Le temps est meilleur que ne l’avait prévu la météo.
S’il avait plu je serais retournée au Musée de Céret ; comme il fait beau j’improvise une promenade le long du Tech. J’avais envie de photographier le Pont du Diable d’en bas. Raté, le pont ne se détache pas sur le Canigou comme je le croyais mais sur les deux autres ponts, routiers et chemin de fer, cela fait désordre. Le Chemin du Moulin le long du Tech n’est pas très joli. La rivière est loin et poussent toutes sortes de plantes à allure ingrate. Ce n’est qu’à la fin que je trouve les fameux vergers de cerisiers de Céret, ils sont encore fleuris, des poiriers et un cognassier commencent la floraison. Le chemin oblique vers la pente et devient une route qui rejoint la ville. Céret est vraiment très étendu. J’arrive au Rond Point du Toréador, statue de toréador de Manolo, et proximité des Arènes.
Les cerisiers de Céret
A midi, il fait vraiment très beau très chaud, nous mangeons dehors en T-shirt !
A la plage !
La plage d’Argelès
La plus proche: Argelès. La petite ville d’Argelès est à l’écart de la station balnéaire avec une belle église et des rues anciennes. L’humeur n’est pas à la visite, nous fonçons à la plage. Immense, sur des kilomètres ! La mer est loin. J’ai mis un panta-court, je roule les jambes pour pouvoir marcher dans l’eau. J’arrive à la dune sauvage. Vers 15 heures la digue s’est remplie, les restaurateurs et les cafetiers préparent leurs terrasses pour le week-end pascal dans quelques jours ? Coup de marteaux, pelleteuse sur la plage….
Dans le vignoble de Banyuls
On voit la Tour de la Massane sur son sommet. Le GPS nous oriente vers Collioure, juste avant Port Vendre, une petite route s’élève dans les vignes de Banyuls. Nous nous arrêtons à plusieurs reprises pour photographier les terrasses soignées, et les ceps bien taillés. La petite route tortille, elle arrive à un point de vue sur la Plage d’Argelès, puis une table d’orientation. On entre dans un bois de chênes-liège de taille impressionnante. A chaque tournant partent des sentiers de randonnée. C’est dommage qu’il soit déjà 16h30, trop tard pour en faire un petit bout !
Argelès vue du vignobleArgelès vue du vignoble
Les points de vue sur Collioure, le Fort Saint Elme ou le port de Port Vendre sont spectaculaires.
Quand on rentre les nuages sont accrochés aux montagnes. Dans les Corbières, il pleut. Sur les Albères, gris mais pas de pluie.
Exposition temporaire jusqu’au 5 Août 2018 à l’Institut du Monde Arabe
l’Inauguration du Canal de Suez
On entre dans l’exposition au son des trompettes d’Aïda, opéra écrit par Verdi pour l’occasion de l’inauguration du Canal de Suez sur un livret de Mariette, le célèbre égyptologue. Puis, on est convié à la grande réception de l’inauguration du canal de Suez le 17 novembre 1869, parmi les milliers d’invités. au centre une maquette des installations et des bateaux, aux murs photographies anciennes d’Arnoux et Zangaki aquarelles de Théodore Frère et des tableaux, projection sur trois écrans de la novembre cérémonie du commentée par Frédéric Mitterrand, en mode Zitrone, Ce qui m’a étonnée, c’est la cérémonie religieuse commune aux chrétiens réunis sous un pavillon tandis que les imams étaient en face sous un autre pavillon. Œcuménisme, du 19ème siècle? Étonnante absence aussi de Victoria qui a boudé cette réalisation franco-égyptienne ainsi que le Sultan Ottoman alors qu’Ismaïl Pacha avait donné la place d’honneur à l’Impératrice Eugénie.
Sésostris III
Les origines du Canal racontent qu’un canal fut creusé dès l’Antiquité par Sésostris III vers 1850 av. J.C. entre le Nil et la Mer Rouge.
Des barques portant le chargement de 300 ânes pouvaient y circuler. En 519 av. J.C. Darius le restaura, ainsi que Ptolémée II, Trajan et en 643 ‘Amr al-‘As, commandeur des croyants. Il fut ensuite volontairement abandonné. Une stèle cunéiforme en granite rose au nom de Darius fut trouvée pendant les travaux de creusement par Mariette et atteste de ce canal antique.
En 1504, les Vénitiens présentèrent au mamelouk un projet de creusement d’un nouveau canal, sans suite.
L’expédition de Bonaparte et l’Inventaire de l’Egypte par les savants qui l’accompagnaient, l’avènement de Mehemet Ali qui a modernisé l’Egypte réactualisent l’idée du percement d’un nouveau canal.
Les Saint Simoniens etProsper l’Enfantin
En 1846 les Saint Simoniensfondent la Société d’Etudes du Canal de Suez. Ferdinand de Lesseps obtint de Saïd Pacha laconcession en 1855 et le chantier débuta en 1859.
la construction du Canal de Suez
La construction du Canal eut d’abord recours à la Corvée : le khédive mit disposition 25000 fellahs qui ne disposaient que d’outils rudimentaires et qui mourraient par milliers. Des photos et un film égyptien montrent les conditions déplorables des hommes qui moururent par dizaines de milliers. Les britanniques dénoncèrent cet esclavagisme et Napoléon III obtient en 1864 l’abolition de la Corvée. En plus du creusement il fallait draguer le canal pour éviter l’ensablement : une maquette de dragueuse à godet est sous une vitrine tandis que des vidéos montrent son fonctionnement.
