La route de Tambacounda

CARNET DE CASAMANCE

Amarante
Amarante

le matin à MBour

6h ; le muezzin m’a éveillée. Nous allons regretter notre case rouge au  plafond de paille, son ventilateur à trois pales, décoré de rouge avec des motifs d’avions (peinture artisanale ou collage d’un wax ?) Rideaux, couvre-lits sont du même tissu à dessins géométrique blancs sur fond rouge. Un grand batik rouge représente un enfant. La salle de bain est carrelée de rouge, même l’abattant des toilettes est rouge.

MBour, pirogues
MBour, pirogues

7h15 :  les oiseaux fêtent le lever du jour. Promenade sur la plage. De nombreux hommes font de la gymnastique pour entretenir une musculature impressionnante. Un vieil homme, assis sur un billot de bois, lit le Coran. Devant un café de plage, on brûle des déchets sur un petit feu où chauffe la bouilloire du thé. Des hommes courent. L’un d’eux, un peu rondouillard, essoufflé, s’arrête à mon niveau, me demande une photo « je suis lutteur » annonce-t-il fièrement. Après un cap, la plage change d’aspect, elle est couverte de belles pirogues, peintes de dessins colorés, certaines ornée de petits drapeaux français ou belges fichés sur la proue. Des chats traînent à la recherche des restes. Quatre hommes écorchent un oiseau marin comme si c’était un lapin. La plage, ici est jonchée de saletés, les égouts s’y déversent. Contraste avec la plage des hôtels, gardée par les vigiles.

La Gambie taxe de façon inconsidérée les véhicules sénégalais qui tentent de la traverser (17km).  Aujourd’hui, la frontière est fermée. L’itinéraire est donc modifié : nous ferons un grand détour pour la contourner, nous ferons étape à Tambacounda. Le départ est fixé à 10 heures.

Baobabs sur la route
Baobabs sur la route

La RN1, route vers le Mali est bondée de lourds camions le plus souvent maliens qui emportent la marchandise à Dakar, désenclavant ainsi le Mali qui ne dispose pas d’accès à la mer. Au mois de février, la campagne est sèche. Les diverses silhouettes des baobabs défeuillés font l’attraction du voyage. Dans les villages il y a partout de petits marchés ou des vendeuses de fruits : melons, oranges. Je remarque les vergers de manguiers mais c’est trop tôt dans la saison.

Fatick : deux aigrettes dans les salines
Fatick : deux aigrettes dans les salines

Après Fatik la RN1 n’est pas praticable, on s’engage dans un grand détour vers le nord jusqu’à Diakhao. On traverse des marais salants (le sel est vendu sur le bord de la route), ensuite de vastes étendues très plates grises, inondables. Des plantations d’eucalyptus y prospèrent. Des buissons bleutés leur succèdent avant de retrouver des baobabs et des graminées sèches. Les zébus en troupeaux sont nombreux ainsi que les ânes en liberté. Les villages sont composés de cases recouvertes de chaumes aux toits à 4 pans. Le plus souvent les concessions sont entourées de murs en paille tressée. Seules les petites mosquées sont construites en ciment. Le progrès et le ciment n’ont pas encore défiguré ces villages sous les baobabs. A Diakhao un écomusée est indiqué – fermé –  Un homme aiguise sa machette à une borne kilométrique.

Retour sur la RN1 à Kaolack où on voit une grande mosquée avec deux minarets. Nous déjeunons au restaurant Le brasero   tenu par un supporter de l’OM qui a décoré aux couleurs du club, mais les affiches les plus récentes sont de 1993. Le plat du jour : poulet yassa.

village et baobabs
village et baobabs

Sur les bords de la route nous voyons un grand tas d’écorces d’arachides. Arrêt-photo : quelques hommes et femmes attendent sur le bord de la route. Des chevaux et des chèvres sont à l’ombre des grands baobabs. Dès que j’approche j’entends « toubab ! »Une volée de petites filles sort de la palissade. L’une d’elle porte un très petit bébé « cadeau ! Bébé cadeau ! », Elle me tend le bébé pour que je le tienne dans mes bras. Je n’ai pas de cadeau à leur offrir, nous avons bien des peluches mais elles sont au fond du coffre de la voiture. Les petites filles m’escortent, suivies bientôt d’autres. Mor sort un billet de 500F et leur dit de partager. « il faut acheter des bonbons » dit-il.

