DIALOGUES INATTENDUS

Connaissez-vous Keith Tyson?
Artiste britannique contemporain.

Comment peindre après l’invention de la photographie?

Comment peindre le passage des heures? des année, du temps?

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DIALOGUES INATTENDUS

Connaissez-vous Keith Tyson?
Artiste britannique contemporain.

Comment peindre après l’invention de la photographie?

Comment peindre le passage des heures? des année, du temps?

Exposition temporaire jusqu’au 5 juillet 2020

Cézanne n’est jamais allé en Italie, pourtant cette exposition le décrit comme Italien par la lumière qui inonde ses tableaux, lumière de Provence. Italien parce qu’il connait les peintres italiens et s’en est inspiré! L’exposition 2020 au Musée Marmottan fait suite à une exposition de 2014 que j’ai trouvée racontée sur un blog que j’aime beaucoup ICI
1) Cézanne l’Italien.
L’exposition du Musée Marmottan présente les tableaux par paires : La Descente de Croix du Tintoret qui a inspiré un petit tableau La Femme étranglée où la composition se trouve inversée (explication et schéma sur les cartel : passionnant!). Aucun rapport pour le sujet profane mais l’analogie est remarquable.

2)Cézanne regarde Venise et Naples
occasion d’apparier les tableaux La déploration du Christ du Tintoret et Le Meurtre de Cézanne.

Occasion de découvrir un aspect de la peinture de Cézanne que j’ignorais complètement : ces peintures sombres que je n’imaginais pas du tout, loin des paysages lumineux de la Sainte Victoire ou des tranquilles natures mortes.

Cette toilette funéraire est appariée à la Déposition du Christ de Ribera, même si les personnage ont été réduits de six à trois et que le sujet est bien profane.
Ce jeu des paires marche aussi pour une tête de vieillard de Cézanne inspiré du Portrait d’Antonio da Ponte de Bassano, ou de deux jeunes filles l’une du Gréco (magnifique mais interdit de photographier). La parenté entre la Préparation du banquet et la Cène du Tintoret n’est pas aussi évidente.
En tout cas : Cézanne connaissait la peinture vénitienne et napolitaine!
3) Cézanne regarde Rome

Plusieurs paysages dans cette section: surtout des Poussins – archétype du paysage classique – qui invente un paysage idéal tandis que Cézanne peint sur le motif. Cette Pastorale est accrochée à côté d’un Poussin Paysazge avec Bacchus et Cérès.

Le Château noir correspond plus à ma vision de la peinture de Cézanne. C’est d’ailleurs un des tableaux que j’ai préféré dans l’exposition.
4)Cézanne regarde la nature morte en Italie
nature morte ou vanité? Je découvre la Vanité avec Crane de Salvator Rosa que je ne connaissais pas du tout.

Cristoforo Munari (encore une découverte pour moi) a peut être inspiré Cézanne

5) Cézanne vu par les Italiens
Si les maîtres italiens ont inspiré Cézanne, la réciproque est aussi vraie: Soffici, Carrà, Morandi, Sironi et Pirandello sont présent dans le jeu des paires.



