La sagesse des fous – Einar Kararason

LIRE POUR L’ISLANDE

 

Deux mois après notre retour, je continue l’exploration de l’Islande littéraire et je n’ai pas épuisé les ressources de la Médiathèque. Moins recommandé par les blogs de ma connaissance, je pars défricher des auteurs moins connus. 

J’ai passé un agréable moment avec les membres de la famille Killian, si nombreuse qu’on la qualifierait facilement de « tribu » tant ils sont nombreux, les enfants et petits enfants de Sigfus  « Fusi la récup », les voisins, conjoints…Une bande d’originaux et de débrouillards.

Au début, en 1924, le célèbre poète Einar Benediktsson fonde une compagnie minière sur le terrain aurifère de Laekjarbakki et charge Sigfus de l’exploitation. D’or, ils n’en extraira pas,  il fera du terrain en un casse automobile. Sa nombreuse famille grandira dans les pièces de voiture. Sigfus junior prendra la succession de son père tandis que frères et soeurs connaîtront des destinées très différentes : champion sportif et banquier, psychiatre ou aliéné, Lara épousera un ecclésiastique, Hrodny un marin pêcheur, Bardur, vivra d’expédients les plus variés entre combines et beuveries avec des compères aussi allumés.

La troisième génération, les petits enfants de Fusi la Récup, formera une cousinade originale.

Certains épisodes sont franchement drôles,  certains plus amers. Le roman se déroule à petite vitesse, le temps de dérouler les anecdotes les plus folles. j’ai adoré le sauvetage d’un navire échoué sur des rochers.

Une vision originale de la société islandaise, assez ouverte pour que dans une même famille on fasse le grand écart entre la grande bourgeoisie et ceux qui sont presque clochardisés.

 

L’Âge d’Or de la Peinture Anglaise – Musée du Luxembourg

Exposition temporaire jusqu’au 16 Février 2020

1760- 1820 

Sir Joshua Reynolds, The Hon. Miss Monckton,

L’exposition s’ouvre avec les deux maîtres Reynolds(1723 – 1792) et Gainsborough (1727-1788), grands portraitistes « peintres du roi », leur rivalité se donne en spectacle. De très grands portraits en pied, des dames se tiennent devant un paysage. Ma préférée est Lady Bates Dudkey, peinte par Gainsborough  peinte avec beaucoup de soin, de fluidité et de brillance avec un rendu soyeux plus flatteur que les coups de pinceaux plus mats de Reynolds. 

Gainsborough : lady Bates-Dudley

De ce dernier j’ai plus aimé son jeune Frederick Howards dans la posture d’Apollon (selon le cartel) dans un décor d’architecture classique (antique) au costume argenté plein de plis et rubans très flatteur.

Reynolds : Frederick Howards

Le duel Reynolds/ Gainsborough ne se poursuit pas dans la salle suivante au titre : portraits, Images d’une société prospère : où la bonne société commande aux peintres en vogue des conversation pieces, scènes familiales ou scènes d’enfants

Francis Wheatly : famille dans un paysage

ou

Reynolds : Master Crewe en Henry VIII

D’autres portraitistes  émergent, Zoffany, Francis Cotes, Thomas Lawrence, que je découvre ici

Romney : Mrs Robert Trotter of Bush

Aux solennels portraits en pieds on préfère ici les scènes familiales, les animaux.

la 3ème section : Aux frontières de l’Empire nous fait découvrir les colonies aux Antilles et en Indes

Zoffany : Le Colonel Blair avec sa famille et une servante indienne ; Calcutta 1783

Peindre à l’aquarelle et Le spectacle de la Nature

mettent en valeur de nouveaux artistes que j’aime beaucoup comme Turner, et Constable que j’aime beaucoup mais aussi Cotmann que je découvre dans un tableau rès romantique de Carnavon. 

Paysage de Gainsborough

Chiens, et chevaux inspirent aussi beaucoup les artistes (moi moins)

L’exposition se termine de façon fantastique avec William Blake (un de mes coups de coeur)

Blake : Homère et les poètes antiques

et de façon spectaculaires avec la destruction de Sodome par Turner et la Destruction de Pompéi et Herculanum par John  Martin

Turner : Destruction de Sodome

Hypothermie – Arnaldur Indridason

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lac de Thingvellir

Dans la série des enquêtes d’Erlendur, entre la Femme en vert et l’Homme du Lac, j’ai dévoré cette histoire, avec la surprise en moins ; il faut que je freine sur les séries, l’intérêt finit par s’émousser.

