Dakar : arrivée Monument de la Renaissance Africaine

CARNET DE CASAMANCE

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Le dernier endroit où j’aurais pensé être dévorée par les moustiques est le bateau ! J’ai avalé chaque soir le comprimé de doxycycline sans être piquée des deux semaines. Pas d’insecte en mer, mais 5 anophèles cachés dans ma couchette à l’abri des rideaux rouges, l’anti-moustiquaire. Je serai quitte pour continuer le traitement encore un mois.

5h45, le bateau passe devant Gorée, Dakar brille de mille feux.

5h55 annonce au micro : arrivée au port de Dakar – 5 minutes avant l’heure prévue.

6h15, je cherche le 4×4 sur le parking, le trouve enfin à l’extrémité. Mor dort, nos valises sont là. Tout est rentré dans l’ordre. Soulagement.

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7h : nous logeons dans des chambres d’hôtes « Ambre d’Hôtes », à vrai dire, nous logeons dans une galerie d’art. Tableau et masques sont à vendre, les prix sont étiquetés. Notre chambre « toucouleur » a une belle moustiquaire, un baldaquin, les lampes de chevet sont montées sur des masques de perles. La lampe de bureau est un oiseau de bois brut. Télévision, climatisation, belle salle d’eau carrelée.

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Le petit déjeuner est servi à notre arrivée : pains au chocolat, jus d’orange et même yaourts, melon et pastèque. En revanche le soir j’ai eu envie de bissap et j’ai dû me contenter d’un coca « on ne sert pas de boisson locale ».

Nous traînons jusqu’à 9h30, un peu abruties du réveil matinal, du tangage du bateau et du stress. Il fait frais et beau ce matin sur Dakar.

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Détour au Monument de la Renaissance Africaine que nous avions snobé précédemment. La statue de 52m est perchée sur une « mamelle « colline volcanique pointue. L’autre « mamelle » porte un phare. A la base de la statue, un vaste parking, une salle pour des spectacles musicaux. Un grand escalier gravit la colline jusqu’à la statue : groupe de trois personnages un homme très viril, très musclé enlace une femme qui a plutôt l’air de s’accrocher à lui, un bébé, posé sur le biceps de son père, tend le bras vers l’avenir. Cette Renaissance a suscité de nombreuses controverses, son prix pharaonique, le fait que le chantier a été confié à des Nord Coréens, les 35% de propriété intellectuelle (donc des recettes) que Wade s’est attribué comme inspirateur du monument. Je n’ai aucun goût pour les statues staliniennes (ou maoïstes) mais cette Renaissance s’est imposée dans le paysage. A ses pieds Dakar s’étale à 360°, malheureusement l’air est humide et la vue est embrumée.

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La Corniche, une voie rapide longe le rivage. Dans un  creux au pied d’une falaise, une grosse mosquée est accompagnée de deux minarets originaux à section carrée surmontée de boules et de cupules. La façade blanche est découpée de curieuses ouvertures, triangles verts et liseré rouge. Au pied de la mosquée, les pêcheurs ont hissé leurs pirogues.

De l’autre côté de la route, bénéficiant de la meilleure exposition sur l’Atlantique, un grand terrain militaire. Toutes sortes de marchandises, lits, statues vanneries se vendent en bord de route. Mor nous arrête dans un marché artisanal. Je proteste : – « Plus tard, peut être, d’abord le musée ». Le Musée risque de fermer pour midi. le long de la corniche, de nombreux sportifs courent, font de la musculation sur les installations, des promeneurs sont assis sur des bancs face à l ‘océan.

Souterrains, voies rapides, labyrinthe de rues. Je n’essaie même pas de suivre sur le plan de la ville et de m’orienter. Je remarque une belle maison coloniale ici, un building de verre, là, de nombreuses banques, des ministères.

Croisière sur la rivière Casamance à bord de Aline Sitoé Diatta

CARNET DE CASAMANCE

le ferry à l'escale
le ferry Zigunichor Dakar

Petit déjeuner sur le bord de la piscine. « Bissap ou bouye ? » les 2. La bouye, jus du fruit du baobab est vraiment trop épaisse (bouillie ???) et me dégoûte un peu. C’est un excellent remède en cas de dérangement intestinal, inutile aujourd’hui.

9h : l’enregistrement du ferry, espérant retourner en ville, les formalités accomplies. Trop tôt ! Il ne commence qu’à 10h. Après les passages de sécurité nous ne pouvons plus ressortir. Nous sommes ravies d’avoir laissé dans la 4×4 nos valises plutôt que de les enregistrer en soute. Ce sera plus facile à la sortie à Dakar – pensons-nous.casamanccarabane - Copie (2)

10h contrôle des passeports, puis 2ème contrôle, 3ème…le policier apprend par cœur mon visa indien. Je ne suis pas sûre qu’il sache lire. Ce visa indien fascine tout le monde : notre hôte ouzbek l’avait photocopié à la place de la page du passeport et m’avait demandé «  vous habitez Delhi ? ».

10h30, assises dans la salle d’embarquement, devant la télévision qui diffuse une émission « les filles et la science, une équation lumineuse » ( la présentatrice est voilée). La semaine précédant le 8mars est l’occasion de manifestations féministes. L’Alliance Française organise une semaine de projections de cinéma et de théâtre dédiée aux femmes à Ziguinchor.

10h45 nous découvrons notre luxueuse cabine pour 2 : salle d’eau et douche, WC, climatisation, télévision.

casamancedamedubateau - Copie11h Nous allons occuper un banc à l’ombre sur le pont en face du bar.Le départ est prévu à 13h. L’accompagnement musical, salsa, musique cubaine, , brésilienne, est parfait, mais très fort. Impossible de lire. Pour m’occuper, je sors mon carnet moleskine et dessine une élégante avec une robe flottante, un homme en casquette accoudé au bar, un jeune en marcel et gros bonnet de laine, un rasta….les personnages sont si variés qu’ils me fascinent. Dames en belles tenues africaines, touristes excentriques….

12h, tous les véhicules montent à bord sauf deux : une Copie de casamancbateauMercedes antique qui a calé, ne démarre plus et qu’on doit pousser et notre 4 X 4 avec nos valises. Mor est introuvable. La Mercedes a franchi la rampe.  Notre voiture….et nos affaires sont toujours à quai !  Mor est dans un hangar. Il parlemente avec les employés de la Cosama à renfort de grands gestes. Son visage est celui des mauvais jours. Nous lui faisons signe.

