Loch Ness

JUILLET ÉCOSSAIS

 

Château d’Urquart


 

De Beauly à Drumnadochit (comment cela se prononce – t il ?) – 17 miles – par une jolie petite route dans la lande. D’après les cartes postales, le château d’Urquhart semblait posé sur une île dans le Loch Ness. Pas de bac, ni de pont : on l’atteint à pied sec !

 

 Histoire d’Urquhart

Les visiteurs sont accueillis par une vidéo très bien faite sous titrée en espagnol et en français.

En 580 AD s’arrêta à Urquhart et convertit le vieux chef Picte Emchath.

Le château fut construit au 13ème siècle par la famille Durward

En 1276 il fut conquit par Edward 1er d’Angleterre

En 1308 Robert le Bruce chassa les anglais du nord de l’Ecosse

Au 15ème et au 16ème siècle la menace venait de l’Ouest, des MacDonald, seigneurs des îles

En 1500 le château passe aux mains des Grant

Au 17ème, pendant les guerres jacobites, les Grant firent sauter le château et l’incendièrent pour qu’il ne puisse pas servir de base aux Jacobites.

   Ruines médiévales

Les ruines du château

On visite un château en ruines dont les vieilles pierres sont mises en valeur par l’écrin vert d’une pelouse fine qu’une escouade de jardiniers tondent aujourd’hui.

Poterne, salle des gardes, prison, donjon… Même si nous avons visité cent fois leurs analogues, nous avons plaisir à les découvrir dans ce site grandiose et à regarder le Loch Ness à travers les meurtrières. Un dispositif frappe mon imagination : pour consommer le grain, il fallait le sécher dans une sorte de cuve de pierre à proximité d’un feu, un peu comme un four. Cela en dit long sur l’humidité du climat !

  Souvenirs

Souvenirs!

La boutique de souvenirs propose un échantillonnage complet de tartans, écharpes, bijoux mais aussi des cartes anciennes, des livres, des CD. Pour Maman, j’achète une carte ancienne, pour Valou deux livres de recettes de cuisine, pour nous  des toffee et pour moi, une Histoire de l’Ecosse illustrée 3.99 £.

   Sentier CraigMonie

A l’Office de tourisme,  les employées sont très agréables et prodigues en cartes et plans. Je pars  sur le sentier de CraigMonie munie d’un topo détaillée et d’une carte. Monie était un chef Viking norvégien, les balises sont décorées d’un viking casqué. Le sentier fait une boucle sur une colline boisée. Les explications naturalistes sont présentées sur des panneaux de bois qui se range en coulissant à l’intérieur des poteaux. Il suffit de faire basculer la flèche pour avoir une leçon très complète concernant toutes les essences : frênes, sorbiers, pin sylvestre, pin douglas, « spruce » ? Le sentier monte et descend la dénivelée cumulée compensera la courte distance (3miles). Je dérange trois gros rapaces – des buses probablement- et un pinson. Je grappille les framboises.

Le tour du Loch Ness

La route A82 qui emprunte « The Great Glen » d’Inverness à Fort William est très fréquentée. On s’y croise sans difficulté  mais la présence de nombreux camions rend la conduite désagréable. On ne peut pas s’arrêter pour jouir de la vue sur le lac.

 

C’est en miles!

Fort Augustus

A Fort Augustus, au bout du Loch, c’est la cohue. Le parking payant est complet. Un écossais joue de la cornemuse. On y vend des fraises. L’attraction, ce sont les écluses en série dans lesquelles une demi douzaine de petits bateaux blancs à moteur attendent attachés à des crochets. Quand la porte s’ouvre les plaisanciers détachent leur embarcation et marchent en tenant le bateau en laisse. La manœuvre est facile des enfants la réalisent – très fiers- .

 

Les écluses de Fort Augustus

La route qui nous ramène à Inverness par la rive opposée  monte dans une lande de bruyères très sauvage. Sous le ciel gris, elle paraît encore plus rude. Des petits lacs se sont formés dans les creux. Un ruisseau serpente en décrivant de larges boucles. On est très loin de Fort Augustus et ses écluses soignées.

 

Lande et bruyères

Au col (400m) Suiche Chuimein View Point la vue est très étendue. A côté des panneaux, une sorte d’échelle permet aux piétons d’enjamber la clôture et de suivre le chemin qui monte vers les sommets. Il traverse des tourbières gonflées d’eau comme une éponge. Il faut rester sur le sentir empierré ou sauter de touffe en touffe pour ne pas se tremper les pieds. L’air est très vif, le vent souffle. Je me croirais en haute montagne et pars à l‘assaut d’une petite colline comme si c’était un sommet des Alpes. Derrière, il y a une autre crête, encore derrière, un petit pic, chicot rocheux que je grimpe avec un grand plaisir. Je reviens, dévalant les pentes, ravie de mon expédition.

 

Cascade de Foyers

La promenade est très aménagée avec des rampes et des marches de bois dans une pinède. Des écriteaux préviennent qu’il y a des caméras de surveillance en action …pour les écureuils roux (les écureuils gris américains sont en train de supplanter les écureuils autochtones). Quand aux caméras ! C’est un débat qui revient en ce moment tous les moments à la télé sur BBC1 Scotland. Récemment les caméras ont permis de confondre les terroristes de Londres et de Glasgow. Leur efficacité a d’abord rassuré les britanniques mais maintenant elle les inquiète. Big Brother est une invention britannique !

La balade à la Cascade a été courte, je la poursuis en descendant à Lower Foyers sur le Loch Ness, découvrant une autre cascade et des marmites de géant. La petite route de foyers à Inverness suit le lac. C’est une route à une seule voie et passing places beaucoup plus agréable que l’A82. Des parkings permettent d’admirer le château d’Urquhart. Les cartes postales qui le font croire dans l’eau ont dû être prise en bateau, de cette rive, il est beaucoup trop petit !

Nous arrivons à Inverness par les quartiers résidentiels sur les bords du canal Calédonien. Les berges du canal ont été aménagées pour la promenade. Nous avons une vision ensoleillée d’Inverness avec les flèches de ses églises.

Chateau de Cawdor, Nairn

JUILLET ECOSSAIS

 

le château de Cawdor

 

   Itinéraire

Le château de Cawdor est  à une quinzaine de miles à l’est d’Inverness et une dizaine au sud de Nairn. Une petite route passe par le champ de bataille de Culloden Bonnie Prince Charles fut défait en 1746,  et à côté d’un Cairn préhistorique. A Inverness, impossible de trouver cette  route. Par l’axe Inverness-Aberdeen, nous parvenons directement à Cawdor. Le parking est ombragé par des chênes séculaires magnifiques (l’ombre est assez inutile, le ciel est gris). Les pelouses sont d’une finesse incomparable, les mêmes que celles du golf qui appartient au château. Curieusement, les tarifs du golf sont très raisonnables (10 £ la partie ou 14£ la journée). Dommage que nous ne golfions pas!

Jardins

les roses de Cawdor

Nous profitons d’une éclaircie pour visiter les jardins : le Jardin des Fleurs, le Jardin Sauvage, et Le jardin enclos de Murs. Le Jardin des Fleurs est un enchantement : mélange savamment désordonné de fleurs des champs comme les campanules ou les géraniums bleus et roses, avec des plantes plus sophistiquées comme les delphiniums ou les lupins. Harmonie de bleus et de blanc. Camaïeu de bleu à rose en passant par violine et mauve. Pas de jaune, peu de rouge. Enfin, si ! Un énorme coquelicot –un pavot ? – fait une unique tache rouge ans un massif. Les feuilles carmin d’un arbuste inconnu se détachent. Des seringats blancs ont des fleurs très simples. Simplicité trompeuse avec des variétés infinies de géraniums.

jardin de fleurs

Des jardiniers travaillent avec des outils minuscules qu’on utiliserait pour des balconnières. Leurs genoux sont protégés par des coques plastiques comme les surfeurs. Pas une mauvaise herbe, le gravier est finement ratissé. En revanche, on ne touche pas au lichen qui colonise poiriers vénérables ou ifs déplumés. Nous nous livrons à une débauche photographique

Château

En dehors de la saison touristique, le château de Cawdor est habité. On a balisé des parcours pour les visiteurs et déroulé des bandes écossaises du tartan familial des Campbell et placé des feuilles explicatives. Tout est fait pour suggérer l’intimité de la famille des propriétaires : photos encadrées, objets modernes usuels, téléphone, romans actuels.

