C’est avec beaucoup d’émotion que nous retournons à Marcevol.
Je me souvenais du lac de Vinça où nous nous sommes baignées. J’avais oublié la présence majestueuse du Canigou qu’on a l’impression de toucher tant il est près. Il me semblait que nous étions au bout du monde. En effet, la petite route s’engage dans des gorges granitiques avec des rochers qui pointent vers le ciel, puis elle passe par des forêts de chênes bas et touffus. Sur le bas-côté poussent le thym et la lavande. Le prieuré n’est pas isolé comme je le croyais, il se trouve à proximité d’un village avec une jolie chapelle qui pointe au-dessus des toits des maisons. Le prieuré n’est donc pas isolé. Des champs d’herbes aromatiques, rangées de thym, de lavande alternent avec la plantation récente d’arbres fruitiers, pêchers ou amandiers, en cette saison on ne distingue pas sur ces jeunes plants. Ces plantations n’existaient pas il y a 38 ans ! Ni les chevaux qui paissent tranquillement dans un pré. En revanche nous arrivons à identifier l’emplacement du camping où nous avions nos tentes, la montée dans la nuit. L’église est ouverte : elle est sombre. Les photos seront loupées. Nous retrouvons nos souvenirs, ici en rond, il y avait des séances de méditation qui nous donnaient des fous-rires.
vieille porte
Le bloc construit regroupe l’église romane. L’appareil de la façade consiste en pierres soigneusement maçonnées, taillées en blocs réguliers, avec quelques cavités. Le porche en marbre rose de Conflent se détache sur la façade. Il est particulièrement soigné. Au-dessus la fenêtre centrale est aussi bordée de marbre rose tandis que deux ouvertures sont à peine visibles. Comme beaucoup d’églises dans la région le clocher est un mur-clocher avec quatre arcades, deux grandes et deux petites ; Le mur-clocher est bizarrement décalé par rapport à l’axe défini par le porche. C’est une reconstruction à la suite du séisme de 1428 qui endommagea aussi les bâtiments conventuels.
Marcevol : porche roman
Nous tournons autour des bâtiments pour voir les autres constructions, malheureusement c’est fermé ( normal puisque c’est un gîte).
Je m’intéresse – tardivement- à l’histoire du prieuré bâti au 12ème siècle par des chanoines de l’Ordre du Saint Sépulchre . Cet ordre fut fondé après la prise de Jérusalem en 1099 par les Croisés et était en charge de veiller sur le tombeau du Christ. Il fut dissous en 1484 par le Pape. En 1129, l’Evêque d’Elne leur fit donation de la Chapelle Nostra Sinyora de les Grades située non loin. En 1484, le prieuré passa sous l’égide des prêtres de Vinça. Les chanoines suivaient la Règle de Saint Augustin. A la Révolution il devient bien national. On dit que la mère d’un Pape serait enterrée au prieuré, morte en route vers Saint Jacques de Compostelle. Le prieuré reste un lieu de pèlerinage le 3 mai.
Depuis les années 70 le prieuré est un lieu hébergeant des groupes, classes vertes. La fondation qui le gère a aussi des actions d’agroécologie et d’agroforesterie, particulièrement autour des plantes à parfum. En effet une balade est annoncée sous forme d’affiches pour le 15 avril pour herboriser les plantes aromatiques. C’est aussi un but de promenade, plusieurs sentiers de randonnées arrivent au pied du prieuré.
Nous pique-niquons sur de gros blocs de granite face à l’église. Il fait très bon. On croit voir fondre les neiges du Canigou.
Dimanche, pas de soins à la cure thermale, nous avons donc une grande journée pour visiter la région ! En plus il fait un temps splendide.
Au lieu de suivre les conseils du GPS et du smartphone qui veulent absolument nous faire passer par l’A9 et la N116 à 4 voies, nous improvisons, à l’ancienne, avec la carte. La D615 qui passe juste derrière le gîte coupe vers Thuir en passant devant l’Ermitage de Saint Ferréol, Llauro et Fourques. Nous connaissons le trajet jusqu’à Llaurodans les chênes dans les montagnes des Aspres.
Et toujours : le Canigou!
En descendant dans la vallée, nous apercevons les éoliennes, elles ont dû drôlement tourner hier ! mais les gens d’ici ne les aiment pas : No pasaran ! Cela m’agace un peu, on ne pas être contre le nucléaire, contre les barrages contre les éoliennes chez soi (chez les autres elles sont très bien).
