EXPOSITION TEMPORAIRE AU MUSEE D’ART MODERNE DE PARIS
du 18 septembre 2020 au 10 janvier 2021
Cérémonie (1947)
Victor Brauner est né en 1903 à Piatra Neamt (Moldavie) pendant sa jeunesse roumaine 1920 -1925 à Bucarest il invente la picto-peinture avec Ilarie Voronca et subit l’infleunce de Cézanne mais aussi des cubistes
Brauner Portrait de Mme R.B.
Il arrive à Paris en 1925 où il fréquente entre autres Chagall et Delaunay. Il retourne à Bucarest où il expose puis reviendra à Paris en 1930 où il rencontre Brancusi, Giacometti et surtout André Breton et les Surréalistes. L’aventure surréaliste se poursuivra jusqu’en 1948 où il sera exclu du groupe .
Brauner dessin
L’exposition du MAM consacre une salle aux dessins de l’époque. Brauner dessine depuis l’enfance. Son tracé est très sûr et la technique éblouissante. Il se laisse entrainer par un dessin automatique analogue à la démarche des surréalistes.
Brauner : l’Etrange cas de Monsieur K 1934
On retrouve ce graphisme dans un tableau noir très étrange que j’ai bien aimé
Brauner : Débris d’une Construction d’Utilité
Dans les années 30 il adhère au parti Communiste clandestin et on peut imaginer une dimension politique dans la critique du fascisme
Brauner 1935 : Hindenburg
peut on imaginer une dimension politique dans la création de Monsieur K , une sorte d’Ubu dont il donne de multiples images
Monsieur KEtrange cas de Monsieur K la morphologie de l’homme
Certains tableaux font penser à de Chirico ou Dali
Brauner : La ville qui rêve
Autour de 1937, en tant que Juif et Communiste, Brauner se sent menacé et quitte la Roumanie pour Paris qu’il devra fuir dans l’attente d’un visa américain qui ne viendra pas. Brauner passera donc la guerre dans la clandestinité caché d’abord dans le midi puis dans les Hautes Alpes.
Une section de l’exposition est consacrée à ces années : Les Frontières Noires de la Guerre. Toute une série de tableaux sont sombres, peints avec les matériaux que le peintre trouve sur place : brou de noix, cire qu’il incise
Mais c’est aussi pendant les années de guerre qu’il sculpte le Congloméros sculpture anthropoïde, deux hommes et une femme mêlés, chimère hermaphrodite et désarticulée
Congloméros(plâtre) et la Palladiste(tableau)
En une nuit, Brauner dessine 50 dessins, esquisses préparatoires au Congloméros. En plus du Congloméros il invente d’autres chimères .
Tôt-in-Tôt la Grande Métamorphose
Après la guerre ses oeuvres sont plus colorées plus fantaisiste, mythologique. On dirait qu’il emprunte aux mythes égyptiens, azthèques ou africains motifs et couleurs.
Rencontre avec 4 chats du Monde
Brauner
Vers la fin de sa vie il combine sculpture et peinture en concevant de cadres très décoratifs. Des documents audiovisuels permettent d’entendre le peintre parler avec beaucoup d’humour de son oeuvre.
Les chiffres ne sont qu’une indication. Ils ne veulent rien dire. Demander un chiffre c’est faire l’évaluation d’un travail. La réponse changera en fonction de la personne à qui vous posez la question. Si vous le demandez à celui qui a effectué le travail, il sera poussé vers le haut. Si vous le demandez à ses détracteurs, il sera tiré vers le bas. Demander de chiffrer une activité c’est être assuré d’avoir une information déjà faussée. Les chiffres ne sont que des paillettes pour faire beau à la fin des rapports vides. – Vous vous trompez, Coste, les chiffres sont tout, exactement pour cette raison. C’est parce qu’on peut tout leur faire dire qu’on les fait tant parler. Plus particulièrement ceux de la délinquance et de la criminalité dont les conséquences ont des répercussions à une multitude de niveaux. C’est ici qu’est nécessaire la pièce du puzzle qui vous manquait, à vous comme au lieutenant Aubin. Le projet du Grand-Paris.
va falloir en mettre sous le tapis, des cadavres, pour que les investisseurs choisissent la Seine-Saint-Denis comme nouvel eldorado, au lieu des séduisants 92 et 94. «
.
