La route de Monte dos Arneiros à Ciborro court au sommet de collines plantées de chênes-lièges, d’où on a des échappées magnifiques. Dans un petit creux on découvre un petit lac.
Ciborro est un village blanc blotti sur sa colline avec des rues très en pente. Sao Giraldo – le village suivant – a une jolie église blanche. Une très vieille dame coiffée d’un chapeau de paille passe pendant que je filme. La dame s’en rend compte, cela l’amuse : « l’église est jolie ! » commente-t-elle.
Dans la campagne, les troupeaux sont nombreux. Des panneaux annoncent « reproducteur de Limousines » puis ensuite « Charolese » . Il me semblait bien que je reconnaissais ces animaux.
Montemor-o-Novo
la ville close sur sa colline
Montemor-o-Novo parait bien urbanisé. Le château sur la colline est cerné par les murailles. Reconquis aux Maures par Afonso Henriques en 116, ses murs furent reconstruits du temps du roi Dinis. Au 13ème et au 14ème la ville était dans les murs. Les 4églises (en ruine) témoignent de 4 paroisses ; c’était donc une ville importante. Passant sous une arche, nous découvrons le couvent blanc Convento de la Salutaçao – 15ème s refait au 19ème s dont la vieille porte est surmontée d’une sphère armillaire.
les anges musiciens de Sao Tiago
La petite église Sao Tiago 12ème s fut redécorée au 16ème avec ds fresques représentant des scènes de la vie des sœurs du couvent voisin. Au dessus de l’autel, belle décoration avec des anges musicien dans une tonalité brune. Le petit centre d’interprétation y est installé. I l présente dans quelques vitrines les brodequins du roi Luis, des pièces de monnaie de la période islamique, quelques pières décorées de l’époque des Wisigoths incorporées dans la maçonnerie.
la visite se termine « librement » sur les sentiers aménagés ; je monte sur les remparts puis fait le tour de la colline sur un sentier qui longe un chantier archéologique qui a mis à jour les fondations des maisons 15ème 17ème. J’atteins l’église Sta Maria do Bispo. Les vestiges du chevet témoignent de l’importance de l’édifice. La porte a une belle décoration manuéline ; De la nef, plus rien, une olivaie l’occupe. Un peu plus loin s’élèvent les tours du Palais des Alcades : une tour ronde, une tour carrée. Du Palais du Conseil de la Ville, une seule arcade reste sur pied.
Vestige de Sa Maria do Bispo
Une étrange construction rougeâtre est présentée soit comme une citerne, soit comme un abattoir maure. Ce n’est pourtant pas pareil.
La route qui fait le tour de remparts est actuellement en travaux, la circulation est déviée sur piste de terre qui descend au rond point sud de la ville.
Le marché décoré d’azulejos est fermé quand nous passons.
Retour pour déjeuner au gîte, piscine.
Attention aux faux amis ! Frigideiria en Portugais désigne une poêle à frire ? Qui l’eût cru ?
Notre maison dans les bois se trouve sur le chemin de l’étang « lagoa » charmant, dans un creux de la forêt fréquenté par les pêcheurs et les amoureux.
Un peu avant 10h, nous partons de Fanhais, par Alcobaça et la route C2 qui descend vers le sud. Juste avant Rio Maior un panneau marron indique les Salines.
Les Salines de Rio Maior sont à l’extrémité sud du Parc Naturel des Montagnes d’Aire et de Candeeirosqui couvre un massif allongé Nord/sud à l’est de Leiria et d’Alcobaça. Nous l’avons traversé sans nous en apercevoir en allant à Tomar. Nous avions bien remarqué les panneaux indiquant des grottes et des promenades. Si nous avions connu l’existence de ce parc naturel nous aurions trouvé les pistes de dinosaures (pegadas de dinossauros) à Fatima en direction d’Ourem et plus au sud à Barrerinhas non loin d’Alcaned. En rentrant je regarderai si le parc a un site Internet.
Les salines de Rio Maior sont éloignées de 30km de la mer. Le sel vient du sous-sol. Un diapir(masse rocheuse de faible densité traverse les formations situées au dessus mais de plus forte densité, le sel forme comme un gros champignon remontant en surface. Le massif montagneux calcaire est un karst. Les eaux de pluie circulent dans les fissures et dissolvent le sel. Le cours d’eau salé alimente le puits. Une motopompe remonte l’eau mais on voit deux balanciers comme dans les puits turcs ou hongrois. Autour des puits, les œillets sont dallés et cimentés. Ils sont très peu profonds ; l’eau n’y excède pas 10cmet s’évapore en 6 jours. Il y donc une récolte par semaine.
ancien grenier à sel
Le sel, explique un panneau, est exploité depuis la Préhistoire. Les historiens n’ont de documents qu’en 1770. Actuellement les salines sont en exploitation, le sel est commercialisé et même exporté. Autour des bassins les greniers à sel étaient des cabanes e bios aux toits de tuiles rouges. Les auvents étaient soutenus par de grosses branches tortueuses. Bars, restaurants et commerces occupent les greniers à sel. On y vend du sel sous toutes ses formes, en sacs de 25kg, en sachets de quelques grammes, aromatisé, de toutes les couleurs, en gâteau de sel, en fromage de sel cylindrique. La boite à sel est déclinée dans toutes les formes et couleurs. Les poteries sont variées. On trouve les inévitables torchons et tabliers.