Terrats
Terrats: le clocher mur dépasse des toits des maisons. On cherche l’église et dépasse le village. La petite ruelle de l’église ne se parcourt qu’à pied tant elle est étroite et j’ai bien du mal à regarder la façade, tant le parvis est petit. Il doit y avoir un céramiste : les plaques de rues sont très colorées et les gouttières émaillées verts.
Tour bouteillée
La coopérative vinicole a de très curieuses cuves, monstrueuses : c’est une Tour Bouteillé qui vinifie la cuvée Terres plates cuvée haut de gamme selon le site du producteur.
On arrive vite à Thuir, où se trouvent les caves Byrr qu’on peut visiter, mais ce n’est pas au programme.
Castelnou
Castelnou
Castelnou est réputé un des « plus beaux villages de France ».
Au parking panoramique, avant l’entrée du village, nous avons le souffle coupé. Au sommet de la colline, un château médiéval avec un donjon, des murs d’enceinte. Les maisons de Castelnou sont blotties sous le château serrées. L’église est à l’écart en bas. Un peu plus loin sur une colline, une tour à signaux ronde. Et au loin, toujours le Canigou !
Malheureusement le château est fermé à la visite. Une fissure l’a rendu dangereux et le propriétaire – le Crédit Agricole – ne veut pas payer la restauration. La marchande de pralines regrette, « il faudrait que le conseil Général rachète le château. C’est quand même du patrimoine ». Je me promène avec grand plaisir dans les rues en pente. Aujourd’hui, jour de Pâques, les commerçants inaugurent la saison et ouvrent leurs boutiques. Une marchande m’offre une figue sèche.
Poterne de Castelou
A côté de la poterne un panneau raconte l’histoire de Castelnou :
990 le comte de Besalu fait construire le château
1003 les propriétaires se disent Vicomtes de Vallespir, en 1067 Vicomtes de Castelno
1255 : prise de Quéribus par les Croisés en lutte contre les Cathares. Quéribus devient forteresse du Roi de France
1314 Castelnou est assiégé. Le Roi d’Aragon fait construire la Porte de Millas.
1473 Castelnou sert de base aux révoltés roussillonnais, partisans du Roi d’Aragon.
1559 Pierrot de Llupia seigneur et brigand est arrêté ce qui entraîne la démolition du château.
1789 A la Révolution le château devient Bien National et propriété de la Commune.
Au19ème siècle, en raison d’impôts trop élevés la commune vend le château ;
1875, le Vicomte de Satges du Conflent, résident en Angleterre fait reconstruire le château qui est à nouveau vendu.
Un des bons côtés de la retraite, c’est de pouvoir voyager hors saison, profiter des fleurs avant que la canicule ne les ait desséchées, des plages avant les foules…..Nous serons donc loin tout le mois de juin, et le début de juillet : Athènes et 4 îles: Amorgos, Naxos, Milos, Sifnos.
Le blog ne sera pas en pause pour autant, seulement en pilotage automatique. Je lirai les commentaires sur le téléphone, sans y répondre (craignant les coquilles énormes de l’écriture sur le petit écran).
Un autre plaisir du voyage est de préparer par des lectures avant le départ, télécharger les lectures à la plage, et garnir la pile pour après.
Avant le départ :
Ces deux ouvrages racontent Athènes antique, avec Socrate, Périclès, pour personnages principaux
Entre 1870 et 1914, Constantinople et Athènes par l’auteur de Vacances dans le Caucase que j’avais adoré.
une histoire intemporelle sur une île….
Deux lectures d’Homère et plus spécialement de l’Odyssée: lecture enchantée !
pour lire sur place, dans la liseuse :
pour faire suite à la lecture de Theodoropoulos, puisque dans Le Va-nu-pieds des nuages a justement pour sujet la rédaction des Nuées par Aristophane.
malgré mon « allergie » à Tesson, je lui donne une nouvelle chance, Homère me passionne
je l’attends depuis longtemps, je l’ai téléchargé le jour de sa sortie en français, mais je le lirai dès le premier ferry (Athènes Amorgos : 8 heures)
elles m’accompagnent partout!
Et puis, bien sûr, tous les livres qui ne concernent pas la Grèce que j’ai téléchargé et pas encore lu. Je pourrais aussi relire Psychiko, ou la destruction du Parthénon si je suis vraiment en panne de lecture….mais, en vacances je préfère écrire et dessiner.
Au retour la Pal est encore grecque mais j’ai décidé de ne pas charger la valise de papier, nous aurons les valises sur les ferries et il faut qu’elles restent transportables.
puisque nous passerons une semaine à Milos! Je l’ai lu autrefois avec grand plaisir et je me fais une fête de le relire.
