Fénéon (1861-1944) Les Temps nouveaux de Seurat à Matisse

Exposition à l’Orangerie du 19/10/2019 au 27/01/2020

Fénéon par signac

J’ai rencontré Félix Fénéon au Quai Branly dans l’Exposition Les arts lointains et j’avais apprécié sa critique de la Colonisation et ses questionnaires « Entreront-ils au Louvre » en parlant des oeuvres d’art africains. Je m’étais promis de le retrouver à l’Exposition prévue à l’Orangerie.

 

L’exposition présente ses années anarchistes de 1892 à 1894 pendant lesquelles Fénéon est accusé d’avoir participé à un attentat. Son procès est même mis en scène. Les dessins de Luce le montrent en prison. Des coupures de journaux témoignent de cette épisode. L’anarchie est peinte dans un tableau idyllique de Signac : Au temps d’Anarchie rebaptisé plus tard Au temps d’harmonie, l’âge d’or n’est pas dans le passé, il est dans l’avenir.

Signac :  Au temps d’anarchie

Critique d’art, collectionneur, journaliste, galeriste, Félix Fénéon a joué un rôle important en soutenant les néo-impressionnistes, Seurat, Signac, Cross, mais aussi en organisant une exposition pour les Futuristes italiens et plus tard d’autres artistes novateurs.

Secrétaire de la Revue Blanche, il a aussi joué le rôle d’éminence grise en publiant des oètes symbolistes : Stephane Mallarmé, Paul Verlaine, puis Proust, Gide Oscar Wilde, Charles Péguy….

La lecture Rysselberghe

L’exposition montre une grande variété d’oeuvres, de merveilleux tableaux pointillistes colorés de Seurat et Signac,  mais aussi des dessins très sombres de Seurat avec des préoccupations sociales.

Usine à Courbevoie

 

Après les tableaux futuristes, il y a aussi des Bonnard, Vuillard, Matisse….l’occasion de voir de belles choses.

Après le bel article de lisapascaretti, j’ai eu bien du mal à rédiger mon article!

 

Géothermie – lac de cratère Stora-Viti – volcan Leirnjükur

CARNET ISLANDAIS

géothermie

La Centrale Géothermique non loin de Reykjahlid se visite, en principe, ce matin elle est fermée. Dommage j’attendais beaucoup cette visite !

De longs tuyaux brillants convergent vers les installations ; soit vers la Centrale d’où s’échappe un panache soit vers de petits dômes colorés. A défaut de visite,

je recopie les panneaux du parking :

Pluviosité réduite :1.100m donc peu d’infiltrations

L’écosystème des sources géothermale : les micro-organismes Cyanidium caldarium vivent à 40 -50°C colorent en vert les sources, ce sont des algues rouges en dépit de leur couleur verte, on signale également les bactéries Archéa sont aussi signalées.

Krafla est un volcan dont l’histoire remonte à 200.000 ans et la caldeira à 100.000 ans. La chambre magmatique est profonde de 3.7 km ; ses produits donnent des champs de lave de petits cratères et peu de cendres ; bien qu’on le classe généralement « volcan rouge de type fissural » donc basaltique le panneau évoque des laves acides donnant des rhyolites ; comme quoi, les simplifications habituelles sont souvent abusives et ce n’est pas la première fois que je m’en aperçois depuis notre arrivée en Islande.

IDDP Iceland Deep Drilling Project : avait pour but un forage à 4500m mais il a été abandonné à 2100m en 2009 , encore une piste qui m’intéresse vivement à poursuivre sur Internet !

Stora Viti

Stora Viti

Stora Viti est un joli cratère contenant un lac turquoise qui s’est formé en 1724 ; on peut marcher sur le rebord du cratère mais aujourd’hui ce n’est pas vraiment plaisant sous la pluie, le sentier est très boueux et glissant. Le pire est de débarrasser les chaussures toutes engluées avec le canif.

