Le Modèle Noir de Géricault à Matisse – Musée d’Orsay

marie Guillemine Benoist : Portrait de Madeleine

EXPOSITION TEMPORAIRE du 26 mars au 21 juillet au Musée d’Orsay

 

C’est une grande exposition, prévoyez du temps!

Si vous prenez l’audio-guide vous serez guidé par Lilian Thuram et Abdelmalik. 

François-Auguste Briard : L’Abolition de l’Esclavage dans les Colonies Françaises

Elle couvre la période historique allant de la Première Abolition de l’Esclavage (1794) au XXème siècle. Exposition chronologique, sous un aspect historique où l’histoire de l’Esclavage et son Abolition occupe une place centrale.  Tableaux et gravures voisinent avec les décrets d’Abolition, des éditions originales, le manuscrit de Bug-Jargal de Victor Hugo.

On peut aussi adopter plutôt un regard plus pointu sur le Modèle Noir dans la peinture comme nous l’invite le titre de l’exposition.

L’ambition est de redonner un nom à ces grands oubliés du récit des avant-gardes en plaçant l’histoire de l’art en miroir de l’histoire des idées; des sensibilités et des représentation »

Joseph : étude d’homme par Géricault

Les conservateurs qui ont organisé l’exposition on fait des recherches pour nous présenter ces modèles, leur donner un nom, une identité au lieu des titres anciens « portraits de Nègre » ou de « mulâtresse »….Nous découvrons des personnages comme Madeleine, la jeune femme de l’affiche, domestique affranchie du beau-frère de Guillemine Benoist. Joseph, modèle de Géricault qui en a fait le marin central du Radeau de la Méduse, était aussi le modèle de Chasseriau

Etude d’homme noir par Chasseriau pour une composition d’Ingres

Joseph, acrobate et mélomane était très apprécié dans le milieu artistique, une vrai vedette à l’époque.

Je m’intéresse à la personnalité des modèles presque autant qu’à celle des peintres connus comme Géricault, Delacroix ou Chasseriau, qui soutenaient dès le début du XIXème siècle la cause abolitionniste.

Delacroix : Jeune Homme en buste coiffé d’un turban rouge

Le Jeune noir à l’Epée de Puvis de Chavanne a déchaîné l’admiration d’Abdelmalik dans le commentaire, pas le mien, je n’aime pas beaucoup ce peintre.

Le Châtiment des quatre piquets démontrant la cruauté de l’esclavage fut refusé au Salon de 1843 et la date de 1849 (après l’Abolition) est inscrit .

Châtiment des 4 piquets

Au milieu du XIX ème siècle l’anthropologie tenta de caractériser les types et les races (souvent pour établir une hiérarchie justifiant le colonialisme). Sans tomber dans ce travers négatif Charles Cordier produisit alors des bustes saisissants

Cordier : buste d’une femme des Colonies
Cordier : Vénus africaine

La salle suivante s’intitule Métissage littéraire un mur entier est dévolu à Alexandre Dumas d’abord caricaturé en exagérant ses traits africains puis portraituré comme un blanc quand il devient célèbre et respecté.

caricature de Dumas

Je découvre Jeanne Duval, la muse de Baudelaire

Jeanne Duval peinte par Manet

et dessinée par Matisse dans les illustrations  pour les Fleurs du Mal

matisse : illustration des Fleurs du Mal

D’autres personnages de couleur ou métisses sortent de l’ombre : Ira Aldridge acteur noir américain shakespearien qui émigra à Londres et triompha dans Othello. la musicienne havanaise : Maria Martinez, Miss Lala, acrobate peinte par Degas

Degas : Miss Lala

Autour d’Olympia est le thème d’une salle . On a retrouvé le modèle de la servante noire d’Olympia qui brandit un bouquet : elle s’appelle Laure.

Esther de François-Léon de Benouville
Bazille : jeune femme aux pivoines

On arrive au XXème siècle, une salle avec des vidéos est consacrée aux tirailleurs sénégalais (Valotton) et, après la Grande Guerre Joséphine Baker est célébrée ainsi que le jazz (Fernand Léger)

Paul Colin : La Revue nègre

Le jazz inspire Fernand Leger tandis que la dernière salle présente des collages colorés de Matisse. 

