De Loguivy-de-la-mer à Ploubazanec sur le GR34

Pour arriver de Tréguier à Loguivy-de-la-mer la D786 passe le Trieux à Lezardrieux et arrive à l’entrée de Paimpol. Ensuite le GPS nous guide à travers la campagne et les champs de choux, choux-fleurs et maïs sur un itinéraire improbable et tortillant. Nous avons complètement perdu le sens de l’orientation quand on voit le port de Loguivy, joli et petit, tout à fait pittoresque.

les îles de Bréhat

Je trouve les balises du GR34au pied des marches et chemine un moment dans les maisons avant de rejoindre la grande baie de Ouern. Sentier facile sur la route d’abord puis près du rivage, de temps en temps dans les champs à l’abri de haies piquantes. Au large on devine les îles de Bréhat avec tout un cortège d’îlots, îlets, roches …

Bréha

Le sentier quitte la côte devant une belle propriété avec des chevaux dans un pré qu’il faut contourner, il monte très raide (j’ai regretté d’avoir oublié mon bâton, cela pourrait glisser),, traverse un petit bois puis redescend sur la Pointe de l’Arcouest dont le nom m’avait fait rêver et qui n’est vraiment pas pittoresque : un vaste parking accueille les visiteurs de Bréhat qui ne peuvent pas embarque avec leur véhicule et le terminal des ferries. A fuir!

D’ailleurs le GR34 tourne délibérément le dos à cette accumulation automobile : traverser la route et chercher le sentier qui monte très raide avec des marches au panorama sur Bréhat. De là, il faut être attentive aux balises parce que le parcours est un peu compliqué dans les maisons. (Visorando est d’une grande aide avec une description précise et toujours avec le point bleu qui se promène sur la  carte).  Je croise d’autres randonneurs perdus faute d’un balisage régulier. Je les snobe, le nez dans l’écran du smartphone pour vérifier que je suis bien sur l’itinéraire. On passe devant la Maison Noteric qui est la maison de la Réserve Naturelle (fermée ce jour-là). le sentier remonte encore bien raide, je loupe la Croix des Veuves mais pas la Chapelle de la Trinité et j’arrive à Pors Even où Dominique m’attend. 

Chapelle de Ploubazannec

Elle a garé la voiture sur la cale des ostréiculteurs et nous restons une bonne heure au soleil à observer le va-et-vient des tracteurs qui tirent des barges métalliques qui flottent dans l’eau et qui sont chargées des coussins sur lesquels grandissent les huitres. Le bateau devient remorque quand le tracteur le tire sur le rivage rocheux à côté de bassins de ciment. Les hommes déchargent des piles de ces coussins. C’est un  travail de fourmis. Je dessine pour observer plus précisément. Les Viviers Dauphin sont ouverts. j’achète un petit kilo de moules, sur la route il faudra aussi trouver de la crème dans un petit supermarché à l’entrée de Paimpol. 

chapelle de ploubazannec

Pendant que je marchais, Dominique a trouvé la très belle Chapelle de Ploubazanec avec ses sculptures de granite et les ex-votos sous le porche. Nous sommes dans le roman Pêcheur d’Islande de Pierre Loti et la toponymie nous le rappelle avec le Mur des Disparus en mer et la Croix des Veuves. 

Une année en Normandie – Hockney à L’Orangerie

Exposition temporaire jusqu’au février  2022

a year in Normandie (été)

J’avais été bluffée par la Rétrospective Hockney à Pompidou en 2017, surtout par la variété des œuvres et des techniques employées. David Hockney n’est pas uniquement le peintre des piscines californiennes, même si ces toiles sont géniales. J’ai regretté d’avoir raté son exposition à la Galerie Long Ma Normandie  rue de  Téhéran (2020) d’autant plus que j’ai vu sur Internet La place de Beuvron-en-Auge où nous avions déjeuné quelques semaines plus tôt. Je me suis donc précipitée à l’Orangerie dès l’ouverture! 

Hockney en majesté à l‘entrée de la salle des Nymphéas! Quel honneur! Certes, les deux tableaux d’ouverture sont très séduisant.

Hiver

L’idée serait venue à David Hockney de la tapisserie de Bayeux de réaliser une longue fresque imprimée sur papier de 90 m de long racontant le déroulement d’une année en Normandiede l’hiver à l’arrivée du Printemps, puis de l’été et de l’automne. Variations de lumière sur un sujet récurrent : sa maison en Normandie, les pommiers et collines l’environnant. 

printemps
été
automne

L’ensemble est séduisant, on se promène avec plaisir dans cette composition monumentale.