Pour illustrer le voyage, pour animer des personnages dans les paysages trop vite visités.  L’action se situe à Reykjavík et dans la ville toute proche de Kopavogur mais aussi sur les bords du lac de Thingvellir dans un de ces chalets d’été que nous avons entrevus.

Erlendur,  enquête seul sur des affaires non résolues oubliées parfois vieilles de 30 ans. Cette fois-ci, il a la chance de résoudre 4 énigmes pour une seule enquête. Je ne veux pas spoiler, je ne vous raconterai rien!

Les thèmes abordés ne m’ont pas trop accrochée, la vie après la mort, les fantômes, les médiums sont bien loin de mes intérêts. J’ai mis un certain temps à entrer dans le roman, mais l’auteur sait trousser une énigme et je me suis laissée embarquer.

Maintenant je ne peux plus reculer, il faut que j’ouvre la Saga de Saint Olaf de Snorri Sturlusson même si la littérature médiévale m’intimide.

Bacon en toutes lettres – Centre Pompidou.

Exposition temporaire jusqu’au 20 janvier 2020

Study of Red Pope 1962

Infos pratiques : Attention!

  Le parvis est en travaux, il vaut mieux avoir fait sa réservation, on m’a refoulée à la première tentative. Même munie d’un ticket avec un  horaire précis, je suis arrivée 40 minutes avant l’heure dite et je suis entrée pile à l’heure après des queues. 

Autoportrait 1976

Suite des infos pratiques : 

A la place de l’audioguide, il y a des podcasts, ne faites pas comme moi des photos avec le smartphone parce que c’est galère de passer d’une fonction à l’autre sur le téléphone qui n’est pas si intelligent que cela! 

Magistral, tragique, théâtral Bacon!

In the memory of George Dyer 1971

Bacon en toutes lettres s’affiche comme une exposition littéraire, mise en scène autour de six œuvres, ou plutôt de six pages, lues dans la pénombre de cellules nues en deux langues, anglais et français, les tableaux sont mis en scène vis à vis selon une disposition qui se répète : un triptyque en face duquel on a aimablement installé un banc pour qu’on puisse écouter commodément le podcast et de grands tableaux sur les murs perpendiculaires. Bacon se défend d’illustrer le texte, ce dernier lui suggère des images.  Le  peintre se laisse porter par son inspiration. Aucune anecdote précise n’est dessinée.

Eschyle, Nietzsche, Eliot, Conrad, Leiris et Bataille!

Avec l’Orestie d’Eschyle, les Erynies peut être?

Les six textes sont tragiques, violents, évoquant le sang et l’horreur!

Permanence d’une grand théâtralité, d’abord l‘Orestie est lue, mais aussi évoquée dans le texte d’Eliot »La Terre vaine » comme dans celui de Nietzsche qui traite des deux Dieux, Apollon et Dionysos, et de la transe dionysiaque qui semble si bien surgir de ces tableaux.

Même quand le cadre est moins tragique, moins sanglant comme ces couples de part et d’autre d’un cadre bleu, plus serein(???) la mise en scène au cordeau est visible. Mise en scène toujours!

Que dire du traitement que l’artiste impose aux corps distordus, aux visages écrasés qui semblent crier, aux muscles hypertrophiés

Faire d’une situation banale une scène de théâtre comme cet homme assis sur les WC ou au contraire introduire la mythologie comme cette rencontre d’un athlète avec le sphinx:

Rencontre avec le sphinx

Leiris (et Picasso) lui suggèrent la corrida. Quoi de plus spectaculaire que cette arène et le taureau?

Pour en finir avec Bataille et l’Abattoir 

Très intéressants  interviews filmés, Bacon raconte ses inspirations, et curieusement il n’est pas question de théâtre, peu de peinture (sauf Picasso) mais surtout de cinéma, de Bunuel et Eisenstein. Et ces références cinématographique éclaire d’un jour nouveau ces visages déformés, les personnages terriblement expressif crient!

