Tout près de l’hôtel se dresse une grande église en brique. Le Festival Ciurlionis y donne un concert ce soir à 19h30. Quand j’arrive à 19h20, l’église est pleine. Je reste adossée à un pilier. Juste avant le début, une dame qui gardait des places pour des amis, me fait signe de m’asseoir
Programme du concert
Ciurlionis : fugue en Cmineur(orgue)
Telemann : Sonate 3 F mineur (flûte)
Caldara : Aria « se nel ben »
Caccini : Ave Maria
Miskulski
Ciurlinonis
Pakalnis
Poulenc : cantilène
Haendel : « Lascia chio pianga »
Mozart : laudate dominus
Gounod
Ciurlionis
J’aurais aimé que Ciurlionis compositeur me plaise autant que Ciurlionis peintre.la Fugue à l’orgue me semble un peu pompeuse, je ne retrouve ni la légèreté ni l’humour des pastels. Dès que la flûte intervient dans la sonate de Telemann, je prends plaisir au concert. Caldara (découvert à Bologne) et Caccini me plaisent bien, les deux sopranos ont une très belle voix. Je découvre deux compositeurs : Miskulski et Pakalnis.
voici ce que j’ai trouvé sur Youtube de Pakalnis:
Haendel, j’exulte ainsi que pour le magnifique Laudate Dominus.
Poulenc s’accorde bien avec les tableaux, j’aurais bien imaginé Debussy ou Satie.
La « clé électronique » (une carte) de la chambre d’hôtel, est tombée de ma poche . Heureusement les gens sont honnêtes (ceux qui sortent d’un concert dans une église !) ils l’ont rapporté au bar le plus proche. Nous sommes quittes pour la faire réinitialiser sur l’ordinateur de la réception. <Le réceptionniste qui parle si mal anglais ne nous demande pas pourquoi elle s’est démagnétisée.
Rue Jakubo 17, se trouve le Musée Lipschitz, une belle maison de bois jaune, une tête sculptée d’homme avec une casquette se trouve devant la porte. Mais le musée est vide !
Sur le même trottoir, une très belle maison blanche, véritable dentelle de bois, est un hôtel.
l'église orthodoxe bleue de Druskininkai
J’arrive à une place : sur le terre-plein carré planté d’une verte pelouse, sous de grands arbre se trouve une ravissante petite église orthodoxe bleue aux bulbes argentés.
Revenant sur mes pas, en face de la maison Lipchitz, une stèle est gravée avec une ménorah en trois langues, Hébreu, Russe, et Lituanien. Des bougies brûlent, elle est très fleurie. Des fleurs sur une tombe juive ? je m’étonne. Je m’approche et lis que c’est une stèle collective au souvenir du ghetto de Koenigsberg. Si j’avais eu un caillou…Il y a également deux cimetières israélites à Druskinikai.
De la place de l’église bleue, une rue rejoint le Niémen, coupant la rue Vilnius piétonnière et plantée comme une promenade. De là, je découvre les beaux établissements thermaux : le Grand Spa, tout neuf : on devine le mur d’eau qui sépare la piscine du dehors. L’hôtesse habillée de blanc, blonde aux cheveux tirés stricts, on imagine une infirmière suédoise. Deux curistes en peignoir blanc s’accoudent au comptoir. Europa Royal est plus ancien, immense peint vert d’eau. Druskininkai Gydykla est encore plus chic et plus cher. Aquapark est monstrueux avec son plan circulaire, ses toboggans aquatiques, plus parc à thème que ville d’eaux.
Malheureusement les petits kiosques où l’on boit l’eau minérale sont fermés avec les travaux sur la promenade le long du fleuve. L’un d’eux est décoré de vitraux Art Nouveau .
Au-delà de l’Aquapark, le long de la rivière, dans une très belle pinède, se trouve le plus grand parc d’Accrobranche. De jeunes adultes sécurisés par deux longes se déplacent très haut dans les arbres sur des rondins retenus pas des chaînes qui se balancent. D’autres se lancent sur des tyroliennes vertigineuses. Des câbles ont été tendus sur le Niémen mais je n’ai vu personne s’élancer jusqu’à l’autre rive.
