L’île Elioubaline

CARNET DE CASAMANCE

pirogue dans la mangrove
pirogue dans la mangrove

La pirogue doit attendre que la marée monte. Nous bavardons avec Pascal, le piroguier observant le manège des martins-pêcheurs. Ici, ils sont noirs et blancs (on en a vu un bleu, mais les bleus sont rares). L’oiseau suspend son vol stationnaire, plonge le bec en avant, vole avec un minuscule poisson dans le bec. Le même oiseau peut attraper 3 ou 4 proies d’affilée. Notre pirogue a un moteur mais elle construite traditionnellement, d’un tronc de caïlcédrats.  Nous sommes assises sur des caisses de bouteilles en plastique rouge avec un carton pour le confort.

J’ai noué mon foulard blanc en mousseline bordé de petites perles, pour en faire un turban et je m’enroule dans le paréo jaune aux motifs sénégalais acheté sur la plage de la Somone de façon à ressembler à une tente que ne renieraient pas les musulmanes les plus voilées. Lunettes de soleil crème solaire 50. Me voici parée pour deux heures de pirogue.

La météo de Google annonce un pic à 39°C aujourd’hui, mais ce matin il fait encore bon.

La pirogue s’engage dans les bolongs, chenaux naturels dans la mangrove. Nous guettons maintenant les hérons de belle taille, les aigrettes noires  les courlis (un noir et blanc plus gros que ceux que je connais). Des pirogues viennent en sens inverses. Certains à rames portent une femme ou deux en habits colorés qui vont chercher de l’eau à Oussouye. Sans moteur l’aller/retour leur prend 8heures.

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les ffemmes d’Elioubaline rament 8 heures pour aller remplir leurs bidons d’eau

Un homme, sa machette à la main, un seau de l’autre ramasse les huitres des palétuviers. D’autres relèvent des filets. Les petits poissons sautent hors de l’eau. On voit un brochet de belle taille. Les hérons et les aigrettes se tiennent immobiles à l’affût. Pascal nous montre les rizières de son village ; on s’y rend en pirogue ou à pied à marée basse quand les passages à gué n’excèdent pas 40cm. IL nous montre aussi l’endroit où les femmes vont chercher l’argile pour les poteries. Il nous fait remarquer la réhabilitation de la mangrove. Les villageois coupent les palétuviers pour le bois de chauffage ou pour la construction, les palissades. Il faut reboiser. Les repiquages témoignent de l’effort.

Ile d’Elioubaline

case à impluvium de Conakry
case à impluvium de Conakry

Accessible uniquement en pirogue, l’ile est peuplée de 600 habitants habitant une dizaine de grandes cases à impluvium visibles de loin. Deux structures plates éveillent notre curiosité.

Conakry, le guide local, nous conduit dans sa case. Le toit de chaume est percé d’une grande ouverture ronde sous laquelle on a cimenté un cercle : le bassin est destiné à recueillir l’eau de pluie. L’ouverture est aussi un puits de lumière qui éclaire une galerie circulaire où s’ouvrent les chambres. Le rond de lumière projeté règle les tâches de la journée comme un cadran solaire. 62 personnes se répartissent dans cette case (famille élargie), les parents de Conakry et ses 4 grands frères mariés avec leurs épouses ainsi que les grands parents. Entre les portes des chambres il y a des cuisines séparées pour chaque couple. Dans le mur de terre, on a fiché des bâtons de bois en biais où l’on coince les marmites en terre vides ou pleines. Chacun, chacune connaît sa place, sauf les enfants qui se regroupent. Ils ne s’appellent pas « cousins » mais « frères » et peuvent partager une même chambre.

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En plus des chambres il y a deux greniers à riz. « le grenier de Maman » et le « grenier de papa » . Dans un couple on ne met pas en communauté les récoltes. La maman n’a pas à nourrir le papa ni réciproquement. Si la maman meut les fils n’hériteront pas, seulement les filles, ou les frères de la mère. Chez les Diolas, la séparation homme/femme n’est pas réservée à l’extérieur mais traverse les structures familiales. C’est un peu difficile à comprendre, les Diolas s’y retrouvent bien. Les femmes filent le coton, les hommes le tissent. Conakry nous montre le métier de son père qui tisse une très longue bande rayée blanche et noire de (30cm x 60m). on découpera le tissu et on assemblera les morceaux pour confectionner des pagnes de cérémonie ou dés linceuls.  Assise sur le petit muret de ciment qui cerne l’impluvium, une vieille dame prend entre ses doigts une pincée de coton, puis l’enroule sur sa quenouille. Des sacs cylindriques tressés en raphia sont suspendus au dessus de l’entrée contenant les quenouilles et le fil.

le tisserand et son tissage
le tisserand et son tissage

Le fétiche du village est accompagné d’un petit baobab et d’un pilier où s’entassent les rondelles creuses qui ont servi à porter sur la tête les récipients contenant le vin de palme nécessaire à la cérémonie. Sous un auvent, contenant aussi les instruments à percussion, on a accumulé les crânes regarder de loin.  Seuls les hommes ont le droit de s’’approcher. Des piquet d’une vingtaine de cm sont fichés en terre : un autre fétiche. Quand un enfant naît c’est ici qu’on célèbre sa naissance. A son décès, on y déposera les affaires du défunt.