Les hommes qui travaillent à la récolte du sol sont chaussés de bottes en caoutchouc blanches, les brouettes en plastique jaune sont impeccables. Les saulniers grattent inlassablement la croûte blanche avec des pelles in inoxydable. Autrefois les outils étaient de bois : le métal est sensible à la corrosion. On ratissait avec des râteaux de bois. Même les serrures des greniers à sel étaient de bois. Le sel sèche en petite pyramides blanches sur des plateformes de bois surélevées. Les tas étincellent au soleil.
Un sentier de randonnée part des collines dans la campagne, monte à travers une pinède, arrive dans les vignes. Plus haut, sur l’arête sont posés trois moulins mais il est temps de reprendre la route.
Le très beau Musée du Sel se trouve aux Salinas del Carmen . Musée du Sel plutôt que musée des salines.
Deux salles racontent l’Histoire de l’Exploitation du selremontant à 6000 av JC par les chinois, puis les Egyptiens et les Romains.
L’aspect anthropologique est très fouillé : des coutumes parfois étranges liées au sel sont illustrées ;
Chez les Romains, la solde des militaires était payée en sel, origine de notre mot de salaire. La recette du garum au poisson macéré dans le sel est tirée du Satyricon. Plus récemment l’invention du ketchup est la substitution des tomates aux anchois – le nom vient d’Indonésie.
Plus grave : la Marche du sel de Gandhi.
Sel et superstitions : certains paysans mettaient des grains de sel dans leur charrue pour assurer une bonne récolte. Ailleurs on salait aux quatre coins de la parcelle.
Le sel est donc lié à la fertilité et par extension à la sexualité : l’adjectif salace, vient du latin salax, tiré du sel. Une gravure montre des femmes salant les cuisses et les fesses de leurs conjoints.
D’autres superstitions voudraient que renverser la salière porterait malheur, rappelant le geste de Judas pendant la Cène.
Une coutume canarienne m’a amusée : à la Saint Jean on disposait 12 petits tas de sel, chacun représentant un mois de l’année, si un tas s’écroule il pleuvra ce mois-là.
Toutes ces anecdotes m’amusent.
Une salle présente les utilisations industrielles du sel : innombrables, présent partout, en tant que Na ou Cl dans la chimie. Il est aussi le conservateur traditionnel des viandes (salaisons et charcuterie) et des poissons. Ce n’est qu’avec l’essor de la congélation à la fin du 20ème siècle qu’il a perdu son importance dans l’agro-alimentaire. Sur Fuerteventura les salines étaient rapprochées des lieux de pêche. J’avais été étonnée de voir le toponyme salinas en l’absence de marais salant près du Puertitode la Cruz à Jandia, étranges salines perchées à Aguas Verdes, lieu perdu de la côte ouest.
Saltadero
La dernière salle est consacrée à la Saline del Carmen, au métier de saunier, à ses outils, aux noms espagnols : l’écume, plus salée que l’eau de mer arrive dans le premier bassin Saltadero où l’eau est réchauffée et ne sera conduite que quelques jours plus tard dans les bassins d’évaporation, petits œillets ou Tajos , rectangles maçonnés et tapissés d’argile. Le saunier, deux fois par jour, viendra ratisser les cristaux qui se forment. Une vidéo montre le travail du saunier.
les salines de Salinas del Carmen
Sous un soleil radieux (et un vent terrible) nous visitons la saline : les bassins sont verts, les œillets roses ou oranges grâce à Artemisia salina le crustacé qui donne sa couleur aux flamands roses. Des petits tas blancs brillent alignés à côté des œillets bien que la saison n’ait pas encore commencé (entre Mars et Octobre).
Le village de La Ampuyenta,situé sur la routed’Antigua, propose un circuit accompagné: 4 visites.
Le bâtiment est élégant, blanc, souligné de moellons rouges aux coins, de parements autour des hautes et étroites portes et fenêtres, et composé de trois ailes orientées perpendiculairement à la route. Une croix et une date : 1891. C’est l’hôpital construit avec l’héritage du docteur Mena dont je visiterai la maison. Joli bâtiment, belle restauration. Malheureusement le contenu n’est pas à la hauteur : on a exposé les brancards permettant de promener en procession les statues des saints dans les chemins. Certains baroques, d’autres plus simples. Quelle exposition palpitante ! Certaines photos anciennes ont un intérêt ethnologique.
