Vence – la ville close et le Musée Matisse

CÔTE D’AZUR

Vence le frêne planté par François premier et peint par Soutine

De La Gaude à Vence , 7 km sur un itinéraire assez urbanisé fréquenté par de nombreux cyclistes le dimanche matin qui  passe devant la Chapelle Matisse ou Chapelle du Rosaire.

Matisse : chapelle du Rosaire, Vierge et l’enfant

La ville moderne de Vence est assez étendue, la ville ancienne, enclose dans ses remparts, petite. 

Place du Grand Jardin, se tient un petit marché qui vend surtout des fleurs. Les remparts enserrent presque entièrement la ville car les maisons y sont accolées. les portes sont aussi très bien conservées. A l’intérieur un lacis de ruelles pavées décorées de plantes en pots conduisent à la Place Clémenceau où se trouve l’Hôtel de Ville peint en jaune et précédé d’une sculpture cubique : la Vençoise de Jim Ritchie (1987).

Vence, Cathédrale et au premier plan la Vençoise

Non loin, la Cathédrale Notre Dame de la Nativité est bâtie sur l’emplacement d’un ancien temple romain de Mars puis d’une église mérovingienne. on peut encore y observer des pierres carolingiennes. Difficile de qualifier le style de cette église qui possède 5 nefs contenant des retables baroques avec une façade baroque. Dernier décor : la mosaïqu  pu admirer les stalles de e de Chagall sur le thème de Moïse dans le baptistère. Je n’ai malheureusement pas pu admirer les stalles de bois sculpté 5ème siècle dans les tribunes fermées. 

Au fond de la place un bâtiment avec un porche abrite une sorte de préau pavé orné d’un bélier de pierre.

Chaïm Soutine : Le Frêne de Vence

  Le Musée de Vence est logé dans le Château construit au 17ème siècle, accolé à la Tour de Peyra (12ème) ouvre à 11 heures . Le frêne planté par  François 1er en 1538 a été peint par Soutine. Sa taille est vraiment impressionnante. 

Au premier étage Scénocosme  de Grégory Lasserre et Anaïs met den Ancx est une série d’ installations interactives d’art numérique et sonore. Je suis assez imperméable à ces installations mais une médiatrice se présente. Sans elle je n’aurais jamais trouvé le mode d’emploi de ces œuvres. 

Frotter les pierres : au centre d’une salle obscure au sol en cercle des pierres. il convient de s’agenouiller ou de s’asseoir sur des coussins et de caresser les pierres qui produisent des ondes traduites par des images en noir et blanc sur un écran circulaire ainsi que des sons. la médiatrice insiste sur la connexion entre la pierre, le son et les interférences comme celle d’une pierre jetée dans l’eau. Référence aussi aux lithophones préhistoriques conçus pour effrayer les prédateurs (archéologie ou légende?) je suis sceptique.

Explorer la surface et la profondeur d’un voile qui est tendu comme la peau d’un tambour sur un cercle et qui vibre. Une caméra installée entre le voile et un miroir renvoie l’image de la de la silhouette sur le mur. C’est très futé, mais je n’adhère pas vraiment. La technologie m’amuse. 

Vous êtes invités à caresser des plantes délicatement : Lierre et Pothos réagissent et font entendre des sons. Amusant!

Tourne-disque? Une curieuse platine en bois de mûrier

En revanche j’ai été beaucoup plus séduite par la sculpture de bois Matière sensible : une fine lame de frêne est installée dans un support qui évoque un diapason ou une lyre.

Lyre?

Le bois vibre pour donner des sons. Cela évoque Penone dont j’ai vu l’exposition à la BnF. Un disque  est posé sur une chaîne HiFi, ce n’est pas un vinyle mais une tranche de tronc de mûrier avec les cernes. Alors que les premières installations ne m’ont pas vraiment touchée celles qui utilisent le bois me parlent. 

Au second étage Matisse : études préparatoires pour la Chapelle du Rosaire

A la billetterie on m’a signalé que les photos sont interdites, j’irai visiter la chapelle un autre jour, le dimanche impossible. 

chapelle du Rosaire

matisse : chapelle du Rosaire

Le dimanche il est difficile de visiter la chapelle. Nous y retournons le mercredi suivant en revenant du circuit dans les villages de montagne. Sur le bord de la route le bâtiment blanc, bas, ne se distingue pas des constructions environnantes. Il faut la chercher pour  la découvrir.

(interdit de photographier à l’intérieur de la chapelle, mais permis dans le petit musée en annexe)

Je remarque les vitraux somptueux, le grand Saint Dominique à côté de l’autel. le chemin de Croix est original, au fond de la chapelle dessiné sur le carrelage.

