Chez l’épicier qui nous avait si bien guidées, nous sommes prêtes à acheter toute la boutique : du saucisson pour midi, des tomates séchées, des biscuits et le quart d’un casciocavalle, fromage dont le nom prononcé « cachcavalle » m’avait toujours paru mystérieux et exotique. Je situais sa provenance au Moyen Orient et l’imaginais fromage de cheval. C’est un souvenir qui remonte loin dans mon enfance. Il aurait suffi, logiquement que je me souvienne que l’épicier en bas de chez nous Raggi était italien et qu’il était donc normal qu’il vende provolone et casciocavalle. D’ailleurs, longtemps dans notre vocabulaire familial « aller chez l’italien » signifiait aller à l’épicerie où il fallait bien recompter la monnaie- chose que je ne fais pas ici. Je devrais peut être ? L’épicier de MonteSantAngelo est ravi que son plan nous ait bien dépannées.« Attends je vais te chercher un guide ». Autre coutume sympathique, il arrondit 15€8O à 15€5O quand je cherche la monnaie.
Pique-nique dans la colline
Le coin pique nique est extra : à mi-chemin sur la route qui descend à Mattinata, un chemin de terre mène à une maison abandonnée. Nous grimpons la colline jusqu’à un trullo à moitié écroulé. La vue est magnifique sur la mer, le port de Manfredonia vers le sud, Mattinata et un petit port vers l’est. Sur des terrasses soignées poussent des oliviers et des amandiers. Dans le creux de Mattinata un épais tapis d’oliviers très fournis. La colline embaume la menthe, l’origan et le serpolet. Les odeurs sont très prégnantes. Ils est si facile de contempler des images à la télé sur les beaux documentaires de la chaîne Voyage, la cuisine se mondialise…les odeurs sont gage d’authenticité. Rien ne remplacera le parfum tenace des figuiers ou celui, plus rare, du jasmin, des orangers au printemps.
Le ciel s’est couvert. Il tombe même quelques gouttes. Pour la baignade, j’hésite un peu. Non pas qu’il soit impossible de nager sous la pluie. Je n’ai rien contre les plages payantes complètement vides comme aujourd’hui mais il faut quand même y rester un certain temps pour que la dépense soit raisonnable. Avec ce temps incertain, je n’arrive pas à me décider.
corniche autour du Gargano
La route en corniche qui fait le tour du Gargano, monte sur des falaises blanches. Une jolie plage de galets, toute blanche avec de l’eau transparente de rêve, emporte toutes mes hésitations. Malgré les écriteaux « Lido azzuro » ou « spiaggia » qui ne disent rien de bon un chemin arrive à un parking désert gardé par un gentil chien noir. Le tarif indiqué est de 3.5€ mais personne pour le percevoir. Le sentier pour la plage est malaisé mais praticable. Quelques familles sont installées sur des serviettes. Les parasols sont repliés. C’est idéal. Je sors sandalettes et masque. Pas une vaguelette, eau transparente, je nage le long de la plage vers la falaise de craie blanche.Avec le masque, je nage sans effort. Je suis déçue de voir très peu de poissons. Cela fait une éternité que je n’ai pas eu l’occasion de nager avec un masque,
Le retour par la corniche est très long (78km) mais il est magnifique. Les hautes falaises blanches sont découpées d’aiguilles, de rochers, d’arches, d’îlots et de grottes marines. La forêt de pins très épaisse tapisse le paysage. Peu de construction à part deux hôtels de luxe et quelques pizzerias suspendues.
Nous terminons nos pellicules photos devant les grottes marines avec les grosses boules d’ail en fleur au premier plan.
Un bon petit vent a chassé les nuages du matin. Enfin nous traversons Rodi Gargano sous le soleil ! Nous voyons la route de Rodi à Peschici sous une lumière favorable.
Mirador ( comme on le dirait en Espagne): sur une pointe est installée une tour carrée ayant fait partie du dispositif de défense espagnol de Pedro de Toledo vers 1550 au moment où la flotte turque (voir l’histoire de la pierre amère de Vieste) (chercher également la date de la bataille de Lépante)
trabuccho
. Sur un promontoire, un trabbuccho, filets quadrangulaires suspendus à des tiges de bois comme les carrelets que l’on voit à Royan. Avec la falaise de craie, la ressemblance est frappante.
Peschici, comme Vieste, est un village blanc perché sur une arête rocheuse. Il n’a pas le blanc éclatant des maisons grecques passées au lait de chaux. Le blanc est un peu vieux, un peu sale, patiné de sel sur les maisons des pêcheurs ou sur les palazzi que l’on reconnaît en levant les yeux, à une porte plus finement sculptée, à un balcon reposant sur des volutes baroques
Ruelles en pente et escaliers, nous arrivons au château du IX ème siècle(tout au moins ses fondations) parce qu’il a été détruit par les Vénitiens appelés par le pape Pie IX contre l’avis de Frédéric II (Encore lui !) Sous ses dehors de modeste village de pêcheurs, Peschici est de noble origine !
Au marché, l’un des marchands nous fait goûter une pêche délicieuse, mûre à point ; il en remplit un sac pour 3€ aux clients qui nous précèdent. Il me propose des figues, un prix dérisoire si j’emporte la cagette. Je plaisante avec lui : j’en ai un arbre devant ma maison ! Ce qui est tout à fait vrai ! Je lui demande un demi kilo de haricots verts et un demi kilo de carottes. Il ramasse tous les haricots qui restent sans les peser et rajoute un panier de champignons qui ne nous sera d’aucune utilité, comme cadeau. Les courses se déroulent dans le flou artistique ou l’arbitraire du commerçant. La transaction la plus simple se termine par un cadeau : un rabais inattendu, une mesure de plus. Le marchand veut faire plaisir au client même si, auparavant il l’a truandé sur le prix ou le poids. Et malheur à celui qui demande le scontrino ! Hier, achetant six cartes à 25 cent et 6 timbres à 60 centimes on nous réclame 6€95 au lieu de 5€10, je demande alors le reçu. Pas de problème le vendeur revient avec un ticket de 1€5o. De toutes les façons les achats de fruits et légumes sont à des prix dérisoires.
vieste
je m’inscrit à l’excursion en bateau dans les grottes en compagnie d’une soixantaine de touristes pendant trois heures dans l’après midi
L’attente à Vieste est agréable: on loue un parasol et des lits (ombrelone et lettini) pour attendre confortablement le bateau.
