Au village de Surtainville, la boulangerie est aussi agence postale, épicerie, fruits légume. Une des spécialités locale est le « pain au beurre » : une boule qui ressemble un peu à une brioche. Excellente pour le petit déjeuner.
La mer est à 600 m de notre gîte, elle est cachée par une dune infranchissable par Dominique. Il y a une entrée aménagée à côté du poste de Secours et de l’Ecole de surf. A mer descendante, la plage est immense. Elle est si grande que je n’arrive pas jusqu’au bout en marchant pieds nus les pieds dans l’eau.
Plage dune oyats
Vers 17 h nous partons explorer la côte par la Route des Caps qui n’est pas une route définie mais un itinéraire sur les petites routes proche du littoral de village en village. Carteret se trouve 12 km plus au sud. Un port et une station balnéaire pour changer. Nous montons au Cap Carteret où se trouve le sémaphore. La vue plongeante sur la plage est saisissante. A marée basse, des dunes sous marines séparées par des bâches se déploient en éventail. Du Cap on voit la « côte des havres« plus basse et sableuse qui s’étend jusqu’à Granville.
Lundi jour de marché à Bricquebec! La rue principale est occupée par le plus joli marché de campagne : Surprenante, la présence d’animaux vivants : canards dans des cages, lapins et même des moutons. Les maraîchers ont apporté leurs productions locales : les carottes de Créances sont renommées, les pommes de terre de Surtainville…et partout on voit des champs avec des poireaux ou des oignons du Cotentin. Les étals sont aussi fleuris. Une dame assise sur son pliant propose trois salades et de petits tas de légumes vairés ainsi que quelques bouquets. Plus loin il y a de véritables carrés de petits plants de salades à repiquer. Bien sûr, il y a aussi des food-trucks ou des « spécialités-régionales-attrapent-touristes » mais finalement très peu.
production maison!
On entre dans la cour du château en passant sous un porche. L’enceinte est complète, elle enferme une vaste cour circulaire autour d’une motte portant le donjon (11ème siècle). Le corps du logis avec la vaste salle d’apparat est maintenant un hôtel.
Château de Bricquebec
Histoire du château
Ses origines remontent à l’époque viking avec le chevalier Anslech. Un baron de Bricquebec, Robert Brertan accompagnât Guillaume le conquérant en Angleterre. En 1207, quand la Normandie fut annexée à la couronne de France, Bricquebec perdit ses terres anglaises.
1325, pendant la Guerre de Cent ans, des rivalités avec Geoffroy d’Harcourt entraînèrent une allégeance à l’Angleterre.
1346 : débarquement des Anglais à Saint Vaast-la-Hougue
1417 nouveau débarquement anglais, le château fut occupé et resta sous domination anglaise jusqu’en 1450.
Au château de Caen, l’histoire de la Guerre de Cent ans est racontée en détail.
château de Bricquebec 2
A Bricquebec aussi, le topo-guide Chamina propose le circuit N°26 (12 km – 3h45) empruntant l’Allée Verte jusqu’à la Cage (un hameau de Rocheville) distant de 6 km. L’allée Verte est un tronçon de l’itinéraire cycliste qui relie Cherbourg au Mont Saint Michel. C’est une large piste bien lisse, bien droite passant sous une voûte de très beaux arbres qui me protégeront complètement de l’averse. Mieux pour les cyclistes que pour les piéton (le parcours est assez monotone). En se rapprochant de Rocheville, elle est bordée de noisetiers, cerisiers et charmes. En contrebas, il y a de beaux jardins potagers. je retrouve Dominique au pied de la grande église de Rocheville. L’ennui c’est que dès qu’on quitte un circuit du topo-guide ce n’est pas aisé de retrouver la suite. Nous ne verrons pas l’Allée couverte – prétexte de la randonnée. Ce n’est pas un monument très connu. Le jeune qui descend de son tracteur pour expliquer le chemin n(en a jamais entendu parler, pourtant le dolmen se situe dans un rayon de moins d’un kilomètre. Les témoignages de la Préhistoire savent se montrer discrets.