Ermita de San Pedro de Alcantara
A quelques pas, dans un enclos, l’Ermita de San Pedro de Alcantara – franciscain, saint patron du village. Un écriteau annonce la « Chapelle Sixtine de Fuerteventura » Edifiée en 1681, restaurée récemment. Les tableaux racontent la vie de San Pedro. Le premier parait joyeux, le moine est allongé dans un bassin au milieu d’un parterre fleuri ; ce n’est pas une piscine, le moine porte un cilice pour se mortifier avec des chaines et des pointes, le sang perle, les chairs saignent. San Pedro est aussi peint en compagnie de Saint François d’Assise reconnaissable à la colombe perchée, avec Sainte Thérèse d’Avila dont il était le confesseur. Au dessus du retable, les murs sont peints à fresques « richement » parce que l’île était très pauvre et que les pigments nobles manquaient. La guide raconte bien elle rend la visite très vivante et plaisante.
A l’autre bout du village, se trouve la maison de Fray Andresito établi en Uruguay et au Chili où il soigna riches et pauvres. La petite maison sans fenêtres est bien noire et bien nue à l’exception d’un tableau naïf le représentant soignant les Indiens et entouré de riches philanthropes. Très populaire aux Amériques. Une procession nocturne, en son honneur, se déroule à Fuerteventura le 14 janvier. La visite est courte, il n’y a rien à voir. Derrière le mur, la guide hèle quelqu’un. Une belle dromadaire arrive au petit trot. Et nous voilà en train de désherber l’enclos pour donner les mauvaises herbes aux dromadaires insatiables. La guide me montre dans la colline des personnes courbées vers la terre qui ramassent les rares herbes pour leurs animaux.
la maison du Dr Mena
Ma maison du Dr Mena est au bord de la grand route, entourée de murs blancs. Dans la cours, poussent des massifs fleuris et des plantes aromatiques que le docteur savait utiliser. Né en 1802 à laAmpuyenta, le Dr Mena étudia à Gran Canaria puis à Cuba et à Paris pour se spécialiser en médecine tropicale. Il étudia également la flore des Canaries et introduisit la balnéothérapie dans l’île. Il enseigna à Cadix mais rentrait régulièrement dans son village pour y soigner riches et pauvres.
Dans la cour, comme partout, la citerne Aljibe,la guide me montre le système de récupération des eaux de pluie par les gouttières. Deux parties dans la maison, les quartiers des serviteurs, cuisine, salle pour broder ou repasser le linge, chambres. De l’autre côté, les pièces d’apparat avec le riche mobilier importé de Cuba, la salle d’attente et le cabinet du docteur. Un objet est spécialement intéressant : une sorte de placard à deux étagères : en haut, une grosse pierre ronde, en dessous un récipient pour récupérer l’eau de la citerne filtrée et rendue potable. L’eau sur l’île valait une fortune. Aux passants assoiffés on offrait volontiers un verre de vin mais pas d’eau.
Pour filtrer l’eau de la citerne
Je n’éprouve pas de passion subite pour les moines franciscains, encore moins pour les brancards des images pieuses, mais cette visite permet de toucher un peu à l’âme de ces habitants loin des attractions touristiques artificielles.
Antigua
L’église d’Antigua
Nous l’avions traversée dimanche, endormie. Sous le soleil, à 11h, c’est une ville bien vivante dotée de commerces : une très belle pastellaria, des petits commerces et d’un grand supermarché. La place de l’église est plantée de très grands arbres et de massifs. L’église est blanche, son clocher est haut et fin, chaulé de blanc bordé de gris. J’y retrouve le même tableau qu’à la chapelle de laAmpuyenta avec Saint Michel au centre qui pèse les âmes, un retable coloré ; le plafond de bois est de toute beauté.
Nous nous sommes trop attardées à faire les courses, il faudra supprimer la visite prévue au Centre d’Interprétation des Moulins.
Nous sommes maintenant habituées aux vastes étendues orange et rouges de Fuerteventura qui n’est as si déserte qu’elle m’était apparue le premier jour. A force de scruter chèvreries, arbres et cultures je finis par repérer les exploitations agricoles, à deviner champs et jardins à l’arrière des levées de terre destinées à garder l’humidité (comme dans le sud tunisien).
Entre Tuineje et Pajara les serres à tomates sont différentes de celles de chez nous. Le plastique très épais est plutôt opaque, elles forment de vastes paquets plats hermétiquement fermés. On a parfois suspendu à la porte une branche de tomates en grappe ou mis un écriteau. Le village de Toto est charmant.