12h55, départ dans 5 minutes. La voiture est toujours à quai. Mor me fait signe de descendre le rejoindre. Les marins me barrent l’escalier qui mène à la soute. Le chef de cabine m’entraîne sur un  pont réservé à l’équipage : on peut se parler en criant bien fort.

casamancbateau0003 - CopieJe comprends qu’il n’a pas pris de billet, seule la voiture est enregistrée, pas lui. Il va partir par la route (840km par Tambacounda) et nous retrouvera demain matin à Dakar. Nous sommes furieuses, non seulement, nous n’avons pas de vêtements de rechange, mais les chargeurs des téléphones et surtout le classeur avec les billets d’avion et les numéros de téléphone d’urgence est dans la valise. Nous ne connaissons ni le nom, ni l’adresse de l’hôtel de Dakar, ni le téléphone d’Abou. Nous avons l’air catastrophées. Les passagers autour de nous compatissent. Un homme au haut bonnet de rasta enserrant ses dreadlocks, propose casamancbateau0004 - Copied’appeler Mor avec son téléphone sénégalais.

13h30, le bateau s’ébranle, je me précipite à la rambarde pour profiter du spectacle du départ. Et quel spectacle ! A peine le bateau s’est élancé dans le fleuve que je remarque un puis deux ailerons. Au moins trois dauphins jouent dans notre sillage. Ces animaux exercent une véritable fascination. Nous imaginons qu’ils jouent, qu’ils font la course avec le bateau plutôt que d’évoquer des fonctions prosaïques comme la chasse. Leurs gracieux sauts nous enchantent. Avant que la Casamance ne s’élargisse démesurément le bateau est encore proche des bords, j’observe des aigrettes et des hérons dans les palétuviers. Trois cigognes s’envolent (les premières de ce voyage). Des pélicans flottent tranquillement. Je suis émerveillée.

le départ
le départ

La Casamance est tellement large que la rive devient une bande festonnée de fromagers, brumeuse à l’horizon. Impossible de distinguer les animaux. Les bancs de sables sont aussi noyés. Les dauphins nous ont quitté.

Le paysage redevient intéressant aux abords de la Pointe Saint Georges que nous contournons. Nous attendons avec impatience l’escale à Carabane : plaisir de retrouver des lieux connus ! Nous imaginons Simon servant les tables droit comme un piquet. Notre chambre est cachée par les palmiers. L’escale se prolonge. J’ai le temps de dessiner.

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Un dernier dauphin bondit hors de l’eau. Il fait frais. Le soleil baisse, la mer est bleu marine sous le ciel mauve. Je guette maintenant le coucher de soleil. L’estuaire est tellement large qu’on se croit en pleine mer. C’est dans la cabine que je me rends compte que le bateau est sur l’océan atlantique. Cela tangue (ou roule) drôlement. Je ne m’y attendais pas. Aurons-nous un coucher de soleil ? Rien n’est moins sûr : la brume qui couvre l’horizon devient nuage, le soleil jaune pâle s’y est perdu.

l'h^tel carabane vu du bateau
l’h^tel carabane vu du bateau

19h45 – je rencontre à la porte du restaurant, les deux filles de la Case à Impluvium d’Enampore qui nous ont rejoint à Carabane.  Ne pas se laisser décourager par les longues tables qui font « cantine ». Le service est celui d’un bon restaurant (les prix aussi), la cuisine est excellente. Je choisis une assiette du pêcheur avec 3 gambas grillées et un morceau d’espadon, une sauce aux crustacés et du riz blanc. Christine prend un thioff grillé et de la ratatouille, son amie, un steak. Une chinoise complète la table, elle regarde le contenu des assiettes et commande « la même chose ». Extinction des feux à 22h30, demain le lever sera matinal. Pourvu que Mor soit parvenu à boucler le tour de la Gambie pour qu’on retrouve nos valises avant l’avion! J’ai recopié les numéros de téléphone d’Abou et de Mor sur un papier. ! Nos téléphones sont en panne de batterie.

Ziguinchor

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Ziguincho : office de tourime
Ziguincho : office de tourime

 

Ziguinchor parait toujours aussi chaotique, malgré son plan colonial en damier. Les services officiels occupent des bâtiments coloniaux. Les maisons à étages le long de la rue commerçante sont bien délabrées.

Déjeuner

Ziguinchor : rue commerçante
Ziguinchor : rue commerçante

Nous retournons au restaurant où j’  avais découvert le kaldou.

– « Quel est le plat du jour ? »

– «  Thieboudiène »

– « parfait ! »

Le serveur revient :

–  » il n’y en a plus. »

Il est tout juste midi et demie !

Il avait fait le même sketch à notre premier passage :

– « quel est le plat du jour ? »

– « gombos » – j’adore cela, pour revenir

– « il n’y en a plus ! »

Le kaldou était très bon.

On se lève pour aller dans un « fast-food ». sur la carte : pizzas et hamburgers. Dominique commande un « hamburger royal »

– « on n’en fait pas, on est trop débordé ! »

(une seule table est occupée en dehors de nous. Pas de hamburger mais il y a du tiéboudiène. Le riz est un peu épicé mais il est parfumé au tamarin (j’adore cela, encore !), le poisson, du thioff est très bon. Et ce n’est vraiment pas cher : 1000Fcfa.

l’hôtel  Le Flamboyant

Le Flamboyant : piscine
Le Flamboyant : piscine

Le Flamboyant  3*, est le meilleur de Ziguinchor. Une quarantaine de chambres sont réparties dans trois bâtiments : deux étages autour de la piscine, un bâtiment bas et arrondi autour d’un jardin et au troisième avec deux galeries qui a beaucoup d’allure ; notre chambre donne sur le jardin. Tout le confort 3*, clim, télé eau chaude, une douche ronde séparée de la salle d’eau. La climatisation est bien nécessaire. Sur mon téléphone : 36°C, l’Office de Tourisme annonce 40°. Nous avons perdu l’habitude de la grosse chaleur après le séjour au bord de l’Atlantique. La piscine, en forme de croissant de lune, ou de larme, est petite mais bien rafraîchissante. Sur le bord, des lits couverts de simili-cuir, des fauteuils de bois avec une curieuse suspension, nous y passons les heures chaudes avant une courte promenade dans Ziguinchor.

