Cassis et les calanques

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calanques vues du bateau
calanques vues du bateau

On traverse Roquevaire, Aubagne qui ont gardé leur caractère de grosse bourgades provençales avec leurs platanes leurs cafés, les restaurants de pizzas, les cultures maraîchères. La proximité de Marseille, le développement industriel, les nombreuses autoroutes qui sillonnent la vallée de l’Huvaune, n’ont pas complètement gâché leur caractère.

mas et arbres en fleur
mas et arbres en fleur

A  Cassis on se trompe en suivant la route de Marseille par la Gineste au dessus des calanques. Le paysage est rocailleux, les arbustes  ras. Juste au  niveau de Carpiane, nous trouvons un parking avec des pins, un petit muret pour déjeuner. Vue sur un grand mas carré entouré de prés piquetés d’amandiers en fleurs. A l’horizon les crêtes calcaires se détachent. Pendant le pique-nique, nous remarquons une circulation intense vers les calanques. Une petite route monte, peut être découvrirons nous la mer ? La route est très étroite, des places sont prévues pour se croiser, facile quand il s’agit de deux petites voitures, plus compliqué avec les gros 4×4. Partout il y a des véhicules garés. Certains commencent la randonnée du bas, certains sortent les VTT. Il ya un grand parking sur la crête, ensuite il faut abandonner la voiture. Pour moi, c’est tout vu : une photo d’une falaise rouge qui descend sur la mer et retour en arrière. Je regarde avec envie les randonneurs, une autre fois, peut-être ? Quelle guigne !

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A Cassis le centre est très embouteillé. Avec le beau temps, le dimanche après midi, l’affluence est grande. Et par-dessus le marché on tourne un film ! Nous avons de la chance, nous trouvons une place de parking juste quelques minutes avant le départ des bateaux de croisières pour les calanques. 19€ pour 5 calanques et 1h05 de croisières ou 16€ pour 45min. On choisit la plus longue. Je m’installe à l’avant, où on risque d’être trempé et les commentaires sont inaudibles. Je me prive de commentaires pour avoir le privilège de n’avoir personne devant moi et  de contempler à loisir les falaises.

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C’est une très belle promenade en mer. Près de Cassis un banc calcaire légèrement incliné fournit une sorte de plage surélevée où les gens sont nombreux en maillot  de bain (en février) allongés à bronzer. Certains pêchent perchés sur des rochers. Dans une première calanque on voit les restes de carrières de calcaire, un petit port et l’arrivée du GR où les randonneurs se suivent à la queue-leu-leu. Les falaises deviennent de plus en plus hautes et inaccessibles. Comment ces pins aux formes torturées tiennent-ils sur la roche nue ? Le paysage est maintenant presque asiatique avec ces arbres biscornus, ces pics acérés. Parfois la falaise est trouée de fenêtres. Parfois elle est massive et on découvre des stalactites et des draperies. Je pense à la Baie d’Halong… et nous rentrons éblouies au port. Impossible d’envisager un café en terrasse tant la foule est dense.

Dans le Pays de Pagnol : Le Château de Ma Mère

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Matin radieux ! 

je m’installe sur la terrasse au soleil avec Le Château de ma Mère de Pagnol.

Les cent premières pages racontent la fin des vacances de Marcel à la campagne, et son amitié avec un petit paysan Lili qui l’initie au piégeage des oiseaux. Lili  lui fait découvrir les secrets de la colline, les sources qu’on ne doit pas divulguer, les passages secrets,  les migrations des oiseaux…Autour de moi, cette même colline, les mêmes arbres, je suis sur le site précis ! Bien sûr ce n’est pas la saison ! Mais le temps estival en février fait presque illusion. Pagnol a une connaissance précise des végétaux, des oiseaux, je me régale de tous ces détails. J’aimerais reconnaître ces cades, ces argeras que je ne connais pas. L’amitié des deux garçons est si entière, si naïve, si touchante.

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Septembre s’achève, la rentrée des classes est un séisme.  Marcel décide de rester dans la colline, de« devenir hermitte » mais le Grosibou – le Grand duc – qui crève les yeux,  a raison sa résolution de vivre en Robinson Crusoé.

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Au cours de l’année scolaire,  la famille de Marcel retourne à la campagne, par les « châteaux » qui occasionnent le détour…Rencontres avec les gens simples, aussi avec les nobles honnis, compromis aussi.

 J’ai moins ri que dans la Gloire de mon père mais je me suis attachée à ces souvenirs d’enfance, tendres qui se terminent par le décès de la mère, de Lili et même de Paul. Mais il ne faut le dire aux enfants…

Des Alpilles à la Destrousse : Crau, abords de Marseille

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Derrière la Crau, les Alpilles et au fond la neige du Ventoux
Derrière la Crau, les Alpilles et au fond la neige du Ventoux

Nous traversons la Crau, de Saint Martin en Crau à Fos. Après les champs vert fluo et les prairies on voit la Crau désertique recouverte de gros galets de la Durance. Les troupeaux de moutons sont nombreux. Un magnifique bouc aux cornes torses aurait fait une belle photo. Les bergers gardent avec leurs chiens. Je pense au retour de transhumance raconté par Mistral. Sur le côté droit, les raffineries de Fos s’alignent  à l’horizon. A gauche, le panorama est beau : les Alpilles aux crêtes découpées et le Ventoux et sa neige se détachent sur le ciel parfaitement bleu. Derrière une rangée de peupliers défeuillés, les vergers sont roses, pêchers ou amandiers ?