Pajara
Pajara : Santa Regla
Petit village signalé avec un cœur dans le guide Evasion, très touristique. C’est une oasis au cœur de l’île. De grands ficus ombragent la place de l’église. Des bougainvillées forment de hautes haies colorées de chaque côté de la « rivière » à sec. On a planté des géraniums rouges ddans des jardinières blanches le long de la route. Il y a même un jardin public. Les maisons sont toutes des restaurants et cafétérias pour touristes mais, plus loin, on devine palmiers et jardins. La petite église Santa Regla possède un porche sculpté très original avec un fronton triangulaire avec des motifs végétaux sur deux fausses colonnes cannelées
Pajara détail du porche
.
Apéro derrière l’église. J’ai retrouvé une version made in canarias de la boisson à la pulpe d’aloès mais je préfère la coréenne plus subtile et moins sucrée.
15h , heure du déjeuner des Espagnols, temps pour nous d’aller voir la mer, direction el Cotillo, extrémité nord-ouest de l’île. Nous nous proposons de visiter le Musée des Pêcheurs installé dans le Faro de Toston. Nous passons sans nous arrêter devant la Cueva del Llano : tube volcanique où vit une araignée endémique.
El Cotillo
C’est une station balnéaire spécialisée dans le Surf, partout des agences, des boutiques y faisant référence. L’urbanisation est assez anarchique. Des maisons modestes côtoient de véritables palais à colonnes et fronton jaune, des galeries marchandes pharaoniques, et des villas contemporaines de béton blanc se dressent n’importe où ? Des lotissements pas encore construits disposent déjà de la voirie : larges avenues bordées de hauts lampadaires, mais pas asphaltées. Des sens interdit, des sens obligatoires nous baladent de rue en piste avant de nous renvoyer à 2 ou 3km du village.
Phare rouge et blanc, double phare : un grand, fonctionnel et un petit. Par beau temps on peut y monter mais pas aujourd’hui avec le vent ; Le prix du billet est réduit (1.5€) donne droit seulement à la visite du Musée des Pêcheurs : 3salles occupées par de nombreux panneaux (en Espagnol uniquement). Quelques photos anciennes, surtout du texte, très peu d’objets. La muséographie est désuète et peu élaborée. Le propos est intéressant : la vie des pêcheurs dans les années 1960, quand 60% de la population se consacrait à la Pêche avant le développement du Tourisme. Ces pêcheurs étaient « transhumants » pêchant sur la côte ouest agitée mais plus poissonneuse et sur la côte est plus calme. Ils pratiquaient aussi le cabotage le long de la « Costa » qui était celle de l’Afrique. Jusque dans les années 60 les barques étaient grées à la voile latine et n’avaient pas de moteur. Les garçons naviguaient avant l’âge de 10 ans . « L’école était en mer » disait-on.
Les femmes tenaient les comptes du ménage. Une certaine pêche de nuit secrète n’entrait pas dans l’économie familiale. Elles fournissaient les appâts qu’elles ramassaient à pied. Les coquillages étaient conservés dans du vinaigre à l’escabèche dans des bouteilles de verre.
A l’époque, cinq conserveries de poisson tournaient sur l’île. Le poisson était également conservé dans le sel. Tout a changé avec la congélation.
Le ciel s’est enfin dégagé. Il est maintenant très agréable de se promener le long des petites baies découpées dans les rochers. Anses tranquilles d’eau turquoise avec du sable blanc alors qu’au large de grosse vagues déferlent dans une écume mousseuse. Les Kite-surfeurs profitent de baies calmes et du grand vent. Certains glissent à grande vitesse. Les plus expérimentés s’envolent. Je marche, tantôt sur le sable tantôt dans les rochers.
A retour, le plan de circulation dément d’El Cotillo nous égare. Nous sommes forcées de brancher le GPS. Nous passons devant une tour ronde El Toston au dessus d’un petit port Roque abrité derrière une haute digue. Les terrasses des bars et des restaurants sont alignés devant le port mais il est trop tard pour s’y arrêter.
Grâce au GPS, nous trouvons un très joli raccourci par Tetir et la montagne au coucher du soleil.
Le petit déjeuner est spécial : dans les petites poteries roses aux couvercles pointus : miel, huile, sirop de caroube et ricotta. Yousr nous fait connaitre un plat typique : une pâte de farine et eau chaude servie avec de l’huile qui se mange chaude avec du miel ou avec le sirop de caroube. Cocktail d’orange et de dattes.
Balade en charrette
Balade en charrette
Nous attendons la charrette sur la table à côté de la fontaine en faïence de Nabeul ornée de guirlandes et de coquillages.
La charrette est celle qui transporte sacs d’olives et branchages. Yousr la garnit d’une belle couverture rayée multicolore. L’ânesse est marron et n’a pas de nom. L’ânière en anorak et foulard arrive de la cueillette des olives en famille. Elle est diplômée. Avec sa maîtrise de géographie, elle pourrait être ma collègue, enseignante. Les chômeurs diplômés sont légion en Tunisie. Sa seule occupation est la cueillette des olives – 3 mois par an et encore !