Un troisième fétiche entouré de piquets de palétuviers est réservé aux femmes. Les femmes ayant des difficultés à mettre un enfant au monde vont venir y prier. Les autres femmes la prendront en charge dans un rituel appelé Kagnalen. Les enfants nés à la suite du kagnalen sont considérés comme les réincarnations d’enfants sorciers. Leur nom rappelle leur naissance : Conakry ou Libéria. Certains ont même des noms désagréables comme poubelle ou cochon.

bombolong
bombolong

A l’extérieur de la case, protégé du soleil par les grands éventails des feuilles de rônier, le grand tamtam ou Bombolong, tronc de caïlcédrats, permet d’annoncer au village décès, mariages, naissances, incendies…

Elioubaline a trois quartiers ; On a creusé trois mares, abreuvoirs pour le bétail, ou servant à mouiller la terre pour la construction des maisons en banco. Une case a une espérance de vie de 40ans. On démolit l’ancienne pour fabriquer la nouvelle avec des boules de terre que les mans materont.

L’eau est le plus grand problème d’Elioubaline ; Pendant la saison sèche, aucune pluie ne viendra couler dans l’impluvium. Les citernes sont gérées avec une rigueur draconienne. Les deux structures en ciment qui m’avaient étonnée à l’entrée d’Elioubaline sont des citernes conservant l’eau de pluie de l’hivernage. Chacune contient 350m3. Trois femmes, une par quartier président au partage. Chaque semaine,( 6 jours chez les Diolas) chaque famille n’a droit qu’à 60 litres, peu importe le nombre d’enfants et les célibataires n’ont droit à rien. Quand on consommé la ration familiale, la seule solution est d’aller avec des bidons à Oussouye rapporter de l’eau potable – huit heures à la rame. Vers le mois de mai, en attendant l’hivernage il faudra chercher l’eau. Quand on pense qu’on est dans une île entourée d’eau le problème de l’eau douce est d’autant plus cruel.  Quand on pense qu’un occidental utilise 70litres pour une seule douche, c’est plus qu’une famille diola pour toute la semaine.

battre le riz
battre le riz

Le riz cultivé sur l’île est destiné à la consommation locale et au troc. Il est stocké avec sa paille, en gerbes dans les greniers. Selon Conakry, il se conserve dans son enveloppe jusqu’à 30 ans.

Le centre de santé est bien délabré ; un aide-infirmier y officie et donne les premiers soins. La « pharmacie » se trouve dans la case la plus proche, il y a du doliprane et des pansements. Pour les soins plus sérieux on va en pirogue à Oussouye. La maternité est d’assez grande taille, trois sages-femmes assistent les femmes. On a séparé la maternité du centre de soin à cause des interdits aux hommes d’approcher tout ce qui concerne l’enfantement.

La visite s’achève à la buvette ; Coca-cola ou Bière, la Gazelle. Nous bavardons avec une italienne venant de Barcelone et son guide, très sympathique. Nous avons réuni les bombons, biscuits et sucettes  et ceux de l’italienne pour les enfants. Conakry organise la distribution presque militairement, en commençant par les plus petits, puis les plus grands. Ici, les enfants sont disciplinés. Ils sont aussi très petits. Je suis surprise d’entendre une fille toute menue me dire qu’elle a 12 ans, je lui en aurais donné 7 ou 8.

Retour, plus rapide qu’à l’aller. La marée a montée, les huîtres des palétuviers sont sous l’eau, les feuilles trempent. Est-ce à cause de la chaleur ou de la marée haute. ? Les 

Mandarines – film réalisé par Zaza Urushadze avec Lembit Ulfsak, Elmo Nüganen.

TOILES NOMADES

mandarines

Mandarines est-il un film estonien ou géorgien? Il se déroule en 1992 en Abkhazie. Savez-vous où se trouve l’Abkhazie? Étrange, cette communauté estonienne dans le Caucase! Montagnes sauvages où poussent agrumes et palmiers à l’ombre de montagnes couvertes de neige. Obscure guerre opposant des Tchétchènes et des Géorgiens, alors que des forces russes sont aussi engagées, ainsi que des Abkhaziens… Et ce n’est pas le film Mandarines qui va nous éclairer. Mosaïque de communautés  qui s’entre-déchirent mais se comprennent très bien, en Russe. Chrétiens et Musulmans, mais tous hommes de paroles. Les femmes ont disparu de la montagne, il ne reste plus qu’une photographie sur le buffet d’une ravissante jeune fille.

Que font les Estoniens dans cette guerre? Ivo, menuisier confectionne les cagettes dans lesquelles Margus conditionnera ses mandarines. Margus ne peut se résoudre à abandonner son verger couvert de fruits, il demande l’aide des militaires pour cueillir les mandarines, Russes ou Abkhazes? Peu importe pourvu que les fruits soient récoltés. Juhan est médecin, il partira en Estonie dès que possible.