Les tapisseries qui camouflent entièrement les murs de certaines pièces  doivent réchauffer l’atmosphère. Une série a pour thème Don Quichotte une autre illustre des épisodes bibliques. Le mobilier est de provenance variée, toujours de belle facture. Comme dans le jardin, un désordre précieux est cultivé, suggère la vie, le confort, plutôt que des reconstitutions historiques ou les collection solennelles d’un musée. Chaque tableau  mériterait qu’on s’y arrête un moment. Les châtelains sont aussi des amateurs d’art moderne . On reconnaît des vues du château. Un tableau contemporain particulièrement réussi représente des troncs gris entrelacés. Le titre : « L’entrée de l’allée ».

  Jardin enclos de murs

L’allée du tableau dans le Jardin enclos de Murs

Nous avons la surprise de reconnaître le tableau dans la double rangée de cytises formant une allée couverte, encadrant le labyrinthe de houx taillés, comme ailleurs on taille le  buis ou des ifs. Une autre partie du jardin dans les murs est un verger de vieux poiriers, néfliers, pruniers.

 Jardin sauvage

Le jardin sauvage fait la transition avec le parc. Sur une pente on a planté des rhododendrons et des azalées. La floraison est terminée.

De là partent des circuits -Nature Trails – Je choisis celui de 2 miles qui passe sous d’imposants séquoias puis dans une hêtraie d’arbres magnifiques séculaires. Une rivière, presque un torrent coule dans un creux. Pourquoi l’eau est elle si brune ? Est-ce la rouille ou la matière organique d’un terreau de feuilles ? Il semble que malgré la latitude nordique les végétaux soient florissants. Chênes et hêtres – arbres nobles – ont peut être l’âge du château ?

 La légende du château

Selon Shakespeare, Macbeth était le thane de Cawdor. Le château actuel est plus récent du milieu du 14ème siècle. On raconte que le châtelain bâtisseur aurait chargé un âne d’un coffre d’or et aurait attendu que l’animal se repose pour désigner le lieu où il construirait son donjon. L’âne aurait choisi un houx toujours visible au centre du donjon. On aurait mesuré avec le C14 l’âge du bois et la date de 1372 est tout à fait cohérente avec  la légende !

 Fumerie de saumon

La  fumerie de saumon est  à Granton dans la Vallée de la Spey à une vingtaine de kilomètre de Cawdor. D a gardé un souvenir extraordinaire des fumeries nordiques, de l’odeur du bois, de la fumée. C’est aussi l’occasion d’acheter de l’excellent saumon.

 

Encore une fois, nous faisons le double de chemin en passant par Nairn. Au nord du Parc  Naturel de Cairngorn nous traversons une lande couverte de bruyère. C’est vraiment l’Ecosse des cartes postales ! Le sol gorgé d’eau passe à des tourbières. Pour moi, c’est un enchantement.  La conduite exige une attention redoublée : toujours pas de bas côtés et à peine la place pour que deux voiture se croisent – on ne parle pas des camions de bois !

La fumerie appartient à une Rockstar : Jethro que je ne connais pas. La visite est une déception:  un bâtiment moderne situé dans une zone artisanale tout à fait banale. A la Réception on ne paie guère d’attention à nous et on ne se donne même pas le mal de brancher l’audiovisuel. La seule activité qui se déroule en ce moment est le découpage du saumon en tranches fines qu’on va emballer. Rien de spectaculaire ! Nous nous contentons de lire les commentaires écrits décrivant les étapes de la fabrication :

–          salage avec un mélange de sel et de mélasse

–          rinçage puis séchage suspendu sur des portoirs

–          fumage

–          découpe et emballage.

 

Les plages de Nairn

Nairn a deux plages de sable blanc. Je retrouve le plaisir de marcher sur la plage. Pas question de se déchausser, il fait bien trop froid. Le vent d’Ouest me cingle si bien que je referme la capuche de la parka. L’air sent bon les algues et l’iode. Cette odeur marine me surprend un peu.Le Firth of Moray est étroit. Je distingue tous les détails de Black Island. Je reconnais ma promenade au dessus de Cromarty. Partout l’horizon est barré de crêtes. Et c’est justement un  point d’observation pour les dauphins. L’un d’eux, Sundance reconnaissable à une tache orange est bien connu des habitants de Nairn. Sur le bord je vois des villas imposantes, tourelles bow windows, un castelet en pierre de taille grisâtre  entouré de pelouses impeccables : c’est le club house d’un golf. Encore un ! L’autre plage est bordée d’une forêt de pins plantée en 1920 pour fixer les dunes mouvantes qui ont enseveli un village entier par le passé.

La route Aberdeen Inverness est saturée à 17heures, on se croirait dans la banlieue d’une grande ville tandis qu’on traverse Nairn qui n’est qu’une bourgade sans importance. Nous quittons l’axe fréquenté pour la petite route de la côte qui va à Andresier et à Fort George.

 

courses

Courses à Andresier dans une épicerie Mac Call. En Ecosse on peut se ravitailler dans les campagnes, les prix sont tout à fait comparables à ceux des grandes surfaces. Il y a moins de choix, bien sûr, mais il est inutile de perdre son temps dans un grand centre commercial. En revanche le prix de l’essence varie de 94p à 103p. Avec notre gros véhicule il faudra bien choisir la pompe ! Attention aussi à la panne sèche, les stations service sont rares dans le centre de l’Ecosse.

 

  Fort George

Fort George est fermé. Belles fortifications à la Vauban. De toutes les façons les reconstitutions de la vie militaire ne nous auraient pas tentées. J’avais pensé que la promenade à la pointe serait belle. Terrain militaire, manœuvres en cours.

 

Non loin du fort, une promenade nature est aménagée sur le cordon de galets. Un panneau signale un curieux phénomène datant de la Période Glaciaire. Le glacier a repoussé les roches sédimentaires, comme l’aurait fait un bulldozer. Les couches se sont retrouvées repliées sous l’effet de cette pression. On observe aussi une terrasse : plage témoin des variations du niveau de la mer ou de la surrection du continent, l’Ecosse libérée de sa calotte glaciaire remonte. Le long de la grève de galets on a tracé un sentier d’observation. Des ornithologues ont installé des bornes de bois sur lesquelles on a sculpté des oiseaux (courlis, canards, huîtrier pie) puis on les a peints. Un dispositif sonore permettait aussi de les entendre (en panne aujourd’hui). A l’arrière de la plage, un petit bois est sculpté par le vent d’ouest (étrange, la mer du nord est plutôt à l’est !) j’y cueille des framboises mûres. Des mêmes géraniums bleus que j’avais remarqués au château y poussent sauvages.

D était persuadée que j’avais les clés du gîte, et moi que c’était elle. En rentrant, la voisine nous guettait. Elle avait ramassé le trousseau pendu à la serrure.

Glen Affric Glen Cannich

JUILLET ÉCOSSAIS

 

glen Affric


 

 La boucherie de Beauly

La météo nous a promis du beau temps. Au village, les boutiques ouvrent. Le boucher boit son thé debout adossé à la porte derrière boutique. La bouchère est une dame plutôt âgée au teint rose coiffée d’un curieux chapeau. Comme nous lui annonçons que nous restons à Beauly une semaine, elle nous questionne :

–          « qu’avez-vous fait hier ? ».

Elle nous conseille  Glen Affric. Je me laisse tenter par du haggis – maison. Il faut le réchauffer doucement dans une casserole, ou mieux au bain marie, se méfier du micro-onde. Au chapitre des spécialités, il y a aussi des pies à la viande et des tranches de boudin.