En face des complexes pétrochimiques de Fos, un village perché attire notre attention : le Castrum de Fossis. Comment l’atteindre ? Partout il y a de l’eau, des étangs, des canaux, la mer ouverte avec les gros cargos, l’étang de Berre agité par les vagues. Martigue est en contrebas : très belle image de cette ville bâtie autour de l’eau. Inaccessible. Regret de ne pouvoir s’y arrêter. Entre Martigues et Marignane, une jetée le Jaï nous permet de nous approcher de l’eau : court arrêt entre un canal aux eaux tranquilles où sont amarrés des bateaux et une plage blanche jonchée de coques et bordée de tamaris. Le vent souffle fort, il fait froid, on ne s’attarde pas.

Etang de Berre
Etang de Berre

Midi, on va chercher la mer sur la côte bleue derrière la chaine de l’Estaque. Rochers blancs abrupts, défilés, pins. La plage du Rouet à Carry. C’est une crique ravissante encadrée entre deux cap rocheux, l’un est surmonté d’une barre rocheuse calcaire et les villas sont cachées dans la pinède, l’autre est une grande falaise rouge portant des maisons et de petits immeubles. Deux petites plages de galets de part et d’autres d’un club nautique se peuplent sous le beau soleil, des familles arrivent avec serviette et glacières pour pique-niquer, une quinzaine de randonneurs se sont donné rendez-vous. Nous mangeons des crevettes grises et du pain beurré au soleil. On doit même retourner à la voiture chercher la crème solaire.

Plage du Rouet
Plage du Rouet

Nous n’arrivons pas à atteindre en voiture les cafés que nous avons repérés de notre banc. On monte la colline pour découvrir que les maisons ont envahi toute la côte et qu’elles sont fermées de grilles « lotissement sécurisé », cette formule m’irrite.

Vers Sausset-les-pins, nous trouvons enfin la terrasse en bord de mer dot nous rêvions. Café face à la mer, bien abritées par le restaurant, il fait presque chaud. Je sors mon carnet moleskine pour dessiner une belle maison sous un pin sculptural face au rivage. Si les maisons ont barricadé les entrées du côté de la colline, il existe quand même un sentier côtier très fréquenté par ce samedi ensoleillé. Je regarde avec envie les promeneurs alors que aller à la voiture garée 10m plus loin est un effort douloureux ;

Il reste encore une soixantaine de kilomètres pour rejoindre le gîte. Le GPS nous guide dans les voies rapides qui contournent Marseille. Cette ville est insaisissable, tantôt nous sommes dans un massif calcaire sauvage, juste après la route est bordée d’usines monstrueuses, la campagne alterne avec les centres commerciaux, il faut être très attentif aux bifurcations si on ne veut pas s’embarquer sur la mauvaise autoroute. A Gardanne on trouve la D96 et une circulation moins stressante. On traverse des forêts, les chênes hivernaux nous rappellent que malgré le beau temps nous sommes à la fin février. Indications : Aix en Provence, Aubagne…Roquevaire, nous approchons de la Destrousse.

la campagne de Mascara
la campagne de Mascara

Notre gîte est une campagne – comme on le dit dans le Midi -, isolée au bout d’une petite route qui devient bientôt une piste blanche et arrive à un portail. Des chevaux paissent. Une grande bâtisse partagée entre la maison des propriétaires et le gite. Sous un auvent, un salon de jardin bien ombragé pour la belle saison. Une porte fenêtre s’ouvre sur une grande salle avec une très grande cheminée (malheureusement il n’y a pas de bois) une table recouverte d’une toile cirée à pois blanc sur fond gris, un buffet ciselé de motifs végétaux, fleurs et fruits, une cuisine en angle. Cela nous change de la bonbonnière design de Maussane design et IKEA ;  ici c’est campagne traditionnelle. Les chambres sont à l’étage, la vue est merveilleuse sur les crêtes et la forêt.

villages des Alpilles ; Maussane , Le Paradou, Fontvieille,

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le moulin de Daudet à Fontvieille
le moulin de Daudet à Fontvieille

Le village de Maussane s’étire le long de la route bordée de magnifiques platanes, de belles maisons de pierre, presque. La place est occupée par des cafés sous les platanes « à la grecque ». Une belle fontaine des quatre saisons  est ornée de statues classiques. Un grand lavoir est abrité. On peut aussi visiter les petits oratoires. Sous le soleil et en pleine forme nous avions prévu la promenade. Il fait gris, la motricité ne m’est pas revenue malgré les promesses de l’ostéopathe. Nous voyons cela de la voiture. Joli village mais endormi en février. Revenir au printemps !

le moulin de maître Cornille
le moulin de maître Cornille

Juste à la sortie de Maussane commence le village du Paradou indistinct de Maussane, toujours platanes et belles maisons provençales. Une grande bâtisse de ciment abrite le Musée des Santons, La petite Provence du Paradou. 400 grands santons habillés racontent la Provence de Pagnol et celle de Daudet.

la partie de cartes
la partie de cartes

C’est amusant de chercher les personnages, César, Panisse, Monsieur Brun et Escartefigue font leur partie de manille, Marius est au comptoir. Au moulin de Maitre Cornille, les ânes se pressent et on décharge la farine.

le magasin de Panisse
le magasin de Panisse

Aux Saintes-Marie de la Mer, les gitans campent. Comme les photos sont permises et que nous sommes les seules visiteuses, nous mitraillons, photos et films pour profiter de l’accompagnement sonore.

Ces santons forment une crèche géantes à la manière des crèches napolitaines. J’avais beaucoup aimé celle de Naples. Ici c’est moins recherché, plus naïf : Provence conventionnelle,  tellement sympathique !