David Hockney « peint » avec son Ipad et il faudrait expliquer comment. Les traits sont bizarres, souvent répétitifs. on n’imagine pas la main de l’artiste. Certaines fleurs dans la pelouse, pissenlits( ? ) sont figurés par des ronds parfaits, cette nature artificielle simplifiée me dérange un peu. L’ipad pourqjuoi pas? un procédé parmi les nombreux que le peintre a expérimenté comme le polaroïd, les collages, la vidéo (géniale arrivée du printemps vue à Pompidou) . Simplement le voisinage avec les Nymphéas parait présomptueux et dessert plutôt Hockney.

les chapelles de Penvenan

CARNET DU TREGOR

Chapelle de Port-Blanc

Nous avons vu ces chapelles, cet hiver, fermées. Les Journées du Patrimoine sont l’occasion d’en découvrir l’intérieur. Nous avons passé une bonne partie de l’après-midi à une sorte de rallye d’une chapelle à l’autre.

En route d’abord pour Port Blanc

L’estran est découvert à marée basse. Il se déroule une course à pied : Le Trail de l’Estran sous le patronage du Télégramme de Brest. Les coureurs passent par petits paquets, groupes d’amis ou en famille. Une voiture s’arrêt « Vas-y Papa » . Je voulais justement emprunter leur parcours. pas de problème, le commissaire de la course m’engage à marcher : » Au moins vous aurez le temps de profiter du paysage » . Trois dames de mon âge me demandent : « vous avez vu les coureurs? » moi :« oui devant! » – « bien sûr devant! » rigolent les coureuses qui n’ont aucune prétention de battre des records mais plutôt de finir le parcours. Ils courent sur le sable puis sur les galets, enfin sur les rochers. Comme c’est peu confortable en sandales je monte sur la digue où se trouve le GR 34

Premier pique-nique : crevettes grises,  nos préférées.

L’après midi est dédié aux chapelles ouvertes exceptionnellement aujourd’hui.

Chapelle Notre Dame de Port Blanc

la chapelle est fleurie comme pour un mariage

Bien cachée à l’écart du village, son toit à deux pans surgit de la pelouse, on la croirait enterrée. Elle est très ancienne. Au XIIIème il y avait là une tour de guet. Pour l’occasion des Journées du Patrimoine, on a décoré la chapelle avec de grosses têtes d’hortensias bleus comme pour un mariage. Deux belles maquettes de voiliers(sans doute des ex-votos) pendent du plafond. Dans un coin la chaire à prêcher est peinte avec un décor floral. 

Chapelle de Saint Gonval

Chapelle et tumulus de Tossen

Sur la route de Buguélés. c’est une chapelle toute simple rectangulaire de petite taille, moderne (1914-1915). Elle est décorée de statues anciennes en bois. 

A proximité de la chapelle ; un alignement de dalles de granite en cercle : reste du tumulus de Tossen du néolithique moyen (2300 av. J.C.). ces pierres entouraient la base d’une colline artificielle de 10 m de haut? 

Saint Nicolas de Buguélés

Construite au Moyen Age, elle fut gravement endommagée au XVIème siècle et rebâtie à cette époque. L’aménagement intérieur le plus remarquable est un balustre (1649) séparant le chœur de la nef. le bois est gravé d’une inscription. 

Une dame et une petite fille m’accueillent gentiment et me donnent l’historique de la chapelle sur une feuille dactylographiée. La petite fille est toute fière de m’annoncer que c’est sont arrière-arrière-grand-père qui a réalisé la maquette de bateau suspendue. 

Saint Gonéry de Plougrescant

Le curieux cloché cassé de Saint Gonéry

le clocher de bois recouvert de plomb penche curieusement. L’enclos paroissial a une belle chaire à prêcher extérieure?

J’ai la chance d’assister à une visite guidée. Le conférencier détaille les fresques du plafond de bois peint au 15ème/16ème siècle et restaurées avec des couleurs très vives.

Adam et Eve au Paradis avant la Chute

Sur me registre du haut est figurée la Genèse. Adam et Eve, au Paradis nus sont curieusement  couverts de feuilles sur une sorte de collant. Après la Chute, ils trouvent des outils : une houe pour travailler la terre et une herminette pour construire une maison. Eve a une quenouille pour filer. Sur trois tableaux on constate l’amélioration de la maison et des habits. naissance de Caïn puis celle d’Abel, Caïn est déjà jaloux et se cache derrière un pilier.

Résurrection de Lazare

Le registre inférieur relate les scènes de la vie du Christ ; Résurrection de Lazare, la Cène et la Trahison de Judas?

la Cène

Le grand tombeau de pierres est celui de l’évêque Halesgoet.

