Riga :Musée de Plein Air

Un Musée de Plein Air est une collection de maisons authentiques démontées et remontées afin de reconstituer la vie traditionnelle rurale disparue. Nous avons visité de tels musées en Hongrie, à Szombathely, en Roumanie à Sibiu et Bucarest, à Hanoi et au Canada. C’est toujours une promenade très agréable, promenade dans le temps, découverte d’un pays.

La grande avenue Birlibas commence au Monument de la Liberté et coupe tout droit dans la ville. De beaux immeubles Art Nouveau la bordent,  dans les quartiers périphériques c’est plus ou moins bien réussi. Au-delà des barres soviétiques aux balcons rouillés deux grands centres commerciaux sont sortis de terre récemment. A la sortie de la ville, on longe un lac : c’est tout de suite à droite.

Le premier groupe de maisons provient d’un village de Courlande. La maison d’habitation est vaste. On a disposé partout à l’intérieur  des feuillages qui sèchent en bouquets sur la table,le tilleul. De l’autre côté de la cour, dans la remise un artisan du bois fabrique des jouets au tour : toupies, hélices volantes qui reviennent comme des boomerangs. Des traîneaux et charrettes sont rangés.

Sauna

A l’écart, la petite hutte-sauna est composée de trois pièces:une petite entrée,  la cabine de déshabillage et la pièce principale. Un gros tas de pierres chauffé dans le feu, occupe tout un coin. Au milieu, se trouve un baquet dans lequel on plonge les pierres. En face, des estrades pour transpirer avec les branchettes de bouleau.

A l’arrière du groupe des maisons se tient un beau moulin carré avec des ailes mais pas de voilure.

Poêle et bouquets qui sèchent, travail du lin

De là, le sentier descend très raide vers le lac Jugla qui remplace la mer Baltique. Au bord du lac sont installés les villages de pêcheurs  avec les petites huttes, fumoirs à poisson. Un autre village des pêcheurs est composé de petites cabanes pour les filets, de petites maisons mais aussi d’une très belle maison du capitaine (n°21) qui vient de Lusikis, district de Liepaja. On y entre par une entrée ouverte sous un toit à deux pans, les rambardes sont en bois ouvragé, un banc permet de s’y asseoir. La porte est peinte de jaune, noir, bleu et rouge. La maison est construite en trois partie : au centre la cuisine principale et la chambre de la grand-mère de chaque côté les appartements du capitaine et du jeune couple. Chaque appartement est chauffé par un poêle accolé à la cuisine. L’homme qui fait visiter la maison nous montre un outil de bois avec des dents pour casser les fibres du lin. Devant la maison est planté  un beau massif fleuri et une rangée de lilas, de côté  un verger de trois pommiers avec des ruches. Un peu plus loin, se trouve la grange à grain.

Sur une butte, comme une demi barque coupée, plantée debout, une fumerie très simple, le foyer à terre, les poissons sont suspendus sur une tringle par des crochets. On raconte ici l’histoire des Lives, peuple finno-ougrien dont il ne reste plus que 180 locuteurs. Les Lives vénéraient le Terre et l’Eau. Les fermiers Lives semaient avoine, seigle pois et haricots. Ils cueillaient les noisettes et les champignons et vivaient de la pêche.

les anciens magasins du port de Lipaja

Notre excursion en Courlande se termine par la très belle maison à colombage avec un beau toit de bardeaux, entrepôt de 1640 à Liepaja.

Nous entrons dans la province de Vidzeme. Les maisons sont en rondins mal équarris. Deux objets m’amusent : le puits à balancier (identique à ceux que nous avons découverts en Hongrie dans la puszta et les échelles d’un rondin creusé identiques à celles des Tata Sombas du Bénin. Parentés des formes, par de là la géographie, pour un emploi similaire.

On visite ensuite Latgale, la province Est de la Lettonie : une église en bois précédée d’un curieux clocheton deux poteaux soutiennent un auvent à quatre pans. La chapelle est celle d’Eleornoraville 1815 : à l’intérieur le plafond est bleu étoilé. Un lustre baroque de salon à pendeloque est un peu étrange dans cette église de bois rustique.

