Nous quittons sans trop de regrets le studio-bateau si peu confortable pour Dominique avec ses marches hautes et la salle de bain exiguë. J’avais pris mes habitudes de baignades mais il est temps d’élargir notre horizon.
Le 3ème gite se trouve sur la T10 à une quinzaine de kilomètres au nord de Solenzara. Le voyage n’est pas long : 61 km.
Première étape-baignade dans l’anse de Tarco, jolie plage de sable, eau claire et tranquille quoiqu’étonnamment fraîche.
Solenzara : visite à l’Office de Tourisme. La jeune femme est charmante mais l’arrière-pays de Solenzara c’est l’Alta Rocca que nous avons visité à partir de Porto Vecchio.
Notre gîte a pour adresse Prunelli di Fium’orbo qui est un village situé dans la montagne. Pourtant le descriptif annonce 2 km de distance à la mer. Nous sommes donc impatiente de le trouver. Comme il est seulement midi nous allons faire des courses au Casino voisin. En face, au rond-point, une petite route mène à la mer à la plage de Calzarellu.
la route de Calzarellu
La route court sous des eucalyptus géants qui forment une voûte parfumée. Le parking de la plage est aussi planté d’eucalyptus, il est situé au débouché d’un fleuve le Fium’orbo qui a donné son nom à la région et d’une longue plage de sable blanc qui s’étire sauvage sur des kilomètres.
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Notre logeur nous a donné rendez-vous au rond-point, pourtant le gîte est facile à trouver le long de la T10 à Casamozza bien indiqué par une pancarte verte et le logo des Gites de France. Trois gîtes sont alignés sur une très grande pelouse plantée de beaux mûriers, quelques oliviers et un pêcher qui porte de belles pêches mûres. De gros buissons de lauriers roses pour la couleur. Des ipomées poussent sur les lauriers roses mêlant leur corolles violettes aux bouquets roses. Trois gîtes alignés mais bien séparés. Sur notre terrasse une belle table 6 chaises noir sous un auvent pour le soleil et même la pluie. A l’intérieur, il fait très frais (volets fermés). La pièce à vivre est une très grande salle avec une cuisine américaine. Absolument tout le confort, une télévision XXL, un canapé confortable, tous les ustensiles de cuisine, une très grande salle d’eau avec une machine à laver le linge. Après la « cabine de bateau » nous nous sentons au large !
laurier rose et ipomée
Le propriétaire est très sympathique. Agriculteur, il cultive du fourrage « Ici, il y a de l’eau ! ». nous sommes dans les marais. Ses parents avaient des arbres fruitiers, pêchers et abricotiers. Il n’explique pas pourquoi il préfère le foin. Nous bavardons.
Les élections ? Avec les enterrements, ce sont les grands évènements du village. Folklore corse dont il s’amuse, nous n’approfondirons pas la question. « De toutes les façons Simeoni gagnera », prédit-il.
Covid? Il est furieux contre les autorités de Porto Vecchio et de Bonifacio qui ont fait venir les touristes l’an passé. « Avec la vaccination et le Pass sanitaire, c’est plus rassurant ». L’île est dramatiquement sous-équipée en hôpitaux, affirme-t-il.
Le tourisme de masse ? « A Porto Vecchio, ils veulent faire le plus d’argent possible en trois mois. Ici, la vie est encore agricole, les rapports humains possible, la vie locale… »
Je me suis attardée à raconter les baignades, j’ai omis de parler du sentier qui descend de la Résidence Castell’Verde à la plage Santa Giulia. 26 marches derrière le restaurant, puis un ruban de ciment rose passe au milieu d’une pelouse très verte (arrosée) plantée de jeunes oliviers. Ce vert vif me choque un peu en pays méditerranéen. Après tout, nous faisons pareil au kibboutz et j’étais très fière de ces pelouses ! Le sentier devient ensuite sableux le long d’une rangée d’eucalyptus, de mimosas fleuris et de lentisques. C’est un véritable plaisir de sentir le parfum suave du chèvrefeuille qui grimpe sur les arbres et buissons ; les senteurs du mimosa dominant les fragrances du romarin, eléanus, menthe, distillés par la chaleur. Finalement les parkings poussiéreux et arides sont égayés par des buissons de lauriers roses ; Dix minutes de marche, un véritable bonheur avec la promesse d’ une baignade agréable.
Je n’ai pas encore le réflexe de chercher des balades sur mon smartphone. Après la déception de ne pas avoir trouvé le départ de la randonnée à Saint-Jean Baptiste à Poggio hier j’ai consulté l’appli Visorando espérant l’y trouver. Nenni !
Rondinara
En revanche j’y trouve la rando d’avant-hier au Castellu d’Arragio (130 m dénivelé, 40 minutes) . Visorando propose tout près d’ici Punta di Rondinara 2.8 km, 55 minutes, facile à 15 km de Castell’Verde. Cette application est vraiment intéressante : descriptif précis, carte bien sûr. Je n’vais pas encore expérimenté la fonction « départ » qui guide jusqu’au départ de la randonnée ? (Si nous avions eu cela hier !) Chercher le point de départ est souvent un véritable casse-tête. Autre possibilité : tracer sa trace sur l’écran permet de suivre au mètre près l’itinéraire et garder un souvenir. Dès que la trace s’écarte de l’itinéraire prévu je sais que je me suis trompée.
Nous quittons la résidence vers 8 heures : l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ! la petite route qui conduit à Rondinara serpente au flanc de la colline dans un maquis plutôt ras de cistes roussis, lentisques et genets, elle offre un très beau panorama sur la baie toute ronde comme son nom l’indique. Anse bordée par deux petites presqu’îles pointues et par de beaux rochers. Paysage presque vierge. Les campings et résidences sont bien cachés, haut dans la colline, invisibles. Pour profiter du paysage je descends à pied. A quelques centaines de mètres se trouve la plage bordée de pins. Je n’avais pas calculé qu’il me faudrait faire le tour de la lagune.
