Tourrette-sur-Loup est un charmant village perché sur un éperon rocheux. Cîté des Violettes. Le parking payant est installé en plein centre sur la Place de la Libération. Je suis un circuit par la Grande Rue qui fait le tour du château. Cette « Grande Rue » est plutôt une ruelle bordée de maisons médiévales en pierre ornées de potiches fleuries.
Tourrette-sur-Loup : ruelles
Hors saison (février) je ne croise que 6 personnes et la promenade est très agréable mais les Galeries d’art sont fermées. Il n’y a pratiquement pas de boutiques de souvenirs (sauf violettes) sculpture, peinture tout est de bon goût.
Pont sur le Loup et les Gorges du Loup
Pour piqueniquer nous suivons la petite route dans les gorges très rocheuses et très profondes. Si le temps avait été ensoleillé nous aurions apprécié la fraîcheur des cascades. Mais il fait gris et froid<; On passe un tunnel puis la route s’élève vers Gréolières et la Montagne de Cheiron ourlée de neige.. La route qui nous ramène à Vence par le col de Vence traverse des forets de feuillus (sans feuilles)et passe près de Coursegoules. mes endroits sont sauvages. Arrivées au dessus de 1000 m, l’hiver se fait ressentir : l’herbe est grillée, les buissons n’ont pas de feuilles. De petits flocons, des paillettes de neige volètent.
Coursegoules
Le Col de Vence (963m) marque une limite climatique juste après avoir amorcé la descente, nous voyons le soleil briller sur la mer bleue et les arbres fleurir.
Je rêve de visiter le Japon. Depuis la pandémie les voyages se compliquent. Je me contente donc du Japon à Paris, cinéma ou expositions et je suis rarement déçue. Le thème de L’imaginaire guerrier n’est peut être pas mon thème de prédilection mais j’ai été éblouie par la qualité des objets de cette visite, le raffinement des matières et des techniques.
Haniwa (5ème siècle)
Le guerrier le plus ancien de la collection est ce Haniwa de terre cuite qui était planté autour d’une tombe. Ces guerriers étaient alignés parfois par centaines et sur plusieurs rangs.
Au 6ème siècle, avec l’arrivée du bouddhisme au Japon ces représentations ont disparu.
Archer photo ancienne
Cette exposition n’est pas chronologique, elle est plutôt thématique. Nous découvrons tout d’abord l’équipement du samouraï sur de très belles photos anciennes :
Samouraï casquéDeux samouraïs
Diverses pièces sont exposées dans des vitrines comme une veste de pompier matelassée toute décorée, divers casques, des poignées de poignards , des gardes de sabre. Chaque objet est une véritable œuvre d’art : les casques portent des représentations d’animaux symboliques censées effrayer l’ennemi : la libellule, le serpent enroulé, aussi le lapin (un lapin effrayant? oui pour un ennemi japonais!) . Les gardes de sabre ou les étuits de poignards sont des merveilles d’orfèvrerie
Tsuba : garde de sabre
plus curieusement cette représentation de l’équipement du guerrier accompagnée d’un navet (pourquoi un navet?)
Equipement de samouraï et navet
Le théâtre a utilisé les représentations des combats, les samouraïs, objet de théâtre ou de parodie: le nô né au XIVème siècle, le kabuki XVIIème (théâtre outrancier et burlesque.
Histoire des 47 Ronins
L’Histoire des 47 Ronins occupe toute une salle. Basée sur un fait historique 1703 avec le suicide par éventration (seppuku) d’un maître suivi de celui des 47 disciples. La série d’estampes raconte cette histoire : « Le théâtre des vassaux fidèles » avec de nombreux épisodes et luxe de détails aussi bien dans la représentation de combats que dans la vie quotidienne. elles sont l’œuvre de Uttagawa Hiroshige (1797-1858)
Histoire des 47 RoninsHistorie des 47 ronins (détail)
je regarde ces estampes réalisées au XIX ème siècle comme de véritables bandes dessinées d’une qualité graphique exceptionnelle.
Pas étonnant que la suite de l’exposition logiquement débouche sur les Mangas . Le mot « manga« est apparu à la fin du XVIIIème siècle. Le manga d’Hokusai commencé en 1814 est une collection de carnets de dessins.