Ecorce de bouleau

L’artisanat de la Lettonie est présent : objets en écorce de bouleau tissée pour des ceintures, enroulée pour faire des boites avec des couvercles, tressé pour des chaussons. Le parfum des Rosa Canina est entêtant. Il y a aussi une petite église orthodoxe provenant de Rogoska. Nous continuons la promenade dans l’odeur du seringat. Les groseilles sont mûres.

Zemgale, le Sud de la Lettonie, est plus développé : les maisons sont en planches sciées et le machinisme agricole a été introduit plus tôt que dans le reste du pays.

Riga : Autour de la Place dela Cathédrale et de la place des Lives,

la Place de la Cathédrale vue du clocher de St Pierre

Je traverse la place sans un regard pour le buste de Herder dans la place éponyme pour retrouver D près d’un palais  caramel à  un angle du Dom Laukum (Place de la Cathédrale)  C’est le Palais de la Bourse, construit en 1855 par un Allemand de Saint Saint-Pétersbourg. S’inspirant d’un palais vénitien symbolisant la richesse et l’opulence, ce qui convient au siège de la Bourse. Actuellement c’est un Musée. Riga était alors la troisième ville de l’Empire Russe après Saint Saint-Pétersbourg et Moscou. Le carillon aigrelet de la Bourse tinte au coin de la rue dans une niche grillagée.

Sur la place, encombrée de cafés perchés sur des estrades de bois,  un orgue de barbarie  et une très jeune fille joue du cymbalon.

Maison des Chats

Autour de la place, les rues recèlent des surprises Art Nouveau : la Maison du Paon, La Maison des chats,  peinte en jaune vif, avec deux chats faisant le dos rond au sommet de leurs poivrières respectives, à l’angle d’une autre maison une femme est une sorte de figure de proue. Ironiquement, les chats perchés très haut imposeraient la supériorité de leur propriétaire aux maitres de la Grande Guilde.

Grande Guilde

 Petite Guilde et Grande Guilde se font face près de la Place des Lives. Construites au 14ème siècle pour réunir les artisans et les marchands de la ville. Malheureusement, rénovées au 19ème siècle, l’architecture historiciste en a fait deux châteaux gothiques peints en blanc cassé avec des fenêtres à ogives et des créneaux compliqués qui ont perdu tout charme médiéval. Ils évoquent plutôt le château de Blanche Neige que la réunion de marchands. Selon la plaquette distribuée à l’Office de Tourisme, les intérieurs seraient  fastueux. Ce n’est pas le moment d’aller les visiter. Des dizaines d’étudiants en toge noire, portant bonnet carré et écharpe violette et bleue traversent la rue Amatu des bouquets de fleurs dans les bras : c’est le jour de la remise des diplômes !

les jolies maisons de la Place des Lives

Nous déjeunons de sandwiches place des Lives face à un groupe de maisons colorées très pittoresques, la plus petite est peinte en bleu avec une vache grise comme enseigne et des fenêtres fleuries de géraniums. Elle encadrée à gauche par une façade rose aux trois niveaux de fenêtres soulignées de blanc tandis que celle de droite est jaune. Les toits de tuiles à forte pente s’emmêlent et se chevauchent avec les hautes cheminées et les fenêtres en chien assis.

s’alignent pour la photo ou forment des cercles parfaits. Sous la toge de satin noir, les filles portent des minijupes et leurs talons sont très hauts. Elles dépassent parfois d’une tête les garçons. Soit très blondes, soit aile-de-corbeau, les cheveux des lettones ne connaissent pas la nuance, sauf une version carotte. Elles provoquent relevant la toge pour montrer les cuisses enserrées dans des fourreaux roses ou noirs très sexys. Les défilés de porteurs de bouquets m’amusent. Je les compte au début puis laisse rapidement tomber.

 

les trois frères

Les Trois Frères sont trois vieilles maisons de Riga, non loin de la place du Dom, maisons de marchands très étroites à trois étage avec des crochets pour hisser la marchandise comme dans les maisons hollandaises.

Juste derrière se trouve l’église catholique Saint Jacques que rien ne distingue extérieurement des églises luthériennes : briques et fin clocher, ni intérieurement : nef haute et blanche sans ornement. Elle fut le théâtre de l’ »émeute du calendrier » quand les Réformés refusèrent le calendrier grégorien à l’initiative papale et saccagèrent les symboles papistes.