baigneuses de Cézanne et baigneuses de Pirandello

Cette exposition m’a beaucoup plu, non seulement les tableaux sont magnifiques et certains inconnus mais encore la démarche de faire dialoguer les œuvres, de mettre en évidence les analogies, les compositions, les parentés est très formatrice pour l’oeil.
LIRE POUR L’ALBANIE?
Une histoire qui se déroule dans les montagnes autour de Valbona où j’ai d’excellents souvenirs d’un accueil chaleureux et d’une nature vierge?
Une histoire racontant un trek hivernal pour une randonneuse?
Un thriller addictif et haletant qu’on ne lâche pas une fois commencé.
Certes, les Six Fourmis blanches offre un bon moment de lecture, c’est du travail bien fait.
Mais je décroche quand on invoque les esprits ou le diable. Je suis diablement cartésienne, le surnaturel m’agace. Je suis mauvais public pour les films d’épouvante. Parfois ces incursions dans l’irrationnel sont justifiées, dans l’évocation de coutumes locales. La Transylvanie et les vampires de Dracula, par exemple. L‘Albanie, aux confins de l’Europe, dans les Balkans, le pays des Aigles comme on l’appelle parfois héberge des coutumes d’un autre temps, comme la vendetta, les tours…vierges jurées. Des sacrifices d’un bouc (chèvre) émissaires y ont-ils encore lieu? Un des narrateurs est le Sacrificateur qui précipite les chèvres du haut des montagnes, il a du charme ! Comme mon esprit critique me titillait je me suis promenée sur la Toile à la recherche de sacrifices, ou de bouc émissaire dans les Balkans, et j’ai été surprise de découvrir une fête de l’été (ou de Saint Georges) au Kosovo où des chèvres et moutons étaient sacrifiés, sans parler de la fête musulmane du sacrifice du mouton….
Pour la randonnée qui tourne mal dans le mauvais temps et la tourmente, c’est très bien fait, on ressent le froid et la peur, on tremble quand une crevasse s’ouvre sous les pieds des marcheurs encordés. Un petit clignotant d’incrédulité s’allume. Pour les glaciers, j’ai médit! Il y a vraiment 8 glaciers de petite envergure en Albanie, proche du Monténégro (selon un site anglais,trouvé sur Internet). Le pic le plus haut au-dessus de Valbona approche 2500m . Parce que je suis exigeante! Si on me balade, j’aime bien qu’on détaille le contexte.
Exposition temporaire 30 janvier/10 mai 2020

Je ne loupe aucune des expositions de la Fondation Cartier et je n’ai jamais été déçue.
Cependant ce compte-rendu est difficile : j’ai du mal à commenter les photos et c’est une exposition de très belles photographies. Evidemment, cela n’a pas de sens de photographier les photos, j’ai donc été chercher sur Internet les illustrations de ce billet.
Deux vidéos et un film complètent les photographies.

Un magnifique catalogue en grand format est offert aux visiteurs contenant des cartes du territoire yanomami en forêt amazonienne à la limite du Venezuela. Une biographie très détaillée présente Claudia Andujar ainsi que Davi Kopenawa le chaman et porte-parole des indiens yanomami ainsi que Carlo Zacquini, un missionnaire en territoire yanomami.
Deux rencontres!
Avec les indiens, bien sûr, magnifiés par ces belles photos. On découvre enfants, femmes ou hommes avec leurs parures de cérémonie, dans l’abandon du sommeil, dans la forêt amazonienne.

Rencontre avec la photographe dont l’histoire singulière commence en Hongrie pendant la Seconde Guerre Mondiale. Son père, son premier amoureux, ses proches sont déportés à Auschwitz. Claudia quitte l’Europe en 1944 pour les Etats Unis d’abord, puis pour le Brésil. En 1955, elle commence à s’intéresser à la photographie mais ce n’est qu’autour de 1970 qu’elle photographie les Yanomami et rencontre Carlo Zacquini en lutte pour la défense des Yanomami et présente ses photographies pour contrer le projet de route transamazonienne traversant les terres yanomami propageant les épidémies et facilitant l’arrivée des orpailleurs. En 1977, Claudia Andujar rencontre Davi Kopenawa.

la deuxième partie de l’exposition s’intitule DE L’ART AU MILITANTISME DE 1978 A NOS JOURS
Expulsée du territoire Yanomami en 1977, Claudia Andujar se consacre à la lutte indigéniste. Elle témoigne de la campagne de vaccination contre les épidémies décimant les indiens. En 1989, l’exposition Genocido do Yanomami : Morto do Brasil inclue une installation audiovisuelle crée par Claudia Andujar. Depuis elle n’a pas cessé de témoigner en faveur des indiens de plus en plus menacés avec l’élection de Bolsonaro et de l’afflux des mineurs clandestins.
C’est décidément une très belle personne et les photographies sont remarquables!
Exposition temporaire jusqu’au 12.04.2020

Depuis longtemps j’avais envie de visiter l’Institut Giacometti.
L’Institut Giacometti occupe le très bel hôtel particulier du décorateur Paul Follot (1877-1941),5 rue Schoelcher (métro Raspail), une rue tranquille le long du cimetière Montparnasse. Cette maison et son intérieur méritent la visite (cliquer sur les liens pour les photos). Entre Art Nouveau et Art déco, les meubles, bien sûr ont laissé place à un espace d’exposition mais on remarque les murs recouverts de tentures ou lambrissés, les vitraux ou les corniches, les mosaïques avec des tesselles dorées. J’ai surtout aimé le coin du feu avec la cheminée d’angle entre deux banquettes de cuir blanc sur lesquelles il devait faire bon s’asseoir.