Généralement, je lis des polars pour découvrir la face cachée et non touristique des pays que je visite. 2020 n’étant pas propice aux expéditions lointains, je me contente de voyages minuscules dans le Grand Paris.
La télévision donne une image stéréotypée du 9-3, le plus souvent négative. On pense aux Misérables (le film de Ladj Ly , pas Victor Hugo). L’approche de Norek est différente : il s’agit de Police Judiciaire et non pas de contrôles au faciès, de racisme ou de terrorisme. Trois crimes spectaculaires – grand-guignolesques – doivent être élucidés par l’équipe de Victor Coste.
Je déteste les billets qui racontent l’intrigue et qui déflorent le suspens. Je ne vous raconterai donc rien.
Sauf, peut être, que j’ai bien accroché à la personnalité de l’enquêteur Vincent Coste que j’ajouterai volontiers à la collection des Brunetti, Montalbano, Erlendur…que la personnalité des personnages secondaires est bien fouillée…que ce n’est pas un polar manichéiste même s’il charge une certaine corruption.
Intéressante, cette analyse des projets du Grand-Paris qui se réalisent maintenant sous nos yeux. En revanche, Norek ne porte qu’un regard distrait au décor, cela m’aurait gêné si je n’avais pas été parisienne, banlieusarde, et habituée des randonnées urbaines en 9-3.
Au contrôle des billets (électroniques) je demande où se trouve la Peinture Française. « Les salles du 2ème étage sont fermées, il faudra se contenter du 18ème et 19ème siècle » me répond le gardien.
Aile Denon, en haut de l’escalier de la Victoire de Samothrace, je trouve les Grands Formats. Deux galeries, rouge sang, rouge impérial, séparées par le Salon Denon sont dévolues à la Peinture de 1780 à 1850.
La première met à l’honneur David et son monumental Sacre de Napoléon 1er. Toile immense (621 cm x 979 cm) battues de quelques décimètres par les Noces de Cana, elle attire le regard et occupe le centre du mur. On ne voit qu’elle. je ne m’attarde pas, si l’épopée de Bonaparte m’intéresse, les fastes de l’Empire m’agacent.
David autoportrait
Autour et en face, le tableaux historiques et romains de David : Les Sabines arrêtant le combat( 1799), Léonidas aux Thermopyles (1814), Le serment des Horaces (1784), Les licteurs rapportant à Brutus le corps de ses fils (1789). Ces tableaux néo-classiques donnent une ambiance héroïque et martiale qui s’accorde avec l’épopée napoléonienne glorifiée par le Sacre. En traînant dans les coins, en s’attachant aux plus petits tableaux, je découvre un Sommeil d’Endymion de Girodet, avec un éclairage presque caravagesque et une ambiance pré-romantique. David se révèle également un excellent portraitiste Avec le Portrait de Pierre Sérignat (1795) et d’Emilie Serignat. Un peu de fraîcheur dans cette solennité romaine virile. La plus grande tendresse est apportée par l’autoportrait d’Elizabeth Vigée-Lebrun en compagnie de sa fille. J’ai aussi aimé l’autoportrait de David. Face au Sacre : la très célèbre Madame Récamier. Autant les scènes historiques, romaines et le Sacre me laissent froide, autant je suis touchée par David portraitiste.
Ingres Oedipe et le Sphinx
Plus avant dans la galerie, apparaissent d’autres artistes : Ingres et Gros. Ingres s’inscrit aussi dans la peinture antique avec Oedipe expliquel’énigme au Sphinx(1808) et avec le très grand tableau d‘Homère déifié. Bien sûr, sa grande odalisque est à l’honneur.
Je ne connaissais pas Prud’hon , l’Enlèvement de Psychéet La Justice et la Vengeance divine poursuivent le Crime(1806) se déroulent dans une atmosphère fantastique avec des gris sombres et l’éclairage de la lune.