Plougrescant

Il fait si beau que nous n’avons pas envie de rentrer. Arrêt à Porz Scaff. je suis le sentier côtier jusqu’au site du Gouffre parmi des rochers spectaculaires. 

Promenade dans Tréguier – maison d’Ernest Renan

CARNET DU TREGOR

Tréguier maisons à pans de bois. A droite la Maison de Renan à gauche « à vendre »

Sous un soleil radieux, cette Journée du Patrimoine est l’occasion de nombreuses visites qui commencent toutes à 10h30. Je peux flâner dans la ville en attendant.

Parking place des Halles juste en dessous de la cathédrale Saint Tugdal  Autour de la Place des Halles : d’un côté des maisons à pan de bois curieusement incurvées au premier étage, en face le mur du cimetière fleuri d’une épaisse guirlande orange et rouge  surfinias mélangé à d’autres fleurs. En dessous la fine table de pierre des poissonniers les jours de marché (le mercredi)

Cathédrale de Tréguier : remarquer les couleurs des cartes coeur, pic carreau et trèfle sur le clocher

En face de la Cathédrale Saint Tugdal, Autour de la place : pâtisseries, cafés, boutiques diverses. Je monte par les rues qui se faufilent entre maisons à pans de bois et façades de granite élégantes et qui conduisent aux austères bâtiments d’un couvent. Lorsqu’on découvre la ville de Tréguier on est impressionné par l’importance de ces bâtiments ecclésiastiques, Palais épiscopal, Séminaire, monastères, couvents…

Tréguier La Douleur

Je retourne à la voiture poser les pâtisseries du pique-nique de midi et emprunte un nouvel itinéraire, le long du cimetière pour arriver à l’Hôtel de Ville après avoir traversé un jardin ressemblant un peu à un labyrinthe avec des rangées de charmilles. Je passe sous un porche pour me trouver de l’autre côté de la Cathédrale devant une belle statue de pierre sombre : La Douleur – monument aux morts de la Grande Guerre ; une veuve est assise, elle porte la coiffe de Tréguier. Du coin de la place s’élève une rue bordée de maisons de notables aux façades soignées. Des venelles aux vieilles pierres de granite émoussées fleuries de pâquerettes des murailles (Erigeron karvinskianus) au feuillage très léger comme de l’asparagus. L’une d’elle est la Venelle des Trois avocats, quel nom pittoresque!

la Maison de Renan

Renan et Athéna sur la place de la Cathédrale

10h30, retour sur la Place des Halles pour la visite de la Maison de Renan. C’est une maison à pans de bois peinte en orange. Maison d’armateur, les notables les plus riches de la ville, située dans une rue qui descend vers le port. Elle est même équipée d’une vigie, pièce sous le toit permettant à l’armateur de surveiller ses navires rentrant au port. 

Ernest Renan

 

La visite commence par un vidéogramme de 20 minutes. je connaissais le nom de Renan, je savais qu’il avait écrit La Vie de Jésus qui avait fait scandale en son temps mais j’ignorais tout de l’homme. Ernest Renan est né à Tréguier en 1823. Il a fait dans la ville ses études secondaires. Elève brillant au séminaire, il se destine d’abord à la prêtrise puis s’en détourne et étudie à paris les textes sacrés en latin, grec et hébreu, devenant un spécialiste en philologie. Napoléon III lui confie une mission archéologique en Palestine « en Phénicie » . Il rédige La vie de Jésus à son retour. Sa parution fait scandale et il est révoqué de son poste au Collège de France, poste qu’il retrouvera en 1870. Il voyage aussi en Grèce, ce qui explique la statue de la place en compagnie d’Athéna, déesse de la raison. Un nouveau scandale éclata quand on érigea la statue. A ma suite de manifestations houleuses on décida d’installer un calvaire pour contrebalancer la statue laïque. 

Deux pièce à l’étage contiennent des souvenirs de Renan. Dans une pièce on a reconstitué le bureau du collège de France avec sa bibliothèque. Une exposition de photographies de Nadar est particulièrement bienvenue. Les portraits de contemporains de Renan font revivre la vie intellectuelle de cette époque. On y voit George Sand, Garibaldi, Victor Hugo, Sainte Beuve, Gambetta, les frères Goncourt….Chaque portrait est accompagné d’une notice biographique présentant le personnage et un court texte de Renan. Admiratif pour Hugo et George Sand, vacharde pour Sainte Beuve et les Goncourt.

Renan est considéré comme le précurseur de la Laïcité préconisant dès 1871 la Séparation de l’Eglise et de l’Etat.

