L’abbaye de Montmajour se détache de profil sur la colline et se voit de loin, une tour carrée très haute, un bâtiment classique délabré dont il ne reste qu’une façade et le complexe abbatial roman ramassé à flanc de rocher. La billetterie donne sur la crypte, presque troglodyte aux voûtes en berceau romanes d’une grande simplicité et d’une grande pureté.
Montmajour : crypte
Une exposition contemporaine de Frank Pourcel a pour titre Ulysse, des constellations sont tracées sur des tissus noirs suspendus, très sobres aussi, constellation des murs, constellation des corps (entre autres) – je suis toujours sceptique sur ce genre d’installations contemporaines dans des lieux prestigieux qui profitent de l’architecture ancienne pour exposer tout et n’importe quoi – hier à Villeneuve c’était le comble de la vacuité.
Un plan incliné conduit à la nef de l’abbatiale (1153) de style provençal roman qui surprend par les volumes et la lumière. Ici aussi, sobriété et pureté. Toutefois, il n’en a pas toujours été ainsi : l’église était autrefois très décorée. Blanche et dénudée, elle est très belle.
Abbatiale
Ici je découvre la suite des constellations de Pourcel : des photos grand format, en noir et blanc, sur le thème d’Ithaque et d’Ulysse. Je ne reconnais pas Ithaque mais j’aime beaucoup ces corps à demi plongés dans l’eau. Dans les salles suivantes, suite de l’expo-photo grands formats en couleur. Pas de légende, il faut deviner, ce sont toutes des photos prises autour de la méditerranée, Turquie, Grèce, Egypte ou Tunisie, Italie aussi… dans la sacristie, la constellation des murs avec le mur pris à Ramallah, des images de Bosnie. Je commence à comprendre ; les constellations font sens et j’apprécie beaucoup l’exposition. Arrivées dans un très beau cloitre avec des chapiteaux romans sur de fines colonnettes qui me rappellent Saint Trophime visitée cet après midi, la dame bat le rappel
–» Si vous voulez monter à la Tour c’est maintenant, après ce sera trop tard ! »
J’abandonne les chapiteaux à regret pour monter à l’assaut des 125 marches de la tour carrée. L’abbaye a été fortifiée pendant la Guerre de Cent ans. Il y a une belle vue sur les Alpilles.
Nous rentrons par la route de Fontvieille et du Paradou. Une flèche signale un aqueduc romain, nous le suivons. Les ruines se tiennent dans des olivaies, un sentier permet de les suivre. En haut de la colline les arches et la maçonnerie disparaît le rocher est entaillé en une fente large d’1.50m environ. Là, je trouve la Meunerie de Barbagal dont nous avons vu la maquette : meunerie hydraulique sur huit niveaux avec deux meules par étage. La première fois que j’avais vu une telle installation c’était en Galice pour des moulins à foulons, ainsi qu’en Macédoine à Edesse.
aqueduc conduisant à la meunerie
Ici, on moulait le blé de la Crau. Heureusement que nous avons vu la maquette parce que sur place voit plus rien, que des cailloux sur une pente très forte et quelques buissons. Je suis néanmoins ravie de cette découverte.
Le ciel est très menaçant. La visite d’Arles se fait à la va-vite.
Le GPS nous conduit facilement place Constantin, à proximité des thermes de Constantin proches du Rhône. Malheureusement impossible de garer la voiture. La visite est brève : si de l’extérieur les thermes ont une façade bien préservée de brique et pierre avec une jolie coupole, à l’intérieur, il ne reste plus grand-chose : une salle avec des hypocaustes de brique comme d’habitude mais des parements de marbres il ne reste plus rien. Nous avons déjà vu d’autres thermes romains plus spectaculaires.
L’Amphithéâtre avec ses hautes arches d’une belle pierre blanche est très bien conservé. Des courses de taureaux et peut être d’autres spectacles s’y déroulent. Je ne trouve pas l’entrée (et ne fais que peu d’efforts, la pluie s’abattant brusquement) les gradins métalliques et la scène moderne ne me tentent pas.
il pleut sur Arles
Le Théâtre à proximité est d’accès plus facile. Deux très belles colonnes de belle brèche colorée surmontées de chapiteaux corinthiens, dominent la scène. Les gradins de pierres sont intacts. Il jouxte un parc. Sous le soleil, ce serait un endroit très agréable ; mais il pleut !
le porche de Saint Trophime
Le cloître Saint Trophime me procure un abri ! Malheureusement il est en rénovation et des palissades de tôle ondulée gâchent l’ensemble. Ce qui n’empêche pas de s’attacher aux détails des chapiteaux historiés.
cloitre de saint Trophime
Une grande salle est ornée de tapisseries de très grande taille et de bonne facture sur le thème de la Jérusalem délivrée du Tasse. L’une d’elle montre la blessure de Godefroi de Bouillon, une autre Tancrède au combat. Je retrouverai la suite de la série dans la grande église Saint Trophime voisine dont le porche est tout à fait curieux
Réveil sous la pluie, allons donc à Arles nous abriter au Musée !