Dragueuse à godet
Bartholdi qui avait accompagné Gérôme en Egypte, à la suite de sa rencontre avec Ferdinand de Lesseps, inspiré par les statues antiques géantes eut l’idée du projet d’un énorme phare à l’entrée du Canal à Suez portant une paysanne égyptienne brandissant une torche, l’Occident éclairant l’Orient. Cette réalisation ne se fit pas mais inspira la statue de la Liberté réalisée en 1896
projet pour la statue de Bartholdi
Trois villes furent crées ex nihilo : Port Saïd, Ismaïlia et Port Tawfik (Suez). Un grand plan relief de plusieurs mètres de long est dans une vitrine comme la maquette de Port Saïd. Ces villes étaient très cosmopolites peuplées aussi d’Italiens, et de Grecs. Dans les années 1930, des expérimentations architecturales Art Déco sont illustrées par les très belles photos d’Arnoud de Boistesselin
Architecture Art Déco : photo BoistesselinArchitecture Art Déco
Des tableaux montrent le développement du trafic à travers le canal. Deux années-record : 1966 avec 21.250 t dont 75% de pétrole et plus tard 2008, 21.415 t. Entre temps, les conflits régionaux et mondiaux eurent leurs influences sur le trafic. En 1882, l’armée britannique réprime une révolte de l’armée égyptienne, occupe tout le pays et prend sa part dans l’exploitation du Canal.
En 1888, le canal est déclaré neutre et international. Il est , de fait, contrôle par l’armée britannique .
La nationalisation par Nasser
Le discours de Nasser
Le 26 Juillet 1956, Nasser annonce la nationalisation du Canal. Cet événement capital est mis en scène dans l’exposition : un écran double montre d’un côté Nasser et la foule en délire, de l’autre côté de l’écran, sans le son, mais avec les sous-titres, est projeté le film égyptien Nasser56 qui montre les égyptiens partant contrôler le Canal.
La suite de la nationalisation est l‘Expédition militaire Anglo-franco-israélienne d’Octobre/Novembre 1956
1956
Le Pacte secret de Sèvre est affiché au mur. amusant de constater que Britanniques et Français n’ont pas conservé leurs exemplaires du protocole, il ne reste que l’israélien.
la suite de l’exposition détaille les guerres israélo-égyptiennes des Six jourset de Kippour avec des cartes et des témoignages de vidéos : interviews et films égyptiens : dans les « petits rêves » on voit la démission de Nasser à la suite de la Guerre des 6 jours et les manifestations de soutien au Rais de la population.
Le canal du Futur
le 5/8/2014, le Président Egyptien Al-Sissi annonce le creusement d’un deuxième canal. Une nouvelle capitale administrative construite dans le désert entre le Caire et Suez est prévue pour 2019. Je suis très étonnée d’avoir manqué une telle information.
La visite se termine par un film tourné à bord d’un prote-container commenté par Michel Serres qui parle de la Garonne et aussi des nouvelles voies de navigations par les pôles dégagés par le réchauffement climatique…..
C’est encore une exposition passionnante, même si la fin qui raconte l’histoire est présentée de manière un peu aride.
Le bus à 1€ est devenu presque une routine. Je l’attends place du 19 mars, 9h10, mais j’arrive un bon quart d’heure en avance. J’ai pris un livre pour la route et l’attente. Je connais le chemin d’autant plus que le paysage n’a rien de passionnant. Le bus passe devant les hangars des zones commerciales, au moins trois Intermarché et deux Leclerc, des Gifi à la pelle….et je vois des terrassements pour agrandir les zones commerciales ou en créer de nouvelles. Plus de vignes ni de pêchers, rien que des hangars et des chantiers ; Quelle désolation !
Dali en lévitation place de Catalogne
Maintenant, je connais le chemin, Avenue Charles de Gaulle aves ses hautes colonnes des palmiers, ses petits immeubles avec les balcons en ferronnerie, ou Art Nouveau…Place de Catalogne, je n’avais pas vu Dali en lévitation regardant dans la direction de la Gare : le Centre du Monde ! J’arrive très vite au Centre historique et au Musée. Il faisait beaucoup plus beau la semaine dernière et Perpignan était plus riante. Mon but, le Musée Hyacinthe Rigaud, n’ouvre qu’à 11heures.
Notre Dame des Anges
Notre Dame des Anges
Au hasard, je découvre la chapelle Notre Dame des Anges et le Couvent des Cordeliers (ou ce qu’il en reste). La chapelle était la salle capitulaire du couvent franciscain a été transformée en chapelle de l’hôpital militaire(19ème siècle) dont il reste les bâtiments. Autour de la chapelle, un musée lapidaire de plein air réunit chapiteaux, arcs, et pierres, plus loin des enfeux disposés en équerre délimitent un cimetière comme le campo sancto près de Saint Jean Baptiste. S’il n’y a que peu à voir, les histoires, mythes et légendes abondent.
Saint François d’Assise en pèlerinage à Compostelle aurait fait étape à Perpignan, un riche marchand drapier enflammé par le prédicateur aurait offert des terrains pour construire le monastère ; au cours d’un autre voyage, le poverello aurait rencontré à Perpignan Saint Dominique prêchant contre les albigeois, un tableau à Collioure attesterait cette rencontre.
Blason avec deux perroquets
Un autre détail m’a amusée : un blason avec deux perroquets affrontés ; blason qu’on retrouve aussi à Mallorca sur le tombeau de Berenger Battle, évêque des îles, décédé en 1349. Le nom commun battle désignant un agent seigneurial est devenu ensuite patronyme.
Musée Hyacinthe Rigaud
Musée Hyacinthe Rigaud
Installé dans deux hôtels particuliers du 17ème siècle : Hôtel de Mailly et Hôtel de Lazerme. Le cadre est agréable et l’ensemble vaste.