Pendant que je marchais sur l’Allée Verte, Dominique a acheté un festin : une araignée, des bulots pour un déjeuner au jardin du gîte. C’est très amusant et très long de décortiquer l’araignée, on mange tout sauf les branchies trop coriaces. Pour terminer figues violettes et chasselas.
« Voilà là-bas, à côté de Coralie, un jeune homme… comment se nomme-t-il ? Lucien ! il est beau, il est poète, et, ce qui vaut mieux pour lui, homme d’esprit ; eh ! bien, il entrera dans quelques-uns de ces mauvais lieux de la pensée appelés journaux, il y jettera ses plus belles idées, il y desséchera son cerveau, il y corrompra son âme, il y commettra ces lâchetés anonymes qui, dans la guerre des idées, remplacent les stratagèmes, les pillages, les incendies, les revirements de bord dans la guerre des condottieri »
Les Illusions perdues racontent l’histoire de Lucien, Lucien Chardon ou Lucien de Rubempré comme il aimerait s’appeler. Lucien, fils d’apothicaire d’Angoulême qui monte à Paris avec un recueil de poèmes et un roman à la manière de Walter Scott, chercher la gloire.
Il se vit, dans Angoulême, comme une grenouille sous sa pierre au fond d’un marécage. Paris et ses splendeurs, Paris, qui se produit dans toutes les imaginations de province comme un Eldorado, lui apparut avec sa robe d’or, la tête ceinte de pierreries royales, les bras ouverts aux talents. Les gens illustres allaient lui donner l’accolade fraternelle. Là tout souriait au génie.
Il est aimé de Louise, Madame de Bargeton, qui règne de son salon sur toute la noblesse d’Angoulême. Lucien imagine que Madame de Bargeton lui ouvrira les portes des salons de Paris.Le personnage de Louise (Naïs) est intéressant : jeune fille lettrée, curieuse, ambitieuse, mariée à un homme plus âgé, plutôt balourd qui s’étiole dans sa province?
Elle adorait lord Byron, Jean-Jacques Rousseau, toutes les existences poétiques et dramatiques. Elle avait des larmes pour tous les malheurs et des fanfares pour toutes les victoires. Elle sympathisait avec Napoléon vaincu, elle sympathisait avec Méhémet-Ali massacrant les tyrans de l’Égypte. Enfin…
Et elle croit avoir découvert un génie, un jeune poète, beau et doué : Lucien.
C’est aussi l’histoire de David Séchard, imprimeur, l’ami de Lucien qui se ruine pour soutenir les ambitions parisiennes de Lucien.
Lucien perdra vite ses illusions de succès comme poète et écrivain, mais il réussit une belle carrière comme journaliste, séduit Coralie, une actrice en vogue… tout semble lui réussir. Balzac en profite pour décrire le milieu du journalisme, comment se font et se défont les réputations, comment politique et journalisme s’entremêlent. C’est ce qui m’a le plus intéressée dans ce gros roman.
Une voix lui cria bien : « L’intelligence est le levier avec lequel on remue le monde. » Mais une autre voix lui cria que le point d’appui de l’intelligence était l’argent.
Lucien a pour capital sa beauté, de l’esprit et la capacité d’écrire poèmes ou articles de journaux spirituels, mais il est pauvre et roturier, même si sa mère a pour nom de jeune fille de Rubempré. Plus dure sera la chute….
A Angoulême, David Séchard vivote dans son imprimerie convoitée par des concurrents terrible. Mais il a une idée, une invention : il va révolutionner la fabrication du papier….
Journalisme, imprimerie,papeterie, sont liés et Balzac nous fait découvrir les mécanismes de l’époque. C’est passionnant!
En revanche, je me suis bien ennuyée quand il s’appesantit sur l’élégance, les costumes, les couturiers et tailleurs. La description des tenues à la mode tient une place démesurée dans le récit.J’avais surtout lu des romans courts (ou de longues nouvelles), ce gros roman de plus de 500 pages m’a parfois découragée.