La route traverse la Crau, élevages de taureaux, centres équestres, chevaux camarguais blancs, hautes haies de thuyas ou cyprès. A l’entrée d’Arles, les arches d’un aqueduc.
Devant l’Office de tourisme, le manège à l’ancienne a placé un taureau noir à la place d’une monture classique. Des Arlésiennes décorent les peintures naïves.
On est accueilli par le lion d’Arles sous une citation de Mistral :
« Arles, ville du lion tu es assise au bord du Rhône comme une vénérée majestueuse reine à l’ombre de ta gloire et de tes monuments »
Le Lion d’Arles évoqué par Frédéric Mistral
« Rome à neuf l’avait vêtue. En pierres blanches bien bâties. De Grandes arènes, elle avait mis à ton front. Les cent vingt portes ! Tu avais ton Cirque : tu avais Princesse d’empire, Pour distraire tes caprices. Les pompeux Aqueducs, le Théâtre et l’Hippodrome… » Mireille – Frédéric Mistral
Le Musée Archéologique n’est pas en centre-ville comme nous le pensions mais le long du fleuve, près du cirque antique. Le bâtiment moderne bleu et verre n’est pas très élégant mais il est admirablement bien intégré au site. Du dehors on peut deviner les pièces exposées et de l’intérieur on sent le Rhône qui roule des eaux boueuses.
Arles est habitée depuis les temps les plus anciens. Une salle montre les sites de La Protohistoire – Âge du Fer de 700 à 50 av.JC – s’achevant avec la conquête romaine. Des stèles – les cippes – sont gravées de cavaliers. Ces cippes étaient des stèles supports pour un objet votif.
Arelate, ville romaine construite sur les deux rives du Rhône
Cité romaine – Arelate – fut fondée en 46 av. JC. Est présentée par une maquette avec les monuments tels qu’ils étaient à l’Antiquité de part et d’autre du fleuve. Un pont de bateaux reliait les deux rives. C’était un pont permanent comme le témoignait les premières arches de pierre surmontées d’un arc.
Deux très belles maquettes font revivre le forum assis sur des galeries à moitié souterraines en arcades pour égaliser le terrain. J’avais découvert ce procédé à Thessalonique. Le théâtre, l’amphithéâtre et le cirque où se déroulaient les courses de char sont très bien modélisées. Dans l’amphithéâtre un village fut logé jusqu’au dégagement des ruines en 1826. Autour de ces maquettes la salle est dédiée aux arts du spectacle, les statues qui décoraient le théâtre sont exposées, les stèles de la scène, les frises, les acrotères sous forme de masques de théâtre grimaçants.
Le village logé dans l’amphithéâtre
De nombreuses statues nous montrent les romains tels qu’ils vivaient à Arles. La célèbre tête de César retrouvé il y a peu dans la boue du fleuve, un énorme Auguste défiguré par les perforations des vers aquatiques
le chaland romain de 31m retrouvé dans le fleuve avec son chargement
Toute une aile du musée est dédiée au chaland Arles-Rhône3 – bateau plat de 31m de long retrouvé intact avec son chargement : des pierres de construction, son mât, sa rame gouvernail et même la cuisine installée à la poupe. Péniche ou pirogue, il pouvait remonter le fleuve à la voile si le vent soufflait du sud. Sinon, il était tiré par des hommes, des esclaves. L’état de conservation du chaland est stupéfiant. Étonnante aussi la taille de l’embarcation. Les vitrines autour du bateau montrent qu’Arles était un port de négoce des métaux : des barres de fer, des lingots de plomb, de cuivre et d’étain ont été retrouvés dans les sédiments en plus des innombrables amphores.
Une vidéo d’une trentaine de minutes retrace les fouilles archéologiques du fleuve et les traitements ultérieurs que l’épave a subis. Elle était enfouie sous 3 ou 4 m de sédiments sable, argile et de débris très abondants, céramiques et autres. Pour l’extraire on a été forcé de la scier en tronçons de 3 ou 4m en utilisant un berceau métallique. Préservé pendant des millénaires de l’oxydation il a dû être manipulé avec le plus grand soin pour ne pas se dessécher et l’eau a été remplacée par du polyéthylèn-glycol à Grenoble . 4Une carte du monde antique romain, permet d’imaginer les échanges commerciaux maritimes ou fluviaux.
D’autres vitrines présentent la vie des travailleurs du port : les emballeurs, les dockers saccarii(porteurs de sacs) ou phalangarii (porteurs d’amphores). Des bas-reliefs, des figurines les montrent au travail.
Tous les aspects de la vie quotidienne à Arles sont abordés. Une vitrine rassemble les navettes et divers accessoires des tisserands. D’autres présentent les outils du médecin, les produits de beauté.
Une maquette reconstitue la meunerie hydraulique de Barbegal près de Fontvieille. : 16 meules meunières installées sur 8 niveaux, actionnées par l’eau.