Occasion d’une belle rencontre : 4 grosses tortues d ‘eau douce – cistudes probablement – se prélassent sur une grosse pierre ; elles s’enfuient à mon approche. Le vaste parking est installé en hauteur pas trop proche de la plage. En saison 5€/jour mais la saison n’a pas commencé ici.
Sur le chemin de la plage un gros container compacte les ordures. Installation assez étrange qui dispense sans doute la benne de passer souvent. Je m’interroge sur la pertinence du système qui ne favorise pas le tri ni la diminution des déchets. Il semble que la Corse ait un problème avec les ordures (comme Malte, Djerba et les îles touristiques qui doivent gérer de gros volumes sur des espaces réduits).
La promenade commence au Restaurant Chez Ange qui a plusieurs terrasses au-dessus des lits de plage et autres installation (location de kayaks, paddles). Le menu est alléchant et les prix raisonnables (pour la région, à Santa Giulia ils sont astronomiques). Il faut d’abord marcher sur la plage (côté sud) et trouver la piste près des rochers. La piste est parfumé par les Immortelles de Corse (Helichrysum) et la menthe très abondante d’une espèce que je ne connaissais pas Mentha puligium (menthe pouliot) qui a des petites touffes bleues superposées. La piste conduit à une crique bordée de rochers orange. Je regarde passer u n catamaran qui hisse sa voile sous mes yeux. Le sentier s’engage dans des broussailles épineuses. Je dois faire attention à la trace sur mon écran et aux traces de mes prédécesseurs pour ne pas m’égarer dans les buissons(lentisques, chênes-verts très piquants sans parler des épines… A mesure que je monte, je remarque les cairns bien utiles. Au sommet la vue est à 360° sur la baie de Rondinara et sur la mer ouverte.
La plage et le parking se sont bien remplis. Selon Dominique l’affluence commence à 10 heures. Je ne peux pas quitter cette belle plage, sable blanc et vaguelettes d’eau cristalline, sans me baigner.
Nous avons le temps de retourner aux deux petites plages que nous avons découvertes lundi sur la Pointe de Capicciola (sortir de la T10 par la D60 puis ne pas se tromper, prendre la direction Sant’ Amanza. Après la marina continuer jusqu’a un petit parking : une belle vue, un vent frais : parfait pour pique-niquer ! Pour nager j’ai choisi la deuxième plage. C’est là que se retrouvent les véliplanchistes : 5 camionettes ou camping-cars aménagés venant de Suisse d’Italie ou du continent. Comme il est 13h30, les planches sont affalées sur la banquette des posidonies et j’ai la plage pour moi seule.
Nous rentrons tôt après cette belle journée de baignades.
Santa Lucia di Talllano vue du couvent franciscain
6h30, bain matinal. 4 dames font du longe-côte. Il y a quelques vagues ce matin. On a « construit » avec des flotteurs jaunes une « piscine » rectangulaire. D’habitude, j’aime nager le plus loin possible parallèlement à la côte. Avec les vagues et la « fermeture » de la plage, (sans aucun avis la confirmant) je ne veux pas cumuler les transgressions et reste dans la piscine.
Saint-Lucie-de-Tallano est située à 8.5 km de Levie. la D59 est un peu plus fréquentée que dimanche dernier mais toujours dans un paysage sauvage, des forêts magnifiques. J’admire les chênes-liège, les pins mésogéens très hauts. Le GPS est aussi altimètre, j’essaie de déterminer la limite des chênes et des pins. Ce n’est pas net, n’est pas Humboldt qui veut ! Même exercice avec les châtaigniers qui poussent plutôt vers l’intérieur tandis que les chênes-liège se trouvent près du littoral. Les châtaigniers sont en fleurs, forte de feu d’artifice végétal, jaune pâle. Les châtaigniers sont aussi ceux dont les branches desséchées dépassent des cimes vertes. Souffrent-ils de la sècheresse ou sont-ils malades ?
le couvent saint François
A l’entrée de Sainte-Lucie-de-Tallano, au-dessus du parking, une grande église se trouve près d’un haut bâtiment. C’est le Couvent Saint François . Bâti à l’écart du village, il est précédé par une terrasse en balcon plantée de mûriers, fraîche et ombragée avec un point de vue sur le village et les montagnes environnantes qui sont dominées par le Monte San Petru (1400 m). Le couvent a été construit en 1492 sur l’emplacement d’une maison-forte par Rinucciu della Rocca qui fut d’bord un partisan des Génois puis leur ennemi. Le 6 vendémiaire de l’an XII, bien national il abrita un bataillon d’infanterie.
Il fait frais dans la montagne, le vent souffle sous les mûriers. Pas facile de prendre en photo la grande église, très sobre ni les arcades du cloître, je filme quand je n’arrive pas à trouver le cadrage satisfaisant.
Sur la place du village, d’un côté l’église et un magasin de souvenirs qui vend des bracelets avec « l’œil de Sainte Lucie » qui est l’opercule d’un mollusque (Astrée rugueuse ou Bolma rugosa) .
Maison forte
En face le Monuments aux morts de la Grande Guerre qui est signalé à cause du socle en diorite orbiculaire, roche volcanique locale très décorative, noir polie criblée de disques rayonnés blancs en cercles concentriques. Ces monuments sont toujours pour moi un sujet de stupeur avec de si longues liste pour de si petits villages.
