Nous aurions aimé suivre l’aqueduc de Zaghouan, mais les arches ne sont visibles qu’à une quarantaine de kilomètre sur la route de Tunis. Nous préférons visiter la ville de Zaghouan, ses petites rues en pentes, ses portes cloutées, le plus souvent bleues, parfois jaunes ou beiges. Bougainvillées, jasmin dégoulinent des murs blancs ?
Souvenir d’Andalousie, les balcons, les ferronneries ? Fenêtres à moucharabieh. Fontaines de céramique. Plusieurs minarets pointent vers le ciel dont un compliqué. J’arrive sur une petite place où sont installées de nombreuses terrasses de cafés. Portes bleues, chaises bleues, tables bleues. De nombreux clients (clientèle masculine exclusivement). C’est pittoresque, sympathique presque aussi joli qu’à Sidi Bou Saïd.
Mou Chat rabieh….
Nous sommes retournées au Temple des Eaux , espérant le voir au soleil, il est déjà à l’ombre !
Temple des eaux l’après midi
Nous rentrons tôt pour profiter du cadre agreste de Dar Zaghouane, des vergers de l’hôtel. Une conférence écologique de Switchmed qui est une initiative de l’Union européenne pour soutenir des tout autour de la Méditerranée pour soutenir des programmes de développement durable et d’économie circulaire aussi bien les 28 pays de l’Union Européenne que 15 pays s’étendant de la Maurétanie à la Syrie, la Palestine, Israël, le Liban ou l’Albanie, Macédoine ou Turquie….Cette conférence a un certain retentissement médiatique, nous avons vu arriver les camions de la télévision.
Citron sous notre fenêtre
Dar Zaghouan se présente comme une ferme-auberge écolo : restaurant bio, verger et cultures maraîchères autour des chalets, grands panneaux solaires au-dessus du restaurant. Diverses activités sont proposées dans la montagne proche : randonnées à pied, à cheval, en quad(c’est écolo le quad ?), une « huilerie » et une distillerie d’huiles essentielles (qui sont plutôt des magasins) une piscine, un hammam.
Les restaurants, beaucoup de tables dehors, deux restaurants intérieurs, ont une grande capacité. C’est chic, le restaurant est meublé d’objets anciens de très bon goût. Nous avons dîné aux chandelles tandis qu’un beau feu de bois réchauffait la salle (on est en décembre). Le repas est très copieux ! soupe, salade, plat et fruits mais la gastronomie laisse à désirer. Après le raffinement de la cuisine des chambres d’hôtes les spaghettis sauce tomate et la grillade de dinde très quelconque et un peu brûlée, ont un goût de cantine. Les salades bio et les fenouils viennent du jardin mais il manque quelque chose dans l’assaisonnement. Le lendemain, délicieuse chorba et salade poivrons grillés très épicés ‘ont fait manger beaucoup de pain, l’agneau mijoté est nettement meilleur que la brochette.
Dar Zaghouan : salle à manger
La restauration est celle d’une grosse structure est un peu décevante. L’hébergement de notre Suite Mandarine nous a enchantées. Petit chalet brique et bois, avec une terrasse carrelée. Meubles très simples mais lit King Size très confortable, une douche bien chaude, un radiateur électrique. TV5 Monde, des lampes de chevet. Par les deux fenêtres dans les amandiers, le va-et-vient des oiseaux nous a charmées. Les moineaux sont ébouriffés dans le froid du matin.
C’est donc une étape reposante, confortable ais dans une ambiance « hôtel ». Toutefois, une rencontre intéressante avec les gens de Switchmed. L’écologie peut être rentable et commerciale semble proclamer Dar Zaghouan qui affiche ses partenariats avec les écoles, les associations sportives locales (même féminines) mais facture 3 dinars la bouteille d’eau.
Zriba est le village berbère le plus proche de Zaghouan sur la route en direction de Tunis, on trouve d’abord a zone industrielle de Zriba, puis la petite ville moderne de Zriba qui est une bourgade comme tant d’autre. Appel à la prière du vendredi, commerces, cafés…plus loin la route continue sur Hammam Zriba réputée pour ses eaux thermales et ses hammams. Il faut bifurquer sur le pont et monter quelques kilomètres pour trouver l’ancien village : Zriba la Haute. A l’entrée se trouve l’école du temps de la colonisation, en face quelques fermes sont encore occupées par des bergers, avec des maisons voûtées, hémicylindrique. Un troupeau d’oies se dandine, un chien dort, deux jeunes hommes nous saluent en français, une femmes aux habits bariolés et fichu orange est assise devant sa maison fait mine de ne pas me voir photographier une très belle porte de bois sculpté avec une étoile de David.
Zriba : très belle porte
Le village abandonné est plus haut, adossé à un rocher pyramidal. De nombreuses maisons s’écroulent, certains sont encore debout. La mosquée au minaret carré terminé par un pyramidion, domine le village, elle a été restaurée comme le gîte d’étape-buvette fort bien équipé avec une terrasse meublée de fauteuils de bois et des chambres. Un générateur fournit l’électricité, il y a même la télévision avec un écran plat. On y sert jus d’orange pressé et café. Dimanche prochain, un groupe de randonneurs est attendu.
Zriba : mosquée
Le village a été déserté dans les années 60 pour la nouvelle Zriba en bas. Les bergers qui occupent les fermes ne sont pas les anciens habitants explique un monsieur descendu d’un pick-up. C’est le Président pour la Restauration du Patrimoine Rural de Zriba la haute. Petit à petit on restaure les maisons avant qu’elles ne soient irréparable. Ici ou là dans le village il y a de petits chantiers. Le monsieur est personnellement impliqué : il s’occupe de la maison de son grand père.
Zriba : mausolée
La Zaouia Sidi Abdelkader Jilani est toutes blanche, avec sa belle coupole aux tuiles vernissées vertes entourée de 4 petites coupoles. Le bâtiment est chaulé avec soin sauf la face où se trouve l’entrée carrelée de majolique, autour de la porte les parements sont ciselés avec soin : roses rosaces, bouquets de fleurs, entrelacs. Une délicatesse et un luxe dans le décor étonnant pour un si petit village.
Les rues sont praticables. Un escalier permet d’arriver au sommet juste sous le rocher pointu. La vue est à 360° sur l’ancien village, ses voûtes et coupoles et sur les alentours, et les oliveraies. En arrivant nous avions croisé un homme et une femme qui nous avaient dit qu’ils allaient aux olives. Plusieurs ânes entravés attendent à la base du village.