promenade dans Ziguinchor

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Nous avons vu de la voiture les bâtiments officiels dans leurs jardins. L’Office de Tourisme au coin de la rue est de style mauresque avec une coupole blanche (le monsieur est très aimable, il vend une carte à 3000CFA et un livret sur la faune et la flore de Casamance que nous aurions volontiers achetés au début du circuit). Les rues allant au port sont bordées d’entrepôts d’un autre siècle, certains écroulés, d’autres actifs. Il y a même un supermarché avec un rayon alcool visible du dehors. Pas de prohibition hypocrite comme au Maroc ou en Tunisie où on trouve ce qu’on veut à condition de passer par l’arrière boutique. Une seule rue est très animée avec des boutiques, des banques, des restaurants. C’est à l’épicerie que j’ai changé 300€ devant les rayons bien achalandés chargés de conserves étincelantes (rien à voir avec les épiceries poussiéreuses). Le monsieur libanais barbichu a fait la transaction en wolof, parlant à Mor et m’ignorant superbement tandis que je lui adresse la parole en français.

Diner pittoresque

Zinguinchor : Kassa
Zinguinchor : Kassa

Mor vient nous chercher pour dîner. A la station-service, devant une porte sans prétention, un rabatteur nous invite à entrer dans le restaurant Kassa. Autant les abords ne paient pas de mine, autant l’intérieur  ne manque pas de charme. La première salle est occupée par un bar avec un grand comptoir. Puits de lumière, une petite cour est meublée de 4 tables carrées que j’élis tout d’abord. Mauvais choix, même sous les étoiles il n’y a pas un souffle d’air tandis que plus loin les ventilateurs à grandes pales tournent au dessus de pittoresques tables et chaises en bois lourd sculpté de cases, guerriers et animaux. D’autres tables sont en fer forgé. Dans une grande alcôve une boule à tango projette des points de couleur sur les murs peints de guitares clé de sol et doubles-croches autour d’une piste de danse. Au fond, encore une grande salle avec deux grands billards, et au mur un écran géant. Pendant le dîner, le Real Madrid ave Zidane contre ? C’est la première fois que je regarde un match au restaurant : Mor est un supporter de Madrid et cela fait un sujet de conversation. Je commande des crevettes sautées à l’ail et une salade de fruit, Dominique une omelette au jambon scandaleusement chère. Le cadre est très agréable, la gastronomie oubliable.

Djembering et retour de la pêche au Cap Skirring

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promenade sur la plage

7h10, le ciel est gris, gris l’océan. Les embruns se confondent avec la brume. Douceur du lever du jour. Les nuages rosissent mais ne laissent pas voir le soleil. Les pieds dans l’eau tiède, tel un berger de la mer, je pousse devant moi une troupe de mouettes qui s’envolent à mon approche pour se poser 50 mètres plus loin. Pensant au poème de Senghor, je regrette qu’elles ne soient pas des sternes de l’Atlantique.

Que font les vaches sur la plage stérile ? Cherchent-elles la fraîcheur ou la paix pour dormir et ruminer ?

Les silhouettes des pirogues se balancent près du rivage. L’océan est très calme ce matin, lez vagues ont perdu leur puissance. Rien à voir avec les puissants rouleaux du Golfe de Guinée et de la plage de Cotonou ?

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une des places de Djembering

Djembering est un gros village de 6000 habitants, le plus ancien de la région. C’est un village très structuré plus que les villages que nous avons vus, diffus avec des ruelles débouchant sur de vastes places vides. Ici, un plan clair apparaît.

Nous le rencontrons à un rond point marqué par un énorme fromager et un baobab. Autour du fromager on a pavé la voie en un cercle parfait. Devant le baobab, plantée une croix blanche de ciment. Plusieurs restaurants sont installés au carrefour ; l’un d’eux s’appelle « la cour des grands », il y a également des boutiques. Devant la croix, des femmes sont assises derrière des bassines remplies de poissons et des coquillages. Une autre femme vend des sandwiches. C’est là que nous rencontrons Pap qui nous explique que toutes les rues convergent ici. La ville est composée de 6 quartiers ; chacun possède une place principale avec son fétiche et sa petite case des tamtams, un manguier et des bancs autour ; chacun a son « chef de village ». La case des tam-tams est carrée avec un toit de tôle formant une petite pyramide : elle contient le bombolong, le tam-tam téléphone qui résonne très grave et porte jusqu’à 7 ou 8 km. Sont rangés aussi les tam-tams des jeunes. Chaque place possède un accessoire inédit : une énorme bouée trouvée sur la plage, comme une bouteille géante rouillée, ou une bouteille de gaz suspendue à l’Arbre à Palabres : les femmes y frappent avec une ferraille et obtiennent un son de cloche pour un rassemblement ; Après les guerres tribales, on déposait les armes près du fétiche.

fétiche
fétiche

Les rues sont très propres ; on balaye les feuilles. Une file de femmes portent sur la tête des seaux pleins de feuilles qu’elles épandent dans les rivières pour servir d’engrais. Djembering cultive le riz. Elle st autosuffisante. En plus du riz les femmes font du maraîchage, les hommes fabriquent  le vin de palme ou travaillent dans les chantiers.

guerrier et girafe
guerrier et girafe

Le sculpteur taille à l’herminette de hautes girafes ou des guerriers dans des troncs. Il peint ensuite les grandes statues ;

Le village est encerclé d’une véritable forêt de fromagers. A une extrémité se trouve le bois sacré des femmes, les femmes s’y réunissent pour les initiations. Selon Pap les femmes auraient un grand pouvoir, mais il n’est pas disert là-dessus. Seulement, un exemple : si le chef du village convoque à une assemblée, il n’est pas toujours suivi, tandis que dès que la reine appelle, elle est immédiatement obéie. Pap insiste sur la séparation totale des sexes en ce qui concerne la maternité. L’homme ne peut pas connaître le sexe de son enfant avant 6 jours, le temps que sa femme sorte de la maternité. Si la femme meurt en couches, il ne pourra pas la voir.

Djembering vu de la dune
Djembering vu de la dune

Je remarque une tombe carrelée : une tombe chrétienne. Les animistes coupent deux branches pour marquer le lieu de la sépulture. Les parents  reconnaîtront. Ici, les boutures réussissent parfaitement, les branches prendront racine. Tous les petits arbres sont donc des tombes animistes. Le cimetière chrétien est à l’autre extrémité du village. Comme je vois une mosquée, je suppose que les musulmans doivent enterrer leurs morts ailleurs mais Pap n’en parle pas.