Je rentre par les grands « sanatoriums » de la période soviétiques. L’un d’eux, grand comme Plein Ciel de Melun, est flanqué d’un établissement de briques, à moitié détruit. Incendie, abandon, destruction volontaire ? En face le Sanatorium Belarus englobe une belle villa de bois ; Qui fréquente le Belarus ? Des gens originaires de cette république, distante de quelques kilomètres ? Ou est-ce seulement le nom de l’établissement (il paraît que cette hypothèse soit la bonne, la taxe d’habitation acquittée à la ville de Druskininkai lui est destinée).
Le parc Grutas est le parc des statues soviétiques déboulonnées.
J’ai un excellent souvenir d’un parc analogue près de Budapest où les statues soviétiques ou staliniennes étaient très bien mises en scène. On entrait « sous la botte de Staline » qui écrasait tout à l’arrivée. Les statues, par elles-mêmes étaient intéressantes.
Au parc Grutas l’entrée est de 20 litas, nous renonçons à l’audio-guide de 40 litas. Les statues sont réparties dans un parc forestier sur deux cheminements cimentés. Les statues sont plantées sous les arbres sans aucun effet particulier. Plusieurs Lénine se succèdent, Staline debout en manteau, Lénine debout en costume 3 pièces, Lénine assis…Puis viennent les dirigeants lituaniens en fin de parcours les partisans ayant combattu les nazis. Là, je tique ! La Seconde Guerre mondiale racontée par le Lituaniens de l’an 2000 ne ressemble en rien à ma représentation mentale personnelle. Partisans, saboteurs, combattants, quel que soit el nom qu’on leur donne, ceux qui ont combattu les nazis auront toujours ma sympathie. Surtout si, comme le suggère la feuille explicative, la majorité sont juifs.
L’homme d’affaire Villimas Malinauska qui a créé le parc voulait faire un véritable parc d’attraction historique imitant Disneyland.
Un wagon et une locomotive à l’entrée évoquent les déportations. Un théâtre de plein air diffuse des musiques révolutionnaires (y compris Aïda de Verdi). Dans des barques en bois se trouve un restaurant où les serveurs sont déguisés en pionniers avec des foulards rouges. Une autre baraque contient une bibliothèque et ses murs sont tapissés d’affiches. Pour qui ne lit pas le Lituanien, difficile d’apprécier cette mise en scène de l’Agit-prop. Pour moi, une bibliothèque est toujours sympathique comme la sculpture naïve de « la lutte contre l’illettrisme ».
Agit-Prop la Lutte contre l'Illétrisme
Sentiments très mitigés ; tout cela est ambigu.
Ratée aussi, l’ambiance sonore : les haut-parleurs crachotent. Le crachotement st-il voulu ? Il faut tendre l’oreille ; soit on met plus fort, soit on ne met rien !
A la sortie, sur un long mur, sont collés les articles de Presse, en Lituanien, bien sûr mais aussi en anglais ou en Français. Un article de Libération un autre du Monde un article de fond d’une revue québécoise. La construction d’un Disneyland sur le thème du Communisme ne va pas de soi. Aussi bien les partisans de l’ancien régime que les victimes ont réagi. L’homme d’affaires invoque la pédagogie, encore faut-il que ce soit bien fait !
La campagne qui sépare Kaunas de Druskininkai (130km) n’est pas exotique. Une plaine, quelques collines, des voitures assez nombreuses pour un dimanche matin. Nous avions pris l’habitude des routes vides en Estonie et en Lettonie. Seule ville sur la route : Alytus, frôlée par une rocade, grands immeubles, usines au loin. Les villages ont plutôt pauvres et peu soignés, les maisons grises au crépi écaillé. A l’approche de Druskininkai on retrouve une forêt de pins.
La petite ville thermale paraît neuve avec ses larges avenues, ses supermarchés et ses affiches vantant un Centre aquatique. Le plan de la ville est payant à l’Office de Tourisme.
L’hôtel Ivolita est un bâtiment de deux étages murs beiges avec un toit de tôle marron qui recouvre le deuxième étage. Le réceptionniste parle très mal anglais. Il est embêté parce que nous arrivons trop tôt et qu’il ne sait pas nous dire que la chambre n’est pas prête.
ciurlionis
La maison de Ciurlionis est derrière notre hôtel. Très fleurie : topinambours jaunes et d’œillets d’Inde orange. Ciurlionis avait emprunté de l’argent à ses amis pour acheter la maison et il les recevait dans la maison voisine en remerciements ; la maison est meublée avec ses pianos. Dans une troisième maison, plus grande, deux pièces d’exposition montrent les mêmes compositions (tempera) que nous avons vues à Kaunas et des esquisses de préparation.