Le Salon Denon, carré est décoré d’un plafond spectaculaire : au centre un médaillon sculpté est sans doute une allégorie de la peinture entouré de quatre fresques au coloris pastels réalisés par Charles Louis Müller (1863-1866) chacune glorifiant le règne de quatre souverains mécènes : Saint Louis avec la Sainte Chapelle, François Louis XIV et Versailles, 1er à Chambord et Napoleon 1er devant l’arc de triomphe du Carrousel.
Une boutique de souvenirs occupe la moitié du Salon Denon et détourne l’attention des visiteurs des tableaux exposés qui ne sont pas mis en valeur. Il faut dire que la Salle des Etats débouche en face et que les visiteurs de la Joconde se précipitent sur les cartes postales après avoir fait leur selfie.
Gros Bonaparte visite les pestiférés de Jaffa (détail)
La Galerie Mollien est la réplique symétrique de la Galerie Daru qu’on vient de quitter : même rouge sang, même disposition. Si la première tournait autour de David, dans la Galerie Mollien, Géricaultet Delacroixen sont les vedettes. Gros illustre les campagnes napoléoniennes, La visite de Bonaparte aux pestiférés de Jaffa, m’intéresse, j’aurais pu utiliser la photo pour illustrer Turbans et chapeaux de Sonnallah Ibrahim qui raconte cette anecdote ; cela me fait aussi penser à la visite à Beyrouth de notre Président(quelle coïncidence!). Son portrait de Murat chamarré aurait pu figurer dans mon billet relatant la visite à la forteresse aragonaise de Pizzo en Calabre où il a finit sa vie.
Gros Portrait équestre de Joachim Murat
Face à Murat par Gros, un autre cavalier, par Gericault : Cuirassier blessé (1814) personnifie les incertitude et la vulnérabilité après les revers de 1812.
Au centre, à la place d’honneur : Le Radeau de la Méduse symétrique du Sacre de la Galerie Daru. Célébrissime. je suis surprise par son aspect sombre (sale?). Ces couleurs sales dramatisent la tragédie, seul signe d’espoir, les chiffons blancs qui volent au vent. Signe d’espoir ou violence de la tempête? Sur le mur d’en face, très grand et nettement plus colorée la toile du Massacre de Scio (1824) . De l’Antiquité grecque et romaine on glisse vers l’Orientalisme avec la Mort de Sardanapale. (1827). Du néo-classicisme on a évolué vers le Romantisme. Les guerres napoléoniennes sont finies, l’héroïsme et les scènes de bravoures trouveront leur inspiration dans les guerres d’indépendance de la Grèce. Sardanapale vient d’ailleurs d’un poème de Byron.
Delacroix : massacre de Scio
Les Femmes souliotesde Scheffer (1827-1828) et la Prise de Constantinople par les Croisésde Delacroix(1840) sont de la même veine.
1830, La Liberté guidant le Peuple m’apparaît presque petite à côté des énormes tableaux napoléoniens.
Dante et Virgile aux enfers(1822) est exposée à côté de la Liberté. Pendant que j’essaie de cadrer avec mon smartphone la barque de Dante, passent deux personnages, père et fils habillés d’une harmonie parfaite de jaune rouge et noir, (belges ou allemands?) Papa porte en bandoulière un téléobjectif de photographe animalier. Et que vise-t-il? non pas la Liberté qui ne nécessite pas un tel équipement, mais son fils en plein devant le tableau, en masquant un bon quart. Chercher le spectacle dans les œuvres exposées, dans leur décor et aussi parmi les visiteurs!
1834 Les Femmes d’Alger, marquent les conquêtes coloniales.
Elacroix mort de Sardanapale
Jeanne d’Arc d‘Ingres et Suzanne de Chasseriau gardent la porte de sortie de la Gallerie Mollien. Nous parvenons alors dans un autre salon carré : Le Salon Mollien occupé par une belle cafeteria : self service avec les fenêtres qui regardent les Tuileries et l’Arc de Triomphe du carrousel. Côté cour et pyramide, une belle terrasse est installée au dessus du bassin et un petit jet fait un bruit rafraîchissant . Surtout, être à l’extérieur à une terrasse de café permet d’ôter un moment le masque. Qui sont les personnages géants debout dont je ne vois que le dos?
