MITTELEUROPA -2001 – UN MOIS EN AUTRICHE, HONGRIE ET CROATIE
Karlskirche
Karlskirche
La pluie contrarie nos plans, prenons le métro U4 à Pilgram et deux stations plus loin, descendons à Karlskirche. L’église est vraiment curieuse : une coupole précédée d’un fronton, encadré par deux colonnes rondes, évoquant des minarets et deux tours carrées à toit en pagode de cuivre oxydé.
Karlskirche « colonne trajane »
Lorsqu’on s’approche, les« minarets » font place à deux colonnes trajanes avec des bas-reliefs comme à Rome. La façade à fronton triangulaire classique représente l’épidémie de peste de 1713. Charles VI (le père de Marie Thérèse) avait fait vœu de la construction d’une église à la fin de l’épidémie.
Intérieur très baroque
Karlskirche : baroque!
C’est la plus belle église baroque que j’ai jamais vue. La nef ovale est surmontée d’un dôme très haut. Au fond du chœur, Saint Charles Borromée, en habit d’évêque tout en dentelle, est entraîné au ciel par des dizaines de petits anges, les putti siciliens tant aimés par Fernandez, certains crèvent le nuage et seules leurs têtes émergent des rondeurs.
Fresque de la coupole
La fresque de la coupole a été restaurée, elle est bien lisible. Une scène est parlante : un ange armé d’une énorme torche met le feu à la Bible de la Réforme. Ce n’est pas seulement la Peste qu’il s’agissait de combattre. Il y a bien une démonstration flagrante des liens entre la Contre-Réforme et le Baroque.
La pluie a cessé, une timide éclaircie permet de prendre quelques photos.
Nous quittons le Baroque pour l’Art Nouveau : les pavillons du Métro Karlsplatz bien rénovés et le beau pavillon Sécession, pas de chance, c’est aujourd’hui jour de fermeture !
Naschmarkt
Le marché Naschmarkt est très joli avec ses boutiques exotiques grecques ou turques. Cela sent bon les olives et les épices. Après Marrakech et Istanbul nous sommes blasées ! Les épices sont vendues dans des petits godets fermés : cela n’a pas d’allure !
Jugendstil
Majolica haus dessinée par Otto Wagner
Les maisons Jugendstil d’Otto Wagner sont face au marché : la maison majolique est décorée d’un rosier qui s’étale sur toute la façade carrelée tandis que les balcons sont ornés de feuillage vert (nymphéa ou lierre ?) La maison voisine porte des médaillons dorés et les feuilles sur les rambardes vertes sont plus simples.
Comme le Voyage en Orient, le Grand Tour en Italie, le Danube a inspiré les écrivains-voyageurs. Sans projet de voyage, j’ai donc décidé de m’évader par la lecture au fil de l’eau.
Pourquoi précisément le Danube?
A cause du livre Art Nouveau de Paul Greveillac qui met en scène un architecte viennois (fictif) arrivant à Budapest. Pour revoir les photos j’ai ouvert les albums et les carnets de voyage et décidé de dépoussiérer Mitteleuropa2001 qui avait disparu lors des migrations de mes blogs. Scanner les photos, revoir les textes me transporte loin des confinements….
Le Danube à Klosterneubourg
J’ai aussi descendu de l’étagère Danube de Claudio Magris, gros livre de 560 pages, que je n’avais pas lu. Lecture savante d’un germaniste érudit que je savoure lentement m’arrêtant presque à chaque page pour consulter la carte, ou wikipédia pour approfondir, chercher une date, un auteur, un ouvrage…
Bien antérieur, et bien différent, le récit de Patrick Leigh Fermor raconte son itinéraire à pied, de Hollande à Constantinople (1933-1935). Dans la nuit et le vent (2016)réunit les trois volumes : Le Temps des Offrandes,et Entre fleuve et forets et La Route Interrompue. Lecture inoubliable, et relecture à la parution du recueil, tout aussi éblouissante. Je l’ai lu comme un livre d’aventures.
Vagabondages de Lajos Kassak raconte les tribulation d’un jeune artiste de 22 ans entre Budapest et Paris en 1909. Entre Budapest et Vienne, avec un camarade il marche et mendie le gîte et le couvert dans les fermes, se clochardisant petit à petit. A Vienne, il connaît les asiles pour vagabonds mais fait aussi de belles rencontre avec des artistes.
