profond.
Le village est dominé par un très beau donjon carré avec créneaux et mâchicoulis qui se détache sur le vert de la forêt et le bleu intense du ciel. On entre dans le village par une arche. L’unique rue est occupée par des boutiques de souvenirs, galeries de peinture et un unique bar où je mange une glace (le déjeuner, il est près de 15h) je commande enfin le caffe freddo que j’attends depuis longtemps. Décevant ! Peu de mousse pas de glaçons !
Nous poursuivons la visite archéologique sur l’Acropole. Les fouilles ont dégagé un temple étrusque construit en très gros blocs dessinant un rectangle. Une belle rue dallée descend, la rue romaine se superpose à une rue préromaine avec rigole pour récolter l’eau de pluie qui se déverse dans des citernes. Adossées au rocher, de belles arcades d’une construction romaine la villa delle Logge. On ne peut pas y accéder, des fouilles s’y déroulent. Le gardien, très aimable, nous commente la photo d’une très belle mosaïque à motifs maritimes représentant le naufrage d’une barque au milieu de poissons, poulpes, crabes. Les fouilles récentes remettent en cause l’existence de la villa. Ce serait plutôt un sanctuaire, la mosaïque dans le bassin serait un ex-voto.
Plage de Remigliano
Nous terminons cette excellente journée par une baignade sur la plage de S Vincenzo de l’autre côté du parc de Remigliano. Longue plage de sable. Les estivants sont dispersés. On ne se gêne pas. Le sable est assez fin. Des boulettes d’origine végétale jonchent la plage. On dirait qu’un énorme troupeau de dromadaire a laissé d’innombrables crottes
Négligeant la 4voies S1- Aurelia, nous prenons la SP20,l’ancienne Aurelia (c’est écrit sur les maisons rouges des cantonniers), bordée de platanes et surtout d’énormes buissons de lauriers roses qui embaument. Des allées de pins parasols mènent à de belles demeures.
Traversons San Vicenzo et trouvons la route de Campiglia Marittima qui tourne le dos à la mer et grimpe dans les collines.
Le parc Archéominier San Silvestro est bien indiqué . Comme l’autre parc archéologique, il ouvre à 10h . La première visite guidée est à 10h30. C’est un horaire idiot : le parc a balisé six itinéraires de randonnée dans le maquis. Après 11h, il fait beaucoup trop chaud pour partir pour une expédition de plusieurs heures sans ombre en montagne.
La mine
mine de san silvestro
La carte de fidélité obtenue à Populonia offre une réduction de 50%(6€au lieu de 12).
Pour visiter la mine, on nous équipe avec des casques jaunes et les cirés habituels. Nous marchons dans une galerie confortable qui s’enfonce d’abord dans le calcaire à ammonites puis dans un autre calcaire plus ancien clair pour arriver dans les zones minéralisées d’une roche foncée parfois noirâtre parfois oxydée en orange jaunâtre, la limonite servant d’indice pour les minerais de fer.
Les différents affleurements : limonite, goethite, pour le fer, hedenbergite en faisceaux rayonnés forment des couches qui ondulent,je découvre des minéraux : Ilvaïte (le nom vient de l’île d’Elbe)- blende, galène pour le plomb argentifère (exploité plus pour l’argent que pour le plomb). Egalement cuivre natif, chalcopyrite, malachite et chrysocolle. Il y a également de l’étain mais je n’ai pas reconnu la mâcle caractéristique de la cassitérite.
Rien que pour l’aspect minéralogique, cette visite est passionnante. Couleurs presque fluo de la limonite jaune et du chrysocolle bleu. Ne pas toucher au chrysocolle! on empêcherait que la concrétion ne continue de se former.