La Maison de Balzaca été rénovée récemment, je me suis dépêchée d’aller visiter l’exposition Comédie Humaine par Arroyo qui se termine le 16 Août.
Maison de Balzac
La Maison de Balzacest situé rue 47 Raynouard, à mi-pente sur la colline de Chaillot, à la limite entre les villages d’Auteuil et de Passy. Construite sur une terrasse d’où il y a une belle vue. Un jardin y est installé et un café qui semble très accueillant. Promenade tranquille. Wikipédia raconte que Balzac s’y était installé sous le pseudonyme de Monsieur Breugnol pour fuir ses créanciers et qu’il avait chois cette demeure parce qu’elle disposait de deux entrées (l’autre au 24 de la Rue Berton). J’aime bien ces anecdotes. Balzac occupa cette maison de 1840 à 1847.
la cafetière de Balzac en porcelaine de Limoges
Le musée conserve peu de souvenirs personnels : la cafetièreen porcelaine de Limoges, la canneornée d’or et de turquoises. Cette canne a inspiré un roman à Emilie de Girardin qui est disponible gratuitement en lecture électronique et que j’ai téléchargé de retour à la maison. Cette canne aurait été acquise à la suite du succès d’Eugénie Grandet, ce serait un objet magique conférant l’invisibilité à son porteur. Seul le cabinet de travail est meublé avec son bureau, son fauteuil, une bibliothèque et la cheminée au manteau sculpté de noyer et tilleul.
manteau de la cheminée de Balzac noyer et tilleul
En revanche, les images, bustes, têtes de Balzac me fourniront assez d’images pour les futures lectures communes de la Comédie Humaine et aussi de lectures personnelles.
Balzac par David d’Angers
Une salle est entièrement couverte de citations d’écrivains ou critiques : une lettre de Marie d’Agout (1857), des textes de Simenon, Marguerite Duras, Cendrars, Mauriac, Proust, Henry Miller….
Plaque pour la gravure de Pierrette;
Une autre pièce contient une bien intéressante exposition : les manuscrits, épreuves corrigées et différentes éditions revues par l’auteur de Pierrette. On voit les rajouts dans les marges des épreuves qui augmentaient le texte de moitié. Cette recherche de la perfection exigea 13 épreuves.
Une autre salle est couverte de vitrines présentant les plaques des gravures qui ont servi à illustrer la Comédie Humaine. toutes utilisent la même technique de gravure sur bois et étaient imprimées en même temps que le texte.
la vendetta
2500 personnages apparaissent dans la Comédie Humaine; pas étonnant que je n’en connaisse qu’une toute petite fraction! Les érudits doivent se régaler.
Arroyo Elisabeth Baudoyer
Je découvre Eduardo Arroyo, plasticien espagnol. Né en 1937 à Madrid, il quitte l’Espagne franquiste en 1958 pour Paris. A la suite d’une exposition à Madrid : les quatre dictateurs, il ne peut plus retourner en Espagne avant la mort de Franco et ne s’y réinstallera qu’en 1977. Les cartels parlent plutôt d’une rêverie-promenade dans le monde de Balzac et d’Aragon où littérature et peinture se fondent.
Arroyo le père Goriot
j’ai surtout été étonnée par la technique des collages que le plasticien a employée. Mosaïque ou marqueterie? Les pièces collées sont des photographie découpées qui forment un puzzle. Le plus souvent du noir et blanc, parfois sépia, plus rarement en couleur. je m’approche, je cjerche l détails qui ne sont pas anodins. le résultat est bluffant.
Balzac et madame Hanska
Il a réuni Balzzac et Madame Hanska pour un collage original (noter que la dame n’est pas madame Hanska mais une élégante anonyme)
Et pour finir un peu d’humour : tout le monde connait Jean Mineur Balzac 0001 des publicités du cinéma
La Grande Galerie fut construite entre 1595 et 1610. Décorée par Nicolas Poussin, elle abrita les Plans-reliefs de 1697 à 1777. Le Musée fut ouvert en 1793.