Topo-guide Chamina N°21 – circuit 2h45 – 10.5 km au départ du village de Gruchy
maison natale de Jean François Millet à Gréville
Jean-François Milletnaquit en 1814 dans cette maison. Sa famille possédait une dizaine d’hectares, une certaine fortune à l’époque ; dans sa famille,certains membres étaient lettrés, il y avait même un ecclésiastique sachant le Grec et le Latin.
Cette maison du XVIIIème siècle était celles de cultivateurs aisés.
Si l’extérieur a finalement peu changé, à l’intérieur, on retrouve peu de choses de l’époque. La maison de Barbizonétait plus chargée de souvenirs. En revanche, j’ai beaucoup appris sur le personnage d’après un vidéogramme où étaient lues des lettres du peintre.
A l’étage, une exposition très intéressante montre comment Jean François Millet a su décrire avec précision le travail des champs. Une véritable épopée paysanne se déroule . En regard des reproductions des tableaux les outils des paysans sont présentés : botteleurs de foin, le semeur, le vanneur, les planteurs de pommes de terre, une faneuse, la laitière normande, les batteurs de sarrasin. Tous ces travaux des champs sont peints avec précision et réalisme. Millet peint la terre et les paysans avec une palette brun sombre.
Emile-Louis Foubert : Hommage à Millet (1899)
Une salle Hommage à Millet présente des portraits, autoportraits et photographies..
Une salle entière est consacrée à l’Angélus, le tableau et une quantité d’objets dérivés du tableau : assiettes, services à café, coussins utilisant le procédé d’époque la chromolithographie. Cette utilisation de l’Angélus s’est poursuivie jusqu’aujourd’hui. Je me suis amusée au dessin de Wolinski légendé « Dépêchez-vous y’a Dallas qui commence »
Une exposition temporaire : Millet inspirateur de Van Gogh rapproche les tableaux sur les mêmes sujets : le Semeur, la Sieste… ce qui change ce sont les tons de la palette de Van Gogh bien plus colorée.
A la Pointe du Cotentin : le Nez de Jobourg est le site le plus réputé (après de Mont Saint Michel, bien sûr). Ce sera donc notre première excursion sous un beau soleil.
Le GPS nous promène dans des petites routes tournicotantes puis on monte sur une sorte d’autoroute qui nous conduit à la Hague face à la route ; le cauchemar : le Centre de retraitement des déchets nucléaires
Le Centrer de Retraitement ds déchets nucléaires de la Hague
Arrêt photo, puis on tente de faire abstraction de ce complexe menaçant.
L’église de Jobourg :
L’église de Jobourg
Au milieu du cimetière, une petite église trapue d’aspect rude. De toutes parts la vue est splendide sur la mer. Elle est ouverte. Construite au XII ème siècle, Jean François Milletaurait dit « On dirait que le temps s’est assis dessus ».
Ce modeste village a pourtant eu un personnage illustre : son curéDom Fleury qui encouragea ses paroissiens à s’engager contre les Anglais dans la Guerre d’Indépendance Américaine (1773-1780), il obtint une pension du roi pour avoir apaisé les villageois dans l’Emeute ds blés.
Cette visite m’a enchantée avant de rejoindre le site touristique du Nez de Jobourg. les Falaises sont hautes de 128 m. La vue sur les Iles Anglo-Normandes est très nette par temps clair. Nous remarquons un curieux alignement d’antennes mises en place pour une Campagne de Mesures océanographiques de la hauteur des vagues et des courants marins à l’aide de deux sortes d’antennes mesurant l’effet Doppler
Antennes pour la mesure de la hauteur des vagues
J’aurais aimé en savoir plus mais ma recherche sur Internet n’a abouti à rien.