J’ai beaucoup aimé cette exposition et téléchargé La Vie de Jésus. 

Arrivée à Plouguiel – jardin Le Kestellic

CARNET DU TREGOR

le manoir et le Jaudy

Ce « jardin suspendu » se  trouve sur une pente très raide  dominant l’estuaire du Jaudy. 

Son histoire remonte à 1880 quand Aristide Tallibart, un marchand revenant de Constantinople, fut mis en quarantaine au pied du roc et imagina d’y construire une villa d’inspiration orientale. Son fils bâtit au début du XXème siècle un  manoir néo-breton. En 1965, le nouveau propriétaire, ingénieur agronome,  dessina un jardin où se mêlent essences exotiques et indigènes. C’est donc un parc bien installé avec des arbres de haute taille, acclimatés depuis des décennies, pour figurer des zones climatiques (méditerranéenne, australe, himalayenne). Des sentiers serpentent en longues boucles, descendant la pente pour arriver au bord  de l’eau pour arriver au manoir fleuri (salon de thé).

Kestellic

Cette promenade est un enchantement parmi les hortensias et hydrangeas, aux grosses têtes fleuries bleues, blanches ou roses, certaines très originales. On passe des ruisselets qui vont de sources en bassins sous des bosquets.

Kesetellic hydrangéa bleu

Il était temps de venir : ce sont les derniers jours avant la fermeture hivernale!

le Jaudy

 

Autour de Portsall sous la pluie

CARNET DES ABERS

Pluie vent et vagues

La météo est exécrable mais on ne se laissera pas intimider! 

Quand nous arrivons, le port de Portsall est très tranquille ce mardi de fin septembre. Je trouve les balises du GR34 rue des Pêcheurs. Il passe entre les maisons sur de petites rues puis suit la côte découpée de pointes rocheuses terminée par des rochers spectaculaires. Je retrouve Dominique garée devant un minuscule port, pas de quai mais une dizaine de bateaux à l’eau.

limicoles

En face, la très belle plage de sable  de Tréompan. J’aimerais la parcourir pieds nus mais il fait très frais et j’ai peur de ne pas passer les barres rocheuses qui coupent la plage. La mer est haute mais de faible coefficient. Cela passe. Une volée de limicoles s’est posée : gravelots, courlis ou bécasseaux. J’ai encore oublié mes jumelles. La pointe est sableuse et annonce les Dunes de Tréompan et la Plage des Trois moutons.

Depuis le début du séjour, nous avions décidé d’aller au restaurant le premier jour de pluie. Nous n’avons donc pas emporté de pique-nique. Ce matin les restaurants de Portsall étaient fermés. Le soleil se pointe : nous allons faire les  courses à Ploudalmezeau. Le chantier qui barre la route va nous compliquer les trajets toute la journée (le GPS l’ignore et nous dirige vers cette tranchée infranchissable). Dans un si petit bourg Leclerc a installé un magasin gigantesque où je trouve crevettes, salade carotte, ananas et surimi. 

L’après-midi,  nous explorons la côte au Sud de Portsall

Kersaint

Kersaint, juste à la sortie de Portsall possède une magnifique chapelle : Notre-Dame-du-bon-secours (1518). Kersaint « village des saints » doit son nom aux deux saints, Saint Tanguy et Haude. Selon la légende, Tanguy aurait décapité sa sœur Haude près d’une fontaine. Trois vitraux (1901) et deux statues rappellent cette histoire. De beaux vitraux contemporains très lumineux éclairent cette chapelle, église et sonorisée. l’association locale invite aussi à consulter leur site web

Donjon de Trémazan

Un peu plus loin dans les terres se trouve le puissant donjon de Trémazan. Donjon carré XIV ème siècle appartenant à la famille du Chastel.

le GR34 suit la côte en corniche (parallèle à la route touristique) jusqu’au petit village d’Argenton. 

chapelle Saint Samson

Sous une pluie battante nous faisons halte à la petite chapelle Saint Samson, toute petite, isolée dans la lande. A côté, une croix et une dalle. Autrefois il y avait un menhir miraculeux : il suffisait de se frotter le dos pour se débarrasser des rhumatismes. Construite en 1785, elle est toute simple. Saint Samson ait un moine gallois venu au VIème siècle évangéliser la Bretagne. 

Après Argenton, la côte devient plus échancrée, découpée avec des pointes, des îlots, des roches émergées. 

Saint Gonvel

La Chapelle Saint Gonvel est bien cachée à proximité d’un dolmen dans un écrin de verdure. Si j’avais eu l’information sur place, j’aurais cherché la stèle gauloise couchée à un angle. Le dolmen est d’approche difficile, on l’a juste entraperçu. 