La porte bleue s’ouvre, en face de la billetterie – une simple table – on a reconstitué l’atelier du sculpteur, protégé par une paroi transparente – ébauches et plâtres, pinceaux, outils….tout est resté tel quel.
Dans un coin on peut voir 3 minutes du film Portrait de Giacometti d’Ernst Scheidegger qui montre Giacometti travaillant et commentant son travail. Ce film de 50 minutes est disponible sur Youtube, mais en Allemand non sous-titré . Il commence avec une série de dessins plutôt cubistes, des portraits d’Eluard, des tables de café, ambiance de Montparnasse…

L’exposition temporaire est présentée dans le reste de la maison. Elle restitue des reconstitutions d’oeuvres qui ont disparu dont il reste des documents d’archives : photographies, croquis….

Ces sculptures perdues datent de 1920 à 1935. On devine l’influence surréaliste dans la première salle organisée autour d’un objet surréaliste qui fait penser à une charrue ou à un instrument de musique selon l’angle considéré.

Des photographie restituent les sculptures dans leur contexte comme cette Girafe dans son jardin. Des croquis sur de petits carnets sont émouvants.

L’oiseau-silence fut réalisé en bois par un ébéniste. D’abord entreposé dans l’atelier de Max Ernst, il fut ensuite détruit
Bien différentes des sculptures filiformes que nous connaissons, les réalisations plus massives traduisent l’influence cubiste:

j’ai beaucoup aimé le mannequin

Même si la place manque pour de grandes rétrospectives, je reviendrai 5 rue Schoelcher!
MASSE CRITIQUE DE BABELIO
J’ai coché ce livre sur la liste de la Masse Critique sans aucune hésitation, l’Histoire est toujours plus passionnante que la fiction et la Méditerranée orientale est un territoire que j’aime explorer, d’ailleurs je rentre d’Egypte. Merci aux éditions du Félin pour cette lecture!

Ce n’est certes, pas le livre qu’on glissera dans le sac de voyage pour un week-end à Istanbul, 500 grandes pages, imprimées en petits caractères, format et poids rédhibitoires! Ce n’est pas non plus le « pavé de l’été« à lire sur le bord de la piscine ou à la mer!
C’est du lourd et du sérieux, c’est l’oeuvre d’un historien qui, de plus se présente comme un historien des génocides :
« Les spécialistes des génocides sont de drôles de gens, des oiseaux bariolés dans la volière universitaire…
L’historien du génocide est un policier qui enquête, un juge qui instruit un procès. Peu importe la vérité, il découvrira la vérité pourvu qu’il la trouve…. »
écrit l’auteur dans le premier chapitre du livre.
Ainsi prévenu, le lecteur se lance dans un ouvrage sérieux, documenté qui recherche les sources du déclin de l ‘Empire
Ottoman loin dans l’histoire, au début-même de la conquête des Ottomans, au temps de Byzance. Cette histoire va donc se dérouler pendant 600 ans sur un très vaste territoire. On oublie souvent que la Porte régnait de la Perse aux portes de Vienne, du Caucase au Yémen. Histoire au long cours, sur un Proche Orient qui s’étale sur trois continents. Pour comprendre la chute, il importe donc de connaître l’Empire Ottoman à son apogée.
Quand a-t-il commencé à décliner ? A la bataille de Lépante (1571) ou après le second siège de Vienne (1683) avec la paix de Karlowitz (1699) où le démembrement de l’empire commença quand la Porte a cédé la Pologne, la Hongrie et la Transylvanie?
En 1572, après Lépante, Sokollu déclarait à l’ambassadeur vénitien:
« il y a une grande différence entre votre perte et la nôtre. En prenant Chypre nous vous avons coupé un bras. En coulant notre flotte, vous avez seulement rasé notre barbe. Un bras coupé ne repousse pas. Une barbe tondue repousse plus forte qu’avant… »
L’analyse de la société ottomane, de son armée, ses janissaires, le califat nous conduit jusqu’à la page 80, avant que le déclin ne soit réellement commencé avec l’intervention des occidentaux et les Capitulations ainsi que les prétentions russes et le début du règne de Catherine de Russie (1762).
Pendant plus d’un siècle et demie, Serbes, Roumains, Grecs, Bulgares et Macédoniens, enfin Albanais vont chercher à s’émanciper et à construire une identité nationale. Par ailleurs les Grandes Puissances vont jouer le « Jeu diplomatique » qu’on a aussi nommé « Question d’Orient »
« Dans la question d’Orient, cet affrontement des forces qui déchirent l’Europe peut être représenté sous forme d’un Jeu qui tiendrait des échecs et du jeu de go, avec des pièces maîtresses et des pions et où chaque partenaire conduirait une stratégie d’encerclement. Des reines blanches – de trois à six selon le moment – attaquent ou protègent le roi noir ceinturé de pions. les unes veulent détruire le roi noir, les autres le maintenir dans la partie. Le roi perd ses pions un à un, et les reines tentent de s’en emparer, chacune à son bénéfice, pour se fortifier ou affaiblir ses rivales »
Les puissances sont les reines : l’Angleterre veut garder la Route des Indes, la Russie veut un accès par les Détroits à la Méditerranée, elle utilise son « Projet Grec » en se posant comme protectrice de l’Orthodoxie, l’Autriche-Hongrie veut s’élargir à ses marges, la France se pose comme protectrice des Chrétiens d’Orient, l’Italie et l’Allemagne arrivées plus tard dans le Jeu cherchent des colonies.