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Une camionnette géorgienne est attaquée par deux Tchétchènes devant la plantation de Margus. Ivo enterre les morts et sauve deux blessés : Ahmed, le Tchétchène et Nika le Géorgien qu’il soigne et couche dans deux chambres séparées de sa maison. Ahmed qui est conscient ne songe qu’à venger son ami et à tuer le Géorgien touché à la tête, inconscient. Ivo obtiendra la parole de chacun des ennemis qu’ils ne se tueront pas sous son toit. Une étrange communauté se soude : deux estoniens, et les deux ennemis…

Un film pacifiste, humaniste avec de magnifiques acteurs.

Oussouye : « les termites nous fatiguent » et autres fétiches, Mathias « l’homme aux oiseaux ».

CARNET DE CASAMANCE

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termitière

Les termites nous fatiguent

Bonfils nous dit que les animistes ne détruisent pas les termitières. Ils considèrent que leurs ancêtres y ont élu domicile. Mais « les termites nous fatiguent ». Les mangent les toitures de chaumes des cases, qu’il faut remplacer souvent.

« Il faut demander aux ancêtre de changer de résidence »

L’autre solution est de couvrir les cases de tôle. De plus en plus les tôles remplacent le chaume. Elle n’isle pas de la chaleur mais dure plus longtemps.

Rônier – colatier – fromager

Rôniers : j’ai déjà écrit sur  les hauts Palmiers à sucre d’après les explications d’Idrissa

Colatier : donne la noix de cola

Fromagers : Ils  sont plantés quand on est perdu dans la forêt ces hauts arbres signalent les villages. On utilise leurs racines aériennes spectaculaires pour faire des portes.

Fêtes et Fétiches

Fétiche familial
Fétiche familial

Bonfils nous conduit au pied des fromagers sur la place du village où se déroulent les fêtes. Cette place est électrifiée, on a retiré les globes. Les arbres sont entaillés : suand les jeunes dansent les vieux donnent des coups de coupe-coupe aux troncs pour montrer encore leur vigueur.

Il nous montre le fétiche familial où l’on sacrifie à la naissance d’un enfant 1litre de vin de palme et de la farine pilée pour faire part de la naissance. C’est aussi là qu’on disposera les affaires du défunt pendant une semaine diola qui ne dure que 6 jours « l’âme viendra récupérer son bien » ensuite les vivants se les partageront. La quantité de vin de palme varie avec l’âge du défunt. Si c’est une personne âgée on apportera beaucoup de vin et on fera une grande fête.

Un crabe décore le fétiche. Il y  a  à côté une calebasse et une louche pour boire avec un très long manche pour ne pas souiller  le vin.

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Sous un abri se trouve le Bombolong : le gros tambour fendu en tronc de caïlcédrats (bois très dur) – tamtam-téléphone qui annonce les décès et autrefois les batailles inter-villages. « des naissances, l y en a tant qu’on ne prend pas la peine de les annoncer ! ». Pour les mariages, on fait des cérémonies collectives, toute une génération se marie en même temps. Maintenant, on s’unit au cours des fêtes religieuse.  A la messe de minuit on apporte les bagues.

Le sculpteur

Mattias Latta est « l’homme aux oiseaux » il les sculpte avec une précision ornithologique. D’ailleurs posé sur une marche je vois le Delachaux Niestlé,  une référence scientifique. Mattias montre l’oiseau sur le livre et le compare à sa sculpture. Je lui achète un Souimanga nectaria cuivré, cet oiseau vit dans la forêt et mange le nectar des fleurs, il y a aussi d’autres espèces de Souimanga,, certains sont violets. « les tisserins sont très méchants » ils font des ravages dans les rizières. On doit utiliser un bâton ou une fronde pour les chasser.

souimanga de mathias
souimanga de mathias

Mathias ne sculpte pas que des oiseaux, il a aussi reproduit le ferry qui relie la Casamance et Dakar et s’amuse de le peupler de nombreux personnages. Le profil de ses figurines africaines reproduit la carte de l’Afrique, il y en a même des blancs pour les maghrébins et les blancs d’Afrique du sud.

Près de la maison de Mathias, Bonfils trouve une houe de forme spéciale pour labourer dans les rizières, il m’en fait la démonstration.

Pour construire une maison en banco on utilise la terre de la maison qu’on remplace. Ici, ils ont fait des fondations de ciment pour lutter contre les termites. Des hommes mouillent la terre, façonnent des boules de boue qu’ils entassent dans une brouette puis ils lancent les boules au maçon qui sont écrasées avec les mains mais aussi des tasseaux de bois. Ils sont munis d’un niveau à eau, 4 maçons professionnels seront remplacés par des charpentiers pour la charpente en rônier et le plafonnage.

Derrière la station-service Mor connaît un très bon restaurant. Les tables sont à l’ombre d’une tonnelle, très fraîche. Plat du jour : Tieboudiène délicieux. Non seulement le poisson est bon, mais la sauce est très abondante, les légumes variés, aubergines, manioc, oignon (on n’y coupe jamais) . J’aime surtout le tamarin qui donne un goût spécial acidulé.