Travaux des champs
Travaux des champs

Fontvieille n’est pas loin. A l’entrée du village on exploite encore les carrières de beau calcaire à bâtir. En face la voie ferrée. Train touristique des Alpilles ou wagons de marchandises ? Fontvieille est très touristique en saison, tourisme de luxe, hôtels 3* , restaurants chers, Moulins à Huile…. Hors saison, c’est tristounet. Février n’est peut être pas le meilleur moment pour visiter la Provence. Sauf si on cherche la solitude. .

Pour le Moulin de Daudet nous jouons de malchance, non seulement il est fermé mais un cirque à déployé son chapiteau à ses pieds. Je l’imaginais plus dans la campagne, sans doute il l’était. Il me faut monter une colline rocailleuse  et j’ai bien de la peine.

Nous tournons en voiture dans le village vieux avec ses rues tortueuses et ses maisons de belles pierres blanches construites les unes contre les autres  dans le désordre. La halle reconstruite en 2004 est bien neuve, la Tour des abbés carrée a belle allure. Le Musée de Daudet est fermé. Le soleil s’est fait attendre. Impression en demi-teinte.

Camargue

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Flamands roses non loin de Cacharel
Flamands roses non loin de Cacharel

Soleil resplendissant. D’Arles,  il suffit de suivre la route des Saintes-Marie-de-la-Mer, et tout de suite nous sommes en Camargue. Est-ce du blé en herbe ou du riz, ces jeunes pousses vert vif ?

Très vite on voit les premiers taureaux noirs aux longues cornes effilées, je pense au toucheur Ourrias, le prétendant éconduit de Mireille. Je n’ai aucune sympathie pour la corrida mais j’aime voir ces belles bêtes brouter dans leur enclos. Le Musée de la Camargue m’apprendra que ce sont des animaux de divertissement  et que la corrida, sous sa forme actuelle,  n’a été importée que sous Napoléon III.

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Après les taureaux noirs, les chevaux blancs. C’est un souvenir d’enfant : Crin blanc. Comme j’ai pu pleurer ! Partout, on propose des balades à cheval.

chevaux camarguais
chevaux camarguais

Avant d’arriver aux Saintes, sur la gauche la petite route qui conduit à Cacharel nous a été recommandée par la propriétaire du gite. Cacharel est un hameau avec des mas, un restaurant, encore des promenades à cheval. De là, nous trouvons une piste de terre « fermée par temps de pluie » qui s’enfonce dans les marais, et qui rejoint au nord le Domaine Paul Ricard sur les bords de l’étang de Vacarès.

les cavaliers s'avancent
les cavaliers s’avancent

Avec ce beau soleil, la promenade est délicieuse. Roseaux et plans d’eau de chaque côté. L’horizon est barré par le Mont Ventoux ourlé de neige qui brille au soleil. Plus près, un peu décalées, les Alpilles ont des sommets déchiquetés. Des étendues de sable, des salicornes pourpres et verts. Cinq cavaliers avancent, leurs chevaux blancs faisant jaillir des gerbes d’eau qui éclabousse. Cinq hérons sont alignés sur le bord de l’eau. Les tamaris sont squelettiques dans leur tenue hivernale. Les roseaux très hauts se balancent.

roseaux
roseaux

Un peu plus loin, dans l’eau bleue, nous découvrons les flamands roses. Ils avancent la tête dans l’eau. C’est une surprise de les voir étendre leur cou ou déployer les ailes sombres. De temps en temps, une belle aigrette blanche agite son cou ; elle avale, un poisson ? un ver ?   Des sternes volent assez bas. On dirait des hirondelles. Sur les canaux croisent des foulques bruyantes. J’espérais les sarcelles d’hiver. Les canards sont ailleurs. Nous n’en verrons pas. Il aurait fallu suivre les sentiers de la Réserve Ornithologique. Mes jambes douloureuses e me donnent une autonomie de quelques dizaines de mètres, pas plus. J’enrage de ne pas pouvoir marcher.

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Saintes Marie de La Mer   est une station balnéaire aux maisons blanches et basses, aux ronds points monumentaux avec les statues de Crin Blanc, un taureau et un gardian en statue. Mireille est aussi statufiée mais près de l’église où elle est morte. Les boutiques ont un air désuet. Elles proposent des maillots de bain, des souvenirs d’un autre temps. Un peu plus loin, après le port et la marina, la plage est aménagée. Sable fin s’étendant à l’infini. J’enrage de ne pas marcher le long de l’eau !

Saintes Marie de la Mer : église
Saintes Marie de la Mer : église

J’ai quand même fait l’effort d’aller jusqu’à l’église situé dans le centre piétonnier, interdit à la circulation. Autour de l’église avec son clocher carré, comme un donjon, il y a une belle place dallée. Les magasins vendent des peluches musicales de Flamants roses et des chaussons taureau noir et rouge. C’est très kitsch. L’été, les cafés ont des animations musicales, je vois des profils de chanteuses de flamenco ou de danseuses andalouses sur les enseignes. Aujourd’hui c’est vide et fermé. Je me traine jusqu’à l’église. Lisant Mireille, je l’avais imaginée, plus petite. Pierres claires à l’extérieur, sombre dedans et très haute. Les reliques sont dans des vitrines. Je ne suis pas venue les voir. Je voulais simplement voir le décor de Mireille.

Au retour, nous nous arrêtons au Musée de la Camargue. Musée moderne, dans une grande halle camarguaise, une  grange ou une étable ? Beaucoup de belles photos, dans les vitrines des objets variés et de belle facture, trop peut être, je ne m’y retrouve pas. Tout est un peu mélangé, c’est dommage. On a préféré des commentaires audios aux panneaux. Remplaçant les écouteurs, des cornes de bovins. C’est joli, mais pas très pratique pour prendre des notes.

crin blanc

Mireille de Mistral

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Mon dos est coincé. Je serais bien incapable de visiter le Petit Palais d’Avignon comme prévu. J’ai donc lu Mireille avec grand plaisir.

