Aliano, La Rabata, Santa Maria d’Anglona

CARNET DU MEZZOGIORNO (BASILICATE)

A:iano : callanche

Aliano est le village où Carlo Levi a été relégué en résidence surveillée 8 mois. De cette expérience il a tiré le récit Le Christ s’est arrêté à Eboli, livre magnifique que j’ai lu à deux reprises. Carlo Levi repose au cimetière d’Aliano et le village a conçu un « parc littéraire » dédié à son souvenir. Je tenais absolument à faire cette visite.

Nous avons donc repris le Circuit des ravins d’argile abandonné à Montalbano : Route côtière S106 jusqu’à Policoro puis S598 dans la vallée de l’Agri traversant des plaines fertiles plantées de vergers, agrumes surtout, oliviers bien sûr, actinidia (kiwi), pommiers, pruniers….Tous ces arbres fruitiers sont irrigués. De minces caoutchoucs noirs courent à 1.50 m du sol retenus par des poteaux en ciment. Le plus étonnant c’est qu’ils poussent sous des tunnels. A la vitesse où nous roulons je ne distingue pas la matière des tunnels : plastique ou mince toile ? Il semble que les deux soient employés ; la vigne bénéficie aussi d’une protection mais ce ne sont pas des tunnels retenus par des arceaux mais plutôt une couverture horizontale. A quoi peut servir ce système, sûrement pas à lutter contre le froid, en plaine et au bord de la mer, les gelées sont rarissimes. Protège-t-on les fruits des ravageurs, oiseaux, chauve-souris ou insectes ? Veut-on faire de l’ombre et limiter l’évaporation. J’envisage toutes les hypothèses possibles. Qui me renseignera ?

D’énormes tuyaux conduisent l’eau captée au barrage sur l’Agri près de Tursi et du grand barrage sur le Sinni. Dans le lit de la rivière il ne subsiste qu’un mince filet d’eau. Alors que la plaine est cultivée, les ravins d’argile sont stériles et désolés. Parfois à mi-pente on voit le tapis des chaumes du blé moissonné, parfois ce sont des graminées folles qui donnent l’illusion de céréales. Certaines pentes portent des buissons arbustifs ? je retrouve avec plaisir le pistachier lentisque.

callanche d’Aliano

A l’arrivée à Aliano est spectaculaire, ces terres ravinées nous évoquent les demoiselles coiffées non loin de Gap, sauf qu’ici, l’argile est fine et homogène, pas de chapeau pour protéger la colonne. Le ruissellement a creusé de profondes entailles verticales tandis que l’argile plastique et gonflée, quand elle est mouillée, a coulé. Ces « badlands » sont nommées ici callanche. Un belvédère des callanche est installé avant l’entrée à Aliano. Un pont métallique franchit le ravin.

L’Office de Tourisme organise deux visites guidées : le matin à 11h30 et une autre dans la soirée. Que faire en attendant ? Nous montons au cimetière fermé sous de hauts cyprès ; la tombe de l’écrivain est devant la grille. Puis visiter l’église, bien fraîche décorée des bouquets blancs d’une noce. Je me souviens du récit de la messe de Noël dans le livre de Carlo Levi, je ne l’imaginais pas ainsi.

Carlo Levi à Aliano

Dans la rue des panneaux portent des citations du livre. L’urinoir incongru sur la place a été démoli, l’école ne se trouve plus à l’étage surplombant cette place. J’ai encore dans la tête les passages dont on a tiré les citations. Je m’arrête devant la fosse du bersagliere.

En 80 ans, le village a grossi, des maisons modernes ont été construites. Je cherche le chemin que les paysans empruntaient en revenant de leurs champs, très loin. Les hommes sont assis à l’ombre des arbres plantés devant le café le long de la route. Encore à Aliano, en 2019, les hommes sont assis et les femmes debout, marchent. La policière, la dame avec son cabas qui sort de l’épicerie, les dames de l’Office de Tourisme…

Aliano : la place du village

La « passeggiata litteraire » se résume à une marche rapide entre les petits musées. Il fait si chaud sous le soleil. Les dames font peu d’effort pour commenter les lieux désignés par les panneaux portant les citations. D’ailleurs, je les ai lus tout à l’heure. J’imaginais une promenade plus animée. Dans une maison, il y a une galerie d’exposition : dans la première salle, la plus vaste les murs sont couverts de photos anciennes. Je découvre le visage de Carlo Levi adolescent, puis homme jeune à Aliano, enfin son retour après la guerre. On le voit aussi à Matera en compagnie de Pasolini. Les photographies sont agréablement commentées, datée. Je m’attarde devant chacune d’elles.

Dans la pièce suivante, je suis un peu déçue par les tableaux Les grandes compositions pleines de personnages que j’avais découvertes sur Internet ne sont pas ici, seulement des petits formats, les oliviers avec leurs filets me plaisent, les autoportraits me plaisent. Les petits tableaux représentant un hérisson., une miche de pain, ne me semblent pas extraordinaire. La dernière salle est celle des lithographies, intéressantes.