Quand la sécheresse sévit les oliviers ne donnent que tous les deux ans. L’an passé on n’a même pas récolté le peu d’olives qui ont mûri. La charrette nous conduit à la plage distante d’un kilomètre environ Curieusement la marée basse a dégagé l’estran argileux parsemé de nombreux petits monticules. Un héron cendré cherche sa pitance et s’envole à notre approche.
Je cueille des olives
Dans les oliveraies la cueillette se fait en famille. Quatre femmes s’affairent sur un arbre ; L’une d’elle a grimpé dans la ramure. Les robes rouge, grenat orange, tranchent sur le vert de l’arbre et le vert tendre de l’orge qui pousse entre les arbres. Un peu plus loin, une vieille dame surveille deux bébés à côté d’un attirail : bombonne de gaz, des bouilloires, des théières…On ne gaule pas les olives ici, cela blesse les branches, on ne les cueille pas non plus, on peigne le feuillage avec de petits râteaux en plastique rouge à manches très courts. Je me retrouve un râteau à la main. On attrape la branche et on peigne vigoureusement. Les toutes petites olives noires tombent sur le filet dont on relève les coins pour les rassembler et trier les feuilles qui donneraient leur amertume à l’huile. Dans le Sahel (région de Sousse et de Sfax) les olives sont destinées au pressoir, elles sont très petites ; Dans le jardin de Yousr il y a aussi un olivier pour les olives de table qui sont simplmeent salées et non pas gardées dans la saumure. Elles sont délicieuses.
Les arbres sont plantés très écartés les uns des autres. Il existe une variété espagnole qu’on plante plus serré mais ils ne donnent des fruits que pendant ans tandis que certains oliviers tunisiens ont été plantés par les Romains. Pendant que je fais descendre les olives on m’apporte un petit verre d’un thé très fort et très sucré. C’est le « thé de la cueillette » qui donne du cœur à l’ouvrage.
Nous rentrons en marchant à côté de la charrette. Yousr m’expose ses projets. Elle voudrait impliquer la population dans un projet environnemental. La campagne est jonchée de sacs en plastique, la plage, de canettes de bière. Un nettoyage s’imposerait. Elle aimerait aussi mener des projets culturels avec ses voisins et, pourquoi pas avec les touristes ? Nous devisons entre oliviers, amandiers figuiers défeuillés et rangées d’agaves.
Il y a plus de trente ans Bourguiba a construit des villages modernes en ciment dans la plaine équipés de l’eau courante et de l’électricité : Matmata nouvelle et Zeraoua nouvelle. Les habitants de l’ancienne Matmata sont restés au village tandis que tous ceux de Zeraoua l’ont abandonné – sauf une vieille dame que nous allons visiter.
La Nouvelle Zeraoua est un gros bourg de maisons basses derrière de longs murs blancs percés de portes métalliques bleues. Des signes berbères ornent les murs. Partout le nom « Azro » figure : café Azro, Association Azro. Un enfant dit que c’est le nom du village. Un adulte précise que c’est le nom berbère et que cela signifie « voir de loin ». Le nouveau village est à 15km de l’ancien où les paysans cultivent leurs terres depuis toujours. Une piste relie les deux villages.
Barrages pour retenir l’eau de pluie
En route Majdi nous montre les citernes de pierre maçonnées pour irriguer les cultures. Chaque paysan construit la sienne, le gouvernement subventionne à la hauteur de 70%. Elles sont alimentées par des forages et l’eau de pluie – mais il pleut si peu – Les vergers sont arrosés au goutte à goutte. Les villageois mettent en œuvre une énergie folle pour retenir l’eau qui s’écoule de la montagne en construisant des levées de terre et des barrages de pierres. A l’arrière de ces ouvrages soigneusement réalisés, des oasis de verdure prospèrent dans la montagne aride, trois ou cinq palmiers, autant d’oliviers, parfois un seul vénérable. Le travail est énorme, le résultat dérisoire. Monuments à la gloire de la patience villageoise. Les cultivateurs ont aussi développé des techniques de conservation de la nourriture adapté à leur isolement : viande confite dans l’huile, dattes….