Un audioguide est offert gratuitement : une tablette et un casque. La tablette dispose d’un système géolocalisé. Un discret bip prévient qu’un commentaire est disponible quand on passe devant un tableau commenté. Les explications sont claires, parfois illustrées , la tablette protégée par un cadre caoutchouc. On peut aussi lire des panneaux très bien faits. Je suis restée deux heures et demie sans m’ennuyer un moment. Au bout de deux heures, j’ai commencé à sentir la fatigue et la faim. La dame de l’accueil m’a permis de sortir manger un sandwich et de revenir. Le musée est très riche ; Il faut prévoir une bonne demi-journée.
PERPIGNAN GOTHIQUE
La Vierge de la Rue de l’Ange – sculpture de bois polychrome portant un enfant et dans la main gauche une rose qui a disparu. Elle est arrivée dans le Musée après la démolition des remparts.
retable de la Loge de la Mer
Correspond à l’âge d’or de Perpignan avec le royaume de Mallorque (1276-1344) mais aussi du temps de la domination d’Aragon. Cette prospérité était due au commerce, principalement au commerce maritime, consulat de la Mer (1388), construction de la Loge de la Mer (1397). Le Retable de la Trinité a été commandé par le consul de la Mer en 1489. Ce retable est formé seulement de deux parties : la Trinité dans une mandorle entouré de douze personnages, Adam et Moïse, et des Prophètes de l’Ancien Testament ainsi que deux évangélistes. Des Textes sont portés par les personnages (mais écrits en gothique difficile à déchiffrer). La prédelle montre un port (peut- être Collioure) un bateau et l’intervention de Saint Nicolas ou peut être saint Elme.
Prédelle du retable de la Loge de la Mer
Dans une vitrine on voit des céramiques mudejar, trouvées dans les remparts de Collioure, mais fabriquées pour partie de la région de Valence, par des artisans maures avec des thèmes de fruits, d’animaux mais aussi des thèmes chrétiens.
La salle suivant e contient une dizaine de retables pour la plupart 15ème siècle des écoles valenciennes, aragonaises ou catalanes disposés sur les murs autour du gisant du Vicomte de Castelnou en marbre blanc.
Notre Dame des désemparés (1469)
Notre Dame des désemparésNotre Dame des désemparés
Est un panneau calcaire sculpté provenant de l’Hôpital de la Confrérie des Tisserands : sous la protection de la Vierge 5 personnages à genoux dont un cul de jatte représentent les tisserands malades, les invalides et les pèlerins secourus par l’hôpital.
J’en ai déjà plein les yeux avec les salles gothiques.
PERPIGNAN BAROQUE
Au 17ème siècle et au 18ème, Perpignan se trouve dans la frontière disputée et même après la paix des Pyrénées, dans une zone frontalière et touchée par des épidémies, il devient plus difficile de peindre en Roussillon.
Saint Elme – GuerraSt Elme
La section Perpignan Baroque s’attache à montrer deux peintres Antoine Guerra (1666 – 1711) et Hyacinthe Rigaud (1659 -1743), contemporains mais dont la carrière s’oppose.
Guerra restera à Perpignan, son inspiration est locale, inspirée de la peinture espagnole et italienne.
Saint Elme – patron des marins – ce peintre catalan fut chois par les Consuls de la Mer.
Rigaud a quitté sa ville natale à 12 ans pour Carcassonne, Montpellier et finalement paris et la cour du roi. Il a peint principalement des portraits. Son Saint Pierre s’inspire de Guido Reni.
Saint Pierre – Rigaud
La salle suivante s’intitule Atelier de Rigaud et montre d’autres peintres. Le tableau principal est le Portrait du Cardinal Bouillon d’un très grand format, raconte comment ce Cardinal ouvrit les portes à Rome au cours du Jubilée 1699 à la place du pape.
Portrait du cardinal Bouillon
Le Portrait de Philippe d’Orléans et plusieurs autoportraits. L’un d’eux montre le peintre et le portrait qu’il a fait du financier Castanier habile composition montrant ensemble un portrait et un autoportrait. L’autoportrait au turban 1699 montre le peintre jeune 39 ans, à la manière de Rembrandt, tandis que l’autoportrait au ruban noir le montre plus âgé avec une décoration et une perruque imposante.
PERPIGNAN MODERNE
Faraill – Catalane
1858 le chemin de fer arrive, 1904 : destruction des remparts, Perpignan s’étend et devient une ville moderne. C’est le second âge d’or.
Une sculpture de Gabriel Faraill introduit la section.Primavera montre le buste d’une catalane portant la croix typique des catalanes, et une coiffe.
En face deux affiches des papiers cigarettes JOB de Bardou , une industrie à laquelle Perpignan doit sa prospérité. Affiches de Chéret et de Mucha.
Dufy : l’atelier Perpignanais
Dufy : l’atelier
Dufy arrive à Perpignan en 1940, y restera jusqu’en 1950. On y voit le Cargo noir (représentant Sainte Adresse en Normandie) Le Jardin abandonné est plutôt cubiste et s’apparente à un tableau de Braque. La console montre l’atelier du peintre à Perpignan.
Dufy: le jardin
Picasso a séjourné à plusieurs reprises à Perpignan, on voit surtout des céramiques. Picasso ne peut pas retourner dans l’Espagne franquiste et se sent comme chez lui en Roussillon.
Lurçat
Lurçat à Sant Vicens : atelier de Céramique : les arts du feu. Lurçat a aussi peint de très beaux tableaux j’ai beaucoup aimé sa Femme Turque(1925) il a assimilé le cubisme, on voit dans le traitement des tissus son goût pour les textiles.