Retour par le chemin des écoliers au hasard des ruelles pour ne rien rater. On tourne un film devant le Parlement, encore un palazzo italiénisant dont le bossage imite celui du Palais Pitti de Florence. Le 19ème siècle historiciste a beaucoup copié l’Italie. Une tour ronde, la Tour des Poudre et des remparts de briques, rénovés récemment, trop neufs.

Riga :concert à la Cathédrale

le clocher de la Cathédrale vu du cloître



Vivaldi- Bach Concerto ré mineur

Alexandre Gulmant (1837-1877) paraphrase sur un thème d’Haendel

Léon Bölmann (1862-1897) prière

Théodore Dubois (1837-1924) Fiat Lux

Contrairement à Saint  Pierre, vide,  seulement quelques bancs, ici, dans la Cathédrale, tout l’espace est encombré de sorte de stalles fermées, orientées vers la chaire rappelant l’organisation des églises écossaises, en immense. L’orgue de la Cathédrale avec ses 6700 tuyaux fut au temps de Franz Liszt le plus grand du monde, Liszt composa les pièces destinées à son inauguration. Le buffet d’orgue, 15ème siècle est en bois peint camaïeu vert. Je filme pendant Vivaldi la merveilleuse chaire baroque surmontée d’un ange musicien. Lentement je suis la spirale descendante décorée de statuettes de bois représentant les apôtres et les évangélistes de Thobias Heines(1644). J’aurais bien filmé le buffet d’orgue pendant Haendel (Le Messie) malheureusement il est à moitié caché par un échafaudage.

De ma place, je ne vois qu’un seul vitrail (19ème siècle) et la rosace.  La Prière de Bölmannn n’est pas convaincante. Le Fiat Lux fait résonner toute la cathédrale.

A la fin, le public est hésitant : applaudir ou ne pas applaudir dans une église ? L’assistance se précipite dans le vaste cloître dont les hautes galeries en ogives sont encombrées de vestiges divers : statue de l’évêque Albrecht von Buxhoeveden ,  le fondateur de Riga, vieux cadran d’horloge, coq de girouette, poutres calcinées, cloches… Incongrue : une grosse tête d’idole païenne taillée ans un bloc de granite.

Riga : Place de l’Hôtel de Ville ,Maison des Têtes Noires et Musée d’Histoire de la Ville

La place de l’Hôtel de Ville de Riga est proche de Saint Pierre.Pour admirer le plus célèbre bâtiment de la ville, la maison des Têtes Noires, nous prenons place sous la statue de Roland, celui qui est mort à Roncevaux. Comment est-il arrivé là ? Sur la piste des animaux de Brême, sur Internet, j’ai trouvé un élément de réponse. Brême possède la réplique des Musiciens de Brême, et  aussi Roland. C’est donc via Brême que Riga possède aussi son Roland. Pourquoi ? Mystère !

La Maison des Têtes Noires, construite en 1334, fut louée à la confrérie des Têtes noires devant son nom à son saint patron, saint Maurice(le Maure, représenté comme un noir). Cette confrérie réunissait les négociants célibataires qui organisaient de joyeux carnaval.

Flânant au hasard dans les petites rues et les belles demeures, nous parvenons à la Cathédrale,  haute construction de briques, surmontée d’un fin clocher néogothique remanié au 19ème siècle par Daniel Felsko comme celui de Saint Jean. Un concert d’orgue est donné à 12 heures, nous reviendrons donc à midi.

La Préhistoire,  ici se prolonge jusqu’au 12ème siècle, époque où la Lettonie fut christianisée. Mocassins de cuir, écailles d’esturgeon gravées, morceaux de bateaux bien conservés, sont préhistoriques sans être si anciens que cela. Les marchands allaient jusqu’en Méditerranée. Etaient-ils assimilés aux Vikings ? Le Musée accumule tout un  bric-à-brac dans des vitrines un peu vieillottes jusqu’à une mobylette « Riga » et des objets d’un passé récent. L’ennui est que les objets sont étiquetés en Letton et en Russe. La lecture de cahiers en anglais résumant les renseignements est rébarbative. La visite se termine par deux salles de maquettes de bateaux.