L’auteur raconte de manière vivante, claire et très documentée cette histoire qui se déroule le plus souvent dans les Balkans mais aussi dans les îles et en Egypte.
C’est cet aspect du livre qui m’a le plus passionnée. Lorsqu’on envisage les guerres d’indépendance de la Grèce à partir de Constantinople, on peut rendre compte de toutes les forces en présence aussi bien le Patriarcat et les Grecs puissants de Constantinople que les andartes, sorte de brigands, les armateurs, les populations dispersées autour de la mer Noire jusqu’en Crimée, les armateurs et surtout les manigances russes. La Grande Idée se comprend bien mieux comme héritière du Projet Grec russe.
Les Révoltes Serbes, les comitadjis macédoniens ou bulgares trouvent ici leur rôle dans ce Grand Jeu. Les guerres fratricides qui se sont déroulées dans la deuxième moitié du XXème siècle dans les Balkans en sont les héritières.
L’auteur explique avec luxe de détails les traités de San Stefano (18778) et le Congrès de Berlin(1878) que j’avais découverts à Prizren (Kosovo) avec la Ligue de Prizren qui est à l’origine de l’indépendance albanaise.
On comprend aussi la formation du Liban. On comprend également pourquoi Chypre fut britannique, Rhodes et le Dodécanèse italien….
Après une analyse très détaillée (et plutôt fastidieuse) de la Première Guerre mondiale les événements se déplacent des Balkans vers le sud, à la suite des intérêts britanniques et français et des accords Sykes-Picot, tout le devenir du Moyen Orient s’y dessine.
Les accords de paix clôturant la Grande Guerre portent en germe l’histoire à venir : Traités de Versailles, de Sèvres, de Lausanne. Les négociations sont racontées par le menu, là aussi j’ai un peu décroché.
La fin du livre se déroule dans le territoire rétréci de l’Asie Mineure, éléments fondateurs les Jeunes Turcs, le Comité Union et Progrès, le qualificatif « Ottoman » est remplacé par « Turc », le nationalisme turc prend le pas sur l’islam, il y eut même un courant touranien avec une orientation vers l’Asie Centrale ou le Caucase. Deux événements fondateurs : le génocide Arménien et la prise de pouvoir par Mustafa Kemal, émergence d’un populisme laïque et nationaliste. L’historien refuse l’hagiographie et analyse le parcours de Kémal.
Chaque chapitre est remarquablement bien construit. La lecture étant ardue, il m’a fallu me limiter à un chapitre à la fois. Passionnant mais parfois indigeste, j’ai reposé le livre, pris le smartphone pour avoir la version simplifiée de Wikipédia, pour des cartes, des dates. Il m’a parfois semblé que ce livre était destiné à des lecteurs plus avertis que moi.
Un seul reproche : les cartes sont peu accessibles, trop rares et réparties au milieu du texte, un cahier sur un papier glacé au milieu, au début ou à la fin aurait facilité le repérage. De même, la toponymie laisse parfois le lecteur désorienté : pourquoi avoir utilisé Scutari au lieu de Shkoder en Albanie, toujours en Albanie Durrazzo pour Dürres, Valona pour Vlora? Angora pour Ankara…C’est un détail, mais encore c’est le smartphone qui m’a dépannée.
Je vais ranger ce gros livre bien en évidence parmi mes livres de voyage parce qu’il raconte aussi bien l’histoire de la Grèce, de la Roumanie, de la Bulgarie, de la Bosnie, de l’Egypte que de la Turquie moderne! C’est un indispensable pour comprendre les enjeux des luttes actuelles et aussi pour comprendre pourquoi le génocide arménien est encore nié dans la Turquie moderne.
BALLADES EN ÎLE-DE-FRANCE

