Sur la route du papier

INVITATION AU VOYAGE

 

 

 

 

 

 

« Pourtant c’est sur son dos que chaque matin,depuis près

de soixante années, je tente de faire avancer, pas à pas mes histoires….. »

« Je n’avais que trop tardé

L’heure était venue de lui rendre hommage.
D’autant qu’on le disait fragile et menacé.

Alors j’ai pris la route. Sa route

Cher papier!

Chère pâte à papier magique de fibres végétales! »

Ainsi commence le voyage de l’écrivain, conteur, mais aussi économiste, dans le tome III du Petit précis de mondialisation.Je l’avais suivi auparavant avec bonheur dans le Voyage au pays du Coton et dans l‘Avenir de l’eau.

pile de papier : Musée de la Poste Paris

Écrivain, économiste, grand voyageur, il se présente ainsi p.37:

« Je souffre d’un mal qu’on pourrait qualifier de géographique. Certains lieux exercent sur moi une telle fascination qu’il me faut urgemment et sous peine de dérèglements graves, aller saluer. »

La route du papier commence en Chine et se confond avec la la route de la Soie. D’ailleurs le papier ne s’écrit-il pas en empruntant l’idéogramme de l’écheveau de soie? Caravanes de chameaux rappelant les caravanes du Vizir qui emportait sa bibliothèque de dix-sept mille volumes sur quatre cent chameaux, par ordre alphabétique.

Orsenna part à la recherche d’une bibliothèque murée il y a mille ans dans les grottes . Voyage dans le temps? Il décrit aussi la Chine moderne qu’il traverse, industrialisation à outrance, urbanisation, pollution.

Les Arabes prennent ensuite le relai de la conquête de l’Ouest par le papier, Samarcande, Bagdad, l’Égypte – où il prend son nom par analogie au papyrus local – Kairouan, jusqu’à à Cordoue où cent soixante dix femmes, jour et nuit recopiaient le Coran.

Étape en Ombrie à Fabriano où fut inventé le filigrane et ou subsiste aujourd’hui une usine de papier monnaie plus que séculaire. Dans l’histoire du papier on rencontre les frères Mongolfier, Didot, et aussi Balzac:

« En appelant son malheureux inventeur Séchart. Balzac prouvait qu’il avait tout compris de la technique. Qu’est-ce qu’une usine de papier si ce n’est une grande sécherie? …..Et vive la littérature quand elle s’intéresse à tous les univers du Réel, y compris l’industrie! »

Un voyage au Japon traditionnel nous fait découvrir les papiers faits main par les Trésors Vivants.

Même le papier-cigarette n’est pas oublié!

Après l’histoire, l’économie.La seconde partie raconte le Papier présent qui n’est pas seulement celui des écrivains, des journaux ou des estampes mais aussi le carton, les emballages et même le papier-toilette.

A Jaipur, on confectionne des boites cartonnées pour les boutiques new-yorkaises à Noël, et voici que se pointe la mondialisation! Non loin de là à Sanganer, les jaïns recyclent les ordures et confectionnent à la main des cartons hautement technologiques destinés aux hauts-parleurs.

Les grandes centres du papiers se trouvent aujourd’hui là où se trouvent les grandes forêts. Orsenna nous emmène au Québec, à Montréal, La Tuque et Trois Rivière. Hommage de Félix Leclerc aux draveurs, usines géantes, centres de recherche et science-fiction : l’échelle interstellaire en nano-cellulose! Finlande, Suède et Russie exploitent aussi des forêts immenses.

Les forêts du Sud poussent plus vite. C’est en Indonésie et au Brésil que les géants de la pâte à papier exploitent les forêts humides. Déforestation de la forêt primaire, disparition des animaux,  massacre des paysages. La biodiversité réduite par les monocultures des palmiers à huiles indonésiens ou des eucalyptus brésiliens. Une exploitation raisonnée de la forêt est-elle possible? Les perspectives sont très sombres en Indonésie qui massacre la forêt. En revanche, Fibria au Brésil joue la modernité, clone les eucalyptus et même les espèces de la forêt « native ». Enquête autour de l’eucalyptus, est-il gentil ou mauvais?