A la pointe on signale des fours à goémon. Tout le long du littoral on peut retrouver ces anciens fours où l’on calcinait le goémon pour récupérer les cendres riches en soude qui servait, entre autres – à l’industrie du verre.  En général il s’agit d’une simple tranchée bordée de pierres mais ici il semble que ce soit un complexe plus important. 

Nous poursuivons la route jusqu’à Porspoder. Sous la pluie le village n’offre pas son visage le plus avenant. On s’engage dans la petite presqu’île du Vivier. Il y a bien des viviers mais on n’y vend ni huitre ni moules. Ce sont des bacs expérimentaux de la station de l’IFREMER. 

Je termine le circuit à pied sur le GR jusqu’à Saint Samson. il pleut, il vente, il grêle même. Par chance j’ai le vent dans le dos. Je me persuade que puisque nous ne sommes pas en sucre nous ne sommes pas solubles dans la pluie (surtout ne pas dire « qu’on ne fond pas« ). Cela ajoute même à la dramaturgie des vagues qui explosent sur les roches. Promenade sublime!

Un dimanche à Versailles – Grandes Eaux Musicales et bosquets

TOURISTE PRES DE CHEZ MOI

bassin du char d’Apollon, au fond la perspective du Grand Canal

Le seul avantage de la crise du Covid est qu’on peut accéder aux sites très touristiques sans avoir à subir la cohue du tourisme de masse. Je me suis donc précipitée pour réserver un créneau horaire de visite et je suis arrivée tôt pour profiter du soleil du matin et de l’ouverture des bosquets avec les Grandes Eaux. 

Parterre de l’Orangerie

la visite des Jardins est payante (11€) et le Pass Education  ne donne droit à aucune réduction.

De la terrasse la vue sur le Parterre de l’Orangerie sous le soleil de 9h est splendide. En ce début septembre estival les agrumes et palmiers sont sortis offrant un paysage nouveau. 

parterres fleuris aux abords immédiats du château

Munie d’un plan (indispensable pour s’orienter) je pars à la recherche des bosquets bien cachés. Je descends jusqu’au bassin de Bacchus

Bassin de Bacchus

A proximité, je découvre la salle de bal qui est une sorte d’amphithéâtre arrondi dont la moitié des gradins seraient des végétaux taillés et l’autre une rocaille de meulière et de coquillages de grande taille où jaillissent des jets et où s’écoulent les cascades. 

bosquet de la Salle de Bal26

Les grandes eaux ne commencent ici qu’à 10h30 mais j’ai beaucoup apprécié les gradins de rocailles qu’on ne voit plus quand l’eau dégouline (j’y suis retournée l’après midi) la sonorisation musicale Campra, Lully et Rousseau

Le Bassin du Char d’Apollon est animé quand j’arrive Haendel, Blanchard, Philidor et Lully.

Bosquet d’Encelade

Non loin de là je trouve le Bassin de l’Encelade délicatement entouré d’une  tonnelle où fleurissent des rosiers très parfumés contrastant avec le sujet : le titan enseveli sous des tonnes de rochers. L’accompagnement musical est très réussi Charpentier et Campra. 

Inutile de chercher le Bosquet de l’étoile qui est juste une pelouse polygonale, on a même retiré le statues seuls subsistent les socles.

La matin, les statues du Bosquet des Bains d’Apollon se trouve dans l’ombre (pas de photo) j’avais bien aimé ces trois groupes représentant les Muses et Apollon quand j’étais venue en hiver. 

J’ai découvert le Bosquet du Théâtre d’Eau, conçu à l’origine par Le Nôtre il a été restauré récemment en un jardin contemporain avec les sculptures-fontaines d’Othoniel en perles de verre.

Bassin de Latone

Finalement les jeux d’eau du Bassin de Latone avec ses grenouilles dorées raconte l’histoire de la mère de Diane et d’Apollon protégeant ses enfants contre les injures des paysans de Lycie et demandant à Jupiter de les  transformer en grenouilles pour les venger. 

Je pourrais imaginer une autre promenade qui me conduirait de statue en statue : il y en a tant de très belles! Ou dénicher les bizarreries comme ces chérubins ou diablotins assis sur une tête de chèvre servant d’anse à une urne. Ou cet autre grimpé sur une sphynge.

La plus secrète mémoire des hommes – Mohamed Mbougar Sarr

RENTREE LITTERAIRE 2021

« Soyons francs : on se demande si cette œuvre n’est pas celle d’un écrivain français déguisé. On veut bien que la colonisation ait fait des miracles d’instruction dans les colonies d’Afrique. Cependant, comment croire qu’un Africain ait pu écrire comme cela en français ? »

Comment classer cet ouvrage : Rentrée littéraire 2021 ou Francophonie?