Montfreid, Faillet dans les pas de Gauguin
George-Daniel Montfreid est pour moi un inconnu lié par son amitié à Gauguin et sa peinture est un hommage à son ami.
George-Daniel Montfreid hommage à Gauguin
De même Gustave Fayet s’est inspiré de Gauguin, je croyais voir un Gauguin avant de lire le cartel
Maillol inattendu
Maillol, le sculpteur, bien sûr, mais aussi le peintre que je ne connaissais pas , un tableau le montre comme peintre nabi, s’inspirant des estampes japonaises avec un fond doré sur lequel se détache seulement une branche de marronnier, la jeune fille cachée sous un chapeau. Etrangement le monument à Debussy est un bronze d’une femme sans tête ni bras mais d’une parfaite harmonie.
Je suis passée, affamée et un peu abrutie dans les salles de peintres que je ne connaissais pas : Terrus et Daura qui aurait mérité plus de considération. Il est déjà 13h30 et je suis dans le musée à écouter l’audioguide, à prendre des notes et des photos, bien concentrée jusqu’à Maillol. Maintenant, plus rien ne veut entrer !
Maillol : monument à Debussy
Sandwich baguette, beurre, saucisson cornichon, excellent chez Paul et me voilà prête à recommencer ;
Une exposition temporaire m’intrigue : Jean et Jacques Capdeville
J’ai déjà rencontré les Nanas de Jacques Capdeville(1956) à Collioure, j’avais bien aimé mais j’en étais restée sur ma faim. Les tableaux du peintre de Céret sont ici plus variés. Pas seulement des figures de femmes, beaucoup d’abstraction, presque de la calligraphie.
Jean Capdeville
Jean Capdeville (1917-2011)est l’oncle du premier ; Il peint des tableaux en noir et blanc, avec beaucoup plus de noir que de blanc ; On croirait de loin des graffitis au tableau noir d’une école d’autrefois.
Ces deux Capdeville sont très différenst. Les tableaux mélangés se reconnaissent immédiatement. Si tous les deux sont de Céret, tous les deux privilégient l’abstraction et sont attachés aux Albères., ils font des œuvres très différentes. Cependant ils souffrent du voisinage des très grands que je viens de voir. Aucune comparaison possible !
Dans les Balkans, Albanie, Kosovo , Monténégro, une coutume permet aux femmes d’endosser les habits d’hommes à condition de renoncer à toute sexualité : ce sont les Vierges jurées. Ce changement de genre est parfaitement respecté, la Vierge juréevivra la vie d’un homme, travaillera comme un homme et aura la vie sociale d’un homme.
Emmanuelle Favier s’est inspirée de cette coutume pour raconter l’histoire de Manushe qui a refusé, adolescente, d’épouser un homme âgé. Manushe rencontre avec Adrian, mystérieux hôte du village et sort sa réserve et sa solitude pour s’en rapprocher….brisera-t-elle son serment?
Le très beau titre : Le courage qu’il faut aux rivières m’a attirée sans dévoiler l’histoire. Il fait allusion à la détermination de l’eau qui coule à la mer, érode, se fraye un chemin dans les montagnes. Courage et force du destin.
Je savais juste que l’action se déroulait dans les Balkans, où nous sommes allées l’été dernier; j’avais envie d’y retourner. Albanie imaginée, rêvée, littéraire. L’auteur avoue avoir eu du plaisir à écrire d’imagination. J’ai reconstruit les décors avec mes souvenirs et mes lectures – Kadaré surtout – imaginé les montagnes, les tours de claustration où se renferment les hommes dans les reprises de sang. J’ai imaginé Adrian à Tirana, bien que la ville ne soit jamais nommée.
J’ai beaucoup aimé ce livre, intemporel, poétique, faisant appel à des traditions séculaires, mythiques presque antiques. J’ai aussi aimé la fluidité entre les genres qui ne sont jamais déterminés. Manushe qui vit depuis peut être 30 ans en homme, est-elle une femme? On ne naît pas femme, on le devient, a écrit Beauvoir, devient-on homme en en prenant l’habit? Dans une société où le machisme est encore la règle est-il plus facile d’être « vierge jurée » que femme?
Je ne sais pas pourquoi j’ai pensé à Accabadora de Michela Murgia dans une Sardaigne aux traditions rurales un peu étranges.
Je passe chez le libraire d’Amélie-les-bains qui pratique des prix plus élevés que le bouquiniste de Céret. Je fais , découvre un petit marché sur la place près du Mondony que je remonte sous les beaux platanes de la promenade sous les thermes militaires. J’aime bien la vue sur les thermes et les gorges du Mondony qu’on a commencé à aménager avec le même genre d’équipements qu’aux Gorges de la Fou, un accident mortel a fait arrêter le projet. Je m’assieds sur le tronc scié d’un platane et dessine.
Cascade dans la vallée du Mondony
Pour pique-niquer, nous avions envie de monter au Fort d’Amélie. Nous avions repéré la route pour y monter mais nous en prenons une autre, vers Montalba. Très vite, nous nous retrouvons dans un cadre de montagne sur une route étroite qui tortille et qui semble rejoindre les pics enneigés. A nos pieds, le vallon très resserré du Mondony, très sauvage. Granite gneiss et schistes alternent : toute une série géologique ! La route devient de plus en plus étroite, on renonce à aller au groupe de maisons perchées.
J’ai rendez-vous avec le club de randonnée d’Amélie-les-bains sur la Place de la Sardane, où se tenait le marché. Les animatrices sont très dynamiques, elles proposent deux randonnées par semaine aux locaux et aux curistes. Covoiturage : Cinq voitures font une caravane jusqu’à Saint Jean Pla de Corts .
