Comme je l’avais téléchargé sur mon téléphone je me suis engagée dans cette lecture au long cours par surprise. Et je ne l’ai pas lâché! Comment rendre compte d’un tel monument de la littérature? l’auteur n’a pas reçu le Prix Nobel en vain.
Cette saga commence à Varsovie à la veille de la première guerre mondiale quand le patriarche Reb Meshulam Moskat revient des eaux à Carlsbad avec une troisième épouse. Juif pieux, traditionnel, redoutable homme d’affaire qui a construit une fortune en placements judicieux et immeubles de rapports. Les enfants de Moskat, les petits enfants, les conjoints forment une véritable tribu dans laquelle je vais me perdre tout d’abord. Ils se réunissent lors des fêtes traditionnelles, évoquées avec pittoresque. Nostalgie d’un monde disparu. Tout ce monde vit dans une belle aisance grâce aux loyers que chacun des fils perçoit – sans avoir hérité du sens des affaires du père. Autour d’eux, gravitent conjoints, employés de maison, l’intendant…
Il y a du Balzac dans cette comédie juive : personnages bien dessinés et rôle de l’argent. Pendant presque trois décennies, le monde juif évolue : les femmes refusent d’être cantonnées à leur place traditionnelle, étudient, et refusent les mariages arrangés, prennent leur indépendance. Les hommes s’affranchissent des pratiques religieuses, revêtent des vêtements modernes. La guerre de 14 a sorti Varsovie de l’orbite de Moscou. les idées sionistes progressent. On sait que les dangers grondent. Certains membres de la famille Moskat émigrent aux Etats Unis, en Palestine mais tous se sentent liés à Varsovie.
L’arrivée de province de Asa Heshel, petit-fils du rabbin de Tereshpol Minor, l’éthique de Spinoza dans sa poche, va introduire le désordre dans la Famille Moskat. Invité par Abram Shapiro à la table des Moskat, il fait tourner les têtes de deux jeunes filles : la nouvelle belle-fille Adèle et Hadassah la nièce d’Abram. Asa Heshel, si prometteur philosophe mais velléitaire n’accomplira pas son destin d’écrivain. Abram Shapiro, shnorrer impénitent à l’allure de grand seigneur, homme à femmes, fait tourbillonner la vie autour de lui et mélange artistes et anticonformistes à la tribu pieuse.
Impossible de résumer tous les épisodes. On connait malheureusement la fin de l’histoire…
L’exposition Modernités portugaises présentée à la Maison Caillebotte de Yerres s‘inscrit dans le mouvement lancé par Pessoa : Orpheuavec la création du modernisme portugais influencé par le cubisme et le futurisme inspirant Amadeo de Souza-Cardoso que j’avais découvert dans une belle rétrospectiveau Grand Palais .
Amadeo de Souza-Cardoso : le prince et la meute
Cette nouvelle exposition me permet de découvrir d’autres peintres portugais dans la même mouvance
Jose de Almada Negreiros : autoportrait en groupe(1925)Eduardo Viana : La Révolte des Poupées(1916)
les relations entre les artistes portugais et la peinture de Paris sont étroites : le couple Delaunay séjourne dans le Minho. Dans la continuité de l’orphisme, de nombreuses correspondances se font entre les artistes : dans la salle j’ai du mal à identifier les différents peintres
Amadeo de Souza-Cardoso : chanson populaire russe
j’aurais facilement attribué à Sonia Delaunay cette chanson populaire russe
Beaucoup plus cosmopolite qu’on ne l’imaginerait, le Portugal accueille le couple moderniste formé par Arpad Szenes et Vieira da Silva
Arpad Szenes : conversation
Ces artistes qui s’exilent pendant la seconde guerre mondiale au Brésil (Arpad Szenes est juif). leur production est extrêmement diverse aussi bien pour les thèmes que les techniques. J’ai bien aimé les tableaux de Vieira da Silva utilisant de petites touches comme des tesselles de mosaïques
Vieira da Silva : Carnaval de Rio
Une dernière salle est consacrée au surréalisme avec Cesariny
« Mais cet endroit est trop petit, et les gens eux-mêmes sont trop petits. Ils ne viennent pas ici pour chercher
l’inspiration. Ils ne viennent pas pour trouver la motivation de sortir de chez eux et conquérir le monde pour le Christ. Ils viennent ici pour être dorlotés, pour qu’on leur dise que le monde à l’extérieur des frontières de notre petite ville est devenu fou, qu’il vaut mieux pour eux qu’ils restent ici. Ils se blottissent dans cette église comme dans un fort assiégé tandis que je les conforte dans leurs préjugés et leur donne leur dose hebdomadaire de propos rassurants sur le fait que tout va s’arranger pour ceux d’entre nous qui ont Dieu à leur côté. Ensuite, nous rentrons tous chez nous regarder la télévision »
Sur la recommandation de Claudialucia, et à la suite de de la remise en cause du droit des Femmes à l’avortement par la Cour Suprême, je me suis demandée comment vivait cette Amérique qui votait Trump. Ce roman se déroule dans une petite ville de l’Arkansas en 2016, pendant la campagne électorale. La petite ville est décorée des pancartes électorales que chacun pique dans son jardin ainsi que de slogans moralisateurs prohibitionnistes.