De Beauly à Cannich

17 miles par une route très étroite dans une campagne boisée. De très jolies maisons fleuries, souvent des B&B sont dispersées. Au détour de la route, on  aperçoit une sorte de manoir avec des tourelles et des toits compliqués sur une prairie très verte : un golf. Nous avions déjà remarqué que les golfs sont toujours installés dans les plus jolis coins !

 Cannich pour le ravitaillement. L’épicière est charmante et nous dit qu’il y a 3 parkings à Glen Affric. Sur chaque parking nous trouverons les indications concernant les sentiers de randonnée.

 Glen Affric

La petite route de Glen Affric suit l’eau d’abord une rivière, puis un torrent des lacs se succèdent. La vallée est très boisée : bouleaux de grande taille souvent couverts de lichens, quelques chênes surtout des pins. Le Pin Calédonien est une variété magnifique de Pin Sylvestre avec un port arrondi et des branches tarabiscotées. Peut être est ce le climat rude et les tempêtes qui expliquent cette allure bizarre ?

Promenade de Dog falls

un petit lac!

Le sentier suit le torrent passe sur un petit pont de bois lancé sur une gorge étroite d’où on devine le bouillonnement d’une cascade puissante. Puis il s’élève dans la colline boisée. Des panneaux soulèvent des questions à multiples réponses : « Le cerf, ami ou ennemi ? ». Le sur-pâturage et la multiplication des cerfs ont conduit à la désertification de la montagne. Les forestiers sont obligés de faire des enclos pour permettre à la forêt de se régénérer. Devant des troncs de bouleaux décapités, malades de gros champignons parasites, sont commentés : « La mort des bouleaux, un bien ou un mal ? ». Ce bois mort contribue à la diversité écologique : les pics se nourrissent des xylophages. Je grimpe raide, espérant arriver au sommet. Les dénivelées sont faibles même si la pente paraît escarpée. Du haut, je découvre le plus joli petit lac de montagne qui soit avec des nénuphars, des anémones et leurs graines plumeuses (comme dans les Alpes en altitude). Des libellules m’accompagnent. Je me dépêche de rentrer. Si j’avais lu plus attentivement le panneau j’aurais vu que la promenade jaune que je suivais était un circuit d’1.5 mile, j’ai parcouru le double du chemin au lieu de fermer la boucle !

Le parking suivant est situé sur le bord d’un  lac. Les tables à pique nique sont les pieds dans l’eau ainsi que les promenades.   Barrage hydro électrique, très haut: ne cascade puissante sort en écumant. Les électriciens ont eu soin de construire un bâtiment discret qui ne choque pas du tout dans le paysage.

Dernier parking : un joli petit circuit très accidenté permet de découvrir les rapides de la rivière Affric qui relie le Loch Affric au Loch Beinn Mheadain (nom celtique très long illisible qui se lit Benevan).On  rentre à la voiture : impossible de rester immobile : les midges attaquent ! Sous le soleil, avec le vent frais, elles nous avaient laissées tranquilles. Maintenant le ciel est couvert et le vent est tombé.

Passing places

Moutons et Passing Place! typiquement écossais!

La vallée s’étend encore sur une douzaine de kilomètres mais la piste est interdite aux voitures. Sur la route, impossible de se croiser en dehors des Passing Places la plupart du temps rapprochés. Les automobilistes prévoyants s’arrêtent. Deux fois on a dû reculer jusqu’au refuge quand on a rencontré des  petits cars d’excursion qui ont refusé de céder le passage et qui sont passés d’extrême limite. Le secret est de rouler doucement. Les touristes, par définition, prennent leur temps mais de temps en temps une voiture fonce Il vaut mieux alors se garer.

  Glen Cannich

Le début de la vallée est décevant la route tournicote dans les bouleaux. Heureusement que nous ne croisons personne, la visibilité est nulle. Les bouleaux n’ont pas le charme de la forêt de Glen Affric. Sorties de la forêt le paysage est grandiose : des montagnes couvertes de landes, de bruyères et de fougères, forment un cirque. Le sol détrempé rappelle les tourbières. Des moutons en libertés sont installés sur la route. Certains ont la tête noire et les cornes retroussées en guidon de vélo de course, d’autres ont la tête blanche sans cornes. Les petits sont très blancs. Les brebis ont un pelage très long..

Depuis longtemps j’ai envie,de photographier le panneau « Passing Place ». Je marche sur la route pour réaliser le cliché. J’ai de la chance : le panneau est au milieu des moutons !

Glen Cannich

La promenade sur la route est très plaisante. Personne ne passe. Je jouis d’une vue dégagée dans ce paysage sauvage. Quelques arbres : ici deux pins splendides aux silhouettes arrondies. Le long de la rivière, les arbres sont morts et nous rappellent les barrages à castors du Canada. Les squelettes et les troncs blanchis se détachent.

Cinq cerfs sont couchés parmi les moutons, de vieux mâles avec des andouillers magnifiques recouverts de velours. Seuls leurs bois dépassent. Ils ne paraissent pas farouches. Sont ils domestiqués ? Au retour, j’essaierai de les approcher pour les photographier et ils s’enfuiront gracieusement.

La route arrive à un barrage. Curieusement le niveau de l’eau est très bas alors qu’à Glen Affric le lac débordait presque. La bordure de cailloutis autour du loch n’est pas du meilleur effet. Plus bas, deux cerfs broutent sans se soucier de la voiture.

Il y a plusieurs manière d’éviter l’attaque des midges. L’épicerie de Cannich vend des moustiquaires cylindriques attachée à la visière d’un chapeau. On pourrait imaginer une voilette. Je choisis la solution voile avec mon carré de mousseline turque. Une burquah ferait encore mieux l’affaire !

 

Avoch, Fortrose, Cromarty

JUILLET ÉCOSSAIS

 


  Au réveil, le ciel  voilé, 14°5 .

 

Beauly

La rue de notre gîte, Ferry street, va jusqu’à la rivière. Elle est bordée de cottages mitoyens avec de jolis pignons, des façades de grès rose et des jardins soignés. Au coin ils ont même installé un cerf en ciment grandeur nature. Le Prieuré de Beauly, fermé, belles ogives gothiques dans du grès rouge, la nef a perdu son toit ce qui donne des ruines romantiques.

L’Office de tourisme   vend  des flacons bleus de citronnelle :

– « y a-t-il des moustiques ? »

– « non, des midges », la dame prend un air très ennuyé.

– « quand sortent ils ? »

« après la pluie, j’espère que vous ne les rencontrerez pas. Fermez les fenêtres de la voiture ! »

La dame de l’Office de tourisme nous recommande le circuit de Black Island, de Muir Or à Cromarty. Black Island n’est pas noire, elle serait plutôt verte si le qualificatif n’était pas déjà pris par l’Irlande. Ce n’est pas une île non plus, plutôt une presqu’île entre deux firths.

Nous suivons le rivage sud qui regarde vers Inverness avec de belles vues sur la ville et son pont routier. Nous ferons la boucle en retournant par le nord avec un décor de lignes de crêtes grandioses à l’horizon.

Nous sommes d’abord déçues par la banalité de la campagne très verdoyante, vallonnée coupée de forêt de sapins, pins ou bouleaux.

  Les jardins d’Avoch

pavot dans les jardins d’Avoch

Petit port le long d’une plage de galets. Les jardins croulent sous les fleurs: des roses qui embaument, des pavots doubles violets.La végétation a plusieurs semaines d’écart avec celle de la région parisienne que nous venons de quitter. Le printemps tardif a fait exploser les seringats, roses lavaters, campanules, fuchsias et chèvrefeuilles qui présentent un floraison surabondante. Tout le monde est très poli et nous dit bonjour.

-« Nice day », hasarde un vieux monsieur.

Beau temps écossais ! C’est vite dit. J’ai mis un pull en shetland (pour faire couleur locale), j’ai remonté la fermeture-éclair de mon coupe-vent jusqu’au menton. L’absence de pluie mérite sans doute qu’on la salue. Le ciel est toujours laiteux et le faible soleil n’arrive pas à percer.