La plage la plus proche du port est presque entièrement vide. Nous choisissons un emplacement près de l’eau. Aucun plagiste ne vient réclamer la location.Pique-nique. Les derniers estivants rentrent déjeuner chez eux. Pourquoi ne paie -t – on pas ? Le plagiste est il en train de déjeuner lui aussi ? N’y a t il pas de plagiste en cette saison ? Sommes nous sur les emplacements d’un hôtel ?
J’embarque sur le Valentina, grosse barque à moteur équipée de nombreux bancs de bois. Arrivée dans les premiers j’ai le choix de la place. Je choisis bâbord. C’est une erreur : à l’aller la meilleure vue sur Vieste est à tribord, au retour je me ferai tremper.
Nous quittons Vieste à petite vitesse contournant le phare, le rocher portant le grand couvent, la ville. Après une belle plage, malheureusement très aménagée, nous retrouvons les falaises blanches. Les petits bancs calcaires sont soulignés de lits de silex le plus souvent continus qui marquent la stratification. Les couches sont généralement horizontales, hachées de failles décalant les bancs. Parfois une série de bancs est repliée en plis contournés. Sur une épaisseur de plusieurs mètres la stratification est disloquée, les silex dispersés, je crois voir des slumpings. Plus haut, la superposition des bancs horizontaux recommence. Dans quelle mer cette craie s’est elle formée ?
Des îlets se détachent de la côte ; l’un d’eux fait penser à une tête, deux îles ressemblent à une tortue.
Le bateau entre dans de très grandes grottes où il peut manœuvrer. Malheureusement, les gens se lèvent, photographient au flash, la croisière perd un peu de sa magie. Le toit de la grotte est une voûte en cloche comme celle d’un fontis. Je pense à enlever les lunettes de soleil : la roche est bleutée reflétant le bleu de la mer sur la paroi.
La promenade le long de la côte est tranquille, je pense à notre croisière depuis Zadar jusqu’à l’île de Cres. Les pins s’accrochent à la haute falaise, ils ont parfois des airs chinois.
Les barques emportant des touristes se font la course entre elles. La Veronica est la plus grosse.
Arrivés à Mattinata, le marin en T-shirt bleu recommande de bien tenir son chapeau, cela va décoiffer. En fait de vent, c’est plutôt de l’écume. Le bateau est soulevé comme un hovercraft. Comme je suis au fond, je suis arrosée d’embruns. Je cache précipitamment l’appareil photo, essuie les lunettes de soleil, peine perdu. Le paysage est éclaboussé d’un jet d’écume.
Nous entrons dans une crique pour la baignade. J’ai cru un moment que la « douche » tenait lieu de bain de mer. Un autre bateau est déjà sur le gravier. La plage de gravillons est prise d’assaut. J’accroche mon t-shirt à mon sac à dos et me précipite à l’eau. Le vent qui agite la mer cause une certaine turbidité, l’eau est moins transparente que la dernière fois. D’ailleurs, j’ai oublié mon masque. En revanche, l’eau de la crique ne bouge pas, pas une vague. Je peux donc nager, faire des longueurs comme à la piscine. Je guette d’un œil mon sac de l’autre le bateau.
Le retour s’effectue dans les embruns, je suis mouillée, peu m’importe d’être douchée en plus !
Pour notre dernier jour, nous allons nous promener dans les environs de notre beau domaine. Un écriteau de bois « La Valetta », sur notre petite route, nous avait intriguées. Le fléchage conduit à un pressoir moderne, sorte d’usine agro-alimentaire et ensuite, perdue dans la colline, à la plus jolie piscine qu’on puisse imaginer. Nous visitons, les chambres n’offre rien de spécial et le restaurant est moderne et sans charme. Le propriétaire entendant que nous logeons à la Masseria Giordano dit d’un air entendu « Ici c’est une autre chose ! ».
la Masseria Giodano d'Ischitella
A l’exception de la piscine, nous sommes bien mieux à la Masseria Giordano avec nos grands chênes et nos oliviers, les deux chiens Loulou et Rudy et la bonne dizaine de chats et chatons. Si notre bâtiment est moderne et sans originalité avec l’enfilade des six portes et le carrelage moderne, la maison de maître, en revanche, est vraiment belle : crépie de jaune avec ses portes arrondies, sa bordure en triple rangée de tuiles.
Sur la pelouse,t on a planté une rangée de figuiers de barbarie, 3 noyers (ils feront de l’ombre, bientôt !)Deux vieux figuiers donnent des figues jaunes délicieuses. En observant bien, je trouve aussi un grenadier, un romarin, une rangée de pourpier et une autre de cucurbitacées.
Les herbes aromatiques, basilic et persil, poussent dans des pots. Tous les matins le monsieur vient jardiner avec sa bêche dégageant les trois petits orangers ou citronniers. Ce jardin hors norme m’enchante : pas de plates-bandes bien bêchées, pas de carrés, un mélange fantaisiste ou géraniums en pleine terre alternent avec la sauge et le romarin Dans un coin les agapanthes s’épanouissent en quatre grosses boules bleues.
Nous déjeunons le midi sur notre petite table de granite poli. J’ai mélangé haricots verts, tomates, olives roquette et assaisonné la salade avec le mélange séché de MonteSantAngelo (piment, ail et herbes), j’ai ajouté du citron, du parmesan et de l’huile d’olive.
Nous passons l’après midi à la plage de Rodi del Gargano : un long ruban de sable de presque dix kilomètres de long au pied du village perché. Des plages privées alternent avec de grands espaces libres. Nous choisissons une petite plage privée à mi-chemin entre Rodi et San Menaio avec de jolis parasols bleus. Une jeune fille, la seule occupante des lieux nous explique que c’est la plage de l’hôtel situé de l’autre côté de la route. A la réception, un parasol coûte 10€ « mais je vous le fais 7€ » (encore ce système de rabais inattendus!). Le prix est tout à fait raisonnable pour une belle après midi au soleil.