Au petit déjeuner le patron de Dar Zaghouan a consulté notre programme de visites : « trop chargé ! vous n’y arriverez pas ! ». Comme je lui ai parlé du blog, il offre gracieusement le guidage par le guide de l’hôtel. Nous déclinons cette offre, nous préférons l’aventure !
La matinée se déroulera donc sur le Jebel Zaghouan. Hier, apparition saisissante sur la plaine, silhouette d’une carnassière de canidé avec des pointes déchiquetées et un talon « broyeur » à l’arrière. La montagne culmine à 1295 m . C’est aussi le château d’eau pour la région, source de l’aqueduc apportant l’eau aux Thermes d’Antonin à Carthage.
Temple des eaux : bassin de décantation
Le Temple des Eaux est encore dans l’ombre, nous sommes les seules visiteuses. Le gardien se propose de me le faire visiter et j’accepte de le suivre avec joie. De 123 à 128 ap. JC a sévi une terrible sécheresse sur Carthage, l’empereur Hadrien décidé la construction de l’aqueduc, long de 132km qui débute ici ? Le Temple des eaux est un nymphée. La source se trouve dans la niche centrale, petit temple de Neptune, 25 m plus bas. Une galerie d’arcades abritait 12 statues de nymphes dans des niches plus petites. L’eau était décantée dans un bassin de marbre bris bilobé puis passait dans un conduit de pierre ?
petit temple d’Hadrien et Salambô : bouquet offert par le gardien
En dessous, se trouvait le Petit temple que le gardien attribue à « Monsieur Hadrien et Madame Salammbô ». (Une telle association est tout à fait étonnante, je n’en ai pas trouvé de trace nulle part). Les eaux se déversaient dans un bassin carré par 3 tuyaux et se déversaient dans le collecteur. Le gardien m’a aussi conduite à l’arrière du monument pour me montrer les carrières de marbre gris : on voit encore les encoches dans lesquelles les carriers plaçaient les coins. Le vieil homme cueille des fleurs : un bel hibiscus, des grains roses du faux-poivrier (Schinus molle), des bougainvillées violettes. Pendant que je note, Dominique remarque un aigle royal qui plane.
Faux poivrier
Jebel Zaghouan : Sidi Bou Gabrine
Jebel Zaghouan : sommet
Une route s’élève en lacets au flanc de la montagne du côté nord dans une garrigue touffue de lentisques pistachiers, chênes verts, caroubiers, des pins d’Alep ainsi que de grosses touffes rose de fleurs de bruyère arborescente. Elle est étroite il faut faire attention aux nids de poules. La Symbol grimpe très bien. Il ne faudrait pas rencontrer un véhicule en face. La première pointe du massif est coiffée d’une tour de ciment (tour de guet ?)Quand on s’en approche, la route prend une autre direction, descend franchit un vallon puis remonte en direction des antennes. On voit des vaches, et au dernier moment les bâtiments blancs de Sidi Bou Gabrine.
Sidi bou Gabrine
Juste au-dessus, il y a des tables et une aire de pique-nique. La route continue amis un panneau indique qu’on entre en zone militaire, circulation interdite. On s’arrête donc sur un épaulement : la vue est splendide.
14 heures, nous reprenons la route par Teboursouk et la route P5 de Tunis et Testour . Notre hôte du Dar Alyssa nous a fortement recommandé de visiter Testour, ville andalouse. Il nous avait mis un accompagnement musical de musique arabo-andalouse de musiciens de Testour. Le Guide Gallimard en fait également une description alléchante. Il nous reste encore 100km de route pour arriver à l’étape. On n’aura pas le temps de sortir de voiture et évidemment on ne verra rien !En revanche on remarque un changement dans la campagne aux alentours de Testour : les vergers ont remplacé les champs de blé. Oliveraies et aussi vergers d’arbres défeuillés : pêches ou pommes ou abricots ? et beaucoup de grenadiers.
Grenades, olives et mandarines autour de Testour
Sur le bord de la route, les étals sont artistiquement présentés : les grosses boules brillantes des grenades brillent, dans des caissettes, les olives ont diverses teintes : vertes, violettes ou noires, surtout des noires. On peut aussi acheter de l’huile en bouteille ou en bidon. Avec les mandarines, cela fait un bel étalage.
On pourrait couper par de petites routes vers le sud pour raccourcir le chemin au lieu de remonter presque jusqu’à Tunis. La carte est imprécise. Le GPS est récalcitrant. Nous interrogeons les passants et surtout les policiers qui nous conseillent tous de continuer la P5 en direction de Tunis jusqu’à Mejez-el-Bab puis la direction de Goubellat et El Fahs dans une campagne très plate. Nous passons près d’un lac presque à sec. Le Jebel Zaghouan domine la plaine. Nous nous approchons et cherchons le meilleur angle pour le photographier : ce sera à travers les branches d’un amandier.
Dar Zaghouane
piments bio
Plutôt hôtel que chambres d’hôtes, Dar Zaghouane est une assez grosse structure qui se présente comme une ferme bio où les enfants peuvent faire de l’équitation, les grands du quad ou des randonnées, il y a également un hammam (les eaux thermales du Zaghouan sont réputées. Des petites boutiques vendent des produits bio : huilerie, poterie. Restaurant bio (à prix élevés pour la Tunisie). On nous attribue la suite mandarine dans une maisonnette en bois qui a une belle terrasse dans les arbres. Tout le confort et une déco réussie. Nous avons l’impression de dormir dans le verger, nous pouvons observer les oiseaux.
On roule plein est, le soleil dans les yeux. Au rond-point du Kef, un épi de blé symbolise la culture céréalière. Les champs s’étendent à perte de vue jusqu’à l’horizon balisé de crêtes. De grandes ondulations caractérisent le relief. Quelques haies ou des eucalyptus signalent les rares habitations .
Bahra (30 km du Kef)
Vergers, oliviers sur les collines, reliefs couverts de forêt, nous offrent une distraction après la route monotone ; Des lauriers roses et des tamaris suivent le cours d’un ruisseau. L’oued Tessa est à sec , un beau pont de pierre s’est écroulé.
Les villages sont de plus en plus rapprochés ; On retrouve les cultures maraîchères. A la sortie d’El Krib, on voit un arc de triomphe.
Mausolée libyco-punique
Non loin le site de Dougga est perché sur une colline dans les oliveraies. Le site est immense, il y a très peu d’indications pour les visiteurs. Une visite guidée s’impose. A la billetterie, l’employé propose de téléphoner à la guide locale. Je la trouve au théâtre. Elle est occupée par un touriste italien qui ne souhaite pas partager. Il a commandé sa visite particulière de Tunis. La guide était prête à faire la visite pour deux. Une visite en Italien m’allait très bien. Il est intraitable.