Nous gravissons une petite dune à pente bien raide pour avoir une vue panoramique sur le village. Elle est plantée de beaux fromagers. L’un d’eux parait suspendu sur deux racines. Autant les racines sont spectaculaires, autant elles sont superficielles. Sous des bougainvilliers je découvre les cases en ciment d’un campement touristique. Les émigrés du village avaient financé cette base touristique qui, selon Pap, marchait très bien avant la rébellion de Casamance. A Djembering il n’y a jamais eu de troubles mais les touristes ne sont jamais revenus. Je suis  triste pour cette sympathique initiative de tourisme solidaire.

La maternité est vide aujourd’hui, seulement une jeune femme qui aide la matrone, garde aujourd’hui le bébé de la doctoresse sur son dos. Cette maternité est grande pour le village, une dizaine de lits. A côté se trouve la crèche-garderie et l’école maternelle. Les enfants sont dans la cour : à 11h, c’est récré et goûter. Les petits viennent avec leurs mains collantes s’agripper à nous. Ils sont ravis de se reconnaître sur les écrans de nos appareils-phots. Les vidéos leur plaisent encore plus. Les grandes improvisent une petite danse pour le film.

Cap Skirring : marchand de souvenirs
Cap Skirring : marchand de souvenirs

Les pirogues rentrent vers onze heures à Cap Skirring. Port est un bien grand mot : on hisse les pirogues sur le sable avec des rouleaux de bios et des chariots à deux roues. Pour monter une pirogue, j’ai compté 19 hommes sur un côté et sûrement autant de l’autre. Nous nous approchons pour voir le poisson. Il y en a très peu : deux ou trois caisses seulement. Les femmes se précipitent avec leurs bassines. Du côté salage et séchage, je suis étonnée de trouver des poissons nobles comme des soles. Je pensais qu’on ne séchait que des poissons de moindre valeur.

40 pour hisser la pirogue sur la plage!
40 pour hisser la pirogue sur la plage!

Retour à Maya pour déjeuner à 13h. L’après midi s’écoule entre baignades, promenades sur la plage et farniente sur la terrasse. On est si bien que je me prends à envier ces retraités qui restent des semaines même des mois.

Au dîner, il fait si frais que j’abrège le moment après le dessert.

Riz et jardins de Cabrousse- frontière de la Guinée Bissau – soirée musicale

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Riz en gerbe
Riz en gerbe

Sur une placette, des nattes couvertes de riz sèchent. Arrêt photo ; Au fond de la cour, sou un auvent, des femmes battent le riz avec de longs bâtons recourbés tandis qu’en face, dans des paniers et corbeilles, d’autres séparent l’écorce des grains dans un mouvement tournant. La plus vieille annonce qu’il faut payer.

battre de blé
battre de blé

D’autres touristes arrivés à vélo sortent des billets de 1000francs. Une fois acquitté le péage, la bonne humeur s’installe. Présentations : prénom mais aussi nom. La plus culottée s’appelle Mariama. « Mariama, Miriam, c’est pareil ! » décide-t-elle, cela lui plait beaucoup.

enlever les écrces
enlever les écrces

 

Au milieu de la cour où sèche le riz, une grande dame est plantée. Son rôle est de chasser les cochons. « On n’a pas travaillé pour nourrir les cochons ! »

faire sécher
faire sécher

Selon René, le 28 mars aura lieu une grande fête de Lutte. Ce riz est préparé pour tous ceux qui s’y rendront, même de Guinée Bissau.

Nous visitons les petits jardins des femmes où l’on cultive en ce moment oignons et gombos, salades et bissap. En face, il y a deux mares d’eau douce. La première pour abreuver les animaux. La seconde est protégée par un grillage. Des nénuphars y fleurissent. C’est la mare sacrée où Aline venait prier. On n’y puise pas d’eau.

gombos
gombos

La piste sableuse traverse les rizières desséchées. Un homme retourne la terre avec cette houe arrondie qu’on utilise en Casamance. Il a déjà retourné une belle surface. Pourtant on ne repiquera pas avant 5 mois.

A droite, un panneau nous avise que nous longeons la frontière de la Guinée-Bissau. A gauche de la piste  c’est le Sénégal. Le village au bord de la rivière est au Sénégal. Il est composé de quelques cases et d’une mosquée rose bonbon et surtout des pirogues et un petit marché où l’on négocie le vin de palme à 300Francs/litre.

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Déjeuner à l’hôtel Maya : brochette océane avec des crevettes roses ou filet de capitaine frit. Petits légumes : carottes, courgettes poisson et une tarte au pamplemousse qui ressemble à la tarte au citron.

L’après midi s’écoule tranquillement entre longueurs à la piscine et grande promenade sur la plage.

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Au dîner, le groupe polonais fête son départ avec le groupe musical Al baraka composé de deux djembés, une kora, quatre danseuses et un danseur. Les danseuses en pagne rouge vif ont une morphologie très différente de leurs homologues occidentales. Bien en chair, poitrines opulentes, fesses rebondies,  elles semblent en transe : l’une d’elle remue les yeux d’une manière sauvage. Elles nous tournent le dos présentent leurs fesses qu’elles secouent énergiquement. Le danseur au contraire est fin, longiligne, très très grand. Il agite bras et jambes. Après la démonstration ils invitent les polonais dans la danse. Ces derniers se trémoussent incapable de faire vibrer leurs fesses comme les danseuses leur montrent.

La Reine de Cabrousse –

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cabrousse
cabrousse

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Cabrousse se trouve de l’autre coté du Cap Skirring, vers la Guinée-Bissau. Les villages se succèdent sur la route. Les écoliers, collégiens, lycéens en uniforme marchent sur la route. Le guide lcal est introuvable. Deux jeunes s’improvisent guides mais leur élocution en Français est difficile à comprendre. L’héroïne de Cabrousse est la Reine Aline Sitoé Diatta connue dans tout le Sénégal puisque on a nommé le ferry à son nom.