Une visite guidée est consacrée à la gastronomie romaine autour des vitrines de la vaisselle : céramique et verre…j’entends citer la dorade aux coings, illustrant les mélanges salé-sucré.
sarcophage sculpté : chasse au sanglier
Les sarcophages très finement sculptés racontent des scènes de chasse, des courses de chevaux, des thèmes classiques ou mythologiques comme Phèdre et Hippolyte, ou plus tard des histoires chrétiennes, une nativité, des apôtres et évangélistes….
mosaïque du Temps
Quelques mosaïques sont assez belles : l’enlèvement d’Europe, une autre autour d’un personnage représentant le temps assis à côté d’une sorte de roue décorée par les signes du zodiaque est entouré de scènes représentant les âges de la vie.
Deux expositions temporaires sur le thème du chaland avec des panneaux et une expo-photo des paysages du Rhône pourraient être visitées. Nous sommes restées plus de deux heures et sommes saturées. Le soleil brille, des tables pique-nique sur les bords du Rhône nous invitent à manger notre salade de pommes de terre-thon-anchois-olives !
Francis nous a déposées derrière l’Opéra d’Avignon. Dans les ruelles, il est difficile de stationner, même pour quelques minutes. De là, on arrive sur la très belle place de l’Hôtel de Ville, occupée par de très beaux cafés et un manège à l’ancienne. Il faut prendre du recul pour admirer les jacquemarts dans le clocher. Non loin de là une autre esplanade est délimitée par le Palais des Papes, d’un bord, le Petit Palais un peu plus loin et au fond le rocher des Doms portant la cathédrale surmontée d’une vierge très très dorée.
Impossible de raconter la visite du Palais des Papes, le Guide Bleu fait cela beaucoup mieux que moi !
cour d’honneur
De ma première visite en 1976, je ne garde que le souvenir de Carolyn Carlson répétant dans la cour d’Honneur. Nous nous étions fait enfermer exprès pour voir la danseuse répéter, le prix des places au Festival n’étant pas dans mon budget d’étudiante. Je me souvenais vaguement de très grandes salles que j’avais parcourues distraitement. J’ai retrouvé la cour d’honneur sans le soleil de juillet, un peu austère, un peu triste.
fresques de giovannetti vie de Saint jean
Impossible de détailler le parcours à travers les deux Palais, le Palais Vieux et le nouveau. Je m’attache surtout aux surprises qui m’ont ravie : les fresques. La Salle du Consistoire est décorée des fresques de Martini (1340) et des sinopie – les études préparatoires à la réalisation de la fresque elle-même qui doit être effectuée dans de très brefs délais. Je ne connaissais pas le terme de sinopia venant de la ville de Sinope en Turquie sur les bords de la Mer Noire. Une comparaison avec la Maesta de Sienne de Martini (1315) que j’ai vue là-bas. La chapelle Saint Jean attenante est peinte à fresques par Matteo Giovannetti. Les couleurs sont merveilleuses surtout les plafonds bleu étoilé. Elles racontent la vie de Saint Jean Baptiste et de Saint Jean l’Evangéliste. Sur un écran plat un film raconte, zoome, s’arrête sur des détails que je n’aurais jamais remarqués comme la colombe sur la tête d’un personnage. Aurais-je reconnu Salomé dansant devant le roi ?
La chapelle Saint Martial est malheureusement fermée mais un audiovisuel les montre avec de magnifiques bleus.
Sur les écrans on voit aussi les reconstitutions des décors des grandes salles maintenant austères qui étaient peintes avec des plafonds bleus étoilés, des murs rouges, des draperies en trompe-l’œil.
Les chambres peintes du pape sont étonnantes : la première, au sol carrelé multicolore, a ses murs recouverts d’un décor d’entrelacs et d’arabesques de sarments de vigne sur un ciel bleu. Près des fenêtres des cages à oiseaux semblent suspendues. La pièce suivante est la Chambre du cerf où sont représentées des scènes naturalistes : chasse, arbres et des oiseaux dans un décor très réaliste et en même temps poétique.
Un tableau au mur, présente la liste des personnes ayant travaillé sur le chantier de 1344 à 1345. Ce genre de détail rend la visite très vivante. De nombreux panneaux racontent la vie au Palais, expliquent l’histoire de neufs papes, montrent comment étaient prélevés les impôts. La salle du trésor est impressionnante.
sur la terrasse du palais des papes
Finalement je monte sur la terrasse pour découvrir la ville et surtout le Pont d’Avignon !
le Petit Palais
Le pont d’Avignon
Autant que le Palais des Papes ou que le Festival, le pont est emblématique de la ville. Hier soir, Francis et Claudine étaient lyriques quand ils racontaient l’importance de ce pont dans l’histoire de la ville. Seul pont sur le Rhône pendant longtemps ! Frontière entre les Etats du Pape et l’empire et le royaume de France. Pont détruit, reconstruit, emporté par les fureurs du fleuve et peut être encore plus celles de la Durance. Je débarque : je ne connaissais que la chanson.
Pont Benezet
J’imaginais que nous ferions un tour sur le pont et que nous retrouverions vite nos amis. Erreur ! La visite est beaucoup plus longue : payante, nous négligeons de prendre l’audio guide ce qui est idiot puisque le prix est compris dans le billet (couplé avec celui du palais des Papes). Nous nous sommes donc privées des versions de la chanson de toutes les époques et dans toutes les langues, même en kabyle ! Au milieu du tronçon restant on voit la chapelle Saint Benezet, consacrée à ce pâtre ardéchois qui s’investit de la mission de lever des fonds pour construire le pont.