 

Riga médiévale

Une arche de briques laisse le passage dans la Cour Saint Jean bordée des anciennes fortifications, très rénovées et fleuries de géraniums, trop neuves pour être émouvantes. Certaines rénovations exigent plus de patine ! Une autre arche  dans un mur de brique permet de passer dans la ruelle qui borde l’église luthérienne Saint Jean en briques avec un haut pignon à redan et un clocher néogothique (restauration 19ème siècle). Les marchandes de souvenirs ont installé leur marchandise sur la placette comprise entre l’église Saint Jean et l’église Saint Pierre : bijoux d’ambre, chaussettes tricotées-main, gadgets en bois…

les musziciens de Brème

Une curieuse statue de bronze m’intrigue : un âne, un chien, un chat et un coq sont empilés les uns sur les autres. Cette statue a été offerte par la ville de Brême d’où était originaire l’évêque Albert l’un des premiers évêques de la ville. Une rengaine revient de mon enfance « les animaux de Brême, de Brême.. », je ne me souviens que de ces mots, j’ai oublié le conte des Musiciens de Brême  évoqué par la statue.

Nous voulions commencer la visite de Riga en découvrant le panorama du clocher de l’église saint Pierre accessible par un ascenseur. Il faudra attendre 10heures pour que l’église ouvre. Nous avons le temps d’admirer les statues de pierre du portail baroque du 18ème siècle juxtaposé sur la façade austère de briques rouges. La découverte de Riga est passionnante. Deux ponts enjambent la Daugava, un peu plus loin le port. Les petites maisons colorées se serrent les unes contre les autres sans ordre apparent. Au loin les hangars à zeppelins abritent le marché Central.

La nef de l’église Saint Pierre est très haute, très claire avec de larges ouvertures vitrées mais elle est dépouillée, seuls éléments décoratifs : un portrait de Luther, des écussons et un monument funéraire : le sépulcre des Gardes Bleus.


Riga à travers les jardins et l’Esplanade en allant au Centre-Ville

Ce couple va à l'Opéra, mais le babouin?


 

Le petit  déjeuner est servi au bar. En face du comptoir de la réception, quelques tables ornées de bouquets secs,  tons légers beige et gris, un ensemble raffiné. Au buffet, un assortiment de fromages et charcuteries, un choix de pains, concombres, tomates en tranches fines … un très bon  cappuccino, le thé est curieusement servi : d’un côté un sachet de l’autre l’eau bouillante dans une chope de verre élégante. L’œuf au plat est accompagné de deux tomates cerise et d’un brin d’aneth, design !

La grande rue Valdemara qui vient du pont suspendu arrive à l’Esplanade, un jardin ombragé que nous traversons en diagonale découvrant les coupoles de la cathédrale orthodoxe de la Nativité, construite en 1884, un peu neuve.

Eglise de la Nativité dans son cadre de verdure

Un peu plus loin, une statue monumentale de granite rose attire mon attention.  Non ! ce n’est pas Lénine ! C’est un poète Janis Raïnis(1865-1929)

Au pied du poète, une petite patinoire et des trampolines. Passé l’église russe, au milieu du boulevard : l’immense statue du Monument de la Liberté : aiguille portant une femme personnalisant la Liberté et l’Indépendance de la Lettonie, vert de gris portant trois étoiles dorées figurant les trois provinces du pays. Réalisme soviétique, ou statue de style fasciste ? Non point ! Ce monument fut érigé en 1935 grâce à une collecte populaire. Contemporaine des horribles constructions mussoliniennes ou staliniennes. Il n’en porte peut être pas les péchés totalitaires, mais n’en est pas élégant pour autant ! Sans parler du socle lourdingue avec des combattants aussi peu gracieux.

Un jardin de part et d’autre d’une rivière ou d’un canal enjambé par de gracieux ponts, est navigable en pédalo, canoë ou en vedette de bois. Des statues sont mises en valeur par des massifs de fleurs. Nous parvenons à l’Opéra, bâtiment peint en blanc curieusement accompagné d’une cheminée d’usine.

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Arrivée à Riga

Lundi 4 juillet : Orly, Milan, Riga

Art Nouveau

L’avion survole des montagnes encore enneigées : Dolomites ou Autriche ? Les nuages cachent la Tchéquie et la Pologne.

Une annonce me tire de la lecture du guide Vert : la Mer Baltique sous le soleil,  la presqu’île de Courlande et le port de Klaïpeda. La campagne lituanienne se déroule, verte, avec des champs jaunes : du colza fleuri début juillet ! De vastes étendues sont boisées de résineux, plus loin vers le nord on voit des zones humides,  marécages ou tourbières ?