Je me contenterai donc des panneaux dispersés sur le site que je recopie consciencieusement et de l’aide du Guide Bleu et de Gallimard.
Historique de Thugga
Arc de triomphe de Sévère Alexandre
Dougga est aussi appelé Thugga, nom d’origine libyque TBGG. Avant Rome, elle fut décrite par Diodore de Sicile . D’après une inscription en Libyque et punique on pense qu’elle était gouvernée par des notables (Sénat). Seuls monuments avant Rome : une nécropole dolménique et le mausolée lybico punique. En 46 av. JC les soldats de César reçoivent en récompense des terres dans la nouvelle province d’Africa Nova. Thugga devient donc une « commune double » peuplée de colons romains et d’une communauté locale civitas thugensis. Ces deux communautés n’étaient pas séparées, en installant une population masculine les mariages mixtes rendirent la fusion inévitable. Septime Sévère (205-256) les réunit. La décadence vers le 3ème siècle. Il faut attendre Justinien pour retrouver une activité constructive : forteresse byzantine.
Dugga : théâtre
Le Théâtre est adossé à la colline, inauguré en 168-169ap. JC pouvait contenir 3500spectateurs. « L’inauguration aurait été célébrée par Publius Marcius Quadranus, flamine d’Auguste divinisé, pontife de la colonne julienne de Carthage, admis dans les décuries par l’empereur Antonin le pieux »
Ces détails, parfaitement anecdotiques et inutiles me ravissent, « flamine d’Auguste divinisé… » me fait rêver !
Temple de Saturne
Derrière le théâtre un chemin mène au Temple de Saturne sur le rebord du plateau : 4 colonnes. En contrebas : une crypte (hypogée) avec des tombes : un cimetière chrétien.
Du petit temple de la Concorde il ne reste plus que 2 colonnes .
Le Marché achevé entre 180 et 192 possède une série de 10 boutiques, au centre sur un espace carré, une table des poids et des mesures, et, dans une niche, se trouvait la statue de Mercure.
La Place de la Rose des Vents relie le Temple de Mercure au Marché. Elle symbolise le rôle du dieu-voyageur de l’univers et dieu du commerce comme le marché s’approvisionne aux 4 coins du monde. La rose des vents est gravée sur la place, avec les 4 points cardinaux : Septentrion (N) Auster (S) Faonius et Volturnus autour du cercle on a inscrit le nom des vents
Capitole
Le Capitole(166-168) pendant le règne de Marc Aurèle et Lucius Verus. On y honorait Jupiter, Junon et minerve. L’apothéose d’Antonin le pieux enlevé par un aigle se trouve sur le tympan. Cette apothéose symbolise la divination de l’empereur.
Le Forum se trouve au pied du Capitole sur la place de l’agora numide qui était de terre battue. Peu avant 48 un incendie ravagea les boiseries et les statues, l’ensemble fut rénové . Sous le péristyle se trouvaient des mosaïques.
Les Thermes d’Antonin
Thermes d’Antonin (vus de l’extérieur)
« Comme son nom l’indique, les thermes ont été construits sous le règne de Caracalla (Marcus Aurelius Severus Antoninus)211-217 »
J’aime bien l’humour involontaire de l’écriteau !
Le bâtiment, vu de loin, est impressionnant avec ses murs arrondis. On y pénètre par des coursives non éclairées, de très petites entrées dans des salles ornées de mosaïques. Je ne reconnais ni vestiaires, ni salles froides ou chaudes. Rien n’est indiqué ; Si la guide avait été là….
Thermes d’Antonin (intérieur)
La guide, justement je la retrouve devant le théâtre à 13h15, elle vient de terminer la visite et me propose ses services. Trop tard ! j’ai déjà passé trois heures dans le site ! Nous grignotons des chips, l’œuf du petit déjeuner et des mandarines. La guide bavarde aimablement et m’indique le chemin pour arriver au mausolée libyco-punique. « il faut tourner après les latrines » dit-elle.
Le mausolée libyco-punique dans les oliviers
Je descend une rue antique un peu courbe et trouve les latrines près des Thermes du Cyclope(du nom d’une mosaïque du Bardo) . Ces latrines sont bien conservées avec le lavabo, la mosaïque et la rigole d’évacuation.
Le mausolée libyco-punique est une haute tour carrée coiffée d’un pyramidion. Dans les oliviers il a belle allure. Ses trois étages sont très différents.
De près je distingue les bas-reliefs avec des chevaux. Des inscriptions libyco-puniques lui ont valu cette appellation : elles se trouvent au British Museum, inscriptions bilinugues, elles ont permis de déchiffrer l’écriture libyque. Une hypothèse voudrait que ce monument fut un cénotaphe dédié à un prince peut être Massinissa.
Le Kef – Dahmani : trente km environ vers les sud-ouest par une route droite. Quand le relief est plat, les champs sont cultivés de céréales. Le blé est vert ou les champs sont labourés avec la terre à nu. Dans les pentes, des terrasses imperceptibles, bourrelets de terre suivent les courbes de niveau où poussent des buissons ou un rang d’oliviers. Un oued a raviné le sol. Des figuiers de barbarie ressortent, bien verts sur l(orange ou l’ocre. Au sommet des collines : des vergers d’oliviers ou d’amandiers.
la gare de Dahmani
Dahmani bourgade tranquille de 14.000 habitants. Sa jolie gare blanche et bleue, est derrière de grands silos à grain (un peu comme Courville en Beauce). Le carrefour principal est orné d’une fontaine en céramique et bordé de maisons coloniales à belle allure. Pour trouver le site, il faut prendre la route de Medaina – complètement déserte – et tourner à gauche 3km après la sortie du bourg.
Un grillage enclos le site. On voit qu’il est hérissé de blocs, deux ruines imposantes se découpent sur le ciel. Pas de billetterie, deux bâtiments récents qui ressemblent à ceux de tous els sites archéologiques, occupés par des ouvriers. Visite libre – gratuite – je suis la seule touriste, seule femme parmi tous les hommes présents ; Personne ne se porte volontaire pour me guider.
Althiburos : forum
« Votre nationalité ? » – « française ! » – « c’est pour votre sécurité ! » affirme un homme vêtu à l’européenne, anorak et bonnet. Il y a aussi une escouade de travailleurs en djellabas avec des binettes et des houes, pour désherber ou dégager des blocs ?