  • « Connais-tu l’histoire d’Aline Sitoé Diatta ?» demande l’apprenti guide.
  • «  non, mais tu vas   nous la raconter ! »

« Aline Sitoé Diatta était employée à Dakar. Elle racontait ses « rêves ». Des voix lui disaient de rentrer au village où sévissait une grande sécheresse. Elle rentra donc, réunit le village sou l’Arbre à Palabres où elle a prié pour que tombe la pluie. Beaucoup d’eau s’abattit sur le village où on put cultiver le riz et l’arachide. Les Blancs sont venus, se demandant pourquoi il y avait de l’eau à Cabrousse et non pas ailleurs. Ils cherchèrent à récupérer Aline. Le village n’était pas d’accord ; Ce fut dur de la prendre. Les Blancs avaient des fusils, les villageois, des arcs et des flèches. Aline s’est cachée dans la maison des vieilles femmes. On a frappé un homme pour qu’il dise où elle était cachée. Finalement elle est décédée à Tombouctou. »

alinesitoediattaLe Petit futé donne deux versions de l’histoire d’Aline Sitoé Diatta : la version populaire similaire à l’histoire que René nous a racontée et la version historique qui replace la Reine de Cabrousse dans le contexte de la Seconde Guerre Mondiale.

En 1940, la France en guerre procéda à des réquisitions alimentaires qui furent mal  acceptées par les Sénégalais. Le Roi de Mlomp fut emprisonné. Aline rentra à Cabrousse prêchant la non-coopération avec les blancs et avec ceux qui coopéraient avec eux. En 1942, l’Administratin Coloniale découvrit des muvements hostiles vers Cabrousse. Des gens venaient de toute la Casamance et de la Guinée portugaise, de Gambie et même de Dakar pour écouter la Reine de Cabrousse qui prônait le retour à l’animisme, l’égalité homme/femmes et la lutte contre le pouvoir colonial. Fin janvier 1943, une colonne militaire se dirigea vers le village pour capturer Aline. Le 28, sa maison fut encerclée. Les soldats menacèrent de brûler le village. Le 29, elle se rendit et fut condamnée à 10 ans d’internement à Kayes. Elle mourut en 1944 du scorbut à Tombouctou.

René nous montre l’emplacement de la maison d’Aline et celle où elle s’est cachée ; l’arc  et les flèches.

 

Cap Skirring – l’Hôtel Maya sur la plage de Boucotte

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Découvrons la piscine!
Découvrons la piscine!

L’hôtel Maya se trouve sur la plage de Boucotte dans un véritable jardin au sommet d’une dune. Un bâtiment en L coiffé de chaume, murs crépi brun rouge est construit autour d’une belle piscine. Une quinzaine de chambres sont alignées avec une petite terrasse où deux fauteuils de toile jaune derrière les haies de fleurs font tache de couleur. Haies de crotons rouge-verts ou vert-jaune, hibiscus limitent les terrasses.

Haie fleurie
Haie fleurie

En face de la nôtre il y a une haie de palmiers et un frangipanier défeuillé, les fleurs sortent des branches renflées très décoratives. En dessous des palmiers, des lauriers-roses, dans un vallon très creux on a planté de beaux manguiers et des palmiers à huile ; Deux rôniers et un eucalyptus se détachent sur le ciel.

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La chambre est arrangée avec goût. La climatisation est inutile en cette saison (il fait une température délicieuse de 24°, la télévision satellite capte France24, WC séparés et une vaste salle d’eau. Le décor est sobre : couvre-lits blancs avec une bande de wax bleue à motif africain, et une tête de lit, aux rideaux assortis. Un tableau à dominante bleue se détache sur les murs blancs.

Pendant que je nage mes longueurs dans la piscine, un   vautour se pose juste en face de la chambre. Les hirondelles sillonnent le ciel (peut être vont-elles partir bientôt). Dans les buissons de tout petits oiseaux vont de fleur en fleur comme s’ils butinaient.

casamancetéléphone 154 - Copie17h, je descends à la plage. La mer est basse. Les vagues impressionnantes de la marée haute ont diminué. Je marche dans l’écume mousseuse des vaguelettes qui viennent mourir sur le sable. La plage est très propre, les coquillages nombreux. Je me fixe 5km comme objectif avec le podomètre. Dès les premières minutes deux quads viennent pétarader, un homme apprivoise son kite, des VTT passent. J’oublie que je suis en Afrique, je ne vois que des blancs. Heureusement un troupeau de vache me ramène au Sénégal. Je n’ai toujours pas compris ce qu’elles font sur les plages,  comment le troupeau est géré, à qui elles appartiennent.

Le diner est très chic : nappes à motifs africains épurés, verre à pied et serviette en tissu. Salade d’aubergines, sole très bien cuisinée, une sauce un peu piquante aux échalotes et vinaigre, tagliatelles, aubergines poivron. Desserts variés ; je choisis un sorbet à la banane. Kemo, le maître d’hôtel est très élégant, un peu bavard. Il maîtrise les codes de la restauration chic en les exagérant et parle avec emphase.

Après dîner,  vu  sur France24 : Les Béninois ont coupé une route importante avec leurs fétiches. Ils sont furieux que les promesses électorales d’électrifier leur village n’ont pas été tenues et profitent de la nouvelle campagne présidentielle pour le faire savoir.

Je suis crevée, je m’endors, bercée par les vagues.

Il fait si frais ce matin que je boutonne la chemise à manches longues tandis que je marche d’un bon pas sur la plage pour me réchauffer. Vers Cap Skirring les « campements » et résidences hôtelières se succèdent mais ils sont si bien cachés qu’il faut vraiment les chercher pour les voir. Certains sont fermés. Effet de la Crise ou baisse du tourisme en Afrique ? Si l’air est très frais (22° d’après Google sur le téléphone), l’eau est tiède et mousseuse ; je marche les pieds dans l’eau. De 7h à 8h30 je n’ai croisé qu’un monsieur blanc en short, bâton de marche et polaire, type parfait randonneur, deux pêcheurs sénégalais à vélo et 5 chiens jaunes.

Dimanche matin à Carabane et départ pour le Cap Skirring

CARNET DE CASAMANCE

la place de l'église de Carabane
la place de l’église de Carabane

Nous étions convenus avec Mor de quitter l’ïle Carabane vers 14h. Nous l’avions invité à partager le repas de midi chez Hadji et Léon pour arriver à Cap Skirring en milieu de l’après midi.