 

Avoch

   Fortrose

Jolies villas, une église en grès rose sur une terrasse herbue dominent l’escarpement. Un massif de lupins bleus fait une tache colorée. Les propriétés cossues avec leurs grands jardins enclos de murs et leurs magnifiques pins.

  Chanonry point

Le phare de Chanonry point

Rosemarkie est séparé de Fortrose par un petit cap. La route traverse un golf très fréquenté ce dimanche matin. Un écriteau prévient que le club de golf ne sera pas responsable des dégâts éventuels des balles sur les voitures. Attention aux balles perdues ! Nous expérimentons ici, pour la première fois, une spécialité écossaise : la route à voie unique avec « bypass » des petits refuges élargissant la chaussée  où il se convient de se ranger pour laisser passer le véhicule qui arrive en sens inverse. Bel exemple de courtoisie britannique  à grands renforts de sourires et de gestes amicaux. A Chanonry point, chacun  a sorti ses jumelles pour observer dauphins, phoques et oiseaux marins. Pour les dauphins, ce sera difficile, la marée est basse.

Je peux me livrer à mon sport favori : la marche le long du rivage. Par vent d’Ouest  très fort,  je ferme soigneusement la capuche du coupe-vent, regardant avec envie les personnes prévoyantes qui sont équipées de casquettes, écharpes et bonnets (je rappelle qu’on est en juillet). Je rejoins par la plage le village suivant

 Rosemarkie

Rosemarkie : pub

Rosemarkie est un village ravissant avec un pub photogénique, une belle plage aménagée, des promenades balisées, et un petit musée des Pictes – peuplade ancienne, premiers habitants de l’Ecosse. Je brûle de connaître les Pictes. Fermeture hebdomadaire, il faudra revenir un autre jour !

 

  Cromarty

Cromarty

  Cromarty,  est un nom qui m’a longtemps fait rêver quand une voix féminine récitait les avis de la météo marine comme un poème : « Cromarty, Forth, Humber, Dogger… » , zones de la Mer du Nord que je n’ai jamais su localiser « Mer belle à agitée, avis de coup de vent, tempête… »Cette litanie chaque matin, éveillait en moi des envies de voyage, une nostalgie de navigations lointaines.

Il fallait donc visiter Cromarty !

Un prospectus très bien illustré avec des gravures anciennes vante les charmes de petit port de commerce très actif au 18ème siècle qui avait connu alors la prospérité  lui permettant de construire un tribunal surmonté d’une tour avec un dôme, une demi douzaine de belles maisons bourgeoises à étage sur de grands jardins. Le long de la côte se serrent les petites maisons des pêcheurs formant des venelles pittoresques. A la pointe : un  phare transformé en laboratoire marin de l’Université d’Aberdeen.

Des gloires locales sont célébrées ici, entre autres, le Géologue autodidacte Hugh Miller qui découvrit des fossiles de poisson et étudia les grès roses au milieu du 19ème   siècle.

Pique nique devant le fjord : carottes râpées et truite de mer, shortbread écossais.

les venelles fleuries de Cromarty

Nous parcourons avec plaisir les rues anciennes fleuries et soignées. Hélas, les musées coûtent cher (5£ chacun et il y en a deux) je n’aurai pas le temps de me promener si je leur consacre une visite sérieuse. Quel dommage de s’enfermer par un si beau temps ! Et bien ! le monsieur avait eu raison avec son « Nice day ! »

 

Cromarty : :’églsie presbytérienne

Rapide visite à l’Eglise Presbytérienne entourée d’un cimetière herbu. Les pierres tombales sont recouvertes de verdure, de mousse ou de pelouse. Les stèles de grès ou de granite penchent. Sur l’une d’elles, encore lisible, je découvre que sont inhumés une petite fille morte à deux mois, sa petite sœur de quatre semaines, un petit frère de quelques semaines, un autre enfant de deux ans…Combien d’enfants fallait il mettre au monde pour en garder un vivant ? L’église  est très sobre : entre deux grandes fenêtres, la chaire de bois cirée entourée de partout de bancs enfermés dans des sortes de cellules. Toute la nef  face au pasteur, en est pleine mais aussi les transepts.  500 paroissiens pouvaient s’asseoir en bas. Au dessus, des tribunes, « poor loft » sont aussi encombrées. Pas d’orgue, un harmonium modeste.

 

Randonnée au soleil par les sentiers de la presqu’île Black Island très bien indiqués avec les temps de marche sur un panneau,. Je choisis 4miles- 1H30,  La promenade qui monte au South  Sutor appellée aussi la balade des 100 marches. Les deux Sutors : North et south sont deux collines gardant l’entrée du Firth de Cromarty, personnalisées par deux géants bienveillants. Le sentier est très bien entretenu ; il monte en corniche le long de la mer.

Retour au gîte de Beauly à 18H. Pas question de s’enfermer par cette magnifique soirée estivale ! Notre gîte est très cosy mais il lui manque un jardin ou une terrasse. La Riverside Drive longe de loin  le Firth, pas de banc en face de l’eau. Nous en trouvons un dans l’enceinte du Prieuré de Beauly et je reste jusqu’à huit heures pour écrire.

 

 

en voiture, vers Inverness et Beauly

JUILLET ÉCOSSAIS

 

Edimbourg


 

 

 

 

 

 

 

 

Petit déjeuner au Starbuck coffee sur High street: un grand café et un gâteau à la cannelle (genre pain aux raisins sans les raisins) pour plus cher que le bon déjeuner écossais de Blackfriars avec le haggis !. Une petite close descend sur Cowgate, un mètre de large et très raide.

Le cab

le cab

La réception de Eurohotel (qui n’est pas un hôtel mais un hébergement d’été dans une cité universitaire)appelle un taxi pour Murray Field, le stade bien connu qui ressemble au stade de France. Le chauffeur du cab est un  petit pépère bien aimable. qui nous encourage à prendre tout notre temps avec les bagages et ne met le compteur qu’une fois installées. Son taxi est un cab traditionnel noir avec une vitre qui sépare le chauffeur des passagers et même deux strapontins dans le sens inverse de la marche.

Location de voiture

L’Agence Alamo n’a pas de véhicule pour nous. Ils invoquent une erreur informatique mais deux autres couples arrivés en même temps que nous reçoivent la même réponse. Nous avons le traitement de faveur : on nous conduit à l’aéroport tandis que les autres prennent l’autobus. On commence à s’énerver. Du parking des voitures de locations nous devons prendre une navette (sécurité oblige, les voitures ne s’approchent plus du terminal depuis l’attentat de Glasgow). Sur le comptoir, encore une allusion au terrorisme : tout véhicule mal garé sera explosé comme une voiture terroriste. Voilà qui résout les problèmes de contraventions impayées pour stationnement illicite ! À nous de bien observer la règle des doubles lignes jaunes aux carrefours qui n’existe pas chez nous ! Nous avions d’ailleurs remarqué sur Charlotte Sq. un policier photographiant sur toutes les coutures une MiniMorris garée sur un stationnement résidentiel.

Après avoir bien poireauté, on nous donne une enveloppe et une grosse clé. On reprend la navette. La dame me demande :

–          « Est-ce que cela vous ennuie d’avoir une grosse voiture ? »

–          « Non bien sûr ! »

 

C’est une voiture de direction « Estate », une Vauxhall Vectra gris métallisé, toute neuve, brillante, impressionnante.

On est très fières de notre « silver car » Estate

En route

11H30,  la route du Forth bridge, première erreur à l’entrée du pont, le moderne, suspendu, pas le mont métallique. Ensuite c’est facile : l’ autoroute traverse une campagne très verte, à l’arrière plan des montagnes violettes. Ma plus grande surprise est de voir du colza en fleur au mois de juillet. Il ne fait pas très chaud, au tableau de bord le thermomètre indique 16°C quand il pleut et 17 sous le  soleil.