Laisves Aleja – les « Champs Elysées » de Kaunas, une très longue avenue terminée par l’église orthodoxe Saint Michel Archange. Cette artère de près de 2km est piétonnière. Au centre une double haie de tilleuls et sur les côtés les trottoirs les plus larges dalles de ciment, vide, disproportionnée. Disproportion, vide, me font plutôt penser à Bucarest qu’aux Champs Elysées. Laisves Aleja est bordée de boutiques de luxe – plutôt genre Nike que Cardin ou Giorgio Armani !
mosquée tatare de kaunas
Nous déjeunons dans le Parc Ramybes où se trouvent deux églises orthodoxes et la petite mosquée tatare blanche avec coupole et minaret. Le parc est proche de la Gare des cars Eurolines
Synagogue chorale de Kaunas
La « synagogue chorale » se trouve rue Ozeskienes – fermée. Logique, un samedi ! De l’autre côté de la rivière nous allons voir l’emplacement du ghetto où étaient concentrés les Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale. Comme on pouvait s’y attendre, à la place il y a des maisons modernes, HLM soviétiques ou petits pavillons. J’aurais regretté de ne pas y être allée.
La maison de Chiune Sugihara,le Schindler japonais, consul du Japon qui a sauvé des 6000 Juifs lituaniens en leur donnant des visas est fermée le samedi.
Nous n’irons pas au IX ème fort ou 80 000 Juifs de Kaunas et même de France sont morts. Je n’ai pas le courage d’imposer à Dominique, réticente, cette visite ; pas le courage non plus pour moi d’ailleurs.
Nous avons vu la plupart des « points d’intérêt » de la ville. En quête d’une vue générale nous allons à l’arrivée du funiculaire espérant avoir un panorama intéressant. Raté !
La colline porte une église en béton Eglise de la Résurrection du Christ que le Guide Vert compare successivement à un radiateur géant, un grille-pain ou un hôpital aseptisé. C’est surtout la démesure qui étonne. Encore un spectacle amusant : une noce quitte le parking suivant une limousine noire grande comme un autobus sur laquelle sont collés des œillets blancs en plastique(existe aussi la version marguerites) Une autre noce se prépare et une jeune fille a bien du mal à garder sa robe noire que le vent remonte et à verser dans des flûtes en plastique le mousseux à l’avance. Le vent est glacial !
Monastère de Pazaislis
On quitte la ville en direction de la Mer de Kaunas, un lac de barrage aménagé avec des plages. La pluie tombe et nous n‘avons guère envie de nous promener. Construit et décoré par des architectes et des peintres toscans, ce monastère baroque est richement décoré de marbres roses et de fresques ? Celles de la sacristie sont belles. D’autres ont des couleurs passées rose-orangé.
Trop tard pour visite rue Zamenhof le Musée de Musique traditionnelle. Que cette rue soit nommée Zamenhof me console un peu Zamenhof est cher à mon cœur.
Comme la pluie a cessé, nous retournons rue Vilnius. Trop tard pour les magasins qui sont fermés, trop tôt pour les cafés et restaurants vides.
Kaunas semble pauvre, un peu minable, ex-capitale méritant une restauration qui n’est pas arrivée. Avec un peu de peinture elle aurait pu être comparée à Sibiu qui lui ressemble un peu.
Deux étages sont dédiés aux œuvres de ce peintre datées de 1905à 1911, le plus souvent des pastels d’assez petite taille. Tout un mur est occupé par une SymphonieFunéraire composée d’une dizaine de tableaux : au centre la mort et sa faux, à gauche la procession avance au lever du soleil tandis qu’à droite elle s’éloigne dans la nuit.
Des sièges ronds très confortables installés au milieu de la salle ; permettent d’avoir une vue panoramique. On peut rester un bon moment pour découvrir ces peintures qui recèlent de nombreux symboles et des traits d’humour.
Un curieux tableau représente à première vue, un paysage avec un arbre à la silhouette arrondie, encadré par 4 cyprès d’un côté et 3 de l’autre. En observant mieux, on se rend compte que les cyprès sont les doigts d’un grimpeur qui s’agrippe au sommet d’un rocher tandis que l’arbre rond est le haut de la tête de l’homme.
Après avoir examiné ce tableau, nous sommes beaucoup plus attentives aux contenus cachés.