Sorte de pastèque du désert très amères mais utilisée comme médicament contre le diabète (en bain de pieds)
Un oiseau noir vient se percher sur un rocher. Le dessous de sa queue est blanc. Il a plu il y a deux semaines et le désert fleurit : un bouquet d’ombelles blanches ressemblant aux fleurs de carottes portées par des tiges vert intense très dures, j’en brise une extrémité : c’est du fenouil sauvage. Il ne mesure qu’une quarantaine de cm. De minuscules crucifères jaunes, mini-moutarde sauvage ? Des buissons épineux sont aussi fleuris. Je remarque un buisson de lavande ne portant qu’une seule fleur au parfum intense. Plus loin, un buisson aux grosses feuilles arrondies et charnues porte des fleurs violettes.
buisson fleuri du désert
Zeraoua est perché sur un épaulement rocheux. Ses maisons de pierres se confondent avec la montagne. Seul le minaret et un marabout ont été chaulés et sur détachent sur le ciel bleu intense. Le village est désert, abandonné depuis 30 ans, il manque seulement la toiture de bois de palmier et de roseaux.
marabout et maison de la dame
Comme les pluies sont rares, même sans toit, les maisons sont intactes. Les arcades et les niches sont photogéniques. Certaines portes ont gardé leur peinture bleue, parfois fermées par une branche. Les anciens habitants remontent du nouveau village. On y a tourné récemment un film : L’Or noir de Jean-Jacques Annaud avec AntonioBanderas. L’équipe de tournage a retapé certaines maisons, cimenté des marches et laissé des sacs de ciment pour une restauration éventuelle. La mosquée est impeccable avec ses tapis, ses corans ; seule la pendule est arrêté il faudrait changer la pile.
Arches et portes
Une dame de 83 ans a refusé de descendre. Majdi et Maissa ont acheté des légumes frais, oignons, poivrons, tomates et deux bottes de carottes ainsi que du pain frais. La maison est fermée. Sur le mur de la maison d’en face dépassent deux clous sur lesquels sont suspendus un chapeau et un panier. D’autres clous libres permettent d’y suspendre les courses.
. Sur le sommet de la colline d’en face, plus loin que les ruines de l’ancienne école, on devine les silhouettes mouvantes des chèvres et des brebis. La dame est occupée avec son troupeau. Majdi l’appelle, les voix portent loin dans le désert. Elle porte un habit bleu gansé de rouge sur un autre rose à bandes noires. Soin front est ceint d’un bandeau rose et son fichu est beige. Elle est frêle et ridée tatouée ses cheveux portent des traces de henné, elle est coquette avec sa robe traditionnelle faite de deux morceaux de tissus retenus par des fibules et une ceinture.
Elle nous embrasse, elle m’a prise pour Isabelle, la mère de Maissa, qui a « découvert » le village. pour remercier des provisions du marché elle sort six œufs blancs « ce ne sont pas ceux du magasin » insiste-t-elle et tire de sa réserve une bouteille glacée de lait de chèvre fermenté – délicieux. Elle apporte l’ordonnance de ses médicaments que Maissa photographie avec son téléphone. On discute des élections. Avec ses panneaux solaires et sa parabole, elle suit l’actualité à la télévision. Comment la prévenir des visites ? la dame réagit vivement, « qui n’a pas de téléphone de nos jours ! » et elle sort son Nokia pour qu’on enregistre le numéro. Son âne est blessé, il ne peut plus descendre au village. Peut être la piste caillouteuse est plus adaptée pour l’âne que pour la voiture
MBarka est guide touristique depuis une vingtaine d’année. Elle nous montre l’architecture djerbienne : Houchs et Menzels. Arrêt-photo au puits aux montants verticaux. Certains puits sont abandonnés, d’autres, électrifiés servent encore à l’irrigation. Il pleut très peu à Djerba, la nappe phréatique est saumâtre. Les Djerbiens récupèrent les eaux de pluie dans des citernes. Pendant le repas de midi, une averse d’ un quart d’heure fut la bienvenue mais elle a peine mouillé la végétation.
greniers
Nous descendons de voiture visiter un menzel. La propriétaire nous rejoint, impression d’exploration. Un peu plus loin, nous remarquons un bâtiment bas à moitié écroulé avec de belles arches de pierre qui soutiennent le toit. C’était un grenier où on entreposait l’huile, les olives et le grain dans des jarres. Ici aussi, le propriétaire accourt. MBarka s’extasie sur la qualité du bâti et l’enjoint de ne pas laisser s’écrouler le bâtiment déjà bien délabré. Le monsieur revient avec des ferronneries d’art qu’il fabrique chez lui : grillages fantaisie, boîtes à lettres, cages à oiseaux. Il m’offre un échantillon. Sa femme nous rejoint avec une navette cassée : le vieux bâtiment abritait aussi un atelier de tissage. C’est un couple de professeur de science, lui enseigne la physique, elle SVT. On échange les emails. Ils viennent d’acheter la maison de ciment. Restaurer la ruine coûte cher.
Erriadh
la Ghriba
Je tiens à visiter la synagogue de la Ghriba, une des plus anciennes au monde datant de la destruction du Temple. Le monument est récent mais sa valeur sentimentale est inestimable. Depuis l’attentat de 2002, des militaires montent la garde. Vendredi après midi, elle est fermée aux visiteurs à 15h. MBarka propose de revenir le dimanche 4 janvier avant de prendre l’avion.