Pique nique

Peu après Perth nous quittons la voie rapide pour Dunkeld, village ravissant de cottages fleuris, un peu tarabiscotés, un manoir transformé en hôtel, une jolie rivière qui passe sous un vieux pont de pierre. Je ne pense pas à prendre des photos. Nous le regretterons. La recherche d’un coin pique-nique est toujours laborieuse. Sur le bord de la route, un parking, un peu sale. On trouvera mieux. Pendant le demi tour, un faon traverse la route, gracieux, son dos tacheté. Nous aurions été bien inspirée de nous arrêter là.

pique-nique au bord de l’eau

La « Réserve de vie sauvage » nous  tente.  La route borde un  lac, nous déjeunons à quelques mètres de l’eau.

 

 Puncture !

A un virage, on se déporte sur la gauche pour éviter un gros 4×4 qui roule en plein milieu de la route étroite. Des pierres coupantes dépassaient du talus : deux pneus crevés. Une jeune fille très aimable s’arrête pour me conduire à la station service du village. Le mécano ne travaille pas le samedi. La jeune femme qui vend de l’essence me propose une bombe anti-crevaison. Avec l’état des pneus il ne faut pas y songer. Il reste l’assistance AA dont le numéro de téléphone est inscrit sur un macaron collé au pare-brise. Le pompiste me conduit à la voiture (sans lui je me demande bien comment je l’aurais retrouvée). Sur place il contacte l’assurance. J’aurais bien été incapable de localiser notre position et de l’indiquer au téléphone. La dépanneuse arrivera d’ici deux heures. Entre temps, rien à faire. Seulement attendre. VISA 1er  me confirme que nous sommes bien assurées. Nous avions refusé l’assurance Bris de verre et crevaison il y a moins de trois heures ! Ne pas paniquer. Seulement espérer que le garage ne sera pas fermé quand la dépanneuse arrivera. 16h15, sans un regard aux pneus, le chauffeur de la grosse dépanneuse nous embarque dans son camion.

on est arrivées à temps!

Il reste tout juste 45 minutes pour rejoindre le garage de Perth. Arriverons nous à temps ? 16h50,   la Vauxhall est  immédiatement montée sur le pont. Dix minutes plus tard, elle est chaussée de pneus neufs pour 300£. Nous pouvons repartir. On nous annonce 2H15 de route pour rejoindre Inverness.

 

 

Inquiétude: pour passer un col de montagne,  il faudrait arriver avant la nuit. Il nous faut aussi faire des courses.  Nous ne savons pas encore qu’il fait jour jusqu’à 11 heures du soir et que les magasins d’alimentation ne ferment presque jamais.

 

Nous avons traversé un  bon tiers de l’Ecosse du sud au nord sans trop nous occuper du paysage. Prairies et vaches. Des cultures jusqu’à Perth. Au nord de Perth, la forêt remplace les champs, les pentes s’accentuent. Il nous semble être en montagne, pourtant les altitudes sont très faibles.

8h30, nous sommes installée à Beauly et à 9h,  attablées devant une soupe chaude et des œufs à la coque.

Notre cottage à Beauly : la cheminée

 

Edimbourg sous la pluie

JUILLET ÉCOSSAIS

 

la cathédrale saint Gilles


Une pluie bien fine et bien persistante s’est installée. Nous visiterons donc des musées.

Le conférencier du bus vert avait plaisanté :

–          « Les musées d’Edimbourg ont trois avantages : ils ont un toit, ils sont chauffés et ils sont gratuits ! »

 

Cathédrale saint Gilles

Mais les musées ouvrent à 10 heures seulement.

La Cathédrale Saint Gilles, sur High Str.  à 9 heures. Nous y parvenons en montant un raidillon Old Fishmarket Close. Le Royal Mile, si tôt le matin, est désert. Les rideaux de fer des boutiques commencent simplement à se relever.

La Cathédrale est surmontée d’un clocher évidé gothique et très élégant. La nef, aussi, est gothique, les vitraux , 19ème. Je n’arrive pas à m’attacher à ces rénovations 19ème . Peut être est ce un  préjugé stupide ? Je préfère les ruines. John Knox en bronze, en pieds est la cible des touristes belges. J’attends qu’une femme ait fini son cliché mais je passe pendant qu’une autre appuie sur le déclencheur.

–          « je suis désolée ! », je m’excuse.

La dame en rose trépigne et tape du pied.

John Knox m’étonne dans ce cadre que rien ne distingue d’une cathédrale catholique. Lui le théoricien d’un protestantisme le plus austère. Une des curiosités de cette église est une chapelle ornée de boiseries : la chapelle du chardon. Les chevaliers de cet ordre s’y réunissent encore régulièrement. Des angelots chanteurs sculptés et des animaux tous différents sur chaque chaire donnent une note de fantaisie. Une odeur de bacon frit nous met en appétit. On peut déjeuner à la cafétéria de la Cathédrale !

 

Edimbourg : château

Eggs and Bacon

Dans une cafétéria plus modeste sur George IV bridge,  je commande « eggs and bacon » m’attable à un guéridon rond pour lire le journal : récit des exploits des sœurs Williams à Wimbledon, Docteurs terroristes à Glasgow, peu de nouvelles du monde.

 

Bobby’s bar

Fidèle Bobby

A proximité du musée encore fermé, se trouve la fontaine du fidèle chien Bobby devant un pub rouge qui l’a pris pour enseigne. Juste derrière le pub, l’église Greyfriars entourée de son cimetière ou il est inhumé à la place d’honneur. Une stèle de granite rose loue sa fidélité. Même sous la pluie, l’endroit est charmant. Greyfriars est une église toute simple. Le cimetière herbu en pente est planté de beaux arbres. Les tombes sculptées noircies par le temps sont envahies de végétation. Le château se détache au loin sur son  rocher.

 

Greyfriars

Museum of Scotland

Le Museum of Scotland, consacré à l’histoire de l’Ecosse, est tout neuf (1998) . Le bâtiment de grès rose est très harmonieux. On prête un audio guide en français très documenté.

Le niveau O s’intitule « Beginnings »:

J’avais l’intention de le zapper. Souvent nous perdons un temps précieux devant d’ennuyeuses reliques préhistoriques et nous n’avons plus la patience pour le 19ème ou le 20ème.

Cela aurait été une grave erreur ! La section géologie est passionnante, l’approche scientifique tient compte des théories les plus récentes. L’Ecosse dérive de l’Equateur vers les pôles et rejoint l’Angleterre à l’ère primaire. Au Jurassique, l’ouverture de l’Océan Atlantique causa des épanchements volcaniques. Les reconstitutions paléo écologiques des vitrines sont justifiées par l’exposition de fossiles parfois spectaculaires. Je n’ai jamais vu de poissons aussi nombreux, aussi beaux – les poissons de Miguasha (Nouveau Brunswick) m’avaient laissé un souvenir très vif. Lizzi, défini d’abord comme reptile puis comme batracien me fait penser aux remises en cause actuelles de la classification linnéenne. Ce n’est pas seulement dans les cours que les reptiles n’existent plus ! J’ai aussi été impressionnée par les Graptolithes. La conclusion de la Section de Géologie montre les glaciations quaternaires, les variations écologiques et débouche sur l’influence de l’homme sur la faune et la flore.

Early people (8000 BC – 1100AD) :

Cernyx: tête de sanglier

Les premiers habitants de l’Ecosse ne sont pas présentés de manière chronologique. On a préféré une mise en scène par thèmes et fait appel à de véritables artistes qui ont réalisé de véritables sculptures. Les hommes préhistoriques de bronze très cubistes sont des présentoirs pour les bijoux, bracelets ou agrafes. Un enclos d’ardoise rappelle les tumulus ronds des anciennes sépultures. Un assemblage de vertèbres de globicéphale se trouve au milieu des vitrines consacrées aux armes, aiguilles et autres objets d’ivoire et d’os. Les Romains ont laissé de nombreuses traces. Ce qui nous a le plus étonné est la trompette à tête de sanglier la Cernyx, trompette de guerre des Barbares. Avec les peuples primitifs sont aussi rangés les stèles ciselées de motifs celtiques, croix irlandaise du début de la christianisation, les vikings également. Cette section se termine dans l’église médiévale reconstituée faisant la transition avec le niveau supérieur

 Au Niveau 1 :Kingdom of the Scots (900-1707)

jeu d’échecs

Deux objets ont retenu notre attention : une Harpe Celtique en bois clair très finement ornée et un Jeu d’Echecs nordique. Armes ou objets du culte nous sont moins étrangers et nous rappellent la visite d’hier au château.