Citati parce qu’il m’enchante et peut être ces mythes seront-ils grecs?
Fermor méditatif et mystique(?) mais c’est Fermor et je suis fan
Koumandaras parce que les Grecs vivants m’intéressent autant que les antiques.
Trois auteurs que j’aime beaucoup, mais il faudra que je trouve des nouveautés qui m’aidera?
Maillol est né à Banyuls, sa maison rose est située en pleine ville. Je l’ai vue dans le circuit « sur les pas d’Aristide » mais elle ne se visite pas. Le sculpteur, en plus d’une propriété à Marly-le-roi possédait la petite métairie dans la vallée de la Roume à 4 km de Banyuls. Le trajet est très plaisant dans le vignoble. Les piétons arrivent en empruntant un chemin le long du ruisseau. La maison est nichée sous de la verdure. Une glycine commence à fleurir ; les iris violettes sont tout juste sortis. Une tonnelle cache la maison. Sur le côté : la tombe de Maillol avec une statue de bronze.
La maison de MaillolLa maison de Maillol
La visite est libre, sans parcours imposé. Ses dessins sont exposés dans la pénombre. Les vitrines contiennent de nombreuses sculptures de petit format. Bronzes et plâtres. De très belles photos de Maillol montrent le sculpteur au travail ou avec ses amis.
La tombe d’Aristide Maillol
Au niveau inférieur, projection d’une vidéo ancienne. Derrière des vitrines on a reconstitué la salle à manger de Marly-le-Roi et la cuisine de la métairie.
maillol : plâtre
Cette maison est très émouvante. Jolie visite. Pour prendre des notes, j’irai au Musée Maillol à Paris.
Maillol : baigneuse plâtre
Promenade dans le vignoble
Promenade dans le vignoble de Banyuls
Le vent souffle en tempête, la mer est presque blanche d’écume, hérissée de la crête des vagues. Les buissons s’agitent. Difficile d’ouvrir la portière de la voiture. Certaines bourrasques m’empêchent d’avancer. Au lieu de rentrer par le même chemin, nous continuons sur le mince ruban de goudron qui s’écroule un peu sur les bords. Impossible de se croiser, heureusement personne ne vient ! je descends à pied. Une des plus belles balades des vacances !
Le circuit « pèlerinage à Saint Ferréol » commence juste derrière le gîte au parking du Pont du Diable . Juste après le pont sous l’ancienne voie ferrée, je trouve le Chemin de Vivès qui est un tronçon de la Voie Verte reliant le Boulou à Céret, mais je le quitte rapidement pour monter dans la colline. Les cerisiers sont curieusement taillés en espalier ou plutôt en tonnelles gracieuses, fleuries, derrière lesquelles je vois les Albères où nous étions hier. Plus haut il y a des vignes. Le sentier cimenté est envahi par le ruisseau, j’essaie de marcher sur le côté pour ne pas mouiller mes pieds dès le début de la promenade. Le sentier est bien décrit dans le petit guide acheté à l’Office du Tourisme, bien balisé. Le sentier grimpe raide dans les chênes verts. La croix de fer est la première étape. Continuant dans les bois, nouveau ruisseau dans le chemin, j’arrive alors à une fontaine, fermée. Un écriteau demande « ne gaspillez pas l’eau ».
Ne gaspillez pas l’eau!
La chapelle Saint Ferréol, vue de la route D615, m’avait beaucoup plu. Je m’étais promise d’y retourner la dessiner. Mais en arrivant de la colline, elle est moins photogénique. Surtout il y a une famille bruyante. Monsieur coupe des pissenlits nouveaux, la petite fille mange des mandarines, et les deux dames parlent bien fort. La chapelle est 13ème siècle, après une épidémie de peste en 1654, les habitants firent de Saint Ferréol leur saint patron. Au 18ème siècle des bâtiments furent construits. Comme la chapelle est fermée, je n’ai pas vu l’inscription en Catalan de l’ermite « Laurens Cros fils d’ille » qui fut 44 ans esclave à Constantinople, qui devint ermite jusqu’à la fin de sa vie. Ce genre d’anecdote fait vivre un lieu et m’enchante.
mimosas
Le retour se fait par l’autre versant. Sur la D615, je retrouve la vision de la chapelle que j’avais envie de dessiner. Après avoir traversé la route le sentier monte sur une autre colline, il me semble qu’on tourne le dos à Céret. Un sentier se transforme en piste sableuse, qui dessert plusieurs propriétés cachées dans les bois. En descendant le sentier passe par des bois de mimosas. Il fait beau et chaud et ils embaument. C’est vraiment une très belle promenade. 2h30 pour 2h annoncées, une impression d’aventure, bien balisée !