Leirhnjükur

cratère fumant

Juste en face, part le sentier pour le tour de Leirhnjükur, d’abord gravillonné (cela fait plaisir après la gadoue) ensuite on a construit un chemin de planches. Ces planches sont une protection idéale pour éviter le piétinement, protégeant la flore fragile, et canalisant les touristes ; inconvénient, c’est glissant et même très glissant ; un tronçon de caillebotis est penché, et c’est la glissade. Mon coude heurte la tranche, je suis sonnée. Je me relève mais au moment de faire la photo de cratère fumant, impossible de soulever mon téléphone, impossible de commander mon bras – cassé !

A Reykjahlid il y a une « maison de santé » avec une infirmière, une pharmacie et un cabinet médical où le médecin consulte deux fois par semaine ; pour une radiographie il faut aller en ville à Akureyri à plus de 100 km. Je passe sur le trajet, pas du tourisme, on prend le raccourci par le tunnel payant. On a 3 heures pour s’acquitter du péage par INTERNET après le tarif est majoré. Impossible de régler autrement, si vous n’avez pas de 4G avec votre abonnement ou pas de smartphone, prenez la route gratuite. Cela m’occupera un moment pendant que je patiente aux urgences de l’hôpital.

Nous rentrons à l’hôtel avec un gros plâtre et le bras en écharpe. Aucune envie d’aller dîner au restaurant.

 

 

 

 

 

 

 

La Reine de Poméranie – Andrea Camilleri

LE MOIS ITALIEN

Avec un peu de retard dans la semaine italienne que Martine a proposée, un hommage à Camilleri qui nous a quitté il y a quelques semaines. L’oeuvre de Camilleri est diverse. Je suis par intermittence les enquêtes de Montalbano, je n’aime pas lire plusieurs épisodes à la suite, mais je ne me lasse jamais d’y revenir. J’ai un grand faible pour les ouvrages historiques(Le Roi Zozimo est mon préféré). Je découvre avec la Reine de Poméranie un nouveau registre : la nouvelle.

Le recueil, La Reine de Poméranie rassemble huit nouvelles, presque de courts romans

. Unité de lieu : Vigatà, bien sûr! Vigatà dans une période un peu floue entre les deux guerres, un peu avant, un peu après peut être. Les personnages appartiennent à toutes les couches de la société, des paysans très pauvres, aux notables. Toute la société de Vigatà : du maire à l’évêque, petits commerçants, tous se croisent dans le territoire exigu de Vigatà où tout le monde connaît tout le monde mais où certains secrets restent gardés pendant des générations ou sortent dans des lettres anonymes. mesquinerie et roublardise, mais jamais de pure méchanceté. Tous sont terriblement humains.

On sourit beaucoup, on rit aussi aux trouvailles naïves, aux inventions langagières . Comme j’aurais aimé le lire en sicilien! ( l’expérience récente du film Le Traitre a montré mes limites dans la compréhension du dialecte).

 

l’arrivée au Lac Myvatn

CARNET ISLANDAIS

au col Namaskard : panaches, la montagne fume

 Col Námaskarð

Des panaches de vapeur blanche montent de la montagne orange.  Un solfatare très impressionnant bouillonne. Au milieu d’un cercle coloré en blanc, orange, jaune un petit volcan de boue gris exhale ses gaz avec râles et gémissements. D’autres phénomènes géothermiques se manifestent : bulles de boue qui crèvent, panache puissant sortant d’un tas de pierres qu’on a disposé autour de l’évent. Des cristallisations de soufre au jaune caractéristique sont accompagnées de couleurs inattendues : taches rouge ou violettes affleurant dès qu’on gratte la pellicule blanche.

solfatare

Dès qu’on passe le col, le lac Myvatn scintille avec le soleil qui passe sous les nuages gris : éclairage  théâtral. Des panaches blancs s’échappent d’installations industrielles géothermiques. Un bassin est rempli d’une eau turquoise très claire fumante. Ce n’est pas une piscine mais plutôt un bassin de retenue des eaux d’une usine mystérieuse.