Moins de vagues que ces derniers jours, très agréables, le genre de vagues qui donne envie de sauter et de jouer sans crainte.vert fluo. A contre-courant je n’avance pas. Même en marchant, il faut que je m’aide des bras pour fendre l’eau. Au retour, les vagues nous portent en cinq minutes à notre point de départ
Cette après midi tranquille de baignade termine bien notre séjour dans le Gargano.
Je feuillette les guides pour préparer notre prochaine étape. Vers cinq heures, tous les parasols sont occupés par des gens bien tranquilles, des couples, très peu d’enfants. Pas de telefonino comme je le craignais – d’ailleurs il n’y a pas de réseau.
A ce propos, sur la plage : un spectacle réjouissant : un monsieur en maillot de bain, mobile à l’oreille, fait force gestes avec sa main libre. Téléphoner « avec les mains » à un interlocuteur invisible est très italien.
Nous sortons de l’autoroute à Andria pour aller voir le Castel del Monte – château mythique raconté par Fernandez dans son Voyage en Italie.
Perché sur une colline dominant la plaine côtière, il se voit de loin.Inscrit au Patrimoine Mondial de l’Humanité de l’UNESCO , une gestion intelligente a éloigné les parkings de deux kilomètres. On y accède par une navette.
Mais il a l’air tout neuf, peut être un peu trop restauré. Conçu sans fortifications, jamais habité, c’est une construction énigmatique, un hymne au chiffre 8 : huit tours octogonales, sur une cour octogonale, huit pièces …Le portail et l’entourage des fenêtres sont sculptés dans une brèche rouge qui tranche sur la pierre calcaire blonde. A l’intérieur on a utilisé du marbre gris très fin pour les chapiteaux aux motifs végétaux. Aux arcs gothiques, on croit deviner une courbure en fer à cheval mauresque. Il faut imaginer les mosaïques et les décors en stucs arabes comme à Palerme.
Ce château « inutile » ne se visite pas comme n’importe quel château fort, il se rêve : rêve de Moyen Age baigné d’Orient de Palerme, de Jérusalem. Raffinement d’un souverain lettré. Dans les belles salles vides, une exposition de photos et des panneau racontant la vie de Frédéric II, l’enfant de Palerme, réussissant très jeune à se faire élire Empereur du saint Empire Romain Germanique, puis sa rivalité avec la Papauté son excommunication par Grégoire IX ainsi que ses femmes : Constance qui a régné à Palerme, deux autres dont Isabelle sont enterrées tout près à Andria. J’imagine les chevauchées entre la Souabe et la Sicile, la caravane traversant les Pouilles.
La suite du voyage, entre midi et deux, se fait sous la grosse chaleur : le pays est écrasé de soleil. Les oliviers s’en sortent bien, leur feuillage est juste un peu plus gris. Nous photographions des constructions rondes en pierre sèche, déjà des trulli ? Nous contournons Bari par des zones industrielles et des grandes surfaces, puis prenons l’autoroute Bari/Tarente, 80km, le plus vite possible, avec l’envie d’arriver.
Tarente : raffineries, grues des docks, fumées. L’entrée de la ville est détestable. Nous laissons derrière nous la ville industrielle après avoir traversé un pont sur des bras de mer.
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15heures, après avoir demandé notre chemin dans deux gelaterie, les seuls commerces ouverts dans Manduria endormie, nous suivons les panneaux « Agriturismo La Fortuna » qui bordent une piste de graviers dans les vignes et les vergers. Presque deux kilomètres de piste, une entrée monumentale en forme de fer à cheval annonce un Ranch, un restaurant et un camping.
L’endroit est désert, seul un petit chien marron laisse penser qu’il est habité. Je cherche, en vain une sonnette. Pousse la porte de la Direzione, en me méfiant du chien, le bureau est vide. J’ouvre une grille pour faire le tour du bâtiment, je découvre la piscine et son kiosque ressemblant à La Menara de Marrakech. Pas de chaises longues, la piscine est vide. Seule lueur d’espoir : la peinture bleue semble fraîche, on vient de repeindre. Les emplacements du camping sont déserts, fermé, le restaurant.
Aucune trace d’activité.On dirait que l’établissement a fait faillite et que les propriétaires ne se sont même pas donné la peine de fermer les portes.
J’appelle le numéro de téléphone cellulaire .
– « Où êtes vous ?
–Nous sommes arrivées, il y a trois chiens autour de nous.
–Marrons ? J’arrive »
Où est le propriétaire ? Quand viendra – t il ? Vient il de Tarente comme Giordano venait de Bari ?
Sur Internet, après des échanges en anglais où les prix changeaient tout le temps, j’avais envoyé un email en Italien très sec puis nous avions conclu l’affaire. On avait surnommé le propriétaire de « vieux filou ».
Arrive une vieille break noire déglinguée avec quatre jeunes à bord. Notre « vieux filou » n’a pas trente ans!
Notre appartement est au deuxième étage du grand bâtiment avec un escalier italien :plein de marches. Deux pièces très sombres, ici c’est une qualité, garantie de fraîcheur, mais nous ne sommes pas habituées. Pas de balcon, nous voilà enfermées en immeuble. L’appartement ne me plaît pas. Le mobilier est sombre et déprimant. Sur le bois du lit « matrimonial » sont collés des bas reliefs métalliques La Vierge et Jésus. Nous avons payé 136€ de caution, on restera deux nuits pour ne pas perdre d’argent. Ce sera tout ! Sans parler de cette piscine vide.
J’insiste:
-»vous n’avez vraiment rien avec balcon ? »
Nous sommes les seules clientes et l’endroit est immense.
Nous traversons le camping très bien aménagé de luxueux emplacements ombragés avec des sanitaires privés. Nous montons un escalier de pierre et découvrons le plus joli appartement qui soit avec une cheminée ancienne si grande qu’on pourrait entrer dedans, des plafonds voûtés de pierre, une terrasse, la salle de bain décalée de quelques marches. Un très beau carrelage imite un dallage en pierre. La vaisselle rangée, dans un buffet moderne, est très jolie.