Conclusion de l’exposition : XXI ème siècle
Objet dérivé : figurine plastique
Il faudrait aussi partir du côté du cinéma : on peut assister à la projection d’un film muet de 1910 : « Le châtiment du samouraï » (Pathé) .Une collection d’affiches montre les films japonais ou non-japonais inspirés par la figure du samouraï : Les 7 Mercenaires, La Guerre des Etoiles, Kagemusha, ghost Dog (Jarmusch), Kill Bill (Tarantino). Nous sommes arrivées bien loin du guerrier d’argile du Vème siècle!
Vence le frêne planté par François premier et peint par Soutine
De La Gaude à Vence , 7 km sur un itinéraire assez urbanisé fréquenté par de nombreux cyclistes le dimanche matin qui passe devant la Chapelle Matisseou Chapelle du Rosaire.
Matisse : chapelle du Rosaire, Vierge et l’enfant
La ville moderne de Vence est assez étendue, la ville ancienne, enclose dans ses remparts, petite.
Place du Grand Jardin, se tient un petit marché qui vend surtout des fleurs. Les remparts enserrent presque entièrement la ville car les maisons y sont accolées. les portes sont aussi très bien conservées. A l’intérieur un lacis de ruelles pavées décorées de plantes en pots conduisent à la Place Clémenceau où se trouve l’Hôtel de Ville peint en jaune et précédé d’une sculpture cubique : la Vençoise de Jim Ritchie (1987).
Vence, Cathédrale et au premier plan la Vençoise
Non loin, la Cathédrale Notre Dame de la Nativité est bâtie sur l’emplacement d’un ancien temple romain de Mars puis d’une église mérovingienne. on peut encore y observer des pierres carolingiennes. Difficile de qualifier le style de cette église qui possède 5 nefs contenant des retables baroques avec une façade baroque. Dernier décor : la mosaïqu pu admirer les stalles de e de Chagall sur le thème de Moïse dans le baptistère. Je n’ai malheureusement pas pu admirer les stalles de bois sculpté 5ème siècle dans les tribunes fermées.
Au fond de la place un bâtiment avec un porche abrite une sorte de préau pavé orné d’un bélier de pierre.
Chaïm Soutine : Le Frêne de Vence
LeMusée de Venceest logé dans le Château construit au 17ème siècle, accolé à la Tour de Peyra (12ème) ouvre à 11 heures . Le frêne planté par François 1er en 1538 a été peint par Soutine. Sa taille est vraiment impressionnante.
Au premier étage Scénocosme de Grégory Lasserre et Anaïs met den Ancx est une série d’ installations interactives d’art numérique et sonore. Je suis assez imperméable à ces installations mais une médiatrice se présente. Sans elle je n’aurais jamais trouvé le mode d’emploi de ces œuvres.
Frotter les pierres : au centre d’une salle obscure au sol en cercle des pierres. il convient de s’agenouiller ou de s’asseoir sur des coussins et de caresser les pierres qui produisent des ondes traduites par des images en noir et blanc sur un écran circulaire ainsi que des sons. la médiatrice insiste sur la connexion entre la pierre, le son et les interférences comme celle d’une pierre jetée dans l’eau. Référence aussi aux lithophones préhistoriques conçus pour effrayer les prédateurs (archéologie ou légende?) je suis sceptique.
Explorer la surface et la profondeur d’un voile qui est tendu comme la peau d’un tambour sur un cercle et qui vibre. Une caméra installée entre le voile et un miroir renvoie l’image de la de la silhouette sur le mur. C’est très futé, mais je n’adhère pas vraiment. La technologie m’amuse.
Vous êtes invités à caresser des plantes délicatement : Lierre et Pothos réagissent et font entendre des sons. Amusant!
Tourne-disque? Une curieuse platine en bois de mûrier
En revanche j’ai été beaucoup plus séduite par la sculpture de boisMatière sensible : une fine lame de frêne est installée dans un support qui évoque un diapason ou une lyre.
Lyre?
Le bois vibre pour donner des sons. Cela évoque Penone dont j’ai vu l’exposition à la BnF. Un disque est posé sur une chaîne HiFi, ce n’est pas un vinyle mais une tranche de tronc de mûrier avec les cernes. Alors que les premières installations ne m’ont pas vraiment touchée celles qui utilisent le bois me parlent.