Pressoir è huile
Pour terminer le tour de la place, un café (clients locaux), un restaurant et au fond une pizzeria avec une terrasse-jardin. Nous choisissons le Santa2 Lucia qui a une grande terrasse ouverte surplombant la place (covid oblige) et je file au Moulin à Huile, au bout du village qui ferme à 12h précises. Entrée 2€ visite guidée des presses, des jarres et du mécanisme entraîné par la roue à aube (mais il n’y a plus d’eau). Dans la pièce voisine une cheminée garde une température assez douce pour que l’huile ne fige pas. Il y a aussi une chaudière pour la seconde pression à chaud qui donnera de l’huile d’éclairage ou pour le savon de Marseille. Aujourd’hui, on n’utilise plus ce pressoir antique (qui n’est plus aux normes mais qui pourrait fonctionner) on porte les olives à un pressoir moderne.
jarre à huile
La carte du Santa Lucia est variée. Elle propose des assiettes de charcuterie (comme partout en Corse, des salades, des pâtes et des plats consistants comme du sanglier. Je choisi des tripettes de veau servies dans une sauce rouge parfumée avec une grosse pomme de terre fondante. Bien servi, je renonce aux desserts à a châtaignes bien alléchants.
Santa Lucia di Tallano rue du village
La visite suivante : saint Jean Baptiste à côté du hameau de Poggio était le but d’une promenade d’une heure sur » un sentier frais avec passage d’un gué » vanté par le guide vert. Nous n’avons jamais trouvé le départ et ce n’est pas faute d’avoir cherché ! pourtant tous les gens nous ont dit qu’il y avait un panneau. Après avoir tourné, retourné, je renonce à la promenade et nous arrivons beaucoup trop tôt à Sotta où un concert de polyphonies corse se donnait à 19h. Nous aurions dû attendre 2h30 !
Plage fermée pour cause de pollution -hydrocarbures, je ne descends pas, frustrée. Nous avions prévu de retourner à la pointe de Capicciola. Il faudra improviser autre chose.
Nous irons visiter Porto Vecchio !
le port fut autrefois un port de commerce actif avec l’embarquement du liège. La fabrique de liège, en face du port, est fermée; son bâtiment utilisé pour des activités culturelles. La port est maintenant une marina de plaisance. Nous cherchons les salines, j’aime bien me promener dans les maris salants mais nous les cherchons au nord alors que nous les avons dépassés à l’entrée de la ville.
Dominique gare la voiture sur une rampe qui monte à la ville haute à l’ombre de très grands oliviers. Je suis vite déçue dans mon exploration de Porto Vecchio. La vieille ville se résume à deux rues et les ruelles adjacentes remplies de tables de restaurants. Les rues commerçantes sont sans intérêt sauf peut être les deux boutiques des couteliers. Lame finement ouvragée, manche en corne de mouflon ou de bélier et prix à trois chiffres, certains atteignent 300 €. J’ai très envie d’un couteau, compagnon des pique-niques de la randonneuse. Je m’attache à cet objet familier mais ils finissent toujours par disparaître. Qu’est devenu mon couteau de scout à 8 lames ? et le laguiole acheté à Orcival pour mes 50 ans avec son manche en bois de rose, et le petit noir trouvé au marché aux puces de Sofia ? J’hésite à dépenser une grosse somme pour un objet que je vais égarer.
Accueil étrange à l’église. Juste devant moi, arrive un groupe de garçons excités qui font un jeu de piste et doivent trouver des indices à l’église. Le curé, habillé en curé, et un homme les accueillent « Entrez, entrez dans la Maison du Seigneur ! ». Les gamins se ruent à l’intérieur brandissant leur questionnaire. Le monsieur les arrête « Et le signe de croix, vous ne savez pas le faire ! Il faut du respect ! ». Moi, je ne sais pas le faire ! je n’ai rien à faire ni dans la maison du seigneur, ni dans la petite chapelle des confréries juste en face gardé par le monsieur qui exige le respect.
J’ai enfin trouvé les fortifications et les remparts. On peut entrer dans le Bastion de France et monter sur la terrasse pour un beau point de vue sur le port et les montagnes environnantes. Je découvre les salines que nous cherchions.
Porto Vecchio : bastion de France
J’ai hâte de retrouver Dominique et de quitter cette ville où le port du masque est exigé par voie d’affiches omniprésentes. Tous les passants le portent (et pas sous le menton). Il fait près de 30°, je suffoque.
Casteddu d’Arraghju
Casteddu dr’Arradju
Dans la Sardaigne, toute proche, les hommes du Néolithique construisaient des nuraghi : tours fortifiées. En Corse ce sont des Torres perchées sur des chaos granitiques dominant les alentours ; A Cuccuruzzu et à Capula ils mettaient à profit les tafoni, cavités dans les roches. A Capula où le site a été occupé après la Préhistoire pendant le moyen âge, les vestiges sont moins lisibles.
Au village d’Arraghju, il y a de belles propriétés et des restaurants (dont 1 cher) qui ne voient pas d’un bon œil que les touristes laissent leurs voitures n’importe où. Un vaste parking leur est réservé à l’extérieur du village à près de 500 m du départ du sentier ; « Mais il est très agréable » commente un jeune touriste. De très vieux chênes-lièges donnent une très belle ombre.
Le sentier qui monte au Casteddu se faufile au ras des tables de la Casette. Un écriteau prévient que chacun doit être prudent et que la mairie se décharge des accidents éventuels. Prudents, certes, mais surtout bien chaussé et muni d’une gourde d’eau. Les chaussures de marche sont nécessaires et le bâton de marche n’est pas superflu. Le « sentier » emprunte le lit du ruisseau. Il monte à pic dans les broussailles; les racines des chênes tendent des pièges aux étourdis et des branches pointues viennent m’érafler le genou. Les rochers forment de hautes marches. Pour me hisser je m’accroche aux branches. Pas à celles des bruyères qui n’ont aucune solidité et cassent dans ma main ; ni à celles des cistes qui n’ont pas de consistance, le chêne-liège offre un tronc solide, mes préférés sont les arbousiers et les myrtes qui ne piquent pas. Poser de préférence les pieds sur des pierres bien saines et non pas sur l’arène qui roule, et se méfier des racines. J’envie Manon, 3 ans et Raphael 7 ans lestes et légers que leurs parents hissent d’une main énergique quand la marche est infranchissable. Je me sens lourde et essoufflée mais j’arriverai avant eux. J’appréhende la descente elle sera plus facile que la montée à condition de prendre son temps pour choisir ses appuis et ne pas hésiter à s’assoir sur le bord d’un rocher. Elle prendra la moitié du temps de la montée. (130 m de dénivelée, 1.3 km seulement selon Visorando, 50 minutes).