Recommandé par Keisha, Sur la Route du Danube de Emmanuel Ruben, m’a tentée, je l’ai réservé à la Médiathèque. D’après le billet de la blogueuse, je sais que ce sera une balade à vélo dans le sens Mer Noire vers la source.
Déjà dans ma liseuse : Europolis du Roumain Jean Bart(Eugeniu Botez) sur la recommandation de Claudio Magris. Europolis, serait un port sur la Mer Noire dans le Delta du Danube. A explorer. Prévu aussi, Lisière, de la bulgareKapka Kassabova.
Lectures anciennes, mais excellents souvenirs : le Voyage d’un Européen à travers le XXème sièclede Geert Mak traverse les contrées danubiennes( entre autres). Plus à l’Est encore, Le Voyage aux frontières de l’Europe de Paolo Rumiz, nous fait quitter le Danube pour la Volga… mais je le cite parce que Rumiz est de Trieste comme Magriset que leur point de vue est parent.
Et malgré ce confinement qui risque de durer, je ne serai pas en panne de lecture!
MITTELEROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE
Hundertwasser haus
Métro puis tram jusqu’à la place Radetzky. Un itinéraire fléché mène aux maisons colorées de Hundertwasser.
Les maisons colorées Hundertwasser (carte postale puisqu’il pleuvait)
Le temps s’est couvert. Il commence à pleuvoir. C’est tout à fait dommage ! Je me faisais une fête de photographier ces curieux immeubles multicolores décorés de pilastres géants en céramique, de mosaïques et de miroirs où les terrasses arborées font entrer les végétaux à tous les étages. Il fait si sombre que les couleurs ont l’air passées et on se contentera de cartes postales.
WC remarquables!
Hundertwasser : toilettes remarquables
Dans la galerie marchande de l’Art Moderne les WC sont remarquables. C’est la première fois que je paye pour entrer dans des toilettes publiques sans les utiliser ! Elles méritent la photo avec leur carrelage à damier, les bandes rouges et bleues et les miroirs encadrés brisés.
Exposition Tiffany
Exposition Tiffany : lampes 1900 avec des abat-jours en vitrail aux motifs végétaux Glycine merveilleuse, narcisses et jonquilles, nénuphars ou feuilles de vigne. Autre motif récurrent : les libellules. Je me souviens en avoir vu à l’exposition « 1900 » du Grand Palais. Dans la pénombre, avec des effets de miroir, toutes ces lampes précieuses font un ensemble extraordinaire. Tiffany est un Américain qui a saisi l’opportunité de la découverte de la lampe à incandescence d’Edison pour faire de la lampe électrique un objet d’art .Cette exposition cadre très bien dans notre programme « Art nouveau» ou Sécession prévu pour demain.
Hundertwasser
Hundertwasser maquettes
Le reste du musée est consacré à Hundertwasser : des maquettes présentent son travail d’architecte: des maisons d’habitation mais aussi une usine d’incinération (type de celle du Carrefour Pompadour)toute habillée de couleurs vives de mosaïques et de bulbes dorés. Architecture écolo
Un village aux forme arrondies à moitié enterré sous des pelouses témoigne de la sensibilité écologique de l’auteur : la terre isolerait du froid comme de la chaleur, on marcherait sur les toits, ce serait la fin de l’architecture verticale, la maître d’œuvre y voit une nouvelle convivialité, également un traitement différent de l’eau.
peintre ou plasticien?
En plus de cette utopie, nous découvrons un peintre, ou plutôt un plasticien, majeur. Comment nommer celui qui utilise plutôt la sérigraphie, la gravure, un graphiste ? un graveur ?? les titres sont amusants, un peu surréalistes, les couleurs, vives parfois criardes dans les épreuves de sérigraphie avec une utilisation d’encres métallisées, dorées argentées et même violet métallisé. La spirale est un motif récurrent ainsi que les gouttes qui traversent le tableau, gouttes de pluie, pluie de sang, larmes… Les arbres, parfois de simples boules vertes, surviennent dans des situations inattendues : un meuble, un portrait.
On devine une sensibilité écolo très forte, Hundertwasser semble traduire l’air du temps, quand j’examine les dates , je découvre un précurseur «Mehr grün» n’est pas un slogan politique des années 80, le tableau a trente ans de plus, un « garçon aux cheveux verts » baskets aux pieds, tellement actuel a presque 50 ans En tout cas son œuvre me touche beaucoup. Les pluies de sang, flammes et cendres sont elles des réminiscences des années de guerre Hundertwasser a perdu une partie de sa famille dans les camps ou traduisent elles un état de guerre permanent à travers le monde ?