Elle abrite la peinture italienne et les chefs d’oeuvre les plus connus. Grands tableaux accrochés chronologiquement qui se répondent. Parfois deux maîtres ont traité le même thème et se retrouvent proches.
Je remarque d’abord la Bataille de San Romano d’Uccello (1440-1445), composition extraordinaire ds lances et des pattes des chevaux où seul au milieu Micheletto da Cognole coiffé d’un turban se détache sur des anonymes chevaliers en armure.
je découvre des peintres dont je n’avais jamais entendu parler : Bondone, Lo Zoppo (1455)
Lo Zoppo – la Vierge entourée de 8 anges
Le Saint Sébastiende Mantegna (1480) fait face à celui du Perugin (1450). Même sujet mais deux tableaux si différents. Le martyre est accroché à un pilastre antique à l’avant d’un paysage pittoresque chez Mantegna.
En face je retrouve Mantegna dans un sujet tout à fait profane : Minerve chassant les vices dans les jardins de la vertu qui fait partie d’un ensemble de cinq tableaux peints par des artistes différents (Mantegna, Perugin Costa) mais dans des formats et des cadres identiques pour la Duchesse de Mantoue. C’est un Mantegna inattendu, j’ai beaucoup aimé les amours à ailes d’insectes et aussi les citrons rafraîchissants.
Mantegna : Minerve chassant les vices dans les jardins de la Vertu (détail des amours avec des ailes de papillons ou de libellules)
Après Saint Sébastien, Saint Jean Baptiste, de Leonard da Vinci, de son atelier, transformé en Bacchus? Raphael l’a aussi représenté avec le geste de l’index.
Saint Jean Baptiste Leonardo da Vinci (1513-1516)Lumineuse Prédication de Saint Etienne à Jérusalem de Carpaccio (1514) qui s’est amusé à donner une tonalité orientale avec les barbes et turbans et constructions pittoresques
Carpaccio : Prédication de Saint Etienne
Un micro rappelle les prescriptions sanitaires pour la Covid19 : nous approchons de la Salle des Etats transformée en salle d’embarquement d’aéroport pour canaliser les fans de Monalisa que je snobe. Ne pas se laisser intimider par le labyrinthe : les peintres vénitiens sont accroché là. On ne peut ignorer la toile géante de Véronèse : Les noces de Cana (1563 m ) de presque 10 m x 7 m. Une guide montre aux enfants le peintre qui s’est représenté, les 123 personnages et les laisse chercher les 6 chiens. Dans les Pèlerins d’Emmaüs, je note encore la présence des chiens ; aniamaux fidèles, ils symboliseraient les chrétiens.
Véronèse : noces de Cana (détail ds musiciens et des chiens)
Titienet Tintoret sont un peu dans l’ombre, dommage!
Une médiatrice fait remarquer qu’il y a deux tableaux presque identiques :La Vierge et Sainte Catherine d’Alexandrie et un lapin du Titien. Celui du haut est une copie de Manet !
Titien : Vierge au Lapin
Retour dans la Grande Galerie, dans la deuxième moitié du 16ème siècle : Correge et Andrea del Sarto autour de Raphael.
Je ne veux pas quitter la Galerie sans un regard pour Caravage avec la Diseuse de Bonne aventure je préfère celle de Rome mais surtout le portrait impressionnant d’Alof de Wignancourt, le Grand Maître de l’Ordre de Malte. Nous sommes arrivés au 17ème siècle avec les frères Carracheet Cavalier d’Arpin.
Cela fait plus de 2 heures que je transpire sous le masque…Je reviendrai bientôt pour la suite!
La Victoire de Samothrace au sommet de l’escalier nous ouvre le chemin vers la peinture italienne.
Cela ne commence pas très bien : les salles Perrier et Fontaine (1809-1812) offrent un écrin trop pompeux et surchargé pour les fresques de Botticelli .
Dans la Salle Duchâtel, le plafond représentant le Triomphe de la Peinture Française très surchargé ne parvient pas à écraser le sobre calvaire de Fra, Angelico ni d’affadir les fresques de Luini très lumineuses : l’Adoration des mages.