« Je chante une fille de Provence. Dans les amours de sa jeunesse. A travers la Crau, vers la mer dans les blés. Humble écolier du grand Homère, je veux la suivre ; Comme c’était seulement une fille de la glèbe. En dehors de la Crau il s’en est peu parlé. »

Mireille, c’est un peu Roméo et Juliette dans le pays d’Arles. Mireille est la fille d’un riche agriculteur, le Maître, pater familias dans la tradition romaine. Vincent, d’un vannier qui va de ferme en ferme vendre ses paniers, va-nu-pieds. Amours contrariées qui ne peut que se terminer tragiquement.

Mireille est un poème épique douze chants écrits en provençal.  Frédéric Mistral se réclame d’Homère mais aussi de Virgile. Proximité de la Provence avec l’Antiquité gréco-latine. Mireille a été dédié à Lamartine qui a rédigé la préface :

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« Le lendemain, au soleil couchant, je vis entrer Adolphe Dumas, suivi d’un beau et modeste jeune homme vêtu avec une sobre élégance, comme l’amant de Laure quand il brossait sa tunique noire et qu’il peignait sa lisse chevelure dans les rues d’Avignon. C’était Frédéric Mistral, le jeune poète villageois destiné à devenir comme Burns, le laboureur écossais, l’Homère de la Provence. »

Burns, aussi Byron de Childe Harold. Poète romantique ?

C’est le poème du Pays d’Arles décrit  précision et lyrisme. Évocation de son histoire et de ses légendes.

Chant premier : Le Mas des Micocoules , à la veillée, les laboureurs écoutent le vieil Ambroise, chanter ses exploits sur mer. Vincent éveille l’amour de Mireille avec des aventures pourtant simples, pêche aux sangsues ou courses des garçons.

Chant deuxième : La Cueillette : Au cours de la cueillette des feuilles de mûrier Vincent et Mireille se rapprochent, Vincent grimpe avec elle dans le mûrier qui se fend. Ils trouvent un nid Mireille prend les oisillons dans son corsage…

« Chantez, chantez magnanarelles, en défeuillant vos rameaux….. »

La description détaillée des travaux des champs est l’un des charmes les plus prenants de l’œuvre de Mistral.

Chant troisième : Le dépouillement des cocons l’élevage des vers à soie est une occupation féminine. C’est l’occasion de rassembler les générations, de transmettre les contes, de rêver au prince charmant, d’avouer ses amours. J’ai beaucoup aimé ce chant où le fantastique s’invite avec la sorcière Taven.

Chant quatrième : Les Prétendants : occasion de découvrir les pêcheurs de Martigue, Le berger Alari avec une merveilleuse évocation de la transhumance, les chevaux blancs de la Camargue

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« Car à cette race sauvage, son élément c’est la mer. Du char de Neptune échappée sans doute. Elle est encore teinte d’écume. Et quand la mer souffle et s’assombrit, Quand des vaisseaux rompent les câbles, les étalons de Camargue hennissent de bonheur. »

Enfin, le plus terrible, le toucheur de taureaux Ourrias :

« Des bœufs, il avait la structure, et l’œil sauvage et la noirceur, et l’ai revêche, et l’âme dure »

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Par lui, arrive le drame.

Chant cinquième : Le Combat où s’affrontent Vincent et Ourrias ; combat épique où le jeune vannier  s’illustre contre le redoutable adversaire. La morale est sauve, dans la nuit de la Saint Médard Ourrias est englouti dans le Rhône, la barque chavirée sous le poids de l’assassin. Et encore le chant devient fantastique avec la danse des Trèves sur le Pont de Trinquetaille.

Chant sixième : la Sorcière, Taven, aux Baux, invoque les Fées, les Follets, l’Esprit Fantastique, l’Agneau noir et la chèvre d’Or. De la description agreste de la vie des paysans de la Crau, nous sommes transportés en plein merveilleux. D’ordinaire, je suis très peu sensible aux charmes du fantastique, mais je me suis laissé transporter.

Le chant septième Les Vieillards, change de registre Maître Ambroise, le vannier vient au Mas des Micocoules,  demander à Maître Ramon la main de Mireille pour son fils Vincent. De retour au Mas, Mistral va nous décrire une nouvelle coutume agricole : la Moisson, le repas des moissonneurs. Il donne des détails sur leur accoutrement, leurs outils, le travail de la terre.

Chant Huitième : La Crau Mireille désespérée, va aux Saintes-Maries supplier les patronnes de la Provence de fléchir ses parents. Occasion pour le poète de chanter la terre, les lézards, les alouettes huppées, les cigales,  les papillons, la chaleur accablante de l’été, mais aussi d’invoquer un Saint local saint Gent, et la coutume du ramassage des limaçons.

la moisson
la moisson

Chant neuvième : l’Assemblée met en scène  tous les travailleurs du mas, faucheurs, faneuses, glaneuses, bergers ou moissonneurs et bergers. Le Maître les convoque pour retrouver sa fille. Encore une occasion de mieux chanter cette Provence agricole :

« Quarante moissonneurs, quarante, Pareils à des flammes dévorantes, De son vêtement touffu, odorant, gracieux, Dépouillant la terre ; ils allaient Sur la moisson qu’ils moissonnaient, comme des loups ! [ ….]Derrière les hommes, et en longues files comme les crossettes d’une vigne, tombait la javelle avec ordre : dans leurs bras les ardentes lieuses Vite ramassaient les poignées, Et vite,  pressant la gerbe D’un coup de genou, la jetaient derrière elles »

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Le ton devient épique quand il convoque l’Histoire de la Provence !