Madame Hayat – Ahmet Altan – Actes sud

TURQUIE

Roman d’amour, roman d’apprentissage, c’est une très belle histoire, toute en nuances, toute en finesse que Ahmet Altlan a imaginée alors qu’il était emprisonné. 

Fazil, étudiant en littérature, ruiné à la suite de la faillite et du décès de son père, emménage dans une sorte d’auberge où vivent des personnages marginaux, un père et sa petite fille, un videur de boîte de  nuit excellent cuisinier, un pieux travesti, un Poète qui n’écrit guère de poésie mais plutôt des écrits politiques. Il a trouvé un travail comme figurant dans une émission de variétés à la télévision. Au cours d’un tournage, il fait la connaissance de Madame Hayat (madame la Vie), une femme d’âge mûr, très libre et très séduisante. Malgré la différence d’âge, de statut social, d’intérêt dans la vie, une relation amoureuse se trame. Madame Hayat a une personnalité originale : 

Telle était l’immense liberté que j’éprouvais en m’affranchissant des bornes du temps. Madame Hayat était libre. Sans compromis ni révolte, libre seulement par désintérêt, par quiétude, et à chacun de nos frôlements, sa liberté devenait la mienne.

Peut-être que la seule responsabilité que j’aie envers moi-même est de me rendre heureuse. Comme à l’instant, ce que tu essaies de ruiner…

Fazil rencontre aussi Sila, une jeune fille de son âge, également étudiante en littérature, dont la famille aisée autrefois, se trouve frappée d’ostracisme politique et ruinée. Ils ont en commun l’amour de la littérature. Sila est charmante, ils sont amoureux, ont un projet : émigrer au Canada et fuir la Turquie où des jeunes étudiants manquent de perspectives.

Le lien spécial nous unissait, Sıla et moi, un lien solide fait de plaisirs partagés, d’un passé semblable, d’une
passion commune pour la littérature, et surtout de toutes les catastrophes que nous avions vécues. Mais
nous ne savions que faire de ce lien, nous n’arrivions pas à nous décider, rester amis, devenir le confident
de l’autre, ou être amants.

Fazil mène ses deux relations amoureuses de façon aussi intense mais il devra choisir quand Sila va organiser leur expatriation. Partira? Restera?

L’auberge où loge Fazil se trouve dans une rue « chaude » de la ville, des individus munis de grands bâtons font régner l’ordre moral et même la terreur quand le Poète se verra contraint au suicide. Par touches subtiles, l’auteur montre la censure, l’ordre et la peur que la dictature instaure.

Faire une blague sur le gouvernement est devenu un crime. Dorénavant, interdit de blaguer.

Il est aussi question de littérature, du courage en littérature. Comment enseigner la littérature? Les enseignants font preuve de courage, et pas seulement en littérature.

« Le fond de toute littérature, c’est l’être humain… Les émotions, les affects, les sentiments humains. Et le produit commun à tous ces sentiments, c’est le désir de possession. Quand vous voulez posséder quelqu’un, vous rendre maître de son cœur et de son âme, c’est l’amour. Quand vous voulez posséder le corps de quelqu’un, c’est le désir, la volupté. Quand vous voulez faire peur aux gens et les contraindre à vous obéir, c’est le pouvoir. Quand c’est l’argent que vous désirez plus que tout, c’est l’avidité. Enfin, quand vous voulez l’immortalité, la vie après la mort, c’est la foi. La littérature, en vérité, se nourrit de ces cinq grandes passions humaines dont l’unique et commune source est le désir de possession, et elle ne traite pas d’autre chose. Tel est le fond. Il s’arrêta pour regarder la salle. — Comment changerez-vous ce fond-là ? »

A travers la Provence : Apt, les Gorges du Verdon, installation à La Gaude

CÔTE D’AZUR

Moustiers-Sainte -Marie

Le GPS nous entraîne immanquablement sur l’autoroute si nous programmons la destination finale : La Gaude. Pour le contrarier nous lui indiquons Apt et suivons le chemin des écoliers la D900 qui se trouve être la Via Domitia (de Narbonne au Montgenèvre). Passons à travers des vergers très soignés taillés en espaliers, protégés par des filets roulés en cette saison, et abrités par des haies de cyprès ainsi que quelques oliveraies. Dans le Luberon, un Geoparc m’intéresserait bien Près d’Apt les crêtes bleues des Alpes bornent le lointain. 