D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds -Jon Kalman Stefànsson

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J’ai découvert l’auteur, Jon Kalman Stefànsson avec Le coeur de l’homme qui m’avait éblouie par la poésie, l’évocation de l’Islande des fjords de l’Est autrefois, la neige. J’ai donc téléchargé D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds impatiente de retrouver le style poétique, la neige…

D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds est une saga familiale (attention en Islande, le mot saga a un sens bien précis, une saga est un texte médiéval racontant la colonisation de l’Islande par les vikings, il convient de préciser donc que cette ‘ »saga familiale » n’a rien en commun avec les sagas traditionnelles. L’histoire se déroule sur 4 générations à Nordfjördur – jadis et à Keflavik – aujourd’hui ou en 1980. 

Ari, après la séparation d’avec sa femme s’exile à Copenhague où il exerce la fonction d’éditeur. Le roman s’ouvre avec son retour à Keflavik où il a passé sa vie depuis son adolescence. Il retrouve les lieux de sa jeunesse. Sa vie, et son histoire familiale,  se déroulent en courtes séquences, flash-backs ou récits transmis à travers les générations.

Tous les touristes arrivent à l’aéroport de Keflavik. Mais une route rapide à 4 voies conduit à Reykjavik sans s’attarder dans la petite ville de Keflavik.

« Keflavik a trois point cardinaux :

Le vent, la mer et l’éternité »

Un peu plus loin l’auteur note

« L’Islande est une terre âpre, lit-on quelque part, à peine habitable, les mauvaises années. L’affirmation doit être juste. Les montagnes colériques hébergent la mort en leur sein, le vent est impitoyable, le froid glacial et désespérant. Une terre âpre où les Islandais ont été par deux fois, pour ainsi dire rayés de la carte par les famines, les épidémies, les éruptions, et dont Keflavik est sans doute la zone la plus hostile ».

Jusqu’aux années 80, Keflavik était animée par une grande base américaine et des industries alimentaires de conditionnement du poisson. Depuis, les Américains sont partis et la ville a perdu ses quotas de pêche.

Les histoires qui se déroulent dans le Nordfjördur racontent la vie traditionnelle des pêcheurs, et familles de pêcheurs.

Souvenez-vous tout comme nous : l’océan est plus vaste que le quotidien

En mer, l’homme se repose. Cet espace ouvert, cette immensité qui dépasse l’entendement vous calme, vous console, et vous permet d’envisager les problèmes avec la distance nécessaire. Les difficultés qu’on connaît à terre, l’usure, les agacements, les relations, les obligations : il suffit de porter son regard sur les vagues pour que les aspérités de l’existence s’aplanissent. Puis le vent se lève, bientôt les vagues surplombent le bateau, plus haut, toujours plus haut, les creux sont si vertigineux que les membres de l’équipage verraient presque le fond de l’océan qui semblé s’élever vers la surface pour venir les y chercher? L’humidité permanente, le labeur incessant, le travail qui consiste à remonter le poisson et le vider par tous les temps, soleil et chaleur, ,neige et froid glacial. Etre marin, c’est être libre. Mais cette liberté-là vous interdit de vous en remettre à personne, et surtout pas à vos propres prières, car la douceur du monde est demeurée à terre. Vous ne pouvez avoir confiance qu’en vous-même.

Voilà pourquoi,la mer fait de nous des hommes. »

 

Après cette conclusion, on pourrait y voir une ode à la virilité.  C’est beaucoup plus compliqué. Les femmes ont un rôle important et la fin est même un manifeste féministe.

Mais pourquoi un titre pareil? J’ai cru trouver la réponse page 397

« les poissons n’ont pas de pieds et quelqu’un qui s’avance vers la mer, ce qui n’est pas de bon augure…

mais je n’ai pas trop compris cette expression, le titre restera pour moi une énigme.

Si je n’ai pas été éblouie comme pour le Coeur de l’homme, j’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture qui s’est inscrite dans la suite de lectures islandaises.

 

Voyage au Centre de la Terre – Jules Verne

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Jules Verne m’ accompagne souvent en voyage. 

Fantaisie et rêverie scientifique, anticipation et toujours avec style!

Quelle documentation a dû accumuler l’auteur avant de rédiger ses romans. Je me laisse prendre à ses inventions de génie.