C’est du recyclage que viendra la solution. Déjà en 2010, la moitié du papier produit provient du recyclage.

« dernier cadeau de la route : un cercle.Peut être la première leçon du papier : une conception du monde selon laquelle rien ne se crée »

 

Les arts de l’Islam au Louvre

VOYAGE EN ORIENT

Céramique turque

Ce département  ouvert récemment est d’une grande richesse( digne de tous les autres départements de notre célébrissime musée) . Collection permanente, il suffit d’avoir le billet du Musée (ou le Pass Education pour les privilégiés). Pas de queue ce vendredi matin, une affluence tout à fait raisonnable pour profiter des installations: vitrines, vidéos.

calligraphie

L’exposition est partagée en deux étages entresol haut pour la première partie de 622 à l’an mil, entresol bas pour les siècles ultérieurs. La première partie est abritée par une sorte de tente bédouine dans une cour du Palais du Louvre, avec de grandes verrières qui confèrent au lieu un très bon éclairage tandis qu’en dessous règne une douce pénombre, les vitrines sont, elles éclairées.

calligraphie?

Nous sommes restées très longtemps dans la première salle et avons découvert les grands relevés des mosaïques de Damas ainsi que des calligraphies sous toutes les formes, calligraphies sur bois, sur des stèles de pierre, émaillées, ornant des plats, des bassines…..J’ai pris deux résolutions : apprendre à écrire l’arabe avec plus de sérieux qu’à notre dernier voyage égyptiens, visiter la Syrie dès que la guerre aura cessé!

Qu’est-il écrit?

Les salles du bas ont un parti pris plus  historique: mais nous avons si bien visité au début que nous ne sommes plus aussi attentives. Les objets sont aussi différents: plus de vaisselle, d’aiguières, de carrelages et de tapis. Beaucoup proviennent d’Iran. Il faudra qu’on revienne!

ivoire égyptien : scène de chasse et musicien

 

Minuit à Serampore suivi de Le secret du docteur Honigberger de Mircea Eliade

LIRE POUR L’INDE OU POUR LA ROUMANIE?

 

Deux nouvelles.
Minuit à Sérampore : trois spécialistes de religions indienne se réunissent dans un bungalow près de Calcutta. Sur le chemin du retour, une nuit un cri d’horreur déchire la nuit….Je suis peu attirée par la littérature fantastique ou d’horreur, cependant Mircéa Eliade a su m’entraîner et me séduire. A lire!

Le secret du docteur Honigberger se déroule à Bucarest. Le narrateur, de retour d’Inde est appelé à étudier les papiers d’un érudit disparu qui retraçait la biographie du Docteur Honigberger, un aventurier. La nouvelle commence très bien. Malheureusement, Eliade(spécialiste des religions indiennes) s’appesantit sur les théories ésotériques et sur les arcanes du yoga et on perd de vue l’érudit disparu et surtout l’aventurier.

Falstaff d’Orson Wells (DVD)

CHALLENGE SHAKESPEARE

J’ai rencontré Falstaff dans les Joyeuses Commères de Windsor (en lecture  commune avec Claudialucia et Maggie). Ce Falstaff est plutôt pitoyable, séducteur invétéré, balourd, capable d’écrire deux lettres identiques aux deux voisines. Ridicule avec sa bedaine. Borné, il tombe dans tous les pièges que lui tendent les commères. Caché dans un panier de linge salle on le verse dans la Tamise. Encore trempé, il mord à l’hameçon et retourne dans la maison du mari jaloux pour tomber dans un nouveau traquenard. Battu, il n’a toujours pas retenu la leçon et se trouve ridiculisé.

Le Falstaff de Welles est celui de Henry V, l’ami du prince, le compagnon de beuverie, toujours aussi bedonnant, mais jamais ridicule. Truculent, vieillissant, roublard, parfois menteur et vantard, profondément humain.