Un centre d’interprétation donne toutes sortes de renseignements sur le pont. Des reproductions du pont de tableaux de Signac, Paul Sain et Corot sont exposées ainsi que le Retable des Perussis , 1480. Une vidéo « d’une rive à l’autre » est consacrée à la construction de la maquette numérique du pont réalisée d’après des études très sérieuses. A l’occasion de cette maquette numérique un corpus de données impressionnant a été constitué : histoire du pont, histoire des destructions et des reconstructions, comparaison avec le Pont-Saint –Esprit… Des carottages dans les sédiments de l’ile de la Barthelasse ont permis de reconstituer les paléoclimats au moyen âge et pendant le petit âge glaciaire, de déduire les variations des débits, des paléo-paysages. Cette recherche m’impressionne.
Francis et Claudine nous ont préparé un magnifique repas froid. Nous les avons fait attendre pour déjeuner jusqu’à près de 14h !
le fort vu de la chartreuse de villeneuve
Le GPS nous conduit à Villeneuve-lès-Avignon de l’autre côté du Rhône. Nous passons devant la tour de Philippe Le Bel qui était à l’extrémité du pont du côté français. La colline est coiffée du Fort Saint Jean qu’on voit bien d’Avignon mais que nous n’aurons pas le temps de visiter. La Chartreuse est cachée sous le fort, on y accède en longeant des petites maisons qui ressemblent étrangement aux cellules des Chartreux.En 1976, Ariane Mnouchkine avait monté la Révolution 89 ou 93, je en me rappelle plus mais cette mise en scène m’avait enthousiasmée. La Chartreuse est encore un lieu de théâtre.
Chartreuse de Villeneuve lès Avignon
Nous nous promenons dans cet endroit paisible, passant des cloitres aux églises et découvrons encore des fresques merveilleuses. Les chartreux avaient des petites maisons bien confortables et bien vastes. Il semble qu’il reste de ces silencieux une paix extraordinaire.
Jusqu’à Lyon, pluie. Les camions éclaboussent. Nous écoutons Mariusavec les CD de la trilogie de Pagnol avec Raimu, entre Beaune et Lyon. Nous sommes déjà en Provence !
Depuis des années, nous contournons Lyon. Le GPS nous recommande la traversée de la ville, le tunnel sous Fourvière. L’autoroute A7 longe le Rhône traversant les raffineries et les complexes chimiques. Impossible de s’arrêter pour piqueniquer avant Vienne où se trouve la première aire.
Le ciel s’est dégagé. Pique-nique sous un faible soleil, des arbres sont en fleurs dans les vignes qui dominent le fleuve. La neige sur les sommets nous rappelle qu’on est à la mi-février. Les croupes arrondies côté Massif Central sont plutôt saupoudrées. Près de Valence on s’approche du Vercors et des Alpes beaucoup plus blanches.
Sortie à Avignon-Nord, la route longe le fleuve qui fait une boucle.
L’arrivée sur Avignon est spectaculaire : à travers le rideau d’arbres les murailles blanches de la ville surplombent l’eau boueuse. Nous entrons place Saint Lazare dans la ville close. Nos amis nous attendent devant leur maison : un petit immeuble blanc de deux étages. La rue Carreterie, rue des charrettes est bien étroite, l’autobus ne peut pas nous dépasser. Claudine et moi courrons devant la voiture pour indiquer le chemin du parking. Pourtant c’est une des rues principales de la ville close, les autres rues sont encore plus étroites
Épuisées par le voyage et ravies de l’accueil de Claudine et de Francis, nous délaissons le tourisme pour le plaisir de la conversation.
Noir & blanc, plutôt film gris. Gris comme la tenue des novices, comme les murs du couvent, comme les maisons misérables de Lublin. Grise, Wanda qui boit beaucoup trop…Grise cette réalité polonaise de 1962…
Anna, orpheline élevée au couvent, va prononcer ses vœux. Elle part à la recherche de ses origines chez sa tante.
« nonne et juive! » lui assène cette dernière.
Anna assume sa nouvelle identité : Ida Lebenstein. Elle veut se recueillir sur la tombe de ses parents. Mais qui sait où reposent les juifs? Qui s’en soucie? Personne ne les connaissait. Wanda ne s’en laisse pas conter, Wanda la rouge, procureur communiste, sait comment extorquer des aveux. Wanda qui veut vivre, rencontrer des hommes, boire, danser… Wanda qui se compare à Marie Magdeleine quand Ida fuit les hommes. Si différente de la novice , si proche.
Un très beau film, tout en retenue. Une réalité terrible
Avant d’avoir lu L’Orientalisme de Saïd, l’Orientalisme évoquait des images, peintures de Delacroix, d‘Ingres, Chasseriau que j’ai vues dans de belles expositions il y a quelques temps. L‘Orientalisme rassemblait de nombreux textes, récits de voyages ou de pèlerinage, de Chateaubriand à Loti, en passant par Byron, Lamartine et Nerval (mon préféré).