Plus nous avançons dans la visite, moins nous sommes réceptives. Nous sautons les deux étages consacrés à la Révolution Industrielle pour aller sur la terrasse  au 7ème étage. A la descente je fais une rapide incursion dans

Scotland Transformed (1707-19ème siècle)

Le Museum of Scotland communique avec le Royal Museum consacré aux sciences. La visite rapide à Dolly, la brebis clonée empaillée s’imposée. L’Horloge du Millénium  m’a bien amusée.

 

l’horloge du Millenium

Britannia

Nous  allons à pied à Waverley Bridge prendre le bus bleu du Majestic tour qui nous emmène à Leith voir le Britannia, le yacht de la Reine. Je n’aurais jamais pris l’initiative de cette visite mais elle est comprise dans le forfait du Pass et remplacera celle du palais d’Holyrood. Le Majestic Tour passe devant le Jardin Botanique qui nous tenterait si le temps était plus clément.

Le Britannia est caché par un énorme centre commercial très moderne où nous achetons des salades de pâtes dans des bols en plastique. Pour accéder au yacht il faut monter au troisième niveau (cela donne une idée de la taille du bateau). Munies d’audio guides nous visitons d’abord le Poste de Commandement du navire avec boussoles et compas/ Nous découvrons les trois ponts de teck puis les appartements de la Reine et du duc d’Edimbourg. Luxe et raffinement du bois de sycomore dans un style sobre très anglais avec des cheminées où « brûle » un feu électrique (le règlement de la Marine exigeant la présence d’un homme avec un seau d’eau à côté du feu allumé n’aurait pas favorisé l’intimité des vacances de la famille royale !). Après une heure, nous nous lassons des explications très détaillées et ne jetons qu’un coup d’œil distrait à la salle des machines où d’énormes tuyaux conduisaient la vapeur tandis que des centaines de cuivres sont astiqués chaque jour. Le bus traverse Leith, moderne sans grand intérêt (je remarque les « délis » polonaises qui excitent ma curiosité : je ne connais pas la cuisine de l’Est).

 

Arthur’s Seat 2

            Malgré la pluie je ne renonce pas à mon expédition à Arthur‘s Seat. Les volcans exercent sur moi une véritable attraction. Les Chemin des Radicals passe à la base d’une épaisse coulée. Les Radicals étaient des ouvriers textiles réduits au chômage de l’Ouest de l’Ecosse venus protester et soulever ceux d’Edimbourg. Sir Walter Scott eut l’idée de les occuper à construire cette route. Philanthropie ou stratégie politique ?

La pluie n’arrête pas les Ecossais. Je pensais être seule à marcher. Pas du tout ! je croise un monsieur tout trempé avec son setter de même, un jogger avec son MP3, un couple d’amoureux qui se prennent mutuellement en photo et me demandent de les prendre ensemble. Avec ou sans parapluie, ils bravent les gouttes.

 

L’Athènes du Nord

Parlement écossais

Du haut de la colline, j’ai une vue plongeante sur Edimbourg. Comme Rome, Istanbul ou Athènes, elle est bâtie sur 7 collines. Au début du 19ème siècle on a voulu imiter l’Acropole et on a commencé la construction d’un Parthénon inachevé : demi péristyle noir, ruines modernes prétentieuses. A côté, le monument de Nelson, tour en forme de télescope est équipé d’un curieux dispositif, un signal visuel en même temps que le canon de 13 heures donnant l’heure aux habitants de la ville et aux marins. A la base de cette imitation d’Acropole deux collèges sont installés dans des bâtiments antiques à fronton triangulaire et colonnade ionique. Moqueries de Wendy, conférencière de l’autobus marron :

–          « on y fait du latin et du grec à longueur de journée dans des classes sans fenêtres ! »

 

Parlement Ecossais

Il est 4heures et demie quand je retrouve Dominique qui s’est abritée sous le nouveau Parlement Ecossais, bâtiment très controversé. L’architecte barcelonais Miralles qui l’a conçu est mort avant la fin de la construction. Le budget a été multiplié par dix…Le béton choque dans cette ville de pierre et surtout la décoration extérieure apparaît incompréhensible. Que représentent ces polygones plaqués à l’extérieur : des sèche-cheveux ? Des pistolets mitrailleurs ? La sobriété (l’avarice légendaire) des Ecossais s’offusque des fenêtres loggias compliquées qui ressortent dans une rue étroite.

–          « Quelle vue ? Nos impôts ? » ironise encore Wendy.

 

Au-delà de l’architecture contemporaine, le Parlement Ecossais a aussi un rôle politique qui prête à discussion. On assiste aujourd’hui à une montée du nationalisme écossais. Récemment Tony Blair a accordé une autonomie plus grande au pays de Galles et à l’Ecosse. Les dernières élections, il y a quelques semaines, ont amené un grand nombre de députés indépendantistes. Sur les murs, j’ai vu des graffitis : « not british, scottish », (à la craie, on reste poli !). Le Parlement a donc une valeur plus symbolique qu’architecturale. Paradoxe, puisque le nouveau locataire du 10 Downing street est de Glasgow.

 

Our Dynamic Earth

Sorte de tente ovale protégeant une verrière elle abrite un musée de Sciences Naturelles High Tech avec simulations et multimédias. Dommage qu’il ferme à 17heures ! (La journée de visite d’un touriste est très courte entre 10 heures et 17heures). Au centre du rond point routier on nous offre un perçu de la visite ; une sorte de grotte fumante est le départ d’une « visite au Centre de la Terre ». Autour de la place, une immense coupe géologique de l’Ecosse a été réalisée avec de hautes plaques de grès inclinées. D’Ouest en Est, on découvre les très vieux Gneiss des Hébrides, la faille orientée NE/SW découpant tout le pays puis les intrusions volcaniques : dykes recoupant le socle, les sédiments carbonifères, les grès…. J’aurais  dû prendre des notes. De retour à l’hôtel, je m’embrouille déjà. Pourtant j’ai eu ce matin, une leçon fort pédagogique au Musée. Voilà les limites du bourrage de crâne ! Heureusement que je me force à tenir ce journal de bord pour fixer quelques unes de nos trouvailles en voyage.

Granite avec Arthur Seat en arrière plan

Le soleil a enfin fait apparition. Nous reprenons nos croisières sur l’impériale du bus marron qui circule dans le sens inverse du vert ou du rouge, remontant Cannongate vers High street tournant à saint Mary’s pour prendre Cowgate, passer devant l’hôtel et déboucher à Grassmarket, marché à bestiaux : c’est logique !

 

Edimbourg sous le soleil

JUILLET ECOSSAIS

 

une épicerie bien écossaise

Breakfast Ecossais

Dans notre « hôtel-résidence universitaire », Eurohotel,nous disposons d’une cuisine. A la réception on vend un « Kit breakfast » cher et peu engageant. L’hôtesse me recommande l’Auberge de Jeunesse de Blackfriars qui sert un breakfast buffet pour 3,95 £, service à gogo! mais attention: des pancartes préviennent : ne prendre que 6 items !Je choisis un pamplemousse, une tranche de bacon, une saucisse et ce que je prends pour des lentilles : du haggis. Un groupe de scolaires italiens fait une telle cohue que j’aurais pu manger gratuitement. Consciencieusement, je paie au bar.

Première promenade jusqu’à la gare de Waverley

9heures, sous un joli soleil, nous trouvons un raccourci: au lieu de suivre Cowgate jusqu’à St Mary’s comme sur le plan d’Eurohotel, nous montons la pente très raide de Blair Street qui nous conduit à une place élégante : Hunter Pl. dont le centre est occupé par un curieux édifice carré. Nous coupons High street entrevue hier soir (musique dans un pub) puis descendons Cockburn St.