Le Cavalier bleu : Franz Marc et August Macke à l’Orangerie

Exposition temporaire à l’Orangerie jusqu’au 17 juin 2019

Franz Mar : Le Rêve

Dans la lignée des expositions autour d’Apollinaire, Dada-Africa, l’Orangerie présente l’aventure du Cavalier Bleu , exposition autour d’une rencontre en 1910 de Franz Marc( 1880 -1916) et d’August Macken(1887 – 1914), rencontre, confrontation de deux contemporain et aventure du Cavalier Bleu en collaboration avec Kandinsky.

Nous faisons connaissance avec ces deux peintres allemands et c’est l’occasion d’une formidable leçon d’Histoire de l’Art. Marc comme Macke connaissaient, expérimentaient, étaient ouverts aux influences de la peinture européenne à la veille de la Première Guerre mondiale. Alors que nous découvrons ces tableaux qui sont neufs pour nos yeux, nous pouvons lire les influences, les recherches, les styles et l’évolution rapide d’un moment de peinture qui n’a duré que quatre ans.

La première salle présente les deux amis : elle est sous-titrée: LA RENCONTRE (1910) UNE AMITIE DE PEINTRE

Franz Marc Etude Verte

sur deux murs on voit la Nature telle que la voit Franz Marc , un peu à la manière de Van Gogh, dans l’Etude Verte ou de Gauguin avec les à-plats bordés d’un liseré noir, japonisme peut être? Le Torrent dans la Forêt m’a beaucoup plu.

Torrent dans la forêt

Absence des humains mais présence des animaux, surtout des chevaux. Les animaux ont un sens de pureté dans un monde naturel.

Franz Marc : Chevaux au soleil

en face les tableaux d’August Macke , montrent des portraits et des natures mortes, un peu à la manière de Cézanne, ou de Matisse

La joueuse de Luth
August Macke : Portrait de Franz Marc

Début d’une amitié : les deux peintres échangent des tableaux peignent de portraits l’un de l’autre. Seul le portrait de Franz Marc subsiste.

la 2ème section s’intitule LES ANNEES BLAU REITER (1910 -1912)

Les deux amis rencontrent les peintres qui exposent en Allemagne  Matisse et Van Dongen, mais surtout ils se lancent dans la’aventure du Cavalier Bleu avec Kandinsky. Les couleurs deviennent très vives, contrastée

August Macke : autoportrait caricaturé
Franz Marc : chat derrière un arbre
Franz Marc : chat derrière un arbre

Ils rencontrent aussi les cubistes et les animaux de Marc subissent l’influence cubiste

Franz Marc : chien couché dans la neige/

Kandinsky est l’un des principaux instigateurs du Cavalier bleu.

Kandisnsty : Murnau attelage.

Je fais connaissance avec une artiste que je ne connaissais pas, compagne de Kandinsky : Gabriele Münter qui allie inspiration spirituelle et inspiration populaire dans le combat du Dragon

Gabriele Münter : Le combbat du Dragon

Inspiré de la Pastorale de Kandinsky Rococo de Macke

August Macke : Rococo

Offert à Kandinsky : le Rêve de Franz Marc

3ème section : UNE AVANT-GARDE EUROPEENNE

En 1912 Marc et Macke se rendent tous les deux à Paris, rencontrent Delaunay, Apollinaire (1913) . Une exposition des futuristes italiens les marque.

Franz Marc : Ecuries
Franz Marc : Ecuries

les 3 jeunes filles d’August Macke sont présentées en regard avec le travail de Delaunay

A Macke : 3 juenes filles avec des chapeaux de paille

4ème section : VERS L’ABSTRACTION

Macke s’éloigne du Blau Reiter, part en Tunisie avec Klee. j’ai bien aimé son Kairouan/

1914, la guerre éclate. Franz Marc comme les Futuristes voyait dans la guerre un renouvellement, une purification possible….Les deux amis mourront au front.

 

 

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris RUMEURS ET LEGENDES – HOUSEAGO

EXPOSITIONS TEMPORAIRES

Houseago

Sitting nude

Sculpteur né à Leeds en 1976, installé à Los Angeles depuis 2003. Présente des sculptures anthropomorphes plutôt monstrueuse, le plus souvent en plâtre (tuf cal) parfois hybridées de bois contenant des tiges métalliques.

Serpent (?)

On peut admirer la puissance du mouvement, de la musculature,  walking man, sitting nude ou standing boy. Dans la sculpture, je prête beaucoup attention à la matière, j’aime caresser (du regard) le marbre, le poli du bronze, ou les veines du bois. Le plâtre n’est pas une matière aimable. Ébauche de plâtre ou d »argile, je veux bien mais pour la sculpture définitive, cela ne me séduit pas vraiment.