Au second étage Matisse : études préparatoires pour la Chapelle du Rosaire
A la billetterie on m’a signalé que les photos sont interdites, j’irai visiter la chapelle un autre jour, le dimanche impossible.
chapelle du Rosaire
matisse : chapelle du Rosaire
Le dimanche il est difficile de visiter la chapelle. Nous y retournons le mercredi suivant en revenant du circuit dans les villages de montagne. Sur le bord de la route le bâtiment blanc, bas, ne se distingue pas des constructions environnantes. Il faut la chercher pour la découvrir.
(interdit de photographier à l’intérieur de la chapelle, mais permis dans le petit musée en annexe)
Je remarque les vitraux somptueux, le grand Saint Dominique à côté de l’autel. le chemin de Croix est original, au fond de la chapelle dessiné sur le carrelage.
Roman d’amour, roman d’apprentissage, c’est une très belle histoire, toute en nuances, toute en finesse que Ahmet Altlana imaginée alors qu’il était emprisonné.
Fazil, étudiant en littérature, ruiné à la suite de la faillite et du décès de son père, emménage dans une sorte d’auberge où vivent des personnages marginaux, un père et sa petite fille, un videur de boîte de nuit excellent cuisinier, un pieux travesti, un Poète qui n’écrit guère de poésie mais plutôt des écrits politiques. Il a trouvé un travail comme figurant dans une émission de variétés à la télévision. Au cours d’un tournage, il fait la connaissance de Madame Hayat (madame la Vie), une femme d’âge mûr, très libre et très séduisante. Malgré la différence d’âge, de statut social, d’intérêt dans la vie, une relation amoureuse se trame. Madame Hayat a une personnalité originale :
Telle était l’immense liberté que j’éprouvais en m’affranchissant des bornes du temps. Madame Hayat était libre. Sans compromis ni révolte, libre seulement par désintérêt, par quiétude, et à chacun de nos frôlements, sa liberté devenait la mienne.
Peut-être que la seule responsabilité que j’aie envers moi-même est de me rendre heureuse. Comme à l’instant, ce que tu essaies de ruiner…
Fazil rencontre aussi Sila, une jeune fille de son âge, également étudiante en littérature, dont la famille aisée autrefois, se trouve frappée d’ostracisme politique et ruinée. Ils ont en commun l’amour de la littérature. Sila est charmante, ils sont amoureux, ont un projet : émigrer au Canada et fuir la Turquie où des jeunes étudiants manquent de perspectives.
Le lien spécial nous unissait, Sıla et moi, un lien solide fait de plaisirs partagés, d’un passé semblable, d’une
passion commune pour la littérature, et surtout de toutes les catastrophes que nous avions vécues. Mais
nous ne savions que faire de ce lien, nous n’arrivions pas à nous décider, rester amis, devenir le confident
de l’autre, ou être amants.
Fazil mène ses deux relations amoureuses de façon aussi intense mais il devra choisir quand Sila va organiser leur expatriation. Partira? Restera?
L’auberge où loge Fazil se trouve dans une rue « chaude » de la ville, des individus munis de grands bâtons font régner l’ordre moral et même la terreur quand le Poète se verra contraint au suicide. Par touches subtiles, l’auteur montre la censure, l’ordre et la peur que la dictature instaure.
Faire une blague sur le gouvernement est devenu un crime. Dorénavant, interdit de blaguer.
Il est aussi question de littérature, du courage en littérature. Comment enseigner la littérature? Les enseignants font preuve de courage, et pas seulement en littérature.
« Le fond de toute littérature, c’est l’être humain… Les émotions, les affects, les sentiments humains. Et le produit commun à tous ces sentiments, c’est le désir de possession. Quand vous voulez posséder quelqu’un, vous rendre maître de son cœur et de son âme, c’est l’amour. Quand vous voulez posséder le corps de quelqu’un, c’est le désir, la volupté. Quand vous voulez faire peur aux gens et les contraindre à vous obéir, c’est le pouvoir. Quand c’est l’argent que vous désirez plus que tout, c’est l’avidité. Enfin, quand vous voulez l’immortalité, la vie après la mort, c’est la foi. La littérature, en vérité, se nourrit de ces cinq grandes passions humaines dont l’unique et commune source est le désir de possession, et elle ne traite pas d’autre chose. Tel est le fond. Il s’arrêta pour regarder la salle. — Comment changerez-vous ce fond-là ? »
Le GPS nous entraîne immanquablement sur l’autoroute si nous programmons la destination finale : La Gaude. Pour le contrarier nous lui indiquons Apt et suivons le chemin des écoliers la D900 qui se trouve être la Via Domitia (de Narbonne au Montgenèvre). Passons à travers des vergers très soignés taillés en espaliers, protégés par des filets roulés en cette saison, et abrités par des haies de cyprès ainsi que quelques oliveraies. Dans le Luberon, un Geoparcm’intéresserait bien Près d’Apt les crêtes bleues des Alpes bornent le lointain.