Le village d‘Ecouen se situe à proximité de Roissy on quitte l’autoroute à proximité de Gonesse avec barres et tours, on évite un site de Véolia avec camions et dépôts de gravats et on aborde la campagne. Un petit village dominé par son château, très imposant.

Le château fut édifié de 1538 à 1544 par Anne de Montmorency, connétable et principal ministre des rois François 1er et Henri II. il forme un quadrilatère autour d’une cour pavée sur trois niveaux.
La visite commence dans la chapelle, voûte aux arcs gothiques peinte à fresque armoriée. Aux quatre coins les statues de bois de Saints Ambroise, Jérôme, Augustin et Grégoire. L’autel de bois ouvragé et doré est de toute beauté, à l’arrière des plaques émaillées. La copie de la Cène de Leonard de Vinci par Marco d’Oggione est absente. Dans une chapelle latérale on peut admirer un grand harmonium (ou un petit orgue) délicieusement peint. La musique de Josquin des Prés accompagne agréablement la visite.

la salle des Armes présente une collection d’épées, casques, boucliers, pistolets….très finement ouvragés que je snobbe outrageusement n’ayant de goût que pour le manteau de la cheminée monumental et peint : la rencontre de la Reine de Saba et Salomon
Dans les cuisines on raconte l’histoire du château avec une maquette et dans la pièce suivante on a exposé les bois finement sculptés provenant de la chapelle du château de Gaillon 1510 . J’ai bien aimé un panneau représentant Saint Georges distribuant l’argent du roi. Malheureusement de nombreuses salles sont fermées et je n’ai pas vu la chambre de Catherine de Médicis ni les autres pièces des appartements de la Reine.

A l’étage, la galerie de Psyché occupe un côté, elle est chauffée par deux cheminées dont les manteaux sont sculptés, Diane et Actéon d’une part Jésus et la Samaritaine de l’autre côté. mais elle est surtout tapissée de la spectaculaire tenture de David et Bethsabée de 75 m de long, réalisée à Bruxelles

Je pourrais rester des heures à détailler la composition, les personnages (ils sont nommés par une broderie argentée), les paysages.
Dans la Grande Salle, le pavement est le plus original : oeuvre de Masseot d’Arbaquesme, esmailleur du Roi, il fut réalisé à Rouen en 1542. De longues bandes vertes à motifs de fruits encadrent des carrés clairs aux motifs des armes du Connétable de Montmorency. Aux murs des tentures Fructus belli représente un festin.

Au deuxième étage j’ai adoré la salle des cassoni qui sont des coffres de mariage de facture italienne, florentine ou d’Ombrie, merveilleusement historiés sur des sujets mythologiques ou tirés d’Homère. Ce sont des scènes très coloriées souvent rehaussées d’or ou d’argent avec une multitude de personnages et d’animaux, sur des paysages très soigneusement dessinés.

Une salle est consacrée à Bernard Palissy (1510 -1590). Sa vie est contée par le détail et j’apprends qu’il ne fut pas toujours céramiste mais arpenteur géomètre dans les marais salants de la région de Saintes et qu’il étudia le sel.En 1546, il adhéra à la Réforme. En 1548, Anne de Montmorency vient mater une révolte de la gabelle en Saintonge. En 1555, il réalisa ses premières recettes d’émaux, fut arrêté en 1558 et jugé en 1563 pour hérésie. Pour ce même motif il fut banni en 1587 et meurt en 1590 à la Bastille.