étiquette de l'eau minérale vendue dans l'avion

L’eau minérale d’ Air Baltic est géorgienne, j’achète un paquet joliment emballé de canneberges confites délicieusement acides. Sur les fauteuils de la rangée devant nous, un couple lit : elle, le journal, lui un ebook en Russe. Sont-ils Russes ou Lettons russophones ? Nouvelle annonce au micro, je saisis dans le flot de paroles incompréhensibles les noms de  Helsinki, Tachkent, Moscou, Kiev…  Comme un appel d’air, j’ai déjà ressenti une sensation analogue à Athènes, voyant les annonces de voyage pour Bucarest ou Chisinau.

La voiture est une Skoda, Roomster rouge.

Devant le parking, une forêt de mâts avec des drapeaux en berne : on commémore aujourd’hui la Shoah. En Hongrie, en Roumanie, une question me brûlait les lèvres : « Qu’avait- vous fait des Juifs ? ». Le livre de Sandra Kalniete « En escarpins dans les neiges de Sibérie » effleure le sujet : l’enfant découvre le charnier de Salaspils, mais l’auteur passe rapidement à autre chose. Le Guide Vert est plus critique et parle de « coupable indulgence » vis-à-vis de l’Allemagne de Hitler.

Nous traversons Riga sans trop regarder.

Tout est nouveau : la route, les magasins. Je bombarde Inèse, la guide, de questions.

Tout juste un coup d’œil à de magnifiques maisons de bois. On traverse la Daugava, très large de là la vue est superbe sur la ville ancienne dans la lumière du soir très douce.

L’hôtel Edvards est  situé Dzirnavu iela 45, une rue animée tout proche du centre historique dans le quartier 1900 des maisons Art Nouveau. On entre dans une cour qui permet un parking bien pratique. Il y a aussi dans la cour une terrasse avec trois tables et des parasols. Cet équipement champêtre m’étonne tout d’abord.

La chambre est jolie, très sobre, murs beiges, bois clair, des cadres contemporains : photos variations sur le thème des feuilles et galets. . On nous prête un ventilateur malgré les 23°C de la température extérieure.

Dans ce quartier central, il y a très peu de véhicules. Ils circulent vite mais laissent bien traverser les piétons. Les façades Art Nouveau sont signalées autour de Alberta iela. Certaines sont vraiment délirantes. L’une d’elles, surchargée de statues, caryatides, sphinx pote des ouvertures sur le ciel : étage qui manque ou sublime fantaisie ? Elle porte une plaque gravée en caractères hébraïques : Sir Isaiah Berlin a habité ici.

Alberta iela, architecte mikail Eisenstein

 

Je flâne dans ce quartier tranquille. Des gens attablés sur des terrasses de bois très fleuries installées sur les trottoirs dînent. On nomme ces établissements cafés mais ce sont des restaurants. Sur les tables décoration florale est sophistiquée : une vasque avec des nénuphars, de petits pots d’herbes aromatiques. Dans un seau à glace, rafraîchit le vin. On sert en plein air, des salades  ou des plats simples. Les menus proposent toutes sortes de soupes de salades et de poissons. Les prix sont proches des prix parisiens, pas moins de 3 lats pour une soupe (5€).

En face du luxueux et monumental Hôtel Albert, je trouve enfin de petits magasins qui vendent des fruits, des yaourts, des poissons fumés et des gâteaux : le pique-nique de ce soir.

Le fou du Tzar – Jaan Kross

LIRE POUR L’ESTONIE

manoir de Sagadi

Le tzar c’est Alexandre Ier , le fou c’est     Timothée von Bock, baron Germano-Balte, seigneur du manoir de Voisiku, Estonie (autrefois Livonie) . la première folie de Timo c’est d’avoir épousé Eeva paysanne estonienne qu’il a dû racheter en compagnie de son frère – pour le prix de quatre chiens anglais. la deuxième folie a été d’oser envoyer à Alexandre un mémorandum séditieux. Aide de camp de l’Empereur, ami, même, il lui avait promis une franchise entière. Il lui en a coûté sa liberté.