La Torre se mérite. On est bien récompensé quand on découvre les murailles hautes et épaisses d’une enceinte imprenable qui domine la région avec des loges, pièces construites avec soin.
Pique-nique dans la forêt de l’Ospedale
le lac dans la brume
La recherche d’un coin pique-nique vire au casse-tête. Nous optons pour la montagne et retournons au barrage de l’Ospedale. Pendant le déjeuner des bancs de brume passent tout près. Je sors ensuite mon carnet moleskine et dessine les troncs des pins mésogéens appelés aussi Pins de Corte selon Plantnet et les Cistes de Crète (Plantnet). Je dessine sans me préoccuper du résultat heureuse de ce moment d’observation, de concentration. Dessiner me permet de découvrir des détails que je ne vois pas au premier regard.
A la sortie de Porto Vecchio, la D368 s’élève très vite dans la montagne jusqu’au Col de Punticella (78 m) d’où la vue est très belle sur la Baie de Porto Vecchio. Les lacets deviennent de plus en plus serrés à travers une forêt magnifique : les pins ont succédé aux chênes-verts et aux chêne-liège.
l’Ospedale (850 m) nouvel arrêt pour le panorama. Selon la table d’orientation, on pourrait voir la Sardaigne et les îles italiennes. Elles sont noyées dans la brume.
Les sommets se profilent, je reconnais les Aiguilles de Bavella à leur silhouette, pourtant distantes de 20 km. Pour les autres montagnes il faudrait l’aide d’un guide. La route suit la rive du lac de barrage de l’Ospedale qui brille entre les futs des pins. L’autre rive est déserte et les montagnes sont pelées. Des blocs de granite ont des formes fantastiques. Un rocher semble tenir en équilibre sur la paroi lisse.
lac de barrage dd l’Ospedale
La route continue ses virages dans la forêt de Zonza. A chaque tournant, une nouvelle perspective. Des flèches jaunes signalent les départs de randonnée. Je me réserve la balade de la Cascade pour une prochaine occasion. Ce sera un plaisir de revenir sur cette route aussi splendide que spectaculaire.
Ma silhouette donne l’échelle de ces arbres géants
Zonza est une station touristique d’altitude, bien organisée avec des hôtels, des campings, un office de Tourisme, location de vélos, parcours accrobranche…Nous quittons la D368 pour la D420
Quenza
Quenza
Quenza, joli bourg, met en valeur son patrimoine en apposant de nombreuses plaques commentant l’habitat, l’histoire, la géographie locale. Un sculpteur a organisé dans son pré « un jardin de sculptures » majoritairement en fer forgé en détournant des objets du quotidien (grilles, cornières, piquets) et quelques sculptures de granite. Le granite est très présent dans le village : dés énormes et une belle sitelle.
la sitelle de granite de Quenza
Sur Wikipédia j’ai trouvé que Quenza organisait régulièrement des biennales de la sculpture et particulièrement la taille du granite. On peut aussi voir à Quenza un « château toscan » (récent). Au centre du village la grande église Saint Georges est sévère comme les autres églises de granite de la région. A l’intérieur se trouveraient des panneaux peints mais elle est fermée. Les maisons de granite gris ont souvent un étage et des balcons en fer forgé.
A la sortie du village, à l’écart, la petite chapelle Santa Maria Assunta est surnommé la chapelle de l’an Mil. Aucun décor extérieur, un toit de lauzes sur l’abside en cul-de-four. Elle est ouverte, aussi simple à l’intérieur qu’à l’extérieur sauf l’autel qui porte de nombreuses statuettes et surtout des fresques 15ème.
Serra-di-Scopamena
Le but de l’expédition d ’aujourd’hui est un Chemin du Patrimoine promenade de 50 minutes autour du village. Problème n°1, trouver le départ de la randonnée, problème n°2 : trouver un parking agréable et ombragé pour Dominique qui va m’attendre.
Serra di Scopamène : moulin
La petite place de l’église est plantée de tilleuls, il y a des bancs et une belle vue. Une dame en gris se promène en fumant, elle ne connait pas le sentier, en revanche, le monsieur en rouge, oui. Il indique la piste derrière l’église qui descend dans la forêt de châtaigniers. Pas de balises mais une seule piste conduit au Moulin. Belle maison de pierre avec une roue à aube intacte. Le tout petit filet d’eau qui s’écoule était-il suffisant pour actionner la roue ? Ce moulin fonctionnait sur deux niveaux, au plus bas : pressoir à huile d’olive, au niveau supérieur une meule à grain pour les châtaignes. Après le moulin, je trouve les flèches en ferraille et les cairns. Le circuit m’entraîne dans le haut du village parmi de belles maisons de pierre. Certaines sont grandes avec des escaliers extérieurs, des arches. D’autres sont plus modeste, basses ?
La plus grande porte une plaque triangulaire sculptée au-dessus de la porte, elle est ornée d’un très beau rosier rouge. Le sentier monte dans la châtaigneraie. Les châtaigniers ici sont qualifiés d’ »arbres à pain ». Parmentier les aurait étudiés avant de promouvoir la pomme de terre. Au programme de la visite : des séchoirs à châtaignes. Je les ai loupés (ou pas reconnus) . Peut-être étaient-ce ces maisonnettes qui ont perdu leur toit ? la balade s’achève au lavoir égayé par des fleurs roses qui poussent entre les pierres du mur. ( Valériane rouge (Centranthus ruber) ou valériane des jardins).