 

L’Appel des Arènes – Aminata Sow Fall

LIRE POUR L’AFRIQUE

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Louga, fin du 20ème siècle.  Nalla, douze ans, rêve pendant les exercices de grammaire. Il s’ennuie. La solitude lui pèse. Inhabituelle, cette solitude d’enfant unique. Les enfants sénégalais se rencontrent plutôt en bande de cousins ou de frères. Ses parents, éduqués et modernes, vétérinaire et sage-femme, ont prévu une éducation occidentale, stricte et bien rangée. Nalla n’a pas le droit de jouer avec les enfants du quartier. Il doit réussir à l’école, même au prix des cours particuliers de Monsieur Niang.

Nalla s’étiole. Ses parents, inquiets, l’interrogent. Il ne rêve pas, il écoute les tambours de l’arène. Son seul ami, André était un lutteur du Saloum. Il lui a fait connaître Malaw, le grand champion, qui a fait de lui son garçon-fétiche. Le monde des lutteurs, est l’antithèse de ce que les parents modernes et occidentalisé imaginaient pour leur fils. Traditions ancestrales, brutalité de ce sport. Ils cherchent à l’éloigner des arènes.

Nalla trouve un allié inattendu chez Monsieur Niang qui voit toute la poésie dans le rêve de l’enfant. Poésie des chants des griots et des paroles des combattants qui’l a enregistrées sur un magnétophone. Poésie des contes que Malaw, le lutteur raconte à l’enfant. Traditions orales transmises par les griots et les chanteuses. Initiation des enfants qu’on a refusée à Nalla…Solidarités familiales et villageoises qu’il a connu, petit, chez sa grand mère dont on l’a éloigné.

Le diagnostic de Monsieur Niang est précis : aliénation.

« L’aliénation est assurément la plus grande mutilation que puise subir un homme »

[….] « l’homme perd ses racines et l’homme sans racine est comme un arbre sans racines : il se dessèche et meurt. »

L’auteur raconte avec grâce le monde enchanté des lutteurs, des griots, les traditions, les hommes-lions, les fêtes et les gris-gris…

Ce livre prend le contre-pied de l’Echarpe des Jumelles de Mamadou Samb qui montrait les traditions rétrogrades enfermant les femmes dans une condition dégradante et donnait le beau rôle aux personnages modernes. Les deux points de vue sont à considérer dans un Sénégal qui bouge.

 

Edioungou : campement des Bolongs

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campement "les bolongs"
campement « les bolongs »

Nous arrivons à Edioungou en début d’après midi pour nous installer dans le Campement « Les Bolongs » chez William et Hortense. Grande bâtisse à étage avec un toit de tôle à deux pans, une façade jaune sur le chenal. La salle à manger est en terrasse mais les chambres au rez de chaussée. La nôtre donne sur les rizières. Elle est sans prétention. Salle d’eau assez grande, moustiquaires, un ventilateur sur pied bien puissant. Nous trouvons des lits de plage en plastique et les installons sur la terrasse à l’ombre d’un filao. Les balustres sont un peu en ruine mais la terrasse a beaucoup de charme.

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bougainvillées

Prévue : une visite à la potière du village. Les filles rencontrées hier à Enampore qu’on a véhiculée jusqu’à Oussouye ont déjeuné chez William et Hortense, elles m’offrent un café et me montrent les productions de la potière. Visite sympa d’après elles ; la poterie qu’elles ont achetée ne me tente pas, travail grossier et maladroit. Il faudra éviter cette visite puisqu’on ne pourra se dispenser d’acheter. Je préviens Mor que ce n’est pas la peine de nous y conduire.

Nous nous reposons aux heures chaudes sous le filao. Vers 18heures Mor nous propose une visite au village d’Edioungou. Nous rentrons au coucher du soleil.

coucher du soleil
coucher du soleil

Le soir, le dîner est plutôt animé. Un groupe d’humanitaires toulousains(genre camp de jeunes) s’est installé avec leurs sacs de cadeaux (matériel scolaire, tenues de sport…) Les responsables sont des habitués. Une bonne sœur assure le suivi local.

Oussouye : les noix de cajou de Joseph

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Joseph
Joseph

Sengalen : les noix de cajou « chez Joseph »

Sengalen est caché sous de hauts manguiers touffus.  La population se partage entre chrétiens et animistes. Ces derniers interdisent aux femmes de se promener dans le village le dimanche alors qu’elles veulent se rendre à la messe. Un compromis fut trouvé : bâtir l’église à l’extérieur du village.

Les anacardiers de Joseph sont âgés de plus de 50 ans c’est son père qui les a plantés, il a fait une nouvelle haie plus soin. Actuellement ils ont en fleurs et leur parfum est très fort. De la fin mars à juillet on récoltera les fruits, en 3 récoltes. On ne cueille pas ces hauts arbres. On laisse les fruits tomber et on les ramasse.