Roman choral, les narrateurs sont Richard Weatherford, le pasteur et Penny son épouse, Brian Harten un chômeur qui cherche à monter une affaire de spiritueux, Gary Doane un jeune étudiant et sa petite amie Sarabeth Simmons, vendeuse.
Chantage et maîtres chanteurs. Le pasteur Weatherford a entretenu une relation homosexuelle avec Gary Doane qui exige trente mille dollars comme prix de son silence. Comment réunir une pareille somme? En monnayant son appui dans un vote interdisant la vente d’alcool sur le Comté auprès de Brian Harten qui doit alors trouver d’urgence les trente mille dollars. Cela ne peut qu’entraîner des catastrophes!
Le personnage principal est le Pasteur qui exerce une autorité despotique, au sein de sa famille et de sa communauté où il fait régner un conservatisme étouffant. Il s’immisce dans la vie privée de ses paroissiens. On devine très vite l’hypocrisie, le goût du pouvoir et le manque d’empathie.
je me souviens qu’ils ont assisté à ma série d’études bibliques sur huit semaines intitulée “Le plan de Dieu pour vous aider à gagner de l’argent”. Parce que la contribution de l’Amérique à la pensée chrétienne réside dans l’idée qu’un dieu qui ne vous promet pas de vous rendre riche n’est pas un dieu qui mérite d’être servi,
Ecriture très efficace, critique au vitriol. Au nom du bien se lit comme un thriller.
Avec ce court roman (85 pages) je découvre cette écrivaine que je connaissais par le film Vita et Virginia qui était l’amie de Virginia Woolfet qui a inspiré le personnage d’Orlando. Séducteurs en Equateur lui est dédié. J’ai aussi croisé Vita Sackvill-West en compagnie des Pionnières des années. Sur le conseil d’une blogueuse (j’ai oublié qui, qu’elle se fasse connaître) j’ai téléchargé ce roman.
Lecture agréable, ironique, so british!
Quatre touristes fortunés britanniques visitant l’Egypte se retrouvent en croisière sur la Méditerranée. Parfaitement étrangers les uns aux autres, ils se rapprochent dans l’intimité de la croisière au point qu’ils se retrouvent liés par des liens étranges. Absurdes engagements, le tragique fait iruption quand personne ne l’attendait.
Le but de cette histoire est cependant de démontrer quel danger il y a à se laisser prendre à la vie des autres sans
savoir s’ils sont inoffensifs, et surtout quel est le risque, au milieu de sa vie, de contracter une habitude nouvelle
exposant alors à lâcher les lions de la folie, qui rôdent au profond de nous-mêmes, et qu’il est du devoir de tout citoyen de maintenir fermement en cage.
Le lecteur averti aura tout de suite observé que l’élément de surprise n’est pas le ressort de cette histoire.
Sachez quand même que vous ne naviguerez pas dans les latitudes de l’Equateur et qu’il n’y aura que peu de séduction amoureuse….
J’ai bien l’intention de continuer à lire les oeuvres de Vita et de relire Orlando!
De Conakry, vous n’apprendrez pas grand chose ; en revanche, des préjugés des expatriés français qui n’ont pas tous compris que l’Empire colonial était fini, vous allez vous amuser!