Dans la Série de la Création du Monde, en 13 tableaux, je n’aurais jamais vu la main de Dieu au dessus du Tohu-bohu bleu profond dans un ciel bleu plus clair. Insensiblement le bleu passe à des couleurs plus vives dans les autres tableaux du polyptiques, des rouges dans la création des plantes au vert.
L’hiver est célébré en huit tableaux, 12 pour le zodiaque.
Les groupes de tableaux sont organisés selon des formes musicales : symphonies, prélude et sonates. J’aime beaucoup la Sonate de la Mer. Au rez de chaussée, une exposition raconte la vie de Mikalojus Konstantinas Ciurlionis (1875-1911)
Dans les vitrines, je découvre les partitions de la Sonate de la Mer, ce qui ne m’étonne pas du tout tant la présence de la musique était présente dans sa peinture. Ciurlionis fit des études musicales dans les conservatoires de Varsovie et Leipzig. En 1908, il s’installa à saint Saint-Pétersbourg et mourut très jeune en 1911 d’une pneumonie.
J’étais allée à reculons voir cette exposition et j’aurais eu bien tort de m’en priver !
Au premier étage, des statuettes diverses, surtout en bois illustrent des contes populaires où le Diable intervient. J’en ai copié certains :
Le diable et l’homme se disputaient pour savoir qui était le plus malin. L’homme demanda au Diable s’il était assez habile pour passer par le trou d’un mur. Quand le Diable s’exécuta, l’homme ferma le trou avec un morceau de bois.
le diable et la chèvre
Plusieurs figurines montre le Diable avec une chèvre
Il était une fois une vieille femme qui avait perdu sa chèvre. Elle allait ici et là la chercher, l’appelant, la chèvre répondait toujours à l’opposé. Tout le jour elle allait et appelait. Le soir elle se mit en colère et lui dit « Va-t-en Diable ! Arrête cela ! »Le diable se mit à rire et tout la forêt résonna. La femme devina alors qui l’avait fatiguée
Le Diable est associé aux tabac, tabatières, pipes.
Le Diable avait planté une herbe inconnue dont un homme voulait connaître le nom. Il monta à l’envers sur sa chèvre et la conduisit dans le champ du Diable qui cria : « Sors de mon tabac ! »
Lucifer a fait de l’alcool avec de l’urine de chèvre
le service diabolique
Le diable et la boisson
Dieu a donné aux hommes la permission de boire deux verres d’alcool : 1 pour dieu, le second pour lui-même. Quand l’homme en boit un troisième sa gorge le brûle.
Plusieurs figurines montrent le Diable forçant l’homme à boire ou le Diable bras dessus-dessous avec un homme qui porte une bouteille. On voit aussi un service avec sept petites chopes dont l’une d’elle a un double fond pour l’hôte ou l’hôtesse qui doivent rester sobres durant la partie. On voit aussi le Diable musicien. Des diables-cannes avec des animaux maléfiques comme les limaces, serpent, crapaud, cafard…
masque traditionnel pour chasser les mauvais esprits de l'hiver
Au deuxième étage sont présentés des masques de shovetide célébré le Jeudi d’avant le mercredi des Cendres. Les masques sont destinés à chasser l’hiver à grand bruit et à détruire les créatures démoniaques de l’hiver ;
Au troisième on voit des Diables de différentes provenances :
Le Diable Polonais Boruta : au 14ème siècle, le roi de Pologne Casimir allait avec son carrosse au château de Leczyca. Dans un marais le carrosse l’enlisa. Les cocher et des bûcherons allèrent demander de l’aide à Boruta qui tira de là le carrosse. En récompense, il lui donna son château de Leczyca qui opprima le peuple et effraya les gens.
Les Diables Ukrainiens sont en terre cuite. Puis viennent ceux de l’Amérique latine et même les masques balinais et Râvâna.
On visite aussi l’atelier de l’artiste dans l’immeuble d’à côté avec un grand tableau représentant le Niémen.
J’écris à la terrasse très chic du bar de l’hôtel Amberton Cozy, enfouie sous une couverture. On apporte aux clients des polaires. Mais il n’y en avait plus pour moi.
Le soleil ravive les couleurs, hier, fanées de Kaunas. Samedi est jour de mariage. Il semble qu’on se marie beaucoup à Kaunas. Une limousine attend à la porte de l’Hôtel de Ville, dont le beffroi est une tour blanche à six étages au faîte pointu qu’on a surnommé « le cygne ». Dans la cathédrale Pierre et Paul, mariages et baptêmes se déroulent à la chaîne. La mariée est en blanc, les hommes souvent en costume mais ils sont bien mal chaussés, en tennis souvent.