Un beau panneau métallique présente les fouilles. Un accueil sonore polyglotte : français, anglais, espagnol ou catalan est sans doute l’œuvre des archéologues de Barcelone. Il donne un historique de la ville : fondée au 6ème siècle av.JC , numide puis carthaginoise, elle s’est romanisée avec la création de la Province d’Africa Nova (46av.JC) obtient la condition de municipe sous Hadrien, située sur la route de Carthage à Theveste (Algérie), sous le nom de Municipium Aelium Augustum Hadrianum. Le site a été occupé après le passage des Vandales en 435 par les Byzantins puis les Arabes jusqu’à la période médiévale où ses habitants partent au village d’El Ksour.
J’ai suivi un chemin tracé entre deux rangées de cailloux pour parvenir au Théâtre avec deux étages d’arcades (il y a même les vestiges d’un troisième niveau). A l’intérieur des excavations que je ne comprends pas trop. Je devine les entrées arrondies pour les spectateurs, peut-être les coulisses ?
Althiburos : Capitole
A un carrefour, des bassins de pierre de grande taille, à la base d’un édifice carré, suggèrent une fontaine, monumentale, un nymphée. Les rues bien dégagées conduisent au Forum (voir texte 1908). Je reconnais le Capitole bâti sur une estrade : il reste un pan de mur avec deux colonnes plates aux chapiteaux corinthiens encadrant une haute fenêtre. Le forum est bien dallé, les colonnes du péristyle sont encore bien visibles – pas entières, bien sûr, la base ou le chapiteau à ‘emplacement de la colonne. En face sur un socle accessible par 3 marches, un bassin, puis une volée de 5 marche conduit à un petit temple aux colonnes cannelées. Est-ce le temple de Minerve cité par Cagnat ?
Deux piliers carrés très finement décorés, sont peut-être les socles de statues ou la base de l’arc de triomphe offert à Hadrien ? En plus d’Hadrien, Caracalla est cité dans les inscriptions. Je me promène dans les insulae sans reconnaître grand-chose. Les bases des constructions sont bien visibles mais je manque d’indices pour aller plus loin. Sur les rebords de la vallée creusée par le ruisseau qui fait ici un coude, je reconnais des habitations à étage qui me font penser au quartier Hannibal de Carthage (sans doute la ressemblance est-elle dans la topographie ?). Je n’ai pas trouvé le Tophet. Le ciel qui était gris se dégage. Il faut refaire toutes les photos.
Nous rentrons tôt au Kef ; il nous reste des petites choses à faire, courses à Monoprix, lessive (nous sommes parties depuis une semaine et avec le chauffage le linge sèche bien), photos à trier, mails et téléphone. De temps en temps il faut savoir se poser !
Le dîner est toujours aussi fin et cérémonieux : une salade de carottes cuites, ail, piment est décorée d’olives et de quartiers d’œuf dur. Soupe verte de légumes bien chaude (courgettes mais pas que) . Des feuilles de brick roulées avec une farce à l’œuf, persil, câpres, thon et olives. La dorade est désarêtée présentée avec une farce crémeuse de champignons frais, oignon. Au dessert : des mandarines.
A la fin du repas, Leila nous fait la conversation. Elle a été tenue au courant de nos visites et de notre passage à Dahmani par la police (nous avons montré nos passeports). Depuis que nous avons quitté Tabarka, nous avons été arrêtées à plusieurs reprises aux barrages. Pas par les policiers armés vêtus de noir qui nous laissent passer, mais par les gendarmes ou militaires, en kaki, qui réclament les passeports. Les papiers du véhicule ne les intéressent pas, contrairement à la police de la route. Leila confirme : nous sommes étroitement surveillées, et nous devrions nous en féliciter. Le Kef est en zone rouge pour le terrorisme du fait de la proximité de l’Algérie et surtout des montagnes qui ne sont pas sûres, martèle Leila. Avant 2011, on pouvait camper et pique-niquer n’importe où. Plus maintenant affirme-t-elle.
Le Kerf est une ville d’environ 50.000habitants, qui s’étage entre 700 et 800m d’altitude, adossée au Jebel Dyr. C’est une ancienne ville romaine, Sicca Veneria appelée ainsi à cause du temple de Venus ou Astarté. Fondée par les Libyens, elle fut contrôlée par Carthage et pendant la 1ère guerre punique elle accueillit en les mercenaires numides qui avaient réintégré le royaume de Massinissa. Elle fut annexée en 46 av. JC par Jules César.
Nous avons négligé l’histoire antique du Kef. Je me suis contentée de voir d’en haut de la citadelle les Thermes Romains au milieu des constructions modernes. Dans notre programme, il y avait bien écrit « temple des eaux » mais nous n’avons pas fait le rapprochement.
Le Kef : Kasbah place d’armes
Devant la Casbah il est facile de garer la voiture. A notre arrivée, le gardien se présente puis m’emboite le pas, on passe devant le Petit fort(1601), une rampe est bordée de canons turcs certains 17ème siècle d’autres 19ème. La poterne du Grand Fort construit par Mohamed Bey(1679) s’ouvre par une belle arche qui débouche sur la Place d’armes – vaste quadrilatère légèrement incliné où s’ouvrent les casernements des soldats, et une poudrière. Le Bey occupait la tour carrée aux belles fenêtres de bois. Le gardien m’entraine sur le chemin de ronde crénelé, percé d’ouvertures pour els tireurs ; certaines meurtrières ont une double orientation. D’une terrasse on découvre la Table de Jugurtha (rocher tabulaire qui vient juste cette année d’avoir l’honneur d’être inscrit au Patrimoine de l’Humanité de l’UNESCO.
Vue des remparts du Kef : mausolée Sidi Bou Makhlouf
De là on voit les Thermes Romains, la Mosquée Bou Makhlouf, et ses trois jolies coupoles, l’une d’elles est cannelée, son minaret octogonal avec une bande de zelliges. A côté : le cloitre de la Basilique Byzantine On peut aussi suivre le mur d’enceinte de la ville : autrefois, Le Kef était une ville close, les quartiers modernes ont débordé du périmètre de la ville ancienne et les murs n’existent plus vers le bas. Un beau parc surmonte le Parc Présidentiel de Bourguiba. En descendant, le gardien me montre la prison où Bourguiba fut incarcéré en 1948.