Au village suivant, nous achetons pour 5000F un gros sac contenant de nombreux petits et deux gros sacs de sucettes.

La carte signale des monuments mégalithiques. Nous en trouvons dans un village. Les habitants sont tous d’accord pour dire que c’est très vieux mais je ne tirerai rien de plus précis. Mor commence la distribution des sucettes.

mégalithes
mégalithes

Sur la route un camion est en panne. La remorque est décrochée. On aligne le chargement en faisant un mur de sacs.

 

Arrivée vers 17h à Tambacounda à l’hôtel Le relais de Tamba ; il fait une chaleur écrasante frôlant les 40°C,  le voyage a été long, je n’ai qu’une envie : nager dans la piscine pour me rafraîchir. La chambre donne sur le patio de la piscine. Nous avons le confort moderne mais la déco est funèbre : de grandes draperies violettes, une chambre très sombre n’incite pas à la gaieté. On se croirait à la morgue. Nous nous installons dans le patio. On ne rentrera que pour dormir.

La piscine, indispensable au dessus de 40°C !
La piscine, indispensable au dessus de 40°C !

Joal – poissons – Fadiouth – île aux coquillages – pirogue au coucher de soleil

CARNET DE CASAMANCE

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la grande pêche

Traversant Mbour, Abou, nous explique que le M ne doit pas se prononcer mais qu’il n’est pas muet pour autant. Mbour avec ses 150 000 habitants est un grand port de pêche jumelé avec Concarneau. D’un urbanisme assez diffus, le centre-ville ancien se repère au caïlcédrats de chaque côté de la rue. Une foire et des marché ont envahi les bords de la route : tissus, canapés, étals alimentaires où l’on vend les produits locaux mais aussi d’importation : les clémentines viennent du Maroc, les pommes d’Europe.

La route passe par des stations balnéaires. Un grand complexe est fermé : crise économique, peur d’Ebola,  l’an passé a été catastrophique pour le tourisme.

 

Des palmiers très hauts et des baobabs dépassent des acacias dont il existe 2 sortes une espèce défeuillée aux branches rouges et une espèce qui garde ses feuilles en hiver.

En face de leur village de cases rondes,  des femmes vendent du lait caillé de zébu. Juste après, les zébus traversent la route. Leur robe est grise et leurs longues cornes sont effilées et recourbées.

Avant Joal, à Ngazobil, nous passons devant le séminaire où Senghor a étudié.

L’entrée de Joal est occupée par un marché local où on trouve de tout.

Le port de Joal

Cymbiums
Cymbiums

De nombreux camions frigorifiques attendent derrière la criée. La halle est vide, ce n’est pas l’heure et surtout les grosses pirogues ne sont pas sorties avec le mauvais temps. Sur la plage la « petite pêche » a rapporté des coquillages, on s’affaire autour des tas de Cymbium et de Murex. Les Cymbium, escargots de mer, sont gros comme des melons, leur chair grisâtre enveloppe la coquille. Ils sont découpés en grosses tranches qui sèchent au soleil et fermenteront plusieurs jours. Leur chair donnera du goût à la sauce. Abou les qualifie de « camembert sénégalais ». Les Murex sont décoquillés ; l’opercule est aussi récupéré, expédié à Dubaï il sera transformé en encens. Les monticules de coquilles serviront à faire de la chaux. Il faut faire attention dans la grande animation de ne pas se trouver sur le passage des dockers qui déchargent les coquillages de coquillage en courant la caisse sur la tête. Des femmes vendent des boissons, des arachides ou des beignets. Cette animation est plaisante.

murex avec son opercule
murex avec son opercule

Les grandes pirogues partiront ce soir pour la grande pêche.