Street art : mobylette
Le village d’Errhiad est le théâtre d’une manifestation de Street Art. Des grapheurs de toute origine et de styles différents ont décoré les murs du village. Pieuvre géante dans cette île, motocyclettes…
Street Art porte
C’est bien fait, certains mettent en valeur un élément architectural, une porte, une boutique…Le résultat est plaisant mais ne me parle pas autant que les Murales de Sardaigne qui avaient un contenu politique ou sociologique. Les cavaliers en arme et armure, ocre, un peu ternes m’ont parlé d’Hannibal, des Romains ou peut être des chevaliers normands ou croisés, eux m’ont parlé !
street art cavaliers
Nous entrons dans une bijouterie. Dans les vitrines des parures de mariages authentiques. Le bijoutier le dit lui-même « ce n’est pas de l’or pur mais du métal doré » Heureusement elles seraient tellement lourdes ! MBarka m’entraine chez le tisserand qui tisse le tissu traditionnel. Sur de petites bobines est enroulé du fil doré qu’il mêle au rouge et au bleu. Plus loin, les couturières cousent le tissu djerbien blanc à bandes rouges. Elles vendent aussi des robes et des tuniques rebrodées de grosses fleurs. Je demande : « qui porte ces habits traditionnels ? » Tout le monde protestent-elles en chœur ! Nous en verrons plus tard de ces dames chapeautées de aille dans ces tissus blancs.
Il y a aussi à Errhiadh des galeries d’art très chics qui exposent des céramiques d’artistes, des cuirs et des objets design.
Guellala
jarres
Le soleil descend vite. Nous sommes pressées d’arriver à Guellala, le village des potiers. Partout des jarres énormes : par terre, coiffant les murs, les toits, incluses dans la maçonnerie. Nous visitons l’atelier d’un potier qui est à moitié sous terre. Il fait maintenant presque noir et j’ai bien du mal à photographier le tour et les magasins. MBarka m’entraîne aussi dans un magasin où des objets de très belle facture sont vendus. Je retrouve les assiettes et les plats de son service à motifs bleus avec des poissons. J’achète un plat allongé avec ce même motif.
mariage djerbien : musée de Guellala
Nous arrivons au Musée de Guellala à la tombée de la nuit. Le musée domine l’île, il est construit sur son point culminant (52m) le ciel prend des lueurs violettes et se reflète dans la mer proche. Le musée est encore ouvert mais nous parcourons les salles au pas de course. Dommage, il aurait fallu prendre le temps de regarder les détails, de noter les curiosités, les traditions, décrire les costumes des noces. Le mariage djerbien est décrit dans ses différentes étapes de la préparation de la mariée à la cérémonie et à la fête…On voit aussi un petit dromadaire tourner autour du pressoir à olive dans une huilerie souterraine. D’autes maisons montrent la vie des pêcheurs… mais le temps presse. Maintenant il fait nuit.
Dans la nuit, MBarka ne voit pas tous les ralentisseurs et sa Renault saute dans les cahots. La conduite en Tunisie à la tombée de la nuit n’est pas de tout repos. Les vélos ne sont pas éclairés, les mobylettes roulent à contre-sens, les priorités sont aléatoires…il semble que tout le monde ait attendu 6heures pour sortir dans la rue, à pied ou véhiculé !
Ayant fait provision de fruits secs et de brioche nous cherchons un coin-pique-nique. Les chemins sont vraiment terribles pour notre belle voiture neuve. Nous aimerions de l’ombre, des arbres en fleur et si possible la vue sur l’Ararat. Plus on monte, moins il y a de fleurs. La neige est toute proche. Le nombre de voitures qui circulent dans la montagne est étonnant : des Lada ou d’autres modèles russes antiques. Les camions ont aussi un profil exotique, désuets aux proportions réduites. Minuscules et charmants, les petits autobus jaunes qui desservent les villages. A l’écart de Erevan le capitalisme triomphant n’a pas effacé les décennies soviétiques. Les magasins ressemblent à ceux que nous avons vus en Lettonie, même décor, même présentation. Casquettes et costumes de cedtte époque, comme les grandes statues incongrues dans la campagne.
Trop tôt pour rentrer! Nous décidons de visiter les villages. Goght se trouve entre Gueghart et Garni. Charmant village : pommiers et poiriers en fleur, tas de fumier et cabinets au fond du jardin. Une petite troupe de chevreaux noirs aux petites cornes pointues descend sur la place, menés par un enfant blond et joufflu au T-shirt de Lionel Messi. Des jeunes fument à bord de vieilles voitures noire.