Selon la biographie de l’artiste (1928 – 2000), il a beaucoup voyagé, Paris, Japon, Nouvelle Zélande, il est d’ailleurs mort en mer à bord d’un paquebot. Curieuse idée d’inventer des drapeaux ! Pour Israël la moitié du Magen David au dessus d’un croissant vert allongé sur le même fond blanc, une curieuse spirale verte pour la Nouvelle Zélande, un rocher rouge sur fond bleu pour l’Australie.
La visite se déroule dans le calme, nous sommes presque les seules visiteuses. Il y a des bancs pour s’asseoir. Nous passons une excellente après midi.
Retour vers 7h30 à la pension Kraml après avoir acheté des poissons chez Nordsee (très chers pour un fast-food mais délicieux)
MITTELEUROPA 2001 -un mois en AUTRICHE, HONGRIE, CROATIE
Schoenbrunn
Le petit déjeuner buffet de la Pension est tout à fait roboratif avec plusieurs sortes de charcuteries, des petits pains variés des yaourts aux fruits. Il permet d’envisager un déjeuner tardif et léger .
Métro viennois
Le métro nous mène à Schönbrunn en 3 stations. Les transports en commun viennois sont vraiment remarquables : rapides propres, fréquents et peu bondés. Avec notre Vienna card de 72 heures, nous ne nous privons pas et utilisons toutes les ressources du réseau, de plus ils sont équipés d’ascenseurs ou d’escaliers roulants.
Schönbrunn- Versailles
Schönbrunn est l’équivalent de Versailles : construit à la même époque, un parc à la française, un bassin de Neptune, un labyrinthe… la gloriette analogue à Trianon, une orangerie. Mais en moins beau.
Dans l’intimité des Habsbourg
François Joseph et Sissi
En revanche, l’intérieur est beaucoup mieux conservé et plus vivant. Ce palais a été habité jusqu’en 1918, il a conservé beaucoup plus de meubles et d’accessoires. Nous pénétrons dans l’intimité des Habsbourg dans les détails les plus triviaux (WC de François Joseph, salle de bain de Sissi). L’audio guide est très bien fait, le commentaire, agréable et intéressant.
A Schönbrunn donc, leçon d’histoire. Tout d’abord, François Joseph et Sissi, dans leur décor familier avec les journaux d’époque, la coiffeuse de Sissi, ses brosses, son pèse personne… la table est dressée pour leurs repas.
Avant cette visite, Vienne m’évoquait surtout la période 1900 avec Freud, Schnitzler, les intellectuels juifs ou les musiciens : Mozart, Haydn, Beethoven, Schubert, Mahler? Schönberg dont les statues sont dispersées dans Vienne.
Schoenbrunn : la grotte
Marie Thérèse 1717 -1780
Marien Thérèse d’Autriche
Un autre personnage essentiel que j’avais oublié : Marie Thérèse qui, en plus d’avoir embelli Schönbrunn, d’avoir gouverné l’empire d’une main de fer, a eu 16 enfants
Les appartements de François Joseph sont plutôt laids avec les murs tendus de marron, les meubles lourds (sauf un joli secrétaire arrondi). La partie du château de Marie Thérèse, en revanche, est très sophistiquée, les motifs chinois ou indiens sont délicats. Des aquarelles peintes par la famille royale sont encadrées dans de la porcelaine bleue. Tout cet ensemble rococo est extrêmement raffiné.
Le parc – la Gloriette
Schönbrunn : fontaine
Nous montons à la Gloriette dans le parc. Des touristes asiatiques très excentriques en chapeau de paille, auraient fait de beaux figurants sur une photo, je réagis trop tard. De la Gloriette, la vue sur Vienne est magnifique : Je reconnais la flèche du Stefansdom, de nombreux parcs et des collines boisées.
Parc botanique
Schoenbrunn : serres
Nous redescendons par le parc botanique avec des essences rares étiquetées. Notre carte d’entrée VIP très chère (175 ats) ne nous donne pas accès aux serres de la Palmeraie, dommage! nous passons par un joli jardin japonais aux structures de bambous et par la roseraie.
Chère saucisse!
Schoenbrunn : parc
Sur un banc devant les tonnelles, nous devons nous contenter du plus cher hot-dog de ma vie, tout ce qu’il y a de plus ordinaire !