le lac Myvatn

Le Lac Myvatn est maintenant doré au soleil couchant avec les îles en contre-jour. Il est mis en valeur par les couleurs de tweed d’un camaïeu, rose, orangé, doré des saules nains, des bruyères et des petits bouleaux en livrée automnale qui contrastent avec la lave noire. Au bout du lac s’échappe une rivière charmante aux eaux limpides et tumultueuses.

le feuillage automnal des bouleaux evant les cônes noirs

La Ferme Stöng est une grosse ferme avec une auberge composée d’un bâtiment à étage, deux jacuzzi extérieurs et de cottages à l’écart. En plus de l’activité hôtelière, on élève également des vaches, des moutons et des chevaux. La grange est remplie de ballots sous plastique. Notre chambre est très vaste, presque un dortoir avec 4 lits. Belle literie (c’est toujours le cas en Islande) aucun souci de décoration. C’est propre, fonctionnel, sans prétention.

Nous dînons dans la grande salle à manger qui occupe le rez de chaussée du bâtiment principal. Je commande de la soupe et Dominique, une truite. On apporte deux assiettes à soupe et une grande soupière. On n’avait pas compris que la soupe était aussi prévue en accompagnement de la truite. Il en résulte un quiproquo qui ralentit le service. La truite arrive longtemps après sur un petit plateau en filets sans arêtes avec des pommes de terre. Au dessert : un pie à la rhubarbe à la croûte meringuée.

 

 

 

 

 

L’Île déchirée

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Merci à Babélio et aux éditions Le Lamantin de m’avoir offert un voyage littéraire à Chypre avec ce roman policier!

Lecture facile, les pages se tournent toutes seules ( beaucoup de dialogues). Un galeriste est retrouvé assassiné dans la Green line, la zone de démarcation entre la zone grecque et la zone turque. Chypriote, résident à Paris, sa famille est originaire de la partie nord de l’île (actuellement turque). la piste du trafic d’antiquités nous fait emmène dans les monastères à la recherche d’objets liturgiques, d’icônes, de manuscrits…

Plus de  quarante ans ont passé depuis la partition de l’île en 1974 et les blessures restent ouvertes, ce que souligne le titre L’île déchirée cependant je suis un peu frustrée de rester sur ce constat simple. J’aurais aimé un peu plus sur les tentatives de réconciliations, de dialogues, aussi plus de détails sur la vie quotidienne (en dehors des considérations sur la chaleur qui règne l’été sur l’île, moi j’aime bien la chaleur). 

Une lecture distrayante, sans plus. 

sur la route 1 d’Egilstadir vers Dettyfoss

CARNET ISLANDAIS

Modrudalur : ferme de tourbe

Sur la route circulaire

Mon cahier sur les genoux, je note les variations de paysage  : la lande brune avec des bruyères, des myrtilles brunies, automnale, qui alterne avec des prairies cultivées. La route suit le lit d’une rivière puis monte sur le plateau. Une petite fille blonde, grimpée sur le toit herbu de la bergerie, joue avec les moutons. Le plateau Jökuldalsheid (500 – 600m) couvert de champs de lave, des petits cônes s’alignent dans le brouillard. A la fin de l’âge glaciaire, le glacier a laissé des moraines. L’action des glaciations et des glaciers récents se fait sentir. Volcanisme et glaciers, deux constantes de l’Islande agissent conjointement ou séparément et compliquent les interprétations quand le glacier a laissé des moraines entre les crêtes « vieilles » d’un million d’années. Comme la géologie de l’Islande est neuve !

Modradolur

Dans ce désert quasi-lunaire, une belle piste conduit à la ferme Modrudalur – la ferme « la plus isolée » selon le roadbook, « la plus haute » dans les plateaux selon les panneaux. C’est plutôt un village qu’une ferme avec plusieurs maisons en tourbe aux pignons pointus, des bâtiments agricoles, une église.

On a installé un restaurant dans une maison de tourbe : une excellente soupe d’agneau est bien réchauffante ; j’aurais pu commander une soupe au lait et à la mousse, ou des gaufres. Contrairement à la soupe à l’agneau de Geirland qui était du bouillon clair celle-ci est riche en légumes chou, carottes, céréales. Il y a aussi un magasin qui vend surtout des lainages tricotés ou tissés et un petit musée du volcanisme.