Le topo-guide Chamina propose la balade n°23 : un circuit de 11.5 km , 4 h, dont la mlitié le long du sentier côtier à partir de la Pointe de Voidries à proximité du parking et du restaurant. Je pars d’abord vers le nord en direction de la plage d’Ecalgrain. le sentier est pratiqué dans une entaille à travers les prunelliers, les ajoncs et d’autres épineux. Il s’éloigne un peu du bord de la falaise et descend. J’essaie d’appeler Dominique pour qu’elle me rejoigne en voiture à Ecalgrain. Il n’y a pas de réseau. Avec la proximité des Iles anglaises(Guernesey 44 km, Serq 39 km, Aurigny 19 km) la téléphonie mobile est souvent prise en charge par l’Angleterre, j’ai la surprise de voir l’heure anglaise s’afficher sur l’écran. Retour au parking et je prends le sentier vers le Nez de Jobourg : le sentier en balcon est proche de la falaise et plutôt glissant. Je regrette d’avoir gardé mes sandales et laissé le bâton de marche dans la voiture. Les autres randonneurs sont très bien équipés. Dès que le sentier se met à monter très raide près du Cap, je rebrousse chemin. la montée ne me fait pas peur, c’est plutôt la descente en sandales que je redoute. Je n’ai pas vu la harde de chèvres sauvages.
barrière sur le sentier des douaniers
Des panneaux près du parking racontent les légendes et les histoires du cap : dans les grottes au pied de la falaise on a trouvé des traces de l’occupation préhistorique. Un écrivain régionaliste J. Fleury raconte l’histoire d’un gros chien noir gardant un trésor caché. Le long du sentier se trouvent des abris pour les douanier, appel&s aussi caches à tabac par les contrebandiers.
Le GPS , nous conduit à la plage d’Ecalgrain pour un pique-nique de luxe : grosses crevettes roses et salade de la mer.
Nous avons choisi cette destination en pleine canicule : sur la carte météo la Manche était le département le plus frais, caressé par le perturbations venant d’Angleterre, tandis que nous avions si chaud!
Peut-être moins fréquenté que la Bretagne ou les plages normandes plus proches de Paris comme Deauville ou Dieppe….
Et nous avons trouvé une location à Surtainville, encore disponible pour la dernière semaine d’Août.
itinéraire
383 km; 4 heures 15 de Créteil par l’A13 jusqu’à Caen, puis la N13 jusqu’à Valogne et D902 jusqu’à Bricquebec.
Etape sur la plage de Houlgate
Nous avons fait étape à Houlgate chez des amis pour couper la route, nous dégourdir les jambes sur la plage et manger un morceau.La plage d‘Houlgate en Août ne ressemble pas à ce que nous avons connu en Juin. Elle est occupée par des familles auprès des parasols campés au ras du sable où l’on se tasse, non pour se protéger du soleil mais plutôt à l’abri du vent. Grandes marées, à marée montante, les belles vagues à l’écume blanche déferlent en rangs serrés. Les pêcheurs à pieds se dépêchent de rentrer. Au micro, on avertit les imprudents qui stationnent sur les bancs de sable qu’ils doivent quitter les lieux.
En face des belles cabines de bois à rayures orange, on a installé des panneaux avec une belle exposition-photo : Les Femmes d’exposent
Saint-Mère église
Un détour par Sainte-Mère-l’Eglise, village célèbre pour le Débarquement où l’on peut encore voir un parachute suspendu au clocher et où les jeeps de 1944 attendent les touristes. Covid-19, ni Américains ni Anglais, le parking est bien vide. La route évite Valognes . Elle traverse Briquebec passant sous le château féodal. De petites routes bien tortueuses nous conduisent directement au gîte.
Arrivée à Surtainville
Nous sommes agréablement surprises. La maison est grande, claire, bien équipée. Rien ne manque. Un petit jardin clos avec un salon de jardin.
Pour les courses de base, nous allons au bourg voisin : Les Pieux. Le centre-ville est animé avec un boucher-charcutier, une belle poissonnerie (achat de moules), banques, Office de Tourisme. Et, bien sûr, les inévitables Grandessurfaces en périphérie. A Super-U, nous trouvons des produits locaux : des pommes de terre de Surtainville, des yaourts au lait entier 6 et de la crème fraîche normande exceptionnelle. Nous achetons le topoguide des sentiers Chaminaqui propose 30 plus belles balades à pied.
Première sortie à la plage cachée derrière la dune.