Apt
Capitale du Fruit confit, commune sans OGM. J’y découvre le plus joli marché provençal, animé même hors saison en février. Il s’étend dans toute la ville. Artisanat de luxe, bijoux de pierres dures, des paniers, miels de différentes couleurs et fleurs, fromages. Ici, le réparateur d’horloges comtoises, là le rempailleur. peu d’alimentaire. J’ai cherché les fruits confits, connus des cruciverbistes et je suis rentrée bredouille.
Moustiers Sainte Marie
Ville de la faïence, vue de loin accrochée à la montagne sous des falaises impressionnantes.
Gorges du Verdon
Verdon : Lac de Sainte Croix
Le lac de Sainte Croix est bleu turquoise très vif à travers les arbres. Malgré la saison hivernale il y a du monde sur la plage et même quelqu’un se baigne. La route s’engage alors dans un défilé au-dessus des gorges. On devine le ruisseau qui a entaillé la falaise beaucoup plus bas.
Verdon vu du belvédère
Le belvédère de Mayreste été aménagé à 200 m d’un parking. Le sentier passe dans les buis. Sur certains versants il ne pousse que des buis roussis en hiver. La pyrale est présente mais les buis résistent. Je regrette d’avoir coupé ceux du Vaurayet. La base du belvédère est vraiment très glissante, la roche est polie comme un miroir. Je m’accroche à la rembarde métallique qui sécurise l’observatoire.
Nous nous arrêtons pour déjeuner sous un arbre en fleur.
la D952 passe au Point sublime Après un tunnel elle s’enfonce dans le canyon dans l’ombre (surprenant il est 14h et il fait grand soleil). On passe Pont de soleil et l’on quitte la D952 avant Castellane pour entrer dans le Var.
l’Argelière, notre gîte à La Gaude
Nous arrivons à La Gaude à 16 heures. Notre gîte se trouve non loin du village historique qu’il ne faut surtout pas traverser en voiture (on nous avait prévenues mais le GPS nous y a entraînées). Les rues serpentent, les épingles à cheveux surprennent. Enfin! les mimosas en fleur! Notre gîte L’Argelière est bâti au dessus du jardin remarquable construit en terrasses sur un terrain très en pente. De petits iris sont fleuris. Notre propriétaire me le fera visiter demain.
« Oui, moi Antigone, la mendiante du roi aveugle, je me découvre rebelle à ma patrie, définitivement rebelle à Thèbes, à sa loi virile, à ses guerres imbéciles et à son culte orgueilleux de la mort. » dans LA COLERE
Antigone est l’héroïne du Théâtre grec qui me fascine le plus : Antigone est la femme qui dit NON! Celle qui le crie. C’est aussi la fille d’Œdipe qui l’a guidé, aveugle sur les chemins de Grèce, qui a mendié pour lui. Fille de Roi, de Reine, mendiante.
Antigone de Sophocle a inspiré de nombreux écrivains et metteurs en scène. C’est la tragédie la plus impressionnante, jouée chaque fois dans un paroxysme de l’Histoire. La version qui m’a impressionnée le plus est celle de Adel Hakim jouée par le Théâtre national palestinien aux Théâtre des Quartiers d’Ivry que j’ai été voir deux fois. Tragédie de Beyrouth dans le 4ème Murde Sorj Chalandon . J’ai même vu une Antigone Ukrainienne/Russe, un peu punk et musicale de Lucie Bérelowitsch qui a choisi une version de Brecht/Sophocle. Bien sûr, il y a celle d‘Anouilh(1944).