Carlo Levi : le dsépart de l’émigrant

La maison qu’a occupé Carlo Levi se trouve au bout du village. C’est une grande maison crépie de blanc avec une belle terrasse. Le rez de chaussée est occupé par un musée ethnographique paysan avec un intérieur meublé, cuisine et chambre ainsi que deux pressoirs à huile qui prennent beaucoup de place. L’un d’eux a trois meules de pierre. Les masques de carnaval m’ont beaucoup intéressée(j’ai raté le musée de Palmi qui en présentait). Ils sont cornus, très colorés et me rappellent ceux que j’ai vus autrefois en Sardaigne à Mamoiada au Musée des Masques Méditerranéens.

masques de Carnaval

Carlo Levi vivait à l’étage supérieur dans un appartement de trois pièces, confortable pour l’époque. Il n’est pas meublé et il ne resta pas de souvenirs tangibles de son passage. La plus grande pièce est utilisée comme pièce de projection d’une vidéo d’une vingtaine de minutes. Les détails de ses tableaux alternent en fondu enchaîné avec des photos du village, ou avec les visages des habitants représentés, soit la photo est ancienne et le visage peut se superposer sur la peinture, soit la photo montre le personnage vieilli mais on retrouve les traits. Le feu qui brule dans la cheminée réchauffe mais aussi nous plonge dans l’univers des sorcières dont l’auteur avait reçu certains secrets, ou ans le carnaval. C’est un document très immersif qui me donne encore envie de relire le livre.

Tursi : la Rabatana

Le circuit nous ramène vers Tursi par une route qui longe la retenue d’eau ; le niveau de l’eau me paraît bien bas pour l’été qui n’a pas encore commencé. Nous montons à La Rabatana , dont le nom rappelle ses origines arabes. Vais-je trouver une medina? C’est un hameau presque abandonné et qui tombe en ruine mais qui possède deux restaurants ; Le plus grand, le Restaurant des Poètes est tout en haut, les tables sont dressées, il semble chic. Comment les clients arrivent-ils ? Au somment je découvre un escalier bien dallé qui descend commodément au bourg de Tursi. J’aurais volontiers fait la promenade mais comment retrouver Dominique dans ce gros village ?

Santa Maria d’Anglona

Sa Marian d’Anglona

Le sanctuaire de Santa Maria d’Anglona est perdu dans les collines, en direction de Policoro. Isolée, mais très bien indiquée ; la petite route tortille avant de parvenir à une oasis de verdure. Petite église normande à campanile carré entouré d’un jardin fleuri de rosiers, à l’ombre des palmiers. Tout est organisé pour la visite des touristes ou des pèlerins : parking, toilettes, tables à pique-nique. Miracle ! l’église est ouverte, fleurie de bouquets blancs.

Sa Maria d'Anglona fresque

Nous pique-niquons confortablement : salade de pommes de terre, anchois, olives ; œufs durs.

Ce sanctuaire est un lieu de culte, pas une attraction touristique. Aucune explication donnée concernant les fresques. Qui sont ces saints ? Je reconnais Saint Sébastien qui a un air doux, presque féminin. J’aime beaucoup celui qui a deux lévriers à ses pieds. Je ne reconnais pas les scènes aux couleurs délicates avec de nombreux animaux.

Saint Sébastien

Baignade à la Marina di Policoro

A l’arrière d’une belle pinède ; parking sous les arbres., plage aménagée avec des parasols et même une « douche commune » gratuite. Un cordon de galets se trouve juste à l’entrée de l’eau. Voyant une belle étendue de sable je n’avais pas mis les chaussons. Il faisait chaud et nuageux dans les collines. Sur la plage, le vent s’est levé. Les parasols claquent. La mer est agitée ; prudente je reste à  m du bord, la où les vagues se brisent. Si je vais plus loin, c’est plus calme mais un courant entraine vers le sud. J’ai l’impression de nager dans une piscine à courant d’eau. Je nage vigoureusement et fais du sur-place. Même avec les chaussons, impossible de tenir debout immobile sans efforts. Au bout d’un certain temps je suis fatiguée de nager à contre-courant.

Taranto (3) Citta vecchia

CARNE DU MEZZOGIORNO (POUILLES)

Nous avions imaginé un restaurant de poisson, rien de tel sur le Lungomare ni dans les quartiers chics alentours. Pour compliquer nos recherches, les sens uniques de la circulation nous entrainent là où on n’a pas envie d’aller et nous nous retrouvons au sud de la ville dans des bretelles d’autoroutes vers Lecce ou Brindisi ; nous demandons au Navigatore de nous conduire à l’opposé, Via Garibaldi dans la vieille ville et lui obéissons servilement. Une demi-heure plus tard, nous retrouvons le pont tournant, longeons le Mare Piccolo où se trouve le port de pêche.

Tout au bout de l’île, une place avec une grande vasque : Piazza Fontana est proche de la halle aux poissons. Sous cette halle métallique se trouvent quelques tables disposées près de l’eau. Il nous faut attendre un peu qu’une table à l’ombre se libère. Il est passé 14h mais qu’importe ! Nous commandons de la frittura di paranza (anchois petits poulpes, crevettes roses, anneaux de calmar tendres et frais) dans une fine pâte à beignets) et des légumes grillés(courgettes, aubergines et poivrons d’une finesse exceptionnelle) avec un café et un calice de vin blanc 40€ un peu plus cher que d’habitude mais nous consolant des expériences désolantes de dimanche. Le poissonnier vient chercher ses moules dans un sac qui trempait dans l’eau du port.

Taranto ; port de pêche sur Mare Piccolo

Promenade dans la Citta Vecchia commencée à la Tour de l’Horloge , je suis la rue Cava. A travers les ruelles de grosses poutres vont de maison à maison pour empêcher que les façades ne s’écroulent. Les maisons sont souvent en ruine, fenêtres et portes condamnées avec des parpaings mais la rue n’est pas déserte. Il y a encore des boutiques à l’ancienne ouvertes, dans les garages sont rangés les filets et le matériel de pêche. En ruine mais vivante ! Je furète dans les cours. Une Madone étonnante est peinte sur un mur, entourée de toutes sortes de coquillages, des rames, des articles de pêche. Représentation naïve. Je n’ai pas trouvé le Duomo ?