J’ai donc pris mon temps pour une promenade sur la plage jusqu’à la mangrove. J’ai surmonté ma frousse de traverser le troupeau (les animaux en Casamance sont particulièrement paisible, bestiaux, cochons ou chiens, nous n’avons jamais rencontré d’animal agressif). Je suis récompensée en rencontrant des aigrettes et hérons, courlis et bécasseaux (je les confonds). J’ai pensé à Senghor en regardant les sternes (j’ai lu le poème dans le livre d’Alphonse hier).

l'église coloniale abandonnée
l’église coloniale abandonnée

La messe dominicale est à 10heures. Nous espérons entendre la chorale qui a répété hier soir.  A 9h55, nous sommes sur la place devant l’échoppe du tailleur. Les fidèles convergent vers l’église surtout des enfants endimanchés, des femmes en grande tenue africaine, l’une d’elle avec son bébé sur le sois, une vieille entièrement voilée comme une musulmane. Le curé en un T-shirt jaune, nous invite à entrer ; nous nous en gardons bien, nous serions forcée à assister à l’office jusqu’au bout. Les chants sont en français pas du tout comme ceux de la chorale d’hier.

Aquarelliste ou peintre de marine ?

la
la case peinte

Je m’assieds sur la racine du baobab pour dessiner pendant que Dominique filme dans les cours. Pour les chants, l’école coranique fait concurrence à l’église. Dessiner est la meilleure façon d’observer. D’habitude, je dessine maisons et paysage, ici ce sont les gens qui m’intéressent. Comme je n’ai pas l’habitude de croquer des personnages, je suis trop lente. Ils changent d’attitude ou simplement s’en vont. Autre dessin, installée sur la proue d’une pirogue. Ici les proues sont particulières avec une section horizontale où j’ai vu poser une balance pour le poisson. La première fis que je l’ai remarquée, j’ai cru qu’il y avait deux pirogues. Le charpentier monte à bord, avec un marteau consolide un joint, et me fait une curieuse proposition « veux-tu peindre ma pirogue ? ». je n’ai pas bien compris puisque je lui réponds « impossible puisque je suis assise dessus ! Je dessine la case de Pathé » . il s’explique mieux : « Veux-tu peindre ma pirogue, tu passes du blanc d’abord et tu dessines un drapeau sénégalais » : proposition d’embauche !?

La case de Pathé est une chaumière. Il y vend des vêtements africains aux touristes et une affiche propose des massages. Il tient aussi un petit restaurant africain. Il flotte curieusement un drapeau basque.

peindre une pirogue?
peindre une pirogue?

11h, nous nous rendons chez Hadji et Léon et commandons trois repas de poisson et riz. Le vent ride la surface de l’eau et la baignade est moins plaisante qu’hier. Midi, Mor nous rejoint. Il faut encore régler le transfert avec le piroguier. Une demi-heure plus tard il nous annonce que la pirogue part à 13heures pour prendre des clients de l’hôtel à Elinkin. Nous n’aurons pas le temps de déjeuner. Léon encaisse sans protester les 5000f du repas qu’on n’a pas pris (2000×2 +1000f d’eau) . Je suis tellement furieuse que j’en oublie mon maillot de bain qui sèche sur un piquet à côté de l’auvent. Heureusement je m’en souviens avant de monter dans la pirogue et retourne le chercher. Pathé met les gaz à fond. Notre colère explose quand nous nous apercevons qu’on nous a menti: il n’y a personne au débarcadère. Peut être la secrétaire de l’Hôtel Carabane nous a punies de ce que nous n’avons pas voulu déjeuner à l’hôtel? L’atmosphère dans la voiture est électrique.

Elinkine
Elinkine

Mor propose d’aller dans un restaurant qu’il connait à Elinkine ou à Oussouye si nous préférons, derrière la station service où nous avions mangé le meilleur tiéboudiene des vacances. La colère nous a coupé l’appétit et puis nous avons une envie de nous venger. Après tout, c’est Mor qui est responsable des transports, il aurait pu éviter qu’on perde 5000f bêtement en nous prévenant à temps. J’achète 5 bananes pour 500f et mange toutes les 5 sans même lui en offrir une !

Nous repassons par Mlomp, Oussouye, les Bolongs cherchons à entrevoir le campement de William et Hortense avec sa façade jaune.

Nous traversons Cap Skirring avec ses nombreuses boutiques, non marché artisanal, ses petits restaurants et ses bars. Le tourisme,  bien présent,  n’a pas défiguré la ville

samedi à l’Île Carabane

CARNET DE CASAMANCE 

 

A marée basse
A marée basse

6h dans la nuit noire, le muezzin chante.

L’île, au temps de la colonisation, était peuplée de blancs. C’était un comptoir comme Saint Louis ou Gorée qui avait un statut spécial. Maintenant, la population se partage entre Catholiques et Musulmans, à égalité. Sous la moustiquaire, je commence le voyage en Egypte de Florence Nightingale et de Gustave Flaubert réunis par Sattin dans Winter on the Nil. Je me lève à 6h30 pour le rendez-vous que nous nous sommes fixés avec Mor pour l’observation des dauphins (au départ la rumeur parlait de lamantins). Simon, le maître d’hôtel,   avait rectifié « pas lamantins, dauphins ». Pour les dauphins je suis prête à me lever matin !

7 heures, heure magique

7 heures l'heure magique
7 heures l’heure magique

L’heure où l’on balaie dans les cours des maisons, des campements, sur la plage, aussi. Heure fraîche, juste avant que le soleil n’écrase tout. Heure légère où tout a l’air de flotter dans une brume indécise qui délave les contours de l’estuaire ; Où est la mer ? la terre ? la mangrove et le fleuve ? Je pensais avoir plus de chance d’observer les dauphins de la jetée d’embarquement du bateau Dakar-Ziguenchor. Une grille ferme la digue. J’essaie de contourner, découvre la grande église au clocher carré de briques où poussent des graminées, tout à fait disproportionnée sur la place où il n’y a que des maisons africaines. Les maisons coloniales à étage sont en ruine à l’exception de la Mission où est logé notre hôtel. La maternité est aussi un « grand bâtiment » plat, pas étonnant, les naissances sont si nombreuses en Casamance.