Le chemin de Vivès dans les cerisiers en fleurs
Les flèches chemin de Vivès balisent un circuit d’une douzaine de km, 3 heures prévues. Les membres du club sont très entraînés. Partis à plat autour d’un château tarabiscoté, sur un rythme soutenu. La piste monte dans la colline. Le groupe accélère dans la montée. Je me force à rester devant de peur d’être distancée. Avec ma parka, j’ai vraiment très chaud.Je la roule dans mon petit sac et marche avec le pull irlandais. Au loin, sur la colline, je reconnais l’Ermitage de Saint Ferréol .
Le chemin de Vivès
La piste redescend pour arriver au village de Vivès tout petit, mais vraiment très bien entretenu, pierre et brique, , le village dans son jus. On remonte dans les collines. Le vent se met à souffler très fort. J’aurais bien fait de revêtir la parka. Des petits chênes font un rempart contre la Tramontane. Sur l’arête, on voit qu’il fait très beau sur la mer. Pas un nuage, la mer bleu intense. De l’autre côté, les Albères et l’autoroute qui va en Espagne sur des viaducs aériens. Traversant un bois de chêne-liège nous parvenons à un petit musée du liège (il y en a un autre à Maureillas). La piste monte et descend dans des vignes. On remarque que certains ont été labourées mais pas toutes. Il y a beaucoup d’herbe, un homme du coin regarde avec condescendance ces vignes « mal entretenues » je me rappelle intérieurement que maintenant on a tendance à ne plus labourer pour préserver la faune du sol. Mauvais entretien ou permaculture ?
Dernière pause à l’abri d’une maison ruinée et taguée. C’est le goûter, je n’ai prévu que 3 caramels et justement je ne les trouve plus. La dernière partie de la randonnée est facile toujours en descente vers Pla de Corts. Je descends du covoiturage au pont du Diable de Céret, rentre légère et guillerette, trop légère. Mon sac est vide, la parka a disparu ? quand est-elle tombée du sac ? Peut être à la pause du goûter ; On reprend la voiture et je la rejoins à pieds. Mais je ne la trouve pas. Il y avait aussi mon bonnet écossais et les gants de soie noirs. Belle rando mais mauvais sort !
Je suis partie pour une petite virée au Sénégal, courte (121 pages) lues d’un trait. J’ai retrouvé l’ambiance, la chaleur, la cuisine sénégalaise qui font chaud au cœur. Je me suis un peu perdue au début dans les personnages, les familles africaines sont nombreuses, surtout quand elles sont élargies sur plusieurs générations et qu’elles adoptent facilement d’autres frères ou tontons qui se présentent en cours de route. Cousinages à plaisanterie. de beaux-frères et belles-sœurs. Les amis aussi font partie de la famille, si bien que cela fait beaucoup de monde au repas de famille du dimanche…
J’ai retrouvé aussi le ton, le style oral si particulier aux Africains attentifs à la parole:
« ils aiment cela et peuvent se livrer à une bataille grammaticale bruyante sur la juste place d’une virgule dans une phrase ou sut l’emploi du pronom relatif « dont » de plus en plus « massacré » au grand malheur des puristes ou sur les qualités des nègres à philosopher. Une manière pour eux de jouer ; aucune prétention de faire étalage d’érudition…. »
« Les mots pèsent. Exact! Peser et soupeser le sens des mots. – Tonton, quelle est l’unité de mesure pour peser le sens des mots? »
Style vivant, mêlant parfois quelques mots de wolof, des proverbes ou expressions africaines.
C’est aussi une jolie histoire, l’histoire d’une famille (élargie) histoire qui commence à la décharge où l’on récupère les ferrailles pour confectionner de jolis objets et qui aboutira à une belle concession avec un commerce prospère, des plantations de filaos, trois maisonnettes…et toute cette prospérité grâce à la ténacité, l’opiniâtreté des fils élevés dans une haute opinion de la dignité et de l’éducation.
« Ceux qui veulent nous faire croire que la pauvreté est notre territoire sans issue sont des charlatans d’un type nouveau. Ils se gavent de la détresse des gens démunis. Il ne faut pas confondre manque de moyens matériels et pauvreté….«
« le monde marche….le monde a de longues jambes. Savoir d’où on vient et qui on est : voie royale pour forger une conscience d’appartenance à l’Humanité en ce qu’elle a de plus valorisant. Sans cesse cultiver le jardin de nos mythes, idéaux et utopies sur le socle de l’édifice sacralisé de nos valeurs. »
Et le mensonge dans tout cela?
« Elle (Borso) avait eu l’idée d’aménager dans la cour de sa maison un espace de débats et de lecture. Un beau jour, elle avait décidé de le baptiser « l’Empire du Mensonge »
« Oui, l’Art dans toutes ses expressions est mensonge! Mensonge sublime qui nous sauve »
Voici donc un livre qui rend optimiste!
« tout cela dans un but unique : l’autonomisation des populations, leur liberté, leur dignité. En même temps, elles ont bénéficié d’une formation technique et d’un programme de sensibilisation intense sur l’obligation de résultats de leur part. Chacun, en ce qui le concerne, devant assumer ses responsabilités.
Objectif : autofinancement. Rien n’est facile…. »
Aminata Sow Fall a écrit de nombreux romans et j’ai préféré La Grève des Battus et l’Appel des Arênes, ce dernier est mon préféré.
Nous n’avons pas envie de manger dans la voiture au parking couvert du Musée. Il pleut impossible de pique-niquer dehors.Nous filons à la mer La pluie a cessé. Les vagues déferlent sur le sable. La plage est très longue. Une digue la borde avec piste cyclable, bancs. Je commence par aller vers le sud jusqu’à une jetée surmontée d’un petit phare. Sur les bords de la digue il y a de très grands immeubles avec des balcons, des piscines. Vers le nord les maisons sont plus anciennes, moins hautes, il n’y a pas cette barre continue mais aussi des petites maisons, la mairie, et de l’autre côté du rond-point une citadelle presque arasée.