Anacardier : la fleur, la pomme et la graine
Anacardier : la fleur, la pomme et la graine

Deux produits : la pomme et la noix.

La pomme, rouge et brillante, la plus volumineuse n’est pas un fruit mais le pédoncule du fruit qui contient la graine.

Les pommes sont juteuses, plus ou mis sucrées. On peut les manger. On les presse pour faire du jus qui, en fermentant, donnera du vin de cajou (10° d’alcool) qu’on peut aussi distiller pour l’eau de vie (40 ou 50°). On fait aussi des marmelades et des confitures. La pulpe, séchée au soleil, peut être pilée pour confectionner de la farine ou du couscous.

Joseph nous montre les inflorescences et les noix qui mûrissent. Quelques pommes sont déjà rouges. La graine – l’amande – se forme avant la pomme. Quand la pomme grossit, la graine se dessèche et son volume diminue.

La transformation des noix de cajou nécessite 5 étapes

cuisson : bouilleuse
cuisson : bouilleuse
  • Cuisson : dans deux fûts métalliques cylindriques sur un petit foyer. Les amandes sont dans un panier métallique au bain-marie dans la bouilleuse – 30minutes – ou 50minutes à la vapeur dans le couscoussier (le fond d’un bidon est percé de trous, l’argile colmate l’extérieur). Cette cuisson-vapeur préserve les vitamines A et E et le goût.
  • Séchage des amandes :

    torrefaction
    torrefaction
  • Décorticage : la décortiqueuse est « indienne », le brevet est indien mais la machine est fabriquée à Ziguinchor. On place la noix dans une encoche entre deux lames. Si oon a de la chance et de l’adresse, les deux lames fendent la coque en deux et l’amande glisse dans un tube. On classe les amandes, entières, moitié, morceaux. A ce stade, l’amande n’est pas comestible, elle est entourée d’une enveloppe très corrosive qui abime les mains ; Il faut mettre des gants.
  • Torrefaction : dans des fours en ciment. Les foyers situés à l’arrière sont très profonds et sont alimentés en bis de chauffe. Le four est composé de deux enceinte, extérieur en ciment et intérieur en briques réfractaires. La température de l’air circulant entre les enceintes doit ^^été de 70°C pendant 6h. il faut veiller à maintenir la température constante. Les noix sont disposées sur des clayettes (4kg par clayette). Joseph dit que les 5 sens doivent être en éveil pour surveiller la cuisson.
  • Dépelliculage : chaque amande est grattée avec un grattoir-maison. Selon Joseph , les hommes n’aiment pas le dépelliculage tandis que les femmes assises à la table « jacassent »
  • conditionnement : dans des sachets. Pour les sceller on peut aller en ville mais la machine électrique n’est pas fiable à cause des coupures de courant, Jseph préfère le SDM (Système Débrouille Maison) avec une bougie ;

Pour diversifier la production : les noix de cajou sont aromatisées sous 8 fermes, naturel – grillé-salé, grillé-citron, grillé-pimenté, grillé-poivré, grillé-sucré, sucré au miel, sucré à la banane.

La production est vendue aux touristes qui viennent visiter cet atelier très médiatisé. L’Echappée Belle lui a consacré un e émission ainsi que la télévision belge. Les visiteurs viennent aussi bien d’Islande que de Pologne…

Joseph Diamacoune a créé son entreprise après sa retraite. Il valorise ses anacardiers familiaux et emploie 15 permanents  à la haute saison il embauche des journaliers. Les permanents sont pour moitié des handicapés qui ont eu la polyo, l’autre moitié de très jeunes mères-célibataires de moins de 18ans qui ont dû interrompre leur scolarité. Le but est qu’elles retournent à l’école après la naissance de leur enfant. Parfois, raconte Joseph il y a tant d’enfants qu’on se croirait dans une pouponnière.

Enampore : Case à impluvium

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case à implusium
case à implusium

Nous arrivons enfin vers 15h devant la Case à impluvium où nous passerons la nuit. Le campement se compose d’une très grande case ronde en terre et d’une paillote-restaurant plus classique. Sur la place, il y a aussi un petit bâtiment de ciment : « épicerie-bibliothèque ». On entre dans la case à impluvium par une colonnade de 4 troncs de rôniers soutenant un auvent de chaume abritant une entrée cimentée et des bancs. A l’intérieur 10 colonnes supportent une galerie ouverte en son centre – impluvium –où pousse un bananier. Les chambres sont réparties tout autour. Portes de bois sur chambres très sombres. Les lits sont surmontés de moustiquaires. Les draps sont en batik coloré. La petite fenêtre carrée a un volet en osier. Le plafond est tressé. La minuscule salle d’eau est toute noire mais elle a une douche, des WC, lavabo et un rebord de terre pour poser les affaires.

La salle à manger dans la paillote est bien aérée. Il y a même la WIFI ! L’électricité est solaire et donne du souci à Idrissa, le gérant qui nous donne le choix : soit recharger téléphones et appareils-photos et dîner à la bougie, soit garder le courant pour la lumière. On préfère recharger les appareils et d’ailleurs rien n’a sauté. On a même pu se doucher avant de se coucher. Au menu : poulet yassa et spaghettis.