MITTELEUROPA – 2001 – un mois en AUTRICHE, HONGRIE, CROATIE
Les musiciens en vitrine
Arrivée en Autriche par une autoroute encombrée de camions, désagréable, mais bien roulante. Le Danube est très large et impressionnant. De part et d’autre la plaine du Danube est cultivée de maïs et de pommes de terre. Au loin, des montagnes se détachent.
A Passau le passage de la frontière est peu visible : même signalétique sur la route, rien d’évident du point de vue de la géographie, seul changement : l’autoroute est enclose par un grillage comme chez nous.
L’arrivée sur Viennesurprend : nous roulions dans une montagne boisée de résineux quand la pancarte nous a surprises. Pas de banlieues ou de zones industrielles ! Nous entrons de plain pied dans la ville résidentielle. Nous trouvons en face d’un beau bâtiment jaune : Schönbrunn ! Nous n’avons pas le temps de réagir nous l’avons déjà dépassé. Dominique refuse de faire demi-tour et prétend faire « le tour du pâté de maison ». Ce qui fait un certain nombre de kilomètres quand la « maison » en question possède un parc comparable à celui de Versailles !
Pension Kraml
Pension Kraml
Après des embouteillages sur l’artère commerçante de Mariahilfer– réputée mais fort laide – nous trouvons finalement la Pension Kraml. Bonne pioche : la voiture sera garée à l’intérieur de la cour.
Notre chambre est très belle , vaste et meublée avec goût . C’est une adresse à recommander.
Pension Kraml cour
Vienna card
Il nous faut d’abord acquérir notre sésame : la « Vienna Pass » qui nous permettra de circuler gratuitement et d’obtenir des réductions dans les musées. En vente dans les bureaux de tabac selon nos guides. Après en avoir visité 4, il faut se rendre à l’Office de tourisme . Nous arpentons Mariahilfer : magasins de fringues, c’est le moment des soldes, restauration rapide : MC Do, des pizzerias et une chaîne spécialisée dans le poisson Nordsee. Nous ne mourront pas de faim !
A Karlplatzl’office de tourisme est introuvable. Marche à pied jusqu’à l’Opéra… A cinq heures seulement nous achetons la précieuse carte. Nous sommes flapies et optons donc pour le tour du Ring en tramway.
Tour du ring en Tramway
Tram viennois pour découvrir la ville
Reposant et spectaculaire : toute une collection de monuments énormes et pompeux défilent devant nos yeux.»Historicisme » du règne François Joseph. Copie de l’antiquité, une statue « chryséléphantine » de Minerve ressemblant à celle de l’université d’Athènes. Copie gothique de l’Hôtel de Ville de Bruxelles. Un temple grec ionien. Théâtres très ornés. Palais énormes. Même une caserne orientalisante! C’est pompier, pompeux, trop tout…Malgré de jolis jardins, le Ring ne réussit pas à nous séduire. C’est amusant de jouer à reconnaître les bâtiments reproduits sur le guide Gallimard. Surtout agréable d’être assises !
Après le tour complet du Ring nous descendons visiter un parc : la statue de Mozart est en ravalement, devant elle une grande clé de sol en bégonias roses, encore du kitsch !
On a installé devant l’Hôtel de Ville un écran géant pour la projection de films musicaux gratuits. Nous nous mêlons à une foule qui engloutit des nouilles dans des barquettes comme à Ratisbonne. L’attente de 3 heures avant la séance, nous décourage. Les boutiques ferment tôt!
Recherche d’une carte de téléphone, d’urgence. Mariahilfer, si animée à 16 heures, est maintenant déserte alors qu’il est tout juste 19 heures. Tabacs fermés ainsi que la plupart des fast- food. Je suis bien déçue pour le dîner. . Il faudra se contenter des restes!
MITTELEUROPA 2001 – UN MOIS EN AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE
Ratisbonne et le Danube
Vue de l’autoroute : la forêt
Départ de Créteil 7h
Première surprise : des montgolfières survolent la Montagne de Reims! La Lorraine est très boisée, nous ne quitterons la forêt que beaucoup plus tard, en Allemagne. Par la fréquence des sorties, nous devinons les villes et les activités industrielles (Opel, Bosch,…) sans jamais les voir.
Rhénanie : vignes
Vers Kaiserslauternnous roulons dans des vignes plantées dans le sens de la pente. Sommets sont assez pointus. Villages proprets au bas des côtes avec de jolies églises.