Le Kef : basilique vue des remparts
Comme je n’ai pas de monnaie, je laisse 10 Dt au gardien qui proteste qu’il n’est pas guide professionnel mais seulement gardien. C’est un excellent investissement parce qu’il va faciliter toutes les visites suivantes. Il hèle le gardien de la Basilique qui me fait entrer. Le narthex est soutenu par 6 colonnes rondes monolithes de granite coiffées d’un beau chapiteau corinthien. Les colonnes situées aux extrémités sont doubles. Les arcades sont soutenues par quatre piliers carrés et deux colonnes ovales, leurs chapiteaux sont plus grossiers (feuilles d’acanthe pas terminées, formant des lobes ou des pétales lisses). Quelques stèles historiées, des inscriptions latines se trouvent dans le cloître ; Il y a une collection lapidaire dans un jardin bordant la basilique. DE l’autre côté des « bains ». Le Guide Bleu parle de « basilique à auges » (les bains peut être ?) .
Le Kef : sidi bou makhlouf
Le gardien de la Casbah téléphone ensuite pour qu’on ouvre la Mosquée Bou Makhlouf . Devant la mosquée on a installé un café avec des tables basses, des cannisses. On pourrait aussi fumer le narghilé. Il est trop tôt. Pas de consommateurs, c’est trop tôt, les employés on mis très fort la radio avec de la musique profane. La « mosquée » est une zaouia, siège d’une confrérie soufie. Ce n’est plus une mosquée, on n’y fait plus la prière – trop exigu – selon son gardien qui me laisse photographier à mon aise les stucs et carreaux du 17ème siècle. Au détour d’un passage, sous une arche, dans la ruelle, un beau graff tout neuf daté 2017, deux hommes en turban et tenue traditionnelle, un grand et un petit jouent au basket, l’un d’eux a des lunettes d’aveugle et une canne. L’auteur possède une maison sous la casbah, émule du facteur Cheval, il a rassemblé des matériaux hétéroclites et a construit un jardin naïf avec des personnages et objets variés.
street art
Le Musée des Arts et Traditions populaires est installé un peu plus bas dans la Zaouia Rahmania Sidi Ali ben Aïssa construite en 1784 et servant de siège à la Fraternité des Rahmania. La visite est guidée et mon guide très intéressant. Visite double, le guide explique les structures, bâtiments puis commente les objets présentés.
Dans le Mausolée est enterré un saint. D’autres religieux y reposaient mais il ne reste que leurs noms sur une plaque de marbre.
L’exposition est consacrée aux parures féminines et au mariage. Les robes de mariées occupent deux vitrines. Celle du premier jour est à moitié verte, à moitié rouge, le vert pour le Paradis, le rouge pour le divorce. Sur une chaînes deux bijoux symboliques la main de Fatma pour la fille, le disque pour le garçon, les deux enfants que la mariée espère ; Dans l’autre vitrine, la robe du 7ème jour. La fête durait autrefois 7 jours et chaque jour la mariée revêtait une robe différente.
Tout autour, dans les vitrines, les parures féminines sont en or pour le mariage, en argent pour la vie quotidienne. Les orfèvres étaient juifs. Bracelets et anneaux de cheville : les anneaux de chevilles étaient lourd et pesaient jusqu’à 1kg. Certains étaient creux contenant des billes qui tintaient comme des grelots, la femme signalait ainsi sa présence. On voit ensuite les parures de taille, ceintures, lacets colorés, chaines porte-amulettes. La main de Fatma coexiste avec l’étoile de David, symbolisant la coexistence des communautés. Les parures de tête comprennent le voile de tête, mais aussi les tatouages berbères les boucles d’oreille. La jeune fille porte de petits anneaux au lobe de l’oreille percé. La femme mariée a de grands anneaux qui reposent derrière le pavillon de l’oreille. On peut connaître le nombre et le sexe de ses enfants en regardant les pendentifs (main de Fatma pour els filles, rond pour els garçons) La boucle est aussi un porte-amulette : dans le cylindre de droite, les 5 derniers versets du Coran, dans le cylindre de gauche, l’acte de mariage.
Salle de prière :
La coupole toute simple est soutenue par 4 gros piliers ronds. En dessous est dressée une tente nomade de poile de dromadaire mêlé à la laine de mouton et au poil de chèvre. Cette grande tente tient sur une « clé de voûte » de bois sculpté. Autour de la tente on a suspendu la gourde pour l’eau en poil de chèvre avec les poils, l’outre sans les poils, pour le lait, sert aussi de baratte. On transportait l’eau dans des tonnelets dont une des faces était plate pour le confort de la mule ou de l’âne qui les portait. Au mur : un tamis en boyau (comme les raquettes de tennis) beaucoup plus fin.
pour couvrir la bosse du dromadaire
La batteuse (jarucha) était une planche garnie d’éclats de granite. Un énorme chapeau de paille était destiné à la bosse du dromadaire. Ces animaux sont frileux, s’ils ont froid, ils deviennent agressifs. Un chameau agressif peut être dangereux, il pourrait tuer un homme.
Ecole coranique
harnachement du cheval
Elle a une acoustique excellente, mon guide récite un verset de Coran, l’écho le renvoie. Les élèves devaient être drôlement sages pour que le cours ne tourne pas à la cacophonie. Le thème est le cheval pour la fantasia. Le harnachement de cérémonie ne comportait pas moins de 20 pièces, cuir et tissus. Sur le dos du cheval on étalait une couche de cuir fin, puis une couverture de laine ou de feutre et enfin la selle de cuir.
Habitations des membres de la confrérie
Chaque pièce présente un aspect de la vie quotidienne.
La vaisselle de terre cuite n’était pas faite au tour mais au colombin. Certaines assiettes ou écuelles sont décorées de motifs de tatouages berbères. Pour les pots une technique de lissage était employée par les potières : elles enfilaient au bout des doigts une coquille d’escargot. Le stockage des aliments se faisait dans des jarres, les plus petites pour la viande et le beurre, les grandes pour les céréales qui se conservaient à la maison un an, de l’été à l’été suivant tandis que l’huile se gardait de l’hiver à l’hiver.
Un moulin à grain (1860) venant de France fut importé en Tunisie en 1884.
La boutique du barbier est reconstituée. Le barbier ne se contentait pas de couper barbes et cheveux. Il remplissait une fonction sociale : la politique se discutait chez le barbier…
Pendant ma visite, Dominique remarque un curieux personnage en burnous marron avec la main à la Napoléon et des lunettes noires d’espion. L’homme reste immobile et surveille toute la place. Il était déjà là hier. Un mouchard ? un espion ?