Taranto città vecchia : une barque dans la ville

Retour sur la route littorale à la recherche d’un Lido pour une baignade. Nous négligeons le Lido Azzurro  trop proche de la zone portuaire et des raffineries pour tourner à Chiatona toute petite station balnéaire avec des villas cachés sous de hauts pins. Au bout de la route un parking privé gardé mais surtout ombragé avec des toiles posés sur des structures métalliques  (3€).

Baignade fabuleuse dans une eau limpide et très calme. Pour baliser mon parcours je nage de bouée orange en bouée orange ? Je nage seule dans la félicité ; Il semble que les maitres-nageurs aient peu de travail ; Les rares baigneurs restent au bord de l’eau avec de l’eau leur arrivant aux genoux. A mon deuxième parcours de bouée en bouée, je suis hélée par une embarcation rouge (je croyais qu’un original faisait du paddle). Ce sont les maîtres-nageurs qui m’interpellent

« Tout va bien ? vous voulez venir avec nous ? »

Bien sûr que non ! Ma brasse n’est pas rapide mais je suis toute à la joie de la baignade que je ne souhaite pas écourter.

« Ne dépassez pas les bouées rouges ! »

D’abord je ne les dépasse pas ensuite, elles sont oranges !

 

 

Taranto (2)- Musée archéologique

CARNET DU MEZZOGIORNO (LES POUILLES)

Musée archéologique de Taranto : tanagras

Musée d’Archéologie de Taranto (MARTA)

Situé 10 rue Cavour, non loin du château dans les quartiers de la ville moderne Borgo Nuevo où de larges artères bordées de grands et beaux immeubles avec de belle boutiques, des banques, des cafés luxueux. Le musée est situé dans le cloître du couvent des Frati Alcantarini (18ème siècle très élégant) .

A la billetterie, on me prévient : les salles sont ouvertes alternativement. Le second étage n’est pas accessible en ce moment. Au premier, les tanagras et bijoux, au 3ème les vases.

En attendant l’ouverture du 1er étage, on me conseille de visiter l’exposition temporaire « Les Mythes et les Héros ». De très grands vases peints sont présentés avec un luxe de détail : je peux donc identifier chacun des héros à ses attributs Héraclès et sa massue, Orphée et sa lyre…je reconnais Achille sous sa tente (symbolisé par deux colonnes). Je découvre un épisode de la guerre de Troie que j’avais oublié : Achille caché sous son fameux bouclier tend une embuscade à Telos, le plus jeune fils de Priam qui aurait peut-être refusé ses avances.

Enfin ! l’heure sonne pour mon rendez-vous avec les tanagras.

Les statuettes en terre cuite présentant encore des traces de peinture sont présentées avec les bijoux. Ces figurines n’ont pas forcément les prétentions esthétiques des marbres classiques qui répondent à des canons de beauté. Elles en sont d’autant plus émouvantes. Ce sont souvent des femmes. Parfois ce sont des statuettes votives figurant une déesse. Parfois toute une saynète est figurée comme cette naissance d’Aphrodite sortant de son coquillage d’une simplicité merveilleuse. Des mortelles sont aussi représentées dans les scènes de la vie quotidienne, même un couple dans un baiser explicite. Le musée a été récemment rénové et les vitrines sont particulièrement agréables à contempler. Chaque visite regroupe une statuette et des bijoux qui lui correspondent : or précieux pour cette dame élégante drapée dans un tissu plissé…Je suis surprise par les couleurs rose et violine des drapés. Je ne sais pas pourquoi je me représentais les Grecs et les Romains vêtus de blanc. Pas du tout ! Comme pour les bâtiments, ils aimaient la couleur. . Nous avons la chance de contempler 2000 ans plus tard certaines pièces encore très colorées.

De rose vêtue

Un casse-noix est d’une élégance unique : deux mains de bronze portant bagues et bracelets. Certains colliers étaient faits de coquillages, parfois imités. Merveilleuses perles en forme de petits dauphins en ivoire ou en os. . Diadèmes et colliers en feuilles d’or. Travail très fin d’orfèvrerie de fils d’or tressés en filigrane ou de minuscules grains d’or. Nous avons vu un travail analogue au nord de la Grèce à Thessalonique ou en Thrace bulgare.

Danseuse et acrobates, musiciennes ou amazones, ces statuettes racontent la vie de la cité, les divertissements, le théâtre, le cirque. On a réuni des couples, des groupes de guerriers qui luttent des athlètes avec leur strigile.

acteur

Je suis tentée de filmer la vitrine qui raconte le Théâtre avec les acteurs masqués, cette autre des jeux. Parfois un vase complète la représentation.

Ce musée est absolument fascinant.

Il contient aussi d’autres objets, des stèles funéraires, une collection lapidaire juive avec des inscriptions hébraïques ou bilingues grec/hébreu.

On a aussi regroupé la Cité Grecque, la ville romaine, byzantine

Les mosaïques me déçoivent un peu (difficile de trouver plus beau que celles du Bardo ou d’El Djem)

Le 3ème étage qui présente les vases tarde à ouvrir. Il est temps de songer au déjeuner. D’ailleurs mon billet est valable toute la journée.

 

Taranto (1): château aragonais

CARNET DU MEZZOGIORNO (LES POUILLES)

Taranto : château aragonais

J’ai toujours regretté d’avoir fait l’impasse sur Taranto lors de notre précédent voyage dans les Pouilles. Les fumées des raffineries, les grues du port nous avaient effarouchées. Taranto est à moins de 40 km de Marina di Ginosa à parcourir sur une route bien roulante la Statale 106. Je suis impatiente du rendez-vous avec les tanagras du Musée archéologique.