Il fait beau. Les boutiques sont avenantes. Nous entrons dans une petite épicerie tenue par un Pakistanais très aimable, puis dans une petite échoppe dont les étagères sont toutes occupées par des bonbons colorés dans des flacons. Le marchand cuit des rolls au bacon bien appétissants. Deux tables rondes sont installées sur le trottoir.

 

Edinburgh Pass

Le Edinburgh Pass  est censé nous permettre de circuler librement et de visiter gratuitement attractions et musées.

Ce Pass est cher : 32 £ la plupart des musées sont gratuits, et il existe des billets à la journée sur le réseau urbain. J’ai beaucoup hésité et ne l’ai pas commandé sur Internet à un prix plus avantageux. C’est la même histoire que le forfait de ski, on regrette toujours de ne pas l’avoir pris ! 32£, pour deux jours, nous n’ avons droit qu’ à trois visites seulement : le Château, le yacht Britannia et le Palais d’Holyrood – fermé pour cause de visite royale – et nous ne pouvons emprunter que les bus pour touristes verts, rouges et bleus.

 

Old Town vu de Waverley

Une ville de grès

De la Gare, la vue est magnifique : flèches élancées, clochers en dentelle de pierre, toits pointus se détachent sur le ciel. Une tranchée, coulée verte occupée par un beau jardin, sépare la Vieille Ville de la ville Nouvelle, régulière et géométrique  (18ème siècle). Edimbourg est vraiment une belle ville – ville de pierre, bâtie en grès fin. Rose et poli, les strates roses ou plus claires forment un décor dans les bâtiments les plus neufs. Noircis, quand ils ont été oubliés par les ravalements. Sobres, gris clair, dans un appareil très simple de blocs rectangulaires lisses. A l’Antique, colonnades doriques ou ioniques. Moellons irréguliers, oxydés d’orange ou de marron…Le Nouveau Parlement de béton clair décoré de métal et la tente du Dynamic Earth me paraissent vulgaires à côté de l’aristocratique pierre à bâtir.

 

Promenade Guidée

Les bus touristiques partent de Waverley.  Dans un  bus vert, officie un guide doté d’un  micro et d’un sens de l’humour très british. Chevelure entièrement blanche, le vieux monsieur est un brin autoritaire. Il met en garde contre les téléphones mobiles intempestifs, les allers et venues, les bavardages. Il rappelle à l’ordre les touristes turbulents ou ceux qui, impolis, ne lui disent pas bonjour. Comme l’assistance est clairsemée il pose des questions précises, comme à des élèves ,pour maintenir l’attention de son auditoire. Gare à moi si mon esprit vagabonde !

monument à Walter Scott

 

Les Hommes Illustres

La promenade débute sur Princes str. le long de verts jardins, avec le Monument de Sir Walter Scott, pyramide ajourée dressant sa flèche au dessus de 287 marches. Non loin de là, la statue de Livingstone, prétexte à rappeler l’anecdote célèbre de sa rencontre avec Stanley. Notre cicérone a choisi d’illustrer la visite de la ville par l’évocation des hommes célèbres d’Edimbourg. Chaque statue, chaque plaque, font surgir un personnage célèbre.

Dans le désordre, j’apprends donc que Graham Bell, l’inventeur du téléphone est originaire d’Edimbourg, Simson, le premier utilisateur du chloroforme donna un impulsion à l’anesthésie en la pratiquant sur la Reine Victoria. Hutton, au 18ème siècle fonda la Géologie moderne en détachant l’Histoire de la Terre de la Création en 7 jours de la Genèse. Je découvre une vie intellectuelle et savante intense qui n’a rien d’étonnant au regard de l’étendue des bâtiments universitaires qui occupent une grande partie de la Vieille Ville.

Les écrivains, de Burns à Scott, Stevenson, Conan Doyle, Dickens, ont leur statue, une plaque, leur pub préféré !

Des  faits divers : le chien resté 14 ans sur la tombe de son maître, les Resurrectionists Burke et Hale qui vendaient des cadavres à la faculté de médecine dont j’ai, déjà entendu parler dans la Colline des Chagrins d’ Ian Rankin, un escroc dont j’ai oublié le nom…

Toutes ces anecdotes rendent la visite très vivante et très dense.

 

Le Circuit touristique

Holyrood sous la pluie

            Après Princes Street, le bus monte au château, fait une large boucle dans les quartiers universitaires avant de couper High street qui fait partie du Royal Mile qui rejoint le château au Palais d’Holyrood s’appelant par la suite Cannongate. Après le Palais il s’engage dans la Ville Neuve.

 

Visite du château

le château perché sur la colline

Forteresse imprenable juchée sur son volcan de basalte, elle occupe une vaste superficie sur des terrasses en étage. Les pavés rendent la marche pénible. Un audio guide en français raconte avec force détails les guerres qui se sont livrées ici. Pendant au moins deux siècles, l’histoire de l’Ecosse et celle de l’Angleterre, intimement liées, ont subi des luttes de successions compliquées combinées avec des guerres de religion. J’ai mal préparé ce voyage, je me trouve perdue dans les Jacobites, les Hanovriens, les Catholiques, les Presbytériens, les Anglicans, les Ecossais et les Anglais. Certains personnages se détachent : Mary Stuart, Bonnie prince Charles, mais aussi Cromwell…. L’autre thème récurrent est purement militaire et ne me passionne pas.

Lassées des explications très fouillées, nous profitons du site : de la vue étendue sur Edimbourg sous le soleil, des massifs de fleurs très simples. La vieille chapelle de la Reine Marguerite, minuscule, est la plus touchante. Les restaurations 19ème d’un Viollet Leduc écossais sont un peu « trop » bien faites.

A 13 heures nous ne manquons pas le coup de canon tiré chaque jour et nous offrons u n déjeuner à la cafétéria : sandwich au thon  et un somptueux cake avec plus de raisins secs et de cerises confites que de pâte, et tout ce qu’il faut de gingembre et d’épices. Cette visite nous a physiquement éprouvées après la courte nuit. Nous n’aspirons plus qu’à nous asseoir à nouveau sur l’impériale d’un bus touristique (nous avons bien fait de payer le Pass !). Dans l’autobus rouge on prend en montant des écouteurs et on choisi  la langue pour les commentaires. J’aime bien réviser mes connaissances fraîchement acquises et cela ne m’ennuie pas du tout d’entendre une nouvelle version des anecdotes.

 

Arthur s Seat (1)

Arthur Seat

J’avais envie de monter à Arthur’s Seat depuis que j’ai lu la « Colline des chagrins » d’Ian Rankin. Un peu de nature sauvage m’aurait reposée de tout le bourrage de crâne de ce matin. Mais voilà que la pluie s’invite. Pour prendre en photo le volcan éteint nous descendons du bus sur la colline situe en face devant un portique d’un  classicisme des plus grecs. A quelques pas, dans un cimetière très vert, nous avons une bonne vue sur Holyrood et le volcan. Le bus suivant nous emporte jusqu’à Princes Street.

 

Peinture

Le beau temps est revenu, nous descendons dans les jardins dans le creux du jardin pour arriver devant deux musées de peinture:  la Scottish National Portrait Gallery et la National Gallery of Scotland installés dans de ravissants temples antiques de grès beige ravalées récemment. Sur un parvis à l’arrière des musées, trois Indiens d’Amérique du nord jouent une musique très électrifiée. Celui qui tape sur des tambours a revêtu une magnifique parure de plumes.

La National Gallery of Scotland renferme une très belle collection de tableaux italiens. Je regarde comme de vieux amis les Raphaël, les Titien, je reconnais immédiatement Andrea del Sarto rencontré à Volterra. Des petits Hollandais me plaisent bien, j’identifie deux Rembrandt. Deux du Gréco…Sans que les autres tableaux n’aient le moins du monde démérité, comment se fait il que je remarque ceux là au premier coup d’œil ? Ces chef d’œuvre ont-ils d’une autre facture, d’une autre qualité – marque du génie – ou alors je les reconnais parce que je les connais déjà, parce qu’ils sont reproduits dans les livres d’art, parce que je les cherche ? Dans les musées que nous visitons j’ai l’habitude de chercher de préférence Botticelli, Raphaël ou Rembrandt…

Nous terminons l’après midi sur l’impériale du bus rouge qui passe juste au dessus de notre « hôtel ». il suffit de descendre devant le Royal Muséum dans Chamber Str. Et de descendre un escalier. Pour dîner, j’ai repéré sur North bridge un Fish and Chips. J’ai des souvenirs très émus de cabillaud arrosé de vinaigre blanc à Dalkey près de Dublin voilà 11 ans ! de celui de Londres aussi.