« Cela ressemblait par les champs aux pavillons d’un camp de guerre : comme celui de Beaucaire, autrefois quand Simon et la Croisade française, Et le légat qui les commande, Vinrent impétueux à toue nord  Egorger la Provence et le Comte Raymond »

Chant dixième : la Camargue Mireille traverse la Camargue, elle est frappée d’un coup de soleil et cde chant se termine par les visions. Même si, la veille d’une excursion aux Saintes Marie, ce chapitre m’a intéressée, je ne me suis pas laissé emporter par son délire ni par le discours mystique dont je me sens très éloignée et pas attirée du tout non plus par le Chant onzième  Les Saintes même si j’y apprends qui était Saint Trophime dont j’ai visité l’église et le cloître à Arles, même si l’évocation de la Tarasque est pittoresque, et même si on retrouve le roi René…

Dans le dernier et douzième chant La radieuse mort de Mireille était inévitable, comme celle de Vincent qui arrive juste à temps pour lui toucher la main.

Ce n’est pas tant le roman d’amour qui m’a touchée que l’évocation de la vie rurale dans cette région d’Arles où nous passons une semaine. Pas un village, pas un aspect de la vie Provençale qui ne soit magnifiée et si magnifiquement chantée.

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Saint Rémy de Provence : Musée des Alpilles

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place Favier
place Favier

On entre par des portes dans le centre de Saint Rémy mais il n’y a pas de remparts ni de muraille. Les maisons anciennes de deux étages sont collées les unes contre les autres le long d’une rue en arc de cercle. On dalle les ruelles, cela fait un bruit infernal qui gâche un peu la promenade. Les boutiques sont souvent fermées. Ce sont des boutiques de luxe. On n’aurait jamais l’idée d’y acheter quoi que ce soit. Certaines sont quand même amusantes, vintage, antiquaires, l’une d’elle vend des figurines à têtes branlantes : chiens pour la plage arrière de la voiture, c’est banal, mais aussi Reine d’Angleterre habillée de pastel, chapeautée fait un geste de la main. Même la Sainte Vierge est animée du même geste de la main.

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fontaine Nostradamus

Nostradamus est un personnage de Saint Rémy. Une fontaine lui est dédiée et on passe devant sa maison.

Le Musée des Alpilles se trouve sur la charmante place Favier, au fond de la place, un brocanteur a installé des mannequins portant des costumes traditionnels provençaux, une tour et de vieilles maisons  encadrent son magasin. Le Musée est installé dans l’Hôtel Mistral de Mondragon, hôtel particulier Renaissance d’une jolie pierre dorée finement sculpté.

la cour de l'hôtel renaissance
la cour de l’hôtel renaissance

Actuellement une très belle exposition temporaire occupe le rez de chaussée et un peu les collections permanentes. Sur le thème de l’arbre. Des globes de verre comme celles qui protégeaient les bouquets de mariées, ont été remplies de compositions de branchages factices, de tronçons de bois,  et de livres des auteurs des Alpilles, Frédéric Mistral, bien sûr mais aussi d’autres moins connus. Au mur, des tableaux de Gustave Fayet, des dessins et des gravures.

Figuier
Figuier

Un paravent a retenu mon attention. Fait de papier translucide sur de légers cadres de bois, formant une douzaine de panneaux. Il est décoré de dessins, collages, aquarelles racontant les étapes de murissements de la figue. Le premier panneau montre le fruit à peine formé accompagné d’une citation du Cantique des Cantiques calligraphié en hébreu. Le second montre le fruit déjà formé accompagné d’un texte en arabe, tandis que le troisième est en grec, la figue mûrit. Au fil des panneaux le fruit rougit, finit par exploser tandis que les langues se mélangent.

le paravent aux figues
le paravent aux figues

Sur un autre mur, dessins d’Anne Rothschild : étude d’un rameau de figuier accompagnant un herbier. Dans autre salle, les arbres sont considérés comme arbres nourriciers. Figuiers et oliviers sont présentés avec les bidons d’huile ou de l’outil pour cueillir les figues. De nombreuses sculptures de bois accompagnent l’installation. Dans les salles et dans la très jolie cour ou se trouve un bel escalier Renaissance.

A l’étage les collections permanentes sont celles d’un musée ethnographique. La mise en scène, ici encore est remarquable. Après avoir vu des tableaux représentant les paysages anciens ou la ville de Saint Rémy au cours des âges, je découvre un petit cabinet consacré à la cigale. Toutes les espèces de cigales, européennes mais aussi Africaines Américaines ou Asiatiques sont épinglées dans de magnifiques compositions. Les outils agricoles sont exposés comme dans tous les musées ethnographiques. Ils sont mis en valeur par la scénographie. Des sculptures modernes de Vincent Larige sont mêlés aux objets : longs bâtons de bois collés mélangés à des tronçons de résine incluant des objets colorés, totems provençaux ?

totems?
totems?

Les productions locales des Alpilles ne se limitent pas à l’huile d’olive et au vin. J’avais découvert les graines florales au cours du parcours Van Gogh. Les assortiments de graines sont présentés dans des tubes à essais, dans des vitrines comme autant de compositions variées. La garance graines et racines pilées donnait un beau colorant rouge. J’avais oublié la soie, le mûrier. Les chardons à cardère ont été cultivés jusqu’en   1983. Ce chardon à carder ne servait pas à carder a laine mais à la « gratter ».