Retour par l’Emporda
Après ma promenade le long de la plage, nous continuons la corniche jusqu’au bout. Passons sous la forteresse wisigothique. Jolies villas et petits immeubles chics, mais voie sans issue….ce n’est pas là que nous trouverons la route pour Port Bou et Cerbère qui longe la côte. Retour au centre de Roses. Nous nous engageons sur la voie rapide de Figueres. Mais regrettons les petits villages que nous avons aperçus. On oblique, au hasard, à la boussole dans des marais du parc naturel des Aiguamolls.
Sant Joan Palau Saverdera
Au loin le clocher de Palau Saverdera de la jolie église romane Sant Joan (11ème siècle) avec son mur-clocher et trois cloches. De grands panneaux indiquent un village néolithique et un parcours mégalithique, mais ce n’est plus l’heure. Dommage ! Visite aussi de Sant Marti (11ème) qui a quatre très jolis chapiteaux romans historiés à Pau. Dernier arrêt à Villajuiga, et son église Sant Feliu.
Tous ces villages de l’Empordà ont de gros celliers de coopératives vinicoles, de beaux citronniers poussent dans les jardins, des oliveraies, les montagnes toutes proches. A une intersection nous avons le choix Figueres ou La Junquera ? La Junquera nous semble plus près de la France.
Capmany
Arrêt à Capmany village très charmant : l’église est dominée par une tour carrée, peut être le clocher, à l’autre bout de la nef, se trouve une tour ronde ou plutôt la moitié d’une tour ronde. Accolée à l’église, une arche passage vers la très jolie place de la Mairie dans un hôtel 16ème . La pierre de construction ici est le granite.
CapmanyCpamany
Mais ce n’est pas un raccourci parce que la route tortille dans la montagne et s’approche des sommets. La végétation devient plus sauvage. Les chênes-liège sont bousculés par des chaos granitiques. Les pics tout proches sont saupoudrés de neige et une barre enneigée borne l’horizon. Enfin La Jonquera et ses magasins est le terminus de cette jolie balade.
« C’est l’histoire de l’agneau qui n’a pas renâclé lorsqu’il est mené au sacrifice. C’est l’histoire des enfants du ghetto. »
« Non je ne cherche pas à mettre en parallèle l’Holocauste et la Nakba, je déteste les comparaison de ce genre et j’estime que le jeu des chiffres est haïssable, nauséabond même. »
Cette lecture est d’une actualité criante. Pas seulement parce que ce livre vient de sortir en Français. Surtout à cause de ce qui se passe à Gaza.
Le titre est ambigu, le mot « ghetto » fait penser à Varsovie. Ce n’est pas anodin, ni fortuit : le héros du roman joue avec cette ambiguïté. Le ghetto du livre est celui de Lod. Evidemment, Lod évoque l’aéroport, j’ignorais qu’en 1949 un ghetto fut mis en place pour parquer les Palestiniens. J’ignore beaucoup de choses en ce qui concerne la guerred’Indépendance d’Israël, et encore plus sur la Nakba. La version officielle serait que les Palestiniens auraient fui pour revenir avec les armées arabes victorieuses.
Noter que ce livre est un roman et pas un témoignage historique. L’auteur prend d’ailleurs des précautions vis à vis des historiens. Le narrateur était un nourrisson en 1949 qui ne peut que rapporter les paroles qu’il a entendues plus tard, paroles qui se contredisent parfois. Cependant, le contexte historique est très documenté et cite de nombreux auteurs israéliens comme Yizhar, Tom Seguev, Ilan Pappéainsi que les auteurs palestiniens, Edward Saïd ou Mahmoud Darwich, pour les plus connus.
C’est un roman très riche qui intègre différents thèmes en cahiers séparés. Comme d’autres romans libanais(j’ai lu l’an passé Hakawatide Rabih Alameddine) l’auteur cherche les origines de la littérature arabe dans la poésie médiévale. L’évocation du poète dans le coffre est présentée comme un conte.
« En effet, la poésie n’est pas uniquement le registre des Arabes, elle est aussi le réservoir de leurs contes sans lequel il n’y a pas d’histoires, et sans celles-ci, la poésie rétrécit et s’anéantit… »
C’est un conte mais aussi une critique littéraire : Adam, le narrateur, est un universitaire israélien spécialisé dans la littérature arabe. Il cite Taha Hussein discutant les rapports de la langue à la poésie anté-islamique et au Coran.
Dans les chapitres suivant, Adam renonce au conte,: il rédige ses mémoires:
« je ne suis entré dans aucun coffre comme mon cher poète, mais je constate maintenant que j’ai vécu toute ma vie dans le coffre de la peur et que pour en sortir, il me fallait le briser, non seulement l’écrire… »
Adam, arabe israélien,est un personnage complexe. Son manuscrit relate la quête de son identité et raconte l’histoire du ghetto de Lod.
« Et j’avais réussi. j’étais un israélien comme les autres. Je n’avais pas dissimulé mon identité palestinienne, mais je l’avis remisée dans les ghetto où je suis né. J’ai été le fils du ghetto qui m’a accordé l’immunité de Varsovie – mais c’est une autre histoire… »
Je ne vous raconte pas les aventures de l’enfant, à vous de les lire…
C’est un livre passionnant qui donne envie de lire les auteurs qu’il cite ainsi queles Portes du Soleildu même auteur. J’ai téléchargé Khirbet Khizeh et je me suis empressée de le relire (en anglais, disponible en version numérique, cela ne va pas me faciliter le travail pour les citations). Et j’ai fait toute une liste des autres!