Les fumeries de Joal

Une zone vaseuse sépare le port des fumeries. Pour gagner du terrain à bâtir en remblayant avec des ordures. Sur ces  infects polders de sacs en plastiques des maisons de parpaings se construisent déjà.

les fumeries de Joal
les fumeries de Joal

Plus loin, les fumeries, comme au port, pas de poisson, nous visitons les installations vides. Abou anime la visite en racontant la chaîne des travailleurs qui vient de cette activité. Les hommes déchargent le poisson qui n’a pas été vendu frais, surtout des harengs que les femmes rangent méthodiquement sur des grilles métalliques tendues au dessus des foyers de ciment. Les hommes après le déchargement deviennent les « bergers du feu » alimentant les foyers avec des fagots de branchages mais surtout de paille apportés par les paysans de la région. Les poissons ainsi fumés seront nettoyés par les femmes. Les femmes, payées à la bassine se font aider des enfants. On emballe la marchandise dans des cartons récupérés. Les harengs sont cuisinés avec des haricots. Les têtes de poisson sont pilées pour faire la provende des animaux, les zébus en raffolent. Les écailles servent d’engrais. On balaye soigneusement pour tamiser la poussière. Rien ne se perd. Cette activité qui semble traditionnelle n’a que 20 ans. Celui qui l’a initiée serait devenu millionnaire. Des centaines, peut être des milliers de gens vivent autour de ces fumeries.

Fadiouth, l’île au coquillages

la passerelle conduisant au cimetière de Fadiouth
la passerelle conduisant au cimetière de Fadiouth

La route de Fadiouth est barrée par une procession, les femmes devant, les hommes derrière. C’est donc un enterrement chrétien.  Chez les Musulmans les femmes restent à la maison. D’ailleurs, voici les hommes musulmans qui débouchent d’une autre rue pour présenter les condoléances. Fadiouth compte 90% de catholiques, 10% de musulmans, à Joal la proportion est inverse.

Tout les long de la visite de l’île aux coquillages, David, le guide local, répètera à l’envie, la tolérance et le vivre ensemble des deux communautés. A chaque fête les dignitaires musulmans sont invité à l’église et les chrétiens à la mosquée. Au cimetière de Fadiouth  ils sont réunis (dans des carrés séparés).

Nous avions déjà visité l’île par une matinée chaude et ensoleillée. Sous de gris nuages je renouvelle la visite. David raconte les coquillages, huitres, coques tandis que nous franchissons la passerelle qui relie l’île au continent. Seules les ambulances sont autorisées à y circuler. En dessous le courant électrique et l’eau approvisionnent l’île. De nombreux cochons pataugent sur les rives. Les truies en liberté sont suivies d’adorables porcelets roses, blanc ou tachetés. David explique longuement que ce sont les animaux des chrétiens, les musulmans ne les mangent pas « sauf les musulmans de gauche, tu m’as compris ?».Les rues sont tapissées de coquillages blancs, même les parpaings des maiosns contiennent une grande quantité de ces coques. La promenade serait très agréable sans l’insistance des vendeurs de souvenirs. Aujourd’hui je sui la seule acheteuse à l’horizon. Ils se donnent donc beaucoup de peine pour me convaincre d’acheter des assiettes en bois (j’en ai rapporté la dernière fois) des boîtes à bijoux en corne de zébu (jolie matière) ou des sculptures en ébène, bois bicolore, écorce claire cœur noir qu’on croirait verni. Le vendeur frotte avec un chiffon pour montrer le poli naturel. Il explique les profils de l’homme et de la femme qu’on peut disposer à sa manière….Je suis désolée de devoir me justifier de ne rien leur acheter, ils sont si gentils, mais cela va se reproduire tout le séjour.

les rue de coquillages
les rue de coquillages

L’église est très vaste avec sa couverture de tôle en pyramide, les bancs forment une sorte d’amphithéâtre (comme à la cathédrale de Créteil). L’île cimetière est reliée par une passerelle. Sa montagne de coquillage est surmontée d’une grande croix (lumineuse la nuit). Les baobabs du cimetière se détachent sur les coquillages. Des greniers à pilotis se trouvent sur l’autre rive.

Baobab du cimetière de Fadiouth
Baobab du cimetière de Fadiouth

Nous retrouvons Dominique dans la pirogue de Philippe, belle pirogue monoxyle de caïlcédrats qui vient de Guinée-Bissau. Le reconstitution de la mangrove est une protection du littoral contre l’érosion qui s’aggrave avec le réchauffement climatique. On nous montre les petites pousses de palétuviers plantées il y a juste  jours. Quel plaisir de côtoyer les oiseaux ! Un héron blanc d’une taille exceptionnelle, farouche s’envole avant qu’on ne puisse l’approcher. Un martin-pêcheur zèbre les feuillages de son éclat métallique bleu. Les hérons noirs sont très élégants. Bécasseaux et courlis se réunissent sur de minuscules îlots. Moins rares, les mouettes, sternes et goélands sont partout. « Ne gaspillez pas les batteries, vous les verrez de beaucoup plus près au reposoir ! » nous conseille David.