Antigone de Bauchau n’est pas une pièce de théâtre mais un roman qui fait suite à Oedipe sur la Route lu il y a douze ans qui m’avait laissé un souvenir inoubliable. Avec 368 pages, l’auteur développe une histoire plus longue avec de nombreux personnages, avec des retours dans l’épopée de Thébes : Œdipe et Jocaste et sur les pérégrinations d’Œdipe.
Antigone de Bauchau commence avec le retour de l’héroïne à Thèbes après la mort d’Œdipe. Antigone est entourée des compagnons de son père : Clios qui peint une fresque pour Thésée à Athènes et qui la met en garde:
« En retournant à Thèbes tu vas suivre, toi aussi, le chemin du rouge. Tu seras en grand danger, au centre de la guerre entre tes frères. Est-ce nécessaire Antigone? »
Bauchau développe l’histoire des jumeaux : Polynice et Etéocle, désiré et souverain, Etéocle toujours en rivalité. De la jalousie d’Etéocle et de la domination de Polynice, il ne peut que résulter le combat, combat à mort. Dédoublements, Etéocle demande à Antigone de sculpter deux statues de Jocaste , il offre un étalon noir à Polynice qui part à la recherche d’un cheval aussi fougueux, aussi beau, blanc.
« mon corps, bien avant moi, sait ce qu’il faut faire. Il se jette à genoux et, le front sur le sol, extrait de la terre elle-même un non formidable. C’est un cri d’avertissement et de douleur qui brise la parole sur les lèvres d’Ismène. C’est le non de toutes les femmes que je prononce, que je hurle, que je vomis avec celui d’Ismène et le mien. Ce non vient de bien plus loin que moi, c’est la plainte, ou l’appel qui vient des ténèbres et des plus audacieuses lumières de l’histoire des femmes. »
Au lieu de se tenir comme Sophocle, à l’épisode de l’interdit de la a sépulture de Polynice, par Créon, et du refus de la tyrannie par Antigone, privilégiant la loi des Dieux avec la tradition des honneurs dus aux morts, par rapport à la loi de la Cité (le décret de Créon), Bauchau inscrit les funérailles à la fin de l’histoire de la guerre de Thèbes. Il raconte toute une épopée. Epopée guerrière, histoire d’amour, relations familiales…La tyrannie de Créon n’entre en scène qu’après les trois quarts du livre.
« Nous les femmes, les sœurs, nous devons seulement enterrer Polynice et dire non, totalement non à Créon. Il est le roi des Thébains vivants, il n’est pas celui des morts. »
Antigone n’est pas seulement celle qui dit non. C’est aussi celle qui ne veut pas choisir l’un ou l’autre de ses frères, qui va tenter de faire la paix entre eux. C’est aussi l’héroïne qui va soigner les blessés, faire de sa maison un refuge pour les pauvres et pour des personnalités un peu étranges, comme le faux aveugle Dirkos qui chante les chants d’Oedipe, ou Timour, le Nomade cavalier et archer, qui apprend à Antigone le « chant de l’arc ». Antigone est une femme puissante, cavalière accomplie, archère.
Sans affaiblir la tragédie, Bauchau brode, interrompt son récit comme l’aède qui peut réciter des milliers de vers. Ce n’est pas un théâtre politique. C’est une véritable épopée.
Paris-Lyon : itinéraire tant parcouru sur la route des Alpes, hiver comme été, sempiternelles aires de repos, je croyais m’ennuyer. Je redécouvre l’Auxerrois, Epoisses sur sa colline, le Canal de Bourgogne. A la limite de 0°C, l’herbe est givrée, les silhouettes de grands chênes, les sapins verts se détachent. Au dessus des villages fortifiés s’élèvent des colonnes de fumée. Je suis surprise de ma surprise, ravie. Le Morvan est hivernal et glacé. Nous avions quitté un « presque-printemps » avec des haies fleuries, des prunus roses pour trouver ici des arbres défeuillés et austères. Nous ne retrouverons les floraisons que bien au sud de Lyon.
Donzère Mondragon
Péage de Vienne : le vignoble, les collines escarpées nous invitent à quitter l’autoroute. Sortie 18 après Montélimar pour rejoindre Donzère. Nous pique-niquons au barrage de Donzère-Mondragon sur le pont qui franchit le Canal de Donzère. Je remarque, amusée, que le grand tablier métallique a notre âge (1951). Dommage qu’il ne soit pas prévu d’explications techniques en plis du panneau pour la flore et la faune (site Natura2000). Wikipédia m’apprend que le canale de 24 km a été aménagé avec l’aide du plan Marshall (1946-1953) pour réguler le cours du rhône mais aussi pour le refroidissement de la Centrale nucléaire de Tricastin. le barrage de Donzère-Mondragon produit assez d’électricité pour l’équivalent de la consommation de la ville de Lyon. Le Mistral souffle, j’ai remis mon anorak.