Château
Château de Kaunas
Une grosse tour ronde de briques, coiffée d’un toit conique tout neuf, dépasse des fortifications d’un appareil grossier en galets énormes. Situé au confluent du Niémen et de la Néris, le château défendait la frontière contre les Chevaliers Teutoniques qui le détruisirent en 1362 comme les Russes en 1655. De la tour, la vue est agréable sur la rivière et le parc.
Un petit marché s’est installé sur une esplanade non pavée, pleine de flaques. Les petits producteurs arrivent avec une glacière de fromage bio, quelques bottes de carottes ; de minuscules betteraves rouges. Les herbes aromatiques embaument. Nous achetons du gâteau roulé au pavot.
Les abords de Kaunas sont ceux d’une grande ville, un périphérique embouteillé, des échangeurs, des buildings modernes.
Le Centre, au confluent de la Neris et du Niémen, est de taille réduite.
L’ hôtel Amberton Cozy 4*, estsitué derrière l’Hôtel de Ville. La chambre au rez de chaussée est immense, elle a des poutres apparentes et trois petites niches creusées dans le mur soulignées par des arcades de briques. L’épaisseur des murs, les niches signent une demeure ancienne, le mobilier contemporain, l’épaisse moquette et salle de bain voûtée, le 4*.
A 18heures, sous une pluie fine : le centre de Kaunas est bien conservé. Les façades des maisons 16-18ème sont colorées. Est-ce la lumière du soir pluvieux ou la patine ? Les maisons n’ont pas l’air pimpant de celles de Riga ou de Tallinn. Les murs défraîchis s’écaillent. La Place de l’Hôtel de Ville est très vaste, l’Hôtel de Ville blanc gracieux mais des cafés aux auvents contemporains encombrent la place et un « arbre » de planches peintes en vert porte les blasons de dizaines de cités hanséatiques. Ce décor incongru choque. Autour des troncs des vrais et beaux arbres les bancs sont bien abrités mais il traîne des bouteilles vides, donnant un air négligé.
La Cathédrale St Pierre et Saint Paul (15ème ), gothique en brique, d’aspect massif et austère cache un intérieur Renaissance et Baroque qui ne me surprend qu’à moitié : il en était de même en Italie à Bologne ou à Parme. Les dimensions aussi correspondent. Là s’arrête la ressemblance parce qu’aucun Corrège n’a eu le talent de peindre les voûtes qui sont seulement chargées et pompeuse et que les peintures de Michele Elviro Andrioli, fils d’un capitaine de Napoléon ne soutiennent pas la comparaison avec les merveilles vues récemment en Italie.
Surprise pour nous qui arrivons du Nord où les boutiques restaient ouvertes jusqu’à 23heures, à Kaunas tout ferme à 18heures ou à 19h. Les rares boutiques encore ouvertes sont sombres. La rue Vilnius aux belles maisons est occupée par des terrasses de cafés. Pour les cafés, c’est trop tôt ! Des musiciens accordent leurs instruments, les consommateurs sont rares. Nous sommes un peu déçues, désenchantées.
Kaunas n’a pas fait d’efforts de séductions pour les touristes. Mes pensées vont aux absents, aux 80 000 Juifs morts au IXème Fort et aux déportés. Le ghetto se trouvait de l’autre côté de la Neris mais où vivaient-ils ? D’humeur morose, je n’arrive pas à faire des efforts d’empathie pour Kaunas.
Le Niémen fait la frontière entre la Lituanie et la Russie(Kaliningrad). J’aurais aimé le suivre de la mer jusqu’à Kaunas.
Ce fleuve fait rêver, références historiques Normandie-Niémen, bien sûr, mais aussi épopée napoléonienne. Le Delta que nous avons découvert hier est tout à fait impressionnant.
De Siluté à Pagegiai ; le fleuve est loin, la route traverse une campagne plate cultivée, des prés fauchés d’autres pleins de fleurs jaunes. A Pagegiai, une route va à Sovestk (anciennement Tilsitt, Napoléon, bien sûr!). Nous l’empruntons pour voir le Niémen de près et le longer ensuite sur de petites routes qui figurent sur ma carte .Raté ! Le poste frontière est bien avant le pont. On fait demi-tour sous l’œil médusé d’un routier letton qui nous voit couper la ligne blanche (nous avons une plaque d’immatriculation lettone).