Exotisme, évasion, couleurs….
L’Orientalisme, pour Saïd est loin de cette version esthétisante et lénifiante
« L’orientalisme est une école d’interprétation dont le matériau se trouve être l’Orient, sa civilisation, ses peuples et ses milieux. »
« L’orientalisme n’est pas seulement une doctrine positive sur l’Orient, existant à toute époque en Occident, c’est aussi une puissante tradition universitaire »
Cette doctrine façonnée par des Européens était au service de la colonisation britannique et française.
A la veille de la Première guerre mondiale 85% des terres étaient dominées par les Puissance européennes et les administrateurs se sont appuyés sur les travaux des Orientalistes. L ‘occupation par les Européens de la totalité du Proche Orient en 1918.
Triple acception du concept : culturel, universitaire et politique. Concept politiquement très incorrect pour l’auteur, universitaire, Palestinien et Américain, « oriental » à la croisée des cultures.
Pour démontrer cette thèse Said va faire un panorama très complet de la culture orientaliste. Said est un véritable érudit. Il fait référence à Dante ou à Foucault, en passant par Flaubert et Gramsci, Marx ou Walter Benjamin.
D’entrée de jeu, il donne la parole à Balfour aux Communes en 1910, démontrant la capacité britannique à administrer l' »oriental« , qui mieux que les britanniques connaissent l’oriental? Livre politique, donc, mais pas que….La grande érudition de Said nous promène dans le Pré-romantisme, de la Flûte enchantée au divan Occidental-oriental de Goethe, puis un inventaire à la Bouvard et Pécuchet va examiner en détail l’Orientalisme du 19ème siècle, période Romantique, positiviste où tout va se mettre en place pour la colonisation et l’Impérialisme britannique et dans une moindre mesure français.
Chaque fois, l’auteur replace la création artistique et la recherche universitaire dans une perspective historique, les évènements incontournables étant l’expédition de Bonaparte et la Description de l’Egypte puis le creusement du Canal de Suez.
Un grand chapitre est dédié aux savants Silvestre de Sacy, Renan et Marx, trop ardu pour la lectrice profane qui a lu en diagonale.
La partie qui m’a parlé le plus est : Pélerins et pélerinage, anglais et français ou j’ai retrouvé mes chers écrivains ainsi que d’autres, Lane, Disraeli, Mark Twain que je n’ai pas lus, Burton à découvrir et – coïncidence – Walter Scott et le Talisman que je viens de terminer. Je suis surprise de lire que Saïd prend pour de la condescendance la relation de l’Écossais à Saladin, reconnaissant ses mérites en particulier mais méprisant son peuple en général. J’avais pensé – au contraire – que le beau rôle revenait à Saladin, plus courtois, plus généreux et plus intelligent que les Chevaliers brutaux et grossiers. Chateaubriand ne sort pas grandi de l’analyse de Saïd : égocentriste « je parle éternellement de moi » à tel point que Stendhal a écrit « je n’ai rien trouvé de si puant d’égotisme, d’égoïsme » sans parler des préjugés qu’il trimballe dans son Itinéraire. Lamartine, non plus ne passe pas l’examen « il devient l’incorrigible créateur d’un Orient imaginaire » plus préoccupé de l’administration du Liban par la France que d’une observation impartiale. Quant à Nerval, dont j’ai adoré le Voyage en Orient, il aurait copié les pages pittoresques dans l’ouvrage de Lane.
L’Orientalisme du 20ème siècle est d’abord celui de l’Empire britannique, Sykes, Lawrence… pour être relayé récemment par un Orientalisme qui ne dit plus son nom, moins poétique des area studies non moins empreints de stéréotypes et de condescendance que l’Orientalisme ancien.
C’est donc un voyage culturel passionnant que la lecture de ce pavé.
Un reproche toutefois, Saïd veut faire exhaustif et ignore le raccourci. Les explications sont souvent redondantes et indigestes. Parti pris historique qui ignore l’empire Ottoman, au 18ème et au 19ème siècle, jamais pris en compte, qui ignore Mehemet Ali aussi et passe sous silence les travaux des archéologues comme Mariette. Préjugés bien anglo-saxons quand il parle de l’influence française au Proche-Orient, légèreté et séduction….
Téléchargé sur ma liseuse à la suite du Talismande Walter Scott,lu immédiatement après l’Orientalisme d’ Edward Said…
Les Croisades n’ont pas été seulement « vues » par les Arabes, elles ont été racontées par des chroniqueurs témoins des évènements. Maalouf puise dans ces écrits pour faire un récit pittoresque de deux siècles d’histoire (1096 – 1291) du Proche Orient. Ce n’est pas un roman historique c’est un livre d’histoire qui se lit comme un roman, avec des intrigues, ds rebondissements, des personnages hauts en couleur, des traîtres et des sultans chevaleresques, des chevaliers barbares, d’autres éclairés, des esclaves et même une sultane d’Égypte….