Nous entrons dans le Festival des Jardinsqu’il se met à pleuvoir. Ce n’est pas grave : nous sommes équipées de capes. Tandis que les touristes se précipitent sous les arbres au mépris de toute distanciation sociale, nous passons dans les allées snobant les gouttes. Le parc est immense, difficile de trouver la sortie. « Allez aux Prés du Goualoup« , nous conseille-t-on. Les distance sont grandes. Il y a bien une sortie sur un parking mais éloignée d’un bon km de nos vélos, on rentre à nouveau dans le parc, au bout de 20 minutes on trouve la bonne issue.
Sauf que l’heure tourne, il reste au moins 25 km pour Amboise (par la piste, par la route c’est plus court). Le ciel s’est dégagé, nous roulons plein ouest, le soleil dans les yeux. Pas question de musarder comme ce matin avec une moyenne horaire de 11 km/h avec les arrêts-châteaux et arrêts-photos! Il faut se presser, et cela me stresse.
Au début nous suivons la Loire, c’est facile. A Rilly-sur-Loire, on franchit la route pour tourner à angle droit : au détour d’une maison, je me trouve nez-à-nez avec un fossé. Nouvel écart fatal. Cette fois-ci c’est la bicyclette qui s’abat sur moi. Mon coude opéré a cogné sur le gravier. Je suis incapable de me relever seule. Heureusement un couple de Hollandais nous suivait. Le Monsieur relève le vélo, redresse la selle qui a tourné ainsi que le guidon de travers. Il faut repartir tout de suite. Si j’attends, d’abord je prendrai du retard, ensuite, je ne suis pas sûre de remonter du tout en selle. J’ai les jambes flageolantes, mal au coude, et surtout la trouille au ventre. La peur, je connais pas, ni le vertige, en général. En particulier, je suis morte de peur. Chaque obstacle, chaque voiture qui me dépasse, chaque trou dans la chaussée me paraît un obstacle insurmontable.
A Mosne, nous quittons la Loire, et au détour d’une maison (encore!) je découvre une nouvelle difficulté : une côte vraiment très très pentue. Après ma chute, je n’ai plus d’énergie, plus de force dans les mollets pour appuyer sur les pédales et cette trouille qui m’empêche de mettre l’assistance électrique au maximum comme il le faudrait. Je monte à pied, poussant et tirant la bécane qui pèse un âne mort. Pire qu’un âne! L’animal compatirait, le vélo est récalcitrant! je finis par trouver Catherine en haut de la côte! Comme elle doit regretter d’avoir fait équipe avec moi!
On pédale maintenant sur la route avec les voitures – je note qu’elles sont respectueuses des cyclistes et ne cherchent ni à nous frôler ni à nous klaxonner. Un vrai partage!
Amboise se rapproche. Véritable soulagement quand je passe le panneau d’entrée de la ville. Mais ce n’est pas fini : d’abord nous traversons d’interminables faubourgs modernes. Ensuite, le pire : nous devons descendre du coteau. La carte indique une épingle à cheveux. Cette expression « épingle à cheveu » déclenche une véritable panique. Comme à la montée à Mosne, je mets pied à terre, pour arriver en pleine ville, dans la foule au pied du château : masque obligatoire! Un monsieur veut faire de l’humour et me dit qu’on peut aussi utiliser le vélo. Je suis apathique et ne réagis même pas à la moquerie. Catherine prend ma défense et le traite de macho, de mâle alpha, je ne sais plus bien.
Enfin l’hôtel Le Blason 2* seulement mais muni d’un garage à vélo qui ferme la nuit. La chambre a tout le confort. Je n’ose pas me doucher, craignant de découvrir l’étendue des dégâts. En plus des écorchures de la veille, je suis pleine de bleus.
Le dîner à L’Epicerie excellent nous console un peu. Le restaurant est sur la place sous le château, il y a un spectacle musical qu’on peut entendre de notre table. Menu varié, je suis étonnée de me trouver assez d’appétit pour faire honneur au menu : carpaccio de tomate excellent, filet de dorade accompagné de légumes divers et sorbet comme dessert.