Apt

Capitale du Fruit confit, commune sans OGM. J’y découvre le plus joli marché provençal, animé même hors saison en février. Il s’étend dans toute la ville. Artisanat de luxe, bijoux de pierres dures, des paniers, miels de différentes couleurs et fleurs, fromages. Ici, le réparateur d’horloges comtoises, là le rempailleur. peu d’alimentaire. J’ai cherché les fruits confits, connus des cruciverbistes et je suis rentrée bredouille.

Moustiers Sainte Marie

Ville de la faïence, vue de loin accrochée à la montagne sous des falaises impressionnantes.

Gorges du Verdon

Verdon : Lac de Sainte Croix

Le lac de Sainte Croix est bleu turquoise très vif à travers les arbres. Malgré la saison hivernale il y a du monde sur la plage et même quelqu’un se baigne. La route s’engage alors dans un défilé au-dessus des gorges. On devine le ruisseau qui a entaillé la falaise beaucoup plus bas.

Verdon vu du belvédère

Le belvédère de Mayreste été aménagé à 200 m d’un parking.  Le sentier passe dans les buis. Sur certains versants il ne pousse que des buis roussis en hiver. La pyrale est présente mais les buis résistent. Je regrette d’avoir coupé ceux du Vaurayet. La base du belvédère est vraiment très glissante, la roche est polie comme un miroir. Je m’accroche à la rembarde métallique qui sécurise l’observatoire. 

Nous nous arrêtons pour déjeuner sous un arbre en fleur.

la D952 passe au Point sublime Après un tunnel elle s’enfonce dans le canyon dans l’ombre (surprenant il est 14h et il fait grand soleil). On passe Pont de soleil et l’on quitte la D952 avant Castellane pour entrer dans le Var.

l’Argelière, notre gîte à La Gaude

Nous arrivons à La Gaude à 16 heures. Notre gîte se trouve non loin du village historique qu’il ne faut surtout pas traverser en voiture (on nous avait prévenues mais le GPS nous y a entraînées). Les rues serpentent, les épingles à cheveux surprennent. Enfin! les mimosas en fleur! Notre gîte L’Argelière est bâti au dessus du jardin remarquable construit en terrasses sur un terrain très en pente. De petits iris sont fleuris. Notre propriétaire me le fera visiter demain. 

 

 

 

Antigone – Henry Bauchau – Actes sud

LIRE POUR LA GRECE

« Oui, moi Antigone, la mendiante du roi aveugle, je me découvre rebelle à ma patrie, définitivement rebelle à Thèbes, à sa loi virile, à ses guerres imbéciles et à son culte orgueilleux de la mort.  » dans LA COLERE

Antigone est l’héroïne du Théâtre grec qui me fascine le plus : Antigone est la femme qui dit NON! Celle qui le crie. C’est aussi la fille d’Œdipe qui l’a guidé, aveugle sur les chemins de Grèce, qui a mendié pour lui. Fille de Roi, de Reine, mendiante.  

Antigone de Sophocle a inspiré de nombreux écrivains et metteurs en scène. C’est la tragédie la plus impressionnante, jouée chaque fois dans un  paroxysme de l’Histoire. La version qui m’a impressionnée le plus est celle de Adel Hakim jouée par le Théâtre national palestinien aux Théâtre des Quartiers d’Ivry  que j’ai été voir deux fois. Tragédie de Beyrouth dans le  4ème Mur de Sorj Chalandon . J’ai même vu une Antigone Ukrainienne/Russe, un peu punk et musicale de Lucie Bérelowitsch qui a choisi une version de Brecht/Sophocle. Bien sûr, il y a celle d‘Anouilh(1944). 

Antigone de Bauchau n’est pas une pièce de théâtre mais un roman qui fait suite à Oedipe sur la Route lu il y a douze ans qui m’avait laissé un souvenir inoubliable. Avec  368 pages, l’auteur développe une histoire plus longue avec de nombreux personnages, avec des retours dans l’épopée de Thébes :  Œdipe et Jocaste  et sur les pérégrinations d’Œdipe. 

Antigone de Bauchau commence avec le retour de l’héroïne à Thèbes après la mort d’Œdipe. Antigone est entourée des compagnons de son père : Clios qui peint une fresque pour Thésée à Athènes et qui la met en garde:

« En retournant à Thèbes tu vas suivre, toi aussi, le chemin du rouge. Tu seras en grand danger, au centre de la guerre entre tes frères. Est-ce nécessaire Antigone? »

Bauchau développe l’histoire des jumeaux : Polynice et Etéocle, désiré et souverain, Etéocle toujours en rivalité. De la jalousie d’Etéocle et de la domination de Polynice, il ne peut que résulter le combat, combat à mort. Dédoublements, Etéocle demande à Antigone de sculpter deux statues de Jocaste , il offre un étalon noir à Polynice qui part à la recherche d’un cheval aussi fougueux, aussi beau, blanc.