Le temps change vite en montagne. Nous avions tout préparé pour un déjeuner dans le jardin. Une averse nous a fait rentrer.
Une voie verte, cycliste et piéton, relie Argélès à Arles- sur-Tech, empruntant l’ancienne voie de chemin de fer entre Reynès et Amélie-les-bains. Par un soleil splendide et une température printanière (enfin !). J’ai franchi le Tech sur le pont métallique et marché sur le ruban de ciment avec pour seules rencontres quelques cyclistes, une marathonienne et son entraîneuse (à vélo). 6 km environ très facile et très agréable traversant plusieurs fois le Tech. A l’arrivée d’Amélie-les-Bainsle parcours retrouve les rues de la ville. Je termine sous les platanes de la promenade du Mondonysous l’hôpital militaire abandonné.
Déjeuner sur la table dans le jardin du gite.
Au dessus d’Amélie
Fontfrède
on monte au dessus de Céret
En montant la Rue des Evadés un panneau routier indique la direction de Fontfrède, 11km (en vrai 14). La route grimpe, très tortueuse, bordée parfois d’un petit parapet de granite. Les vues panoramiques sont somptueuses, sur la montagne et sur la mer. Nous roulons dans les chênes verts, des bruyères arbustives, très hautes, qui fleurissent blanc. Quand on s’élève dans la montagne, on arrive dans une forêt hivernale de châtaigniers. Ces derniers sont très touffus, des rejets très hauts et peu de gros arbres. Ils semblent en bien mauvais état, l’écorce se décolle par plaque sur les troncs et de nombreuses branches se dressent blanchies et desséchées. Que leur est-il arrivé ? Peut être quand le printemps avancera ceux qui reverdiront donneront une impression moins pénible. C’est une forêt privée du Mas costello. La route est très étroite et pleine de nids de poules (les souvenirs d’Albanie reviennent).
Ver! Fonfrède presque une piste!
Nous passons un col à 860m avec une intersection : la route vers Maureillas. La route est encore plus étroite et passe dans la très haute futaie. Enfin : la Fontaine de Fontfrède (1021m) avec un parking d’où partent des randonnées, celle des Trabucayres les contrebandiers et les bandits armés de tromblons. La stèle des Evadés rappelle les souvenirs de la Seconde guerre mondiale quand les juifs voulaient passer en Espagne.
Le sommet est tout proche, (1093 m), un sentier mène à un col à 900m je grimpe, mais les première gouttes me font descendre. Ce n’est pas de la pluie, de la neige ou de la grêle. Les hêtres et les pins succèdent aux châtaigniers.
Nous rentrons par Maureillas, le parcours est interminable. La route remonte, dessert de très gros mas qui semblent perdus dans la montagne. Comme la pluie a cessé je marche sur la route dans la forêt de châtaigniers. La route D13F a le même numéro depuis Céret mais elle fait un circuit vers la frontière, on se dirige vers le sud ou vers l’Est alors que Céret est au Nord-Ouest.
Quand nous rentrons au gîte, le soleil est revenu et j’installe l’ordinateur sur la table de jardin.
Exposition temporaire au Musée d’Orsay jusqu’au 7 juillet 2018
jeune paysanne de Johann Walter
Je n’aurais pas manqué l’occasion de flâner encore à Tallinn, Riga, Vilnius ou Kaunas. histoire de raviver des souvenirs de notre voyage. Nous avions vu de beaux musées à Tallinn, Kaunas et Vilnius et j’avais adoré la maison de Curlionis
Curlionis
L’exposition du Musée d’Orsay a choisi de présenter par thèmes sans séparer les peintres de chacun des pays baltes et sans souci de chronologie(certains tableaux datent de 1930 et son présentés avant d’autres des années 1910). Les trois thèmes abordés sont : 1 Mythes et Légendes , 2. l’Âme, 3. la nature.
Mythe et Légendes s’ouvre sur des légendes estoniennes, Le Sacrifice de Kristjan Raud illustre une légende ancienne païenne selon laquelle les larmes de trois veuves venues prier font jaillir une source.
Kallis : Linda portant un rocher ; Kalevipoeg
La légende estonienne de Kalevipoeg a inspiré Raud, Triik, ou Tuul : on voit des héros musclés ou au contraires décharnés très symbolistes. Ce n’est pas la peinture que je préfère, déjà les Symbolistes autour de Maurice Denis ne m’inspirent pas tellement. Dans la Bataille de Triik je crois reconnaître des vikings et un drakkar dans le tableau voisin, Lennuk, de Triik.