Houseago

En 2010, à la Biennale de Venise son homme press installé au Palazzo Grossi a connu une heure de gloire

l’homme pressé

les dessins au charbon sur toile m’ont plus intéressée.

Somatic paintings 2018 Death

Rien à dire des grands tableaux noirs.

En somme, une déception.

Rumeurs & Légendes : un nouveau parcours dans les collections

La dernière fois j’avais parcouru les collections permanentes avec joie, revu les Delaunay, Herbin, Soutine….On les a rangés ailleurs (?) pour rajeunir les collections avec un nouvel accrochage en deux temps (1960 – 2000) et (Depuis 2000).

Le résultat est tout à fait passionnant et j’ai fait la connaissance d’artistes de premier plan que je ne connaissais pas – pas même de nom.

Entre mémoire et temps : le récit sculpté d’Etienne Martin

rhinocéros
rhinocéros

Une passion dans le désert est une nouvelle de Balzac que trois peintres Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Racalcati ont illustré par un cycle de 13 tableaux complétés ici par trois tableaux identifiés par chacun des artistes. J’ai bien envie de chercher la nouvelle et de revenir à ces illustrations que j’ai bien aimées.

Le soldat de l’armée de Bonaparte
le soldat et la panthère
x

Bernard Dufour : parcours d’un peintre écrivain 

Est le plasticien qui m’a le plus parlé. Peut être parce qu’il parlait politique?  Le polyptique Holger Meins raconte la mort de faim d’Holger Meins, le prisonnier de la Fraktion Armée Rouge, mort à la suite d’une grève de la faim.

Polyptique Holger Meins

Il raconte aussi son amour pour Martine dans une série des figures du temps de l’agonie de Martine

série de l’agonie de Martine

D’autre peintures politiques m’ont interpellée.

Mythologies individualistes : Annette Messager et Christian Boltanski 

ne sont pas inconnus de moi. J’y reviendrai!

Faites le déplacement au Musée d’Art moderne avant le 14 juillet mais réservez votre temps pour cette deuxième exposition!

autour du Talisman de Sérusier au Musée d’Orsay

UNE LEÇON DE PEINTURE!

En 1886, à Pont Aven,  Gauguin, déjà célèbre donna à Sérusier une véritable leçon de peinture

« Un conseil : ne copiez pas trop d’après nature. L’art est une abstraction. Tirez-la de la nature en rêvant et pensez plus à la création qu’au résultat »

Le Talisman, ou Paysage du Bois d’Amour est un tableau de très petit format peint sur un panneau qu’on a parfois attribué à une boîte de cigares. Très coloré, il se trouve à l’éclosion du Synthétisme quand Gauguin et Emile Bernard se sont retrouvés à Pont Aven, caractérisé par simplification des formes, l’utilisation de couleurs pures posées en à-plats et les cernes foncés délimitant les masses.

Emile Bernard : l’arbre jaune
Emile Bernard : Repos sur la falaise

Gauguin au dessus du gouffre, marine avec une vache

De retour à Paris, de 1888 à 1900, le groupe des nabis réunit Bonnard, Vuillard, Maurice Denis, Sérusier, George Lacombe, Verkade . En plus de leur style pictural, les nabis(prophètes en hébreu) faisaient des simulacres de cérémonies religieuses et manifestaient de l’intérêt pour l’ésotérisme et les sciences occultes.

Paul Sérusier : Portrait de Paul Ranson en tenue nabique

J’ai beaucoup aimé tous les tableaux de forêts ou d’arbres colorés dont on voit seulement les troncs

Sérusier : arbres rouges

Japonisantes ces vagues qui me font penser à un plumage de paon

George Lacombe : marine bleue et effet de vague.

George Lacombe : marine bleue et effet de vague.Et bien sûr il ne faut pas oublier Bonnard et Vuillard qu’on a vus en passant avant de pénétrer dans l’exposition Le Talisman

Eça de Queiroz / 202 Champs Elysées – Ed. Chandeigne

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

J’ai lu autrefois d’Eça de Queiroz un tout petit essai : L’Egypte sans les Anglais qui . m’avait bluffée : analyse concise de l’impérialisme britannique. J’avais imaginé l’auteur, soit journaliste soit diplomate. Wikipédia m’apprend qu’il a exercé les deux fonctions.

Je ne savais pas qu’Eça de Queiroz était un écrivain réputé, un très grand selon Borges (toujours Wikipédia)! Je ne m’attendais pas à recevoir un roman, plutôt un essai. La Masse Critique de Babélio est toujours source de surprise. Cette fois-ci, c’en est une excellente.