Nous terminons la journée à la recherche de la Fondation Armand Panigel situé dans un moulin : la Fabrique. J’avais entendu parler du moulin. Nous ratons le carrefour et nous retrouvons à Maillane juste en face du musée Mistral. Il n’est plus temps d’y entrer. Je le regrette puisque je viens de commencer la lecture de Mireille

Glanum

 

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les Antiques
les Antiques

Nous avons découvert Glanum hier par un soleil resplendissant. Aujourd’hui le ciel est voilé. Le soleil chauffe  peu.

« Il n’y a qu’à prendre le droit chemin. Voyez ! répondit la fille des champs. Vous enfilez le désert de Peyre-Male. Et vous marchez dans le val tortueux jusqu’à ce qu’un portique se montre à vos regards Avec un tombeau qui supporte Deux généraux de pierre là-haut dans les airs.

C’est ce qu’on nomme les Antiques – Grand merci ! dit le jeune homme »

Les Antiques – Mausolée de Jules et Arc de Triomphe – resplendissent.

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La cité de Glanum tire son nom de la divinité  gauloise Glan que les Salyens celto-ligures, vénéraient à la source sacrée d’eau guérisseuse. Glanum fut occupée depuis l’âge de fer, devint une cité hellénistique avant que les Romains à la suite de Jules César ne la romanise.

Glanum thermes natatio
Glanum thermes natatio

La rue principale est dallée de grosses dalles plates cachant le réseau hydraulique: les égouts dans un grand collecteur, et l’eau potable dans de petites rigoles. Nous reconnaissons les thermes aux hypocaustes dans les pièces chauffées ainsi qu’une très belle piscine natatio alimentée par une fontaine en forme de masque de théâtre, la palestre était aussi de bonne taille. Un petit marché à quatre boutiques était bordé par la chapelle de la Bonne Déesse dont l’autel est curieusement orné de deux oreilles entourées d’une couronne végétale. Ces oreilles étaient censées écouter les prières des orants.

maison hellenistique : peristyle autour de l'impluvium
maison hellenistique : peristyle autour de l’impluvium

Dans le quartier résidentiel se trouvent des maisons hellénistiques : un péristyle entoure l’impluvium  qui concentrait les eaux de pluie dans une vaste citerne rectangulaire. Les mosaïques ont été déposées. On ne reconnaitra donc pas la maison au Capricorne, nommée d’après la mosaïque. La maison des Antes possède de très belles colonnes décorées de motifs d’acanthes corinthiens. Une autre maison est la maison d’Atys, l’amant de Cybèle. J’aime toujours les rappels mythologiques.

l'eau ruisselle à Glanum
l’eau ruisselle à Glanum

Une grande Curie possède encore de hauts murs en petit appareil, pierre locale taillée en pavés décimétriques. On arrive alors dans le Centre Monumental de Glanum avec son vaste Forum, un peu trop dégagé peut être revêtu de gravillons fins qui détonnent un peu. Sous le forum romain se trouvait un très grand puits à dromos, une entrée de gradins taillés formant un bel escalier qui coude et entre dans le puits d’une eau claire et vert émeraude. C’est assez étrange de penser que ce beau puits a été comblé par les remblais du Forum et que la ville romaine n’en profitait pas.

Fronton d'un des temples jumeaux au culte de la famille impériale
Fronton d’un des temples jumeaux au culte de la famille impériale

La présence de l’eau qui ruisselle sous les dalles égaie la visite. On passe devant les temples jumeaux qui ont empiété sur le bouleutérion hellénistique. Le culte de l’empereur éclipse les sanctuaires salyens. Il y avait une fontaine monumentale. Passées les portes de la ville, on découvre la source sacrée couverte d’arcades. Un escalier descend tout droit du rocher où étaient aussi associées des divinités rupestres. Contigu à la source, le sanctuaire de Valetudo, déesse romaine de la santé  et à proximité un temple d’Hercule. Des soldats ont consacré  6 stèles remerciant Hercule de leur retour d’expéditions militaires ;

source sacrée
source sacrée

La visite de sites antique est pour nous comme un jeu de piste. Nous savons maintenant reconnaître les structures principales des thermes, des villas, des monuments habituels. Nous pouvons consacrer plus d’attention aux mythes, aux détails de la vie quotidienne, aux adductions d’eau….

Les Baux de Provence

CARNET PROVENÇAL

le château des Baux se détache sur la falaise
le château des Baux se détache sur la falaise

Puisque tout est fermé à Saint Rémy le lundi nous déjeunons devant le site de Glanum sur des tables à pique-nique en bois et retraversons les Alpilles vers les Baux de Provence. De loin on devine la silhouette du château se détachant sur les crêtes calcaires ruiniformes. De magnifiques mas exploitant les oliveraies et les vignes se trouvent dans la petite vallée. Certains sont de luxueux hôtels ou chambres d’hôtes pour les touristes.

Le parking est payant (5€) et bien aménagé. En février nous n’avons aucun mal à garer la voiture. On monte tout en haut pour découvrir une carrière de pierres, avec des excavations mais aussi les dissolutions dans le calcaire faisant comme de la dentelle de pierre, les trous et fenêtres naturelles. Nous n’aurions pas dû monter si haut, le village est à mi-pente. On u entre par une maison détruite qui montre une magnifique cheminée encore accrochée au mur. Les rues étroites et pentues sont bordées de magasins de souvenirs, de bons goût, pittoresques mais un peu trop à la manière du Mont Saint Michel ou de Concarneau….dans le genre provençal. Restaurants, galeries, sont le plus souvent fermés.

le village des Baux vu du château
le village des Baux vu du château

Dans le  bel hôtel qui abrite la Mairie, un peintre illustrateur expose des dessins et des textes d’un livre pour enfants racontant une histoire de petit berger et d’étoiles. Influence de Van Gogh, et des rois mage.