Lennuk de Triik
Je retrouve avec plaisir Curlionis dans une atmosphère fantastique, trois tableaux avec un enfant, un oiseau, une montagne et une reine suggèrent d’inventer un conte.
Curlionis : Princesse, oiseau
2.L’Âme
Konrad Mägi : Méditation
De nombreux portraits sont exposés, je n’aime pas du tout ceux qui sont torturés, décharnés, sombres et assez sinistres.
Rozentals : Princesse avec un singe
D’autres sont très colorés. j’ai beaucoup aimé la Méditation de Konrad Mägi, la Princesse au singe de Rozentals et la Jeune Paysanne de Johann Walter
3. la nature
Paysage norvégien
C’est la salle qui m’a vraiment plu. Nature ensoleillée des paysages norvégiens de Triik et Mägi ou les forêts, la neige et les reflets sur l’eau de Purvitis
Purvitis
Encore une fois Curlionis est mon préféré avec son cycle de la Création en 13 tableaux, Création différente de la Genèse, incluant une certaine idée de cosmologie, big bang ?,
avec l’apparition de la lumière vers le 4ème tableau, passant du bleu sombre vers le blanc et le rose quand apparaît la vie(de beaux coquelicots rouge) puis on imagine le déclin du soleil avec des teintes orangées. Aimé aussi ses vagues dont un tableau ressemble à celui d’Hokusai.
cathédrale d’ElneEntre Perpignan et Argelès, la ville historique fortifiée d’Elne est perchée sur un rocher qui domine la plaine.
Illibéris, au 4ème siècle prit le nom de Castrum Helenae, en l’honneur d’Hélène et Constantin. Difficile d’imaginer que cette toute petite ville était, depuis 568, le siège de l’évêché qui ne fut transféré à Perpignan qu’en 1602. A partir du 14ème siècle, son importance décline au profit de Perpignan. La ville fortifiée fut assiégée quatre fois : 1285 par Philippe le hardi, 1344 par Pierre d’Aragon, 1474 par Louis XI et en 1641 sous Louis XIII.
Sa cathédrale fut consacrée en 1069. Encadrant sa grande façade romanes deux tours carrées symétriques étaient prévue, on ne construisit alors que la tour carrée de pierre, la tour de brique plus tard.
Nous entrons dans la ville close en passant sous un grand porche.
Cathédrale Sainte Julie et Sainte Eulalie, le jeudi Saint
Préparatifs pour la procession
Des femmes aux cheveux blancs mais d’allure jeune, et le curé, préparent la procession qui aura lieu ce soir, jeudi saint. Elles ornent le brancard de la Vierge vêtue de noir, robe noire, mantille noire, couronne dorée portant des lunes et des étoiles. Du lierre et des lys sont prévus. A l’arrière une croix avec les instruments de la Passion.
La cathédrale est vaste, la nef est haute, les arcs sont romans sauf l’entrée qui est gothique. De beaux chapiteaux sont perchés trop haut pour que je les détaille. Les tableaux viennent de l’atelier des Guerra : Antoni le « major »1634-1705, Antoni le « menor »1666-1721, Francesco 1681-1729. Ils ne sont pas mis en valeur dans la pénombre et aucun cartel ne les distingue. Dans la chapelle de la Passion se trouve un beau retable, sur un des panneaux, Sainte Marthe dompte la Tarrasque. Le retable de la chapelle saint Michel est également très beau avec plusieurs panneaux amusant comme celui d’une femme sauvée de la marée.
A l’arrière de l’église, à l’extérieur un curieux mur d’enceinte en pierres soigneusement taillées, avec des avancées et des creux.
Le cloître
Le cloître d’Elne
Le cloître est intact, tout au moins dans son niveau inférieur. Il y avait une galerie mais elle a été vendue en 1959 pour orner le château de Villevêque en Anjou dans l’entrée du petit musée archéologique des photos des chapiteaux de la galerie montrent les douze mois de l’année.
On visite le cloître avec un plan et des indications des scènes représentées. La galerie sud est 12ème, Ouest et nord 13ème, Est 14ème. Chapiteaux des colonnes et des piliers sont historiés. Je cherche la Genèse, la scène du Quo Vadis, le martyre de Julie et Eulalie, 13ans arrêtées par les Romains, des scènes de chevalerie. Certaines scènes se répètent sur chaque côté, entre les scènes, des animaux, des plantes…. J’aime bien ces recherches qui ressemblent à un jeu. Et en plus, ils sont très beaux.