En sortant du restaurant nous croisons des femmes qui portent des gâteaux ainsi que le pasteur qui est une femme. Un bébé pleure. Peut-être un baptême ? On achète une écharpe verte mousseuse.

les cairns

La route 1 est bordée par de grands cairns érigés au temps où il n’y avait pas de route. Un panneau raconte que les habitants de Hölsfjoll étaient appelés « les montagnards ». Pour acheter ce dont ils avaient besoin ils devaient traverser les montagnes pour se rendre sur la côte Nord au port . Dès 1928, il y avait une liaison postale et la construction de la route fut entreprise en 1930 mais la route actuelle n’existe que depuis 1996.

paysage volcanique

Jusqu’au 16ème siècle, cette région était couverte de végétation. Les éruptions sous le glacier Votnajökull en 1477 puis en 1794 ont rendu la contrée déserte.

Une anecdote amusante :le cairn des évêques. En 1166, l’Islande était divisée en deux diocèses ; l’évêque de Skatholt et l’évêque de Holar sont entrés en conflit à cause d’un fermier qui avait fait don de sa ferme aux deux évêques ; pendant que les deux ecclésiastiques négociaient les frontières leur suite construisit deux cairns ;

coulée de lave

Nous passons sur un pont suspendu en ciment un torrent tumultueux, puis une coulée énorme, le sol paraît pavé de dallées énormes arrondies à la surface bombée mais très lisse. Des feuillages orange et dorés se détachent sur la lave noire.

Dettyfoss

Dettyfoss

Un détour sur le champ de lave noire jusqu’aux chutes de Dettyfoss, l’une des plus puissantes d’Islande. Le parking est très en retrait, il faut marcher un bon kilomètre sur des coulées basaltiques spectaculaires à la surface lisse avec des boursouflures, un peu comme la croûte d’un pain ; des prismes forment des marches. Dettyfoss se devine à la vapeur qui monte avant même qu’on ne la découvre. Sa rumeur couvre les conversations des touristes. L’humidité est si marquée que les photographes doivent protéger leur matériel. La rivière charrie des eaux grises chargés de débris des roches arrachés sur son passage moins haute lais plus large. Plus loin sur la même rivière, Selfoss, que je contemple de loin c’est la 4ème cascade de la journée

 

Nuage de cendre – Dominic Cooper

LIRE POUR L’ISLANDE

Nuage de cendre par Cooper

 

 

 

Sombre comme le panache de cendres qui orne la couverture!

Dominic Cooper est écossais mais l’essentiel du récit se déroule en Islande au cours du 18ème siècle en des temps très noirs pour l’Islande :

en 1783 des éruptions volcaniques apocalyptiques couvrent l’Islande de cendre, détruisant les récoltes et provoquent une famine. C’est dans ce pays dévasté que deux représentants de l’autorité coloniale danoise vont s’affronter dans un conflit qui sera jugé par l’assemblée populaire traditionnelle

 

Ce roman se base sur une affaire d’inceste célèbre en Islande. Il se déroule pendant tout le siècle de 1718 à 1788. pendant cette période les Islandais ont vécu les famines, les épidémies de variole, les éruptions cataclysmiques en plus de la rudesse du climat ordinaire et des rigueurs de la colonisation danoise qui prive l’île des ressources du commerce en monopolisant les échanges et envoie des fonctionnaires peu scrupuleux.

« Au cours des six premières années après mon retour au pays  il paraît que quelque dix mille personnes sont mortes, simplement de faim. Ensuite le Katla est entré en éruption. Juste sous la glace, ce qui a déclenché des inondations dévastatrices. Et en 1766; l’Hekla s’est lui aussi réveillé entrant dans une phase d’activité qui a duré sans interruption pendant presque deux années entières. »

Le narrateur Gunnar Thordason est un médecin qui tente de rendre un jugement modéré et impartial sur les faits terribles mais embrouillés. Histoire de rivalité entre deux shérifs, l’un islandais l’autre danois, jalousie et vendetta qui se transmet sur deux générations : Jens et Thorsteinn (1717-1740) et Hans et Pétur (1765).  Jens, le danois, alcoolique et exploiteur, Thorsteinn l’Islandais qui tente de coïncer son rival puis à la génération suivante Hans et Pétur se trouve en position similaire. Pétur, lecteur des livres saints, redresseur de torts, mu par une haine sourde et tenace.