Catherine prend la décision, ce n’est pas la peine de charger la batterie de l’assistance électrique. Je ne remonterai pas sur le vélo. j’essaie de la convaincre de faire l’étape de Chenonceauseule. Je prendrai le car ou le train, ou un taxi…
Le lendemain, c’est la pluie qui a emporté la décision de reprendre le train pour Paris. Il fait une pluie bien mouillante et bien drue qui ne donne aucun signe de faiblesse.
Au lieu du château de Chenonceau, ce sont les Urgences de l’Hôpital Henri Mondor que je visiterai.Après trois heures d’attente, le verdict tombe : rien de cassé! Je rentre à pied ragaillardie. Au moins j’ai échappé au plâtre.
Perché sur le coteau, dominant le village, le château a fière allure. Pour y parvenir il faut faire une longue promenade sur une allée de marches sablées.
Construction plus simple que Chambord, harmonieux il nous séduit plus. Chambord était une résidence royale de prestige destinée à éblouir sujets ou ambassadeurs étrangers, Chaumont est le château des dames : Catherine de Médicis et Diane de Poitiers, épouse et favorite d’Henri II.
porc-épic emblème de Louis XII –Cominus et eminus – qui s’y frotte s’y pique
Historique :
Avant d’être une élégante résidence, le château, fondé autour de l’an mil, fut une forteresse appartenant à la famille d’Amboise,rasée et brûlée par Louis XI.Reconstruit de 1468- 1481 par Pierre 1er d’Amboise, puis 1498-1515 par Charles II , marquant l’apparition de motifs italianisants Renaissance. Catherine de Médicis acheta le château en 1550. A la mort d’Henri II (1559) , elle échangea Chaumont contre Chenonceau que Henri II avait offert à Diane de Poitiers qui poursuivi la construction en édifiant le chemin de ronde à mâchicoulis. Madame de Staël corrigea à Chaumont les épreuves de « De l’Allemagne. Enfin à la Belle Epoque la Princesse de Broglie et son époux transforment le château pour y donner des réceptions.
Une triple visite :
Chambre de Ruggieri
C’est une visite historique même si certaines reconstitutions datent des De Broglie. Nous visiterons donc la Chambre de Ruggieri le célèbre astrologue de Catherine de Médicis avec sa cheminée portant un signe astrologique. On passera dans la Chambre de Catherine de Médicis ornée de tapisseries merveilleuses. Occasion de se souvenir qu’autrefois les murs en étaient couverts. On découvre l‘histoire de Pégase et Persée où chaque scène est dominée par un char s’élevant dans les airs. Nous cherchons Hermès et son pétase (ce mot de pétase nous met en joie comme deux gamines)
Histoire de Pégase et Persée (détail)
La Salle du Conseil est couverte de magnifiques tapisseries mais je remarque surtout le pavement de majolique du 16ème s provenant de Palerme.
Dans la salle des gardes, se trouve encore une belle tapisserie.
L’examen en détail des tapisseries, coffres et autres mobiliers pourrait justifier à lui seul le voyage!
Le château est aussi le siège d’une exposition d’Art Contemporainqui vaudrait aussi une visite pour elle-seule. C’est d’ailleurs la découverte qui m’a le plus intéressée.
Philippe Cognée
Les Paysages révélés de Philippe Cognée occupent plusieurs salles. Je suis bluffée par la technique à la cire chauffée puis écrasée donne un aspect à la fois flou, lisse et brillant. Paysages vus d’un train ou sous-bois touffu sont magnifiés par ces contours fuyants.
Coignée : paysage du Val de Loire
j’ai fait beaucoup de photos et je suis bien décidée de suivre cet artiste que je découvre ici.
Giuseppe Penone est loin d’être un inconnu! Dans mon imagination il est associé aux arbres et son oeuvre se retrouve à Chaumont aussi bien en intérieur que dans le parc.
Penone
Quelle plus belle représentation de la respiration que nous offrent les arbres de la forêt! Organisme construit de feuilles (photosynthèse) et arbre bronchique de feuilles dorées pour souligner la richesse….Si j’&tais encore professeur de collège j’aurais commenté cette oeuvre avec ma collègue d’Arts plastiques dans le cadre d’Histoire des Arts (mais c’est bien fini!)