En face, dans un jardin (une maison détruite dont on devine les fondations), un photographe, José Nicolas expose des photos du Noël provençal aux Baux où les villageois sont costumés, en Mireille, Arlésienne, ou en petits bergers. De véritables moutons assistent à la cérémonie, l’un d’eux traine un petit char en bois décoré. Ma préférence va aux petits bergers.

Le château des Baux

Le château des Baux, au 1er plan engins de guerre
Le château des Baux, au 1er plan engins de guerre

L’ audio-guide  rend la visite des ruines plus vivantes et plus intéressantes. Du château, il ne reste que des ruines. Sur l’éperon rocheux recouvert d’une dalle calcaire, des machines de guerre pour meublent le plateau vide: ce n’est pas très joli et un peu artificiel, puisque leur place n’est pas intra-muros, mais cela doit plaire aux petits garçons : catapultes, couillard (à cause de sa forme), bricole (défensive, actionnée par des femmes) trébuchet ne retiennent guère mon attention. La place des Baux fut assiégée par les soldats de Louis XII, pendant les Guerres de Religion le village étant  protestant.

Un moulin (1652) profitait des vents qui n’étaient arrêtés par aucun obstacle.

Un plan incliné dallé fut construit au 19ème siècle jouant le rôle d’un impluvium : sur le rocher des Baux il n’y a ni puits ni source. L’eau ne pouvait provenir que du ruisseau dans le vallon, remontée dans le meilleur des cas à dos d’âne. Il importait donc de récupérer par tous les moyens l’eau de pluie. Le massif des Alpilles reçoit une pluviométrie assez importante quoique les pluies soient assez espacées dans le temps. Des rigoles la conduisaient à des citernes. Sur les falaises on remarque également des sortes de gouttières.

les Baux : pigeonnier
les Baux : pigeonnier

Le site fortifié est gardé par plusieurs tours posées sur les rochers. La Tour Sarrasine doit son nom aux razzias des Sarrasins. A sa base, la seconde Basse Cour était habitée dans des maisons semi-troglodytes construites sur des restes de carrières de l’âge de pierre. Je remarque aussi des pigeonniers dont les alvéoles sont creusées directement dans le rocher. L’ascension à la tour Sarrasine est assez difficile car les hautes marches ont été dégradées par l’érosion avec une rigole centrale. Je remarque dans la roche des fossiles d’huitres, un peu plus loin, ce sera une accumulation de pectens.

château des Baux
château des Baux

Le donjon, lui aussi, est creusé dans le rocher. Il avait quatre niveaux. Je n’ai pas eu le courage de visiter les salles basses sous le château.

En face du rocher des Baux le vallon a été nommé le Val d’enfer par référence à l’Enfer de Dante avec les ouvertures béantes des carrières.

la vallée creuses de carrières: dantesque!
la vallée creuses de carrières: dantesque!

C’est dans le Val d’enfer que la sorcière de Mireille, la Taven, guérit Vincent invoquant l’agneau noir, la chèvre d’Or  et les Fées.

Nous terminons la visite des Baux par une promenade dans le village. Le Musée Yves Brayer ne ré-ouvrira que le 7 mars mais on peut voir une grande fresque du peintre sur tout l’intérieur de la Chapelle des Pénitents. Jaune et bleu, ocres, grandes figures, asse fruste, je ne suis pas convaincue.

Dans l’église, en revanche ce sont les vitraux modernes colorés que j’ai aimés, surtout le petit tondeur d’agneaux.

Le Petit Musée des Santons est ouvert, grands santons habillés ou petits santons peints sont dans des vitrines ; il y a aussi de grands santons napolitains anciens qui surclassent les provençaux.

Enfin, on s’installe à la terrasse du Relais de la Porte d’Eyguières sous des arbres défeuillés sur des tables rondes installés sur la place pavée bordée par un parapet qui donne sur la vallée.

Saint Rémi en Provence : Van Gogh à saint Paul de Mausole

CARNET PROVENÇAL

  mp provence 006 - Copie

Une journée radieuse se prépare.

Nos premières photos seront celles des arbres en fleurs– cerisiers ou amandiers – avec les bouquets roses sur un ciel bleu franc.

La route traverse les Alpilles . Les crêtes déchiquetées des montagnes ont un  écrin d’oliviers et de vignes. Chaque arbre en fleurs est prétexte à un arrêt. La route fait des épingles à cheveux. Les sommets culminent à moins de 500m (485m au sommet) et en moyenne 300m mais on se croirait  en montagne. Des randonneurs équipés de bâtons de montagne grimpent sur le sentier de randonnée.

Provence Dt saint rémy013 - Copie

« Cette vallée est d’un aspect à la fois grec et romain :  c’est un cirque comme celui d’Arles dont les monticules dégradés des Alpines sont les gradins. Le ciel azuré du Midi est coupé crûment par ces rochers… »

 

Les Antiques de Glanum étincellent sous le ciel bleu. Le Mausolée de Jules, ressemble à une pâtisserie de sucre blanc, genre de pièce-montée de mariage : un socle décoré de bas reliefs porte une sorte d’arc de triomphe carré encadré par des colonnes aux chapiteaux corinthiens, au dessus une tholos circulaire aux colonnes encadrant des personnages et coiffée d’un curieux cône ressemblant à un chapeau. Les scènes des bas-reliefs montrent des batailles, des cavaliers, je pense aux exploits de César puisque c’est le Mausolée de Jules. Les panneaux expliquent que sur une face Ménélas protégeant le  corps de Patrocle et une chasse au sanglier de Méléagre sur une autre tandis que les armées de César ornent les dernières. Des guirlandes sont portées par des amours tandis que des têtes grimaçantes évoquent des diables, ou des masques de théâtre peut être des têtes de vaincus.