 

La pièce, les Joyeuses Commères, est une farce. Le film d’Orson Welles a une dimension historique. Le scénario emprunte ses répliques à plusieurs pièces de Shakespeare que le réalisateur connaît parfaitement.  Le propos n’est pas de faire une captation de Henry IV.

C’est un film, pas du théâtre! En plus des scènes tournées en intérieur, au Palais  ou à l’auberge, les scènes d’extérieurs sont remarquables.

 

 

 

Le vol du trésor royal dans la forêt ressemble aux films de cape et d’épée, on pense à l’attaque de la diligence d’un western. La bataille avec chevaux, armures, archets, duel est spectaculaire. Esthétique des images, rythme, je l’ai visionnée deux fois (le DVD permet cela!) et l’ai chronométrée : 10 minutes effrénées. Émotion dans la scène entre le vieux roi mourant et son fils. Émotion aussi au couronnement, mais je ne veux pas tout raconter.

La distribution est prestigieuse: Gielgud est royal, Jeanne Moreau étonnante, Marina Vlady charmante. Mais surtout Welles est Falstaff, il le magnifie, en  fait un personnage d’exception.

 

 

Shakespeare – Antibiographie – Bill Bryson

CHALLENGE SHAKESPEARE

 

 

 

 

Merci à Maggie qui a bien voulu faire voyager ce livre et dont le billet m’a donné envie de le lire! ICI

Difficile d’écrire quelque chose de nouveau après ce dernier article et celui de Claudialucia, très détaillé comme toujours : ICI

J’ai lu avec beaucoup de plaisir cette Antibiographie  réjouissante.

Tout ce qu’on sait vraiment sur Shakespeare!

et tout ce que les distingués savants exégètes du grand Will ont pu inventer!

Les archives, même dépouillées passionnément par un couple d’érudits, compulsées par des générations d’admirateurs, ne livrent que très peu de choses. Avec humour Bryson raconte  les tentatives de faire de Shakespeare un catholique, un plagiaire, un amoureux, ou au contraire un indifférent, mari fidèle, infidèle, amoureux des femmes, des hommes dans ses Sonnets… chacun y va de sa théorie et met en œuvre des méthodes plus ou moins contestables. On compte l’occurrence de certains mots, on note les invraisemblances. On étudie à la loupe des portraits (peints après le décès du Barde) des panoramas en y cherchant les théâtres (après qu’il fussent partis en fumée). On scrute ses signatures (qui sont peut être fausses…..) Le résultat de ces recherches est fumeux mais conté de manière très réjouissante.

Si je n’ai pas appris grand chose sur la personnalité du grand Will, ni sur les circonstances dans lesquelles ses pièces ont été créées. En revanche j’ai beaucoup appris sur la vie en Angleterre  de 1550 à 1623 (date de parution du folio qui réunit ses pièces sous le règne de la grande Elisabeth 1ère et sous Jacques 1er qui lui a succédé. Bryson ne s’attarde pas beaucoup à Stratford-sur-Avon mais donne une foule de détail sur la vie à Londres. Épidémies de peste récurrentes, quartiers de la City, vie quotidienne…Et surtout les théâtres : leur construction, leur administration, le répertoire, prix des places 1penny pour être debout, un supplément pour une chaise, un autre pour un coussin, sans compter l’achat des pommes cuites pour bombarder la scène….Je ne m’étais jamais demandée d’où venait l’expression de Box-office, Bryson dévoile  ce mystère : la caisse des recettes(box) mise à l’abri dans une pièce (office). Marlowe, Ben Johnson, et d’autres dramaturge moins connus sont évoqués. La vie des acteurs aussi! C’est une réjouissante leçon d’histoire anglaise que Bryson nous offre, n’oubliant ni les conflits religieux, ni la Grande Armada ni la Conspiration des Poudres.

J’ai un peu décroché vers la fin dans l’histoire du folio de 1623, trop détaillée à mon goût, Bryson est-il tombé dans les travers qu’il a dénoncés?