Nationale 7 jusqu’à Pont Saint Esprit, jolie vue sur le vieux pont médiéval et ses clochers.
Les remparts d’Avignon et la Porte Saint Roch
15h30 arrivée à Avignon . Ibis Budget se trouve juste après le pont moderne. Très bien situé devant les remparts sur le bld Saint Dominique où passe un petit tramway blanc. Il est un peu tard pour les visites de musées que j’avais prévues. il fait si beau que je n’ai pas envie de m’enfermer et préfère marcher dans les rues de la ville close.
Passant par la Porte Saint Roch, je découvre des rues étroites, presque des ruelles, résidentielles. Pas un seul commerce alimentaire. La rue Raspail est rectiligne, plantée de platanes. La Rue de la République concentre les enseignes inévitables FNAC MacDo, l’Occitane; Carrefour-contact…Uniformisation des commerces, quel ennui!
D’un côté, la Gare, de l’autre la Place de l’Horloge, plus loin le Palais des Papes. Un square derrière une église est juste derrière la rue Fabre « l’Homère des insectes« , cette dénomination m’enchante.
Au Petit Palais l’heure de fermeture est avancée à 17h en hiver. Il est 16h20 et on ne vend déjà plus de billets.
Sur la Place de l’Horloge, une Ukrainienne chante a-capella entourée d’une douzaine de jeunes portant des panneaux jaunes et bleus. Une vidéaste filme, quelques passants s’arrêtent. Aujourd’hui 25 février, ils sont bien clairsemés. Avec le Mistral il n’y a personne aux terrasses des cafés.
Le vaste parvis du Palais des Papesbalayé par le vent est désert. La lumière est parfaite pour les photos.
Avignon Pont Saint Benezet
Le Jardin des Doms, sur le rocher, célèbre Jean Vilar avec une exposition de photos. je reconnais Philippe Noiret et Sylvia de Montfort. La vue sur le Rhône est saisissante sur le Pont Bénezet. Le vent souffle si fort que mes photos seront floues.
Je me réfugie dans la jolie église Notre Dame de Doms d’où je suis chassée par une bonne sœur « on ferme!« .
Je cherche le coin le moins venté pour attendre Claudine et nous nous réfugions à l’intérieur d’un beau café Place de l’Horloge. J’avais fantasmé un verre en terrasse entre le vieux manège, le théâtre et l’Hôtel de Ville. Ce sera un café bien serré pour me revigorer. Plaisir des retrouvailles. Avec nos blogs, j’ai l’impression que nous ne sommes jamais éloignées.
« Hier, j’ai embrassé mon mari pour la dernière fois. Il ne le sait pas, bien sûr. Pas encore »
Ainsi commence le roman, Joyce, disparaît et laisse dans sa cuisine une inquiétante flaque de sang et un pyjama de bébé. Ses deux filles attendent son retour.
La police appelée sur place, arrête Ruby, la femme de ménage. Seule raison : elle est noire.
Toutes les femmes du quartier se mobilisent pour retrouver Joyce. Quartier cossu, pavillons de rêve, avec piscine et jardin, une pelouse bien entretenue, des géraniums en pot, une cuisine modèle, deux jolies petites filles, un gentil mari : le rêve américain!
Joyce a disparu, rien ne laisse supposer qu’elle est morte. Au contraire, on pense plutôt qu’elle quitte le domicile conjugal pour son amant, ou pour sa vocation de peintre, pour respirer tout simplement.
Le sang est un indice dérangeant. L’inspecteur chargé de l’enquête, Mick soupçonne un avortement qui aurait mal tourné. Justement, Joyce a consulté un médecin dans la matinée. Ces ménagères comblées par le rêve californien sont, pour beaucoup, sous anti-dépresseurs…
L’enquête conduit Mick dans une réunion de club féminin: leçons de peinture, d’économie domestique, réunions amicales. L’enquêteur découvre un monde qu’il ne soupçonnait pas, même si sa femme fréquente aussi un club analogue. De lourds secrets se cachent sous le bonheur affiché.