Nous traversons les zones portuaires, terminal de containers, raffineries et citernes, et arrivons rapidement au centre-ville devant le château et son pont-tournant. Parking sur le Lungomare Victor Emanuele III, le long d’une promenade bien à l’ombre sous de grands chênes verts, avec des bancs de pierre. A ses pieds, une marina ; En face, des immeubles énormes dominés par des constructions mussoliniennes.

Le Château se trouve de l’autre côté du canal navigable qui relie la Petite mer de la Grande Mer enjambé par le Pont tournant (Girevole) . Je m’inquiète, sera-t-il ouvert à mon retour ? Pas de souci, son ouverture est exceptionnelle motivée par le passage de bâtiments militaires de très grande envergure comme le porte-avion Cavour.

Taranto : architecture monumentale mussolinienne

Le château aragonais a fière allure avec ses grosses tours rondes de pierre claire, entouré d’eau sur trois côtés. Propriété de la Marine Italienne, il est ouvert pour des visites guidées. Visite gratuite, il faut toutefois remplir un formulaire d’identité. Une jeune femme marin m’accompagne à travers la cour pour rejoindre un groupe constitué d’une famille italienne très motivée pour les choses militaires et un américain qui comprend l’italien mais ne le parle pas. Notre guide est un officier qui a beaucoup d’allure en uniforme bleu marine.

Les italiens s’étonnent de la présence de femmes parmi les marins. Depuis 2003, la Marine Italienne enrôle des femmes, leur effectif atteint 10%. Cette présence féminine enthousiasme les visiteurs mais pas forcément notre conférencier qui estime qu’elles posent des problèmes. Dans cette visite il sera autant question de la marine que du château, lui-même. La dame d’âge mûr fredonne des hymnes militaires et compare les fortifications à celle de Padoue dont elle semble originaire. Je me passerais volontiers de ces interventions qui ralentissent la visite.

En dehors de l’aspect purement touristique de ces visites en Italien sont une véritable aubaine pour moi d’entendre autre chose que le vocabulaire basique des courses ou de la vie quotidienne, elles me permettent aussi de côtoyer des Italiens. Hier, ils étaient plutôt artistes aujourd’hui militaristes, il en faut de toutes sortes !

La forteresse aragonaise fut construite vers 1481 par Ferdinand d’Aragon sur les fondations d’une forteresse byzantine construit par Nicephore Phocas  en 931. Ce dernier n’a pas hésité à employer les matériaux provenant des temples et des édifices de la Tarente antique dont l’acropole était proche.  Au 15ème siècle, les Turcs étaient les maîtres en Méditerranée. Contrairement aux châteaux-forts médiévaux avec leurs hautes tours et leurs hauts murs, le château aragonais a été conçu pour résister à l’artillerie : tours et murs bas très épais (8m) avec des angles d’attaque annonçant les fortifications à la Vauban. Seulement 7 m dépassent le niveau du quai. On peut voir maquette du projet initial avec 5 grosse tours rondes et un bastion triangulaire à la pointe du cap. Une de ces tours a été abattue à la suite de la construction du Canal Navigable au 18ème siècle. Au cours de la promenade notre guide aura à cœur de nous montrer les différences de construction, d’appareillage, les grandes et belles pierres antiques retrouvées dans les fouilles, la poterne médiévale, une tour enfouie dans les murs postérieurs. Nous passons d’une galerie angevine-souabe, plus ancienne pour passer dans une galerie espagnole tardive.

tour saint Christophe : casemate, artillerie

La Tour Saint Christophe, la plus exposée face à la mer, devait être la plus résistante. 4 casemates ont été reconstituées dans l’épaisseur des murs équipées de leurs canons et de boulets de pierre.

Dans des vitrines on voit divers objets retrouvés sur place.  Dans les monnaies antiques, l’une d’elle a été datée 48 av JC et présente l’inscription Caio Giulio Cesare avec un éléphant à l’avers.

Une maquette explique le mécanisme du pont tournant inauguré en 1887, il faut électrifié en 1957 et le. premier pont tournant datait de 1800. Avant l’électrification lemoteur était mu par un système hydraulique nécessitant une citerne énorme et un tunnel pour actionner l’autre côté. Ces installations hydrauliques sont encore visibles dans l’une des tours.

En mon honneur, le marin raconte l’histoire du père d’Alexandre Dumas, Thomas Alexandre Dumas (1762-1806). Mulâtre de Saint Domingue, il devint général de Bonaparte et fut prisonnier au château de Taranto dont il chercha à s’évader. On dit que son journal inspira Alexandre Dumas pour la rédaction du Comte de Monte Cristo.

Berthe Morisot à Orsay

Exposition Temporaire jusqu’au 22 septembre 2019

Berthe Morisot peinte par sa soeur Edma Pontillon

Le Musée d’Orsay  consacre une exposition à Berthe Morisot (1841-1895)  considérée d’après les organisateurs comme une figure fondatrice de l’Impressionnisme et pourtant très peu exposée, la dernière exposition en France date de 1941. 

la première section de l’Exposition : « Peindre la vie moderne » montre des portraits que Berthe Morisot a fait de ses soeurs, Edma et Yves, qui ont aussi appris la peinture. Edma, a sacrifié sa carrière d’artiste,  mariée à Lorient s’ennuie. Elle a servi souvent de modèle à Berthe.

Le Berceau, Berthe Morisot a peint sa soeur Edma

on voit les deux soeurs sur un canapé

les deux sœurs sur le canapé

Plusieurs tableaux montrent une femme de profil, rêveuse, silencieuse. Berthe Morisot excelle dans la peinture des toilettes, des voilages et rideaux.