Les Joyeuses commères de Windsor – Shakespeare

CHALLENGE SHAKESPEARE

Un beau cadeau à offrir : le livre des Editions Corentin avec les délicieuses illustrations en couleur de Hugh Thomson   , signet en ruban rouge, couverture cartonnée.

Le génie du grand Will est dans la diversité de ses inspirations, de son topn, de son vocabulaire. Les Joyeuses Commères ne ressemblent à aucune comédie que j’ai lue jusqu’à présent. Une surprise! Farce ou comédie? Je pencherais plutôt vers la farce.

Quelle truculence! Je me prends à regretter la jolie édition en français (traduction Francois-Victor Hugo), j’aurais dû essayer la VO ou plutôt une bilingue. Calembours, jeux de mots et accents sont très bien rendus mais je suis curieuse des trouvailles langagières et j’aimerais bien connaître l’original. Que donne en Anglais l’accent gallois ou français?

Tous les personnages masculins sont bien ridicules tandis que les commères s’en sortent bien avec leur inventivité. Le jaloux, le barbon, le poète (peut être intéressé, l’amoureux transis, le médecin (toujours ridicules, les médecins, décidément!) donnent des caractères hautement comiques.

Falstaff fait apparition dans cette comédie. Depuis longtemps, utilisé » par Verdi

J’attendais son intervention. Encore plus grotesque que je ne me l’étais imaginé, Bon public, je ris aux éclats aux mésaventures du chevalier séducteur capable d’envoyer la même déclaration d’amour à deux voisines, capable de tomber dans les pièges les plus grossiers trempé,  battu redemandant encore!

UGC retransmet  le Falstaff de Verdi, le 12 mars.  Je m’accorderais bien une petite folie! un billet, un peu cher, aussi cher qu’à l’opéra!

 

Merci encore aux initiatrices du challenge Shakespeare, Claudialucia et Maggie pour m’avoir fait découvrir les commères dans cette lecture commune.

Blancanieves – film de Pablo Berger

TOILES NOMADES

Blancanieves, c’est Blanche-Neige.

Heureusement que les distributeurs n’ont pas traduit le titre en français, la snob que je suis n’aurait sans doute pas choisi ce film! Adaptation très libre dans l’Espagne des années 1920, celle du cinéma muet.

Nous voici transportés à Séville pour du grand spectacle! Pas de roi ni de reine ni de princesse. Le roi est un torero célèbre, la reine une danseuse la marâtre est infirmière. Les images splendides semblent avoir été filmée du temps du  cinéma muet. Séville est magnifique ainsi que la campagne espagnole. Pas de dialogue donc, de rares cartons fond noir, typographie d’époque. La bande-son est parfaite : on danse beaucoup dans le film, la mère de Carmencita-Blancanieves est une artiste célèbre, la grand mère mourra en dansant, et la petite Carmencita danse quand elle ne torée pas avec la lessive qui sèche.

Je n’aime pas la corrida (qui occupe un moment privilégié dans le film) mais je pardonne au cinéaste parce qu’ on ne voit pas de mise à mort. Deux fois le taureau est épargné, . En revanche, le coq subira un sort tragique, ce n’est pas un film à l’eau de rose!

Ce n’est qu’au mitant du film que je retrouve le conte de Grimm : quand les nains qui l’ont recueillie l’appelle Blancheneige. Ces nains sont très espagnols, plutôt ceux de Goya ou de Velázquez que de Walt Disney. Leur roulotte est pittoresque. on devine qu’on verra bientôt la pomme. Mais quand? Berger a déjà pris beaucoup de distance avec la trame initiale et nous fera partager d’autres aventures espagnoles.

Un spectacle parfait: images, son, acteurs et même suspens, même si le conte est archi-connu.