Une exploitation très ancienne
La conférencière nous parle de l’exploitation minière commencée aux temps des étrusques poursuivie au Moyen Âge et fermée seulement à la fin du 20ème siècle. Les techniques n’ont pas varié de l’âge de Bronze, jusqu’au17ème siècle, à la main, au foret, au marteau et au burin. Un mineur avançait dans le filon de 20 cm par jour. Les galeries étaient très étroites. Très récemment, on a boisé les galeries avec du châtaignier. Le châtaignier n’est pas le bois le plus résistant à l’eau mais il a la caractéristique d’émettre des craquements qui préviennent les mineurs du danger.
Carrières
A côté de l’activité minière proprement dite, la montagne est aussi creusée de différentes carrières : calcaire pour la construction et le ciment. Des wagonnets passent au dessus de la route à San Vicenzo comme à Grenoble. Exploitation du granite porphyroïde. musée, centre d’Interprétation
La géologie de cette région est particulièrement compliquée. Le petit musée présente des coupes extrêmement variées et compliquées dans des terrains sédimentaires (calcaires et argiles) avec de nombreuses failles et intrusions magmatiques. Je les ai regardées avec curiosité mais sans trop y comprendre tant les terrains m’ont parus chahutés. A cela, se rajoute une érosion karstique dans le calcaire.
Le Musée présente de belles collections de minéraux. Pour les cartes il faudrait les interprétations d’un géologue.
la colline et la forteresse
La deuxième partie de la visite est historique. Un autobus nous emmène dans la colline (environ 300m d’altitude. Il faut encore gravir une belle montée sur un sentier très raide à travers le maquis pour atteindre la forteresse Rocca San Silvestro .Il ne s’agit pas d’un château comme on pouvait le supposer de loin, mais d’ un village fortifié. Les minerais de cuivre, de plomb argentifère excitaient la convoitise des seigneurs et des villes de la région. En effet l’argent et le cuivre servaient à battre monnaie aussi bien à Florence, Pise qu’à Naples ou Venise. Les seigneurs ont donc fortifié le village et construit une tour de guet sur ce piton rocheux dominant la campagne.
le grand pressoir à huile pour l'éclairage domestique et dans la mine
Le village a été habité du 10ème au 13ème siècle. Ensuite, il a périclité à la suite de la peste mais aussi en raison du manque d’eau. L’utilisation de la force hydraulique s’est généralisée à cette époque et le travail entièrement à la main n’était plus compétitif.
Le village est entouré de deux enceintes, la première, la plus haute du 10ème siècle, la seconde, plus basse, mais équipée de merlons. Le chemin de ronde compris entre les deux murs servait de lieu de rencontre. Pas de place du village sur un tel rocher. On a retrouvé une sorte de « marelle » gravée en deux endroits sur le dallage. En contrebas, les maisons des mineurs et des ouvriers travaillant dans les forges avaient une très petite surface, en moyenne 27m2 au sol. Dans les murs on voit les traces des poutres : la maison avait un étage ; au rez de chaussée vivaient sans doute les animaux. On a retrouvé les emplacements des fours et des forges. A l’extérieur des murs, les forges pour le fer. Le fer était moins prisé que le cuivre ou l’argent. Les habitants pouvaient se fabriquer les outils dont ils avaient besoin. A l’extérieur aussi, le four à pain, four communal. Dans les murs, en revanche, les fours à ciment et à céramique ainsi que les fonderies du plomb argentifère.
L’église, très simple, fut construite avec beaucoup de soin. Les pierres sont taillées, le sol revêtu d’un mélange de marbre et de ciment rouge. Le même mélange servait à l’étanchéité de la grande citerne. En dessous de l’église : un gros pressoir à huile : 5000l d’huile étaient fabriqués chaque année. L’huile était utilisée pour l’éclairage- éclairage des galeries de mine. Dans ce village tout se rapportait à la mine.
Vers le sommet : la maison des seigneurs, plus grande et plus soignée. Les seigneurs devaient habiter ailleurs, dans un endroit moins inconfortable. Enfin, posée sur le sommet : la tour de guet qui servait aussi de magasin.