Deux françaises sont arrivées aujourd’hui, je me joins à elles pour une promenade « contée » dans le village (2h30 environ 10 km).

Enampore : promenade avec Idrissa

Le village d’Enampore compte 700 habitants mais l’habitat est très dispersé. Les maisons sont cachées dans la forêt, reliées par de tortueux sentiers. Il y a peu l’ethnie Diola qui le peuple était encre animiste, il ne reste qu’une minorité d’animiste, le reste de la population se partage entre catholiques et musulmans à égalité.

Botanique

Idrissa vante les innombrables qualités du rônier – palmier à sucre – son tronc est lisse surmonté de larges feuilles en éventail. Le tronc est très apprécié pur les constructions. Les jeunes arbres sont protégés par les pétioles des feuilles coupés qui forment des « défenses ». Le fruit est consommé frais cueilli ou tombé. En entaillant la base des fleurs mâles ou femelles et en recueillant la sève dans des bouteilles on fait le vin de palme.

pommes de cayor
pommes de cayor

Les Pommes de Cayor (Neocarya Macrophylla) se consomment blettes comme des nèfles.

Les jeunes fromagers (Ceiba pentendra)sont aussi défendus par des piquants qui tomberont, une fois que l’arbre aura pris de l’âge. La nature est bien faite !

anacardier fleur et fruit (noix e cajou)
anacardier fleur et fruit (noix e cajou)

Un parfum puissant s’exhale des fleurs d’anacardiers. Les anacardiers sont des arbres peu exigeants. On vend les noix de cajou. Mais Idrissa ajoute qui’ls épuisent les sols et que rien ne pousse en dessous.

Il nous montre aussi les curieux fruits de l’acacia scorpion très apprécié des chèvres.

Malgré ses 700 habitants seulement, Enampore bénéficie d’établissements  scolaires jusqu’au collège. Nous passons devant la Case des Petits qui scolarise les enfants à partir de 2ans et demie.

DSCN6148 - CopieUn grillage protège le Jardin des Femmes protégé par un grillage des divagations des nombreux animaux, porcelets, chèvres surtout, ou vaches. Une partie du jardin est une plantation de palmiers à huile : les fleurs femelles donnent une sorte de régime de dattes dont on fait l’huile roue ; Les fleurs mâles peuvent servir d’enfumoir à abeilles. A Enampore, l’huile d’arachide est utilisée plus couramment que l’huile de palme plus chère et qui ne convient pas à tous les usages. Il y a une usine d’huile d’arachide à Ziguinchor tandis que l’huile de palme n’est pas traitée industriellement dans la région. Il n’y a que peu de légumes dans le Jardin des Femmes. Elles consacrent toute leur énergie à arroser le maïs. Autour du puits on a disposé des rangs de maïs très propres. Chaque rangée est bordée de deux rigoles peu profondes. Six jeunes femmes tirent de l’eau du  puits profond d’une dizaine de mètres ? Elles remplissent deux arrosoirs. Chacune arrose ses rangées désignées par leurs prénoms sur des rectangles en plastique. Chacune est responsable de ses rangées et vend sa récolte. Pour moi, cela ressemble plus à un champ qu’à un jardin mais pas pour Idrissa qui s’indigne : « les hommes travaillent aux champs, les femmes au jardin ! »Les champs ce sont les rizières. Renseignement pris plus tard, les femmes travaillent également dans les rizières, elles repiquent le riz une fois que les hommes ont labouré. Revenons au maïs, Idrissa regrette « Ce n’est pas du maïs bio, il est OGM ! »  et,  bien sûr, fertilisé aux engrais chimiques.

Un peu plus loin, un beau puits carrelé de la margelle au sol. Il a été offert par un pays arabe, on n’en saura pas plus Idrissa ne lit pas l’arabe. En face, une petite école coranique.

bois sacré d'Enampore
bois sacré d’Enampore

En chemin nous passons sous une sorte d’acacia fleuri , le moringa puis devant des citronniers. Nous   quittons la zone habitée pour la Forêt Sacrée, c’est le domaine royal. Il n’y a plus de roi à Enampore depuis 1973. Le palais royal est tombé en poussière : deux petites buttes comme des dunes rappellent son emplacement. A son avènement, le roi quitte sa maison, sa famille, sa femme et ses enfants pour la demeure royale à l’écart et doit épouser une femme désignée par la communauté. La figure du roi n’est pas liée au pouvoir économique ou politique ; sa charge n’est pas héréditaire, non plus mais spirituelle.  Le roi a subi des « incarnations » (Idrisssa ne précise pas de quoi il s’agit). Il semble que ces incarnations soient très puissantes et que la personne habitée par ces puissances soit forcée d’y céder. L’homme qui refuserait cette royauté mourrait de faim. La nourriture lui tomberait entre les doigts.