Mick a fait libérer Ruby : aucune charge ne pesant sur elle. Il aimerait l’interroger, mais la jeune femme est méfiante. Elle n’attend rien d’un policier blanc, que des ennuis. Elle n’est donc pas très coopérative. Quoique…la récompense que la police fait miroiter ferait bien son affaire ; elle économise pour entrer à l’université. Mais ce n’est pas la seule raison qui motive Ruby. Elle veut savoir ce qui est arrivé à Joyce. Etrangement les deux femmes étaient proches, elles s’étaient confiées des blessures intimes.
Après la disparition de sa femme, Frank, le mari est incapable de gérer les tâches ménagères et de s’occuper de ses filles : il fait appel à Ruby. Elle est donc sur place pour chercher des indices, écouter Barbara jouer avec ses poupées, sûrement la gamine a vu ou entendu quelque chose.
Qui de Mick ou de Ruby trouvera la clé du mystère?
Je ne vais pas vous livrer plus d’éléments. Lisez-le livre!
Lecture agréable, avec ce qu’il faut de rebondissements pour vous captiver.
C’est aussi une lecture intéressante qui fait revivre la fin des années 50, ces années où la prospérité des banlieues résidentielle cachait la pauvreté des quartiers noirs, où le rêve américain était pour les femmes limité à la frustration du rôle d’épouse et de mère. Temps révolus ? Pas si sûr, quand on voit que le racisme de la police a encore récemment tué, que le droit à l’avortement est remis en question dans certains états américains et que la crise des opiacées fait encore des ravages.
Exposition temporaire du 2 mars au 10 juillet 2022
Suzanne Valadon : La chambre bleue
Il y a 100 ans déjà, dans le Paris des années 20, les femmes qui avaient gagné leur liberté en remplaçant les hommes dans les usines, les transports… Dans l’euphorie de la paix retrouvée, Paris était une fête et de nombreuses femmes artistes venues de tous les horizons ont été pionnières aussi bien dans la peinture, la sculpture, la photographie, le cinéma, les arts décoratif, la danse ou la littérature.
les Droits des Femmes
marevna : La mort et la Femme
L’exposition du Luxembourg est ambitieuse parce qu’elle tente de replacer ces pionnières dans le contexte de la société. En introduction à l’exposition : un document vidéo montrant les femmes travaillant dans une usine d’armement, conduisant un autobus, agentes de voierie…Faisant face à l’écran : une carte qui montre les origines de toutes les artistes présentées dans l’exposition, de la Russie, à l’Amérique, l’Inde et toute l’Europe. Un tableau montre aussi les luttes pour le droit de vote refusé par trois fois au Sénat, le droit de se syndiquer (1920).
Chana Orlof ; moi et mon fils
Comment les avant-gardes se conjuguent au Féminin
mela Muter : femme au chat
De nombreuses femmes connues ou oubliées maintenant sont proposées : littérature et cinéma : comment Sylvia Beachet Adrienne Monnier ouvrent chacune une librairie, cinéma de Germaine Dulacet courts-métrages de Loie Fuller,
Vivre de son art
Sophie Taueber : marionnette le roi cerf
Vivre de son art est la condition première de l’indépendance des femmes. Certaines ont inventé de fabriquer des marionnettes, des poupées-portraits (Sophie Taueber, Marie Vassilieff, ou des tableaux textiles d’Alice Halicka, sans parler de Coco Chanel…
Marie laurenin : portrait de coco chanel
Représenter les corps autrement
De nouveaux modèles féminins apparaissent comme les Garçonnes, les sportives (1919 premier match de football féminin, Suzanne Lenglen) . De nouvelles stars comme Joséphine Baker, ou Suzy Solidor brillent dans le monde du spectacle.
Les femmes se représentent chez elles sans le regard du désir masculin, chez soi sans fard.
Tamara Lempicka
Une salle entière est dédiée à Tamara Lempicka qui revendique un regard érotique sur le désir des femmes pour des femmes.
Claude Cahun
Pionnière aussi pour le Troisième Genre avec les photos de Claude Cahunet les tableaux de Gerda Wegener mettant en scène son mari Lili Elbe, trans.