Nous avions prévu de rentrer à pied par un itinéraire balisé d’un peu mois de deux heures de marche. A la fin de la visite, il est déjà 13h et il fait une chaleur accablante. Nous voyons de loin le sentier qui monte dans la montagne pelée. Sans espoir d’ombre nous renonçons à la promenade. Le retour en car est la solution de facilité. Je regrette cette occasion de marche perdue. Si le Parc avait été ouvert à 8 ou 9 heures, nous aurions pu marcher dans la fraîcheur du matin. Cet horaire tardif est le seul reproche qu’on puisse faire à ces parcs archéologiques. En Italie, les vacanciers se lèvent fort tard. Les visites avant 10h30 qui ne font pas recette et ont été supprimées. Tant pis pour les randonneurs ! A ce détail près, l’organisation de ces parcs modernes est tout à fait remarquable : accueil parfait, en plusieurs langues (j’aurais pu prendre un audio-guide en anglais à la mine). Les explications très fouillées aussi bien pour les enfants, les profanes que les spécialistes : jolies maquettes, panneaux illustrés, collections très bien présentées. Tableaux sur le cycle de la métallurgie du fer, du cuivre ou du plomb argentifère avec formules chimiques à l’appui .Au Centre de Documentation des livres de tous niveaux peuvent être consultés. Les deux restaurants sont agréables. Tout est prévu.
Campliglia marittima
Campiglia Marittima (comme Casale Marittimo) est située assez loin de la mer. C’est aussi un village perché avec des murailles, un bel Hôtel de Ville aux murs couvert des blasons, une jolie placette et des restaurants, des ruelles étroites et une vue merveilleuse sur la plaine et les îles au loin.
Arezzo est une ville de 90 000 habitants. Le centre historique est enclos dans des murailles. Contrairement à Florence ou Sienne il semble beaucoup plus habité. Plus de voitures, moins de boutiques de souvenirs, très peu de touristes.
Les Italiens font la grasse matinée le dimanche matin. . Une dame revient avec le pain. Quelques autres vont à la messe. Le ciel gris accentue l’impression de ville endormie. Nous montons sur le point le plus haut de la ville, pour avoir une vue d’ensemble qui nous permettra de nous orienter.
pietra serena
Arezzo est construite en grès gris très fin : la pietra serena qui semble fragile à l’érosion :les palais s’épluchent par plaques.
Le haut de la colline est occupé par une forteresse Médicéenne (encore une !) et par un jardin public « orné » d’une hideuse statue de style mussolinien(1928) où on reconnaît Pétrarque, la Louve Romulus et Rémus, SPQR, une espèce d’Ange piétine une tête de mort, des soldats . Tout cela est bien blanc, bien lourd. La vue sur la campagne est très étendue. Nous repérons la Cathédrale toute proche San Domenico (recommandé par nos guides).
Duomo et autres églises
La Cathédrale, en grès fin, est comme neuve. On a dû la restaurer. Son porche s’orne de fines colonnettes torsadées ou ornées de rosaces en bon état. Comme le guide dit qu’elle est Néo-gothique, j’en conclue qu’elle date du 19emesiècle. On célèbre la messe, nous ne nous attardons pas.
cimabue
Nous avons plus de chance à San Domenico : les portes sont ouvertes. L’œuvre principale est un crucifix de Cimabue qui vient d’être restauré. J’ai déjà entendu le nom deCimabue mais aucune image ne vient à l’énoncé de son nom. J’espère que je me souviendrai de es visages douloureux encore qu’un peu stylisés apparentés aux byzantins. Sur les murs, presque effacées, des fresques de l’école de Duccio (de la Maestade Sienne). Sans aucun commentaire, je trouve une jolie Annonciation et des anges musiciens. Nous avons vu tellement de fresques que maintenant nous pouvons reconnaître de nombreuses scènes des Écritures (pas de la vie des Saints) et même voir des correspondances.