C’est aussi le lieu des initiations et des circoncisions. Les initiations ont leu tous les deux ans. En revanche les circoncisions collectives sont moins fréquentes. La dernière remonte à plus de 10 ans. Idrissa raconte les sacrifices de vaches, cochons, chèvres ou poulets ; le sang répandu, le vin de palme offerts aux esprits. Ses explications sont (volontairement ?) confuses. Il parle de la séparation entre les hommes et les femmes et celle entre initiés et non-initiés, entre Diolas et étrangers. Les religions monothéistes s’accommodent du syncrétisme avec l’animisme. Chrétien ou musulman, le Diola se réfère à la culture de ses ancêtres et se prête aux rites d’initiation. Toutefois, aucun roi ne s’est incarné depuis 40 ans ! Idrissa semble le regretter. Un roi serait un bon intercesseur entre le  village et les autorités de Ziguinchor ou de Dakar .

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Idrissa est un merveilleux conteur. Il sait éveiller notre curiosité pour les croyances animistes tout en ne trahissant pas le mystère réservé aux initiés. Il parle en philosophe prônant la tolérance, le respect de la nature, la conservation de la culture diola sans refuser l’électricité, l’éducation des enfants à l’école ou Internet. Il insiste : leur culture est orale « pas comme la dame qui écrit ! ». La dame c’est moi, et je ferme mon  cahier, un peu mortifiée.

Les Ogres – Lea Fehner

TOILES NOMADES

lese ogres

Davaï!

2H24 De couleurs, de musique de cirque, de danses de fou-rires, de très belles images colorées

2h24 de cinéma burlesque sur les traces de Fellini ou de Kusturica

Du théâtre aussi, puisque nous suivons une troupe ambulante qui joue deux pièces de Tchekov endiablé avec de la vodka qui tombe du plafond dans un lustre tandis que les acteurs distribuent les victuailles de la noce….

Du cirque avec un numéro d’acrobatie, un monsieur Déloyal – très déloyal ….

2h24 de Carnaval – selon Cinéma dans la lune – où les valeurs sont inversées, où tout est permis..

2h24 de déconnade où toutes les bêtises dont vous avez rêvé – ou pas – se succèdent : chevauchée des caravanes, voitures et camions avec dépassements très limites, téléphone au volant que dis-je, ordinateur sur le volant, bataille avec la nourriture, couscous qu’on se lance joyeusement à la figure, bouses de vaches sur la scène, enfants qui fouillent les sacs à main, femme vendue aux enchères (cela c’est pénible), scènes de ménage au mégaphone…

Non! je ne vais pas tout raconter, allez-y!

Bignonia à Ziguinchor : les billets du retour

CARNET DE CASAMANCE

mangrove
mangrove

A l’entrée de Bignonia sur un grand caïlcédrat, une dizaine de vautours sont perchés. Comme partout il y a un marché, je remarque le « parkings des ânes » qui m’amuse. Bignonia est au carrefour de la route de Banjul en Gambie. La route traverse ensuite une magnifique forêt verte malgré la saison sèche. Les cases rondes ont disparu. A la place il y a de grandes maisons carrées recouvertes de tôle au toit à 4 pans. Les vergers d’anacardiers contribuent à la végétation verdoyante. Puis des étendues très plates salées annoncent la rivière Casamance. Ici aussi on replante la mangrove. Nous voyons de nombreux oiseaux : aigrette noire, aigrette grise, chevalier gambette, martin-pêcheur noir gris et blanc, cormorans.

Ziguinchor :

Aline Sitoeé Diatta à l'escale de Carabane
Aline Sitoeé Diatta à l’escale de Carabane

Nous sommes arrivés vers 10h après un voyage très agréable et découvrons, en passant le fleuve Casamance le port et le bateau Aline Sitoé Diatta, que nous prendrons Jeudi 3 mars, l’usine d’arachides avec le grand tas de cacahouètesque picorent de nombreux oiseaux.