« mon corps, bien avant moi, sait ce qu’il faut faire. Il se jette à genoux et, le front sur le sol, extrait de la terre elle-même un non formidable. C’est un cri d’avertissement et de douleur qui brise la parole sur les lèvres d’Ismène. C’est le non de toutes les femmes que je prononce, que je hurle, que je vomis avec celui d’Ismène et le mien. Ce non vient de bien plus loin que moi, c’est la plainte, ou l’appel qui vient des ténèbres et des plus audacieuses lumières de l’histoire des femmes. »

 

Au lieu de se tenir comme Sophocle,  à l’épisode de l’interdit de la a sépulture de Polynice, par Créon, et du refus de  la tyrannie par Antigone,  privilégiant  la loi des Dieux avec  la tradition des honneurs dus aux morts, par rapport à la loi de la Cité (le décret de Créon), Bauchau inscrit les funérailles à la fin de l’histoire de la guerre de Thèbes. Il raconte toute une épopée. Epopée guerrière, histoire d’amour, relations familiales…La tyrannie de Créon n’entre en scène qu’après les trois quarts du livre.

« Nous les femmes, les sœurs, nous devons seulement enterrer Polynice et dire non, totalement non à Créon. Il est le roi des Thébains vivants, il n’est pas celui des morts. »

Antigone n’est pas seulement celle qui dit non. C’est aussi celle qui ne veut pas choisir l’un ou l’autre de ses frères, qui va tenter de faire la paix entre eux. C’est aussi l’héroïne qui va soigner les blessés, faire de sa maison un refuge pour les pauvres et pour des personnalités un peu étranges, comme le faux aveugle Dirkos qui chante les chants d’Oedipe, ou Timour, le Nomade cavalier et archer, qui apprend à Antigone le « chant de l’arc ». Antigone est une femme puissante, cavalière accomplie, archère.

Sans affaiblir la tragédie, Bauchau brode, interrompt son récit comme l’aède qui peut réciter des milliers de vers. Ce n’est pas un théâtre politique. C’est une véritable épopée.

Lu dans le cadre du MOIS BELGE 2022

Vers le Sud : étape à Avignon

COTE D’AZUR 

Avignon : Le Palais des Papes un soir de Mistral

Paris-Lyon : itinéraire tant parcouru sur la route des Alpes, hiver comme été, sempiternelles aires de repos, je croyais m’ennuyer. Je redécouvre l’Auxerrois, Epoisses sur sa colline, le Canal de Bourgogne. A la limite de 0°C, l’herbe est givrée, les silhouettes  de grands chênes, les sapins verts se détachent. Au dessus des villages fortifiés s’élèvent des colonnes de fumée. Je suis surprise de ma surprise, ravie. Le Morvan est hivernal et glacé. Nous avions quitté un « presque-printemps » avec des haies fleuries, des prunus roses pour trouver ici des arbres défeuillés et austères. Nous ne retrouverons les floraisons que bien au sud de Lyon. 

Donzère Mondragon

Péage de Vienne : le vignoble, les collines escarpées  nous invitent à quitter l’autoroute. Sortie 18 après Montélimar pour rejoindre Donzère. Nous pique-niquons au barrage de Donzère-Mondragon sur le pont qui franchit le Canal de Donzère. Je remarque, amusée, que le grand tablier métallique a notre âge (1951). Dommage qu’il ne soit pas prévu d’explications techniques en plis du panneau pour la flore et la faune (site Natura2000). Wikipédia m’apprend que le canale de 24 km a été aménagé avec l’aide du plan Marshall (1946-1953) pour réguler le cours du rhône mais aussi pour le refroidissement de la Centrale nucléaire de Tricastin. le barrage de Donzère-Mondragon produit assez d’électricité pour l’équivalent de la consommation de la ville de Lyon. Le Mistral souffle, j’ai remis mon anorak.

Nationale 7 jusqu’à Pont Saint Esprit, jolie vue sur le vieux pont médiéval et ses clochers. 

Les remparts d’Avignon et la Porte Saint Roch

15h30 arrivée à Avignon . Ibis Budget se trouve juste après le pont moderne. Très bien situé devant les remparts sur le bld Saint Dominique où passe un petit tramway blanc. Il est un peu tard pour les visites de musées que j’avais prévues. il fait si  beau que je n’ai pas envie de m’enfermer et préfère marcher dans les rues de la ville close.