L’oeuvre de Penone est diverse, aussi bien un arbre géant qui barre le chemin que ce dessin délicat.
Une bibliothèque de livres de verre est offerte par Pascal Convert. La lectrice amoureuse des livres est moins convaincue. Ces fantômes de livres qui ont servi de moulage à des formes de verre évanescentes me dépriment plutôt. En revanche j’ai aimé ses flammes de verre brut, presque grises qui décoraient une cheminée.
Simone Pheulpin
la délicate boule de tissus plissés de Simone Pheulpin posée sur un miroir m’a séduite.
Etrange installation dans la Chapelle de Gerda Steiner et Jörg Lenzlinger sonorisée par des chants d’oiseaux.
Les pierres et le Printzmps Steiner et Lenzlinger
Dans les écuries magnifiques d’autres œuvres sont surprenantes. j’ai aimé les sculptures de troncs présentées sur des copeaux de Marc Nucera on aurait dit que le sculpteur venait de quitter l’écurie.
Maec Nucera
j’aurais pu citer d’autres artistes qui m’ont plu : les tapisseries dorées mouvantes en bouchons et pièces métalliques couvrant toute une pièce de Gabriel Orozco . Ou les grandes pièces de bois faisant penser à des pions de jeu d’échec (selon Catherine) ou à des sculptures africaines (selon moi) d‘Axel Cassel
Axel Cassel
Si nous avions disposé de plus de temps nous aurions pu découvrir encore de nombreuse oeuvres que nous avons ratées.
En revanche le Festival International des Jardins nous a un peu déçues. C’es LA visite que je ne voulais pas louper. J’en attendais sans doute trop. J’avais choisi Chaumont justement pour ses jardins. Et puis, la pluie nous a un peu gâché la promenade.
Ce jardin embaume
Le thème ; LES JARDINS DE LA TERRE -RETOUR A LA TERRE MÈREaurait dû pourtant nous transporter. Nous avons été déçue de la monotonie des installations. La Terre étant ronde, la majorité des jardins avaient donc un plan circulaire. Bonne idée, mais dont la répétition génère à la fin l’ennui. On a privilégié le vert, les plantes aromatiques et potagères, bonne intention, mais dont la répétition génére….Herbes folles, pourquoi pas, mais trop….On finit par regretter les jardins anglais, les roseraies, même trop classique.
Cour Cheverny (2845 ha) est un village tranquille. La rue Nationale est déserte, pourtant les rares personnes qui sortent sont masquées. Le tabac-Presse vend cartes postales et timbres, la Poste est un peu plus loin. En face l’église est ouverte.
Cheverny (1011 ha) est à 1.5 km plus loin. Nombreux parkings avant l’entrée au Château de Cheverny. La queue aux billets nous dissuade. D’ailleurs, l’animation Tintin 3D ne m’attire pas. Hergé s’est inspiré de Cheverny pour dessiner Moulinsart. Je n’ai jamais baigné dans la tintinophilie. Enfant, je n’ai jamais eu d’album de Tintin , plus tard, j’ai éprouvé une méfiance pas forcément justifiée, adulte j’ai feuilleté des albums par curiosité. Rien qui justifie une queue et du retard sur le programme.
Eglise de Cheverny
L’église de Cheverny (XI ème s. restaurée au XVIème)est toute simple. Un auvent abrite un angle, on l’avait prise pour une halle. l’intérieur est sobre, encore cloisonné, les bancs sont enfermés dans des casiers de bois.
Comme à Chambord, la route arrive en face du château selon une belle perspective. Impossible d’apercevoir plus que la silhouette de la façade : un portail opaque interdit la photo et les hautes haies bloquent le regard? Dommage de passer si près pour ne rien voir.