Je remonte à la Casbah où le gardien se tient encore avec son téléphone. J’exprime le désir de visiter la synagogue. Il m’accompagne jusqu’à la Ghriba dans les escaliers et ruelles de la médina. En bas, prévenu, se tient l’homme qui détient la clé. La synagogue est abandonnée depuis les années 80. Il faut question de la restaurer en 1994. Actuellement elle est livrée aux oiseaux (fientes) . Deux feuillets dactylographiés sont punaisés et racontent qui’l y avait une nécropole juive, en haut près de la basilique. Les Musulmans venaient prier sur els tombes juives pour appeler la pluie sur le Kel el Yaoud. Je suis étonnée d’apprendre qu’il existait des Juifs nomades. Rien en revanche sur l’extinction de la communauté juive du Kef. IL est noté aussi que le Kef fut le lieu d’exil des mercenaires cité dans Salambô de Flaubert (j’ai cherché le passage sans le trouver). Après avoir grimpé dans les ruelles blanches, je retourne au parking de la casbah où règne mon ange gardien et son téléphone ; Il ne se cache pas d’appeler la police : nous sommes sous bonne garde.
Nous achetons à Jendouba un pique-nique sommaire : bananes oranges et dattes ainsi que des yaourts.
La route passe par des champs cultivés de céréales, l’horizon est barré par des crêtes, montagnes à la frontière de l’Algérie toute proche.
Le Kef
Le Kef est une grande ville adossée à une pente, la médina, la kasbah sont sur la colline tandis que la ville moderne s’étale vers le bas.
Le Kef dar Alyssa
Dar Alyssa – la maison d’hôtes – est une maison de ville située derrière l’Hôtel de ville. Sa façade est crépie de rose. Autour de la maison de nombreuses plantes débordent de pots. Impression de luxuriance. A l’intérieur, cette même impression d’abondance provient d’une infinité de sculptures et de beaux objets : sculptures africaines, étains, collection de bracelets, pots, cuivres…On nous reçoit dans la pénombre. Dans un bassin, une cascade murmure. En décembre c’est un peu étonnant mais il faut imaginer la canicule de l’été : la présence de l’eau rafraîchit et me rappelle La Maison de la Cascade d’Utique.
Nos hôtes nous réservent un charmant accueil et nous conseillent pour demain la visite d’Althiburos – site archéologique introuvable sur nos guides mais que GoogleMaps trouve à côté de Dahmani. Ici la Wifi marche parfaitement bien.
Le Kef
Notre chambre a un joli décor aux tons blancs et gris et une belle salle d’eau.
Nous montons à la Casbah qui est un grand fort avec une tour carrée avec une fenêtre à moucharabieh de bois qui dépasse. Le portail est imposant avec son arche maure. Le long de la muraille on a dégagé un autre mur. Tout autour des couples attendent le coucher du soleil. La vue est dégagée sur toute la région. L’horizon est se découpe en plusieurs lignes de crêtes. Le ciel est barré de bancs de nuages donnant un éclairage théâtral. Le soleil fait briller un petit minaret carrelé de noir et blanc à côté de coupoles qui prennent une teinte rose.
Le Kef : coucher de soleil
Une mosaïque de terrasses se trouve à nos pieds. Les pointes acérées des cyprès font des découpes graphiques. Près de nous un chapiteau corinthien devient orange ainsi que la toge d’un romain sans tête. Nous n’attendrons pas le final : il faut redescendre avant la nuit pour ne pas nous perdre. Evidemment on se perd quand même, suivant une rampe cimentée qui longe la médina mais se termine par un escalier. Demi-tour hasardeux.
Diner gastronomique
Dar Alyssa : salle à manger
Servi à 19h30 dans la salle à manger meublée de buffets rustiques, su lesquels on a déposé des ustensiles de cuisine en cuivre, belle collection digne de la cuisine d’un château. La chorba dans une coupelle, est au poulet, orge et pois chiches. Le plat de salade de jeunes fenouils très tendres est parsemé de miettes de thon et décoré d’olives. Le brick à l’œuf est d’une légèreté magique. Le plat traditionnel kéfois le Bourizguène est de l’agneau au romarin accompagné d’un couscous sucré cuit dans le lait avec des dattes saupoudré d’amandes et de pistaches concassées. C’est vraiment succulent ! Nos hôtes viennent nous tenir compagnie ils nous expliquent que le Bourizguène est un plat traditionnel de fête pour célébrer le printemps et les agnelages. En effet l’agneau doit être très jeune la viande est fondante sans graisse ; Nous terminerons la soirée à bavarder avec Leila qui est aussi une voyageuse mais dans le genre associatif, militant pour un dialogue inter-religieux avec des sœurs ; Elle a même rencontré le Pape à Rome.
La route de Ain Draham et passe devant l’usine de la Société du Liège à la sortie de Tabarka. Elle monte dans les collines de la Kroumirie plantées d’essences variées : eucalyptus très hauts, lauriers roses, mimosas, chênes, résineux avec, au sol une broussaille de pistachiers et bruyère arbustive. Dans un creux, un lac de barrage a noyé un village. L’oued passé sur un pont métallique est bien en eau. Les chênes liège poussent sur les hauteurs, certains sont vraiment magnifiques ;
la petite route de Beni Mtir dans la chesnaie
Après Ain Draham, bourgade en pente, nous quittons la route principale pour la petite route de Beni Mtir qui serpente dans une très belle chênaie. Dominique a lu dans Gallimard (p223) que « sous un chêne millénaire de la ville de Fernana, les chefs kroumirs se réunissaient pour décider s’ils paieraient l’impôt au bey. Si les feuilles frémissaient la réponse était négative…. » séduites par l’anecdotes, nous cherchons le « chêne millénaire » qui figurera sur l’album-photo. Ce casting nous ravit !
Beni Mtir
Béni Mtir est un charmant village avec des restaurants et cafés avenants et surtout une église avec un clocher pointu et des maisons aux toits de tuile à double pente, on se croirait en France ! Il y a quand même une grande mosquée pour faire bonne mesure ! La route de Fernana rejoint la route principale et passe par un par un paysage raviné et plus pelé. L’oued Ghezala passe à Fernana. C’est la pause du thé dans le ramassage des pommes de terre.
Bulla Regia
Bulla Regia : via Augustina
Le site de Bulla Regia se trouve à quelque distance de la grande route.
A l’entrée du site une femme me propose une visite guidée pour moi seule. Elle me prévient la visite durera au moins une heure (elle en a duré deux). J’accepte avec joie.
Le site immense (80 ha) se trouve sous la montagne ocre où se trouvaient les carrières de la pierre à bâtir de la ville antique (Jebel Rebia 649m). Seule ¼ de sa surface a été fouillé. En 1853, seule la haute fenêtre et le sommet du théâtre, étaient visibles.