Passant par la Porte Saint Roch, je découvre des rues étroites, presque des ruelles, résidentielles. Pas un seul commerce alimentaire. La rue Raspail est  rectiligne, plantée de platanes. La Rue de la République  concentre les enseignes inévitables  FNAC MacDo, l’Occitane; Carrefour-contact…Uniformisation des commerces, quel ennui!

D’un côté, la Gare, de l’autre la Place de l’Horloge, plus loin le Palais des Papes. Un square derrière une église est juste derrière la rue Fabre « l’Homère des insectes« , cette dénomination m’enchante. 

Au Petit Palais l’heure de fermeture est avancée à 17h en hiver. Il est 16h20 et on ne vend déjà plus de billets.

Sur la Place de l’Horloge, une Ukrainienne chante a-capella  entourée d’une douzaine de jeunes portant des panneaux jaunes et bleus. Une vidéaste filme, quelques passants s’arrêtent. Aujourd’hui 25 février, ils sont bien clairsemés.  Avec le Mistral il n’y a personne aux terrasses des cafés.

Le vaste parvis du Palais des Papes balayé par le vent est désert. La lumière est parfaite pour les photos.

Avignon Pont Saint Benezet

Le Jardin des Doms, sur le rocher, célèbre Jean Vilar avec une exposition de photos. je reconnais Philippe Noiret et Sylvia de Montfort. La vue sur le Rhône est saisissante sur le Pont Bénezet. Le vent souffle si fort que mes photos seront floues. 

Je me réfugie dans la jolie église Notre Dame de Doms d’où je suis chassée par une bonne sœur « on ferme!« .

Je cherche le coin le moins venté pour attendre Claudine et nous nous réfugions à l’intérieur d’un beau café Place de l’Horloge. J’avais fantasmé un verre en terrasse entre le vieux manège, le théâtre et l’Hôtel de Ville. Ce sera un café bien serré pour me revigorer. Plaisir des retrouvailles. Avec nos blogs, j’ai l’impression que nous ne sommes jamais éloignées.

 

Un long si long après-midi – Inga Vesper – Ed La Martinière

POLAR FEMINISTE, ANTIRACISTE

« Hier, j’ai embrassé mon mari pour la dernière fois.  Il ne le sait pas, bien sûr. Pas encore »

Ainsi commence le roman,  Joyce, disparaît et laisse dans sa cuisine une inquiétante flaque de sang et un pyjama de bébé. Ses deux filles attendent son retour. 

La police appelée sur place, arrête Ruby, la femme de ménage. Seule raison : elle est noire.

Toutes les femmes du quartier se mobilisent pour retrouver Joyce. Quartier cossu, pavillons de rêve, avec piscine et jardin, une pelouse bien entretenue, des géraniums en pot, une cuisine modèle, deux jolies petites filles, un gentil mari : le rêve américain!

Joyce a disparu, rien ne laisse supposer qu’elle est morte. Au contraire, on pense plutôt qu’elle quitte le domicile conjugal pour son amant, ou pour sa vocation de peintre, pour respirer tout simplement.

Le sang est un indice dérangeant. L’inspecteur chargé de l’enquête, Mick soupçonne un avortement qui aurait mal tourné. Justement, Joyce a consulté un médecin dans la matinée. Ces ménagères comblées par le rêve californien sont, pour beaucoup, sous anti-dépresseurs…

L’enquête  conduit Mick dans une réunion de club féminin:  leçons de peinture, d’économie domestique, réunions amicales. L’enquêteur découvre un monde qu’il ne soupçonnait pas, même si sa femme fréquente aussi un club analogue. De lourds secrets se cachent sous le bonheur affiché.

Mick a fait libérer Ruby : aucune charge ne pesant sur elle. Il aimerait l’interroger, mais la jeune femme est méfiante. Elle n’attend rien d’un policier blanc, que des ennuis. Elle n’est donc pas très coopérative. Quoique…la récompense que la police fait miroiter ferait bien son affaire ; elle économise pour entrer à l’université. Mais ce n’est pas la seule raison qui motive Ruby. Elle veut savoir ce qui est arrivé à Joyce. Etrangement les deux femmes étaient  proches, elles s’étaient confiées des blessures intimes.

Après la disparition de sa femme, Frank, le mari est incapable de gérer les tâches ménagères et de s’occuper de ses filles : il fait appel à Ruby. Elle est donc sur place pour chercher des indices, écouter Barbara jouer avec ses poupées, sûrement la gamine a vu ou entendu quelque chose.

Qui de Mick ou de Ruby trouvera la clé du mystère?

Je ne vais pas vous livrer plus d’éléments. Lisez-le livre!