La messe est terminée à la Cathédrale. Nous suivons un groupe d’Italiens avec un guide pour trouver les œuvres désignées par les guides. Les vitraux de Guillaume Marcillat sont unanimement loués mais personne ne signale qu’il a réalisé les fresques dont le plafond est couvert.Je me démanche le cou mais la nef est vraiment trop haute et l’éclairage insuffisant. Sans la conférencière des Italiens, nous n’aurions pas trouvé la petite fresque de Marie Madeleine de Piero della Francesca. Première rencontre avant d’aller voir les fresques fameuses.. Dans une chapelle nous voyons des sculptures de l’école des della Robia. Nous sommes maintenant habituées à les reconnaître. Je me souviens de la première à la Certosa de Galluzzo !
Maison de Vasari
Cieu bénissant la semence d'Adam
Dès le premier jour à Florence, nous avions fait la connaissance de Vasari au Palazzo Vecchio. Ensuite, soit comme architecte, soit comme critique d’art, ce personnage nous a accompagné tout le mois. Fernandez et l’auteur de l’énorme guide de Florence s’y réfèrent constamment. J’ai donc été ravie de visiter sa maison.
C’est l’occasion de franchir la porte de ces façades sévères. Surprise d’y découvrir également un joli jardin aux bordures de buis ombragé de tilleuls, qui embaument. Vasari a décoré toute sa maison de fresques.
Le plafond de la première salle représente la Renommée et la Fortune piétinant la Mauvaise Réputation, dans la seconde ce sont les Muses. . Dans la Chambre Nuptiale, Abraham présente sa progéniture à dieu le Père qui les bénit pour porter chance. Cela n’a pas marché. Vasari est resté sans héritier. La salle de Cérès est très vaste. Dans cette allégorie mythologique on reconnaît la Lune le Soleil, Saturne, Mars Jupiter Apollon autour du plafond à caisson. Il y avait déjà ces mêmes représentations au Palazzo Vecchio. Les murs sont plus extraordinaires. Vasari a conçu cette salle à sa propre gloire vantant tous ses talents de peintre, d’architecte, de sculpteur et d’écrivain. Dans une porte en trompe-l’œil, Vasari s’est représenté, ses lunettes posées à côté de lui. Je n’ai jamais vu une telle sophistication. Je repense à notre visite au palazzo Vecchio où figuraient les mêmes allégories Muses Dieux de l’Antiquité. Cette fois ci elles ne sont pas à la gloire des Médicis mais à la propre gloire de l’artiste. J’avais été un peu abasourdie, ne sachant pas où donner de la tête. Aujourd’hui cela paraît plus simple. Peut être avons nous appris quelque chose pendant ce mois ? Une autre visite de cette maison aurait pu être l’examen de toutes les toiles accrochées sur les murs.
Entre temps les rues se sont peuplées de touristes. Nous découvrons la rue principale bordée de Palais et de belles façades. La municipalité d’Arezzo a installé des plaques bilingues détaillant l’architecture et l’histoire de tous ces palais ?
Curieuse anecdote du puits
Sur une petite place un joli puits a une curieuse histoire. Une femme harcelée par son mari jaloux décide de le punir en prenant un amant. Elle fait boire son mari et, chaque soir, rejoint son amant pendant que son mari dort. Un soir, le mari découvre le stratagème et ferme la porte. La femme ne pouvant rentrer chez elle, invente une nouvelle ruse : elle lace un objet très lourd dans le puits faisant croire qu’elle s’y est noyée. Quand son mari sort pour voir, il laisse la porte ouverte, lui permettant ainsi d’entrer. Ce genre d’histoire me ravit.
Nous nous promettons d’aller voir la Maison de Pétrarque, natif d’Arezzo, la prochaine fois.
Piazza grande, côté Renaissance loggia dei Laici
La belle place en pente d’Arezzo est une véritable surprise. J’avais imaginé une réplique de celle de Sienne ou de Volterra. Celle ci st encore très différente. Il est midi. La pluie commence à tomber.
Rendez-vous au parcheggio du torrente Loreto. Nous trouvons le ruisseau ( torrente), pratiquement à sec, mais pas le parking !