Au Boulou on monte sur l’autoroute, 070€ jusqu’à la Frontière. Les sommets sont saupoudrés de la neige d’hier soir. Les chênes-liège recouvrent les pentes, rien ne distingue le versant espagnol de la France, vu de l’autoroute. On arrive très facilement au musée Dali à Figueres.
Théâtre-Musée Dali
Au centre de Figueres, près de l’église, le Musée est installé dans les murs de l’ancien théâtre municipal du 19ème siècle, détruit pendant la Guerre Civile. Du parking, on découvre d’abord les murs rouges piquetés de motifs-rosettes jaunes, surmontés de gros œufs, une coupole à facettes de verre domine le bâtiment. A première vue, cette construction délirante n’évoque pas le théâtre.
Théâtre Musée Dali :
La billetterie se trouve sur la façade de l’ancien théâtre, mais je n’y fais pas attention, pressée de rentrer avant la foule. Au moins trois groupes rentrent, des adolescents surtout. On se presse dans les couloirs ornés par des dessins à l’encre (ou des gravures) sous verre. Difficile de détailler ces dessins, mais ils semblent avoir une certaine parenté avec les graffitis de Ponç que j’ai vu vendredi à Céret.
Théâtre Musée Dali : patio
L’installation du patio est tout à fait spectaculaire. C’est là que je découvre le » Théâtre », ressemblant aux ruines d’un théâtre antique : hémicycle de pierre et briques avec des fenêtres : loges peut être ? Les décors sont tout à fait étranges. De haut en bas : une rangée d’éviers blancs, je n’avais pas compris que c’était des éviers, une conférencière d’un groupe les fait observer aux adolescents, elle hasarde l’hypothèse que ces éviers seraient des anges. Dans les fenêtres des femmes lisses dorées font des mouvements de danse. Des sculptures composites avec des têtes grimaçantes, des crânes de bovins, des tiroirs, selon la même guide, ces tiroirs seraient très importants dévoilant les pensées. Il faut interpréter cette installation d’après l’inconscient.
Théâtre musée Dali : groupe de pêcheurs
Du lierre dégouline de rocailles. Des pots blancs translucides, albâtre ou résines portent des fleurs. En dessous, des bancs alternent avec des sculptures de céramique représentant des groupes de pêcheurs, de vignerons, de paysans portant leurs outils ou leurs récoltes.
Dali pation du théâtre-musée : rocaille
Au premier coup d’œil, ces hommes regroupés regardant tous du même côté évoquent plutôt des soldats. Ils poussent parfois une roulotte, cela fait penser à un canon. Au sol, des petits massifs de buissons taillés encadrent une Cadillac, là encore la conférencière soulève un lièvre et met en évidence quelque chose que je n’avais pas remarqué : la Cadillac est habitée par des figures de cire. Il pleut à l’intérieur de la voiture ! Sur le capot une femme plantureuse coiffée d’un panache.
Le taxi pluvieux : la Cadillac de Gala
Une colonne faite de pneus de tracteurs empilés soutient une barque jaune dont le fond dégouline de gouttes énormes bleues. Cette barque nous laisse imaginer que la barque flotte à la surface de l’eau et que nous nous trouvons dans le fond de la mer.
Dali : la barque dégoulinante
On peut aussi imaginer le mélange des cultures, culture américaine avec la Cadillac, culture antique avec une statue grecque, la colonne serait la colonne Trajan. Si on pouvait rester plus longtemps on trouverait sans doute d’autres analogies, d’autres interprétations, allusions à l’inconscient de l’installation surréaliste.
théâtre musée dali : mur de scène
L’hémicycle est fermé d’une haute vitre : « mur de scène » en verre abritant un autre hémicycle plus petit et couvert de la coupole de verre à facettes. En face du patio, sous la coupole, un autre théâtre symétrique quoique plus petit. Mur de Scène : toile en fond du décor de la pièce qui se joue ? Un énorme portrait du buste de Gala nue, (c’est écrit Gala Salvador Dali) sans visage, à la place du cœur, un arbre, peut être ses artères coronaires. Si nous sommes sur la scène du théâtre pourquoi ces arcades ? ces petits personnages de plâtre ? Sur le bord de la scènes, deux installations : un crucifix avec le Christ qui a fondu sur la croix au-dessus de l’autel, et un piano englué dans du plâtre sous une Vierge de plâtre,
mur de scène : Gala
Une salle d’exposition présente des tableaux de 1921 à 1947. Les tableaux les plus anciens ne correspondent pas à l’idée que je me faisais des peintures de Dali. Une Vénus qui sourit (1921)est une véritable peinture fauviste, colorée avec de petites taches, entre Seurat et Derain. La Composition Satirique,(1923) presque un Matisse, sauf que deux voyeurs, l’un nu l’autre habillé avec un chapeau melon ont ce « regard satirique », Maniqui de Barcelona (1926), femme mannequin sur fond noir, plusieurs silhouettes colorées sont emboîtées, presque cubiste.
Maniqui de Barcelona
1928, composition surréaliste ressemble plus à ce qu’on attendrait de Dali, 1931 le chemin de l’engin montre des sacs répartis selon des lignes de perspectives, d’un sac s’échappent des pièces d’or, d’un autre de l’eau ou de la farine, ces sac bien ficelés ressemblent à des pommes de terre.
Je n’ai pas du tout aimé le cheval joyeux. L’oiseau en état de putréfaction(1928) est surprenant ; J’ai aimé les deux portraits qui se font face un autoportrait de 1941 et le portrait de Picasso(1947).