Le Salon Carré est en restauration : dépoussiérage du plafond doré. C’est dans ce Salon que se déroulèrent les Salons des Artistes vivants jusqu’en 1848, donnant l’expression « salon » pour ces expositions.
Le Pérugin : St Jérôme soutenant les deux pendus
les Primitifs italiens sont exposés dans la Salle des 7 mètres (hauteur de plafond) salle moderne. Je suis tellement fascinée par les œuvres que je cesse de m’intéresser à la scénographie comme j’avais commencé à le faire. Découverte étonnante de ce Maître de 1333
maître 1333 détail du retable en triptyque
je pourrais rester des heures à regarder les petits personnages de l‘Adoration des Mages de Bernardino da Parenzo , formant la caravane des rois mages en serpentant dans la montagne.
Bernardino da Parenzo détail de l’Adoration des mages
Très surprenant Stefano di Giovanni dit Sassetta (Sienne 1450) qui m’évoque les surréalistes ou De Chirico
le Bienheureux Ranieri délivre les pauvres d’une prison de Florence
1275, Guido da Siena : de tout petits tableaux dorés me rappellent les icônes byzantines
Privée de voyages lointains et de grandes expositions, je suis partie au Louvre sans intentions particulières mais avec la ferme intention de faire de belles découvertes.
Par les temps « ordinaires », je me dirige vers l’Exposition en cours, ou je fais le pèlerinage à « mes » Égyptiens, « mes » Grecs ou je trace vers une salle bien déterminée. J’aime aussi flâner dans la cour Puget, claire et tranquille. J’évite les flots de touristes qui vont voir la Victoire de Samothraceet la Joconde en troupeaux compacts.
Atlantes albani
J’entre dans l’Aile Denon, celle qui longe la Seine et traverse la Salle du Manège que je n’avais jamais remarquée. Le thème de cette salle est Collectionner les Antiques au 17ème siècle. De très belles sculptures grecques ou romaines ont été ,restaurées par des sculpteurs aussi renommés que Giraudon ou Le Bernin, il n’était pas d’usage, alors, d’exposer des sculptures ruinées. Collections de Richelieu, de Mazarin ou des Borghese que Napoléon 1er a acquise .
La mise en scène est parfaite. Il ne fait pas considérer les œuvres individuellement mais plutôt l’ensemble dans cette très grande et belle salle construite par Napoléon III au-dessus des écuries pour des démonstrations équestres (d’où le nom de Manège). Les très fortes colonnes cylindriques lisses sont coiffées de chapiteaux historiés tous différents. Je remarque des bovins portants d’étranges bois plats comme ceux des élans, des sangliers tellement poilus que leurs soies ressemblent à des plumes, chapiteau glorifiant la fauconnerie…..Les plafonds voûtés sont de petites briques roses jointées de blanc. Partout le monogramme N. Napoléon 1er ou III? – III bien sûr.
Atalante
Deux rangées de personnages forment une haie d’honneur à une femme en prière entre deux colonnes de porphyre, derrière une baignoire rouge. Divinité grecques, ou Isis égyptiennes.
A l’arrière c’est le groupe des Satyres ou Atlantes Albani, qui occupe la position centrale entourées de marbres divers. J’ai remarqué l’Atalante en pleine course acquise par Mazarin à Rome, copiée pour Marly en 1665.
Vieux pêcheur grec ou Sénèque
Passé le coup d’œil d’ensemble, je m’attache à certaines œuvres originales comme ce vieux Pêcheur grec, identifié à Sénèque par les Romains en marbre noir émergeant d’une vasque de brèche violette.
Barbare c8
L’entrée est gardée par deux colosses : des captifs barbares, daces sans doutes, puisqu’ils venaient du Forum de Trajan ayant décoré la façade de la Villa Borghese.
Dans le vestibule Denon, deux esclaves maures (Rome 1er siècle complétés par Nicolas Cordier). L’un d’eux, le Maure Borghèse à la tête de calcaire noir, la tunique d’albâtre et la ceinture sont décorées d’une marqueterie de marbres et calcaires colorés de diverses provenances (Turquie actuelle, Grèce, Tunisie) . Cette statue composite a fait l’objet d’une restauration récente et j’ai trouvé par hasard une conférence passionnante.