Les tableaux en extérieur, dans le chapitre « Mettre une figure en plein air » sont plus gais, plus vivants et plus colorés. Berthe peint des marines à Lorient et à Cherbourg, ainsi qu’en Angleterre où elle voyage en compagnie de son mari, Eugène Manet, le frère du peintre célèbre.

femme et deux enfants sur une pelouse dans un parc

les coups de pinceaux rapides donnent une impression de légèreté à l’herbe de la pelouse et le sapin est très réussi.

La Lecture

Comme les impressionnistes elle sort de son atelier, cependant certaines peintures ont été préparées par des aquarelles.

la barrière à Bougival.

Elle prend aussi comme modèle sa fille

Monsieur Manet et Julie

Elle excelle à peindre les femmes à leur toilettes, et engage pour cela des mannequins professionnels (il n’aurait pas été convenable de montrer ses sœurs en déshabillé)

devant la psychée

mais plus que les dames bourgeoises en toilette élégantes avec jabots et dentelles j’ai aimé ces femmes au travail, la nourrice, la blanchisseuse qui étale le linge ou la petite servante

la blanchisseuse qui étale le linge
la peitte servante.

Les ravins d’argile : Bernalda, Pisticci, Craco et Montalbano

CARNET DU MEZZOGIORNO (BASILICATE)

Craco

Ecrire le matin sur la terrasse de 5h30 à 7h pour profiter de la fraîcheur avant la canicule. A la frontière entre Pouilles et Basilicate, les températures au-dessus de 30°C ne sont pas extraordinaires ; Il suffirait de faire la sieste, d’aller se plonger dans la mer et de profiter de la douceur des soirées. La rue principale est réservée à la passeggiata  de 21h à 1 heure du matin, c’est le moment de sortir !

La via Catania,en plus du bruit,  détient un autre exemple de folie : la folie architecturale ! La maison d’en face possède trois étages et trois escaliers séparés :  un rouge en tomettes sur le devant du bâtiment conduit à la terrasse de bois du premier. Le second en marbre, sur le côté au second, le troisième, strictement parallèle au précédent et vertigineux avec une soixantaine de marches sans un palier, arrive à la terrasse grise…

ravins d’argile

Nous inspirant du Circuit des Ravins d’Argile du Guide Vert (115 km au départ de Piscicci), nous improvisons une excursion plus courte. En quittant Metaponto en direction de Pisticci nous faisons le détour par Bernalda, espérant encore trouver un office de tourisme avec des brochures ou des cartes.

Bernalda

Bernalda, est perchée comme il se doit sur une colline son château-fort et le clocher pointu qui lui fait face, dépassent. La petite ville se réveille, nous pouvons tranquillement traverser le centre et le centre historique, et parvenir sur la Place San Bernardino où château et église se font face. Le château bâti au 15ème siècle, réaménagé au 16ème garde une silhouette médiévale. Il est fermé tout comme l’église. A un coin de la place, un restaurant est installé dans une maison au toit voûté recouvert de tuile avec une façade blanche aux arcs marqués de briques. Construction originale que je n‘avais jamais vue ais que nous allons retrouver toute la journée dans la région.

Les maisons voûtées de Bernalda

Googlemaps situe Proloco (office de tourisme) sur le Corso Italia à 150 m, une dame qui balayait devant sa porte corrige : Proloco est maintenant à l’école secondaire rue Anachréonte. Cette toponymie me rappelle que nous sommes bien en Grande Grèce. Proloco est à l’intérieur de l’établissement scolaire. J’entre, on me prend pour le metteur en scène d’un spectacle et on m’ouvre la réserve des costumes ; Quel quiproquo ! Les deux jeunes qui officient au bureau de tourisme n’ont jamais vu de touristes. Ils sont très serviables et recherchent sur Google tout ce qui pourrait me servi, mais ils ne disposent ni de cares ni de brochures.

Pisticci

Pisticci  est également perchée, toute blanche. Elle couronne la colline. Une tour ronde et des coupoles se détachent. Les collines argileuses ravinées par l’érosion sont pittoresques. Déception : un tunnel long d’1.4 km tout en courbes, nous cachera l’arrivée et la traversée des « badlands » . suivant l’indication « centro storico » la voiture monte aussi haut que possible sur une place devant une église de brique construite dans les années mussoliniennes.

Pisticci : pompe et puits

De là, un parcours touristique conduit vers le Dirupo : quartier construit à la suite du glissement de terrain causé par le séisme de 1688 qui a entraîné la destruction de tout le centre historique. Maisons blanches accolées les unes aux autres. Escaliers, labyrinthe, dans lesquels je perds le sens de l’orientation. Alors que je photographie une pompe et un puits, une femme jeune en robe noire à pois blancs m’interpelle : – »d’où viens-tu ? tu aimes Pisticci ? ». Pour le plaisir de la promenade touristique on a placé des plaques en majolique avec des poèmes. Rues en pente, escaliers, tournants impromptus, il faut de bonnes jambes pour se promener dans cette ville blanche. Je parviens enfin à la Chiesa Madre au sommet de la ville, elle est ouverte et bien fraîche.

collines argileuses

La route de Craco est étroite et tortille dans les collines argileuses. Sur les versants érodées et nues, il ne pousse rien. Dans le creux des vallées les champs d’artichauts sont bien desséchés, sur les pentes des oliviers et quand la surface ondule à peine, le tapis du blé a déjà été moissonné.