L’arc de triomphe de Glanum est décoré à l’intérieur de caissons à motifs floraux très délicats. Une bande de végétaux, feuilles de chênes, grappes de vignes, borde l’arrondi de l’arche.

Malheureusement le site de Glanum est fermé le lundi. Il faudra revenir.

van gogh la monttagne aux 2trous

Un sentier conduit au Cloitre de Saint Paul de Mausole ou Van Gogh a été interné. Des reproductions des tableaux de Van Gogh sur des panneaux de céramiques sont présentés sur le site où ils ont été peints. Van Gogh pouvait sortir de l’hôpital accompagné d’un gardien, il peignait donc dans les environs de Saint Paul. Les oliviers et la Montagne aux deux trous sont tout à fait à leur place, les oliviers ne sont peut être pas les mêmes mais la Montagne aux deux trous sont bien là ! Comme les oliviers (ciel jaune et soleil resplendissant) Un tableau montrevan gogh1 l’asile de Saint Paul et les iris poussaient près de l’asile. Une allée conduit à l’établissement, les végétaux sont étiquetés, des fleurs roses sur de grosse feuilles arrondies vernissées égaient la végétation encore hivernale.

Le cloître est assez petit. Les arcades de fines colonnettes jumelles   sont surmontées par les chambres des pensionnaires. Les murs  de pierre blanche lisse sont recouverts en saison de vigne vierge et de rosiers grimpants. Des persiennes de bois  gris bleu fané donnent un peu de couleur.

Les massifs du vangogh irisjardin, pensées, sont encadrés de basses rangées de buis.

Le buste de Van Gogh sculpté par Zadkine a été volé mais un bronze a été offert par un bienfaiteur américain.mp provence 012 - Copie

chambre de Van gogh
chambre de Van Gogh

A l’étage la chambre de Vincent Van Gogh a été reconstituée, les murs gris vert, son lit de fer, les chaises de paille, un pupitre de bois, la sacoche de cuir qui ressemble à celle d’un artisan-plombier ou électricien. Sur le chevalet on a mis une reproduction. Les fenêtres sont gardées par d’épais barreaux mais la vue est merveilleuse sur les jardins de l’hôpital, ceux du voisinage et à l’horizon, le Ventoux est enneigé.

Dans la chambre voisine on a exposé de nombreux documents et explications sur la psychiatrie au 19ème siècle, ses méthodes, ses remèdes et sur les symptômes et les traitements de Van Gogh. Vincent était-il fou ?

van gogh2

Certes, et le médecin, la mère supérieure étaient éclairés. Tout en appliquant les traitements de l’époque ils lui ont permis de peindre et même de peindre à l’extérieur. On peut s’interroger sur les traitements qui lui auraient été appliqués à notre époque. Cette visite n’est pas spécialement gaie. Elle me donne envie de lire les lettres que Vincent a adressé à son frère Théo.

Provence Dtsaint rémy 031 - Copie

A l’arrière du cloitre se trouve un beau jardin, presque un champ six rangs de lavande, un grand rectangle d’iris. Trois arbres à kakis (Diospyros kaki) défeuillés étendent leur squelette. De l’autre côté d’un grand mur de pierres sèches des cyprès se détachent. Un petit cabanon de pierre s’adosse au mur sous l’ombre d’un grand néflier.

Si le cloître et la chambre de Van Gogh sont ouverts aux touristes, l’établissement n’a pas perdu sa vocation première : une association Valetudino pratique la thérapie basée sur la pratique artistique : des œuvres des patients sont proposés à la vente à la billetterie et certaines sont de bonne facture.

Le docteur Schweitzer fut interné là, non pas comme patient ou médecin, mais comme prisonnier pendant la Première Guerre mondiale, du fait de sa nationalité allemande, natif d’Alsace.

 

cabestan
cabestan

A proximité du cloitre le grand cabestan est un témoin de l’activité des carrières. Depuis l’Age de fer, le calcaire molassique miocène de Saint Rémy fut exploité, à  ciel ouvert d’abord au Mas de la Pyramide, puis dans les temps hellénistiques on utilisait l’escoude et romains, la pioche. Au 17ème et au 18ème siècle, l’extraction se fit souterraine. Le cabestan montre comment on remontait les blocs. Les termes des carriers sont amusants : la poulie mobile était le « singe » tandis que l’axe reposait sur une crapaudière.

van gogh2

La suite du parcours de Van Gogh continue en bordure d’agglomération sur le chemin des carrières. Les tableaux ne correspondent pas forcément au paysage actuel. Saint Rémy s’est étendue et l’urbanisation a gagné les champs de blé ou de fleurs dont on récoltait les graines pour la graineterie. Les tableaux montrent des paysans, dans la Sieste et le Paysan Bechaut illustrant la sympathie du peintre pour les paysans et les ouvriers. Van Gogh était un admirateur de l’œuvre de Zola

 On croise la Via Domitia. Dans la région il y avait aussi la via Aurelia plus proche de la côte e direction d’Arles que nous avons vue hier.

Le parcours me mène en centre ville. Le lundi hors saison, toutes les boutiques sont fermées et c’est un peu triste. Le cœur de Saint Rémy est piétonnier, ville close dans laquelle on pénètre par des arches interdisant la circulation automobile. La place de la mairie est très sympathique avec ses platanes, le bel Hôtel de Ville en pierre claires et le clocher de l’église dépassant des toits.