Ensuite : vergers, champs de patates et de choux. Traversons le Rhin sur un pont haubané de filins d’acier très élégant. Passons dans le Bade Wurtemberg :un paysage de collines riantes en évitant les villes
Passons en Bavière.
Ratisbonne, clocher
15h15 : Ratisbonne.
La ville est fermée à la circulation automobile : c’est la fête. Une foule dense est rassemblée sur les bords du Danube et dans les petites rues aux façades multicolores. Partout, des fanfares en costume folklorique. Plus que la fête de la musique, c’est la fête de la bouffe : des tables en bois et des bancs sont installés sur toutes les places, dans les cours et dans les rues. Des stands proposent toutes sortes de nourriture : plats turcs, thaïs, pizzas, des nouilles dans des barquettes, des poissons grillés enfilés sur des bâtons.
Dans la cour de l’Evêché des serveurs apportent des bocks de bière et des portions de choucroute, un groupe de musiciens joue des airs folkloriques, les spectateurs sont d’âge très mûr. Image très « typisch » sortie d’un magazine touristique, qui mériterait la photo. Je me ravise, je n’ai vraiment aucune sympathie pour ces buveurs de bière. De l’autre côté du Danube des babas, rockers dans une sorte de foire moyenâgeuse me paraissent plus proches et moins suspects. Les chapeaux de feutre avec leur plume de faisan et lederhose m’effraient. Nous déambulons dans la foule, difficile de faire du tourisme dans une telle ambiance, les fumets des étals nous distraient des façades, impossible de nous livrer à notre habituel safari photo.
J’entre quand même dans la cathédrale gothique illuminée de beaux vitraux colorés et dans une autre église baroque –pas trop- avec un orgue orné d’angelots musiciens. Dominique, en bermuda n’entre pas dans les églises. Tout le monde est endimanché, quelques dames mûres arborent des tenues folkloriques : jupe longue froncée, corsage blanc à manches bouffantes et chaussettes blanches. A part un groupe de cyclotouristes en cuissards, personne n’est en short.
Ratisbonne nous laissera le souvenir d’une villes aux façades peintes en jaune, rose, vert pale, bleu, aux rues étroites bordées de maisons anciennes très variées certaines ornées de sculptures de la Vierge, d’autres de têtes grotesques, de styles et d’époques diverses : une bâtisse étroite comme une tour avec de petits balconnets à balustre rappelle la Toscane. Juste à côté, un hôtel XVIIIème siècle peint en crème et orange, décoré de moulures délicates avec des bow- windows carrés….
Pont sur le Danube
Le débit du Danube qui s’engouffre entre les piles du pont de pierre en tourbillonnant est impressionnant. On ne peut pas bien se rendre compte de sa largeur puisqu’il se divise en multiples bras, certains canalisés.
Mon rejet des bavarois en costume m’inquiète un peu pour la suite du voyage ; difficile d’aborder une civilisation étrangère avec suspicion. En général, j’aime me laisser aller à la sympathie sinon ce n’est pas la peine !
Rentrée littéraire 2020. J’ai trouvé la référence sur le blog de Matatoune.
Un voyage livresque à Budapest m’a tenté et la réflexion sur l‘Architecturem’intéresse! Il y a tout juste un an, à la Cité de l’Architecture, j’ai visité l’ExpositionOtto Wagner
J’aime beaucoup le style Art Nouveau que j’ai appris à connaître à Paris avec Guimard puis à Vienne, le mouvementSécession, à Riga, et dans nombreuses villes hongroises.
Le héros du roman, Lajos Ligeti, jeune architecte viennois, arrive à Budapest lors de l’inauguration du métro par François Joseph. Il entre comme apprenti au cabinet d’architecte d’ Ödön Lechner, le célèbre bâtisseur de l’Institut de Géologie, de la Caisse d’Epargne de la Poste de Budapest, du Musée d’Art décoratif et de nombreux édifices Art Nouveau en Hongrie. Il rencontre tous ceux qui comptent dans le mouvement de la Sécession hongroise. Je me suis promenée avec grand plaisir dans le Budapest du Millenium. Le fonctionnement d’un cabinet d’architecte est raconté: dessin des plans, choix du matériel, début de l’architecture en béton, mais aussi intrigues pour obtenir les commandes…L’auteur décrit en détail les bâtiments construits ainsi que les maquettes de ceux qui ne seront pas retenus.