-: « c’est exactement ce que nous voulons ! »
L’appartement n’est pas prêt ; les garçons nous conseillent d’aller à la mer pour qu’ils aient le temps de tout préparer. Ils nous prêtent même un parasol que nous garderons toute la semaine.
Les jeunes se mettent au travail. Quand nous reviendrons nous serons émerveillées : nos draps sont brodés cousus de dentelle, trois serviettes blanches moelleuses chacune, sont artistiquement pliées comme dans les grands hôtels. Dans le frigo ils ont mis du lait, dans des pots : du café, du sucre et même des biscuits pour le petit déjeuner ! La cour a été balayée et passée au jet. Les deux ventilateurs à grandes pales tournent : il fait bon.
Marianna, est colombienne. Elle est très accueillante et m’explique tous les secrets de la maison.
Nous les invitons, Marianna et Fortunato (qu’elle appelle Mauro, je ne sais pourquoi) à boire de l’orgeat qu’on appelle ici mandorli. L’orgeat, très courant en Espagne, ne doit pas exister en Colombie quand je lui traduis en Espagnol cela n’évoque rien de spécial. La mauvaise impression à l’arrivée, toutes nos préventions, ont disparu. Demain la piscine sera remplie. Ils l’avaient vidée après un gros orage la semaine dernière, paraît il.
Pendant que nos hôtes faisaient le ménage, nous avons été à la mer à San Pietro en Bevagna. Plage de sable à très gros grains dans lequel on s’enfonce et qui s’avérera très tenace et collant à la peau. La pente est très raide, en quelques mètres l’eau est profonde. Aucune vague, pas de turbidité, l’eau est limpide. Je nage donc avec le masque découvrant quelques poissons et des concombres de mer, bien laids, mais ce sont des animaux ! Par endroits, les feuilles de posidonies se sont accumulées donnant une coloration bleu très foncé,à, l’eau. Sur les rochers et le sable très blancs l’eau est turquoise. La plage est très raisonnablement fréquentée. Nous sommes conquises par la Mer Ionienne et pour les courses il y a tout à San Pietro.
J’aime profiter des heures fraîches du petit matin. A 6H30, il fait déjà chaud, je dois me cacher à l’ombre de la cheminée coiffée d’une pointe tant le soleil brûle. Les animaux sont actifs à l’aube.Je découvre les deux chevaux qui se promènent dans leur enclos. Ils sont rejoints par un couple de cochons, la truie plus grise avec de larges taches le mâle tout rose. Ils agacent les chevaux qui les poussent. Je vais chercher les jumelles pour mieux profiter du spectacle.
Fortunato vient de remplir la mangeoire des chevaux. Ces derniers font tomber des copeaux de nourriture que les porcs viennent glaner. Je descends les restes de la salade de pâtes que je répands par terre, je ne suis pas rassurée – les cochons peuvent être agressifs. Ils ont vite fait de faire disparaître la nourriture.
Du haut du balcon, j’élabore la théorie sur la disparition totale des ordures ménagères grâce aux cochons. Cette théorie sera infirmée sur l’heure : si Roméo et Juliette apprécient les pâtes, se régalent des carottes, ils dédaignent les pelures d’orange que je leur propose. Il me faudra ramasser. Les vaches israéliennes en étaient friandes.
visite de Manduria
zone archéologique : fontaine plinienne et murs messapiens
Manduria, le dimanche vers 9h est un désert. Seuls quelques cafés et les kiosques à journaux commencent à ouvrir leur porte ?
Nous commençons par la vaste zone archéologique. Le Guide Bleu promet des murs messapiens (V à IIIème siècle av JC) d’ont l’un cyclopéen. Nous trouvons un enclos bien fermé, un panneau détaillant les sommes allouées par l’Union Européenne pour le développement du tourisme. Une passerelle a été construite d’où on a une vue panoramique. Quelques bannières rouges décorent un édifice- la billetterie ?- fermée. Un jeune promène son chien. « Quand est ce ouvert ? » il n’en sait rien « Des fois, cela ouvre… ». Nous suivons alors une flèche qui conduit à la Fontaine Plinienne (Pline l’Ancien) : un puits avec une jolie margelle. Deux colonnes antiques encadrent une porte. Le kiosque, en face, est ouvert. Pour 5 €, le patron ouvrira la porte. En plaisantant, je demande si pour le prix la visite est guidée? »Les guides sont tous morts » répond le cafetier-« Il ne faut pas venir par une « . Le site fait 15ha=15OOOm2 « précise – t-il. Il laissera la porte ouverte pour qu’on puisse sortir.
Nous descendons dans une sorte de caverne circulaire qui suinte l’humidité. Au centre, une grosse citerne cylindrique, au dessus un ouverture carrée, puits de lumière. Des canaux creusés dans la pierre et des canalisations de plomb conduisent l’eau jusqu’à une fontaine à trois marches. La fraîcheur est saisissante. On aimerait rester plus longtemps quoiqu’il y ait si peu à découvrir. Au dessus, un panneau délavé pratiquement illisible décrit les lieux et désigne un amandier,poussant là déjà au temps des Messapiens qui y auraient accroché une chaussure avant de partir à la guerre.
La piazza Garibaldi est barrée par un Palazzo immense : le palazzo Imperiali; tout à fait remarquable par sa taille tout à fait exagérée dans une aussi petite ville et par la splendeur de ses ferronneries : balcons aux rambardes arrondies pour les belles robes des dames comme nous l’avions vu en Sicile à Syracuse ou à Palerme. Comme un restaurant s’y est installé, on peut entrer sous l’arche très haute et admirer le double escalier de pierre magnifique et la loggia.
A l’ombre du palais, les vieux se réunissent. Ils sont venus à vélo. Certains se servent de la selle comme d’un siège. D’autres sont assis plus confortablement sur des bancs. Un vélo a son cadre renforcé par un tasseau de bois.