La lecture n’est pas toujours aisée, le nombre de personnage, les noms islandais qui se ressemblent, les flash-back et le changement de narrateurs en cours de chapitre sans prévenir ne facilitent pas la compréhension.

Malgré cela, j’ai beaucoup apprécié cet ouvrage qui se déroule dans des endroits que j’ai visités. Les paysages sont magnifiquement décrits dans leur sauvagerie et leur dangers ainsi qui la cruauté des tempêtes, du gel, des congères de neige qui bloquent les personnages dans un huis-clos parfois pénible. On traverse des rivières glaciaires en crue à gué et à cheval, et parfois on se noie. On se perd dans les marais sous un brouillard on disparaît. Les rigueurs des éléments peuvent masquer agressions et meurtres….

Thingvellir

J’ai aussi apprécié les références à l‘Assemblée de Thingvellir, qui se réunit annuellement depuis le 9ème siècle et qui siège encore au 18ème pour juger les procès d’importance. Les femmes exécutées dans la Fosse des Noyades

Sombre, très sombre, vous dis-je!

 

 

Hengifoss & Litlanesfoss, deux cascades près du Lac d’Egilsstadir

CARNET ISLANDAIS

Litlanesfoss et ses prismes

Nous suivons, vers le sud, la rive ouest du lac d’Egilsstadir, Lagarfljot sur la route 931 qui traverse des bois de mélèzes, sapins, peupliers et bouleaux ; mélèzes et bouleaux ont déjà leur tenue automnale. Sous le soleil du matin nous prenons conscience de l’arrivée prématurée de l’automne. Peut-être est-ce normal en Islande après les journées interminables d’été qui ont donné leur comptant de lumière aux végétaux ? Le reboisement date du 20ème siècle et se poursuit encore. La forêt s’étale sur les deux rives du lac qui, sous le soleil du matin, prend un reflet doré.

Hengifoss et Litlanesfoss

Hengifoss

Ces chutes se trouvent a l’extrémité sud du lac ; on ne peut pas louper le grand parking en face du pont. Un escalier de bois permet de monter rapidement, puis on a disposé des planches. Le sentier est bien encadré entre deux cordelettes qu’il ne faut surtout pas franchir, même pour photographier les petites gentianes bleues. La première cascade Litlanesfoss s’élance d’une barre de basalte où les prismes se bousculent en éventail et semblent jaillir en gerbe, le plus bel exemple d’orgues ! Il faut continuer à grimper pour atteindre le cirque de Hengifoss haute cascade dont l’intérêt principal réside dans l’encaissant : alternance de coulées basaltiques noires séparées par des niveaux oxydés rouges ; le rm -600ouge provient de l’altération des scories en argile plus tendre ; les niveaux rouges, en creux soulignent les bancs noirs. A la fin de la grimpette, le sentier boueux devient très glissant. Je me retient aux cordelettes pour garder l’équilibre (protection bien illusoire qui donne confiance).

Sur la route circulaire

Mon cahier sur les genoux, je note les variations de paysage la lande brune avec des bruyères, des myrtilles brunies, automnale, qui alterne avec des prairies cultivées. On suit le lit d’une rivière puis la route monte sur le plateau. Une petite fille blonde, grimpée sur le toit herbu de la bergerie, joue avec les moutons. La route monte sur un plateau Jökuldalsheid (500 – 600m) couvert de champs de lave, des petits cônes s’alignent dans le brouillard. Ala fin de l’âge glaciaire le glacier a laissé des moraines. L’action des glaciations et des glaciers récents se fait sentir. Volcanisme e glaciers, deux constantes de l’Islande agissent conjointement ou séparément et compliquent les interprétations quand le glacier a laissé des moraines entre les crêtes « vieilles » d’un million d’années. Comme la géologie de l’Islande est neuve !