Elne : scène de la légende de Sainte Eulalie
Musée archéologique
Dans une sorte de crypte, un peu décevant sauf les très belles céramiques mudejar, aussi belles qu’à Perpignan.
Musée Terrus
Fermé malheureusement ; je regrette de ne pas avoir consacré plus d’attention à ce peintre à Perpignan.
Saint Cyprien
la plage de Saint Cyprien
C’est la plage la plus proche d’Elne. On a décoré les ronds-points avec des jets d’eau. Mais le front de mer n’est pas bien beau. Mais la plage est merveilleuse, 6 km de sable fin. Plus fin qu’à Argelès. Comme hier, je me déchausse et marche les pieds dans l’eau.
Au retour on passe devant une pièce d’eau. Les hérons se rassemblent sur une île. Il y a un golf qui détonne parce que les immeubles ressemblent plutôt à des cages à lapins, pas
Matin nuageux, occasion pour retourner au Musée de Céretpour les collections permanentes que j’ai négligées. Dominique me monte en haut de Céret vers 9h30. Trop tôt pour le Musée. Je monte vers Fonfrède sur la route qui domine du village. De jolies maisons entourées de cerisiers surplombent le village. Les voilà les cerises de Céret !
Céret : fontaine des neuf jets
Je fais une pause pour admirer le panorama : au premier plan, des cerisiers au plus beau de leur floraison, se détachant sur une herbe vert vif. Sur un épaulement à droite, une grande bâtisse est accompagnée de trois cyprès élancés. D’autres cyprès se détachent sur la pente. Dans le creux, se blottissent les maisons de Céret. Le centre du village est couronné de la ramure des hauts platanes, au centre on distingue l’église. A l’arrière de Céret tout un amas de toits rouges neufs des quartiers périphériques qui colonisent la vallée du Tech. A l’horizon les lignes de crêtes des Corbières. Les flancs des collines sont boisés de chênes, les mimosas font des taches jaune vif.
En descendant, au-dessus d’une fontaine, à la fourche de deux routes qui montent, un panneau avec la reproduction d’un tableau de Braque signale l’atelier de Picasso et de Braque dans une bâtisse de 3 étages aux grands volets bleuissant, dont la peinture délavée doit dater du séjour des deux artistes. La porte est encadrée par deux colonnes.
J’arrive sur une place biscornue, polygonale, bordée de restaurants et ombragée de trois vieux platanes entourés de bancs de pierre, il y en a d’autres plus jeunes. Au centre, une fontaine octogonale de marbre blanc : la fontaine des neuf jets fut construite en 1333 sous le règne du roi de Majorque Sanç I, cette fontaine fut le symbole de ce territoire marqué par les révoltes ; Ferdinand d’Aragon la fit coiffer du lion de Castille. Après l’annexion par la France on a écrit « Venite Ceretens, leo factus gallus » (le lion s’est fait coq). Sur cette place furent étudiés les termes du Traité des Pyrénées.
Une ruelle d’à peine 1 m de large conduit à la place de l’église de forme encore plus bizarre l’arrondi est souligné par deux rangs de bancs de briques. Trois oliviers remplissent le coin. L’extérieur de l’église est très sobre, sauf un porche majestueux en marbre de Céret. En revanche le toit semble soutenu par des contreforts couverts de tuiles sur le dessus.
Musée d’Art Moderne de Céret
Herbin : les ponts de Céret
Les collections permanentes occupent une partie du rez de chaussée. Quand j’arrive une conférencière raconte la vie de Soutine à Paris avec Modigliani de façon très précaire. C’est une visite guidée « privée » quand je demande la permission d’écouter on me renvoie à la billetterie acheter un autre ticket (3.5€).
Soutine (musée de l’Orangerie)
Chaïm Soutine arrive donc à Céret après avoir rencontré le marchand de tableau Zborowski qui lui alloue 5 F par jour. Il y restera 3 ans et peindra 200 tableaux. Mais il s’intègre mal à Céret, les habitants parle de lui comme du peintre « sale » (il se promenait en bleu de travail taché de peinture). Sa peinture expressionniste, colorée présente des distorsions. Ses paysages sont déformés, brisés, les maisons sont penchées. Cette déstructuration témoignerait de l’expression de la colère de Soutine. Il rentre à Paris en 1923, Barnes lui achète toutes ses œuvres qu’il rachètera par la suite pour les détruire.