Le reposoir aux oiseaux
Le reposoir aux oiseaux

A la tombée de la nuit, des îlots de palétuviers deviennent des dortoirs peuplés d’espèces variées. Les pélicans sont les plus amusants avec leurs becs qu’ils déploient pointe en l’air d’un mouvement synchronisé. Aigrettes blanches, hérons noirs cohabitent avec eux. Des vols d’oiseaux se succèdent rasant l’île. Des centaines de mouettes ou de sternes. Spectacle fascinant que de suivre les groupent qui volent tous dans la même direction.

Le soir tombe. La grande mosquée avec deux minarets ouvragés comme de la dentelle se détachent à la pointe de Fadiouth. Les maisons basses en ciment sont hérissées d’antennes. Depuis qu’on a construit la passerelle eau et électricité arrivent dans l’île mais ils ne sont pas à la portée de tous. Les plus pauvres ne sont pas raccordés au réseau. Le ciel rosit encore, il se reflète dans l’eau calme. Nous le tenons, notre coucher de soleil.

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Au restaurant  Finio, Abou montre des photos spectaculaires d’un très beau coucher de soleil au reposoir. Mais les pélicans étaient absents !

Pour dîner : une très belle sole accompagnée d’une sauce verte à l’ail et au fines herbes. Pour dessert, une banane flambée.

Retour,

 

30Km dans la nuit noire à petite vitesse. Abou connait les traquenards, nids de poule ou ralentisseurs qu’il anticipe. En revanche les charrettes à ânes sont invisibles, on ne les découvre qu’au dernier moment.

Premier matin à MBour : Hôtel NDaali

CARNET DE CASAMANCE

couleurs sénégalaises
couleurs sénégalaises

7h19, les oiseaux ont couvert la rumeur des vagues qui m’avait bercée. Ma première visite est à la plage mais la fraîcheur m’a surprise. La mer est étale, vert opaline. Des hommes courent, survêtement chaussures de sport, d’’autres font des pompes et de la musculation. Je marche dans l’eau tiède. De grandes pirogues sont posées sur le sable.

L’hôtel N’daali est très coloré. De hautes cases rondes crépies de rouge-latérite, sont nichées dans une végétation luxuriante, mélange du rose-fuchsia des bougainvillées, du bleu des plumbagos, vert des grosses feuilles vernissées, orange d’inflorescences d’un arbre qui ressemble à un flamboyant, . les allées cimentées sont peintes de motifs ronds multicolores entre des places de coquillages entiers ou brisé d’une blancheur éclatante. Sur les murs de la paillote-restaurant, un damier à cases jaunes et brunes. Les plafonds sont doublés de rouleaux de paille en fins boudins luisants se prêtant à toutes sortes de décors. L’auvent est soutenu par des branches noueuses lisses et brillantes où sont suspendues des calebasses et des vanneries. Fauteuils, chaises et tables sont habillés de wax à dominante orange, motifs géométriques orange et noirs, masques et chasseurs stylisés noirs sur orange, damiers bordeaux-orange. La variété des couleurs et des motifs des wax africains me fascinent. De grands batiks et des statuettes de bois complètent la décoration.

Ndaali est construit en bordure de plage, on traverse deux terrasses ombragées, l’une avec tables et fauteuils, l’autre avec des lits de plages.

la terrasse
la terrasse

Au petit déjeuner – thé ou café – la baguette est cachée dans un panier profond au couvercle en forme de couvercle de tagine. La confiture de bissap n’est pas rouge comme je l’imaginais mais sombre comme la gelée de cassis dont elle a l’acidité et un peu le goût.

Pour aller à la banque je dois dépasser le » carrefour avec la route des charrettes « et dépasser l’hôpital où je trouve des petits se déplaçant en groupe portant des seaux de plastique comme des pots de margarine ou de mayonnaise. Une dame à qui j’ai demandé mon chemin me dit :

« Ce sont des mendiants, ils quémandent la charité »

«  la charité », mot qu’on n’emploie plus guère chez vous. Ces petits talibés sont si nombreux, ils ne s’approchent pas de mi, on ne les voit pas sur la plage non plus.