Excellent roman historique que j’ai lu en rentrant de voyage dans les pays baltes j’ai vu s’animer les personnages dans les manoirs que nous avons visités. Mais il n’est pas indispensable d’avoir fait le voyage pour être pris dans l’intrigue où apparaissent aussi bien Goethe, les décembristes, les campagnees napoléoniennes…

la promesse de l’aube – Romain Gary

LIRE POUR VILNIUS

Vilnius s’enorgueillit d’être le lieu de naissance de Romain Gary en 1914. une statue a été érigée et signalée dans les promenades de l’office de tourisme. Le petit garçon de la Promesse de l’Aube regarde la fenêtre de sa Valentine pour qui il a ingéré une chaussure en caoutchouc. J’ai été rendre visite à la statue et me suis promise de lire le livre au retour.

Quelle est cette promesse? Celle de la mère de Romain enfant qui lui promet qu’il deviendra célèbre, violoniste comme Yehudi Menuhin ou Yacha Heifetz? ou écrivain comme Tolstoï ou Gorki au moins Ambassadeur de France.

Ou la promesse de l’enfant à sa mère de rapporter la gloire à cette mère qui lui a tout donné. Au moins le tournoi de Ping pong de Nice de 1932.

Une autre promesse – tenue – m’a émue, celle au gentil voisin qui lui donnait des rahat loukoums et qui lui demanda de dire qu’un juif du nom de Piekielny vivait au 16 de la rue Grande-Pohulanka à Wilno quand il serait diplomate…Sa Majesté la Riene Elizabeth, l’ONU, le monde entier l’a entendu proclamer.

Trois parties dans le roman, la première raconte l’enfance, à Wilno alors polonaise , Varsovie, elle est pleine de verve et d’exotisme, la seconde l’adolescence à Nice, la troisième  se passe pendant la Seconde Guerre mondiale, aviateur, résistant, gaulliste. j’ai moins aimé la troisième où le personnage de la mère n’apparait qu’en filigrane dans l’inconscient du fils. les faits de guerre m’ennuient même si Romain Gary  raconte avec distanciation ses faits de guerre.

Lire pour Vilnius?

Peut être, quoique l’univers de Romain Gary se limitait à sa cour de la rue Grande-Pohulanka… qu’il était instruit par différents professeurs et que sa mère lui racontait plus une France de son invention où Victor Hugo avait été Président de la République…vilnius, alors s’appelait Vilno et semblait bien provinciale…

 

Le coup de Grâce – Marguerite Yourcenar

LIRE POUR LES PAYS BALTES

 

Mes choix de lectures sont géographiques, j’ai eu du mal à trouver le départ d’une bibliographie « pays baltes ». C’est JP Kauffmann dans Courlande qui m’a donné le lien vers Le Coup de Grâce dont l’action se déroule dans un manoir de Courlande – actuellement Lettonie – en 1919 dans les soubresauts de la première Guerre Mondiale entre défaite de l’Allemagne et Révolution russe.

Récit très ambigu, très trouble. L’auteur, dans sa préface, se réfère à Racine et à Corneille, unité de temps, de lieu, unité de danger ajoute l’auteur.

Le narrateur est un personnage glauque, combattant des guerres inavouables, non pas par conviction mais plutôt par appartenance à une caste de soldats prussiens pour qui l’état militaire était une évidence. Personnage d’une très trouble noblesse, adhérant aux préjugés les plus sordides de son milieu des descendants des Chevaliers Teutoniques ou Porte-Glaives :  antisémitisme, misogynie. Mais l’absence de volonté, d’enthousiasme, de générosité annule la virulence de ces idées .

Période troublée, guerre impitoyable, on ne sait où se situent les combattants capables uniquement de défendre le petit domaine dans une indifférence que n’égale que leur bravoure devant le feu.

C’est d’abord une historie d’amour. Adolescents ou adultes, les protagonistes Eric, Sophie et Conrad, sont incapables d’envisager un amour viable. Si Eric aime Conrad, c’est l’évidence, jamais il n’avouerait autre chose que l’amitié ou la camaraderie virile. Sophie se jette dans le désespoir d’un amour non partagé, elle l’avoue, l’affirme jusqu’à se rendre insupportable pour Eric, l’objet de son amour.

Noblesse ou déchéance? Le narrateur est spectateur passif, incapable de prendre parti. Ce Coup de Grâce est un sommet de l’ambiguïté, ambiguïté des sentiments mais aussi des idées. Le lecteur, malgré ses réticences, est emporté dans la boue, le froid, la tourmente. C’est le grand art de Yourcenar que de mener à bout ce récit à la limite du supportable.