La seconde partie du roman intitulée Le Chevalier raconte les succès du cabinet de Ligeti et de son associé Barnabas Kocsis, conducteur de travaux. Quand les commandes de prestige viennent à manquer Ligeti dessine des pierres tombales ou des immeubles de rapport. Ce dernier est même décoré et fonde une famille.
La chute viendra d’un projet pharaonique, un complexe industriel près de Prague. Jalousies et intrigues, nationalisme des tchèques dans l’Empire Austro-Hongrois qui va se déchirer – la Cacanie – Ligeti est juif, cela n’arrange rien. J’ai moins aimé cette partie qui fait la part belle aux tractations avec moins d’éléments concrets décrits. On visite à Vienne les réalisations d’Otto Wagner. On croise Egon Schiele, furtivement Belà Bartok.
Il ne s’agit toutefois pas d’un traité d’architecture, mais bien d’une fiction. Ligeti emprunte beaucoup à son maître Ödön Lechner (qui lui, est bien réel). Il y a aussi une histoire d’amour, un destin tragique. Le style un peu trop recherché de Greveillac m’a parfois agacée : on ne pend pas ses vêtements à une patère, on les append.
Une lecture qui m’a donné envie de revenir à mes photos de Hongrie, et à mes carnets Mitteleuropa.
EXPOSITION TEMPORAIRE AU MUSEE D’ART MODERNE DE PARIS
du 18 septembre 2020 au 10 janvier 2021
Cérémonie (1947)
Victor Brauner est né en 1903 à Piatra Neamt (Moldavie) pendant sa jeunesse roumaine 1920 -1925 à Bucarest il invente la picto-peinture avec Ilarie Voronca et subit l’infleunce de Cézanne mais aussi des cubistes
Brauner Portrait de Mme R.B.
Il arrive à Paris en 1925 où il fréquente entre autres Chagall et Delaunay. Il retourne à Bucarest où il expose puis reviendra à Paris en 1930 où il rencontre Brancusi, Giacometti et surtout André Breton et les Surréalistes. L’aventure surréaliste se poursuivra jusqu’en 1948 où il sera exclu du groupe .
Brauner dessin
L’exposition du MAM consacre une salle aux dessins de l’époque. Brauner dessine depuis l’enfance. Son tracé est très sûr et la technique éblouissante. Il se laisse entrainer par un dessin automatique analogue à la démarche des surréalistes.
Brauner : l’Etrange cas de Monsieur K 1934
On retrouve ce graphisme dans un tableau noir très étrange que j’ai bien aimé
Brauner : Débris d’une Construction d’Utilité
Dans les années 30 il adhère au parti Communiste clandestin et on peut imaginer une dimension politique dans la critique du fascisme
Brauner 1935 : Hindenburg
peut on imaginer une dimension politique dans la création de Monsieur K , une sorte d’Ubu dont il donne de multiples images
Monsieur KEtrange cas de Monsieur K la morphologie de l’homme
Certains tableaux font penser à de Chirico ou Dali
Brauner : La ville qui rêve
Autour de 1937, en tant que Juif et Communiste, Brauner se sent menacé et quitte la Roumanie pour Paris qu’il devra fuir dans l’attente d’un visa américain qui ne viendra pas. Brauner passera donc la guerre dans la clandestinité caché d’abord dans le midi puis dans les Hautes Alpes.
Une section de l’exposition est consacrée à ces années : Les Frontières Noires de la Guerre. Toute une série de tableaux sont sombres, peints avec les matériaux que le peintre trouve sur place : brou de noix, cire qu’il incise
Mais c’est aussi pendant les années de guerre qu’il sculpte le Congloméros sculpture anthropoïde, deux hommes et une femme mêlés, chimère hermaphrodite et désarticulée
Congloméros(plâtre) et la Palladiste(tableau)
En une nuit, Brauner dessine 50 dessins, esquisses préparatoires au Congloméros. En plus du Congloméros il invente d’autres chimères .
Tôt-in-Tôt la Grande Métamorphose
Après la guerre ses oeuvres sont plus colorées plus fantaisiste, mythologique. On dirait qu’il emprunte aux mythes égyptiens, azthèques ou africains motifs et couleurs.
Rencontre avec 4 chats du Monde
Brauner
Vers la fin de sa vie il combine sculpture et peinture en concevant de cadres très décoratifs. Des documents audiovisuels permettent d’entendre le peintre parler avec beaucoup d’humour de son oeuvre.