Serra di Scopamène : lavoir
A Zonzanous prenons la route de Levie dans la forêt pour visiter le Musée Archéologique de l’Alta Rocca en espérant le trouver ouvert : le site n’est pas mis à jour sur Internet et ils ne répondent pas au téléphone alors qu’on les a appelés trois fois ce matin.
Le Musée s’organise autour de la présentation du territoire et sa géologie, puis un parcours chronologique commence au Mésolithique avec l’arrivée des humains en Corse 8500 av.J.C. pour se terminer avec la mort du seigneur Rinuccio della Rocca en 1511.
La section qui m’a le plus intéressée est celle de la Géologie de la Corse :
Je recopie la chronologie proposée qui me fixe un cadre mais qui ne rend pas compte de toute la complexité de la Géologie de l’île.
a)Formation de la Corse ancienne :
325MA – 280MA (Dévonien-Carbonifère) contemporaine des chaînes hercyniennes (massif de Cagna et de l’Ospedale) Gabbro dioritique de Sainte Lucie
285MA – 130 MA structure annulaire de Bavella
b) formation de la Corse alpine
Au Tertiaire : rotation de la plaque ibérique, le bloc corso-sarde s’éloigne de l’Europe.
Quaternaire : 20.000 la Corse et la Sardaigne forment encore un seul bloc
12.000 le relèvement du niveau de la mer opère la séparation entre la Corse et la Sardaigne.
J’ai beaucoup apprécié les échantillons de roches : Granite, Diorite et surtout Diorite orbiculaire de Sainte Lucie de Talliano ; gabbros (pierres demi-deuil) Rhyolites de l’Ospedale et de Zonza.
Peuplement animal
le Prolagus corse et le sarde sont éteints mais le pika leur ressemble
Holocène : Arrivé de l’homme vers 9000ans av. JC et introduction de nouvelles espèces
Pléistocène : baisse du niveau marin, pont avec l’Italie permet l’introduction de nouvelles espèces
Pliocène : asséchement messinien des espèces africaines s’installent ;
Miocène : séparation du bloc corso-sarde comparé à une « arche de Noé à la dérive »
Des fossiles sont présentés : le Cerf de Caziot megaloceros cazioti provenant de la Grotte de Nonza. C »est une forme naine
La vedette du musée est le Prolagus (lapin-rat) dont on voit le squelette. Ce rongeur fut consommé en Corse pendant 8000 ans et même jusqu’au XVIIIème siècle en Sardaigne. Ces rongeurs étaient consommés en brochette
Une « rencontre » : la Femme de Bonifacio
la femme de Bonifacio
Le squelette de cette femme datée 7000-6500 av. JC est présenté dans la position où elle a été retrouvée. Agée environ de « ( ans, elle était lourdement handicapée et n’aurait pas pu survivre seule. C’est donc la preuve de l’existence de la solidarité du groupe et de l’organisation sociale à l’époque.
18h45, Je descends à la plage de Santa Giulia pour ma baignade du soir alors que les familles sont parties . La baie retrouve sa sérénité. C’est aussi l’heure du bain des chevaux qui tournent comme au manège avec des cavaliers fort dévêtus. Aujourd’hui, il reste encore du monde sur le sable et les terrasses des bars sont pleines. Personne, absolument personne dans l’eau. Une guirlande de flotteurs réduit la baignade à la dimension d’une très grande piscine. Un gros homme se démène et parle dans un talkie-walkie. Je ne remarque que plus tard son écusson tricolore. Il lâche son appareil et crie « La plage est interdite, retournez à vos véhicules ! » – « c’est une blague ? » – « non, cela vient de tomber ! » Un cargo a dégazé sa cuve au niveau de Solenzara et la nappe d’hydrocarbure dérive vers le sud. Depuis deux jours la télévision relaie l’information d’une pollution des plages corses.
Aucune boulette de mazout, aucune trace de pétrole. L’eau est limpide. Non seulement on n’a pas le droit de se baigner, mais on ne peut même pas rester sur le sable et profiter de la douceur du soir. Il a fait plus de 30° à l’intérieur des terres. Près de l’eau, on respire. Et nous voilà à nouveau punis ! Après confinements et couvre-feux, on évacue les plages. Il n’y a que deux policiers municipaux pour toute la plage et tout le monde obtempère. Le covid nous a rendu bien obéissants ! je regarde la plage se vider à regrets et je remets mes tongs (mon véhicule comme l’a dit le gros homme).
J’ai gardé un souvenir ébloui du seul Festival d’Avignon 1976, auquel j’ai assisté avec la canicule: Carolyn Carlson dans la cour du Palais des Papes, Ariane Mnouchkine et la Révolution sont inoubliables, même 45 ans après.
Evidemment Claudialuciaet Eimelle, sur leurs blogs respectifs me font très envie chaque année, mais cela ne se goupille pas.
Après cette année de télé-visites de musées, théâtre en virtuel, zoom et compagnie… j’ai découvert une version beaucoup plus classique : le théâtre radiophonique et les podcasts de France-Culture. J’ai rangé dans ma bibliothèque l’onglet « AVIGNON LES FICTIONS« . Oreillette et smartphone, j’organise mes promenades selon la durée du podcast, bords de Marne ou Bords de Seine, lac Daumesnil…
Merci à Matatoune qui m’a fait découvrir la lecture de Frère d’Ame par Omar Sy! J’avais aimé le livre mais cette lecture est une découverte. par la voix d’Omar Sy les mots de David Diop retrouvent leur accent, la puissance et l’urgence. Une profondeur nouvelle. j’avais retenu l’horreur des tranchées mais je n’avais pas mesuré la folie qui s’empare d’Alfa, le frère survivant.
Les Suppliantes d‘Eschyle traduites et mises en scène par Olivier Py au Festival 2020 est d’une saisissante actualité : femmes demandant l’asile, femmes fuyant des mariages forcés, femmes dans la guerre et questionnement sur la démocratie. Le prince d’Argos n’ose pas leur octroyer l’asile, craignant la guerre avec les Egyptiens laisse la décision au peuple.