Mohamed Mbougar Sarr, né à Dakar est-il un romancier sénégalais comme le présente l’article de Wikipédia ou un écrivain de cette rentrée littéraire parisienne? Ce serait un détail si cette distinction n’était pas un des thèmes de ce roman. Diegane Faye est un écrivain africain vivant à Paris qui a publié un petit roman au tirage confidentiel. Il s’attache à faire sortir de l’oubli TC Elimane, écrivain maudit, qui a publié en 1938 un chef d’œuvre disparu dans des circonstances étranges.   Marème Siga , « l’ange noir de la littérature sénégalaise »  lui confie un exemplaire du livre introuvable, lecture éblouissante. L’écrivaine, cousine d’Elimane, ne l’a pas connu ;comme Diegane, elle se consacre à sa recherche . Elle a eu une relation passionnée avec une poétesse haïtienne, amante d’Elimane. 

« Quelle est donc cette patrie ? Tu la connais : c’est évidemment la patrie des livres : les livres lus et aimés, les livres lus et honnis, les livres qu’on rêve d’écrire, les livres insignifiants qu’on a oubliés et dont on ne sait même plus si on les a lus »

[…]
« Oui, disais-je, oui : je serai citoyenne de cette patrie-là, je ferai allégeance à ce royaume, le royaume de la bibliothèque. »

 

La plus secrète  mémoire des hommes mêle les voix de ces trois narrateurs.trices, et reconstruit l’histoire de la famille d’Elimane dans un village sérère du temps de la colonisation, de son père qui disparaît dans la Grande Guerre, tirailleur sénégalais, du scandale littéraire causé à la parution du livre d’Elimane, de l’errance de ce dernier jusqu’à 2018 quand Diegane retourne au Sénégal en pleins troubles sociaux. Longue histoire qui se déroule pendant plus d’un siècle sur trois continents. 

Histoire embrouillée parce que je n’ai pas toujours identifié les narrateurs : il m’a fallu parfois plusieurs pages  pour deviner qui a pris la parole : Siga? Diegane? la poétesse? parfois le père de Siga. Je me suis perdue  à plusieurs reprises. Le style très dense, touffu parois sans ponctuation ni respiration n’aide pas franchement le lecteur. Si j’ajoute encore que le narrateur principal, l’écrivain, est souvent prétentieux, verbeux et peu sympathique, cela n’incite pas à continuer la lecture du pavé (448 pages seulement mais cela m’a paru bien plus).

« Je sais que tu ne seras pas d’accord avec ce que je te dis : tu as toujours considéré que notre ambiguïté culturelle était notre véritable espace, notre demeure, et que nous devions l’habiter du mieux possible, en tragiques assumés, en bâtards civilisationnels, bâtardise de bâtardise, des bâtards nés du viol de notre histoire par une autre histoire tueuse. Seulement, je crains que ce que tu appelles ambiguïté ne soit encore qu’une ruse de notre destruction en cours. Je sais aussi que tu trouveras que j’ai changé, moi qui estimais que ce n’est pas le lieu d’où
il écrit qui fait la valeur de l’écrivain, et que ce dernier peut, de partout, être universel s’il a quelque chose à dire.
Je le pense toujours. »

Et pourtant c’est un roman très intéressant d’une part pour la réflexion sur l’écriture et la décolonisation, et pour l’aspect historique. Par ailleurs, la vie au village, les coutumes anciennes sont très agréables à lire. Si je n’ai pas accroché avec les personnages masculins que j’ai trouvé antipathiques, les femmes au contraire sont des personnages forts.

Manoirs en Perche : La Fresnaye, la Pellonière – jolies cités : Bellême et Mortagne-au-Perche

BALADES PERCHERONNES

LA FRESNAYE

La Fresnaye

Par une belle journée d’Août,  Maman a organisé un circuit pour montrer le Perche à des amis. Après avoir fait les honneurs du Vaurayet nous avons pris la route de Marcilly, minuscule bourg fleuri  avec une petite église  au joli porche roman et au clocher pointu.

La Fresnaye : loggia Renaissance

La Fresnaye est caché au bout d’une longue allée dans les arbres. La lumière du matin est parfaite pour les photos de loin mais le jardin et le château ne sont ouverts à la visite qu’après 13 heures (en semaine, comme le manoir est habité il ne se visite pas le week-end). Nous sommes revenus l’après-midi et avons suivi la visite guidée. 