Aurel le Consul, Aurel Timescu, Roumain à moitié juif, pianiste de bar, à l’inénarrable dégaine et à l’accent prononcé, en l’absence du Consul Général, va sortir du placard du consulat où on l’a consigné pour mener une enquête : un homme a été retrouvé suspendu au mât de son yacht dans la marina.
Pour les Guinéens, comme pour ses collègues de l’Ambassade, l’affaire est entendue : le plaisancier était riche, il a été dévalisé. La jeune Guinéenne qui vivait sur le yacht était une femme légère complice des voleurs. Terminé, rien à enquêter.
Aurel le Consul a une intuition, de plus il s’ennuie, cette enquête est une aubaine….
Je ne vais pas divulgacher, lisez-le c ‘est plaisant!
Lu à la suite de Cavalerie Rouge et de la BDLe Fantôme d’Odessade Camille de Toledo.
Jubilatoire! Vivant, coloré, drôle, touchant. Un coup de cœur que ce recueil de nouvelles, certaines très courtes (320 pages) que j’ai dévoré.
Les Contes d’Odessa sont un ensemble de nouvelles se déroulant en 1913 dans les bas-fonds d’Odessa, dans la Moldavanka, le personnage central le Roi Benia Krik est un escroc, sorte de Robin des Bois qui dépouille les riches, défie les autorités pour donner aux pauvres. Astucieux, mais aussi violent, c’est une figure truculente. Rythme endiablé, décors colorés, humour juif.
« Sa gloire de François Villon d’Odessa lui valut de l’amour mais ne lui attira pas de confiance? pourtant ses récits de chasse sont devenus prophétiques, leur puérilité est devenue sagesse, car c’était un homme sage qui tenait à la fois du komsomol et de Ben Akiba.
Il n’eut pas besoin de briser quelque chose pour devenir le poète des tchékistes, des pisciculteurs , des komsomols… »
Les nouvelles suivantes sont diverses.
Les plus touchantes racontent l’enfance de Babel, enfant doué, poussé par ses parents dans la réussite scolaire mais aussi dans l’apprentissage du violon. Pour un enfant juif, réussir à intégrer le collège malgré le numérus clausus limitant les Juifs est un véritable exploit ; l’enfant ne pourra même pas jouir de sa réussite. Un pogrom va ensanglanter la ville….La plupart des nouvelles se déroulent à Odessa dans le milieu juif, mais pas toutes. Certaines traitent aussi de l’amour de la littérature. l’une d’elle rend hommage à Gorki, qui édita Babel et l’encouragea. Une autre, raconte la difficulté de traduire Maupassant, de trouver le mot juste, le style, autre écrivain qui inspira Babel.
Depuis que cette guerre en Ukraine s’est déclarée, ma curiosité est aiguisée et les images des médias et même les articles des journaux me laissent insatisfaite : je ne comprends toujours pas comment elle est possible. Je me tourne vers la littérature pour avoir un autre éclairage.
Limonov, lui, a été voyou en Ukraine ; idole de l’underground soviétique ; clochard, puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan ; écrivain à la mode à Paris ; soldat perdu dans les Balkans ; et maintenant, dans l’immense bordel de l’après-communisme, vieux chef charismatique d’un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends sur ce point mon jugement.
Limonov de Carrère offre une biographie d’un personnage qui paraît étrange, poète, voyou, provocateur, militaire ou politique. Je n’ai guère de sympathie pour un des fondateurs du parti nasbol : national-bolchevik. La violence et la délinquance gratuite me repoussent, encore moins les beuveries continuelles. Même si la prison est un classique de la littérature russe, les camps de travail n’exercent sur moi aucune fascination. Et pourtant j’ai lu avec intérêt ce pavé de 500 pages.
Limonov nait en Ukraine en 1943, pendant la bataille de Stalingrad, décède en 2020. Carrère le suit pas à pas dans ses errances à Kharkov, Moscou, New York, Paris pendant toutes ces décennies. Il raconte la vie, les œuvres, les amours de l’écrivain et il s’attache à contextualiser en analysant l’évolution politique de son héros : enfant, fils d’un Tchékiste, fasciné par les exploits militaires à la fin de la Guerre, adolescent frustré dans sa province, rebelle, violent dans l’URSS encore stalinienne, poète fréquentant les dissidents. Exilé. De retour à Moscou avec la fin d’ l’Union Soviétique. Engagé avec les putschistes contre Eltsine. Chef de parti.