Pour explorer le « Centre de la Terre » le point de départ tout choisi est un volcan islandais. Hypothèse de départ assez réaliste, les touristes les plus hardis (et les plus argentés) peuvent désormais descendre dans la chambre magmatique d’un volcan éteint, ils n’auront pas la prétention de descendre plus de quelques dizaines de mètre, mais penseront peut être au voyage du Professeur Lindenbrock et à son neveu.

A l’origine du voyage, un vieux livre de Snorri Sturlussson, le célèbre auteur de l’Edda et de nombreuses sagas que les Islandais comparent à Homère. Dans le volume s’est caché un manuscrit crypté en caractères runiques  d’Arne Saknussem, célèbre alchimiste islandais dont tous les écrits ont disparu au cours des guerres de religion après la Réforme. Justement la Saga d’Olafs de Snorri Sturlusson attend son tour dans ma PAL!

C’est un plaisir de lire les interprétations des théories géologiques et paléontologiques de l’époque (le roman a été publié en 1864) . Aux théories savante le Professeur Lindenbrock veut confronter l’expérience. Le Centre de la Terre est-il très chaud ou au contraire, la Terre se refroidit-elle? L’expédition possible seulement dans la deuxième hypothèse va trancher le débat.

Le long parcours dans la galerie souterraine va permettre aux explorateurs d’observer la succession des roches métamorphiques puis des roches sédimentaires. L’Evolution se déroule à l’envers quand les héros retrouvent des plantes fossiles et des animaux préhistoriques. Oublions toute vraisemblance et suivons-les dans leurs découvertes tout en révisant les connaissances scientifiques de l’époque!

Jubilatoire!

Nous les arbres – Fondation Cartier

Exposition temporaire prolongée jusqu’au 5 janvier 2020

Luiz Zerbini

Les expositions de la Fondation Cartier sont chaque fois un enchantement, un dépaysement et une découverte de l‘art contemporain. Nous les arbres s’intègre tout à fait naturellement dans le jardin derrière la verrière du magnifique bâtiment de Jean Nouvel. On peut même poursuivre le parcours dehors.

Zerbini : table-herbier (détail)

Dans chaque salle, une installation, une thématique. J’ai préféré la salle du rez de chaussée investie par Luiz Zerbini, un artiste brésilien que j’avais déjà remarqué à la Fondation Cartier dans l’exposition Géométrie du Sud du Mexiqueà la Terre de Feu.… L’élément central est un vrai ficus entouré d’étagères colorées formant une « table herbier » présentant aussi bien des fruits secs que des coquillages ou des racines séchées. entourant l’arbre, des tableaux de très grand format, très colorés sont à la gloire des végétaux.

Luiz Zerbini

Suspendues le long des vitres, des feuilles monotypes avec impressions directes , et surimpressions de feuilles, tiges, branches, graines… d’une extrême finesse.

Deux murs sont occupés par des gravures et dessins d’artistes Yanomanis du Brésil décrivant une forêt-monde peuplée d’animaux  .

arbre avec un toucan

En face des artistes du Paraguay Nivaclé et Guarani racontent un monde dont ils sont chassés par la déforestation, ils racontent la pêche et la chasse avec une précision et un talent remarquable

Dans l’autre salle du rez de chaussée, peu d’exotisme. Les arbres nous sont familiers.  La première partie est investie par Fabrice Hyber avec de grands tableaux relatant ce qui me semble être des expériences botaniques ou agronomiques. Un film de Raymond Depardon et Claudine Nougaret  sur un grand écran célèbre un platane, un noyer, un magnolia, un cèdre, un arbousier….racontés par des personnes très variées qui ont noué une relation toute personnelle avec ces arbres. Nous prenons notre temps à écouter, regarder. Documentaire très contemplatif!

Au sous-sol, on retrouve la forêt amazonienne et la déforestation

et l’on se promène aussi dans l’imaginaire très décoratif d’un plasticien iranien. Puis dans la réalité scientifique d’un savant italien.

Pour terminer par un film très zen de Paz Encinna (réalisatrice paraguayenne), filmé parfois au ras de l’écorce, parfois dans le flou des branches de la canopée qui se balancent. Une petite fille se confie, « approche-toi de l’arbre » comme un refrain dans ses confidences sur ses émerveillements, la tendresse de sa mère, ses découvertes…Il ne se passe rien mais on est envoûté.