202, Champs Elysées, est l’adresse de l’hôtel (un véritable palais) d’un aristocrate portugais, richissime et amoureux du Progrès comme on pouvait l’être à la fin du XIXème siècle, dans cette époque d’Expositions Universelles, de réalisations technologiques étonnantes qui ont bouleversé la vie quotidienne.

Le narrateur est un étudiant en Droit, ami du propriétaire des lieux, enthousiaste comme « son Prince » qui découvre la brillante Vie Parisienne. Il décrit avec une précision presque obsessionnelle tous les équipements dont le 202 est pourvu : ascenseur, chauffage central, téléphone, monte-charges, bien ordinaires pour la lectrice de 2019, novateurs à l’époque. Inventaire de gadgets d’un Concours Lépine à venir(il n’existera que quelques années plus tarde en 1901) machines à fermer les boutons, à décacheter les lettres, à timbrer… ou inventions que je ne soupçonnais pas : Conférençophone, Théâtrophone, concertophones. j’ai cru à des exagérations burlesques et cherché sur Internet. Et bien si! ces inventions sont dues à Clément Ader! La vie mondaine est racontée dans la même veine baroque, quel régal que cette fête où l’on attend le poisson en croûte coincé dans le passe-plat entre les étages!

L’étudiant est rappelé au Portugal pour gérer le domaine familial dans les montagnes et ne revient que 7 ans plus tard. Jacinto (le Prince du 202) a changé, son optimisme n’est plus de mise. Rassasié, blasé, il n’a pour refrain « la barbe! » et pour pensées l’Ecclésiaste et Schoppenhauer. Avec ses 60 000 livres bien rangés dans sa bibliothèque, ses 39 brosses à cheveux sur sa table de toilette, il s’ennuie mortellement. Eça de Queiroz raconte avec beaucoup d’humour cet ennui au lecteur qui s’amuse.

Un glissement de terrain sur ses terres ancestrales portugaises provoque le voyage dans la montagne. Le voyage en train est une aventure savoureuse.

Et, dans la deuxième partie du livre, changement de décor! Contre toute attente, Jacinto est conquis par sa montagne!  Avec autant de précision, de détails pittoresques que précédemment, l’auteur nous décrit le domaine ancestral, les coutumes portugaises provinciales. Jacinto, qui ne jurait que par la Ville, est séduit par la nature. Avec le même enthousiasme, il découvre arbres et montagnes, puis, s’imagine propriétaire terrien entrepreneur, et bienfaiteur de ses paysans (il a aussi découvert la misère), il se déclare même socialiste! Il oublie sa bibliothèque et découvre la lecture de Don Quichotte ou d’Homère….Oubliés les pessimistes, nihilistes, ruskinistes… mais pas le progrès qui’l veut appliquer sur ses terres.

Une lecture savoureuse qui fait un peu penser à Bouvard et Pécuchet .

Merci aux éditions Chandeigne qui ‘ont envoyé ce livre!

 

Foujita OEuvre d’une vie (1886 -1968) – Maison de la Culture du Japon à Paris

Exposition temporaire jusqu’au 16 mars 2019

Rassemblant 36 tableaux divers du peintre de son arrivée à Paris en 1913 à son dernier retour à Paris (1950-196) sa conversion au catholicisme en 1959.

60 ans de création de ce Japonais amoureux de Paris dont il a connu les plus belles heures de l’Ecole de Paris, le cubisme, le Douanier Rousseau, les fêtes de Montparnasse….Deux tableaux de sa première visite (1913 ) représentent la proche banlieue, les fortifications et les usines dans un style naïf et des harmonies de camaïeu gris.

 

A son retour à Paris en 1921-1931, il adopte un style très personnel aussi bien dans sa peinture que dans son personnage de dandy au train de vie luxueux. Il peint des femmes nues où la recherche se fait surtout sur la blancheur de la peau et les poils que sur les rondeurs ou les formes. Réminiscence d’Olympia, femme allongée sous de la toile de Jouy….et puis, avec un peu d’attention, on découvre un chat. les chats sont très présents dans les œuvres de Foujita. Je n’ai jamais vu de chats aussi réussis. Douceur et espièglerie, mais pas que, la bataille de chats est impressionnantes, 14 chats se déchaînent, griffes et crocs, il y en a même un borgne.

La crise de 12929 le ruine et Foujita quitte Paris pour des voyages en Amérique du sud et au Japon. Sa peinture se colore, elle devient presque Mexicaine avec des ocres, des oranges, des jaunes et des verts. Il peint aussi le Japon et la Chine. J’aurais aimé en voir plus.