Dans l’Ombre de Byzance – William Dalrymple

VOYAGE EN ORIENT

Récit d’un voyage sur les traces de deux moines byzantins Jean Moschos et Sophronius au temps de Justinien, au fil des pages du Pré spirituel. Parti du Mont Athos fin juin 1994, il rejoindra l’Europe vers Noël de l’oasis de Kharga en Haute Égypte. En route il prendra ses lettres de crédit au Patriarcat Orthodoxe du Phanar à Istanbul, cherchera les vestiges byzantins des monastères de Turquie, de Syrie, de Palestine ou des déserts Égyptiens.

 

 

C’est aussi un reportage d’un journaliste chevronné sur les communautés chrétiennes d’Orient et leurs problèmes actuels. La diversité des églises m’a étonnée : Arméniens restés en Turquie ou dispersés après le génocide de 1915 dans toute la région. Souriens s’exprimant en  turoyo, proche de l’araméen que parlait Jésus, Grecs Orthodoxes directs héritiers de Byzance, Maronites du Liban, Coptes, pour les chrétiens actuels, sans compter les hérétiques du temps des moines byzantins : monophysites, nestoriens, zoroastriens,messaliens, marcionites; mêmes adorateurs du démon!

Kharga : bagawat nestoriens

Compte-rendu érudit de l’exploration des textes anciens et des vestiges antiques. Érudit ne veut pas dire ennuyeux, au contraire! Rien n’est plus réjouissant, même drolatique que les luttes contre les démons -surtout ceux qu’on chasse des feuilles de laitue à grands renforts de signes de croix- les imprécations contre le pape de Rome et les francs-maçons. Une foule de détails raconte la vie des ermites, des stylites, perchés sur leur colonne, adulés comme des champions de football ou des vedettes de cinéma.

Sainte Catherine : autrefois il n’y avait aps de pporte d’entrée le visiteur était hissé

Roman d’aventure. Dalrymple traverse  des zones de guerre larvée ou ouverte. Les affrontements entre les forces armées turques et le PKK font rage au sud de Dyarbakir. Si la Syrie d’Assad est un havre de calme, Beyrouth porte encore les stigmates de la guerre et  certaines régions sont sous le contrôle des factions maronites, du Hezbollah ou de l’armée syrienne. Sans parler de l’occupation de la Cisjordanie. Le livre se termine sur des carnages en Haute Égypte par les islamistes contre des Coptes. Journaliste, Dalrymple sait trouver les moyens de est souvent suivi parcelle des  services de sécurité. On sent la peur.

Loin   des « croisades bushiennes » :

…. »au début de mon voyage je m’étais attendu que le fondamentalisme soit partout leur principal ennemi. Or les choses n’étaient pas si simples.

dans le sud-est de la Turquie , les chrétiens syriaques étaient pris  dans une guerre civile entre deux nationalismes, l’un kurde, l’autre turc[….]. Au Liban les maronites récoltaient ce qu’ils avaient semé, et les vendanges étaient amères, leur inaptitude à forgé un compromis avec les musulmans avait entraîné une guerre civile[….] quand au dilemme des palestiniens, il était encore d’une autre nature. [….] seule l’Égypte voyait sa population chrétienne menacée par la résurgence déclarée du fondamentalisme…. »

écrit-il en conclusion.

Cette attitude nuancée est encore plus intéressante quand il cherche les points de convergence entre le christianisme oriental avec l’Islam plutôt que les divergences. Et ces convergences sont nombreuses.  Les lieux de cultes communs existent et un certain syncrétisme: l’intercession de Saint Georges à Beit Jala près de Bethléem où les chrétiens situaient le lieu de naissance du Saint, les Juifs, la tombe du Prophète Elie et les musulmans la ville natal d’un saint de la fertilité appelé El Khidr. Moschos et Sophronius parcourent la région quelques années avant la conquête arabe.

Les Perses ont pris Jérusalem en 614 et l’ont gardée quinze ans, jusqu’en 629. Les musulmans prennent donc une ville affaiblie en 638. (Wikipedia)

la nouvelle religion s’est imposée graduellement semble-t-il dans la mosaïque des hérésie et parfois l’hostilité locale aux byzantins.