Pour une rentrée au cinéma, j’ai fait le bon choix!
Film historique avec reconstitution d’époque : 1933, Moscou, son Hotel Metropol fréquenté par les journalistes étrangers agréés par le régime, l’Ukraine où sévit une terrible famine.
Thriller mené de main de maître, on ne s’ennuie pas un instant en suivant les péripéties du voyage en URSS de Gareth Jones, jeune reporter free lance à la recherche d’un scoop. Venu avec l’idée d’interviewer Staline comme il a interviewé Hitler, il découvre que son contact a été assassiné à la veille d’un voyage en Ukraine. Comment Staline finance-t-il ses grandes réalisations? On lui suggère que « l’or de Staline » serait le blé ukrainien. Gareth Jones prend le train pour l’Ukraine ; la réalité qu’il découvre dépasse de loin ce qu’il pouvait imaginer. Pourra-t-il rentrer à Londres? Dénonciation d’un génocide.
Dénonciation aussi de Fake news – propagande stalinienne que relaient les journalistes occidentaux, en tête Duranty, prix Pulitzer.
Gareth Jones, un lanceur d’alerte.
Le film gagne ici aussi en actualité.
Ce n’est pas une fiction.
Pédagogie, pas seulement.
C’est aussi un très beau film. L’Ukraine sous la neige est d’une beauté à couper le souffle.
Un très bon film
ORWELL AND THE REFUGEES – THE UNTOLD STORY OF ANIMAL FARM – ANDREA CHALUPA
Andrea Chalupa a écrit le scénario de L’Ombre de Staline. Le film m’a tellement impressionnée que j’ai voulu en savoir plus. J’ai donc téléchargé l’essai d’Andrea Chalupa .
Orwell est bien présent dans le film mais je ne l’avais pas reconnu.Il s’ouvre et se termine par un personnage qui rédige un roman à la machine. Allure bizarre, Orwell aimait se vêtir comme un clochard pour choquer la bonne société. Et le roman, c’est la Ferme des animaux inspiré par l’histoire de Gareth Jones.
Chalupaest une journaliste américaine d’origine ukrainienne dont la famille a vécu cette terrible famine Holodomor que je découvre par le film. Dans cet ouvrage elle raconte comment les réfugiés ukrainiens à la fin de la Seconde Guerre mondiale ont accueilli la traduction en 1947 de la Ferme des Animaux comme critique du Stalinisme avec des références précises à la famine qu’ils avaient vécues.
he explained how he and his countrymen had always been puzzled by the West’s naïveté about the Soviet Union. They always wondered, wrote Ševčenko, whether anyone “knew the truth.” He concluded: “Your book has solved that problem.”
Sevcenko (le traducteur de la Ferme des animaux) expliquaient comment ils avaient été étonnés de la naïveté des occidentaux envers l’Union Socviétiuz. Ils se sont toujours demandé – écrivit Sevcenko, si quelqu’un « connaissit la vérité ». Il en conclut « votre livre a résolu le problème »
Elle explique aussi pourquoi la désinformation autour de Holodomor a persisté des années 30 jusque bien après la guerre, relayée par des intellectuels occidentaux de renom.
Cet essai donne un éclairage intéressant sur la personnalité d’Orwell.
Orwell was much like a blogger before bloggers—“As I Please” was Orwell simply writing about anything he pleased.
Orwell était une sorte de blogger avant que n’existent les blogs « comme il me plaira » était pour Orwell un exercice d’écriture sur tout ce qui lui plaisait…
La diffusion (ou plutôt la censure) de cette traduction en Ukrainien est étonnante :
However, only 2,000 copies were distributed—a truck from Munich was stopped and searched by American soldiers, and a shipment of approximately 5,000 copies was seized as anti-Soviet propaganda. The books were handed over to Soviet repatriation authorities and destroyed.
Cependant seulement 2000 exemplaires furent distribués. Un camion venant de Munich fut arrêté et fouilla par les soldats Américains, et un envoi d’approximativement 5000 exemplaoezq furent saisi comme propagande anti-soviétique. Ces livres furent envoyés aux authorité soviétiques et détruites
Par la collection de photographies des réfugiés ukrainiens c’est un témoignage poignant.
LA FERME DES ANIMAUX
Ensor
Comment qualifier ce court roman (150 p.)?