Face à la Guerre (1939 -1949) Foujita est incorporé dans l’armée impériale pour des peintures de guerre monumentales, deux sont présentées là, brunes, héroïques, elles occupent tout une cimaise et ne m’ont pas plu (ce n’est pas le travail de Foujita qui me rebute mais le genre). A côté, un Rêve d’une femme nue entourée de nombreux animaux fantastiques a attiré mon attention. Foujita ne peint pas que des chats, il excelle aussi dans la représentation des singes, lapins ou chiens

Retour à Paris (1950-1968) atmosphère de bistrots, même à New York il peint un café parisien. Il obtient la nationalité française et en 1959 se converti au catholicisme. Un tableau le représente, lui et sa femme en tenue monastique avec la vierge (qui a une physionomie curieuse, peut être japonaise. Ce tableau s’inspire des flamands, seuls les oiseaux, mésanges, pic vert.. m’ont intéressée.

Au plus humides jours de janvier, il faudra remettre à plus tard les visites de maisons d’artiste en Vallée de Chevreuse mais je retiens celle de Fujita pour le printemps prochain à Villiers-le-Bâcle sur la route de Gif sur Yvette!

Fernand Khnopff (1858 – 1921), le maître de l’énigme – Au Petit Palais

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 17 mars 2019

Les Caresses

Aimez vous les symbolistes, l’Art Nouveau, la Sécession viennoise?

Je découvre ici cet artiste belge ami de Verhaeren,  de Rossetti membre du groupe belge des XX. L’exposition vient d’ailleurs de Belgique. On nous introduit dans une réplique de sa maison-atelier : LE CASTEL DES RÊVES 

Peacock vanitas de Hans Op de Deek (2015)

Dans l’entrée, un paon empaillé accueillait les visiteurs qui devaient observer un moment de recueillement avant de rencontrer l’artiste. C’est pour cela qu’on présente cette sculpture contemporaine qui utilise un vrai oiseau empaillé.

Du Silence – pastel inspiré d »une photo de sa sœur Marguerite

Dans une autre niche bleue, le pastel Du Silence, invite aussi à la méditation.

PAYSAGE DE FOSSET

Le pont à Fosset

réunit plusieurs tableaux aux couleurs fraîches dans les teintes vertes de ce village des Ardennes

A Fosset, le garde attend

Des stèles audio-olfactives exhalent des senteurs fleuries et des écouteurs permettent d’entendre un poème de Verhaeren et un Poème pour violon et orchestre de Chausson que j’ai bien aimé.

PORTRAITS

portraits d’enfants

Khnopff a pris pour modèles sa famille, sa soeur Marguerite et des enfants. J’ai surtout apprécié les tableaux d’enfants et celui qui représente sa mère En écoutant Schumann dans un intérieur bourgeois. Une autre stèle diffuse des senteurs de roses et la musique de Schumann.

Le mur en face est occupé par des portraits de Rossetti Rosa Triplex et Lady Balfour d’Edward Burne-Jones  que je n’aime pas beaucoup.

MEMORIES est un grand pastel intransportable qu’on découvre par une animation graphique qui explique comment l’artiste a utilisé 6 photos pour représenter 7 femmes portant des raquettes de tennis.

 

LA MODERNITÉ DE L’OBJECTIF regroupe un certain nombre d’études à partir de photographies, les clichés sont rehaussés au crayon et au pastel. Un grand soin est apporté au cadre qui met en scène l’oeuvre graphique et j’avoue que ce sont les cadres qui m’ont le plus plu!

pastel

Je n’aime pas beaucoup ces femmes qui se ressemblent toutes, évanescentes, fades et impersonnelles.

SOUS LE SIGNE D’HYPNOS

Hypnos de Scopas bronze antique

Khnopff s’est inspiré de la mythologie de Hypnos et de la Tête d’Antinoüs pour peindre des tableaux oniriques. Un petit bronze de Méduse est tout à fait réussi avec ses cheveux de serpents. J’ai bien aimé Oedipe et le Sphinx dans le tableau Les Caresses (ci-dessus)

Khnopff - Sleeping Medusa ou Méduse endormie
Méduse endormie

DE LA FEMME ET DU NU

 

la plupart des photos de ces femmes statiques, archétypes plutôt que réelles m’a plutôt agacée. Je n’arrivais pas à analyser ma gêne quand j’ai lu une citation au mur que j’ai recopiée et qui donne la clé de mon malaise.