La campagne autour de Craco

Craco se voit de loin avec sa tour carrée, et décalée un peu plus bas, la coupole d’un monastère. Quand on s’approche, le village prend un aspect étrange. Un scalpel géologique a tranché les maisons, les caves béantes. Quelques kilomètres avant Craco, dans un creux, le village de Craco- Pescheria rassemble de mornes HLM dignes des pires quartiers des pays baltes, de Roumanie ou de Bulgarie. C’est ici qu’on trouvé refuge les habitants de Craco après l’évacuation du village en 1963.

Les quartiers ruinés

Le village de Craco est saisissant. On ne visite le village qu’accompagné et protégé par un casque de chantier. J’ai de la chance : la visite est à 13 h, une petite demi-heure à attendre à côté du camion de panini sous le grand parasol où sont installées des tables bleues. Grande convivialité de tout ceux qui attendent également. Le patron accueille magistralement les touristes : pour nous c’est la Marseillaise, les Italiens éclatent de rire, ils ont eu droit à l’hymne belge, puis un rock endiablé une dame en barboteuse blanche se trémousse. Les panini sentent bon. Le guide arrive, il nous coiffe d’abord de casques de chantier puis raconte le village. D’habitude je prends des notes. Impossible, il parle très vite et d’abondance, je ne peux pas à la fois, écouter, prendre des photos, trouver la traduction française et écrire.

Craco : Tour normande

Craco fut fortifié par les Normands au 11ème siècle, c’était un avant-poste, le village de Tursi était musulman comme le rappelle son ancien quartier La Rabata. L’éperon rocheux sur lequel s’accrochait le village est formé de conglomérat et d’argile, cette structure géologique hétérogène sur une faille tectonique a scellé le sort du village qui s’est effondré par des éboulements successif. Ce phénomène n’est pas rare dans la région, Pisticci a préféré reconstruire les quartiers effondrés en 1688. Pour limiter les glissements de terrain, on a essayé de construire une sorte de digue en béton censée retenir l’argile, puis une seconde pour renforcer. Cela a eu la désastreuse conséquence d’empêcher le drainage naturel des eaux de ruissellement. Non seulement cela n’a rien retenu, mais cela a accéléré le glissement.

On entre dans le village par la rue Cavour, dallée de belle pierre, bordée autrefois de belles maisons dont les façades sont intactes, puis, plus rien. Tout un quartier a disparu. Des moutons bien tondus  trois ânes paissent tranquillement ; un berger s’est installé ici, et, malgré l’interdiction refuse de partir.

Certaines façades béantes laisse voir les pièces ouverte à tous les vents ; souvent les plafonds étaient peints en bleu ; Cette coutume répandue dans le bassin méditerranéen aurait la vertu de combattre les insectes ; Le paludisme sévissait encore en Basilicate au temps du Christ s’est arrêté à Eboli . la peinture bleue contenait des traces d’arsenic pouvait être insecticide d’autant plus que les insectes leurrés par la couleur imitant celle du ciel allaient s’y poser et s’empoisonner.

Malaria, peste, séismes rien n’a épargné Craco !

Le décor tragique a séduit bien des cinéastes : Francesco Rosi pour Le Christ s’est arrêté à Eboli  (1979), La Lupa (1953, d’après le roman de Giovanni Verga (1880) bien connu de mes compagnons de visite que je devrais bien chercher à mon retour. La Passion du Christ de Mel Gibson Le guide énumère d’autres films dont le titre italien ne m’évoque rien.

Les maisons du village sont cadenassées seules quelques-unes sont visibles. On découvre alors que même les étables avaient le plafond bleu, pour le confort des animaux, peut-être ou peut être les gens logeaient-ils avec leurs animaux ? Au milieu du quartier, à un angle, un poulailler occupait le rez de chaussée tandis que le propriétaire était moins grandement logé que ses volailles. Une toute petite construction de la taille d’un placard, collée au poulailler principal était occupée par un petit poulailler ouvert sur la rue à la disposition des indigents. Solidarité de quartier ! Les pauvres venaient-ils ramasser les œufs ou mangeaient-ils les poulets ? L’histoire ne le dit pas.

Craco : coupole byzantine

L’église possédait une petite coupole byzantine. C’est à l’époque des Normands que l’église orthodoxe et l’église catholique romaine se sont séparées par le Grand Schisme (1054) . Les byzantins occupaient la région avant les Normands. Cette architecture témoigne du passage du rite byzantin au rite latin et les hésitations au cours du 11ème . Le clocher de l’église latine est coiffé d’un petit bulbe de majolique brillante où poussent les herbes.

Un Palazzo qui a encore gardé des balcons et des fresques qu’on devine de l’extérieur occupe deux côtés de la place de l’église.
Nous montons à la Tour normande, propriété primée, défense d’entrer. Elle faisait office de château d’eau, les installations de plomberie sont encore visibles.

 

Montalbano

L’intérêt de ce village perché réside plutôt dans sa position au-dessus des ravines que dans le bourg, cerné par des constructions modernes. Il y a bien un quartier historique où l’on pénètre en passant sous le porche, entrée du Castillo. Mais nous sommes blasées après les visites de la journée. Le belvédère, d’où part une promenade longeant les remparts nous offre la vue la plus spectaculaire sur ces terres ravinées. La promenade est fleurie de plantes méditerranéennes : lavande, santoline de Corse, romarin, thym qui embaument.

Nous terminons le circuit par une baignade à la Marina di Pisticci. Plus de cohue dominicale. Parasols et lits sont repliés. Le sable blanc est dégagé. Me voici réconciliée avec la côte ionienne. Les bouées sont même assez loin pour me donner un cap.

Via Catania,  Tanio, avec ses grands parents ne fait plus de caprices bruyants. La soirée est calme et presque fraîche.