Eschyletoujours traduit et mis en scène par Olivier Py, Les Sept contre Thèbes,dépouillement et clarté, seulement 38 minutes. Une pièce destinée à être jouée au plus proche d’un public qui ne va pas au théâtre, dans une école, une prison, un quartier….Toujours une pièce très politique : le pouvoir de l’image et le questionnement de la démocratie. Image il y a 2700 ans? Non, les Grecs n’avaient pas la télévision! mais les guerriers arboraient sur leurs boucliers toutes sortes de symboles et d’images qui parlaient à leurs contemporains.
Une Antigone originale que celle présentée en Concert-fiction : œuvre radiophonique réécrite d’après Sophocle par Stéphane Michaka mise en musique avec les musiciens de Radio-France, provient du Festival d’Avignon 2020. Aussi une belle découverte!
la Mort d’Achilles’inspire aussi de la tragédie antique. C’est une œuvre contemporaine de Wajdi Mouawad. Commande pour Avignon 2019. Echo aux massacres du XXème siècle de Sabra et Chatila, ou de Srebrenica, la dévastation de Troie. Le guerrier demi-dieu est mort, quelle suite donner à la célébration du héros? Un nouvel horizon sans le divin, pourrait-il annoncer une nouvelle histoire épargnant Troie vaincue? A Agamemnon de décider. Une pièce magnifique. Antique, contemporaine, comme vous voudrez!
Isabelle Adjani est la voix d’Ismène dans le poème de Yannis Ritsos. Ismène la survivante, Ismène contemporaine ou antique? Ismène intemporelle. Ismène raconte sa sœur, Antigone. Antigone, l’héroïne, qui a dit non à Créon, celle qui a désobéit, qui est morte martyre entraînant la mort de son fiancé Créon, le suicide d’Eurydice sa mère, mais aussi Antigone vierge effarouchée qui se refusait à Hémon, Antigone anorexique qui mange en secret la nuit, qui refuse la vie, qui a peur d’être tout simplement humaine. Ismène, au contraire accepte la vie, se réjouit du parfum des orangers en fleur, plante des bulbes de cyclamens. Vieillissante, elle caresse l’idée de prendre pour amant le jeune officier… Elle a choisi la vie, elle pourra mourir tranquillement.
La série de créations contemporaines sur thèmes antiques ne s’arrête pas ici : Hélène Après la chute de Simon Abkarian. Dialogue entre Hélène et Ménélas après la chute de Troie. Les vainqueurs se partagent les captives, Hélène revient à Ménélas. Entre vengeance et pardon. Jeu de chat et souris. Ils se déchirent mais nous réservent des surprises.
Evidemment rien ne vaut le théâtre vivant, la présence des acteurs sur scène, les décors, la communion avec les autres spectateurs… Cette année encore je me contenterai d’enregistrements. Je m’en veux de ne pas avoir cité les acteurs, mais écouter un podcast en marchant ne permet pas de retenir les noms.
9h :parking de la Marine de Bonifacio. Le prix (0.70€ le quart d’heure) n’incite pas à la flânerie. De la Marine, partent les excursions aux îles Lavazzi . Il y en a pour toutes les durées et toutes les bourses. De très beaux bateaux sont amarrés. Des restaurants occupent les quais, du kebab aux très luxueux, servant des petits déjeuners aux plaisanciers. Ils ne m’attirent pas vraiment tout semble banal, standardisé.
Au bout du quai, de la petite église Saint Erasme, la montée Rastello est une rampe pavée avec des escaliers jusqu’au Col Saint Roch. Montée bien raide mais on est récompensé par la vue sur les falaises blanches et les côtes de la Sardaigne.
Bonifacio : la ville vue du sentier de campo romanello
Au lieu de rentrer directement dans la ville haute, je continue la montée pour aller chercher le plus beau point de vue en emprunter une rampe qui se poursuit par un sentier du Campo romanello qui longe la falaise. Les falaises blanches et l’eau turquoise me fascinent mais je n’ai pas le temps de terminer la promenade ; la visite de la ville m’attend.
Bonifacio rues étroites et église Ste Marie Majeure
J’entre par la Porte de Gènes, accès à la Citadelle. L’Office de Tourisme qui n’ouvre qu’à 10 h est encore fermé comme le Bastion de l’Etendard. Je me promène un peu au hasard dans les rues si étroites qu’une série d’arches relient les maisons au-dessus de la rue. les maisons les plus anciennes sont ornées de festons, d’arcs romans. Je découvre ici une belle fenêtre avec une colonnette, ici une plaque ? La promenade est agréable mais les restaurants ont envahi les rues si bien qu’à l’Eglise Sainte Marie Majeure le fumet du poisson entre par la porte latérale ouverte sur les tables du restaurant voisin. Les parasols cachent les plaques des rues si bien que j’ai beaucoup de mal à me repérer sur le plan.
lz g=falaise blanche de Bonifacio
Mon regret : de ne pas avoir emprunté l’escalier du roi d’Aragon haut de soixante mètres avec 187 marches creusées dans la falaise (selon la légende en une seule nuit pendant le siège de la ville par les troupes du roi d’Aragon en 1420). La billetterie n’accepte ni la monnaie, ni les cartes de crédit. Il faut scanner un QR code et s’inscrire sur le formulaire par Internet. Curieux procédé qui bugue (pas de Wifi et les données mobiles n’entrent pas, parasitées par la Sardaigne, me dit-on). On peut acheter le billet à l’Office de Tourisme qui vient d’ouvrir mais la queue est rédhibitoire.
Les jardins de Carrotola sont reposants .