Depuis des mois, j’attendais cette exposition retardée pour cause de Confinement. Passionnée d’archéologie romaine et d’Italie, je m’étais promis de la voir dès l’ouverture. Et je n’étais pas la seule! j’ai eu du mal à réserver un créneau horaire sur Internet, ceux qui me convenaient étaient complets! Nous avons visité Pompéi il y a 24 ans et je brûlais de découvrir les découvertes des fouilles récentes….
Des vidéos passionnantes retraçant l’éruption de 79 sont passées à la télévision Science Grand Format sur France 5 ainsi que sur Art. J’ai eu le loisir de les visionner en Replay pendant le confinement. De plus, le site du Grand Palais propose d’autres vidéos afin de préparer la visite.
Jeudi dernier je n’étais pas seule à faire la queue, masquée devant l’escalier et bien que mon horaire était de 16 h, j’ai dû patienter debout 45 minutes.
Autant de technologies pour transporter le visiteur 2000 ans en arrière dans les maisons de taille réelle, telles qu’elles étaient la veille de leur destruction. Se promener, non pas dans un champ de ruine (et de fouilles archéologiques) mais dans une rue romaine. Entrer dans la Villa du jardin, découvrir en même temps que les archéologues la mosaïque de la Maison d’Orion et les chimères…voir la splendeur des fresques projetées, plus vraies que nature…..Etre surprise par le début de l’éruption, voir le panache grandir, sentir pleuvoir les ponces et lapilli…
Exposition spectaculaire!
Certes, pourtant avec moi, bon public en général, cela n’a pas vraiment fonctionné. On a tout reconstruit, virtuellement, pour que je découvre la réalité et tout ce que je cherchais, c’était la réalité des pains carbonisés, les tesselles qui traînent encore sur le sol, les poteries cassées, les traces des gonds dans les entrées. Tous ces restes brûlés, usés, méconnaissables que mon imagination projette dans une cuisine, un atrium, un jardin.
Le virtuel tue la poésie des ruines, empêche le jeu de puzzle, écrase la démarche de celle qui se prend pour un archéologue et qui imagine à partir d’un détail la réalité manquante. Un site bien ruiné où il ne reste que quelques dalles du Cardo ou du décumanus, un égoût ou les céramiques des thermes, envahi de mauvaises herbes et de fleurs, me parle plus que toute réalité augmentée.
Certes, j’ai aimé me promener virtuellement dans les ruines des Cités millénaires , à Palmyre, Mossoul, Alep ou Leptis Magna. la réalité virtuelle m’est apparue comme un sauvetage de ce qui n’existera peut être plus jamais du fait des destructions des guerres totales, des bombardements. Si jamais le tourisme revenait en Syrie, en Libye, en Irak que restera-t-il à visiter. Que reste-t-il des Bouddhas de Bâmiyân? Les reconstitutions virtuelles se justifient alors.
Malgé ces réserves, tout le travail autour de l’Exposition du Grand Palais est exceptionnel. Ne vous privez surtout pas de la visite. Et Surtout regardez chez vous au calme les nombreuses vidéos sans être dérangé vous pourrez les visionner plusieurs fois, les étudier, vous en imprégner!
Du côté de Ferrières, non loin de Guermantes ou du Château de Rentilly ou d’Armainvilliers, se trouvent châteaux et parcs, forêts giboyeuses où l’on traça pour les chasses au 18ème ou 19ème siècle de longues allées rectilignes.
Pratique
Cette région de Seine-et-Marneest facilement accessible en voiture par l’autoroute A4 (sortie 12 Bussy-Saint-Georges), par le RER A(Bussy-St-Georges)RER E (Ozoir-la-Ferrières ou Gretz Armainvilliers) .
L’office de Tourisme Marne et Gondoire met à disposition un livret téléchargeable de randonnées pédestres.
Névada?
Sur suggestion de Télérama-Sortir qui promettait le Névada, nous sommes parties avec le pique-nique par une belle matinée ensoleillée.