« Comme tous les misogynes, Khnopff s’est toute sa vie intéressé aux femmes ou plutôt à une certaine idée de la femme de l’insaisissable « soeur-épouse » aux sourires et aux sexes incertains… » 

la dernière salle UN RÊVE DE PRIMITIF FLAMAND nous emmène à Bruges la ville natale de Khnopff où des craies et pastels illustrent la ville

A la sortie de l’exposition, avant de rejoindre la sortie on passe par une salle symboliste avec plusieurs Maurice Denis, Bonnard, la vigoureuse Vague de Maillol me redonne de la pêche ainsi que les petits Cezanne. 

Une jolie exposition, sans plus!

Jean-Jacques Lequeu (1757 – 1826) – Bâtisseur de fantasmes – au Petit Palais

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 8 mars 2019

Jean-Jacques Lequeu : autoportrait

 

Connaissez-vous Jean-Jacques Lequeu? Je le découvre dans cette exposition.

Présentation dans l’entrée peinte en bleu canard, différents portraits, autoportraits et études de personnages grimaçants.

Lequeu : Autoportrait à l’aâge de 36 ans

Natif de Rouen(1757), il fit des études de dessin 1770-1773 , s’installe à paris et travaille avec Soufflot. 1790-1793 : employé-chef des ateliers du Faubourg Saint Antoine, il dessine les plans de la Fête de la Fédération au Champ de Mars.  1793-1815 employé au bureaux du Cadastre en qualité de dessinateur.

Le borgne grimacier

C’est un dessinateur hors pair. Ces études de visages grimaçants signale une personnalité originale.

Le Grand bailleur

C’est surtout un dessinateur d’architecture qui a travaillé avec Soufflot  et a collaboré à la construction de Sainte Geneviève ou de Saint Sulpice à Paris et d’autres églises à Marseille ou Rouen. Il a travaillé à lHôtel de Montholon pour des intérieurs très sophistiqués

Hôtel de Montholon

Il déploie le même soin pour des bâtiments de prestige que pour le dessin de simples instruments comme des pompes. Il imagine des théâtres des chapelles, un temple dédié au soleil

Chapelle dédiée au soleil

Dans la même verve fantastique on a exposé le dessin de Ledoux – architecte contemporain de Lequeu – représentant le théâtre de Besançon dans l’oeil du spectateur

Ledoux : théâtre de Besançon

La section de l’exposition intitulée Jardin Secret rassemble des projets d’un jardin idéal. Dans la deuxième partie du 18ème siècle, l’aristocratie s’est lassée des jardins à la française pour leur préférer des jardins anglais avec de véritables tableaux et des fabriques. Toute l’imagination de Lequeu s’est déployée dans les dessins de bosquets mythologiques tirés des Métamorphoses d’Ovide avec des fontaines, des aqueducs comme L’île d’amour

Île d’amour

la mythologie grecque n’est pas la seule source d’inspiration, l’Egypte est aussi à la mode comme ces grottes d’Isis où on peut imaginer un parcours initiatique

Grotte d’Isis
Inspiration chinoise

On voit aussi un porche persan, une maison gothique ou des cabanes de rondins mises à la mode par J-J Rousseau, une villa palladienne, ou une orangerie mauresque. Lequeu a aussi imaginé des bâtiments annexes plus prosaïques comme une laiterie ressemblant à une vache, une entrée de pavillon de chasse portant des trophées….

Cependant la Révolution va tarir cette inspiration. La riche clientèle aristocratique ne commande plus de fabriques. Lequeu adhère aux idéaux de la Révolution imagine des projets de Monument destiné à la souveraineté du peuple, ou représente L’Aristocratie enchaînée sous forme de colonne

l’Aristocratie enchaînée

Il imagine également une sorte de tour sur le modèle du phare d’Alexandrie : Fanal monumental porteur de la pensée des Lumières .

Plus tard il met son talent au service de l’Empire dessinant en 1807 le Projet d’un Palais Impérial. 

Rêveries d’un Architecte solitaire

Il est libre

Commencée par des études de grimace, l’exposition se conclut par des Rêveries, obsessions érotiques, études de nus ou même de sexes masculin ou féminin dans tous les détails, bacchantes, hermaphrodite et fantasmes

Et nous aussi nous serons mères

ou cette guinguette avec un hamac d’amour

Guinguette : sur la façade cruche et tonneaux, plats, poulets rotis;..à côté le Hamac d’amour

j’ai aimé découvrir ce talentueux dessinateur, personnalité originale, mais j’ai surtout apprécié la description des décors quotidiens et l’évolution des tendances architecturales de l’Ancien Régime, la Révolution et l’Empire.