Goulet de Bonifacio
La Grande Eglise Saint Dominique est fermée (ouvre à 11 h). C’est la seule église gothique. Je redescends par une promenade au- dessus du Goulet de Bonifacio. J’entends les commentaires au micro des bateaux-promenades ce qui donne très envie de les emprunter. Dominique est rebutée par la foule qui fait la queue au guichet.
les falaises vue du cap Pertusato
Promenade en voiture au Cap Pertusato. Une mauvaise route conduit au premier sémaphore, il faut ensuite continuer à pied sur la piste jusqu’au second à la Pointe de Sperone. Peinte sur le ciment une flèche verte et l’indication « plage ». En dessous la plus jolie plage secrète. Malheureusement je n’ai pas mon maillot et cela aurait peut-être été long de descendre. Je me contente de prendre la photo.
Sous la falaise une plage bien cachée
Nous cherchons une plage pour déjeuner. Du côté du Cap Spérone, les propriétés sont enfermées dans de grands murs, un golf- également enfermé – occupe la pointe avec une marina contenant de beaux bateaux. A Piantarella pas de place pour s’arrêter. Retour à Bonifacio pour tenter notre chance vers la pointe de Capicciola. Dans le Golfe de Santa Manza, juste avant la pointe nous trouvons deux charmantes plages vierges de tout équipement. De l’eau claire et tranquille. Un bonheur de baignade. Nous nous promettons d’y revenir !
Exposition temporaire prolongée jusqu’au 26 Juillet 2021
Paul Signac – Opus 176 (1886)
Admirateur des impressionnistes et de Claude Monet, Paul Signac, autodidacte devient peintre et va avec Seuratutiliser une nouvelle technique pointillisteou de « division des tons » pour fonder un mouvement que le critique Fénéon qualifiera de Néo-impressionnisme.
signac paul
L’exposition LES HARMONIES COLOREES au Musée Jacquemart-André présente les œuvres de Signac mais aussi des artistes néo-impressionnistes comme Cross, Pissaro, Achille Laugé et Maximilien Luce, Van Rysselberghe
Achille Laugé : L’arbre en fleur
Tout d’abord, nous étudions les recherches de couleurs, la palette éclatante de Signac, les complémentarités des couleurs, l’utilisation de couleurs pures qui ne doivent pas se mélanger mais se rehausser, s’exalter. On parle parfois de pointillisme ; à y voir de plus près, ce ne sont pas des points (il y en a comme les points orange de l’Opus 176 qui rehaussent les barques bleues ou les arbres verts) mais il y a aussi ces virgules roses et bleues, éclairant la mer de Saint Briac
paul signac balises, Opus 210
parfois le peintre choisit de croiser les touches, parfois de jouer le mosaïste avec des touches carrées ou rectangulaires qui ressemblent à des tesselles. Cette exigence de couleurs pures suppose un travail préparatoire. Si la peinture sur le motif, comme les impressionnistes, est le début du tableau celui-ci sera accompli en studio. l’exposition présente donc de nombreuses études préparatoire, huiles en large touches très colorées et petits format, ou grands lavis à l’encre de Chine de la taille du tableau définitif en couleur.
Signac : Mont Saint Michel 1897
La visiteuse peut prendre son temps pour observer les détails de la technique qui varie selon le temps.
Après son séjour à Saint Tropez en 1892, Signac pratique l’aquarelle. Il peint un très bel éventail de Venise. Il utilise l’aquarelle pour peindre sur le motif, et réalise un reportage complet des ports de France, du port de guerre de Toulon, aux petits ports de pêches bretons, des ports de Saint Nazaire. le dessin est très soigné, la couleur n’est plus le sujet principal et parît accessoire.
paul Signac : Villefranche
et pour le plaisir : Cross
Cross
et bien sûr, comme toujours à Jacquemart-André une vidéo permet de d’approfondir la visite avec un commentaire éclairé.
J’ai renoué avec le plaisir des baignades matinales, les meilleures quand la surface de l’eau est un miroir qu’aucun mouvement n’a altéré et que le soleil se lève derrière la colline avec son éclairage particulier. Malheureusement je ne suis pas seule, une bande de jeunes chahute bruyamment.
La D459 tortille jusqu’à Sotta où nous trouvons la D59 qui rejoint Levie. C’est une très jolie balade en voiture. Tôt le dimanche matin, il n’y a personne et la route est à nous. Le paysage est somptueux. Près de la côte, les chêne-liège sont magnifiques et écorcés, ils me rappellent la Sardaigne. Tout comme les gros blocs de granite qui émergent de la végétation. Quand on monte en altitude les pins remplacent les feuillus. Certains sont très hauts. Les panoramas sont bluffants. Je reconnais sur la côte la Baie de Santa Giulia avec son arrondi et le petit lac derrière la plage. Du de la montagne, des rochers rouges ressemblent à des châteaux et des éperons. Au loin, les aiguilles de Bavella dominent les crêtes. Brusquement on passe un petit tunnel. Les cistes rose sont en fleur. Le GPS de la DS3 indique l’altitude, je prends l’habitude de le consulter chaque fois que je trouve des fleurs. Malheureusement Plantnet a des limites : celles de la 4G. Le GPS a aussi perdu le signal dans la montagne, nous naviguons au jugé. Facile puisqu’il n’y a qu’une seule route. 809m Col de Bacinu. Passé le col, les feuillus remplacent les pins surtout les chênes.
On traverse des villages Orone , très petit, quelques maisons. Carbini est plus important. Une surprise nous y attend l’église Saint Jean-Baptiste, église romane en granite ; On reconnaît la ressemblance avec les églises pisanes du Nebbio. Le granite plus dur, difficile à sculpter élimine toute décoration superflue. C’est donc une église austère avec un très haut campanile au milieu de son esplanade herbue. Un écriteau raconte que Prosper Mérimée l’a découverte en ruines et a recommandé sa restauration et son classement.
Carbini : église romane en granite
Alors que j’allais retrouver Dominique à la voiture une très vieille dame vient à ma rencontre, portant un vase contenant un grand bouquet de lys. Je devine qu’elle va fleurir l’église et lui demande la permission de l’accompagner. Elle est ravie parce que je peux l’aider à ouvrir le portillon et le refermer. Elle peste : celui qui tond la pelouse serait fâché si les vaches entraient dans l’enclos.