La plage est gardé par des vigiles en uniforme noir, ceinturon militaire, brodequins. Ni militaires, ni policiers, ils ont été engagés par la municipalité de Mbour. Nous avions vu les mêmes vigiles à la Somone autour des  grand hôtels-clubs, leur présence m’avait choquée. Elle s’étend maintenant aux petits hôtels comme N’Daali et Africa Blue où nous avions séjourné. La plage me paraît beaucoup plus propre qu’à notre premier passage (alors c’était dimanche, elle était plus fréquentée).

Abou, le Tour-Operator qui a conçu notre circuit, vient nous rendre visite. Il m’emmène à la Librairie Claire Afrique à Mbour pour chercher le livre de Mariama Bâ indisponible en France. Il est également épuisé au Sénégal. Le libraire, très sympathique me conseille autre autres bouquins. Conversation aimable : « Nous valorisons trop l’oral et pas assez l’écrit », se plaint-il. Il vend surtout des manuels scolaires et des classiques pour les lycéens. Il reconnaît l’effet bénéfique de la loi Lang sur les éditions francophone. Pour ma part, je lui promets de faire connaître les trois livres sur Babélio et Facebook.

retour de la pêche en face de l'hôtel
retour de la pêche en face de l’hôtel

Retour 11h30 sur la plage où des pirogues colorées abordent face aux hôtels. Des enfants aident les pêcheurs à tirer leurs filets. Je filme la scène et dessine les enfants souples et fins qui courent partout, font des démonstrations de roue et de roulades. Au milieu de l’eau l’un d’eux danse au son des tambours.

Déjeuner à l’hôtel N’Daali où nous sommes en demi-pension : crevettes sautées à l’ail et au basilic ou crevettes en beignets puis brochette de lotte ou thioff. Le thioff(mérou blanc) est un poisson allongé un  peu sec. Les plats sont servis avec des petits légumes : courgettes, carottes et haricots succulents.

L’écharpe des jumelles – Mamadou Samb

FESTIVAL SÉNÉGALAIS

DT Bénin 2009 332GAND POPO - Copie

Merci au libraire de La  Librairie Claire Afrique de MBour, qui m’a recommandé ce livre.

C’est exactement le roman qu’il fallait pour un circuit en Casamance!  Nous sommes passées à Kolda où se déroule une partie du livre, à Ziguinchor et nous avons pris le ferry pour rentrer à Dakar. Heureusement le nouveau ferry Aline Sitoé Diatta.

C’est l’histoire du naufrage du Joola (2002) qui a fait près de 2000 victimes. C’est aussi l’histoire tragique des jumelles peulh Awa et Adama. Elle commence comme un roman d’amour. Un jeune vétérinaire de la ville débarque pour soigner le bétail du village, inexpérimenté, les vaches le ridiculisent, Adama lui explique comment s’y prendre, pour la remercier, il lui offre l’écharpe qui donnera le titre du roman.

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Mais l’amour ne fait pas partie du quotidien des adolescentes du village. Elles sont promise au mariage très jeunes. Mariages précoces et forcés, polygamie, les jeunes filles n’ont pas leur mot à dire. Leur seule richesse, leur virginité. Et si elles la perdent c’est toute la famille qui est couverte de honte, la mère en mourrait…On fait moins cas de l’avis de la jeune fille que des génisses que le promis apportera. L’histoire est  un réquisitoire contre ces traditions misogynes.

C’est aussi un document racontant les fêtes de circoncision, de mariage, la vie au village… et cela m’a beaucoup intéressé.

En revanche, l’analyse psychologique est trop manichéiste, les bons, les jeunes filles, les personnages éduqués, médecins, vétérinaire, sage-femme, les mauvais (très mauvais) les hommes qui profitent des jeunes filles, la tante qui poursuit Awa pendant des décennies..

8 mars : Angèle Etoundi Essamba : FORCE&FIERTE

8 MARS – JOURNÉE INTERNATIONALE DES FEMMES

Exposition au Musée Théodore Monod de Dakar
Exposition au Musée Théodore Monod de Dakar

Pour la Journée Internationale des Femmes, je voudrais vous faire partager la découverte de cette photographe camerounaise basée à Amsterdam, qui expose actuellement à Dakar.