En Occident, on a l’habitude de numéroter les Croisades, la 1ère celle de Pierre l’Ermite et Godefroy de Bouillon, la 4ème du Doge Dandolo, les 7ème et 8ème avec Saint Louis. Maalouf adopte une autre chronologie : le livre est découpé en six parties l’Invasion (1096 -11oo), l’Occupation (1100-1128), la Riposte (1128-1146), la Victoire (1146-1187), le Sursis (1187-1244), l’Expulsion (1224-1291). Les croisades ne sont pas envisagées en une confrontation religieuse mais plutôt comme un processus de colonisation. Si la religion est invoquée, c’est le djihad qui devra délivrer les musulmans des occupants, et cela ne marche pas très bien.
L’invasion
« En juillet 1096 des milliers de Franj approchent, quelques centaines de chevaliers un nombre important de fantassins armés et des milliers de femmes, d’enfants, de vieillards en guenilles : on dirait une peuplade chassée par un envahisseur »
Comment cette troupe saura-t-elle s’imposer face à l’Empire Byzantin et face aux turcs seldjoukides qui s’imposent face à lui. C’est que l’Orient musulman est divisé!
« depuis 1055, le calife de Bagdad, successeur du Prophète et héritier du prestigieux empire abbasside n’est qu’une marionnette docile entre leur (des Seldjoukides) mains »
Les Seldjoukides ne forment pas un empire centralisé, les différents chefs se jalousent de guerroient. « entre cousins seldjoukides, on ne connait nulle solidarité : il faut tuer pour survire. «
Les Croisés vont profiter de ces rivalités et s’imposer en se taillant des fiefs à Edesse, Antioche , ville où les chrétiens d’Orient sont nombreux, prenant Jérusalem en 1099, assiégeant toutes les villes importantes de la côte : Tyr, Saïda, Tripoli….
La cruauté de la conquête est atroce . Le cannibalisme de Maara (relaté par Walter Scott) atteste de la barbarie des occupants. Jérusalem est saccagé sauvagement sans même épargner les coreligionnaires – Grecs, Géorgiens, Arméniens, Coptes ou Syriens.
« Face au morcellement irrémédiable du monde arabe, les Etats francs vont apparaître d’emblée par leur détermination, leurs qualités guerrières et leur relative solidarité comme une véritable puissance régionale » .
le château fort de Yehiam
Intervient aussi l’influence d’une curieuse secte celle des Assassins qui brouille les pistes.
La Riposte
La première victoire significative (1148) du camp musulman est la débâcle devant Damas de l’empereur allemand Conrad. Le héros de cette période de Victoire est Noureddin, prince intègre et très pieux qui lance une véritable propagande, commandant des poèmes, des lettres, aux mots d’ordres simples
« Une seule religion, l’islam sunnite [….un seul état pour encercler les Franj de toutes parts; un seul objectif, le jihad, pour reconquérir les territoires et surtout libérer Jérusalem »
Suppression des impôts, interdiction de l’alcool (et du tambourin), simplicité des tenues cet islam est rigoriste
« Quel est le chien Mahmoud pour mériter la victoire? » – dit -il de lui-même « De telle démonstration d’humilité lui attireront la sympathie des faibles et des gens pieux, mais les puissants n’hésiteront pas à le taxer d’hypocrisie »
En face se dressent des croisés pas très recommandables comme le Prince Renaud chevalier-brigand d’Antioche « assoiffé d’or, de sang et de conquêtes ».
Le théâtre des opérations militaires va se déplacer vers l’Égypte autour des années 1160. Saladin va succéder à Noureddin au moment où Amaury , roi de Jérusalem lègue son royaume à son fils Baudouin IV, le roi lépreux. Saladin va reconquérir Jérusalem sans effusion de sang, sans destruction, sans haine.
« certes on ne peut reprocher au sultan la magnanimité avec laquelle il a traité les vaincus. Sa répugnance à verser le sang inutilement, le strict respect de ses engagements, la noblesse émouvante de chacun de ses gestes… »
Une nouvelle croisade, la 3ème en 1191 voit débarquer Frédéric Barberousse Richard Cœur de Lion, Philippe Auguste, Conrad de Montferrat qui feront le siège d’Acre que raconte le Talisman de Walter Scott. Je découvre avec étonnement que le roman de Scott est très proche de la réalité historique;
« entre deux escarmouches, chevaliers et émirs s’invitent à banqueter et devisent tranquillement ensemble, s’adonnant parfois à des jeux… »
Maalouf note que « Richard lui-même est fasciné par Saladin. dès son arrivée, il cherche à le rencontrer »mais la rencontre imaginée dans le roman ne se fera jamais.
« les rois ne se rencontrent qu’après conclusion d’un accord. De toute manière, ajoute-t-il, je ne comprends pas ta langue et tu ignores la mienne, et nous avons besoin d’un traducteur en qui nous ayons tous les deux confiance. que cet homme soit donc un messager entre nous. » aurait répondu Saladin.
L’histoire du mariage envisagé entre la sœur du roi d’Angleterre avec le frère de Saladin est aussi véridique. De même la colère de Richard contre le marquis de Montferrat qu’il fera assassiner. Richard doit retourner en Angleterre :
« un mois après la conclusion de la paix; il quitte la terre d’Orient sans avoir vu ni le Saint-Sépulcre ni Saladin ».