De l’autre côté de la rue un terre-plein planté d’arbres, plus loin une église à façade baroque. C’est la messe, les portes sont grandes ouvertes. On peut jeter un coup d’œil. Les grands tableaux noirâtres, râpés, même crevés sont peu attrayants. En revanche les moulures, draperies de stuc, angelots peints de jaune et de blanc font ressembler l’église à un boudoir. Au plafond, les fresques un peu effacées semblent jolies. Nous ne pouvons pas nous attarder en plein baptême. Il faudra revenir en semaine quand les boutiques sont ouvertes ou le soir pendant la passeggiatta pour avoir une impression plus animée de Manduria.
Sur le Corso Garibaldi, encore une église baroque avec un portail très espagnol. Le moine, dans sa niche a perdu sa tête. En quelle occasion ?
Sous un arc de triomphe, une plaque raconte l’histoire de la ville détruite vers l’an mil par les hordes de Goths et de Sarrasins, reconstruite sur l’ordre du roi Roger sous le nom ? Elle n’a repris son ancien nom de Manduria que sous les Bourbons. Les Italiens ne sont pas chiches de belles plaques commémoratives que je m’efforce de lire et de traduire. L’évènement gravé dans le marbre est souvent de peu d’importance mais cela rend vivante la visite autant que les anecdotes du guide Bleu.
Dans les ruelles, il faut lever les yeux pour apercevoir un balcon ancien, une porte ciselée, l’encadrement d’un portail à la pointe de diamant. Les vicoli sont si étroits qu’il fait bon circuler à l’ombre tandis que le thermomètre de la pharmacie annonce 32° à 10h3O . Mais dans les ruelles on n’a pas de recul. La surprise de découvrir un palais, un patio fleuri, des plantes vertes en pots… est un enchantement.
Le porche de la cathédrale est précédé de quelques marches et gardé par deux beaux lions de pierre. Malheureusement elle est fermée et le campanile roman est caché par des échafaudages. Nous faisons le tour du Duomo pour découvrir l’arche derrière laquelle s’ouvre une petite cour : le ghetto des Hébreux. Petites maisons aux façades aveugles. Peut être vivaient ils autour de patios comme à Fez ou en Andalousie ? Combien étaient ils ? Quand étaient ils établis ?
Il n’est pas midi ; nous faisons un crochet par San Pietro. L’animation d’un dimanche à la mer bat son plein : rues embouteillées, boutiques, pizzerias prises d’assaut. A la boulangerie, on enlève sous mes yeux tous les cornets feuilletés remplis de crème que je convoitais. A la place, je commande deux babas et deux canoli à la ricotta et aux fruits confits comme ceux que nous mangions en Sicile. Les abords de la plage sont inaccessibles : la plage grouille de monde.
Quand nous rentrons à La Fortuna, la piscine est aux trois quarts remplie. L’eau n’a pas eu le temps de se réchauffer. Elle est glaciale. Nous passons une après midi tranquille sur le bord de la piscine à l’ombre de grands arbres. Puisque nous n’avons pas la télé j’ai acheté le Corriere della Sera que je lis avec autant de plaisir que le Monde.
Après les attentats du 7 Juillet à Londres, le terrorisme est la préoccupation principale. Une femme kamikaze s’est faite exploser « en l’air » (c’est l’expression italienne) dans un car de touristes en Turquie. La mondialisation n’est pas uniquement celle du commerce et des marchandises. C’est aussi celle des conflits. Il ne suffit pas d’éviter le Moyen Orient. L’Italie se place au niveau 3 d’une échelle de risque de 5 degrés. Tout ce que trouve Sarkozy c’est de suspendre les accords de Schengen ! Cette fermeture de la France sur elle-même me désole/ d’abord, la mesure est absurde : les terroristes de Londres étaient sujets britanniques. Ensuite, elle est purement démagogique. Elle assure les partisans du NON du 29 mai de la bienveillance du gouvernement qui alors faisait campagne pour le OUI. Opportunisme étroit. Le NON « de gauche » bien aggloméré au NON de la Droite souverainiste !Aussi inquiétantes, les mesures préconisées en Italie de surveillance du courrier électronique et des conversations téléphoniques. Les vidéos des caméras de surveillance anglaises ont permis de filmer les terroristes : preuve de leur utilité. Big Brother est déjà parmi nous.
Calme et sérénité à la piscine. Nous nous étonnons de tant de luxe juste pour nous. Géraniums et lauriers roses égaient les abords. L’impression d’abandon d’hier est oubliée. Et tout cela rien que pour nous ! Ou presque, Marianna et Fortunato sont rentrés de la mer. Marianna a mis la sono, musique gaie en Espagnol. Elle a déplié une chaise longue et apporté trois pliants de plage en plastique. Tous les deux plongent du plongeoir.
Marianna est très bavarde. Elle nous promet la Tivou pour ce soir. « La Tivou ? » Je mets un certain temps à comprendre qu’il s’agit de la télé.
La nuit tombe, cochons et chevaux se promènent. Je descends leur porter des épluchures des haricots verts et les photographier. Je suis un peu ridicule : deux chevaux et deux cochons qui me font un cortège sans parler des trois chiens qui nos ont adoptés. Deux d’entre eux boitent, ils se sont faits écraser par une voiture.
Après dîner, nous prenons le frais sous les étoiles. Je n’ai pas envie de me coucher. Il est près de dix heures quand Fortunato et Marianna débarquent sans la Tivou mais avec un grand piège lumineux violet et vert pour les moustiques.
On les invite pour la Mandorli ; ils ont apporté de la « tarte aux pommes » qu’a faite la mère de Fortunato. Nous leur montrons les photos de Naples et du Gargano. Marianna est intéressée. Fortunato ne réagit que devant les rues pauvres de Naples. Je ne suis pas sûre qu’ils apprécient que les touristes rapportent de tels souvenirs. Il n’aime pas les visites touristiques ni les châteaux ni les églises ou les musées. Sa passion c’est la pêche sous toutes ses formes.
Je fais des fautes en Italien qui les font éclater de rire. Je ne comprends pas bien ce qui est drôle mais je ris de bon cœur avec eux.