Cette exposition condense 30 ans de création engagée, composée de 200 photographies articulée en trois ensembles : (je recopie le document de présentation):

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« Noir et Blanc retrace l’engagement d’Angèle Etoundi Essambaa dans la représentation de la femme africaine au delà des stéréotypes. Femmes fortes, fières et conscientes de leur existence […]

 

« Couleur illustre le passage de l’artiste à la couleur. Fidèle à la représentation de la femme noire d’Afrique et de la diaspora, Couleur inclut également quatre séries inédites dévoilant un travail photographique surprenant autour de la  couleur et de la matière. 

Invisible est le récit photographique de la vie des femmes africaines qui travaillent dans les secteurs des mines, de l’énergie et de la construction mais aussi du textile du commerce, de l’agriculture et de l’eau. Cette’ série rend hommage à ces invisibles dont le travail est souvent sous-estimé alors même qu’elles contribuent activement à la construction et au développement de l’Afrique. »

La photographe renommée partage son exposition avec un collectif dakarois Sunu Nataal . 

Je suis sortie éblouie de ces images et je n’ai même pas voulu attendre d’avoir rédigé mes carnets de voyage pour partager mon enthousiasme!

 

Tout le mois de mars est dédié aux Femmes au Sénégal où j’ai vu une autre exposition intéressante  au musée Henriette Bathily, consacrée aux portraits de Femmes Combattantes de la Liberté exposition venant de Nantes  intitulée Dix Femmes Puissantes (clin d’oeil à Marie N’Diaye?). Lire ici le Pdf de l’exposition de Nantes : http://memorial.nantes.fr/pdf/Catalogue-expo-web.pdf

MLomp – Fromagers géants, la case à étage de Martine

CARNET DE CASAMANCE

 

un fromager de Mlomp
un fromager de Mlomp

Mlomp éloigné une  dizaine de km d’Oussouye – traversons la campagne par plusieurs villages cachés dans la forêt. On croise des écoliers, dépasse une école, un poste de santé.

Mlomp est un village diffus.  Nous avons à peine dépassé le panneau de signalisation routière que nous retournons dans la campagne. Mor s’arrête au pied de fromagers géants, où  Gilbert, le guide local, tout de vert vêtu, nous attendait. Il présente la grande place royale. Un triangle n’a pas été ni balayé ni défriché: l’emplacement royal, intouché, donc plein de mauvaises herbes  entoure le fétiche royal. Les trois fromagers sont considérés comme sacrés.

Leurs racines sont d’une taille considérable, pan vertical de plus de deux mètres, pour la plus haute. On coupe les racines des fromagers pour faire des portes, des volets ou des cercueils sans porter préjudice à l’arbre qui cicatrise, et se régénère. Mais on ne touche pas aux trois fromagers sacrés. Du tronc, on peut faire des pirogues. Les fromagers qui dépassent les autres arbres de la forêt, sont des repères pour les voyageurs qui seraient perdus. Les fromagers sont des arbres plantés par les villageois.  Un fromager signale un village. Le nom de fromager ne fait nullement référence à un fromage quelconque. Le fromager est un kapokier, son fruit fournit le kapok qui garnit les oreillers. Son nom dérive de l’expression « l’arbre à la forme âgée ». Les arbres séculaires ont 4 ou 5 siècles. Jeune, le  tronc est recouvert d’épines qui protègent le jeune plant. Ces dernières disparaissent à la maturité de l’arbre et reviennent sur les racines des vieux arbres (la forme âgée).

naissances au pied du fromager
naissances au pied du fromager

Une truie a mis bas dans le labyrinthe des racines, les porcelets roses ou tachetés ne tiennent pas sur leurs pattes. Je m’approche avec précaution pour la photo, parce que j’ai peur des réactions de la mère « elle va te gronder ». La place sert de lieu d’assemblée pour les hommes et d’arène pour les lutteurs.

La case à étage de maman Martine

la case à étage de Martine
la case à étage de Martine

Martine a près de 100 ans, elle a perdu la vue mais continue à monter son escalier pour rejoindre sa chambre à l’étage. Comme elle ne veut pas rester les bras croisés, il lui arrive de balayer sa cour plantée de beaux manguiers. Son mari, Etienne, a combattu pour la France pendant la seconde Guerre mondiale. C’est de cette guerre que datent les escaliers de la case à étage. Avant les Diolas ne connaissaient pas les escaliers. Leurs échelles étaient des perches à encoches (les mêmes que celles que nous avions vues chez les Tatas Sombas au Bénin). S’il y avait une guerre entre les villages, les femmes et enfants se réfugiaient à l’étage et n retirait les échelles. La case est construite en banco, la charpente en rônier. Les piquets de palétuviers soutiennent la dalle de l’étage. Toute les maisons sont bâties sans fondations ni coffrage, elles ont un ennemi implacable : les termites qui magnet le bois et creusent la terre. On cimente les endroits fragilisés, on remplace les traverses mais il n’y a rien à faire.