Lecture agréable, avec ce qu’il faut de rebondissements pour vous captiver.

C’est aussi une lecture intéressante qui fait revivre la fin des années 50, ces années où la prospérité des banlieues résidentielle cachait la pauvreté des quartiers noirs, où le rêve américain était pour les femmes limité à la frustration du rôle d’épouse et de mère. Temps révolus ? Pas si sûr, quand on voit que le racisme de la police a encore récemment tué, que le droit à l’avortement est remis en question dans certains états américains et que la crise des opiacées fait encore des ravages.

 

 

Pionnières – Artistes dans le Paris des années folles au musée du Luxembourg

Exposition temporaire du 2 mars  au 10 juillet 2022

Suzanne Valadon : La chambre bleue

Il y a 100 ans déjà, dans le Paris des années 20, les femmes qui avaient gagné leur liberté en remplaçant les hommes dans les usines, les transports… Dans l’euphorie de la paix retrouvée, Paris était une fête et de nombreuses femmes artistes venues de tous les horizons ont été pionnières aussi bien dans la peinture, la sculpture, la photographie, le cinéma, les arts décoratif, la danse ou la littérature.

les Droits des Femmes

marevna : La mort et la Femme

L’exposition du Luxembourg est ambitieuse parce qu’elle tente de replacer ces pionnières dans le contexte de la société. En introduction à l’exposition : un document vidéo montrant les femmes travaillant dans une usine d’armement, conduisant un autobus, agentes de voierie…Faisant face à l’écran : une carte qui montre les origines de toutes les artistes présentées dans l’exposition, de la Russie, à l’Amérique, l’Inde et toute l’Europe. Un tableau montre aussi les luttes pour le droit de vote refusé par trois fois au Sénat, le droit de se syndiquer (1920).

Chana Orlof ; moi et mon fils

Comment les avant-gardes se conjuguent au Féminin

mela Muter : femme au chat

De nombreuses femmes connues ou oubliées maintenant sont proposées : littérature et cinéma : comment Sylvia Beach et Adrienne Monnier ouvrent chacune une librairie, cinéma de Germaine Dulac et courts-métrages de Loie Fuller,

Vivre de son art

Sophie Taueber : marionnette le roi cerf

Vivre de son art est la condition première de l’indépendance des femmes. Certaines ont inventé de fabriquer des marionnettes, des poupées-portraits (Sophie Taueber, Marie Vassilieff, ou des tableaux textiles d’Alice Halicka, sans parler de Coco Chanel

Marie laurenin : portrait de coco chanel

Représenter les corps autrement

De nouveaux modèles féminins apparaissent comme les Garçonnes, les sportives (1919 premier match de football féminin, Suzanne Lenglen) . De nouvelles stars comme Joséphine Baker, ou Suzy Solidor brillent dans le monde du spectacle.

Les femmes se représentent chez elles sans le regard du désir masculin, chez soi sans fard.

Tamara Lempicka

Une salle entière est dédiée à Tamara  Lempicka qui revendique un regard érotique sur le désir des femmes pour des femmes. 

Claude Cahun

Pionnière aussi pour le Troisième Genre avec les photos de Claude Cahun et les tableaux de Gerda Wegener mettant en scène son mari Lili Elbe, trans. 

Gernda Wegener : la sieste

Pionnières de la Diversité

Pionnières venues du Brésil : Tarsila Do Amaral ou d’Inde, des Etats Unis.

l’exposition se termine sur un feu d’artifice avec American Picnic.

C’était une exposition très dense (trop dense) très riche qui aurait peut être mérité un peu plus d’espace que les salles étroites du Luxembourg. Orsay ou Grand Palais (Petit?) avec la disparition des jauges Covid, on se bouscule. j’aurais aimé rester plus longtemps pour tout lire, mieux regarder les documents vidéo mais il y avait vraiment trop de monde de 15h à 16h. chosir un autre créneau.

Connaissez-vous Toyen?

Exposition temporaire au MAM de Paris du 25 mars au 24 juillet 2022

affiche

Une affiche énigmatique!

Un nom qui l’est autant. Homme? femme? de quelle origine?

« Marie Čermínová, dite « Toyen », née à Prague le 21 septembre 1902 et morte à Paris le 9 novembre 1980, est une artiste peintre tchèque surréaliste » Wikipédia

Toyen 1930

TOYEN vient du Français CITOYEN et ce choix ne peut que me la rendre sympathique. 

« 1919, Toyen a 17 ans. elle vient de quitter sa famille pour rejoindre les milieux anarchistes et communistes de Prague. » 

Et voici encore de quoi me la rendre encore plus sympathique!