Comment raconter cette ville baroque sans recopier le Guide Bleu ou sans faire la litanie de palazzi, d’églises ou de placettes aux allures de décor de théâtre ? Combien de places ?
Quelle est la représentation jouée ici? la grandeur de l’Eglise en ces temps des Espagnols et de la Contre-Réforme ? Foisonnement de sculptures, de colonnes torses, d’atlantes et de cariatides. Etrange mélange des images pieuses précises, de femmes nues, d’angelots joueurs, de monstres marins, de chevaux…statues colossales de la Justice et de la Piété. Mais aussi bouquets et guirlandes de fleurs. L’intérieur de certaines églises ressemble à une salle de bal avec des moulures en stuc comme une pâtisserie à la crème fouettée. L’ensemble est tout à fait harmonieux.
Lecce est une ville vivante avec de nombreux festivals de musique et concerts. La RAI installe les sonos et l’électricité au Duomo, nous en interdisant violemment l’accès : »via !» me suis-je entendu dire quand je me suis interposée entre leur camion et le portail de la cathédrale pour faire des photos. Partout des estrades et des chaises. Beaucoup de bâches et d’échafaudages cachent les façades en restauration. On ne peut que s’en féliciter, même si, sur l’instant, je les maudis. Heureuse initiative : l’automobile est bannie du Centre Historique. Seuls de petits véhicules électriques, nous surprennent, ils approchent en silence.
Dans un kiosque, je trouve Le Monde. C’est un évènement, je ne l’ai pas eu depuis Naples.
Ce n’est pas la première ville baroque que nous visitons. L’étonnement, la surprise, ce fut à Noto, en Sicile en 1998 . Le village perdu, véritable décor de théâtre d’un autre siècle ! Si décoré, si parait, il se dégageait une impression d’étrangeté. Plus tard, à Syracuse, surtout à Palerme, nous nous sommes familiarisées avec les décors surchargés, les angelots, les pampres… Dominique Fernandez nous avait guidées, pointant du doigt l’humour des putti de Serpotta dans les églises palermitaines ou dans la villa des Grotesques. Grâce à cet auteur, j’avais goûté le baroque sicilien sans me laisser trop impressionner par la grandiloquence. Dans notre lecture des foisonnantes sculptures, il avait attiré notre attention sur un geste insolent, ou inconvenant d’un petit garçon : grâce parfaite des œuvres de Serpotta.
A Lecce, nous n’avons que le Guide Bleu, moins littéraire, pour étudier les façades et les édifices.
Confondant la porte de Napoli et la porte Rudiae, nous effectuons l’itinéraire du Guide à l’envers en commençant par la Chiesa del Rosario (1691 1728). A l’intérieur, un homme gratte son lotto. Cette opération profane est chargée d’une grande angoisse et d’une grande piété. La superstition déborde. Il jette des regards désespérés. A-t-il honte d’être surpris dans cette activité dans une église ou l’enjeu est il d’une importance capitale ? Il ne gratte pas toute la carte à la fois. Un numéro, une prière, un regard affolé de notre côté. Peut être notre présence contrarie l’intercession divine ?
Chiesa del Rosario
Le maître architecte de la chiesa del Rosario est Giuseppe Zimbalo(1620 -1710) . Lui aussi animé d’un humour railleur, ne recule pas devant le grotesque des cariatides ou des monstres qui voisinent avec les statues des saints. Les putti jonglent avec des mitres ou la tiare papale.
Piazza ignazio Falconieri
Il ne faut pas avoir les yeux rivés sur le Guide. La corniche des balcons soutenue par des chevaux, un patio croulant sous la vigne vierge, un escalier monumental découverts au hasard de la promenade, offrent autant de surprises à savourer avec le plaisir supplémentaire de la découverte personnelle.
La grande place Sant’Oronzo est d’architecture disparate : elle comprend un amphithéâtre romain, une très jolie église s Marco (vénitienne ?) avec le Lion de Venise mais aussi des immeubles mussoliniens, des banques des années 60 . Ici aussi le baroque délirant règne : au sommet d’une colonne antique, un évêque baroque semble prendre son envol. Le commentaire du Guide Bleu rajoute dans la surenchère : cette colonne est celle qui aurait marqué à Brindisi la fin de la Voie Appienne. Elle aurait été acquise contre quelques mètres d’excellent boudin. Et voici le burlesque qui revient au galop !
Le Castello Carlo V est ouvert : en restauration on a peu de vues d’ensemble. Des salles abritent deux expositions de peinture contemporaine qui m’ont beaucoup plu surtout celle de Virgilio Vairo qui a pour thème des variations sur les thèmes du trabucco – grandes huiles bleues traversées de lignes sécantes, les perches ou courbes, les filets- tableaux déclinant les lignes de l’olivier . On reconnaît aussi MonteSantAngelo dans des études de villes, figures géométriques, à plat blancs, arches et toits. Cette promenade picturale autour du Gargano nous rappelle les paysages familiers.
Lecce santa Croce
La dame de l’exposition nous recommande de visiter Santa Croce,la plus belle et la plus originale des églises de Lecce avec sa verrière ronde inattendue.
santa croce atlantes et caryatides
Il commence à faire chaud même en suivant les trottoirs à l’ombre. Il est temps de rentrer pour profiter de notre belle piscine de La Fortuna.
Nous rentrons en une petite heure sous la canicule. Le thermomètre de la pharmacie de Manduria marque 38° à l’ombre. Le soleil est écrasant. Le paysage grisâtre, gris le ciel, gris les oliviers, l’herbe sèche…Un mirage, les phares allumés d’une voiture se reflètent sur la chaussée : on dirait un incendie qui se rapproche de nous.
La piscine, à l’ombre des grands pins est un vrai bonheur. Elle est maintenant complètement remplie, mais l’eau est toujours aussi froide. Je lis avec appétit Le Monde, petite déception, il est mince avec le supplément télé inutile.