A chaque étape, un va et vient incessant s’opère entre le texte de Moschos, l’histoire antique ou byzantine et la réalité actuelle. Certaines analogies sont frappantes. Dans certains monastère, il semble que le temps se soit arrêté. En Égypte, à propos des exactions des islamistes un moine répond :

« côté de ce que nous avons subi par le passé, nos ennuis actuels ne sont rien/

– de quoi voulez vous parler au juste?

– Eh bien, des massacres de Dioclétien, par exemple/. c’était de la persécution! »

 

 

Teverino George Sand

CHALLENGE ROMANTISME

 

Lecture Commune initiée par Claudialucia pour découvrir une œuvre méconnue! George Sand s’apparentait plutôt à mes lectures adolescentes. Sans cette Lecture Commune je n’aurais pas eu l’idée de chercher Teverino  dans le gros Omnibus : GEORGE SAND : Vies d’Artistes

Court roman ou longue nouvelle? Une centaine de pages qui s’apparenteraient à l’univers du conte avec la petite oiseleuse, petite fée, et l’apparition presque magique de Teverino, dans le rôle d’un enchanteur un peu transformiste.

Tousles invités que Lady G.  a invité à une partie de campagne se sont récusés à l’exception de Léonce, un ami de longue date. Pour éviter un tête-à-tête inconvenant (Lady G est mariée à un anglais, ennuyeux et buveur), ils emmènent en promenade dans le cabriolet, la servante noire Lélé, et un curé  rencontré en route.

Lady G s’ennuie, Léonce promet de la distraire mais sans l’embarrasser d’une cour inopportune:

 » – Nous sommes de vieux amis, et nous le serons toujours, si nous avons la sagesse de persister à nous aimer modérément comme vous me l’avez promis »…

Leur conversation prend le ton d’un marivaudage un peu agaçant, ils parlent d’amour sans y toucher, de  religion avec indifférence :

« – n’allez vous pas à la messe le dimanche?

– C’est une affaire de convenance, et pour ne pas jouer le rôle de l’esprit fort. Le dimanche est d’obligation religieuse, par conséquent d’usage mondain. »

Léonce se présente comme un artiste. Jusqu’à leur rencontre avec Madeleine leur ton badin et superficiel semble contraint.

Le déjeuner champêtre à la Roche-Verte dans un  pittoresque paysage de montagne avec le curé gourmand et la compagnie des jeunes pâtres des montagnes déride l’ambiance. L’arrivée de la « fille aux oiseaux » et l’allusion à la « noce fantastique du conte de Gracieuse et Percinet » chasse la conversation badine pour une jolie partie de campagne. Léonce avait tout prévu même le hamac orné de plumes multicolores pour la sieste. Le paysage est  romantique avec ses gorges arides cachant un vallon délicieux, le petit lac poissonneux.

C’est dans ce décor merveilleux que surgit Teverino, le vagabond,  le faune, le nageur qui se pare d’herbes aquatiques et de nymphéa ressemblant à un Neptune antique ou une de ces statues représentant un fleuve – le Tibre, comme le suggère son nom -.

« Léonce frappé de la perfection d’un semblable modèle, ouvrit son album et essaya de faire un croquis de cet être bizarre, qui, reflété dans l’eau limpide, à demi nu à demi vêtu d’herbes et de fleurs offrait le plus beau type qu’un artiste ait le bonheur de contempler… »

Teverino est un personnage singulier. Italien, enfant trouvé il a servi de modèle aux peintres et sculpteurs, chante merveilleusement bien, et a acquis un vernis de culture pour briller en société. Revêtant les habits de Léonce, il peut passer pour un marquis et  accompagnera la compagnie dans leur escapade.