le grenier à riz
le grenier à riz

Ici aussi  le riz est stocké en gerbes qui se conservent des années mais les diolas achètent aussi du riz importé. Dans les héritages, le riz est la part de la femme, les hommes, la terre.

Une case à impluvium est aménagée en petit musée de la culture diola. On y expose des armes anciennes, lances, vieux tromblons, arcs et flèches, boucliers en écaille de tortues, en ventre de rhinocéros, utilisées dans les guerres entre les villages. Plusieurs fétiches sont conservés. Intéressant, le fétiche-confesseur : celui qui a commis une faute apporte du riz et se confesse, il y a aussi des crânes de porc et un  curieux instrument pour entraver les prisonniers qui étaient parfois sacrifiés. Il y a aussi un fétiche contre les voleurs. Si on trouvait un objet dont on ne connaissait pas le propriétaire on  pouvait l’y déposer. En revanche, s’il se l’appropriait le voleur subirait des catastrophes en punition. Il y a également un fétiche contre la stérilité. Comme Conakry, Gilbert  nus parle de la tradition du Cagnalen, il montre une calebasse ornée de perles multicolores, rouge, jaunes vertes que les femmes prises en charge dans le rituel devaient porter sur la tête et s’en servir de bol pour la nourriture, forcée d’ingérer même les saletés qui pouvaient tomber dedans.

Selon Gilbert, la case à impluvium n’est pas un moyen pour recueillir l’eau de pluie mais plutôt une forteresse imprenable en cas de guerre entre les villages. Femmes et enfants pouvaient s’y retrancher pendant que les hommes guerroyaient. On pouvait y cuisiner sans sortir, recueillir l’eau de pluie, s’y regrouper. J’ai demandé à Gilbert les causes de ces guerres cruelles où l’on prenait des otages. Sa réponse :

« les Diolas sont généreux, ils donnent tout ce qu’ils ont mais il ne faut pas toucher 1cm de leurs terres ».

Gilbert nous promène dans le village pour admirer des fromagers curieux : les deux qui ont mêlés lerus racines, les trois qui proviennent d’un même tronc formant un mur vertical d’où s’échappent les trois fûts.

Les femmes préparent une fête afin de lever des fonds pour la coopérative agricole. La fête n’a pas encore commencer mais de la musique sort de baffles XXL. On a abattu des animaux et les vautours planent.

L’ombre d’Hannibal – Paolo Rumiz

VOYAGER POUR LIRE? LIRE POUR VOYAGER?

Hannibal au Musée du Capitole
Hannibal au Musée du Capitole

Rumiz s’attache aux pas d’Hannibal pour un voyage qui commence aux cols des Alpes, au passage des fameux éléphants, en introduction. De Sardaigne à Sant’Antioco, cité punique, à Carthage, bien sûr, à Carthagène, logiquement, il traverse l’Espagne, les Pyrénées, le Rhône, il hésite (Durance ou Savoie?), Piémont (où il hésite encore devant la Trébie). Il trouve à Bologne « l’homme qui se prenait pour Hannibal » avec qui il cheminera jusqu’aux champs de bataille célèbres du Lac Trasimène, à Cannes, goûtera au délices de Capoue….Campanie, Sicile, et retour en Tunisie, pour suivre Hannibal en exil jusqu’en Arménie et en Turquie.

Voyage dans l’espace et aussi dans le temps. Hannibal n’a laissé que peu de traces tangibles, et pourtant la toponymie garde son souvenir, Rumiz cherche donc les « ponts d’Hannibal« , les « fontaines d’Hannibal », ou les noms « barca » dérivés du nom du conquérant.

« tu crois qu’on est fou? [….]Si l’on poursuit un mythe, c’est normal de s’égarer » [….] »mais aujourd’hui, le mythe n’existe plus. Personne ne le cherche.Et, lui La mort du mythe est le phénomène le plus obscène des temps modernes. C’est la fin de l’enchantement  de l’imagination, du désir »

Ils partent à l’aventure avec Polybe et Tite-Live en guise de guides touristiques – heureux érudits qui peuvent les lire dans le texte – et que la lecture des anciens transporte en l’absence de toute évidence du passage d’Hannibal.