Gernda Wegener : la sieste
Pionnières de la Diversité
Pionnières venues du Brésil : Tarsila Do Amaral ou d’Inde, des Etats Unis.
l’exposition se termine sur un feu d’artifice avec American Picnic.
C’était une exposition très dense (trop dense) très riche qui aurait peut être mérité un peu plus d’espace que les salles étroites du Luxembourg. Orsay ou Grand Palais (Petit?) avec la disparition des jauges Covid, on se bouscule. j’aurais aimé rester plus longtemps pour tout lire, mieux regarder les documents vidéo mais il y avait vraiment trop de monde de 15h à 16h. chosir un autre créneau.
Exposition temporaire au MAM de Paris du 25 mars au 24 juillet 2022
affiche
Une affiche énigmatique!
Un nom qui l’est autant. Homme? femme? de quelle origine?
« Marie Čermínová, dite « Toyen », née à Prague le 21 septembre 1902 et morte à Paris le 9 novembre 1980, est une artiste peintre tchèque surréaliste » Wikipédia
Toyen 1930
TOYEN vient du Français CITOYEN et ce choix ne peut que me la rendre sympathique.
« 1919, Toyen a 17 ans. elle vient de quitter sa famille pour rejoindre les milieux anarchistes et communistes de Prague. »
Et voici encore de quoi me la rendre encore plus sympathique!
C’est une grande rétrospective que le MAM lui consacre.
le coussin
j’ai beaucoup aimé ses tableaux de jeunesse, entre 1922 et 1929, les coloris frais, la recherche poétique du détail aussi bien dans le sujet que dans la technique, grattage, épaississement, pochoir(?),
1926 Fata morgana
les avaleurs de sabre
Cirque, variété, music hall, ballet, pantomime, mélodrame, café-concert, fête populaire […]spectacle sans littérature et hors la littérature sont la véritable poésie fraîche électrique, le plus possible non naturaliste
Une autre série en couleurs violentes, en tableaux plus grands, aux limites de l’abstraction évoque des paysages, des aires géographiques, des paysages sous-marins
19311931 dans les mers du sud
Pendant cette même période, sur des carnets; elle fait des dessins érotiques, ces tableaux de coquillages sont-ils des visions érotique?
Toyen surréaliste
Dans les années 1933-1934, elle passe à des tableaux plus sombres avec des fonds gris, des dégoulinades et des zébrures noires. Les titres : Homme de glu, Dans le brouillard, spectre jaune, spectre rose introduisent un nouvel univers : celui du rêve, du somnambulisme
1935 la Femme magnétique
Toyen travaille sans harnais de sécurité au-dessus du toit de son profond somnambulisme, divaguant sans un geste, ressentant sans cesse une malédiction au dessus de l’ivresse » 1938
Effroi
De 1924, son premier voyage à Paris à 1939 où les surréalistes tchèques entrent en clandestinité, les voyages, les échanges épistolaires, les expositions surréalistes sont fréquents. En 1932, Toyen expose avec Max Ernst, Tanguy, Dali et Giacometti. En 1935, Breton vient à Prague avec Eluard. Dans une vitrine, des photos de Man Ray une vitrine on voit des lettres très affectueuses d’Eluard. Nombreuses sont les illustrations des livres des surréalistes, Soupault.
les spectres, objets fantômes, son rêve (1937) est cauchemardesque.
les voix dans la forêt
1939 – 1946 Cache-toi, guerre.
Cache toi guerre
Ces cauchemars sont-ils prémonitoires des horreurs de la guerre?
Pendant les années de guerre Toyen produit des cycles « Tir » et « Cache toi guerre »
Tir1945 la Guerre ou l’épouvantail de campagne
Elle cache pendant la guerre Heisler qui est juif. C’est avec lui qu’elle prendra la route de l’exil à Paris, fuyant le totalitarisme stalinien. Breton lui organise une exposition à Paris.
Le Nouveau Monde Amoureux (1967 -1980)
1968 le Nouveau Monde amoureux.
Toute une série de grands tableaux très sombres avec des formes indéfinies, des verts inquiétants des violets ou des marrons sinistres ne réussissent pas à me séduire, c’est trop monotone à mon goût.
1964 Le rêve
En revanche, la présence d’animaux même inquiétants comme des fauves, des hiboux ou des chiens de garde me plaisent.