Plusieurs ponts avant d’arriver à la ville. De nombreux oiseaux picorent un gros tas d’arachides à l’entrée du port. Non loin, les bureaux de la Cosama, la compagnie qui assure le trafic entre Dakar et la Casamance. Il nous faut réserver nous même nos places. Je croyais une simple formalité sur la route. Surprise, on ne peut pas pénétrer dans le bureau on donne les passeports et on attend. Sous un auvent il y a trois rangées de bancs métalliques, tous occupés. Il faut patienter ! toujours cette antienne en Afrique. Je suis d’une patience africaine mais je ne comprends pas comment ces réservations fonctionnent. Abou avait dit qu’il n’avait pas pu acheter les tickets parce que les réservations pour mars n’étaient pas ouvertes. On s’apercevra que c’est un mensonge. Le bâteau est presque complet. Nous sommes donc debout, à 10h du matin il fait déjà très chaud à Zinguinchor, Mor a disparu. Je pensais qu’il se chargerait de la corvée, au contraire il est à l’ombre de l’autre bâtiment et nous est d’aucun secours. Nos passeports sont dans les mains d’un employé  qui de temps en temps appelle des noms inaudibles dans le brouhaha. Même si on nous appelait, on ne reconnaîtrait pas nos noms. Au bout de quelques temps, on demande à Mor d’appeler son patron, nous voulons savoir pourquoi les billets n’ont pas été pris par l’agence. Réponse évasive : notre voyage est au mois de mars, les réservations n’étaient pas ouvertes. Plus d’une heure plus tard, après s’être fait repoussé par la police appelée au renfort pour mettre de l’ordre dans la queue, après avoir parlementé avec la « Carte handicapé » de Dominique qui ne peut pas rester debout des heures, quand enfin, donc, nous parvenons au guichet, c’est pour apprendre qu’il ne reste plus de cabines à 2 lits et que les lits du bas des cabines de 4 sont également complets. Si tout a été réservé, c’est que les réservations étaient ouvertes depuis un bon moment ! » Vous auriez dû réserver à Dakar » dit la dame très gentille. C’était exactement ce que nous attendions de l’agence qui ne l’a pas fait ! Heureusement la Carte handicapé débloque la situation. Il y a une cabine handicapé prévue dans le bateau. Elle nous sera attribuée puisqu’il n’est pas possible à Dominique d’escalader pour occuper la couchette du haut. Midi, nous avons, enfin, après avoir gâché la matinée, nos billets en main. Mor réapparait, il a enregistré le véhicule, dit-il. Je me demande bien pourquoi il n’a pas fait la queue pour les billets.

Ziguinchor : rue principale
Ziguinchor : rue principale

Il faut aussi changer de l’argent. A la banque, queue encore. Mor connaît un changeur libanais qui fera le change rapidement. Pas d’officine, c’est une épicerie, particulièrement prospère, clean, bien rangée ; la vitrine est protégée par des barreaux artistiquement ferronnés et peints en rose.  Le commerçant ne m’adresse pas un regard. Il tend une calculette à Mor avec le change 650 (correct) Mor fait la multiplication, me montre le résultat. Je tends la liasse  de 15 billets de 20€, je compte à  haute voix en français (ils conversent en wolof), Mor recompte, le libanais recompte et va chercher dans la caisse 195000Fcfa en coupures de 5000, il compte, Mor recompte, je recompte et les range. Fin.

Le restaurant où Mr nous entraîne est bien caché. Rien  n’indique du dehors qu’il s’agit d’un restaurant. Dans la cour,  3 tables et des parasols. Je demande le plat du jour « gombos ! » et m’en réjouis, c’est exotique et j’adore, le serveur revient « il n’y en a plus ! » on prend ce qu’il y a : un ragoût de viande succulent. Malgré les allures modestes, c’est un bon restaurant. D’ailleurs nous ne sommes pas les seules occidentales à venir déjeuner.

Après déjeuner nous n’avons guère envie de nous attarder dans les rues poussiéreuses de Ziguenchor. Mor propose la visite d’une « Ferme de Crocodile » à la sortie de la ville sur la route d’Enempore. La « ferme » est un zoo bien délabré. La visite des petits crocodiles n’a lieu qu’à 15h. Pas question d’attendre ! On fera le tour des enclos aux grillages rouillés. Les antilopes ne sont plus là, les oiseaux non plus. On voit juste trois crocos endormis qui semblent à moitié crevés (ce n’est pas très vivant un crocodile repu ! Seul intérêt, les végétaux la « ferme des crocodiles » est aussi une pépinière.

Cymbeline

CHALLENGE SHAKESPEARE

CHALLENGE SHAKESPEARE

Fidèle au Grand Will, et au défi de Claudialucia, j’ai tenté l’expérience de Cymbeline. Aventure parce que les pièces que j’avais lues dans le Challenge Shakespeare étaient  des pièces connues. Je savais ce que j’allais trouver, bien sûr, j’y ai trouvé chaque fois beaucoup plus que mes idées préconçues, l’imagination du dramaturge va bien au delà  ce que je pouvais attendre. De plus, le plus souvent tout un corpus de textes, d’oeuvres accompagnait cette lecture : Verdi, films, contexte historique… et le mieux : la  représentation théâtrale.

Pour Cymbeline, rien de tout cela! Je n’avais jamais entendu le titre qui me suggérait une féérie, pour une fée, Cymbeline est un joli nom. Cette lecture sans aucun a-priori, avec pour toute recommandation le nom de Shakespeare a été une aventure.

Et il faut être aventureuse pour se risquer en Bretagne, envahie à grand peine et à nombreuse reprises par les Romains…à Rome au temps de l’Empire romain (qui ressemble à l’Italie de la Renaissance), et même dans une caverne des montagnes galloises (si j’ai bien compris). Il faut aussi ne pas craindre les invraisemblances, les enfants royaux enlevés, les poisons d’une vilaine belle-mère, les retournements de veste et les travestissements.  Ne pas être regardant en décapitation (même si c’est pour la bonne cause), en résurrections…

Shakespeare n’a peur de rien! Et c’est bien distrayant. Comme toujours, une pièce doit être vue au théâtre plutôt qu’être lue, et j’envie bien Claudialucia qui a déjà rendez-vous avec Imogène et Posthumus. (quels noms!)