Château de Ferrières
Un coup d’œil au château de Ferrières derrière ses grilles, immense, de style Renaissance italienne, il fut construit par l’architecte anglais Joseph Paxton de 1855 à 1861 pour le baron James de Rothschild. Il ne se visite pas (ou très exceptionnellement) mais deux restaurants gastronomiques y sont installés. Non loin d’ici, à Armainvilliers, Isaac et Emile Pereire, à la même époque, firent construire un château qui n’existe plus mais dont il reste le parc. On dit que la proximité des deux domaines causa de la confusion chez les invités qui ne savaient pas où se rendre! les forêts de Ferrières et d’Armainvilliers étaient très fréquentées sous le IIème Empire!
la buanderie du château se reflète dans l’étang de Taffarette
Après avoir traversé le village de Ferrières-en-Brie tout à fait charmant avec ses maisons de pierre, sa petite église Saint Rémy nous laissons la voiture au parking à l’extrémité de l’Etang de Taffarette où se reflète le très beau bâtiment de bois qui était la buanderiedu Château de Ferrières.
En passant derrière la buanderie, je trouve une petite route tranquille (cul de sac) qui se transforme en allée piétonnière bordée de très grands et très beaux poiriers. Ces arbres fruitiers couverts de fruits sont tout à fait remarquable par leur âge et leur taille.
l’allée de Taffarette bordée de poiriers vénérables
Eu bout de l’allée nous croisons l’allée des Lions appelée également Allée des Séquoias. 96 arbres géants sont alignés. Immenses, impressionnants.
Allée des séquoias
En rentrant des statues attirent notre attention. Télérama promettait le Névada pas l’Île de Pâques!Ils ne sont pas en pierre mais taillés dans des troncs
taillés dans les troncs
Nous reviendrons bientôt préparer une randonnée dans les grands allées ou les petits sentiers de la grande forêt!
Rétrospective Turner, 70 tableaux, aquarelles et huiles en 8 salles par ordre chronologique.
Même si je suis séduite par le coloriste, le peintre de la lumière d’une modernité stupéfiante, il faut reconnaître le dessinateur précis qui a commencé sa carrière comme dessinateur d’architecture.
Stourhead vu du lac
Devant ce paysage brumeux il faut prendre son temps. La lumière surgit dans le creux de la vallée dans un ciel gris bleu. Si on est attentif on découvre une habitation sur le bord du lac, la silhouette fantomatique d’une tour carrée, donjon ou clocher? Au premier plan dessin d’une grande finesse d’un groupe d’arbres roux. Deux personnages, deux paysans avec leurs attelages labourent.
Chateau de Carnavon
le château de Carnavon est plus classique, plus 18ème siècle, par beau temps, il recèle toutefois au premier plan une surprise pour qui se donne la peine de chercher : un barde gallois donne un concert à un groupe de personnages
le barde gallois du château de Carnavon (détail)
Turner, paysagiste a voyagé et peint des paysages pittoresques, en Grande Bretagne d’abord quand les guerres napoléoniennes l’empêchent d’aborder le continent. Il peint la Tamise et les environs avec une grande prédilection pour les ponts…
Gorges de Gordale Scar
Ce défilé pittoresque est particulièrement bien rendu. Si on s’approche, on voit le troupeau.
J’ai adoré le phare de Shields, un très petit tableau bleu
phareScarborough
Quelle finesse dans cette marine!
Dès que la paix revient sur l’Europe Turner fait de nombreux voyages, en France, de Normandie à Chamonix, en Suisse et en Belgique
Glacier à Chamonix
Paysages pittoresques peints soigneusement de retour à l’atelier ou ébauches colorées qui me séduisent. Et bien sûr, l’Italie, Rome, Venise!
Venise quartier de l’ArsenalBanditi
Une surprise que ces Banditi à l’étape ou en embuscade. Turner ne peint pas de portraits rarement des personnages et pourtant!
J’aurais pu photographier ses huiles si particulières, fourmillant de personnages dans la série de Didon et Enée ou les toiles aux grands masses colorées qui ressemblent aux aquarelles. Mes tableaux préférés sont des ébauches comme ce phare et épave