Portrait de Picassoportrait de Picasso
Une autre salle donnant sur la scène est tendue et moquettée de rouge, elle eest ornée de tableaux plus figuratifs et plus académiques montrant que Dali sait tout peindre, du portrait à la nature morte. Il sait aussi peindre à la manière cubiste de Picasso ou de Braque. Deux tout petis tableaux se font face, une fiancée et en face le spectre du sexe appeal, presque un travail de miniaturiste, très surréaliste traduisant une idée infirme de la sexualité.
Violettes impériales
Une salle entière est consacrée à un seul tableau : Violettes Impériales (1938)En 1938, la famille de Dali fuit la Guerre Civile .
Violettes impériales, comme le titre ne l’indique pas du tout est un grand tableau sombre, dans les bruns aux montagnes noirâtres, à la mer gris de plomb. Un homme entraîne un enfant. Une maison de pêcheur se détache devant un bateau est réduit à l’état de carcasse squelettique. Sur la plage un rectangle clair figure une table servie : dans l’assiette un téléphone, à côté trois sardines grillées.
Selon le commentaire, » violettes impériales souligne le fait que ees grandes puissance pourtant dotées de technologies de la communication n’ont pas su ou n’ont pas souhaiter en faire usage cf le téléphone »
Dali d’or caducée
A ce tableau sombre et politique succèdent une collection de joyaux Dali D’Or : cigogne porte-portrait, porte cigarette en or, miroir, pendentifs, caducées mêlant l’or et les cristaux au fond de la pièce, une inscription comme une pierre tombale.
Fresque au plafond du foyer
Un pigeon monstrueux garde l’escalier, dans sa poitrine une vitrine laisse voir un masque d’un personnage asiatique, chinois peut être portant une couronne de brillants et de verroterie. A l’étage je découvre le vrai foyer d’un théâtre avec ses moulures, ses stucs, un parquet, mais comme nous sommes chez Dali, il y a des sculptures bizarres mais surtout un incroyable plafond peint ; la lumière éblouissante du soleil sort d’une lucarne carrée que soutiennent deux atlantes dont on ne voit que les pieds énormes. Des personnages minuscules forment une scène surréaliste (encore) avec des roues cassées, roues du temps ? Dans la pièce voisine se trouve le fameux tableau des montres molles, énorme magnifique ; mais Dali a montré qu’il savait faire autre chose que des montres molles. Il est au-dessus d’un lit, que vient faire un lit dans un théâtre ? Ces montres molles nous disent que le temps n’existe pas.
montres molles
Illusions d’optique dans le couloir, une croix en miroir destructurée, des miroirs déformants.
Mae WestMae West
Une Mise en scène funèbre se déroule dans une salle noire ou sur un plancher arrondi trône ce qu’on prend d’abord pour un canapé. Remarquant un nez géant aux narines éclairées je découvre que le « canapé » est une bouche, il ne me reste plus qu’à chercher les yeux, tableaux noirs et blancs « pixellisés » où l’on reconnait la Tour Eiffel dans l’un, rien de spécial dans le second. La foule fait al queue pour monter sur un escalier sous un dromadaire et regarder l’ensemble de l’installation dans une lentille : un visage apparaît comme on l’avait deviné !
le spectre du sex-Appeal
A l’étage supérieur on peut voir la collection de tableaux d’autres peintres de Dali.
Il est midi, c’est la sortie de la Messe, en un clin d’œil la place s’est remplie ; Des familles sortent de l’église qui avec des branches de lauriers (c’est le dimanche des Rameaux) qui avec des palmes très joliment tressées. J’aurais aimé les prendre en photo mais elles sont dans les mains des enfants et je n’ose pas demander la permission aux parents. J’ai une mission : trouver un déjeuner chaud, en l’occurrence des croquettes au jambon à emporter que j’achète dans un restaurant très chic l’Impérial.
A une cinquantaine de km par des routes très roulantes que nous connaissons bien, nous arrivons vite sur le bord de la mer à Banyuls. Vers Cerbère, la corniche est occupée par la grande route et le train. Il existe un sentier piétonnier, au-dessus de Banyuls il passe sur la route.
Banyuls plage
Nous arrêtons la voiture en face de la station biologique Arago appartenant à l’Université Pierre et Marie Curie, cela me fait toujours un peu drôle même si je l’ai quitté depuis 36 ans ! Les vagues battent les rochers de schiste. Une jolie marina se trouve juste en dessous puis je marche sur la plage de galets ou de graviers, en chaussures. L’anse est très régulière, presque un cercle, bordé d’une croisette plantée de palmiers et de platanes avec des villas anciennes charmantes, de petits immeubles colorés (moins charmants mais pas trop grands) de terrasses de cafés, plus loin la route monte sur une rampe soutenue par des arcades tandis qu’un cheminement de ciment conduit presque jusqu’à la pointe. Des gens sont venus avec des sièges pliants et lisent au soleil. J’apprécie ma promenade traditionnelle qui arpente les plages.
Banyuls
A l’office de Tourisme on propose un itinéraire «dans les pas d’Aristide » Un court circuit empruntant les marches de la rue Aristide Maillol dans les rues escarpées du village ancien. 15 panneaux émaillés racontent la vie et les œuvres du sculpteurs, une photo et un petit commentaire nous familiarise avec l’artiste. C’est surtout prétexte à une très jolie déambulation dans des maisons anciennes où des plantes en pots fleurissent même la rue. Maisons colorées ou blanches, escaliers de schistes et de brique. Je n’aurais pas soupçonné ces quartiers charmants tellement plus pittoresques que le bord de mer. Quand je retourne sur le bord de mer les cafés et les terrasses se sont remplis ? C’est très vivant, même au mois de mars. Il est déjà 16h30, temps de retourner chez nous !