 

Börgarfjördur

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le port le plus septentrional

Le port le plus au nord de la côte est (65°31) 116 habitants, à 70 km au nord d’Egilsstadir.

Sous une pluie battante, par la route 94 qui s’interrompt pour être remplacée par une excellente piste entre deux rangées de crêtes orientées N/S portant des plaques de neige, dans une plaine où s’étalent des fleuves qui construisent un vaste delta.

la cabine du peintre Kjarval

Une maisonnette en planches à peine plus grande qu’une cabine de plage en Normandie fut la résidence d’été du peintre célèbre Kjarval que je découvre sur INTERNET à notre retour et qui me fait regretter de ne pas avoir visité le Musée de Reykjavik.

Nous pique-niquons devant une curieuse cabine peinte en vert perchée sur une butte qui possède un charmant salon de jardin laqué de jaune ; une éolienne tourne ; un écriteau invite le passant à entrer ; le tout sous l’œil d’une caméra de surveillance. Comme il pleut nous ne sortons pas de la voiture.

Troisième arrêt, le troupeau de moutons occupe la route, pour la première fois nous rencontrons un berger et trois chiens rentrant un troupeau.

La région est plutôt agricole avec des prairies fauchées, quelques fermes et des étendues herbues. Une sorte de désert marron se trouve limité par une plage noire brillante. La baie rectangulaire en U enferme une eau pastel d’un bleu tranquille, étonnante par cette journée si grise. La route qui filait plein nord vire à 90° vers l’Est et aborde une haute montagne le Dyrfjoll (1136 m) ; au col, deux cubes de bois design : WC et abri vitré pour les randonneurs cartes et topo des randonnées et ascension dans le massif.  l’une d’elle conduit à un cirque glaciaire. Sur l’autre versant : le chantier ! On va bitumer la piste ; d’énormes engins sont au travail, les tas de basalte sont concassés sur place.

les plaques de neige

Les sommets rouge oranges, marrons sont tout proches, les plaques de neige n forme de V inversés s’accrochent aux pierriers ;

Le village de Börgarfjördur rassemble quelques maisons quelconques dispersées ; on n’a pas oublié d’installer des WC chauffés, propres, luxe dans ce coin perdu ! En revanche pas d’Internet. Une curieuse butte est signalée à l’attention des visiteurs : ce serait une « cité des elfes et du peuple caché » ; je n’aurais prêté aucune importance à cette cité des elfes si je n’avais pas trouvé des allusions dans le roman Karitas. Cette mythologie est vivante (ou le fut récemment).

les sommets pourpres

L’attraction de Börgarfjördur, c’est la colonie de macareux qui niche dans une baie protégée un peu à l’écart ; les macareux l’ont désertée à la mi-Aout. On nous avait donné un petit espoir qu’il en resterait peut-être. On peut observer des mouettes (peu) et des pétrels fulmar que je confonds avec des goélands. L’observation des oiseaux marins est très bien organisée : grand parking à l’écart, escaliers de bois, affût vitré et chauffé (500ISK à glisser dans une tire-lire).

le fjord et les sommets

On récemment construit un petit port de pêche. « La mer était si mauvaise et la côte n’offrait aucun abri sûr, que les pêcheurs devaient hisser leurs barques à terre. La digue actuelle a été améliorée en 1970 et une dizaine de bateaux pour une pêche locale et respectueuse de l’environnement » assure un panneau. L’endroit est pittoresque, la mer bleu pastel, la falaise anthracite, les bateaux blancs et orange, l’herbe fluo sous des sommets empourprés.