C’est une grande rétrospective que le MAM lui consacre.

le coussin

j’ai beaucoup aimé ses tableaux de jeunesse, entre 1922 et 1929, les coloris frais, la recherche poétique du détail aussi bien dans le sujet que dans la technique, grattage, épaississement, pochoir(?),

1926 Fata morgana

 

les avaleurs de sabre

Cirque, variété, music hall, ballet, pantomime, mélodrame, café-concert, fête populaire […]spectacle sans littérature et hors la littérature sont la véritable poésie fraîche électrique, le plus possible non naturaliste

Une autre série en couleurs violentes, en tableaux plus grands, aux limites de l’abstraction évoque des paysages, des aires géographiques, des paysages sous-marins

1931
1931 dans les mers du sud

Pendant cette même période, sur des carnets; elle fait des dessins érotiques, ces tableaux de coquillages sont-ils des visions érotique?

Toyen surréaliste

Dans les années 1933-1934, elle passe à des tableaux plus sombres avec des fonds gris, des dégoulinades et des zébrures noires. Les titres : Homme de glu, Dans le brouillard, spectre jaune, spectre rose introduisent un nouvel univers : celui du rêve, du somnambulisme

1935 la Femme magnétique

Toyen travaille sans harnais de sécurité au-dessus du toit de son profond somnambulisme, divaguant sans  un geste, ressentant sans cesse une malédiction au dessus de l’ivresse » 1938

 

Effroi

De 1924, son premier voyage à Paris à 1939 où les surréalistes tchèques entrent en clandestinité, les voyages, les échanges épistolaires, les expositions surréalistes sont fréquents. En 1932, Toyen expose avec Max Ernst, Tanguy, Dali et Giacometti.  En 1935, Breton vient à Prague avec Eluard. Dans une vitrine, des photos de Man Ray une vitrine on voit des lettres très affectueuses d’Eluard. Nombreuses sont les illustrations des livres des surréalistes, Soupault.

les spectres, objets fantômes, son rêve (1937) est cauchemardesque.

les voix dans la forêt

1939 –  1946 Cache-toi,  guerre.

Cache toi guerre

Ces cauchemars sont-ils prémonitoires des horreurs de la guerre?

Pendant les années de guerre Toyen produit des cycles « Tir » et « Cache toi guerre » 

Tir
1945 la Guerre ou l’épouvantail de campagne

Elle cache pendant la guerre Heisler qui est juif. C’est avec lui qu’elle prendra la route de l’exil à Paris, fuyant le totalitarisme stalinien. Breton lui organise une exposition à Paris.

Le Nouveau Monde Amoureux (1967 -1980)

1968 le Nouveau Monde amoureux.

Toute une série de grands tableaux très sombres avec des formes indéfinies, des verts inquiétants des violets ou des marrons sinistres ne réussissent pas à me séduire, c’est trop monotone à mon goût.

1964 Le rêve

En revanche, la présence d’animaux même inquiétants comme des fauves, des hiboux ou des chiens de garde me plaisent.

 

1960 Nouent et renouent

Pour finir, Nouent er renouent est mon préféré.

Nueve Cuatro – Nicolas Laquerrière – Harper Collins

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

le pont de Choisy

Quand Babélio a proposé Nueve Cuatro roman policier se déroulant dans le 9-4, je me suis précipitée. J’aime lire des polars. Le 94 c’est chez moi! L’auteur est de Choisy-le-Roi , j’y vais presque tous les jours me promener au Parc interdépartemental des Sport, ou sur les bords de Seine.

Au premier abord, Henri le héros, retraité 71 ans, ancien comptable, heureux occupant d’un pavillon proche de la Seine, grand lecteur de policiers, diabétique au bout du rouleau, aurait pu être un enquêteur atypique qui ne pouvait que m’intriguer. Sa voisine, Clara, lycéenne disparaît. Henri se met en campagne pour le retrouver.

Suspectant un enlèvement ou un trafic louche, il part dans les quartiers louches de Ratigny (banlieue s’étendant de part et d’autres de la Seine, parcourue par l’A86, pavillons et cité). Je retrouve une géographie familière.

J’étais donc dans les meilleures dispositions pour passer un bon moment. Au bout d’une cinquantaine de pages, cela déraille. Un bestiaire de lapins, crocodile, cheval, traverse la ville, cela se veut fantastique, c’est raté. Henri se trouve propulsé dans un monde de petites racailles, de trafics d’extorsions de fonds, de traites de femmes.