L’occupation de la cité est ancienne : 129 dolmens sont datés d’un millénaire av. JC
Bulla Regia : thermes de Julia Memma
Cité royale numide : la population d’origine libyque fut sous influence punique : les Carthaginois utilisaient le bois des forêts proches pour la construction navale, le blé et l’orge. En 156 av JC Bulla Regia fut une des capitales du royaume de Massinissa (238-148 av. JC). Les Numides étaient des tribus nomades sédentarisées. Massinissa s’allia à Rome contre Carthage, plus tard les alliances avec Rome furent fluctuantes (guerre avec Jugurtha). En 46 av.JC Juba 1ers’allia à Pompée contre César et ce fut la fin du royaume numide.
Bulla Regia était donc une ville neutre, oppidum liberum. Par choix, insiste la guide, les Numides se sont romanisés et la ville a été remodelée avec une architecture romaine. Ville libre sous César, municipe sous les Flaviens (56-96 après JC) colonie romaine sous Hadrien (117-118). Les numides sont devenus sénateurs, consuls, procurateurs. Au sénat de Rome ils étaient très nombreux. Le Romains exportaient le blé, l’huile, le bois et le marbre de Chemtou. Bulla Regia était aussi une source de bêtes sauvages pour les jeux des arènes, jusqu’au 20ème siècle on a vu des lions et des panthères en Tunisie. L’apogée de la ville fut sous Septime Sévère (146-211) empereur africain né à Leptis magna. Le passage des Vandales n’a pas trop endommagé la ville qui fut florissante à l’époque byzantine ; Les Arabes s’installèrent à l’intérieur des thermes et du théâtre mais à la période arabe, la population se « décala » vers des villes nouvelles ; Les Ottomans favorisèrent Le Kef.
Mosaïque basilique chrétienne
Après l’exposé historique, la promenade dans la ville commence sur l’artère principale : La Route Impériale allant de Carthage à Hippone appelée aussi Via Augustina ou « sur les pas de Saint Augustin » itinéraire de randonnée. C’est à Bulla Regia que Saint Augustin – évêque d’Hippone prononça le fameux sermon reprochant aux habitants de Bulla Regia de fréquenter les thermes.
Les Thermes de Julia Memmia (220-240 ap. JC) s’ouvrent justement à proximité. On entre par des vestiaires très hauts, puis dans le frigidarium qui servait aussi de lieu de réunion des associations, il reste des placages de marbre de Carrare et des mosaïques au sol. La guide me montre les symboles des pourvoyeurs de bêtes pour les jeux.
voûte avec des tubes de céramique
Les voûtes de Bulla Regia font appel à une technique originale : des tubes de céramique emboités font coffrage perdu et procurent une bonne isolation.
Les villas souterraines
Villa souterraine
L’originalité de Bulla Regia réside dans les villas souterraines romaines cette construction originale correspond au climat très contraste de La ville située dans une cuvette abritée par le Jebel très : froid l’hiver avec le Mistral, la neige peut tomber, tandis que l’été est caniculaire surtout quand souffle le sirocco la température peut attendre 50°. Les riches romains ont investi dans des maisons doubles. La vie se déroulait en hiver à l’étage avec une salle à manger d’été, l’impluvium, les latrines et la cuisine tandis que sur le même plan, en hypogée on trouvait la salle à manger d’été souterraine fraîche pour l’été, les pièces se répartissent autour d’un patio ouvert. Les trois mois de grosses chaleur la famille descendait dans l’appartement du bas et menait une vie luxueuse tandis que les serviteurs restaient à l’étage.
On peut visiter plusieurs de ces villas : la Villa du Trésor : une cruche avec 70 pièces d’or byzantines.
Villa de la Chasse
La Villa de la Chasse (nommée d’après une mosaïque) est une villa luxueuse (2000m2) double puisqu’il y avait deux familles, le long de la rue où se trouvaient les égouts, se trouvent les latrines, puis une baignoire et enfin une piscine polygonale avec une fontaine en forme de coquille recouverte de mosaïque.
La maison d’Amphitrite a conservé de belles mosaïques. Pour la voir, il faut faire une petite escalade – le goût de l’aventure !
Mosaïque villa d’amphitrite
Les monuments de la ville
Autour du Forum on trouve le Temple d’Apollon, le Tribunal et le Capitole. Dans le marché, on voit 6 boutiques, deux bassins et une abside pour la statue de Mercure. A l’entrée du théâtre se trouvait une statue de l’empereur à tête amovible. lI se déroulait des spectacles mais aussi des conférences de philosophes. C’est là que Saint Augustin fit son discours en 398.
En passant la guide m’a montré une inscription en grec « En toi-même, mets tes espoirs »
Nous terminons la visite par le Jardin public entouré de bassins qui étaient des aquariums avec des poissons. La terre grise était celle des plates-bandes. Près de la route s’élève encore le Temple de Septime Sévère.
La guide montre le livre Bulla Regia de Moheddine Chaouadi, très bien illustré.
Je remercie la guide pour cette visite passionnante et prends ses coordonnées : AYADI Amel téléphone mobile 96 014 141.
Nous achetons à Jendouba un pique-nique sommaire : bananes oranges et dattes ainsi que des yaourts.
La route passe par des champs cultivés de céréales, l’horizon est barré par des crêtes, montagnes à la frontière de l’Algérie toute proche.
Petit déjeuner : délicieuse omelette avec tomates et herbes, sur un joli plat en étoile, délicieuse pâte à la noisette et bonnes confitures.
8h30 quittons la Maison d’Hôtes sous le soleil par la route d’Ichkeul et remarquons sur le lac les îlots herbus, d’où l’intérêt de passer plusieurs fois ! Au pied du Jebel Ichkeul la plaine est très très plate cultivée de champ de blé dans de grands champs avec des tracteurs. Les grandes meules de pailles sont sous plastique. Vers le sud, l’horizon se découpe selon une ligne de crêtes pointues.