La Fresnaye tour et cour fleurie

Ce manoir serait un des plus anciens du Perche, remontant au XIVème siècle. Vers 1310, les seigneurs de Blandé édifient le logis, quadrilatère muni de créneaux et mâchicoulis. Au début de la Guerre de Cent Ans on la flanqua d’un donjon. Il fut épargné par les Anglais qui s’y installèrent en 1427. En 1501 le donjon fut coiffé d’un toit pyramidal. De riches transformations : Galerie Renaissance, deux tours d’angle, cheminées d’apparat en font un vrai château. Sympathisants protestants, ses maîtres furent bientôt ruinés et le château se dégrade. En 1750 les propriétaires nobles le quittent et des fermiers s’installent. Des travaux de restauration de 1977 à 2008 en font des ruines fleuries très plaisantes.

BELLEME 

Bellême : ce qui reste du château porte Saint sauveur

Traversant Igé nous arrivons à Bellême. La ville close se trouve en haut d’une rampe. Au parking, une superbe vue sur les toits et l’église. Ce qui reste du château médiéval, une grosse tour et une arche est bien aménagé par des artisans et galériste. Les rues de la ville close sont bien restaurées. Nous n’avons pas le temps de nous y attarder. Maman a réservé au Restaurant à Mortagne et il est temps de reprendre la route. 

Nous traversons la Forêt de Bellême . Attention au radar au Pin-la-Garenne ! Pour découvrir le Manoir de La Pellonière il faut faire un petit détour. Il ne se visite pas mais vaut le coup d’oeil. 

Le Pin la Garenne : Manoir de La Pellonière

MORTAGNE AU PERCHE

Mortagne

Le restaurant de L’Hôtel du Tribunal mérite le déplacement. CLIC ici pour le site et les menus. C’est un restaurant gastronomique qui a une salle élégante et qui sert également dans un jardin fleuri. La carte propose des plats variés mais les menus font un clin d’œil au Tribunal, on peut choisir le gastronomique « Grande Instance » 56€  « Verdict » 39€ « Premier Jugement » 34€ et, en semaine, le midi la formule « le Référé » 17.5€ . Je choisis toujours le Référé qui propose sur une ardoise un assortiment varié surprenant d’entrées et viande chaude puis un café gourmand toujours . Comme Mortagne  a pour spécialité le boudin, deux d’entre nous ont aussi pris un boudin maison avec un crumble de noix, jus de cassis décoré par des petites boules de pomme fraîche. 

café gourmand

On pourrait consacrer une bonne demi-journée à la visite de Mortagne, le Musée Alain, le Musée du Perche, la belle église Notre-Dame, et nombreuses maisons historiques…

maison des comtes du perche 12ème siècle

Nous nous sommes contenté d’une promenade par cette belle journée dans les rues pittoresques : sommes entrés dans la cour de la Maison des comtes du Perche où nous avons la surprise de trouver un cheval de terre monté par des enfants. C’est un des sujets de l’exposition de la Sculptrice Fanny Ferré. 

Mortagne : maison Henri IV

derrière des murs dépasse la Maison Henri IV .

Dans la Crypte Saint André nous retrouvons les personnages nomades de Fanny Ferré

Les nomades de Fanny Ferré

Ces sculptures sont installées dans toute la ville.

Carnavalet : collections permanentes Paris du 16ème au 18ème siècle

HISTOIRE DE PARIS

Le Pont Neuf et la Pompe de la Samaritaine sous Louis XVI

J’ai attendu avec impatience la réouverture du Musée Carnavalet. Et il semble que je n’étais pas toute seule : comme dans tous les musées, il faut réserver un créneau sur Internet, télécharger et imprimer le billet gratuit et se munir du Pass Sanitaire. L’entrée est gratuite (pas libre).  Pour l’Exposition Cartier Bresson, c’est un billet séparé. Sauf à y consacrer la journée entière et à faire preuve d’endurance, l’après-midi ne suffit pas pour épuiser les collections permanentes et voir une exposition dans la foulée. Avec l’impression de survoler le tout, et de me perdre dans l’ordre des salles je n’ai vu que celles du premier étage. Il me faudra revenir pour la Révolution et le Moyen Age.

Carnavalet occupe tout un bloc entre la Rue Sévigné, la Rue des Francs-Bourgeois, la rue Payenne. On entre par la Cour d’Honneur ou Cours Louis XIV mais je découvrirai qu’il y a 4 cours, une petite Cour Henri IV (avec un jardin des simples), la Cour des Drapiers. Madame de Sévigné a occupé un des hôtels particuliers mais peu de souvenirs ont été conservés. C’est un des plus anciens musées de Paris : il a ouvert en 1880. 

les enseignes

Une belle collection d’enseignes nous fait imaginer les rues de Paris avec les plaques de rues en calcaire gravé. L’étoile de David capte tout de suite mon attention : rien de juif, c’est le symbole des brasseurs, les deux triangles figurant les éléments composant la bière et les transformations. L’orme de Saint Gervais  est le souvenir d’un arbre de justice.

la devanture de l’apothicaire contient flacon et pots à onguents en porcelaine.