« Ces scènes d’épouvante et de massacres n’étaient pas ce que nous avions appelé de nos vœux la nuit où Sage l’Ancien avait exalté l’idée du soulèvement;Elle-même se faisait une image du futur, ç’aurait été celle d’une société d’animaux libérés de la faim et du fouet : ils auraient été tous égaux, chacun aurait travaillé selon ses capacités, le fort protégeant le faible, comme elle aurait protégé de sa patte la couvée de canetons….
Au lieu de quoi – elle n’aurait su dire comment c’était arrivé – des temps où personne n’ose parler franc, où partout grognent des chiens féroces, où l’on assiste à des exécutions de camarades dévorés à pleines dents après avoué des crimes affreux…. »
Une fable ou un conte où les animaux parlent et raisonnent comme des humains tout en gardant certains de leurs caractères.
Une fable ou un conte, une satire, où l’histoire de la Révolution russe est transposée. Élan généreux du Soulèvement, principes égalitaires énoncés et peints, bataille héroïque…Chants révolutionnaires et slogans (bêlés et répétés à l’envie par les moutons). Joie et succès des débuts, récoltes et abondance jusqu’à ce que soit conçu le projet de construire un moulin destiné à produire de l’électricité (eh oui! l’électricité et les Soviets, cela ne vous rappelle rien). Les cochons se divisent sur l’opportunité de construire le moulin. L’inventeur du moulin est chassé par celui qui contestait le projet qui le reprend à son compte. Travail forcé pour construire le moulin, cheval stakhanoviste. Famine pour les animaux. Luxe et dépravation pour les cochons….Les allusions sont claires.
Mais on dirait que le mur n’est plus tout à fait le même. Benjamin, les Sept Commandements sont-ils toujours comme autrefois?
L’Albanie est source d’inspiration pour les romans noirs!
De mémoire, citons Six fourmis noiresde Sandrine Colette, Les assassins de la Route du Nord d’Anita Wilms, et les polars de Fatos Kongoli.
Avec ses traditions de vendetta, son code d’honneur ses villages isolés,ses montagnes sauvages, la violence trouve tous les ingrédients pour un roman de la Série noire! C’est aussi un des derniers pays à l’écart de l’Union Européenne qui fournit un exotisme dépaysant. Le pays des Aigles.
Les Aigles endormis se déroulent à Korcë. Le narrateur, Arben, et ses amis d’enfance, assistent à l’écroulement du régime d’Enver Hoxha dont l’oppression paranoïaque rendait toute initiative personnelle impossible. Aux règles absurdes d’Hoxha, succède un état où il n’y a plus de règles et toutes transgressions deviennent possibles.
Les grandes « restructurations économiques » censées muter la société en modèle de capitalisme triomphant en avaient laissé plus d’un sur le carreau. Avec l’accès à la propriété et la liberté d’entreprendre, l’Albanie découvrait leurs corollaires, les quatre cavaliers de l’Apocalypse : la compétition, le chômage, la précarité et la prédation. Nous participons activement à la dernière
Avec la fuite des hommes vers l’Eldorado de Grèce ou d’Italie se sont d’abord organisés des réseaux de passeurs. Passeurs de travailleurs clandestins, puis contrebande de toutes sortes de marchandises « tombées du camion », drogue, enfin passeurs de femmes et proxénétisme. Les réseaux mafieux s’organisent. Aucune règle, aucun code d’honneur : la loi du plus fort, la violence pure des règlements de compte. Quand la contrebande ne suffit plus viennent les plus grandes des arnaques : les pyramides. Certains sont de vrais méchants, d’autres seulement faibles se laissent piéger. Arben imagine qu’il pourra émigrer quand il aura accumulé un pactole. On n’échappe pas aussi facilement à l’emprise des mafias….
Vingt ans plus tard, Arben rentre en Albanie venger la mort de Rina, sa femme. Le roman se construit avec des retours en arrière entre sa jeunesse et 2017. La violence extrême règne encore.
musée archéologique de Korçë13
Coups, sang, tueries se succèdent jusqu’à l’écœurement. Rien n’est épargné au lecteur. Réalisme ou complaisance? Pour pimenter le récit, l’auteur parsème le roman de mots et d’expression en albanais. Il aurait été bien aimable de fournir une traduction et une transcription phonétique.
Clichés ou regard objectif? Je sors de cette lecture avec l’impression mitigée d’une plongée dans la noirceur où je n’ai pas retrouvé l’Albanie que nous avons visitée.