Hans Hartung – La Fabrique du geste au Musée d’Art Moderne de Paris

Exposition temporaire du 11/10/2019 au 01/03/2020

Cette rétrospective est l’occasion d’une rencontre. Le Musée d’Art Moderne lui offre un bel espace pour déployer l’oeuvre de sa jeunesse de 1920 jusqu’à ses dernières productions en 1989 : tableaux mais aussi photographies accompagnées de plusieurs documents vidéo qui illustrent très bien le titre « La fabrique du geste« .

autoportrait 1922

 

Chacune de ces période se réfère au geste de l’artiste, à des techniques employée mais aussi à des période historiques, à des rencontres, des influences. De ses premières aquarelles où la couleur est jetée sur le papier, de ses premières compositions d’après les maîtres jusqu’aux énormes toiles à l’acrylique, il se dégage une parfaite homogénéité, une démarche logique. Ses œuvres de jeunesse, aquarelles ou calligraphies tracent une voie qu’on retrouve le long de toute l’oeuvre

1922 –  1939 – Vers l’abstraction

Les titres ne seront d’aucune aide pour interpréter l’oeuvre, ils sont simplement chronologiques. L’abstraction gagne vite le titre seules quelques rares oeuvres de 1922 1923 en portent comme ce 3 de mai interprétation du célèbre chef d’oeuvre de Goya

3 de mai

Hartung connaît les expressionnistes allemands, dès 1932 il part à Minorque, interrogé par la Gestapo, chassé par les franquistes il s’installe en France. Je ne sais pas pourquoi ce tableau me rappelle Miro

les œuvres des années 30 sont accrochées autour d’une statue que je crois retrouver dans les peintures

1939, Hartung, allemand est interné. Il s’engage dans la Légion étrangère. Peindre dans ces circonstances n’est pas évident peut être est-ce la signification du titre de la section  ; 1940 – 1956 – Peindre à tout prix  qui présente des tableaux de plus petits formats : calligrammes et têtes qui me rappellent Picasso

ou les surréalistes

Dans les documents on rencontre Calder, Arthaud et Aimé Césaire que Hartung a illustré.

Un film d’Alain Resnais permet de faire connaissance avec l’artiste et le voir peindre.

dans les années 1950, on voit sa technique évoluer, et ses travaux photographiques. j’ai beaucoup aimé ses photos de galets et ses galets peints (1954)

1957 -1970 Agir sur la toile

Hartung, toujours fidèle à ses tracés spontanés mais sophistiqués explore de nouvelles techniques dans des grattages, des pulvérisations

Ses oeuvres deviennent de plus en plus imposantes et plus colorées

1971 – 1989 Le geste libéré

Il utilise râteaux et balais en genêts pour obtenir de nouveaux effets, les formats sont toujours plus grands quand il projette la couleur avec le pistolet de carrossier ou des sprays.

J’ai également beaucoup aimé son  travail de photographe avec des Noirs et blancs superbe de contrastes de lumières et de reflets.

Passage des ombres – Arnaldur Indridason

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Goupies d’Erlendur, vous serez peut-être déçues?

L’enquêteur est Konrad, à la retraite.  Il ressort  une affaire de 1944  à la suite de la mort suspecte d’un octogénaire discret et solitaire. Seule piste : des coupures de journaux traitant de la disparition d’une jeune fille. Étrangement, les archives ne conservent pas de trace de l’enquête ou d’un éventuel procès. 

Début 1944, de nombreuses troupes britanniques, américaines et canadiennes sont stationnées en Islande, dans l’attente d’un débarquement allié. L’Indépendance islandaise sera proclamée à Thingvellir le 17 juin 1944.

Quand Rosamunda est retrouvée morte par deux jeunes gens, un soldat américain et une jeune fille islandaise, la police militaire alliée enquête de concert avec la police locale. Cet afflux de soldats n’est pas sans conséquences sur la société islandaise.

« …Quittant les campagnes et leurs fermes, les gens affluaient vers Reykjavik en quête d’un avenir radieux. Un tas d’opportunités toutes neuves s’offraient à eux. Thorson ne leur avait pas parlé de la situation pour ne pas ternir la belle image qu’ils avaient gardé du pays; Ils s’était contenté de dire que l’occupation constituait un événement dans la vie de la nation et qu’elle en serait sas doute à jamais transformée. la vieille culture paysanne que ses parents avaient connue était vouée à disparaître…. »

La « situation » est le mot vague et pudique désignant les relations entre les jeunes islandaises et les soldats.