Toute l’histoire de l’Union soviétique et de la Russie se déroule pendant l’Odyssée du héros qui passera de l’Ukraine à Moscou, de New York à Paris, puis jusqu’en Asie Centrale en Altaï. Nous assistons à l’arrivée et la chute des principaux dirigeants de Khrouchtchev, Gorbatchev, Eltsine, Poutine…. J’ai beaucoup appris de ce livre en le considérant comme un roman historique. Double regard : celui de l’auteur, intellectuel français, et fils d’une historienne de renom, celui du héros, complètement russe, avec un point de vue totalement décalé étranger aux valeurs politiquement correctes chez nous. En décalant les points de vue, j’arrive mieux à saisir ce qui se passe actuellement même si le livre a été publié en 2011.
J’ai été stupéfaite par le prétexte avancé par Poutine de lutter contre les nazis en Ukraine. Les nazis! Il me semblait que cette référence à la seconde guerre mondiale était rancie, si ce n’est périmée. Par ailleurs, les photos du bataillon Azov pouvaient m’égarer. Que penser? Dans Limosov j’apprends (parce que j’étais vraiment ignorante) que les références aux nazis existent non seulement en Ukraine mais surtout en Russie, et qu’il y a même un parti s’en réclamant. Pour compliquer le tout les nationalistes qui utilisent les codes nazis (drapeaux, saluts et idéologie nationaliste et antisémite) se réclament aussi de Staline et du bolchevisme.
« drapeau, un cercle blanc sur fond rouge, évoque le drapeau nazi, sauf qu’en noir dans le cercle blanc, aulieu de la croix gammée, il y a la faucille et le marteau. »
Comment concilier les deux? Par le nationalisme, bien sûr. En France c’est difficile à concevoir.
Les ennuis ne sont jamais loin, dit-il à son ancien élève, quand les Russes commencent à se monter le bourrichon avec leur patrie, à parler de la grandeur de leur empire ou de la sainteté de leur mission et à dire des choses comme « la Russie, il ne faut pas chercher à la comprendre, il faut y croire ».
Comprendre Poutine? un début d’explication :
Poutine répète sur tous les tons quelque chose que les Russes ont absolument besoin d’entendre et qui peut se résumer ainsi : « On n’a pas le droit de dire à 150 millions de personnes que soixante-dix ans de leur vie, de la vie de leurs parents et de leurs grands-parents, que ce à quoi ils ont cru, ce pour quoi ils se sont battus et sacrifiés, l’air même qu’ils respiraient, tout cela était de la merde. Le communisme a fait des choses affreuses, d’accord, mais ce n’était pas la même chose que le nazisme.
Coïncidence : l’attentat récent qui a coûté la vie à la fille de Douguine qui est un personnage présenté dans le livre : idéologue ultranationaliste, antisémite.
Loin d’opposer fascisme et communisme, Douguine les vénère également. Il accueille pêle-mêle dans son
panthéon Lénine, Mussolini, Hitler, Leni Riefenstahl, Maïakovski, Julius Evola, Jung, Mishima, Groddeck,
Jünger, Maître Eckhart, Andreas Baader, Wagner, Lao-tseu, Che Guevara, Sri Aurobindo,
Décidemment Limonov de Carrère le donne des clés pour comprendre l’actualité.
Sous les cabanes de KawamataJens nous a fait la lecture de Nos Cabanes de Marielle Macé. Je me suis empressée de télécharger le livre sur ma liseuse.
Marielle Macém’a fait découvrir les Noues de son Pays Nantais
Une noue est un fossé herbeux en pente douce, aménagé ou naturel (l’ancien bras mort d’une rivière par exemple), qui recueille les eaux, permet d’en maîtriser le ruissellement ou l’évaporation, de reconstituer les nappes souterraines et de ménager les terres. C’est un abri végétal qui limite la pollution, et s’est mis à protéger des inondations les villages
Les noues, les noës comme autant d’arches, arches d’eaux vives et de pratiques, où conserver non pas des choses mais des forces, où faire monter des inquiétudes, des pensées, des combats.