Seyðisfjörður

CARNET ISLANDAIS

le fjord de Seydisfjördur

Au Vinland, on ne sert pas le petit déjeuner ; nous avons un voucher pour le grand Hôtel du Lac à Egilsstadir, hôtel traditionnel de plusieurs étages avec lobby orné avec de vieux skis de bois et d’une décoration soignée, des branches de bouleaux surmontent les rideaux, classieux. Buffet somptueux : épaisses tranches de saumon, pains variés, céréales, skyr présenté dans de jolies verrines, bacon ? pancakes et sirop d’érable…Byzance, nous en profitons bien ; le petit déjeuner est la meilleure expérience gastronomique de la journée.

le lac d’Egilsstadir

La route 93 passe par un bois de mélèzes en tenue déjà automnale puis grimpe dans la montagne. En chemin, nous négligeons une promenade vers une cascade, nous avons hâte d’arriver. Très vite, nous parvenons au col. Le vent est tellement puissant qu’il me fait trébucher avec mon anorak gonflé comme une voile. La vue est extraordinaire : le lac d’Egilsstadir, argenté se faufile entre les chaines de montagne dans d’un gros SUV un écrin boisé, au fond la masse enneigée du Snaefell sort derrière un nuage – dommage pour la photo, il n’y a pas de contraste. Les plaques à neige sur les montagnes voisines, orientées N/S nous rappelle la latitude nordique (65.3°) proche du cercle polaire (66.3°) ; le sommet culmine à 1271 m ; impressions de haute montagne. Un cairn marque l’itinéraire quand la route n’existait pas, il mesure au moins 3 m de haut, épaisseur nécessaire l’hiver quand la neige recouvre tout. Nous découvrons de petits lacs, l’un d’eux est barré d’une digue empierrée. Je ne vois aucune trace d’une centrale électrique, en revanche un panneau parle de dispositifs paravalanches. Des avalanches meutrières ont atteint le village invisible du col mais pourtant très proche. J’ai du mal à comprendre ce dispositif si différent de ce que je connais dans les Alpes. La descente dans cet univers minéral est vertigineuse, heureusement il n’y a pas de circulation, on peut rouler très doucement et utiliser le frein moteur.

Seydisfjördur : Gulufoss

Au bas de la pente la cascade Gulufoss se voit de la route. Les photographes japonais sont à l’œuvre : une jeune fille excentrique descend d’un gros SUV portant un volumineux bonnet à pompon avec des lunettes de motocycliste anciennes, une jupe épaisse noire à volants horizontaux sur des leggings : modèle de mode ou compagne du photographe.

les maisons colorées de Seydisfjördur

Seydisfjördur (668 ha) est le terminal des ferries de Smyril Lines reliant les Îles Féroé et le Danemark. Aujourd’hui il n’y a pas d’activité sur le port. Cette liaison a apporté une certaine richesse au village avec de très belles maisons colorées de bonne taille et de belle facture. Le fjord se termine par un petit lac, miroir qui capte les reflets. Nous jouons avec les reflets, des maisons dans le lac, des montagnes dans le fjord. Toutes les belles maisons sont transformées en chambres d’hôtes ou en auberges : l’ancienne Pharmacie bleue très vif, l’ancien Hôpital rouge et vert, jaune l’Auberge de Jeunesse ; même le commissariat est logé dans une élégante maison de bois grise. Tour du lac pour me dégourdir les jambes. Le parcours de statues est plutôt décevant : la statue commémorant l’avalanche est une poutrelle tordue (comme au pied de Skalafell pour les rues).  Une installation sonore m’intéresse : elle se trouve à l’écart du village dans la pente, une grimpette d’un quart d’heure pour découvrir quatre coupoles de ciment qui communiquent. Des chinoises posent pour une photo de groupe. A l’intérieur, pas de son particulier, arrive un groupe de randonneurs qui font des vocalises. Rien d’exceptionnel !

reflets dans le fjord de Seydisfjördur

Après quelques emplettes à Netto, nous reprenons la route d’Egilsstadir. Le temps se gâte, le vent se déchaîne. Dominique se cramponne au volant dans les lacets ; la route étroite surplombe le vide sans la sécurité d’un glissière ou d’un bas-côté, seuls des piquets jaunes balisent le bord de la chaussée ; au col, pas question de sortir, le vent arracherait la portière.

la petite église bleue et les maisons qui se reflètent