Confrontation  entre le monde moderne où ils circulent (en voiture, pas d’éléphant) et le monde antique. Voyage à la limite des souvenirs des anciens qui s’estompent dans la modernité du 21ème siècle, plutôt qu’une carte ou un GPS, il interroge les paysans.

« vingt deux siècle, ce n’est qu’un souffle dans l’histoire humaine. Je repense à ce que me racontaient mes grands-parents et je m’aperçois qu’il existe encore un fil rouge qui me relie à l’Antiquité. Je ne sais pas si mes fils pourront en dire autant, dans cette société qui tue le temps avec l’hypervélocité télématique ».

Interrogation sur le temps qui passe,  interrogation aussi sur l’irrésistible conquête du monde méditerranéen par Rome, qu’il compare aux Américains. Comment Rome, battue par le grand chef de guerre, non seulement n’a pas reconnu sa défaite et s’est retrouvée vainqueur?

Rumiz, L’écrivain voyageur que j’avais découvert dans son voyage Aux frontières de l’Europe nous offre encore un voyage passionnant.

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A peine j’ouvre les yeux – film tunisien de Leyla Bouzid

PRINTEMPS ARABES

Elle a la pêche Farah, 18ans, tout juste son bac en poche!

Elle veut chanter avec son groupe malgré l’opposition de sa maman qui préférerait qu’elle s’inscrive en faculté de médecine!

Elle ne s’interdit rien, ni la bière dans un café louche, ni de danser, ni de sorti court vêtue…

Ses chansons provoquent le pouvoir, quand le concert est interdit elle chante dans la rue devant les grilles fermées sous les yeux attendris, et inquiets de sa mère.

Farah
Farah

Dans la Tunisie de Ben Ali, la musique est subversive. Tous le savent. Farah n’écoute pas les avertissements.  Une boule d’énergie.

Un bon film avec deux actrice formidables et de la bonne musique. A peine j'ouvre les yeux mère

Beauté Congo 1926-2015 à la fondation Cartier

LE MONDE EN EXPOS 

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Très belle exposition à la Fondation Cartier (Bld Raspail) regroupant de nombreux peintres, photographes et sculpteurs congolais de 1926 à 2015.

beauté congo fondation Cartier 003 Les styles ont beaucoup évolué du temps de la colonisation où les premiers artistes dessinaient plutôt des motifs animaliers naïfs jusqu’à nos jours.

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beauté congo fondation Cartier 011Dans les oeuvre les plus récentes, les  couleurs flashent, la critique sociale et politique se fait plus violente, les photos sont sophistiquées.

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De grandes maquettes occupent la salle en sous sol, tout à fait originales.

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Les Silences du Palais – film de Moufida Tlati (DVD)

CARNET TUNISIEN 

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J’avais vu en salle ce film à sa sortie en 1994 et j’avis gardé un souvenir très vif.

Cherchant un CD de Anouar Brahem à la médiathèque, j’ai emprunté le DVD et l’ai visionné avec autant de plaisir .

Le Palais se trouve aux environ de Tunis, l’histoire se déroule à la fin du Protectorat, dans les années 50.

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Les Silences concernent les secrets des femmes enfermées dans le palais des princes. Cuisinières ou servantes, amantes ou esclaves, ces femmes ne quittent jamais la maison ou les maîtres. Qui est le père de la jeune Allia? Sarah la petite princesse est elle son amie, sa cousine ou sa sœur. Khedija, la mère d’Allia ne trahira pas son secret et mourra d’un énième avortement sans rien expliquer à sa fille.

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Allia a cru trouver la liberté en suivant Lotfi,  le jeune instituteur, agitateur politique qui se cache dans le Palais et qui croit dans le talent de la jeune musicienne. Hélas, des années plus tard, et des avortements passés, Allia est amère. Elle aimerait garder l’enfant qu’elle porte. Lotfi ne l’épousera pas. Son talent de chanteuse ne lui apporte pas la gloire mais plutôt l’humiliation des riches qui la draguent.

 

A la mort du prince Sid Ali, Allia revisite le Palais et ses souvenirs….