Au plafond sont pendus des lorgnons, des fourchettes, au mur un homard.

Plusieurs tableaux et réclames utilisent des stéréotypes racistes :  « A la Tête noire » pour un marchand de vin ou « au Nègre joyeux » dans un magasins de produits alimentaires venant des colonies.

Je monte au 1er étage en empruntant le monumental escalier de l’Hôtel de Luynes surmonté d’une galerie décorée en trompe-l’oeil.

Escalier de l’Hôtel de Luynes

Non seulement on a remonté des escaliers provenant d’hôtels qui ont été démolis mais on a reconstitué des appartements entiers avec boiseries, plafonds, tentures et mobilier.

Une série de salles fait revivre le Paris de l’Encyclopédie (1751 – 1788) d’Alembert nous accueille, et nous passons par les appartements de l‘Hôtel de Breteuil, entrée, salon et boudoir ovale. Le salon est meublé de tables à jeu (échiquier cachant un trictrac) table carrée pour jouer au pharaon, fauteuils divers, une harpe et même une niche capitonnée de bleu pour un chien minuscule. Un accompagnement sonore reconstitue l’ambiance du salon.

Différents tableaux, aquarelles et gravures, restituent les Jardins de Paris, le Jardin des Plantes avec la figure de Buffon, Parc Monceau créé par Carmontelle, Jardin de Bagatelle, mais aussi des jardins oubliés comme ce Jardin des Marchands.

On célèbre le Spectacle des sciences avec le spectaculaire envol (et crash) des Montgolfières qui ont suscité des « objets dérivés » boutons, tabatières et éventails

J’ai découvert un peu plus loin (je me suis un peu perdue dans le dédale des salles) le fauteuil de Voltaire avec sa silhouette caractéristique équipé d’un écritoire et d’un pupitre. Nombreuses têtes, buste de Voltaire autour. Jean Jacques Rousseau en costume arménien fait le pendant au buste de Voltaire). un joli groupe en porcelaine blanche fait figurer Franklin. je suis contente de voir le palais que Beaumarchais s’était fait construire à proximité de la Bastille que décrit Orsenna dans sa biographie Beaumarchais : un aventurier de la liberté. 

maquette de la Madeleine (à l’arrière Saint Sulpice)

Louis XIV, Louis XV et Louis XVI ont embelli Paris de nombreux monuments et places comme la Place Louis XV (place de la Concorde) dessinée par Gabriel. On démolit les maisons construites sur les ponts au XVIIIème siècle. De nombreux tableau témoignent des transformations. Des maquettes des projets de l’église de la Madeleine, et de l’Eglise Sainte Geneviève ou de Saint Sulpice montrent les projets. L’église Sainte Geneviève est devenue plus tard le Panthéon et la Madeleine ne fut terminée qu’après la Révolution.

Une salle entière est consacrée à l’architecte Ledoux  qui dessina 47 barrières dans le mur des fermiers généraux (1762 -1795)

Les reconstitutions des appartements venus d’Hôtels particuliers sont spectaculaires mais mon parcours n’est pas toujours logique ou chronologique, c’est le seul défaut du musée.

je suis éblouie par le salon peint de fresques à grotesques de l‘Hôtel Colbert de Villacerf

Cabinet Colbert de Villacerf, grotesques et portrait de Mazarin

Impressionnants, solennels, ceux de l’Hôtel La Rivière (Place Royale) avec les décors de Charles Lebrun (too much!)

Décors Le Brun très chargés

Boiseries de l’Hôtel d’Uzès

Toujours dans mes errances chronologiques j’ai découvert le 16ème siècle, Catherine de Médicis, Henri III, Charles IX Le Duc de Guise. Impressionnante procession de la Ligue

Procession de la Ligue

Et pour contraster avec cette peinture belliqueuse une fête populaire

Fête populaire

 

et ces petits métiers

petits métiers 18ème siècle

je me rends compte que ce billet est bien désordonné, surtout du point de vue de la chronologie. Telle fut ma visite. Ce musée est si riche qu’on s’y perd et je me promets d’y retourner d’abord pour voir les souvenirs de la Révolution, les témoignages du Moyen Age puis ultérieurement me limiter à une courte période et lire avec soin les cartels.