 

Les Bêtes du Sud Sauvage – film de

TOILES NOMADES

Si les bêtes sont les aurochs de fantaisie, sangliers ou cochons affublés de défenses ridicules, je ne les ai pas beaucoup appréciées. Si ce sont les chiens, les chats, les poules, ou le cochon domestique, je les ai  bien aimés.  Si ce sont les hommes, femmes et enfants qui vivent en marge de la société de consommation américaine bien cachés dans le bayou qui font la fête, croquent à belles dents dans les écrevisses et les crabes tout juste pêchés, qui déchirent un poulet tout juste grillé à pleine mains, qui préfèrent se saouler pendant que la tempête, l’ouragan, Katrina peut-être inonde le bassin.

Est-ce un documentaire sur la Louisiane pendant l’ouragan? Est-ce une fable écolo? Le réchauffement climatique comme les pans de banquise qui s’effondrent le suggèrent. Provocation que cet incendie volontaire que la petite fille a allumé. Provocation que cet home qui tire sur les nuages pour effrayer la tempête déchaînée. Joie des feux artifice, de la musique, du désordre incroyable. Énergie que dégage ce petit bout de femme de six ans, bottée de caoutchouc, avec son air buté,  ses sourcils froncés sur un front boudeur.

Une jolie surprise: l’Amérique est capable de nous offrir mieux que des films formatés! Peut être pas le chef d’œuvre annoncé, mais qui a dit qu’on ne devait aller voir que des chefs d’œuvres?

Le goût de la Cerise – Abbas Kiaraostami (DVD)

TOILES NOMADES

J’avais raté sa sortie en salle, le Père Noël a réparé cette lacune. J’ai donc visionné sans aucune préparation le DVD. quand un film est primé – Palme d’Or en 1997 – il est accompagné de tout un cortège d’articles de Presse et la spectatrice sait à peu près à quoi s’attendre. Une quinzaine d’années plus tard, le titre reste en mémoire, seul. C’est donc sans aucun préjugé que j’ai découvert Le Goût de la Cerise


Un automobiliste tourne dans les lacets d’une route en construction dans les chantier de la banlieue d’une grand ville – Téhéran ? jamais montrée – atmosphère poussiéreuse de ces collines qui ne sont plus la campagne et pas encore la ville. La terre est très présente, remuée par les pelleteuses, déversée sur les flancs de la route. L’automobiliste roule à petite vitesse, cherchant quelque chose. Repère-t-il des lieux? Surveille-t-il les constructions? Il cherche quelqu’un. Longtemps on ne sait qui ni pourquoi. Des ouvriers se présentent à l’embauche, il poursuit un carrier qui le fuit. Il cherche d’abord des déshérites pour leur proposer une grosse somme d’argent sans préciser la tâche. Un soldat finit par accepter de monter dans le gros 4×4. La conversation est simple, les questions anodines se répètent à chaque rencontre mais elles mettent chaque fois mal à l’aise l’interlocuteur (et le spectateur). Cherche-t-il à faire un mauvais coup? cherche-t-il un amant? quelle est cette affaire mystérieuse?

C’est au soldat, après un bon quart d’heure (de film) qu’il révèle la nature du travail. Il a besoin d’un fossoyeur qui viendra l’ensevelir d’une vingtaine de pelletées de terre le lendemain matin. Où le réveiller s’il n’est pas mort. La tombe est prête

Le soldat s’enfuit, il proposera la tâche à un afghan gardien du chantier, puis à un séminariste(aujourd’hui on aurait peut être traduit par taliban). Tous sont effrayés par l’idée de suicide contraire à la religion. D’autant plus que le héros n’expliqura jamais son désespoir. Au contraire il présente le suicide comme l’expression d’une liberté, du libre-arbitre donné à l’homme, comme un argument philosophique plutôt que d’en appeler aux sentiments, il fait appel à la raison. Cela dépasse l’entendement de l’étudiant en religion. En revanche, un vieil homme, taxidermiste au Musée, père d’un enfant anémique, accepte, pour son enfant. Mais il impose un détour qui lui permettra de raconter comme un conte son expérience d’un suicide avorté.  Comme il a retrouvé le goût de la vie, en goûtant le fruit de l’arbre qui devait être sa potence.

La suite du film est encore plus étrange. On ne saura jamais si l’homme a été convaincu par le vieil homme, un orage, un écran noir pendant une longue minute,fera une coupure. la fin est incohérente: on se retrouve sur le tournage d’un film, à une autre saison. La poussière a été remplacée par de la verdure. Mise en abyme? Film dans le film? ruse pour égarer la censure? A nous de décider!

Cherchant une explication, on rembobine dans sa tête. La symbolique de la terre est très présente, cette terre que les engins déverse fascine celui qui doit être enseveli. Le chemin sinueux où passe et repasse le véhicule sans arriver nulle part est aussi signifiant. Absurdité. Incompréhension? Peut être les Iraniens ont-ils des clés que je ne possède pas. Pouvoir militaire ou religieux sont-ils évoqués par hasard? comme cette ville tentaculaire qui s’étend. Les hommes  abordés sont des déracinés, l’un est kurde, deux sont afghans, le dernier turc, où est ce Loristan d’où est originaire le chiffonnier? Tous semblent des étrangers à Téhéran. Étrange politesse de celui   pauvre, offrant du thé à un parfait étranger venu à bord d’un 4×4 luxueux. Ces hommes sont dans un grand dénuement mais l’appât du gain ne leur fera pas transgresser l’interdit du suicide. Le vieux taxidermiste, a-t-il pensé qu’il avait redonné au désespéré le goût de la cerise?

Au bord de la mer noire et…Israel Joshua Singer

Abusée par le titre Au bord de la mer noire (je souhaitais continuer encore mon périple en Bulgarie et Roumanie) j’ai emprunté ce livre et c’est une excellente surprise. C’est un recueil de huit nouvelles, Au bord de la mer noire, est la première. les autres se déroulent dans des lieux variés, aussi bien en Pologne, Ukraine, Russie qu’aux États Unis. Huit longues nouvelles, 90 pages,  presque un roman, traduites du Yiddish, racontent un monde qui disparaît.  Cette extinction du shtetl a commencé bien avant la Shoah. L’ouvrage a été écrit aux États Unis, publié en 1938.

La Première Guerre Mondiale et la Révolution Russe font basculer dans la modernité des communautés très religieuses encore rurales. L’émigration aux États Unis est aussi décisive. Ces nouvelles, toutes très différentes, racontent le destin d’hommes simples emportés par une histoire singulière. Comment le fils de rabbin, professeur d’hébreu qui ne rêve que de Palestine se retrouve-t-il commandant d’un bataillon de l’Armée Rouge? Qu’est- venu chercher Sholem Melnik en Amérique, le peintre en bâtiment de New York nostalgique de la campagne polonaise? Et ce garagiste passionné de mécanique qui déçoit les espoir de ses parents qui le rêvaient médecin?

Il raconte une société fondée sur l’observance des rites et des lois religieuses, une société solidaire où l’on n’aurait jamais laissé un colporteur ou un mendiant passer le Shabbat seul. Les solidarités n’ont plus cours en Amérique où la course à l’ascension sociale prime sur les anciennes valeurs. Il raconte aussi la solitude de l’étranger, du migrant, de ceux qui ont été égarés dans les tourmentes de la Révolution russe avec  humanité,  tendresse même. Il décrit les moindres usages  de la vie quotidienne avec une foule de détails oubliés, des expressions venant des prières, hébreu ou yiddish, coutumes des fêtes ou tenues vestimentaires. C’est vivant, précis, tellement fascinant.