Une dame qui arrosait ses fleurs, me fait traverser la route très passante (Arezzo-Pérugia) pour me montrer le parking.
Visite privée : nous sommes seules. Notre guide est une archéologue américaine, sur son badge : « dottore », en anglais donc. Les conférences en Italien m’amusent mais je suis incapable de poser des questions précises. Comme la visite sera un dialogue, l’anglais me convient parfaitement.
Le premier tumulus est encore plus imposant que celui de la tombe des chars de Populonia. Des chênes centenaires masquent le dôme de terre. On ne voit pas non plus le tambour de pierre. Les archéologues ont dû creuser sous le niveau du sol. Ce tumulus comporte plusieurs chambres. Il a été utilisé pendant longtemps: durant six siècles les habitants de Cortona ont pris l’habitude de se faire enterrer ici, Étrusques ou Romains, ou autres.
La structure circulaire a été dégagée pendant les différentes fouilles ainsi, récemment, qu’une sorte de plate-forme (un autel ?) précédé d’un escalier monumental. De grosses palmettes sculptées dans le grès servent de rampe. Des sculptures ornent la base de l’escalier : l’une d’entre elles est bien reconnaissable : un guerrier luttant avec un fauve. Cette tombe est contemporaine de celles de Populonia (VI ou VIIème siècle). Ces tumulus étaient construits à proximité d’un grand axe de circulation devenu la Via Cassia. Ils étaient visibles de la route et marquaient ainsi le prestige du dignitaire et de sa famille. Comme à Populonia, inhumation et crémation ont coexisté. Des fouilles récentes ont mis à jour des objets très nombreux sauvés des pilleurs de tombes grâce ou à cause des inondations du petit torrente. Des bijoux en or sont tombés dans la boue et ont été préservés.
La seconde tombe a été reconstituée au cours de fouilles anciennes (1909). On peut pénétrer dans la chambre.Le matériau employé est remarquable: une belle pierre rose (calcarénite) provenant de Pienza et du travertin. L’utilisation d’un matériau de construction importé de loin (même de très loin, compte tenu de la taille imposante des blocs) est aussi un indice de la richesse du propriétaire de la tombe. Autre intérêt : la fausse voûte. A cette époque, les Étrusques ne savaient pas construire de vraies voûtes. Ils empilaient les blocs en gradins, ce qui aurait dû donner un escalier. Pour faire plus joli, on a scié le bloc en diagonale pour donner un plafond lisse en faisant disparaître les marches. Pas de ciment, les blocs taillés très soigneusement s’emboîtent très proprement les uns dans les autres.
Enfin, des inscriptions ont été retrouvées. L’écriture étrusque utilise des caractères grecs et phéniciens écrits de droite à gauche. On connaît ainsi le nom du dignitaire inhumé ici. Il ne s’agit pas d’un Etrusque mais d’un Ombrien, sa femme étrusque était d’une famille bien connue à Cortona .Malgré la précision de la lecture, ces inscriptions funéraires sont de peu d’utilité pour le déchiffrement de la langue étrusque : sur chaque tombe toujours la même chose « ci gît … ».
A partir du cinquième siècle la pression des Romains sur les villes étrusque se fait menaçante. Les cités étrusques, au lieu de s’unir contre l’ennemi romain, ont continué à guerroyer entre elles. Elles n’avaient aucune chance contre Rome. Cortona a préféré payer un tribut à Rome. La richesse des dignitaires s’est trouvée amoindrie ; la taille des monuments funéraires a donc diminué. Plus de tumulus imposant, seulement des niches pour des urnes contenant des cendres.
La troisième tombe s’appelle improprement « tanella de Pitagore » (confusion avec la ville de Crotone où est mort le philosophe). C’est un monument plus récent, un édicule rond fait de blocs énormes soigneusement taillés. Les sédiments ayant dévalé de la colline ont protégé la moitié située vers l’amont. La moitié aval a été utilisée comme carrière pour la construction des maisons de Cortona.