Château de Troussay
Le parcours est très agréable sur une petite route(D52) très tranquille qui passe dans des hameaux, des cultures et des vignes jusqu’à Favras. En route nous passons tout près du Château de Troussay, « le plus petit château de Touraine », une demeure qui offre aussi des chambres d’hôtes. La visite est obligatoirement guidée, le matin à 11 h et une autre l’après midi. Il nous faudrait attendre une demi heure et notre route est longue (55 km). Encore une fois, le château est bien caché dans la végétation et nous ne faisons que l’entrapercevoir. L’itinéraire cycliste est bien fléché. Il quitte le goudron pour un chemin caillouteux un peu moins roulant mais très pittoresque.
Château de Fougères-sur-Bièvres
Un détour nous fait parvenir à Fougères-sur-Bièvres où nous arrivons vers midi. Le château est au centre du village, bien visible (pour une fois) avec des tourelles rappelant celles d’un château-fort. : plusieurs poivrières couvertes d’ardoises dépassent d’un bâtiment XVème assez sobre. Du portail on devine la cour avec des arcades.
Pour gagner un peu de temps nous coupons dans le circuit par la route jusqu’à Ouchamps nous traversons, la Bièvre et reprenons le circuit cycliste touristique et nous en félicitons. Suivant la courbe de la rivière, le paysage est charmant, nous faisons un petit détour à Monthou-sur-Bièvres, village très pittoresque.
L’Herbe rouge à Valaire
A l’entrée de Valaire, au creux d’un vallon, un restaurant a installé ses tables en terrasse sous un auvent et sous la ramure d’un grand arbre. Je mets pied à terre, Catherine aussi, sans nous être concertées il nous vient la même idée : c’est ici que nous allons déjeuner! Une famille cycliste est déjà installée. La petite fille blonde sortie de la carriole tractée par son père a étalé ses Play-mobiles. Une ardoise indique les plats du jour. Nous choisirons une salade de lentille au chorizo avec un œuf poché décoré de fleurettes bleues de bourrache. A l’intérieur on vend aussi des produits locaux et bio. Excellent accueil à L’Herbe Rouge!
On descendra directement sur Candé-sur -Beuvron. Le Beuvron est bien à l’étiage. Tout près du confluent nous trouvons la Loire qui paresse entre ses bancs de sable. La piste suit le fleuve jusqu’à Chaumont sur Loire, piste plate, tranquille en sous-bois.
1Parcours facile, après cette deuxième journée de vélo, il me semble avoir maîtrisé aussi bien l’assistance électrique que j’ai poussée au maximum dans les côtes que les vitesses qui se passent bien au guidon. Je suis fière de moi :à 69 ans j’ai réussi ma vélorution!
Il pleut quand nous trouvons la D112 qu’il aurait fallu emprunter vers le sud vers Bracieux. Sous la pluie on a moins tendance à consulter la carte! Ce n’est pas grave avec la carte et l’aide du GPX , on improvisera un itinéraire dans les petites routes de campagne. A la Chaussée-sur-Cosson, on trouve le GR qui nous conduit dans une forêt de résineux odorants sur une petite route forestière très très tranquille où nous ne rencontrons personne. Sauf un essaim de taons bien désagréables.
Au Château de Villesavin, nous retrouvons l’itinéraire officiel. On pourra se laisser guider par le GPX! hésitation : visiter ou pas Villesavin?On aimerait au moins voir la façade et prendre une photo. Impossible pour s’approcher il faut un ticket et la visite dure une bonne heure. Nous ne sommes déjà pas en avance. nous renonçons à regrets. Selon les images d’Internet il est superbe.
Nous longeons de nombreux étangs : on avait oublié que nous sommes en Sologne!
Nous arrivons assez tôt à Cour-Cheverny, village qui s’aligne le long de la Rue Nationale qui conduit à Cheverny.
L’Hôtel Saint Hubert *** est très confortable, pas de tape-à-l’oeil, un confort de bon aloi. Le dîner est gastronomique. En amuse-bouche, on nous apporte une verrine d’une mousse de ratatouille rose. Puis en entrée espuma d’avocat avec des crevettes piquantes, c’est joli et délicieux. Nous commandons toutes les deux un onglet au roquefort fondu servi avec une garniture si abondante que je suis forcée d’en laisser la moitié. Dessert crème brûlée et pour moi corolle de sorbets (3) petite meringue.