J’ai adoré cette découverte très personnelle qui conduit le lecteur dans l’ombre portée de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, cabanes en lutte, cabanes revendicatives mais aussi invention d’un autre vie
Faire des cabanes : imaginer des façons de vivre dans un monde abîmé. Trouver où atterrir, sur quel sol
rééprouvé, sur quelle terre repensée, prise en pitié et en piété. Mais aussi sur quels espaces en lutte, discrets ou
voyants, sur quels territoires défendus dans la mesure même où ils sont réhabités, cultivés, imaginés, ménagés
plutôt qu’aménagés.
Les cabanes de Marielle Macé sont des cabanes militantes, des cabanes collectives, imaginatives ce ne sont pas des cabanes d’enfants ou de vacanciers, encore moins des cabanes de bidonville (quoique!). Ce sont parfois des cabanes de papier, de pensée, d’amitié…
Et l’enjeu est bien d’inventer des façons de vivre dans ce monde abîmé :
Nous sommes cosmopolites mais pratiquons le local : dans des sphères restreintes et de fait habitables, nous façonnons des objets qui nous ressemblent, puis nous les partageons.
peut bâtir comme on jardine (cela demande de mêler architecture pérenne et architecture provisoire, de ne pas tout vouloir « installer
Et puis dans Le Parlement élargi l’autrice nous entraine dans le sillage d’artistes comme Giuseppe Penone,ou dans les paysages acoustiques de Bernie Krause, de poètes comme Ponge qui fait entendre l’eau, l’arbre, s’adresse à eux, leur pose des questions….Bailly pour quoi les animaux « conjuguent les verbes en silence » pour les plus connus. Elle ouvre des possibles, des rencontres . Et, une repolitisation du lien, un point de vue différent . Peut-être celui d’une nouvelle génération, celle des zadistes, des hommes des cabanes? Pour réenchanter un monde dévasté où les oiseaux ne chanteraient plus?
Nous nous accordons un jour pour profiter de notre belle résidence.
A 5h50, un peu avant le lever du soleil, je pars à pied sur la route en direction des belles plages de Campionna et de Piscinni. Nous avons mesuré la distance hier : 2.5 km. A l’ »heure magique » il fait frais. Je profite encore mieux des paysages que dans la voiture. Asphodèles et fenouils sont desséchés mais les champs sont jaunes d’une nouvelle fleur la Molène sinuéeVerbascum sinuatum.
Petite frayeur : le troupeau passe, deux chiens jaunes, dans le genre vieux corniauds, tout hérissés me barrent la route. Le berger n’est pas loin mais il ne fait rien pour les rappeler. Je passe quand même, pas rassurée « ils sont bons ils ne font rien » déclare le berger qui ne les rappelle toujours pas.
Schistes verts et argentés
Au-dessus de Campionna, un gros mobil-home est garé. La plage suivante est occupée par une tente décathlon et 4 cannes à pêche. Je retourne à Campionna. Les schistes gris-vert, l’eau argentée, la tour au loin ont un aspect mystérieux. Sérénité , calme souligné par le clapotis de l’eau. Je fais un petit paquet avec mes lunettes et mon téléphone et ma robe de plage, le tout coincé dans mes sandales et j’entre précautionneusement dans l’eau. Graviers et galets, il faut me jeter à l’eau dès le premier mètre. Quand je ange, je sens des roches qui affleurent. Mais il ne sera pas dit que je n’aurai pas essayé !
Après le petit déjeuner je descends explorer les plages de Baia delle Ginestre. J’ai découvert lundi la petite plage au bout de notre allée : une petite bande de graviers gris sous des schistes verts. Chaussons obligatoires. La deuxième plage se trouve un peu plus loin à l’est, mêmes graviers gris. J’ai mis mes chaussons mais je ne suis pas rassurée à cause des rochers qui affleurent cachés par les algues et posidonies. Je nage doucement, les yeux fixés sur le fond. Les schistes se détachent formant des arêtes vives, parfois soulignées par un filon de quartz. C’est beau les plaques qui se détachent et brillent au soleil.
Troisième baignade à la petite plage du bas. J’ai failli me décourager puis j’ai remarqué du sable plus fin au bout à droite de la crique. L’eau plus verte, les algues plus profondes. Enfin je trouve un accès facile sans trébucher sur les gros galets glissants, sans racler des rochers cachés. Je trouve le passage en eau profonde. Le fond bien visible. La petite baie est fermée et très tranquille. Une belle baignade.