Persona Grata au MacVal

LE MONDE EN EXPOS

kimsooja

Deux parties pour Persona Grata : au Musée de l’Immigration de la Porte Dorée et au MacVal à Vitry. Il n’en faut pas moins pour célébrer l’Hospitalité ou dénoncer sa carence! Ce sujet m’importe, j’ai donc pris l’autobus pour Vitry afin de compléter la visite. Le MacVal offre de vaste salles très claires pour des installations de grandes dimensions.

Je pourrais faire l’énumération  séries de photos de Calais (Serralongue) ou de Sangatte (Jacqueline Salmon), ou l’étude photographique sur les habitants du Val de Marne – commande du  département – de Sabine Weiss ou les vidéos. Je préfère présenter quelques œuvres qui m’ont parlé.

Mona Hatoum

Suspendu 2009-2010  de Mona Hatoum , artiste palestinienne, née à Beyrouth, en exil depuis 40 ans. Elle a suspendu 40 balançoires avec des chaines métalliques. Le siège revêtu de plastique rouge est gravé de manière à figurer les plans de 40 villes avec les rivières, les bras de mer et les rues principales. Je reconnais Paris mais pas Dakar ni Athènes, Le Caire ou Rome, encore moins Canberra  ou Hanoï. Ces balançoires m’ont fait imaginer la précarité de l’errance, le fragile équilibre. puis j’ai découvert le cartel qui a confirmé mes impressions et un très beau texte de Charles Robinson « sous influence », une invitation à un auteur pour livrer un texte personnel  dont je copie le début :

« Qu’est-ce qui rapproche Alger, Bamako, Beijing, Beyrouth, Dakar, Le Caire, Mexico, paris Tokyo, Tunis, Varsovie Wellington?

Que les villes-mondes soient des Eldorados flottants.

Des métropoles fantasmatiques aux chants de sirène….

[….]La balançoire est nostalgique. Dessinée pour les enfants, il suffit de silence pour que sa présence pince le cœur. l’oreille se dresse, e attente du grincement de sa chaîne. la mémoire s’affole, elle hallucine des souvenirs d’amitié et de jeux, de rires et de joies. La balançoire est un rêve d’innocence. »

Ce texte est à l’unisson de mon impression première. Je l’aime beaucoup.

Ben : Marianne en deuil pour non-respect du droit des peuples

Une autre oeuvre m’a émue: Esther Shalev Gerz : First Generation 2004_2006. Cette installation occupe tout un mur avec 43 photographies de fragments de visage, oeil, commissures des lèvres, peaux de différentes pigments….et de textes, réponses à 4 questions que la plasticienne a posé aux habitants d’une banlieue de Stockholm, émigrants de 1ère génération :

qu’avez-vous perdu?

qu’avez-vous trouvé? 

Qu’avez-vous reçu?

qu’avez-vous donné

J’ai recopié certaines réponses, ou fragments de réponses :

« Le Chili et la Suède sont comme deux personnes que j’aime »

« aux deux pays je dis : apprenez à m’aimer pour ce que je suis »

« mes enfants sont nés ici, que sont-ils? Des suédois ou des étrangers? je ne sais pas à vrai dire. Quand on demande d’où ils viennent, ils répondent d’Algérie. mais ce n’est pas vrai, ils sont nés ici. »

Avec les Bulgares, je suis Bulgare

Avec les Turcs, je suis turque

Avec les Suédois, je ne suis pas Suédoise »

 

Une autre oeuvre marquante a été choisie pour affiche : celle de Kimsooja qui a silloné en 1957 la Corée sur un camion sur une pile de bottaris : baluchons traditionnel. En 2007 cette performance est réactualisée avec des bottaris récoltés chez Emmaüs et le voyage prend fin à l’église Saint Bernard, lieu symbolique des sans-papiers. La photo est une allégorie de la migration et aussi de la résistance collective.

Un rêve d’Italie – Collection Campana – Louvre

Exposition temporaire jusqu’au 18 février 2019

Une collection comme geste politique!

Giampetro Campana – directeur du Mont de Piété à Rome –  a rassemblé une vaste collection archéologique et de peinture italienne avec la volonté d’offrir un tableau complet des richesses de l’Italie, s’inscrivant dans le courant du Risorgimento et  de l’unité italienne. Arrêté en 1857 pour des malversations financières, il a dû disperser sa collection. En 1861, le Louvre en a acquis une bonne partie.