le troupeau à la pointe
le troupeau à la pointe

Je retourne sur la plage, marée basse, je marche pieds nus jusqu’à la pointe. Le pâle soleil jaune apparit dans la brume orangée. Les cimes des cocotiers et des filaos se détachent à contre-jour. On se croirait dans une photo ancienne sépia. La pointe de l’île est occupée par le troupeau de vaches aux cornes pointues et à la robe variée. Elles ne ressemblent pa aux zébus gris du nord aux longues cornes en lyre. Certaines sont noires, d’autres tachetées, rousses et blanches, grises et blanches. Le taureau est petit mais je me méfie. Les veaux s’amusent en luttant front contre front. Je n’ose pas traverser le troupeau et rebrousse chemin.

le ferry à l'escale
le ferry à l’escale

8 heures, le grand bateau blanc, Aline Sitoé Diatta va accoster. Dans une barque en plastique à moteur, les employés de Cosama vêtus de gilets de sauvetage orange se dirigent vers les pylônes, un homme sur chaque pylône. La navigation d’un si gros bateau ne doit pas être aisée ! A marée basse, hier, l’eau m’arrivait aux genoux. Une erreur et le bateau peut s’échouer sur le sable ; j’ai en mémoire le souvenir le naufrage du ferry précédent en 2002 qui avait fait près de 2000 victimes. J’ai dans ma valise un livre qui le raconte – par superstition je ne l’ai pas ouvert. L’arrivée est délicate, le bateau prend son temps. Peu de voyageurs en descendent, encre moins montent.  Nous regrettons de ne pas embarquer ici plutôt qu’à Ziguinchor où l’embarquement prend des heures.  Nous sommes convoquées à 9h30 pour le départ à 13 heures. Nous aurions préféré être à la plage plutôt que dans la chaleur de la ville.

maison coloniale
maison coloniale

Après le petit déjeuner, à notre programme, visite du village. Le guide local est introuvable. Les plages sont tournées vers le tourisme. Les villageois vivent sous les grands arbres, baobabs, manguiers ou le grand fromager. Les constructions sont hétéroclites. Les maisons en dur du temps des français s’écroulent, certaines cases sont en paille tressée, l’une d’elle est peinte de couleurs variées. A la case carrée au toit de chaume, on a fait de nombreux ajouts : appentis de tôle soutenue par des branches mal équarries, maisonnettes de parpaing, parfois la paille tressée bouche les ouvertures. Dans les cours, même désordre. Derrière l’église basse le tailleur a installé son atelier, un peu plus loin les mécaniciens réparent les moteurs des pirogues (il n’y a pas d’autres véhicules à moteur sur l’île). Sous les manguiers, dans les cours limitées par des piquets, les femmes font la lessive dans de grosses bassines en plastique ou cuisinent dans des marmites en fer. Chaque passant dit « bonjour ! Çà va ? » il serait impoli de ne pas répondre. Variante du matin : « bien dormi ? »

Devant l’école, l’instituteur organise un match de foot féminin avec des petites filles voilées d’un hidjab blanc ou noir cousu. Les garçons sont en rang et vont ailleurs. On ne les mélange pas. C’est école mieux pour elles ; les garçons s’empareraient du ballon. Derrière l’église il y a une « école arabe », plus loin, encore une autre école. Les enfants sont si nombreux !

le jardin des femmes
le jardin des femmes

A la sortie du village, se trouve le Jardin des femmes. Les petits rectangles sont très soignés et tous occupés par des oignons, tomates, aubergines, salades même une petite pépinière d’hibiscus de 3cm de haut. Les femmes remontent l’eau du puis sans l’aide d’une poulie et jettent le contenu du seau dans un grand bassin où on plonge les arrosoirs qu’on remplit à ras bord. Mor se précdipite sur deux arrosoirs. On l’envoie vers le carré le plus éloigné. Pour ne pas être de reste j’en porte deux aussi. C’est bien lourd. J’ai un excellent souvenir de jardinage près de la Langue de Barbarie. J’avais même hérité d’un prénom sénégalais : Soukeyna.

cimetière français
cimetière français

La curiosité touristique de Carabane est son cimetière où sont enterrés des français. Une tombe blanche en forme de pyramide date du 19ème siècle, d’autres plus récentes sont noircies portant des croix métalliques rouillées. Il y a une « NDiaye 2012 » mais ce cimetière n’a plus l’air d’être utilisé.

Un calao s’envole d’un anacardier. Trop tard pour le photographier ! Je garde l’appareil prêt pour un mini-safari-photo. Je prends en photo un oiseau noir avec une longue queue, des bleus métalliques, des petits sur un buisson.

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Nous traversons la mangrove sur une petite digue et arrivons à la pointe au bout de la plage. Des hommes collectent les bouses de vache avec des brouettes.

Dominique est assise sous un auvent de chaume : 4 fauteuils de plastique, deux tables basses. C’est le petit bar Karabeach qui est aussi une boîte de nuit – fermée en ce moment parce que « c’est le Carême, on ferme aussi quand c’et Ramadan ! ». A l’arrière dans une salle claire, les enfants très sages font leurs devoirs. Sur le côté, des robes, pantalons et chemises sont exposés à la vente. La plage est très agréable à cet endroit, sable blanc très propre. La mer est haute, maintenant, les limites du chenal sont loin. La surface de l’eau lisse. Je nage dans une mer d’huile, heureuse du sel qui me porte. Tout d’abord, je longe la plage avec de l’eau à la taille, prudemment. Au retour, je remarque une mère et ses filles proches du drapeau, l’une d’elle a encore pied.

Karabeach
Karabeach

Le miroir de l’eau s’est brisé. Un aileron noir, brillant, puis un dos arrondi, encore un autre : les dauphins ! Ils sont au moins 3 ou 4 et sautent gracieusement puis plongent. Parfois je devine du blanc. Cette rencontre me ravit. Je ne me lasse pas de les regarder bondir et plonger ; je retourne nager pour m’approcher d’eux et nage jusqu’au drapeau bleu avec beaucoup de facilité. Je suis fascinée par les dauphins ; Pour revenir, je panique. Il y a du courant. Si je suis arrivée si facilement c’est que la rivière me portait. La marée descend, je me sens entraînée. Je nage vigoureusement jusqu’à ce que mon pied touche le sable.