Tout ce monde-là parle verlan, un dialecte djeun pas très inventif que l’auteur orthographie comme les Sms ce qui rend la compréhension difficile. Par exemple : « caillera » on comprend, « kaïra« , c’est déjà plus difficile. Parsemer les dialogues de whesh et wallah, cela fait peut être exotique pour les Parisiens, c’est facile et cela n’apporte pas grand chose. C’est même d’une pauvreté affligeante. L’argot pourrait être riche, créatif, imaginatif, drôle, le « djeun » simplifié est juste répétitif.

L’intrigue n’avance pas, les personnages stéréotypés, simplifiés, juste capable de se battre, de s’insulter, et dès que des armes entrent en jeu de se massacrer. Combats de coqs sans panache. Je m’ennuie. je m’ennuie même beaucoup.

Par politesse, je me sens obligée de lire le livre jusqu’au bout. Quelle punition, quelle corvée! Henri devient le superhéros avec sa voiture pleine de carabines, de moins en moins crédible. Et en dehors des luttes de pouvoir entre les divers truands, il ne se passe strictement rien. Les cadavres s’accumulent sans aucune conséquence, d’autres bandes surgissent, bien identifiées, elles serviront de cibles. on se dirait dans un jeu vidéo….

Je suis désolée de faire une critique si négative, je remercie l’éditeur et babélio pour le livre. Suis-je ingrate?

Le Cousin Pons – Balzac

LESCTURE COMMUNE : BALZAC

le cousin Pons et son spencer-Empire

Le Cousin Pons est un roman très sombre de la Comédie Humaine.

Sylvain Pons est un musicien qui a eu son heure de gloire sous l’Empire

« auteur de célèbres romances roucoulées par nos mères, de deux opéras joués en 1815 et 1816… »

Il a gardé de cette période faste, le costume spencer démodé au temps où se déroule le roman (1844) et l’habitude des dîners fins en ville qu’il fréquente encore pique-assiette, toléré à la table de lointains cousins d’une famille bien élargie d’où son nom de « Cousin Pons ». Il vit chichement de son poste de chef d’orchestre dans un Théâtre de Boulevard en compagnie d’un pianiste allemand Schmucke. Les deux musiciens sont inséparables, dans le quartier on les appelle « les casse-noisettes ». Ils logent rue de Normandie dans le Marais et la portière de la maison, Madame Cibot tient leur ménage.

En plus de la gourmandise, Pons a une autre passion : la brocante. Alors que les  Camusot, le notaire Cardot, le comte Popinot méprisent ce parent pauvre,  une anecdote suggère l’importance de la collection d’art de Pons : il offre un éventail décoré par Watteau, dédaigné par la Présidente de Marville qui ne connaît même pas le peintre et qui lui joue un sale tour. C’est le début de la brouille entre Pons et ses parents fortunés. C’est aussi l’entrée en scène de madame Cibot, la portière.

Pons faisait de vains efforts pour répondre, la Cibot parlait comme le vent marche. Si l’on a trouvé le moyen
d’arrêter les machines à vapeur, celui de stopper la langue d’une portière épuisera le génie des inventeurs.

Tandis que la famille de Pons le méprise, madame Cibot éclairée par  le brocanteur Rémonenq découvre la valeur des tableaux du Musée-Pons qui contient des Raphaël, Dürer, et des objets exceptionnels. 

« Ici commence le drame, ou, si vous voulez, la comédie terrible de la mort d’un célibataire livré par la force des
choses à la rapacité des natures cupides qui se groupent à son lit »

Rejeté par ses parents, Pons tombe malade et se trouve sous l’emprise de Madame Cibot qui va tendre le piège fatal pour dépouiller les musiciens naïfs. Elle trouve dans le quartier des complices qui ont tous intérêt à profiter de cette bonne fortune : le brocanteur, le marchand de tableau Magus,  le médecin Poulain, l’homme de loi Fraisier et toute une clique peu recommandable. La machination est infernale. L’issue inéluctable. le lecteur assiste à l’agonie du musicien puis à celle de son ami.

« mais, après tout, vois-tu, la vie est bien triste, les entrepreneurs chipotent, les rois carottent, les ministres
tripotent, les gens riches économisotent… Les artistes n’ont plus de ça ! dit-elle en se frappant le cœur, c’est un temps à mourir… Adieu, vieux ! »

Balzac détaille tous les rouages de cette machine infernale et les dessous de l’ascension sociale de ces intrigants impitoyables. Et comme d’habitude, il nous surprend par une visite chez une voyante, une autres dans les coulisses du théâtre. On ne s’ennuie pas sauf pendant les commérages et bavardages de la Cibot, mais c’est à dessein….