Téléphone
Fleurs d’oranger en décembre
Mateur est une agglomération d’environ 20.000 habitants avec de nombreux commerces. La boutique Orange est une copie des boutiques Orange de France, même mobilier, même décoration. Trois jeunes femmes y travaillent. Une voilée, blanc et vert, un voile noir strict, la troisième, plus jeune, a une queue de cheval et des jeans serrés. Pour débloquer la carte Sim du petit téléphone que Djerba Autrement nous a prêté, la patronne me demande ma carte d’identité et refuse de le débloquer puis laisse les jeunes le faire d’un clic. Première opération réussie ! la seconde, équiper le téléphone de Dominique avec une carte Sim tunisienne. Instant d’émotion, va-t-il l’accepter ou se bloquer comme en Jordanie ? Soulagement ! On établit un contrat après photocopies du passeport. Tout se passe à merveille. Je bénéficierai même d’une promotion : bonus qui multiplie par dix le crédit, mais utilisable unique à l’intérieur de la Tunisie et pour une durée d’une semaine. Tout serait parfait si je n’avais pas égaré la carte SIM française, elles sont si petites maintenant que c’est facile de les perdre. Introuvable ! je secoue mon passeport, vide le porte-monnaie, vide tout le sac, les bonbons, les mouchoirs. Je suis dans la boutique depuis une heure. Dominique s’impatiente, elle entre et justement entend tomber quelque chose : la carte ; miracle ! retrouvée ! nous pouvons repartir. Nous avons enfin résolu les problèmes de téléphone, croyons-nous. Nous pourrons nous appeler l’une l’autre avec le bonus. A 13h lorsque nous arrivons à l’hôtel à Tabarka, c’est tout Orange Tunisie qui a buggé ! On a un téléphone tunisien, du crédit et on ne peut rien faire. D’autant plus que le bug s’étend au téléphone fixe et aux autres opérateurs !
Devant le lycée de Mateur, tous les élèves sortent pour une manifestation pro-Palestine très bien organisée.
la route de Mateur/Nefza 75 km
oliveraies
Plein ouest dans les collines de la Kroumirie. Les champs sont petits, pentus et piquetés d’arbres : oliviers, figuiers, cyprès, eucalyptus. Dans les vergers l’oliviers c’est la cueillette. La route zigzague. Nous doublons un pickup métallisé qui porte une véritable meule de paille attachée avec des sangles qui s’élargit en encorbellement vers le haut. Le même pick-up gris vient à notre rencontre avec un veau et une vache à l’arrière ?
pick up de paille
La montagne est pittoresque avec des figuiers de Barbarie (que Flaubert appelle des Nopals, et moi des Opuntia) bordant la route et les champs. Les eucalyptus forment une véritable forêt à l’arrivée à Sejnane, ville active (mines de plomb et de zinc). Le marché aux légumes occupe une partie de la route, suivi d’un marché de fripes le plus grand que j’aie jamais vu. On y vend de tout, des chaussures aux sous-vêtements. Des centaines de mètres de vêtements de seconde main. Le rond point est décoré de deux grandes cigognes en ciment.
Friche industrielle et nids de cigognes
En haut du minaret, sur les pylônes, sur la gare désaffectée, sur les poutrelles d’une installation industrielle, partout d’énormes nids de cigognes qui hivernent plus au sud en Afrique. Autour de Sejnane les petites maisons ont des toits à double pente couvertes de tuiles mécaniques rouges, ces tuiles soulignent de petits auvents. Héritage de la colonisation ou signe d’une météo plus pluvieuse que dans le reste de la Tunisie ? Un lac de barrage est desséché. Nous traversons une première forêt de chêne-liège, troncs noircis, trace d’un incendie. Un viaduc ferroviaire traverse une vallée, puis un joli petit lac. La route est maintenant bordée de mimosas ? Sur la carte un grand lac de barrage s’étend avant Nefza : bien à l’étiage alors que nous sommes quand même en décembre. Après Nefza, la route descend sur Tabarka.
Tabarka : Le Méhari
la plage de Tabarka vue du balcon
Avant l’entrée de Tabarka, la route touristique dessert les hôtels. Généralement nous fuyons ces hôtels-usines de milliers de chambres entourés de pelouses. Il y a même un golf. Les golfs en pays de sécheresse me mettent en colère. Nous n’y logerons qu’une seule nuit. Le Mehari a des centaines de chambres (la nôtre est la 3320), des kilomètres de couloirs, deux piscines, l’une couverte et chauffée. Notre chambre est bien 4*, très vaste claire, confortable. Murs blancs, rideaux beiges à rayures rouges, deux lits jumeaux recouverts de rouge, une tablette de marbre sous la glace, kilims rouge et gris, mais surtout un grand balcon juste au-dessus de la plage de sable où déferlent les rouleaux puissants.
Visite touristiques
Négligeant les citernes antiques, l’une d’elle est transformée en basilique, et le fortgénois, nous allons voir les Aiguilles : banc de grès découpé par l’érosion formant une dizaine de triangles à la pointe très effilée. Des coulées de rouille leur confèrent une teinte orangée et protègent les faces du vent et des embruns qui criblent de trous les endroits où la rouille est absente, formant ainsi des coulures, piquetis et des formes étranges. Promenade agréable en bord de mer, un peu trop urbanisée avec de grands lampadaires disgracieux et des gardes-du-corps peu discrets. Belle vue sur l’île Tabarque et son fort génois doublé d’un phare.
Les aiguilles de TAbarka et l’île Tabarque
L’île est reliée à la terre. Son histoire est mouvementée : le roi Hafside vaincu par Charles Quint, l’avait gardé en sa possession ; il l’échangea contre le corsaire Dragut prisonnier d’une famille génoise. Charles Quint afferma Tabarka aux Lomellini qui construisirent un puissant fort et s’y maintinrent deux siècles. Les Génois y développèrent le commerce du corail, de la pêche et des produits locaux. Les histoires de corsaires se poursuivent….. Dragut est mort à Malte pendant le Grand Siège en 1565 sur les murs du fort Saint Elme ! Elle fut prise en 1781 par les Français.
Revenant des Aiguilles, passant devant les étals des marchands de souvenirs je file devant les propositions des vendeurs de colliers de corail. Leur table est pleine de collier de perles roses ; Les prix tellement alléchants que je les avais snobés, pris pour du faux, (peut être le sont-ils, comment savoir ?).
Autre spécialité locale : le liège -exploitation des forêts de chêne-liège dans les hauteurs : bouchons, plaques isolantes, semelles. Un vieil homme au marché des souvenirs vend des « rochers » en lièges sur lesquels sont fichées des cigognes en plastique, ensemble hideux, terriblement kitch et surtout intransportables en avion par les touristes.
Retournons à la recherche d’une boutique de téléphone. On nous l’indique « après la statue de Bourguiba ». Le grand homme est assis, son chien à ses pieds. Il fut assigné à résidence à l(hôtel de France en 1952.
Rien à faire chez Orange : leur magasin est aussi en panne.
Balade d’une bonne heure, les pieds nus dans le sable fin. Je roule mon jeans et laisse la vague me mouiller jusqu’au mollet. L’eau est tiède ? Les rouleaux ont une belle couleur menthe glaciale.
Je profite pendant une heure de la belle piscine pour moi toute seule, sous une verrière dépolie hémicylindrique.