Un épisode comique : la chienne boiteuse fait irruption. elle se penche pour boire dans la piscine sans y réussir. Je mets mes mains en coupe pour l’aider. Elle est assoiffée et boit dans mes mains. Pour me remercier, elle me lèche. Elle est en chasse et me dégoûte un peu. Les deux autres chiens la suivent. Nous distribuons les derniers biscuits de MonteSantAngelo tellement durs qu’ils sont immangeables. Tandis que nous nageons, la truie arrive en clopinant. C’est tellement drôle cette association : la truie à la piscine ! Je vais chercher l’appareil photo mais cela l’effraie. Il faudra faire un montage si nous voulons raconter cet épisode dans l’album !
Pour terminer la journée, nous retournons à San Pietro en Bevagna et nous installons à la plage désertée par les baigneurs qui rentrent dîner.
Nous traversons de belles oliveraies puis une sorte de maquis. Du côté de la mer, on a installé des villages de vacances assez réussis et discrets.
Nardo est une petite ville de 31 000 habitants qui possède un centre ville baroque. : beaux balcons, une belle place : Piazza Salandra. En son centre une flèche de 30 m de haut rappelant celle de Naples et les plus lointaines colonnes de la Peste d’Autriche et de Hongrie. La cathédrale moyenâgeuse peinte à fresques, nous repose du baroque. En revanche, la façade de San Domenico est surchargée de personnage étranges barbus et de singes. « Encore des églises et des balcons !» Certes, en un mois nous en avons vus beaucoup ! L’année dernière, en Toscane, c’était loggias et fresques !
Nardo baroque
Le Baroque, comme les gâteaux à la crème auxquels il fait souvent penser, ne se supporte pas à haute dose. Très vite on parvient à l’écoeurement de la crème et des sculptures.
gallipoli
Gallipoli est bien différente : le Centre historique occupe une île reliée au continent par un pont. Un gros château Angevin puis Aragonais aux larges tours trapues monte la garde.
Nous faisons un premier tour de la ville ancienne aux maisons blanches par la corniche.On pense à Rabat et à ses maisons blanches, à la Grèce et même au Portugal avec les azulejos sur les façades des églises. En observant mieux les détails nous retrouvons les palazzi avec leurs balcons, les corniches le stuc sauf qu’ici c’est blanc et jaune rarement rose.
Peu de touristes, les femmes de Gallipoli sont très présentes. Elles barrent une route à la circulation, assises sur leurs chaises en tricotant. D’autres le pliant dans une main, le cabas sur l’autre épaule vont à la plage. Aux fontaines publiques, elles rincent leurs claquettes en plastique pour ne pas emporter de sable chez elles.
forteresse angevine ou aragonaise?
Une de ces dames, cheveux gris et tablier, fait un brin de chemin avec nous pour nous montrer le palazzo où se trouve le Frantoio : pressoir à huile hypogée, une des curiosités de Gallipoli. Elle vante sa ville et se félicite de la proximité de la plage. Vers onze heures, nous pensons plus à la baignade qu’à la visite.
Dernier monument : la Fontaine Hellénistique cachée par une palissade de rénovation.Très élégante à ce qu’on peut deviner. Le quai face à l’île se termine par une église de marins. Promenade plus sobre que dans le Centre Historique.
Des hommes ouvrent des oursins mais ils vendent aux restaurants pas aux particuliers. Plus loin, un autre vend oursins et éponges. J’achète une éponge et en profite pour goûter un oursin. Je suis un peu déçue, il n’y a vraiment rien à manger, il faudrait en gober une dizaine.
Les environs de Gallipoli sont équipés de lidi avec ombrelloni, lettini, foule et embouteillages. A fuir ! Nous dépassons les hôtels et autres villages touristiques jusqu’à ce que la côte devienne rocheuse et les constructions plus diffuses. Après deux tentatives, l’une dans un champ de pastèques l’autre aboutissant à une ravissante villa avec vue sur mer nous trouvons ce que je cherche depuis le début des vacances : une crique dans les rochers avec de l’eau transparente et de la vie sous marine. Si l’endroit est abrité des vagues, c’est l’idéal d’autant plus que j’ai trouvé un masque à ma taille qui ne s’embue pas trop vite.
Dommage que le pique-nique soit un peu sommaire : salade de patates thon et pas de dessert !
Il sera difficile de retrouver un aussi bel endroit encore sauvage.
Au retour, la route suit de loin le littoral : campings, villages touristiques ou tout simplement sens interdits dans les villages, nous détournent. Notre nouvel objectif : trouver une gelateria ou un bar pour le dessert pour boire à l’ombre quelque chose de frais.
San Isodoro, vaste parking occupé par des campings cars. Deux d’entre eux sont transformés en buvette avec un auvent et des canisses. J’achète une bouteille d’eau fraîche et un café freddo (glace pilée au café dans une bouteille sortie du congélateur, granité du pauvre).. A trois reprises,le parasol s’envole.
Dans la crique suivante, l’eau est délicieuse, extrêmement transparente. Les baigneurs restent en bordure immédiate des rochers. Je nage seule. Devant moi:une île, trop loin! Quand je reviens près de la côte, D et la voiture ont disparu pour un autre camping sans camping- cars à proximité et une petite plage plus confortable. Cette fois-ci, je prends le masque : la vie marine est incomparable : crabes, coquillages, anémones de mer, poissons par bancs entiers. Nous sommes dans la Réserve Marine de Porto Cesareo
Déisis, le christ Pantocrator entouré de Saint Jean et de la Vierge
Difficile choix entre les églises rupestres de Massafra et le Musée de Taranto.
Il faut impérativement arriver avant 9h à Massafra. Je suis les panneaux verts de l’autoroute Bari/ Taranto. Nous aboutissons par mégarde au beau milieu du quartier des céramistes de Grottaglie (encore une visite possible que nous zappons à regrets). Nos voyages, même à petite vitesse, sont une suite de renoncements. Nous contournons Taranto sans rien voir des petites mers ni du pont tournant, en revanche la traversée des aciéries est inévitable. De la fumée rouge s’élève, beaucoup de camions.