L’exposition suit le Catalogue établi par Campana dans son projet de musée. Campana ne s’est pas contenté d’acheter, il a aussi entrepris des fouilles en particulier dans la région de Rome et dans les sites étrusques de Cerveteri et de Veies : sa collection est riche en vases et terres cuites étrusques.

Sarcophage des époux

 

Ce sarcophage des époux ressemble à celui de la Villa Giulia à Rome (musée étrusque ). Une tombe étrusque est reconstituée avec des plaques peintes.

A Pérouse une urne funéraire (400-375 av JC )en bronze :

urne funéraire Pérouse Jeune homme banquetant

Une autre urne

duel fratricide d’Etéocle et de Polynice.

L’urne ci-dessus est peut être moins fin mais c’est le combat d’Etéocle et de Polynice qui a retenu mon attention (je suis fan absolue d’Antigone).

La collection de vases trouvés en Etrurie est remarquable. Souvent les artistes étaient grecs et produisaient pour le public étrusque qui les importait. Une série provient d’un atelier répertorié : l’atelier de Nikosthénès. Les sujets représentés étaient souvent mythologiques : travaux d’Hercules ou sportifs .

Vase romain

A côté de ces oeuvres d’art très recherchées sont exposés aussi des objets plus frustes comme des antéfixes, des briques estampillées ou des moules ainsi que des lampes à huile.

En face des vases des bronzes racontent les armes, les monnaies, j’ai remarqué les balles de frondes qui ne sont pas rondes comme je l’imaginais mais fuselées, décorées revêures d’inscriptions désignant le corps d’armes, logique, mais plus amusant des insultes invectivant l’ennemi.

Plaques campana avec des scènes variées.

Campana avait aussi le goût des plaques de terra-cotta décoratives, des peintures antiques de couleurs fraîches et vives ou délicates comme cette procession trouvée Porta Latina représentant une famille grecque (identifiée avec les noms)

L’objet le plus spectaculaire est la main de Constantin (Musée du Capitole) dont un doigt appartenait à la collection Campana acquise par Napoléon III. Les restaurations furent très poussées, parfois trop aux dires des archéologues, conférant une réputation douteuse à certaines œuvres.

Brutus,Antinoüs et César

Venus d’Anzio

Les marbres étaient exposés dans les jardins.

A côté des collections antiques Campana a réuni une collection « moderne » – entre guillemets parce que la modernité commence par une icône byzantine et des primitifs du  14ème siècle –

Nativité de Saint Jean Baptiste  (1340) école d’Arezzo

une très belle Annonciation

Annonciation

A côt »é des sujets religieux, il a aussi réuni de très beaux coffres de mariage et des décors de chambre à coucher, sur des sujets exaltant la fidélité des épouses Histoire de Tarquin et de Lucrèce ainsi que le départ d’Ulysse où l’on voit Pénélope tisser.

panneaux de coffres de marrage Lucrèce et Tarquin en haut départ d’Ulysse en dessous
Ariane et le Minotaure (1510 – 1515)
Ariane et le Minotaure
Ariane à Naxos

Le studiolo d’Urbino  de Fédérico de Montefeltro(1422-1482) contient une série de 14 grands portraits très colorés et vivants de penseurs antiques et modernes : Platon, Aristote et Ptolémée voisinent avec Dante et Sixte IV ainsi que Saint Augustin et Sénèque. L’ensemble témoignait de l’ambition humaniste du condottiere pendant la Renaissance.

Studiolo d’Urbino
Studiolo d’Urbino

la Bataille de San Romano (1438) actuellement aux Office de Florence est grès impressionnant

Bataille de San Romano

j’ai aussi beaucoup aimé le Noli me tangere de Botticelli

Botticelli : Noli me tangere

Le 16ème et le 17ème siècles ne sont pas oubliés :  la mort de Cléopâtre de Girolamo Marchesi da Cotignola est originale. 

Mort de Cléopatre

Les majoliques représentant des sujets variés, surtout Belle donne e istoriati sont merveilleuses

Belle donne e istoriati
Un banquet donné au peuple romain

Toute une salle est consacrée aux nombre Della Robbia très reconnaissables et toujours charmants.

Della Robbia

La fin de l’exposition concerne la dispersion de la collection, ce qui intéresse les spécialistes plutôt que moi.

J’ai pris beaucoup de plaisir à voir tous ces chefs d’oeuvres!