KremegneKremegne
Pinkus Kremegne était un ami de Soutine, originaire comme lui de Vilnius, comme Soutine envoyé à Céret sur le conseil d’un marchand de tableaux, peintre expressionniste. Il peint des paysages colorés. Héritier de Van Gogh pour le liseré noir et de Cézanne pour la composition en trois parties. Contrairement à Soutine, Kremegne s’est bien intégré àCéret, il y a installé son atelier et y est mort. Il a également peint des aquarelles joyeuses et colorées.
Herbin : la porteuse de linge
Auguste Herbin a une facture cubiste mais ses tableaux restent très figuratifs. La conférencière nous montre le Paysagede Céret. Le paysage est très géométrique mais tout à fait reconnaissable. On reconnait les arches du pont sur le Tech. Au-delà du pont on voit bien le Canigou. Mais la montagne subit des changements de couleur, comme il se produit dans la journée, blanc, rose et bleu selon l’heure.On identifie aussi très bien les arbres dans le tableau des trois arbres.
Le troisième tableau de l’artiste est plus énigmatique surtout quand on na pas lu le titre. On imagine une silhouette, mais ce pourrait être aussi une machine avec des engrenages. Herbin affectionne particulièrement les cercles dans ses constructions géométriques. La conférencière nous aide en montrant l’arrondi d’une épaule, un bras, une main (l’avant-bras a disparu). C’est donc une femme : La porteuse de linge catalane, on devine maintenant le linge, les chemises sont même disposées verticalement le long de sa jupe, les cols se voient bien. Le pointillé rappelle le liège, produit dans la région. La culture inspire le peintre comme nombreux artistes de Céret.
Herbin aspirait à un art total. Il avait inventé un alphabet plastique, attribuant à chaque lettre une couleur. Certains tableaux pouvaient être joués en musique. Cela me rappelle le livre Alham de Marc Trévedic que j’ai lu récemment.
Manolo
Manolo est arrivé en 1910 à 38 ans. Alors, le maitre de la sculpture était Rodin. Manolo et Maillol vont simplifier les formes, les épurer et s’inspirer de la culture locale : le Toréador (sur la place près des Arènes), un modèle réduit se trouve dans la vitrine avec des paysannes catalanes, avec leur fichu et leur châle traditionnel.
Edouard Pignon : la remmailleuse de filets
Dufy est arrivé en 1941 à Perpignan il était venu dans la région pour soigner son arthrose. Ayant du mal à se déplacer, il a peint des intérieurs et des vues d’atelier. C’est amusant pour moi de retrouver son atelier de Perpignan dont j’avais vu des représentations au Musée Hyacinthe Rigaud, et placé sur un chevalet la toile du cargo noir, vue elle aussi au Musée Rigaud. Parfaite synthèse de ces deux visites.
Comme Dufy, Chagall est inclassable. Il est venu à Céret entre 1927 et 1929. Il y a peint les illustrations des fables de La Fontaine commandées par Ambroise Vollard. Deux tableaux sont accrochés : La Guerre 1943 et les Gens du voyage 1968.
Chagall : la Guerre
Dans la Guerre l’atmosphère est oppressante, on a l’impression que la Guerre a tout chamboulé, la moitié des maisons du village russe (Vitebsk ?) sont la tête en bas, ou plutôt le toit en bas. Un homme git les bras en croix. Que transportent les charrettes ? Une femme à la chevelure rouge s’élève, on pense qu’elle est morte, triste assomption. Dans un coin, Chagall s’est représenté en juif errant avec son baluchon de fuyard.
Chagall : les gens du voyage
Les gens du voyage traduisent au contraire un moment joyeux. Marc Chagall et Valentine se marient. Une troupe de Tsigane font un spectacle de jongleur, d’équilibriste. Les spectateurs du cirque sont représentés sur des gradins clairs. Dans un coin un orchestre fait de la musique. On reconnait un violon. Oiseaux et poisson sont de grande taille. Dans le ventre du poisson bleu qui survole la scène est allongé le couple de mariés. Trois bouquets de fleurs, trois lunes, des chevaux….Une femme a deux visages, il s’agit de Bela, la première épouse de Chagall décédée.
Dans la même salle, la conférencière n’a pas le temps de commenter les deux tableaux de Catalanes d’Edouard Pignon qui a séjourné à Collioure : la remailleuse de filet attend son mari, pêcheur d’anchois, l’autre catalane est une paysanne.