Plages et restaurant pour notre dernier jour en Sardaigne
Trois baignades à la petite plage maintenant j’ai trouvé la voie d’accès dans la partie sableuse. L’eau est si transparente que je peux anticiper les écueils, les touffes d’algues brunes et les massifs de posidonies. Curieusement je n’ai pas vu un seul poisson.
Vers 11 heures nous reprenons la corniche pour faire les dernières photos des caps et des tours. Le ciel est couvert, l’eau un peu grise, les crêtes embrumées. Près des plages, turquoise de l’eau relevé par quelques parasols colorés.
Midi, au restaurant Riccio Bianco. Il ne faut pas garer la voiture face à la mer. La police verbalise. Le restaurant loue aussi des gommone. Grimpette à la tour ronde du Capo Malfatano. C’est court mais cela monte dur.
Tour Malfatano
Le restaurant est installé sur la plage. Tables carrées laquées de blanc, sets en papier blanc et bleu clair, serviettes en papier bleu marine. On nous a gardé la table d’angle proche du sable. Sur l’ardoise, le menu du jour. Huitres à l’unité 4€, homard au poids. Nous choisissons une tranche de thon sur un lit de tomates-cerises, un plat de pâtes tomates, morceaux de dentice (vivaneau) avec de la boutargue qui sert plutôt à décorer.
Riccio bianco
Jolie conclusion aux vacances. Un peu cher, mais l’endroit est exquis.
Il va falloir refaire les valises, laver la Lancia….
Marianna vient chercher Dominique avec la voiturette qui est indispensable pour monter (et descendre) les allées dallées sinueuses qui serpentent entre les maisons étagées sur la pente très raide. La SP 71 suit la côte en balcon. C’est une route panoramique et spectaculaire « la plus belle de Sardaigne » disons-nous, oubliant la route de Nebida à Masua, les rochers de granite de la côte nord….qui sont aussi des routes panoramiques spectaculaires. Le matin, il n’y a pas de circulation et nous pouvons nous arrêter à chaque belvédère découvrant les plages de Campionna, de Piscinni et les criques cachées du Capo Malfatano. Des bateaux sont alignés en travers d’une baie très étroites et évoquent un pont de bateaux comme autrefois. Ce sont les zodiacs des excursions touristiques. Il serait très tentant de descendre me baigner. Mais le temps presse, il faut arriver au site archéologique de Nora le plus tôt possible. A midi, les sites sont des fournaises. Après Tuerredda, la route s’enfonce dans la verdure. Aux alentours de Chia les villages de vacances et les campings se cachent dans les pinèdes. Les bords de la route sont très fleuris de lauriers roses, d’agapanthes et de massifs de lantanas.
Après Chia, nous retrouvons la SS195 Sulciana et arrivons à Nora.
Site archéologique de Nora
La visite en Italien vient de commencer, je la prends en route. On peut aussi télécharger une application sur le smartphone et visiter librement avec les commentaires en anglais ou en français.
Quand j’arrive, le guide, coiffé d’un panama, parle du site nuragique. Les capanne étaient en bois, boue et roseaux qui, bien sûr, n’ont pas laissé de trace. On peut tout juste retrouver l’emplacement des anciens poteaux.
Comme Sulky, Monte Sirai, Nora fut phénicienne puis punique mais ce sont les monuments romains les plus visibles. Nora fut abandonnée et cachée par la végétation jusqu’en 1950, mise au jour par Gennaro Pesce. Depuis sa découverte les universités de Cagliari, Padoue, Milan et Gènes envoient des étudiants poursuivre les fouilles.
Sur le forum les goélands sont vigilants
Le Forum Romain est constellé de plumettes et de duvet blanc, les poussins des goélands sont en train de muer. Les adultes sont agressifs avec les visiteurs, manifestement des intrus. La ville punique était construite sous le forum. On reconnait le bâti carthaginois par l’emploi de gros moellons « appareil africain/opus africanum ». Andréa, le guide nous montre : « devant vous vous avez un peu de Carthage. D’ailleurs, Carthage est plus proche de nous que Sassari. » je vérifierai cette assertion avec Googlemaps quand nous chercherons une station de lavage pour la Lancia « autour de nous » et que google me proposera un garage à La Goulette.
Nous déambulons sur une rue romaine bien dallée, bombée à l’axe, pour évacuer les eaux de ruissellement, et, équipée d’une canalisation d’égout (cloaque). Andrea soulève le regard (moderne) le cloaque romain est en état.