Bernard Palissy n’hésitait pas à mouler des animaux pour les reproduire, serpent crustacés ou coquillages

Il décore des grottes, à la mode à cette époque : ou grotte d’Anne de Montmorency à Ecouen, Grotte de Catherine de Médicis aux Tuileries.

Une collection de céramiques et faïences, françaises mais aussi italienne présente une série de plats de toute beauté.


Je pourrais vous parler des bijoux merveilleux, des grès, des émaux…
Spectaculaires émaux!

magnifiques, fins, colorés, mais tellement difficile à photographier à cause des reflets dans les vitrines

il faudra que je retourne à Ecouen : la salle des céramiques d’Iznik était fermée!
TOURISTE DANS MA VILLE -PARIS/BANLIEUE
Merci d’abord à Nathalie qui m’a donné envie de faire cette visite!

Tout proche de Paris, accessible par le métro (Jean Jaurès ou Marcel Sembat) , bus 52, 72, 123, à côté de l’Hôtel de Ville de Boulogne, dans un quartier animé, le Musée des Années Trente ou Médiathèque Landowski, est logé sur 4 étages desservis par un ascenseur.

Paul Landowski (1875 – 1961) est un sculpteur de renom qui a fait le Christ de Corcovado à Rio, la Statue de Sainte Geneviève sur le pont sur la Seine, de nombreux monuments aux morts et statues. Plusieurs statues et maquettes d’un Temple de l’Homme monumental sont présentées dans « musée Landowski ». Honnêtement, je n’ai pas été séduite par cet art officiel même si certaines comme cette fontaine de la porte de Saint Cloud me plait bien

Nous avons commencé la visite par l’exposition
l’Art Déco, un Art de Vivre -Le paquebot Île-de-France

qui reconstitue avec des photos et des objets le décor de ce paquebot luxueux. Les gouaches de Mathurin Méheut et les dessins d’Yvonne Jean-Haffen ont retenu mon attention


Nettement plus intéressante que cette exposition anecdotique la section Années Trente qui présente des maquettes d’architectes comme Le Corbusier ou Mallet-Stevens qui ont construit des maisons et villas à Boulogne . Il existe un parcours architectural des années 30 dans Boulogne et j’ai bien envie de le suivre. Architecture mais aussi design avec des meubles : paravents en verre et métal de toute beauté, vases, mais aussi chaise-longue en métal chromé et sandows très audacieux et toute une chambre en tôle peinte en rouge…

Une section est consacrée à l‘Art Colonial souvent coloré et plaisant à l’oeil

Il y a aussi des tableaux religieux, entre autres Maurice Denis.
De nombreuses sculptures sont très intéressantes