Léon, le rasta, a apporté le plat : riz blanc, sauce aux oignons, excellente, poisson plein d’arêtes mais pour 2000f seulement. Nous passons l’après midi sous l’auvent. Je retourne me baigner. Je me laisse tenter par une robe-fourreau aux découpes amusantes, aux motifs africains dans les tons bruns que Hadji coud elle-même. Alphonse et Marie-Thérèse, les enfants de Léon et de Hadji sont très bien élevés et studieux. Nous feuilletons le livre de français, grammaire et vocabulaire qui aborde tous els thèmes de la morale à l’hygiène avec des textes d’auteurs : Senghor et Sembene pour les auteurs sénégalais les plus connus mais aussi français (Sac de billes, et même Simone Weill). Le propos est ambitieux, il y a des exercices et des jeux ? Peu d’illustrations en revanche, des gravures naïves pas de photos. Pour la présentation, il me semble lire un manuel d’un autre temps, de la génération de ma mère, peut-être. En revanche, le contenu est tout à fait actualisé.

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A notre retour dans notre chambre nous entendons une cloche grêle. La grande église au clocher de brique est abandonnée. L’église actuelle est basse crépie de gris et couverte de tôles. Elle ressemble à une école. Seuls signes extérieure, une croix métallique discrète et cette cloche. A l’intérieur, c’est très kitsch.

La chorale répète. Le chef de chœur est très professionnel il fait chanter séparément soprano, alto, ténors et basse (un seul adulte), puis « tout le monde ». Les chants sont dans une langue sénégalaise wolof ou diola ?

Après dîner, les chants continuent dans l’église et me bercent. Nuit africaine bruissante, tantôt tambours, tantôt chants. Le matin appartient au muezzin avant que les oiseaux ne s’en emparent.

L’île Carabane

CARNET DE CASAMANCE

arrivée à l'île Carabane
arrivée à l’île Carabane

12km jusqu’à Elinkin où nous nous embarquerons sur une pirogue pour l’ile Carabane . Nous ne nous attardons pas au marché d’Elinkin. Pathé, le piroguier de l’hôtel nous attend. La traversée dure 30 minutes. Nous avons la chance d’apercevoir un (ou deux) aigles-pêcheurs et les ailerons des dauphins.


Ile Carabane

la plage de l'îleCarabane en face de Karabeahc
la plage de l’île Carabane en face de Karabeach


L’Îles Carabane est une île plate dans le fleuve Casamance. Au débarcadère, s’arrête le ferry reliant Ziguinchor à Dakar. Le chenal est donc assez profond pour permettre la navigation de gros bateaux. Une plage de sable fin plantée de cocotiers et de filaos borde l’île. Notre hôtel occupe les bâtiments de l’ancienne Mission. Deux bâtiments à étages sont cernés par une double galerie à piliers carrés. Les portes sont laquées de bleu. Un bandeau de carreaux rouge-brique souligne le balcon à l’étage avec le garde-fou en fer peint de la même couleur. Le bar-restaurant est dans la chapelle. De beaux palmiers, des buissons, des massifs d’impatiens composent un jardin très agréable.
La chambre est basique, deux lits jumeaux accolés et des moustiquaires, une table simple contre le mur, des chaises de jardin, fer et lattes. Au plafond, un ventilo à grande pales est prévu pour la nuit « il tourne après 18h, l’électricité est solaire…. » justifie le gérant. Tout près de l’escalier, il y a un baobab à deux gros troncs dont les feuilles commencent à reverdir.
Le restaurant est dans une paillote ronde en bordure de corniche. Pour déjeuner, trois rondelles de tomates, trois de concombre en entrée, du tiéboudiène avec du poisson, chou, carottes, navets, un peu meilleur que celui des Bolongs, mais rien d’exceptionnel (sauf le prix 5000Francs).

café au campement Helena et plage
café au campement Helena et plage


Je n’ai qu’une envie : aller à la plage. Le long de la plage sont amarrées barques et pirogues. Ds cochons farfouillent. La laie a de tout petits cochons noirs. Le rivage est consolidé par de vieilles planches de pirogues, en épi. Le long de la plage nous trouvons des boutiques et des bars dans des bicoques. Pathé, le piroguier tient aussi un restaurant (avec un bizarre drapeau basque), il vend des fringues et fait même des massages. Un peu plus loin, les cases décorées de motifs naïfs du Campement d’Elena. Nous nous arrêtons pour boire un café (eau chaude dans un thermos et sachet de Nescafé).
Quand je me décide à prendre un bain c’est marée basse. On m’a prévenue : il ne faut pas dépasser les piquets qui bordent le chenal. Après, c’est profond et il y a du courant. Je marche, de l’eau aux genoux, à peine à mi-cuisse et m’approche des piquets. Impossible de nager dans si peu d’eau et je n’ose pas m’éloigner seule. La promenade dans l’eau m’a rafraîchie mais on ne peut pas la qualifier de « baignade ». je remonte enfiler une robe de plage, enfiler mes tongs, nouer mon foulard en turban et chausser les lunettes de soleil pour une belle promenade sur le sable mouillé.
La plage est plus aménagée qu’il n’y parait : plusieurs paillotes sont des mini-cafés ou restaurants avec deux tables, 4 chaises en plastique et un auvent. Sous les cocotiers et filaos, mélangés aux cases des villageois, se trouvent de petits « campements » – hôtels plus ou moins confortables. Seul l’Hôtel Carabane est élevé à la dignité d’ »hôtel ». Sous les cocotiers des touristes sont allongés, cette plage n’est pas tout à fait déserte !

petits pêcheurs
petits pêcheurs


Je décide de faire le tour en dépassant une pointe sableuse – pointe de l’île ? – après il n’y a plus d’habitations touristiques ni de cocotiers mais une eau limpide, une plage vierge. Je ne croise que deux enfants sortant des filets d’une petite pirogue. La mangrove m’arrête. Avec la marée montante, j’ai peur d’être piégée. Je ne ferai donc pas le tour de l’île.
18h, la température est délicieuse dans le jardin de l’Hôtel Carabane. Il me faut tout de même remonter me cahnger pour les précautions anti-moustiques.
18h30, je remonte pour une pulvérisation plus sérieuse et descends munie des bougies à la citronnelle que j’allume pour la première fis depuis notre arrivée au Sénégal. Selon la fille de Richard Toll, le paludisme aurait été éradiqué au nord du Sénégal mais de la Casamance ?
Dîner dans la nuit. les petites lumières sont-elles celles des pêcheurs ? Salade 3 rondelles tomates et spaghettis à la sauce aux crevettes très décevants.
Après dîner je me cache sous la moustiquaire pour une bonne nuit ventilée.