Un petit théâtre romain est bien conservé.
Théâtre
Du petit temple (230 après JC), il ne reste plus qu’une seule colonne sur les six ; Curiosité : l’autel est situé devant la colonnade alors qu’il est normalement caché à l’intérieur du sanctuaire. Devant le temple une mosaïque.
Temple d’Eshnoun/Esculape est situé à l’extrémité de la presqu’ile. Il était décoré de marbre, on a retrouvé de motifs de disque et de serpent
Le guide insiste sur le fait que la population de Nora était multiethnique et que les multiples influences se retrouvent mêlées dans la vie quotidienne : on a retrouvé des écritures puniques sur des plats romains. Plusieurs religions co-existaient. Plusieurs langues y étaient parlées y compris l’Egyptien. Sur l’architrave d’un temple, Andrea montre le cercle représentant Râ protégé de 15 urei (cobras égyptiens), ces figures sont à rapprocher des scarabées égyptisants étaient également fabriqués en Sardaigne que nous avons vus dans le musée de Sant’Antioco. Septime Sévère qui a règné de 193 à 211 est né à Leptis magna en Lybie était lui-même africain ; il parlait le berbère, le punique, le latin et le grec ; il fut en poste en Sardaigne.
Sous les arbres la via sacraa dallée de basalte relie les temples à la ville
Les maisons romaines étaient parfois luxueuses comme la Casa tetrastyle (quatre colonnes soutenant le toit de l’atrium). Ses mosaïques ont été réalisées par des artisans nord-africains (IIIème siècle ap.JC) la taille minuscule des tesselles atteste de la qualité du travail ainsi que la finesse des motif. On reconnait une néréide. Plusieurs pièces furent ainsi décorée.
Nora possédait cinq établissements thermaux. L’un d’eux a servi de forteresse pour protéger le port des attaques des Sarrazins. Ce sont ces derniers qui ont causé la perte de la ville au VIII ème siècle. Occasion pour le guide de rappeler les différentes fonctions des thermes : sportive, hygiéniste mais surtout sociale. Il nous montre les différentes salles : frigidarium, caldarium, tepidarium et même solarium. L’eau était recyclée dans les latrines collectives et en plein air.
devant le port, les thermes et les colonnes de la villa tetrastyle
La promenade se termine au temple de Tanit dont il ne reste rien et par la nécropole.
Ce fut une belle visite, plus d’une heure et demie grâce à la « fraîcheur », en cas de chaleur Andrea raccourcit. Il nous recommande le site http://www.nora>.it et e-archeo.it. Le premier offre une visite virtuelle éblouissante.
Dominique a trouvé un endroit charmant au port près du Centre de Récupération des Tortues
Au programme de la journée, nous avions prévu la visite du Musée de Pula, la Torre del Coltellazzo et celle de l’église de Sant Efisio. La tour est en restauration, l’église n’ouvre que le dimanche, le musée fermé. Cela change !
Mosaiques et tour de coltellazzo
Nous cherchons une plage pour le pique-nique et se baigner. Nous quittons la Sulcitana à Chia dont le guide Vert chante les louanges. Les plages sont difficiles à approcher. Les parkings ombragés ou pas, sont chers. On hésite à payer le tarif « journée » pour un bain d’une demi-heure. Belles plages de sable mais aujourd’hui il y a des vagues. Sur le sable très blanc, l’eau a une couleur menthe glaciale. Je me baigne au pied de la Tour de Chia.
La piste sableuse qui va au Capo Spartivento passe au bord d’un étang, plus loin on devine des dunes très blanches et des plages aménagées très luxueuses (personne sur les lits). Le drapeau rouge est hissé à cause des vagues. Je me promène les pieds dans l’eau, m’écarte du maître-nageur pour faire une courte baignade. L’eau est peu profonde, la taille des vagues raisonnable. Au petit port de Tuerredda nous cherchons un restaurant pour jeudi. Le premier, pieds dans l’eau, L’Antica Pescheria nous plait beaucoup, mais jeudi est jour de fermeture. Une piste monte vers le Capo Malfatano, montée très raide, bravo à la courageuse Lancia Ypsilon, puis jolie descente mais nous sommes récompensées. Il y a un restaurant de poisson Riccio Bianco qui prend la réservation