Fréderic 2
L’essentiel des affrontements, pendant après 1220 se feront en Égypte. Arrive en 1128, Frédéric II qui a épousé en 1225 Yolande reine de Jérusalem.
« dès son arrivée de Palerme, celui-ci (l’émir Fakhreddin) est émerveillé : oui tout ce qu’on dit de Frédéric est exact! Il parle et écrit parfaitement l’arabe, ne cache pas son admiration pour la civilisation musulmane, et se montre méprisant à l’égard de l’Occident barbare et surtout du pape de Rome la Grande »
A la suite de la crise de Damiette et d’une campagne égyptienne où les armées arabes et franques s’enlisent,
« Frédéric obtient Jérusalem, un corridor la reliant à la côte ainsi que Bethleem, Nazareth, les environs de Saïda. « .
Le dernier épisode, L’Expulsion se fait sous la menace Mongole. En 1248 Louis IX arrive en orient avec l’idée de conclure une alliance avec les Mongols pour prendre le monde arabe en tenaille. Il se lance dans une campagne égyptienne, remportant un succès décisif à Damiette , on lui propose d’échanger Damiette contre Jérusalem mai le roi de France refuse. A la suite de ces guerres, Maalouf note un évènement déterminant pour la région : l’avènement des Mamelouks au pouvoir en Égypte. Un étrange épisode amène au pouvoir une sultane puis Baibars .
J’ai dévoré cette histoire comme un roman. Dans l’épilogue, Maalouf montre que:
« alors que pour l’Europe occidentale, l’époque des croisades était l’amorce d’une véritable révolution, à la fois économique et culturelle, en Orient, ces guerres saintes allaient déboucher sur de longs siècles de décadence et d’obscurantisme »
Le souvenir de ces croisades est encore prégnant dans la région.
« A la veille du 3ème millénaire les responsables politiques et religieux du monde arabe se réfèrent constamment à Saladin, à la chute de Jérusalem et à sa reprise. Israël est assimilé, dans l’acception populaire comme dans certains discours officiels, à un nouvel État croisé. »
J’aime beaucoup Scott, Ivanhoé mais surtout Rob Roy .
J’ai donc téléchargé avec enthousiasme le Talisman(en anglais) sur ma liseuse avec le confort du dictionnaire intégré.
Le début du livre m’a transportée : une curieuse histoire d’anthropophagie, en apéritif, avant que ne s’ouvre le livre, puis une promenade dans les montagnes désertiques de Judée jusqu’à la Mer Morte en compagnie du chevalier du Léopard et d’un Sarrasin très chevaleresque. Chevalerie et conte oriental.
Rencontre avec un ermite à l’allure de saint Jean Baptiste dans les cavernes….reliques et procession de femmes.Un bouton de rose tombe, pas franchement par hasard. et voilà le chevalier (à la rose) qui se dévoue à sa dame. Amour courtois.
et grand plaisir de lecture.
Malheureusement l’action s’enlise dan le camp des Croisés. Richard Cœur de Lion. le roi anglais est malade,. Pendant la trêve conclue avec Saladin, les Croisés s’ennuient et les intrigues vont bon train. Discours interminables. Rivalités, beuveries…En bon écossais Scott ne peut s’empêcher d’analyser les relations entre Anglais et Écossais. Et moi, je m’ennuie.
Saint Trophime Arles, croisades
Bien sûr il y a quand même de l’action.
La bannière anglaise est volée…l’écossais est condamné. La dame à la rose, Edith Plantagenet, a joué un rôle équivoque…
Heureusement, l’Écossais reprend la route avec une caravane. A nouveau de l’action et les charmes de l’Orient. Chaque fois qu’on en revient à Richard Cœur de Lion, les discours verbeux ralentissent l’intrigue. Certes, il est répété que Richard est le plus brave, le plus valeureux…mais on ne voit pas en quoi. Il est plutôt colérique et grossier. Le rôle le plus chevaleresque revient à Saladin qui envoie généreusement son médecin le Hakim, puis un esclave nubien et enfin qui va présider au tournoi qui départagera les intrigues des chrétiens.
Montefiore, dans Jérusalem biographie, donne une toute autre version de la 3ème Croisade (1189-1193) « Richard, toujours vêtu d’écarlate, la couleur de la guerre, brandissait une épée qu’il affirmait être Excalibur. En Sicile, il sauva sa sœur, la reine Jeanne[….]le 8 juin 1191 il toucha terre et rejoignit le roi de France qui participait au siège d’Acre. Au cors des opérations, les combats alternaient avec des périodes de fraternisation. Saladin et ses courtisans assistèrent à l’arrivée du roi d’Angleterre et furent impressionnés par la « grande pompe » de « ce puissant guerrier » et sa « passion pour la guerre ». {….]le 20 Aout , il (Richard) fit aligner sur la plaine 3000 musulmans entravés, sous les yeux de l’armée de Saladin, et massacra les hommes, les femmes et les enfants. Saladin, horrifié lança sa cavalerie …par la suite il fit décapiter tous les prisonniers francs qui lui tombaient en tre les mains ».