De magnifiques tilleuls sont alignés le long de la route. Ici, les églises sont en brique. Pour la première fois depuis longtemps nous voyons des champs de maïs. Les collines bordent le fleuve.
Après Sakinikai, un écriteau marron indique un Parc Naturel à Rambynas. Suivant la piste arrivons sur une colline où sont installés des bancs formant un cercle. Que se passe-t-il donc ici ? Le Guide Lituanie de Giedre Jankevicuité me donne la réponse : ici étaient encore célébrés au 19ème siècle des cérémonies païennes, plus tard, pendant la période soviétique, on y célébrait la Saint Jean. Un peu plus loin, point de vue : un balcon de bois surplombe le Niémen. Non loin, le cimetière de Bitenai. Retourner à la route, même avec le GPS a été une aventure : l’orage a laissé de grandes flaques qui barrent la piste : passera ou ne passera pas ?
Viesvile
Petite ville précédée de tristes barres HLM vides et d’une usine à l’abandon. Au centre un énorme bâtiment en brique (une école ?) et de nombreuses installations.
Jubarkas,
chapelle du manoir de Jubarkas
Après avoir traversé de belles forêts. ,à Jubarkas nous trouvons le Niémen et le premier manoir du circuit . Séparés par une grande pelouse deux manoirs pratiquement identiques se font face : l’un est la demeure des maîtres, l’autre celle des domestiques. Il faut être observateur pour remarquer que l’un d’eux est plus sophistiqué que l’autre. Dans un coin, une charmante église.
Jubarkas possède une belle église gothique en brique à deux clochers.
La ville n’a aucun charme particulier. On s’arrête pour le ravitaillement.
Le château de Panémuné est bien caché et mal indiqué. Le GPS refuse de nous y conduire ; Il faut suivre l’écriteau Pilis, une tour dépasse des arbres et des toits des maisons. Le château est en chantier avec des échafaudages, la route d’accès est éventrée.
Château de Raudonné
Le Château de Raudoné est plus facile à trouver : bâtiments en brique autour d’une cour carrée surmontée d’une haute tour ronde de 33.5m de haut. Seule la tour se visite. De la forteresse initiale et du palais 16ème on ne reconnaît plus rien. Les reconstructions historicistes du 19ème ont fait un ensemble néogothique. Les grands portraits sérigraphiés des anciens maîtres pendus aux fenêtres de la cour ne sont pas du meilleur effet et ôtent tout mystère au château, qui n’a plus rien de mystérieux puisque c’est maintenant un collège< ; je monte à la tour un peu désenchantée. Les toits ont été si bien rénovés qu’ils jureraient sur les photos. Je me contente de la vue sur le Niémen. A côté de ce château refait, une bâtisse est plus intéressante : celle des domestiques. Il y avait également une usine comme dans les autres manoirs déjà visités, demeure d’agréments pour les nobles mais aussi domaine de rapport et implantations industrielles.
Veliuona
C’est un village perché sur des collines, dominé par une église blanche. Sur la place se trouve une statue du duc Gediminas et un point de vue sur le Niémen. Le manoir est en retrait. Belle construction en bois du 19ème siècle précédé d’un fronton classique soutenu par des colonnes blanches. Une dame vend des tickets en pétrissant des colombins. Dans une autre pièce se trouve son tour de poteries qu’elle vend. La potière ne parle ni Anglais, ni Allemand, Russe, oui ! Sur le ticket se trouve l’image des fleurs de tulipier : elle me montre l’arbre magnifique mais défleuri. Les fleurs sont conservées dans des bocaux. On peut voir un intérieur paysan traditionnel plutôt bric à brac. L’exposition-photo Velinoma 1925, sans prétention, est émouvante : photos de mariage, de classe, de famille.
Belvédère
De très grands bâtiments blancs imitant la Renaissance Italienne (1830-1840) sont dans un état de délabrement avancé. Le parc est devenu une jungle profonde où est caché l’escalier de 365 marches qui descendait au Niémen. Dans le dépliant de l’Office de Tourisme de Jubarkas , on parle de pièces peintes et de beaux parquets ainsi que du mobilier choisi. Mais nous n’avons pas trouvé l’entrée.
Le dernier manoir avant Kaunas à Raudondvaris abrite un musée dédié au compositeur Juozas Naujalis dont je n’ai jamais entendu parler. Nous avons hâte d’arriver à Kaunas et il pleut !