LIRE POUR L’EGYPTE

Ce roman historique se présente comme le journal de bord d’ un jeune égyptien, du 22 Juillet 1798, quand les troupes françaises sont aux portes du Caire, jusqu’au 31 Août 1801 quand elles quittent l’Egypte. C’est donc un roman historique qui raconte l’Expédition de Bonaparte du point de vue d’un jeune musulman. Le narrateur est un étudiant de l’érudit Jabari, professeur à Al Azhar, qui le loge dans sa maison et qui tient, lui aussi une chronique des événements et qui assiste avec les autres notables aux réunions du Divan.
Le jeune homme a appris le français en travaillant chez un négociant français. Son Maître, l’envoie d’abord à l’Institut Français, traduire et copier des ouvrages arabes. Il y rencontre les Savants de Bonaparte et Pauline dont il tombe amoureux avant qu’elle ne devienne la maîtresse de Napoléon. Il lui donne aussi la mission de suivre la campagne de l’armée française en Syrie, jusqu’au désastre d’Acre. Tout au long de la campagne il note scrupuleusement batailles, atrocités et ravages de la peste. Après le retour de l’armée au Caire, le départ de Bonaparte pour la France, l’assassinat de Kléber, les notes sont plus confuses comme la situation des occupants.
Cette lecture raconte une histoire que je viens de lire avec grand plaisir dans l’Egyptienne de Gilbert Sinoué, saga brillante et passionnante; parfois, j’ai eu une impression de déjà-lu qui a défloré la découverte et un peu pâli l’étoile de cette seconde lecture. C’est ma faute, j’aurais dû espacer les deux lectures!
Cependant, les points de vue sont différents : l‘Egyptienne est une chrétienne, fille de riche propriétaires terriens, sa famille fréquente les mamelouks et elle a accès à la citadelle. Le jeune égyptien est de beaucoup plus modeste extraction. Dans Turbans et Chapeaux on apprend une foule de détails sur la vie quotidienne au Caire, au hammam, au marché, dans les cafés. Il se promène à pied et à âne, les bourricots jouent d’ailleurs un rôle que je ne soupçonnais pas….
Dans ces chroniques, le narrateur note scrupuleusement les impôts, taxes et avanies auxquels propriétaires fonciers, fermiers et même simples habitants sont soumis quand l’occupant cherche à s’enrichir, ottomans comme français, les procédés se ressemblent (c’est l’opinion de la lectrice) . Il raconte aussi comment les soldats d’occupation se comportent en exigeant nourriture et boissons et en commettant des exactions, comportements malheureusement similaires!
Le dernier jour, l’élève a retrouvé sa place auprès du maître:
Ecris ce que je vais te dicter, m’ordonna-t-il :
« an mille trois cent treize : première à venir d’années riches en grandes batailles, en événements graves et calamités subites où les malheurs ont succédé aux malheurs, les épreuves aux déconvenues, où le cours naturel des choses s’est déréglé, et où la mauvaise administration et la dévastation ont conduit à la ruine générale…
LIRE POUR VOYAGER
Mince ouvrage (171 p) qui commence légèrement comme la vingtaine de grammes de ce petit oiseau et qui raconte la traque de ce passereau improbable en Europe occidentale, originaire du Kurdistan rappelant l’actualité quand les images du siège de Kobané occupait les journaux télévisés.
Le narrateur, un ornithologue amateur, intrigué commence sa recherche en Angleterre dans la collection ornithologique du British Museum et y croise les souvenirs d’un étrange personnage Meinerzhagen qui deviendra, plus que l’oiseau, le sujet principal du roman.
Quel homme n’a pas rêvé de parcourir le monde en compagnie de sa petite cousine, collectionnant les oiseaux (et de ceux-ci les poux)traquant ça et là des agents bolcheviques?
Meinerzhagen, savant et espion, tricheur mais ornithologue réputé fait partie de toute cette compagnie de britanniques, entre Egypte et Route des Indes, qui ont intrigué dans les sérails et les congrès autour de la Première Guerre mondiale. Archéologie et ornithologie étaient des couvertures parfaites pour les Services Secrets. On y croise T E Lawrence, Philby espions de père en fils, les plus connus, mais aussi Thesiger que je ne connaissais pas. Les 100 premières pages du Traquet kurde font penser aux romans anglais, entre Somerset Maugham et Durrell avec ironie, légèreté et humour british. Je me suis régalée de leurs aventures dans un Proche Orient qu’on explorait avec la bénédiction des souverains, ou clandestinement, selon….et dont les mission menaient les savants jusqu’en Espagne pendant la Guerre civile, puis en Allemagne.

Abandonnant ces espions-ornithologues qui ont offert les dépouilles des oiseaux au British Museum, le narrateur arrive en Irak et cherche son oiseaux au Kurdistan irakien puis en Turquie. La légèreté n’est plus de mise quand il raconte les dévastations de la guerre, les populations sur les routes de l’exil. Randonnée hasardeuse dans les montagnes kurdes : l’oiseau a une préférence pour les altitudes élevées. La piste est abandonnée, peut-être minée mais rien ne décourage l’ornithologue, il note les espèces rencontrées et poursuit sa quête du Traquet. En route, il rencontre aussi des hommes dont un évêque syro-orthodoxe dans un monastère suspendu au- dessus de la plaine dominant Mossoul. Avec ses jumelles, on pourrait le prendre pour un espion….
Curieux contraste entre les deux parties du livre, et pourtant une parfaite cohérence, une lecture agréable. Un livre qui fait voyager.