L’épisode du mariage envisagé entre Edith Plantagenet et Saladin n’est pas une fantaisie imaginée par le romancier. D’après Montefiore, Jeanne, la sœur de Richard, aurait été promise, non pas à Saladin lui-même mais à son frère Safadin dans « un compromis où les chrétiens garderaient le contrôle du littoral et auraient accès à Jérusalem ; les musulmans garderaient l’arrière-pays, Jérusalem devenant la capitale du roi Safadin et de la reine Jeanne, sous la suzeraineté de Saladin »
Je m’attendais à des chevauchées et des batailles épiques, à des massacres aux sièges d’Acre et d’Ascalon. J’en serai pour mes frais. La Croisade s’enlise. J’ai été très étonnée du parti pris de Scott de donner le beau rôle à Saladin. Chateaubriand, avait donné une version beaucoup plus brillante et plus partiale des Croisades. Le côté « conte oriental » fait plus penser aux écrits de Nerval.
Edward Said dans l’Orientalisme fait allusion au combat singulier entre le chevalier du Léopard Rampant et Saladin mais il ne tire pas la même conclusion : il accuse Scott de condescendance désinvolte , l’Écossais reconnaissant la valeur individuelle de son adversaire « en particulier » tandis que le peuple « en général » serait méprisable. Cette scène, selon Said, malgré l’exception évidente, témoignerait de l’attitude des orientalistes vis à vis des orientaux.
Le hasard a bien fait les choses en intercalant la lecture commune, Le Talisman, dans la série de lectures sur Jérusalem de Vincent Lemire et de Montefiore, et celle de l’Orientalisme de Edward Said. j’y trouve mon compte. Cependant Le Talisman n’est pas le meilleur Walter Scott
Vu sur Mezzo, par hasard, Jérusalem de Jordi Savall, sous-titré Opéra!
Premières vues, je ne reconnais pas Jérusalem mais Fès, que les images de la médina sont belles!
Opéra bâti sur le canevas chronologique : le chofar annonce la ville juive antique. Puis je reconnais du Grec, hellénistique ou byzantine? Les très anciennes mélodies arméniennes succèdent. Arrivent les Croisades. Espagnol, Catalan ou occitan? Les airs andalous sont aussi bien arabes que juifs ou espagnols. Une mélodie bosniaque, paroles en Ladino. parenté de ces musiques du pourtour méditerranéen, culture voisine. Le joueur d’oud est-il juif ou arabe? peut être est-il catalan. Jordi Savall a des airs de poète, de juif errant, de pâtre grec… on ne sent pas l’autorité du chef, seulement le plaisir partagé de la belle ouvrage.Pas seulement pour le plaisir : le chant des morts d’Auschwitz, Treblinka, Maïdanek, me donne des frissons. Quelle musique pourra lui succéder? Les plaintes arméniennes sur la ville d’Ani détruite…
3000ans d’histoire, vu de Jérusalem qui fut juive, grecque, romaine, chrétienne, byzantine, arabe, croisée, mamelouke, ottomane, britannique, jordanienne et israélienne….
Ville du roi David, de Salomon, mais aussi d’Hérode, Godefroi de Bouillon, de Saladin, même de Frédéric II et de Baibars, de Soliman le « second Salomon », puis des Familles palestiniennes Husseini ou Nusseibeh…des mystiques, Messies et faux Messies
Ville du temple détruit par Nabuchodonosor, par Titus, ville de Jésus, d’où Mahomet s’est élevé.
De Jérusalem on peut raconter l’histoire des Perses, d’Alexandre, de Rome ou de Constantinople, celle de l’Egypte des Abassides, aux Fatimides, des Croisades, l’épopée de Bonaparte, celle de Lawrence d’Arabie, les intrigues britanniques de la Première ou de la Seconde Guerre Mondiale; la naissance d’Israël… Montefiore est très bien placé pour raconter Jérusalem : un quartier de la ville porte le nom de son ancêtre.
J’ai eu du mal à accrocher au début, mythe et histoire tellement mêlés que je ne m’y retrouvais pas. mieux vaut relire la Bible, ai-je pensé, ou Flavius Josèphe.
Dès la deuxième partie, je me suis laissé emporter. j’ai beaucoup aimé la galerie de personnages. j’ai découvert des Reines alors que je n’attendais que des héros : Hélène, la première archéologue, mais aussi Eudoxie que j’ignorais, Théodora
Theodora à Ravenne
que j’avais vue à Ravenne, et des Reines Croisées que je ne soupçonnais même pas. J’ai adoré les chevaleresques Richard Coeur de Lion et Saladin, le Roi lépreux…
J’ai aimé rencontrer des érudits comme Maimonides ou le Rambam, Ibn Khaldoun, moins connu Evliya le derviche conteur, des aventuriers. Des missionnaires.
Une époque particulièrement vivante et bien racontée est celle de la Jérusalem cosmopolite, arabe, chrétienne, russe, britannique et juive, mondaine drôle opposée à celle mystique des pèlerins des trois religions.
Bien analysée, la politique britannique, parfois religieuse, parfois très cynique.