L’office de tourisme de Garni gère la Réserve de la Forêt de Khosrov. Il faut un permis pour randonner dans cette forêt millénaire et les randonnées sont réservées aux marcheurs confirmés. Je ne sollicite donc aucun permis, seulement un plan pour une courte promenade qui me conduira aux orgues basaltiques « stone symphony ». je descends la rue poudreuse du village et profite de l’atmosphère tranquille. Au bout de la rue, une chaussée pavée et très en pente est borde de deux ruisseaux tumultueux. C’est tellement aide que je suis forcée de me cramponner. J’arrive au torrent enjambé par un pont à une seule arche. Les orgues sont vraiment spectaculaires. Jeux de volumes et de lumière. Quatre filles russes sortent d’un énorme 4×4. Elles jouent les mannequins et posent comme pour un magazine. Un peu plus loin des alpinistes s’amusent à grimper aux prismes allongés. Des encoches fournissent d’excellentes prises.
le canyon dans la coulée en bas de Garni
L’église de Garni est vraiment mignonne sur sa place occupée par toute une basse-cour de poules coq, une oie et même un paon. Elle est ouverte. J’y trouve des images pieuses bien naïves avec seulement deux rangées de deux bancs, ne contenant qu’une dizaine de personnes.
la petite église de Garni
Au diner Hasmik nous fait goûter à deux spécialités arméniennes : du yaourt liquide salé et dilué analogue à l’ayran turc et à une boisson bulgare dont j’ai oublié le nom, et de la limonade colorée en vert au parfum d’estragon que j’ai adoptée. Pour dîner deux ailes de poulet, du confit d’oignon-chou épicé et une salade de haricots rouges, maïs, cornichons, du riz au coriandre. Et comme d’habitude l’assiette d’herbes variées (menthe, coriandre, estragon, ciboulette).
A la sortie de Djourbel, entre Ndiob et Dakhao, un village sérère avec une belle palissade de paille toute neuve et de jolis toits de chaume : une femme pile du millet. Après avoir appris le bonjour en Sérère (je l’ai déjà oublié), je m’avance vers la jeune femme très enceinte. Rapidement, une autre jeune femme, les enfants et le maître de maison nous rejoignent.
C’est l’occasion pour Bouba de nous montrer le millet et de nous expliquer comment on l’utilise. Dans une bassine, on voit les épis très longs portant des petites graines rondes et jaunes. Ce que nous donnons en Europe aux canaris. La femme pile les épis dans le mortier en bois, le mortier s’emplit d’une sorte de paille qu’il faudra vanner pour ne garder que les graines. Pour vanner elle utilise un récipient en plastique (un bidon découpé). Il lui faudra piler à nouveau pour débarrasser les grains de leur écorce brillante, le son. Enfin, elle pilera une troisième fois pour obtenir une farine blanche dont elle fera la semoule du couscous. Les enfants apportent dans des bols les différentes étapes de la réalisation. On accompagnera cette semoule d’une poudre verte de feuilles de baobab séchées.
Le maître de maison, Monsieur Diome nous montre aussi ses haricots et ses arachides qu’il cultive également. Dominique et moi nous essayons à piler avec la dame. Comme je suis maladroite et que je n’ai aucun sens du rythme ce n’est pas brillant. Dominique fait mieux que moi. Le pilon est lourd et c’est fatigant !
le pilon est lourd et il faut du rythme!
Dans la concession, il y a deux entrées : l’une vers l’extérieur est toujours ouverte, l’autre vers les champs. Un panneau de paille fait face à l’entrée – pour protéger du mauvais œil. La case du mari est située derrière le paravent, traditionnellement. Autour des cases carrées en ciment, un petit carré. Quelqu’un a écrit sur le mur en français des formules se voulant humoristiques et une liste de numéros de téléphone.
Nous entrons dans la case de Monsieur Diome. Les enfants autour de nous sont ses petits enfants, les femmes que nous avons rencontrées, ses filles. Sa femme est partie en ville ainsi que ses fils. Treize personnes habitent dans la concession. Il nous raconte les travaux des champs qui ne se déroulent qu’à la saison des pluies (3mois) et deux mois de récoltes. Il reste sept mois difficiles où rien ne pousse. Pour que la visite soit complète, nous le suivons à l’extérieur pour voir la charrue tirée par un beau cheval, à l’ombre sous un auvent. Le semoir vient de Vaisons-la- Romaine, Vaucluse. Des piquets sont plantés dans la cour du cheval, sans doute pour y attacher les moutons qui trainent ça et là. Il y a aussi des poules, des chèvres et chevreaux.
mortier de bois et millet
Deux kilomètres plus loin, Bouba se souvient de la moustiquaire que nous souhaitons offrir à une famille avec de jeunes enfants. Ces gens étaient charmants leurs enfants adorables surtout la plus petite fille, si éveillée et si ravie de se reconnaître en photo, coquette avec ses jolies tongs en cuir et ses bracelets. Quelle occasion manquée !