La Storia – Elsa Morante

LIRE POUR L’ITALIE

Mon pavé de Juillet!

945 pages, quand même, que j’ai dévorées.

J’aime les livres d’Histoire, et j’aime quand on me raconte une histoire. Et La Storia combine les deux.

La Grande Histoire, de 1941 à 1947,  est rappelée, année par année, en Italie, et dans le Monde, en notes serrées, petites lettres, au début de chaque partie, afin que le lecteur n’ignore rien du contexte dans lequel se déroule le récit. 

La petite histoire est celle d’Ida, institutrice,  fille d’un calabrais anarchiste et d’une institutrice juive, veuve et mère de Nino, adolescent au début du roman. En janvier 1941, un soldat allemand, saoul viole Ida qui donnera  naissance à Giuseppe. Demi-juive, mère d’un petit bâtard, Ida n’a pas la vie facile. Des rumeurs effrayantes courent dans le Ghetto de Rome…

1943, Rome est dévastée, l’immeuble d’Ida soufflé. Ida et Useppe, sont à la rue et rejoignent d’autres sinistrés dans un logement de fortune qu’ils partagent avec une tribu – les Mille –  napolitains, un marbrier communiste, et un jeune fugitif anarchiste, Carlo Vivaldi. La communauté s’enrichit aussi d’une chatte Rossella et de deux canaris. Abri de fortune, vie précaire, mais ambiance chaleureuse. Nino est devenu partisan et mène des actions clandestine dans les environs. Alors que les Américains ont débarqué en Sicile, que Naples est libérée, à Rome, les Allemands règnent en maîtres.  Le ghetto est vidé, les juifs emmenés en camps de concentration…

1944, la libération de Rome tarde, la guerre s’éternise. Partisans et Fascistes s’affrontent. Ida et Useppe doivent encore patienter avant de retrouver une vie normale, l’école d’Ida reste fermée, elle partage encore un logement avec des étrangers avant de pouvoir trouver un petit appartement.

Les années d’après-guerre ne sont pas plus faciles! Le retour à la normalité est compliqué pour ceux qui ont vécu la clandestinité. Révolutionnaires ou aventuriers.

Je ne vais pas tout résumer! Il fut lire le livre en entier.

Le lire pour l’histoire, tragique mais aussi pour imaginer le monde dans les yeux d’un tout petit. Le talent d’Elsa Morante est de faire vivre tout un petit monde, varié, vivant composé d’adulte mais aussi d’enfants, d’animaux. Avec quelle vivacité elle imagine le monde vécu par la chatte Rossella, la chienne Bella, les canaris qui sont des personnages à part entière. La nature est aussi décrite avec poésie. L’enfant  et la chienne découvrent les berges du Tibre comme un merveilleux terrain d’aventure et de poésie!

Un  grand moment de lecture.

 

 

Leçons pour un jeune fauve – Michela Murgia

LIRE POUR L’ITALIE (SARDAIGNE)

Une déception!

La magie d’Accabadora n’a pas opéré. Ni l’humour de La Guerre des Saints. J’avais emprunté Leçons pour un jeune fauve en toute confiance, sans même lire le 4ème de couverture, histoire de faire un petit tour en Sardaigne et de retrouver une auteure que j’avais beaucoup appréciée.

Dix sept « leçons », et un épilogue pour un roman (267pages). En dehors d’être le titre des chapitres à quoi correspondent donc ces « leçons »? Une actrice de 38 ans prend pour « élève » un jeune violoniste de 18. Que va-t-elle donc lui apprendre?  Va-t-elle lui apprendre le savoir-vivre dans le monde du spectacle? Ou le raffinement des tissus et des vêtements bien coupés qu’il convient de porter dans un certain milieu où le paraître est tout un discours? Va-t-elle lui apprendre la séduction et les jeux subtils de l’amour? Ou  l’ambition pour lui, alors que ses parents sont ternes et indifférents à sa carrière. Dans le genre Pygmalion, je reste sur ma faim.

Est-ce un roman d’amour? Si Eleonora n’apporte guère à son « élève », elle parle beaucoup d’elle. Elle petite fille, dans un rapport malsain à ses parents.  Elle et Fabrizio, l’ancien amant, l’ami qui régit les rapports élèves-professeurs. Elle et Chirù, l’élève. Elle et Martin, qu’elle va épouser. Et justement, elle est plutôt antipathique. Actrice renommée, on se demande bien pourquoi. Professeur de rien. Amante distante.

Je suis mauvaise cliente pour les romans d’amour et les relations compliquées ne fatiguent.

 

 

Metaponto intello (3) Archéologie et poésie des mathématiques

CARNET DU MEZZOGIORNO (BASIliCATE)

Site de Metapunto : temple dorique d’Héra

Nous visitons le site archéologique sous un soleil de plomb. Là, au moins, nous sommes tranquilles. Il était fermé le matin, quelle idée de ne l’ouvrir qu’à 14 h ! De la ville grecque, il reste les fondations visibles de trois temples qu’on identifie facilement d’un perchoir construit près du parking et qui permet d’embrasser la ville d’un seul regard.

Site de Metapunto : temple ionique d’Artemis

On a remonté les trois grosses colonnes du temple d’Héra et deux colonnes ioniques d’un temple plus petit dédié à Artémis. Je suis surprise de l’élégance du chapiteau ionien. Quand la colonne est entière on ne se douterait pas que la partie supérieure de cette sorte d’escargot qui s’enroule est si soigneusement ornée d’écailles ou de feuilles ni que le haut de la colonne est gravé de frises. Il faut aussi imaginer les décors du fronton, les figures en terracotta. Les amateurs de ruines romantiques n’imaginent pas la sophistication de ces décors ? Avec les reconstitutions virtuelles on commence à se faire une idée colorée de la vie antique.