Ce nouveau compagnon donne un tour nouveau à l’excursion qui devient une véritable aventure. La voiture quitte les chemins paisibles et les riants plateaux pour arriver dans des abimes, des rochers abrupts et neigeux, des torrents en crue. Les sentiments débordent également. Sabina (Lady G) se laisse emporter par la séduction de Teverino qui passe la frontière pour les emmener en Italie. Italie rêvée, Italie des artistes, des passions, de la musique. L’innocent pique-nique vire à la fugue. Les sentiments s’épanchent. La jalousie intrigue. Dépité par les rebuffades de Sabina et le succès de Teverino, Léonce fait mine de tomber amoureux la fille aux oiseaux.

La nuit sera une véritable farce: Lélé, la noire entre par mégarde chez le curé qui la prend pour le diable. Sabina est saisie de remords, coupable de s’être laissée entraîner avec Teverino.

Au lendemain, sur le chemin du retour, chacun reviendra à la raison.

 

C’est une lecture pittoresque, agréable, distrayante, pleine de surprises. Si le marivaudage entre les deux aristocrates, bien élevés, maîtrisant leurs sentiments est un peu convenu, Sand bouscule les conventions dès que Teverino paraît. La critique sociale devient plus virulente. Faux marquis, faux chanteur célèbre, vrai séducteur,  vrai virtuose des sentiments, Teverino pousse Léonce et Sabina hors de leurs retranchements et leur fait découvrir leurs sentiments. Étrange personnage que ce modèle masculin, on est habitué à la muse de l’artiste et Madeleine joue innocemment ce rôle. On devine que les rôles ne sont pas répartis comme le veut la tradition.

Étrange fin qui n’en est pas une.

les « outils de la blogueuse »

Étrange coïncidence, alors qu’un rangement s’imposait du côté de la pile des livres à lire (bien connue des blogueuses sous l’acronyme PAL) voici qu’un carnet surgit de la poussière (enfin, j’exagère)

carnet et stylo à l’effigie de George!

Lire les billets des autres lectrices : claudialucia, de cléanthe et enfin nathalie

Tabou – film portugais de Michel Gomes

TOILES NOMADES

Film attendu de longues semaines, film encensé par la critique, film de cinéphiles….

Je suis entrée dans la salle avec une certaine appréhension, les chefs d’œuvres trop annoncés déçoivent parfois une trop grande attente.

Je me suis laissée emporter par la douceur de la voix portugaise (que je ne comprends pas mais que je goûte avec plaisir), par l’exotisme du prologue, l’explorateur d’un autre siècle, son attirail dévoré par un crocodile. La première partie se déroulant à Lisbonne, est déconcertante. Ces femmes paraissent d’un autre temps, pourtant elles prennent le thé dans un centre commercial bien actuel. Aurora, ses fantômes, son crocodile, sa culpabilité… Santa, l’Africaine, la domestique d’un autre temps, très digne et maternelle, mais sur la réserve. Pilar, la bonne, la pieuse, la dévouée.

La partie africaine, sous-titrée Paradis Perdu, est d’un exotisme parfait. Afrique coloniale telle qu’on l’imagine. Les héros jeunes,  virils sont trop beaux pour être vrais, des acteurs de cinéma! Magnifiques paysages, on pense à la Ferme Africaine d’Out of Africa, mais en noir et blanc quand les Africains cueillent le thé. Parfois la pellicule d’un film d’amateur est rayée . Le noir et blanc, la bande son très rétro sont à l’unisson. Une histoire d’amour comme dans les films des années 50?

Je regrette de ne pas avoir la culture cinématographique pour jouir de tous les clins d’œils annoncés par la critique (un excellent article du Monde). Le crocodile a pour nom Dandy : facile! J’ai loupé le  parallèle voulu  par Gomes avec Le Fleuve de Renoir : je n’ai pas encore vu Le Fleuve!

l n‘y a pas de crocodile dans le fleuve de Renoir, mais c’est la même chose : le fleuve, le crocodile, c’est le temps qui passe, qui continue, avec des gens qui naissent, qui meurent, des amours qui commencent et finissent. C’est ça Renoir. Ici, dans la rivière, il y a un crocodile. (…) Le crocodile, c’est le cinéma : de la mémoire, des gens qui passent, des histoires d’amour et des empires qui commencent et finissent. «