Massafra coiffe de blanc une colline poussiéreuse. Nous l’abordons par la ville moderne dont nous faisons deux fois le tour sans trouver le Centre Historique. Forcément, il faut passer le pont qui enjambe la Gravine pour trouver les quartiers anciens. Cette Gravine est un ravin escarpé qui partage la ville en deux. Ses flancs sont percés de grottes, maisons troglodytiques, caves ou cryptes. Une verdure incertaine s’y accroche, grosses touffes de figuiers, épineux.
L’Office de Tourisme est situé dans la Gendarmerie dans un vieux palazzo noirci. Les deux employées sont très aimables. Les heures de visite ne correspondent pas aux horaires donnés par le guide Géo (encore !). Une visite pour nous seules est possible, la guide attendra qu’on trouve un stationnement (air compatissant). Entre temps viennent s’associer deux, puis trois autres personnes.
Nous partons à pied. La Guide ouvre une vieille porte pente en laque grise ordinaire. A l’entrée, deux grosses potiches en céramique, nous sommes sous l’ancien hôpital de la ville. Les deux grosses jarres avaient un rôle de désinfection ou de purification. De l’hôpital désaffecté subsistent aussi deux baignoires : sorte de sièges baquets avec des accoudoirs, l’une est la baignoire féminine l’autre masculine.
Au fond des caves de l’hôpital, deux cryptes ont été réunies, l’une de rite byzantin l’autre de rite romain, San Antonio Abate. La cloison qui les séparait a été abattue par la suite. Du côté grec, on reconnaît une Déisis : le Christ Pantocrator trônant entre la Vierge et Saint Jean Baptiste. A côté des figures des saints, les écritures hésitent entre le Grec et le Latin. Certaines inscriptions utilisent un alphabet intermédiaire. Nos compagnons de visite mitraillent les fresques au flash. Partout, j’ai vu les gardiens protester et insister auprès des touristes pour qu’au moins ils débraient leur flash. Giovanna, la guide, ne dit rien. Elle commente les fresques pour moi seule. Les autres sont trop occupés avec leurs appareils photos et une lampe de poche qui donne un éclairage rasant. Je finis par m’étonner : ce sont des archéologues et des historiens de l’art. La dame, canadienne, ne fait aucun cas des belles peintures. Tout juste, elle corrige un commentaire de Giovanna. Elle est occupée à relever des traces de graffitis, d’incisions, de croix sur les murs et les plafonds. Ses compagnons, italiens, sont moins motivés. Ils semblent l’accompagner et l’assister Dans la rue, elle sort un ordinateur de poche et un stylet, prend des notes, transfère ses photos numériques, colle un interface qui ressemble à un téléphone et ignore superbement Giovanna, quant à nous !
Nous traversons d’un pas rapide un quartier moderne. En sous-sol, il y a, dit-on, de nombreux souterrains. Ceux-ci servent de caves aux particuliers.
A l’air libre, une crypte : l’église byzantine S. Leonardo. Nous voyons l’emplacement de l’iconostase, la béma, encore une Déisis, cette fois ci très bien restaurée. Giovanna nous explique la symbolique des couleurs : le jaune représente la Terre, le rouge, la Divinité et le bleu, l’Humanité. Le Christ Pantocrator est habillé de rouge, signe de son essence divine et porte un manteau bleu. La Vierge, en revanche est vêtue de bleu recouvert d’un manteau rouge. Le geste du Christ Pantocrator avec ses trois doigts, ressemble à celui du Bouddha enseignant, les trois doigts figurent la Trinité. Le cercle, le Monde. Il nous reste encore bien des symboles à apprendre dans la lecture des fresques !
Saint Côme et saint Damien ornent les piliers. Pierre et André le mur qui prolonge l’iconostase. D’autres saints montent la garde sur les murs. Certains sont clairement byzantins, d’autres, latins. Les yeux des saints ont été crevés. A l’entrée de la crypte, la cellule de l’ermite gardien.
Candelora
Candelora se trouve face à la Gravine. C’était une église de grande taille. Curieusement, le plafond n’est pas plat, dans la roche on a creusé des coupoles, des voûtes et des pans coupés. Certaines fresques sont remarquables : la Présentation de Jésus au Temple. Siméon cache ses mains dans son vêtement pour ne pas souiller l’enfant pur. La Verge tient l’enfant Jésus par la main, image très touchante de la mère qui marche à côté de son fils, Jésus porte un petit panier rond, dedans, quatre œufs (Pâques,) ou quatre pains (la Communion ?). L’enfant a une figure d’adulte comme étaient aussi représentés les empereurs byzantins.
Les trois archéologues sont de plus en plus déplaisants. La femme prend des notes, elle fait son travail sans se soucier de personne (cela se comprend) les deux autres téléphonent sans aucune discrétion. Pour nous, la visite s’achève là (Eux continuent avec un e autre guide mais ne nous proposent pas de les accompagner).
massafra gravine : thébaïde italienne ou paradiso di Massafra
Nous descendons vers le fond de la Gravine par une rue tortueuse, dallée de pierre qui se faufile entre des maisons troglodytiques creusée dans la paroi, les escaliers peints en blancs, les murs blancs éblouissants. Dans la Gravine nous découvrons la forteresse : château fort à tours rondes ressemblant à celui de Gallipoli.
A la sortie de Taranto, le long de la route, plusieurs pescherie. Nous sommes tentées par du poisson frais. Les places de stationnement sont chères, une place se libère enfin. D se gare comme à son habitude en marche arrière. Mais la place est convoitée par d’autres. Une énorme Jaguar survient en marche avant. Choc imperceptible. Le conducteur descend, une masse de muscles et de graisse, cheveux gris gras et rares, trogne rouge. Il constate « les dégâts », trace imperceptible. Nous préférons prendre la fuite. La dame relève le numéro de la Panda .Sale impression d’avoir, de toutes les façons, toujours, tort. C’est ainsi que les émigrés doivent ressentir en n’importe quelle occasion.
Massafra Gravine
Nous rentrons à La Fortuna pour déjeuner passer l’après midi à la piscine et le soir nous retournons à San Pietro. Cette fois ci nous choisissons de nous installer près des rochers pour voir plein de poissons et un crabe qui nage de côté.