« Récemment, il (Konrad)avait lu un article expliquant que celles qui fréquentaient des soldats avaient eu pendant longtemps mauvaise réputation, mais les choses avaient évolué au fil du temps, avec l’apparition ds mouvements féministes. D’une certaine manière, la guerre aait libéré les femmes du patriarcat qui caractérisait depuis des siècles la société paysanne islandaise. Elles avaient conquis leur indépendance et c’était aussi pour cette raison qui l’opposition à ladite situation avait été aussi virulente. Les blanchisseuses qui travaillaient pour l’armée devenaient chefs d’entreprise et gagnaient plusieurs fois le salaire d’une ouvrière. Elles n’étaient plus sous la coupe de leur mari ni contraintes de trouver un époux sorti d’une ferme en tourbe : tout à coup, elles avaient la possibilité de parcourir le monde et d’aller dans des pays lointain aux bras d’un étranger. Leur esprit d’aventure s’éveillait…. » 

Cet aspect du polar est tout à fait intéressant.

Un autre éclairage concerne les croyances paysannes qui perdurent encore. Dans les campagnes la croyances aux elfes et aux trolls étaient encore vivaces. Quand une jeune fille avait subi une agression et un viol, on lui conseillait de raconter qu’elle avait rencontré un elfe. La disparition de deux jeunes filles « ayant rencontré un elfe » dans des circonstances analogues élimine la piste des soldats et oriente l’enquête vers un coupable islandais.

« Elle était très proche de la nature et aimait beaucoup sa région. Elle la connaissait parfaitement et connaissait les plantes et les oiseaux et elle…comment dire [….]Les gens comme elle croient peut être plus facilement aux elfes, aux démons, aux géants que les autres.

– Et vous vous y croyez?

 – Pas du tout […]je n’y vois qu »un phénomène social. je crois que les contes populaires nous permettent de comprendre l’univers mental des gens…. »

j’arrête ici, de peur de spoiler. Parce que c’est avant tout un polar, avec une énigme, une enquête, des personnages. A vous de les découvrir.

 

Gemito, le sculpteur de l’âme napolitaine au Petit Palais

Exposition temporaire au Petit Palais jusqu’au 26 janvier 2020

Le Joueur de Cartes

Quelle belle surprise!

Gemito (1852-1929) fut abandonné à sa naissance, adopté par une famille de maçon, il a grandi dans les rues de Naples et observé d’abord les artisans qui modelaient les personnages des crèches.

Figures de crèche napolitaine

Repéré très jeune, il commence à sculpter à 12 ans et son Joueur de cartes qu’il a modelé ) 16 ans est acheté par Victor Emmanuel pour être exposé à Capodimonte. A 18 ans il s’installe avec Antonio Mancini et exécute les têtes des scugnazzi, pêcheurs, enfants des rues qu’il connaît bien. pas d’innocence juvénile dans leur expression, plutôt des visages graves empreints d’inquiétude.

têtes enfantines

A 21 ans seulement, on lui commande des portraits d’artistes, bustes de plâtre ou de bronze de Verdi, Domenico Morelli, Giovani Boldini, Fortuny….

berger des Abruzzes

 

A Paris, il est pris sous la protection de Meissonnier. Dans l’exposition du Petit Palais, ses œuvres se trouvent en compagnie de tableaux de De Nittis et d’Antonio Mancini(le Petit Ecolier et le Petit Prêtre) Elles sont aussi avec la petite danseuse de Degas et un Gavroche de Menardo Rosso. Qui mieux que le sculpteur des gamins des rues, des porteurs d’eau ou des pêcheurs aurait pu comprendre Gavroche?

Le petit prêtre

Gemito, sculpteur de génie fut aussi un dessinateur hors pair.

 

Gemito et sa muse Mathilde rentrent à Naples en 1881, Mathilde meurt zr Gemito, désespéré part à Capri. A partir de 1885, son état mental se détériore. Il est hospitalisé mais continue à sculpter et dessiner avec succès.

la fin de l’exposition est plus académique avec le Retour à l »Antique, les bronzes de Dioniysos et d’Alexandre.

paysage dExposition – Luciano etMarco Pedecini