Temple d’Héra

Une digue borde le cours d’eau . Il y a d’autres canaux de drainage. Il faut se représenter le rivage beaucoup plus proche et non pas à l’emplacement actuel du Lido de Metaponto. Près de l’agora, que je n’identifie pas exactement, le petit théâtre a été restauré pour y faire des spectacles. C’est là que s’est déroulé la nuit dernière le concert de piano. Les gradins ne sont visibles que partiellement, cachés par les structures métalliques. Un panneau m’apprend que l’Ekklesasterion d’un diamètre de 60 m pouvait réunir 8000 personnes pour l’assemblée de la ville.

Il est trop tôt pour rentrer dans notre gîte infernal (équivalent sans la mer du Lido de Metaponto). Je retourne au Musée où se tient une exposition patronnée par Matera2019, installation contemporaine sur le Thème de la Poésie des Nombres Premiers en hommage à Pythagore mort à Metaponto/ Si Pythagore a fondé une école, il n’a pas laissé d’écrits. C’est donc un exercice visuel illustrant le fameux théorème et d’autres théorèmes et conjectures mathématiques.

Dans le couloir d’entrée de nombreuses citations concernant la poésie des mathématiques de nombreux savants mathématiciens ou littéraires comme Borges ou Einstein et Cantor… Comme elles sont en traduites en italien, je ne les recopie pas. Un enregistrement me permet d’entendre un exposé  sur Cantor et les infinis dont certains sont plus infinis que d’autres. J’ai du mal à suivre…Une vidéo : une pièce de théâtre à laquelle je ne comprends rien et un vidéogramme sur le thème des puissances de 10, dans l’infiniment grand de l’espace comme dans l’infiniment petit.

L’avantage avec cette exposition ambitieuse et difficile  c’est que c’est climatisé et qu’il n’y a personne.

Escher

A côté de la grande exposition il y en a une autre « Remplir le vide » consacrée à Escher et à ses successeurs qui ont exploité le même procédé : comment le vide entre les oiseaux se métamorphose en poissons, comment entre les anges on voit apparaître des démons, qui se cachent si bien qu’à l’autre bout du tableau on ne voit plus qu’eux….Les tableaux d’Escher sont presque tous en noir et blanc, les autres plasticiens ont plus joué avec les couleurs. Exposition très séduisante.

 

Dimanche, au Lido di Metaponto

CARNET DU MEZZOGIORNO

Pour déjeuner, nous avions pensé au Lido di Métaponto. Nous nous serions attablées en bord de mer, j’aurais pu me baigner.

Le dimanche, il y a affluence, les parkings sont complets. Après avoir bien cherché une place nous arrivons sur une sorte de promenade où sont installés les restaurants correspondant aux installations balnéaires. Aujourd’hui, tous les parasols sont déployés, les lits occupés.

Il y a foule dans les restaurants populaires qui sont plutôt des self-services rustiques avec de grandes tables en bois peintes en bleu ou en brun et des bancs sous des auvents laqués. Il faut d’abord chercher le scontrino  au bar, payer et commander. Quand l’assiette est garnie, une jeune femme appelle le client avec un micro, il emporte son assiette en plastique . Pour les pizzas, pareil sauf qu’il faut apporter le scontrino au pizzaiolo et que c’est beaucoup plus long. Avec mon italien timide et hésitant, je me fais dépasser dans la queue par les culottés qui annoncent à voix haute, et de loin, leur commande. Problème : je ne sais pas du tout quoi commander. Pour une bouteille d’eau, je dois attendre que le serveur ait préparé 25 espressos, mis 25 touillettes, et compté 25 sachets de sucre. Ensuite il remplit à peu près autant de petits verres de limoncello, grappa et autres alcools. Avec ma p’tite bouteille j’avais l’air d’un con …Ici on commande en grand, on vient en famille, ou plutôt en tribu.

Sur l’ardoise, il y avait des lasagnes, quand vient mon tour, elles sont terminées. Il fallait les commander dès le matin. Il reste des pâtes aux fruits de mer (7€) servies avec moules et palourdes, mais sans couverts, les pâtes ressemblent à des grains de blé géants, sauce tomate. C’est infect.

Pendant que j’attendais les pâtes,  Dominique s’est fait chasser par un groupe d’une douzaine d’adultes, comprenant la grand-mère, et autant d’enfants installés sur la table voisine. Comme elle protestait, un homme lui dit qu’elle ferait mieux de retourner chez elle en France. Ambiance !

Au comptoir de la pizzeria, certains commandent 8 pizzas à la fois, le pizzaiolo les cuit 4 par 4 mais, pour une seule, il faut patienter ! Le spectacle est dans la salle. Les femmes font le service pour maris et enfants. Parfois, l’homme fait la queue au bar, la femme portera plus tard la commande mais les enfants ne bougent pas.  Leur maman apportera une barquette de frites chacun, une pizza chacun, et des beignets pour terminer. Ici, personne ne mourra de faim. On dévore !

Et pourtant ils ont l’air tous contents dans le bruit et les allers/venues. Pour se baigner,  il faut se frayer son chemin jusqu’à l’eau entre les glacières et les serviettes. Une dame lit, comment fait-elle dans ce vacarme? Dans l’eau, uniquement des enfants. Les parents les surveillent du bord. Ils ne risquent pas grand-chose, l’eau est très peu profonde. Il faut aller très loin au-delà des bouées pour avoir assez d’eau.

C’est une expérience à faire une fois, mais pas à renouveler ! vivre quelques heures au milieu de ces gens en famille et au naturel et basta !