« Toute cette belle herbe serait mieux dans leur ventre ! Quel saccage, cette tonte qui chasse les insectes de leur milieu de vie ! »
Commentant le style de l’église :
» Pise a envahi la Corse, puis Gènes, nous avons toujours été envahis. C’est pour cela que nous sommes toujours sur nos gardes. C’est dans nos gènes de se méfier de l’envahisseur ! Mais c’est stressant. Mon cardiologue me l’a dit. »
Dans l’église, elle cherche Saint Antoine. Effectivement, les statues ont quitté leurs supports. Il ne lui reste plus qu’à placer les lys de Saint Antoine sur le socle à la place de la statue.
Remontée en voiture, je me remémore les festivités de la fête de Saint Antoine de Padoue, il y a deux ans dans la Basilicate. Ici, la vieille dame fête le saint le 13 juin toute seule et me prend à témoin.
Levie est un gros bourg de l’Alta Rocca aux maisons de granite massives à l’architecture sobre.
Cuccuruzzu : chemin bordé de pierres depuis les temps anciens
Le site archéologique de Cuccuruzzu est bien indiqué par des flèches touristiques marron, un vaste parking ombragé se trouve à l’entrée du site. Au guichet, on donne avec les tickets (3€/4€) un livret explicatif qui permet une visite individuelle. Avant le Covid, la visite se faisait avec un audioguide supprimé par les mesures sanitaires. Le circuit se parcourt en deux heures, il faut être bien chaussé, certaines parties sont escarpées et glissantes. C’est donc une très belle promenade dans la forêt vallonnée qui rejoint les deux sites de Cuccuruzzu et de Capula avec explications archéologiques, géologiques et ethnographique.
Tafoni : cavité naturelle dans les blocs de granite
Je passe à côté de grosses boules d’un chaos granitique. Certains blocs ont été creusés par l’érosion formant les tafoni – cavités semblables aux caries dentaires (selon le livret) . les hommes préhistoriques auraient utilisé ces abris naturels pour eux-mêmes, leurs bêtes ou pour y stocker des choses. Souvenirs pédagogiques, avec les 5èmes, je passais une bonne séance sur la formation d’un chaos illustré avec mes photos de vacances en Bretagne. On signale au passant un châtaignier vieux de 800 ans, planté sous les injonctions des génois et encore vivant maintenant.
Le sentier passe entre deux murettes élevées par les paysans (néolithiques ou actuels). Si les murettes tiennent encore debout, les champs ne sont plus cultivés et la forêt gagne du terrain ;
Cuccuruzzu : le chaos granitique fournit des abris sous roche naturels
Le site de Cuccuruzzu est spectaculaire parce qu’il utilise le chaos préexistant pour organiser le casteddu (la forteresse) utilisant les cavités naturelles, tafoni ou abris-sous-roche pour les ateliers des potiers, le moulin du meunier ou la boucherie. Une tour analogue aux nuraghe sarde est assise sur un bloc qui dominait le paysage. Sans doute avait-elle un rôle de guet.
Si le site de Cuccuruzzu est bien lisible avec l’aide du livret, celui de Capula est plus difficile à interpréter. Il a été utilisé depuis la Préhistoire mais aussi au Moyen Age par les paysans et leurs seigneurs qui ont construit château et église. L’accès au fort est difficile et mal balisé mais cela donne un caractère d’aventure à son exploration.
le site de Capula est plus difficile à intrepréter : il a été occupé jusqu’au 16ème siècle
La suite logique de cette visite serait la visite du Musée archéologique de l’Alta Roccaà Levie. Malheureusement (malgré les informations du site sur Internet) le musée est fermé le dimanche. Comme nous passons devant je m’arrête pour trouver pour trouver porte close.
Chagall, Modigliani, je les aime tant que je ne raterais pour aucun prix une exposition qui leur est consacrée. D’ailleurs, dans l’exposition du MAJH, je vais naturellement les admirer.
Zak : marionettistes
Cependant, ce sont les moins connus, ceux que je découvre dont j’ai envie de parler. Zak, que je ne connaissais pas du tout, Jules Pascin portraitiste et dessinateur
Jules Pascin : Alfred Flechtheim en toréador 1925
Kremègne, découvert au musée de Céret, dont l’œuvre est variée
Kremègne
Et les sculptures de Lipchitz et de Chana Orloff qui me touchent énormément.
Lipchitz : marin à la guitare
et cette maternité si tendre
Chana Orloff : maternité
Nombreuses découvertes et plaisir de retrouver des œuvres connues.
Toutefois, le propos est L’école de Paris qui aurait réuni pendant plusieurs décennies une foule d’artistes juifs, russes ou polonais, hongrois, tchèques, allemands, venant de toute l’Europe, fuyant le numérus clausus des universités russes, les pogromes, la pauvreté ou tout simplement attirés par la vie artistique de Montparnasse ou des ateliers parisiens.
Indenbaum : La Ruche
Ecole? c’est paradoxal parce qu’il n’y a pas eu une seule école, ni un style particulier, parce que chacun a trouvé son atelier :le Bateau lavoir, la Ruche, qui fut peinte à plusieurs reprises par Kremègne et Indenbaum, qui accueillit Soutine, Modigliani, Brancusi (la liste est si longue…).
Artistes Juifs ou Cosmopolites? Sûrement les deux, quand Paris était une fête!
Chagall : Apollinaire et Cendrars
Cependant ces artistes juifs, artistes reconnus et célèbres durent aussi subir l’antisémitisme de certaines élites. L’exposition met en évidence la renaissance d’une conscience juive avec la parution de revues juives de langue française.
Les mots de la fin sont ceux de Chagall : un long poème en Yiddisch et en Français « Pour les Artistes martyrs « (1950)