Picasso coupelle de tauromachie
« Le chef d’œuvre du Musée » selon la guide est la collection des coupelles de tauromachie de Picasso qui revient à Céret en 1953 et peint une série de 30 coupelles en 6 jours seulement. Comme il lui est impossible de retourner dans l’Espagne franquiste, il va dans le midi assister à des corridas. Les 29 coupelles (une a disparu) sont présentées par ordre chronologiques. Elles sont peintes avec des argiles blanche, brunes, noire. Le jaune arrive ensuite. Le soleil se mue en œil….
J’ai vraiment eu une chance folle de rencontrer cette conférencière. Sans son analyse j’aurais beaucoup perdu. Comme j’aimerais être capable de rester un long moment devant un tableau et d’en analyser les éléments !
Temps gris et doux, les nuages ne nous empêchent pas de déjeuner sur la table dehors. Sardines grillées et pommes de terre.
« Depuis toujours, on racontait d’étranges histoires sur la région des montagnes du Nord ; histoires à l’image du caractère singulier et frondeur de ses habitants, selon l’opinion répandue dans le reste de l’Albanie. Ainsi cette querelle qui avait éclaté au début de la Grande Guerre entre les Autrichiens et les montagnards, lorsque l’armée autrichienne occupait le nord du pays. les premiers voulaient transformer en voie rapide l’ancienne route des caravanes qui traversait les montagnes, les seconds s’y opposaient. Dans le Kanun, le code ancestral des montagnes, il était écrit : « la route a des mesures précises : une hampe et demie. Elle doit être suffisamment large pour qu’un cheval lourdement chargé ou une charrette à bœufs puisse y circuler…. »
Le ton est donné,rappelant Kadaré. Je pensais que le Kanun régissait le code d’honneur et les vendettas, je ne savais pas qu’il s’appliquait aussi aux détails des travaux publics.
Puis le roman se poursuit comme un polar. Une voiture tombe dans une embuscade. Des bergers trouvent ses occupants morts. On imagine que l’enquête cherchera les coupables, les motifs, peut être les commanditaires….
L’histoire se poursuit à Tirana « modeste bourgade où l’on vendait autrefois du miel et du fromage de chèvre » devenue capitale d’un état Albanais encore balbutiant après la Grande Guerre. Les victimes sont deux Américains, le meurtre a des retentissements diplomatiques.
« …ce qui était arrivé était aux antipodes de l’esprit du Kanun. En Albanie, refuser l’hospitalité à un étranger était considéré comme la plus grande ignominie qui soit. Et pour les habitants des montagnes, l’hôte n’était pas seulement intouchable ; l’hôte, pour eux était sacré »
Journalistes, diplomates, habitués des cafés se passionnent pour ce qui est devenu une affaire d’Etat. Le roman policier cède le pas à un roman historique se déroulant pendant « une période difficile de la jeune démocratie albanaise« , la crise dans cet état balkanique après que le premier ministre ait essuyé un attentat en avril 1924. Différentes factions se disputent le pouvoir : le Premier ministre, Fuad Herri, s’appuie sur les montagnards et la tradition, l’évêque Dorothéus revient d’émigration en Amérique et veut moderniser les mœurs politiques, les beys, enfin, ne veulent pas céder le pouvoir qu’ils détiennent depuis l’Empire Ottoman. Les puissances étrangères ne restent pas inactives : Américains et Britanniques convoitent le pétrole albanais. Serbes, Monténégrins et Grecs, verraient d’un bon oeil des rectifications de frontière à leur profit. Mussolini étendrait volontiers sa sphère d’influence à l’Albanie. Certains Albanais voit dans le fascisme un recours providentiel. Après des siècles de domination de la Sublime Porte les règles de la démocratie occidentales fonctionnent très imparfaitement, d’autant plus que la corruption est de rigueur. Les dessous-de table sont courants aussi bien dans la construction que dans l’obtention des concessions pétrolières.
« rafle tout ce que tu peux aujourd’hui, demain est dans les mains d’Allah ».
Le récit de la crise politique est loin d’être ennuyeux. Au contraire, le ton est tantôt burlesque tantôt ironique. J’ai beaucoup souri en lisant, et parfois ri à haute voix.
« la sagesse populaire sait que les beys intelligents et les chevaux verts, cela n’existe pas »
L’énigme finit pas se résoudre (mais je ne vous raconterai pas comment). On peut aussi voir une parabole pour les « ingérences humanitaires », alors, la Société des Nations, aujourd’hui certaines ONG.
Ce roman basé sur un fait historique, est cependant une fiction, les noms ont été changés et l’auteur a pris des libertés littéraire.