Nous traversons Skye sous le soleil. Même le Cuillin est dégagé. Comme ses pentes sont raides et pierreuses, malgré ses 900 m, il est impressionnant. Le gravir doit être pénible.
En s’enfonçant dans les terres des Highlands, nous trouvons le mauvais temps. Les montagnes semblent attirer les nuages (il faut relativiser, les prévisions météo de la BBC étaient catastrophiques pour le nord l’Angleterre et couvert pour l’Ecosse).
Sur la carte, le trajet ne nous avait pas semblé long. Nous avions oublié qu’on circule en zigzag à l’Ouest de l’Ecosse, contournant fjords et montagnes infranchissables, multipliant d’autant les miles – maudits miles ! – une fois et demie plus longs que les kilomètres, ils n’en finissent pas. Il y a beaucoup de circulation ce samedi matin. Le trafic très dense nous fait oublier que nous traversons des contrées sauvages désertées même par les moutons, des montagnes aux flancs raides et rocheux, des tourbières et des landes de bruyères. Le Glencoe est surtout remarquable, une seule maison – hôtel ou auberge de jeunesse – sinon pas une habitation, pas une station service. Sur le flanc du Ben Névis on voit encore de nombreux névés (à 1300 m, au mois de juillet). Nous traversons des paysages qu’on situerait chez nous vers 2500m – 3000m) pas un arbre. Avec un rayon de soleil ce serait magique – sous les nuages ils sont austères, tristes pour ne pas écrire sinistres. Nous avons passé sans s’y arrêter Fort Williams. Toutes les autres agglomérations attendues sur la carte sont des villages perdus. Et le niveau d’essence qui baisse !
Nous avons roulé 5 heures quand nous approchons des Trossachs. Un panneau nous annonce que nous avons quitté les Highlands pour le district de Stirling. Des forêts bordent la route. Pas de noirs conifères, des noisetiers et de beaux chênes. Le relief s’adoucit, on hésite entre montagne et colline. La dernière heure, sur une route sinueuse nous paraît interminable. Nous n’apprécions même pas le « parcours panoramique ».
A l’Office de Tourisme d’Aberfoyle, aucune trace de la réservation téléphonique. Ann ne se souvient pas de moi, ni d’avoir parlé au téléphone avec quelqu’un de Dunvegan. Je suis très inquiète. J’ai transmis mes numéros de Carte Bleue y compris le cryptogramme. A qui donc ? En revanche, j’ai bien une chambre réservée à la réception de l’Hôtel Rob Roy, et la réceptionniste de l’hôtel s’appelle également Ann.
Rob Roy de cinéma!
J’avais rêvé d’un B&B cosy et intime, d’un bon breakfast écossais, de conversation avec la logeuse. A défaut, j’avais imaginé une vieille auberge, peut être au dessus d’un pub avec une enseigne peinte, des poutres noires, de suspensions fleuries…Le Rob Royest situé à l’écart d’Aberfoyle après le rond point. Il est composé de plusieurs bâtiments grisâtres, un peu motel, un peu caserne. La chambre s’avère confortable, « en-suite », c’est à dire avec une belle salle de bain, vaste, chauffée, avec plateau et bouilloire pour le thé et télévision. C’est loin de mon Écosse rêvée, de nos cottages self-catering, mais c’est tout à fait convenable.
L’île de Skye pointe trois doigts vers le nord. Duirnish à l’Ouest contient les tables de MacLeod, Trotternish à l’Est est le plus spectaculaire. Waternish, l’index est notre but de promenade. Nous avons bien préparé l’expédition à Waternish. Nous avons allégé les sacs pour emporter le pique nique sur notre dos : des petits rouleaux ressemblant à des sushis au saumon..
Nous garons la Vauxhall sur le parking devant l’église de Trumpanet prenons la route comme le topo l’ordonne. Au village, nous trouvons deux chemins et aucune indication. Celui de gauche longe la côte (ce qui est notre direction) mais il est fermé par une barrière retenue par une chaîne cadenassée. Nous préférons le chemin ouvert à celui qui est barré et grimpons la pente. De loin, on voit un cairn qui sera notre cap. Là, un fil électrifié nous interdit de continuer. Rien ne ressemble à la description du topo-guide. Le chemin se perd dans les bruyères. De notre position élevée on devine un chemin qu’on essaie de rejoindre en coupant à travers la lande. Nous marchons sur un sol très doux, très spongieux, très humide – une sorte de tourbière – la mousse est recouverte de lichens. Là où l’eau est plus abondante croissent des prêles et des joncs. Pour éviter de se tremper, il suffit de regarder les végétaux. L’herbe verte, rase, se trouve sur un sol stable. Les bruyères indiquent les endroits les plus secs.
Soudain, trois silhouettes progressent rapidement le long du rivage. A la vitesse de leur pas je peux déduire qu’ils marchent sur un bon chemin. Nous décidons de nous séparer. Je marcherai une heure dans un sens et ferai demi tour à 12H15 ;
La chaîne qui barrait la route s’enlève facilement. C’est une erreur de se laisser impressionner par les clôtures. Il suffit de refermer la porte pour ne pas laisser le bétail s’échapper. Le principe de la propriété privée est le contraire de ce qui prévaut en France où l’on ne passe que si le passage est permis et balisé. Ici, le passage des randonneurs est normal, parfois interdit mais rarement. En revanche le balisage et les panneaux indicateurs sont rares. Parfois on prévient de la présence d’un taureau mais pas toujours.
Le vent souffle fort de l’Est, disperse les nuages, et éloigne les midges. La température est hivernale. La surface de la mer bleue foncé est ridée de petites vagues blanches. C’est la première fois que nous voyons des vagues depuis que nous sommes à Skye. Au loin, l’horizon est très net. On voit partout des montagnes pointues très découpées les Hébrides ou la Côte Écossaise ?
Une autre promenade fait le tour d’une petite presqu’île en moins de 2 miles : joli itinéraire visible du haut de l’église de Trumpan. Malheureusement il faut traverser le troupeau des vaches écossaises pourvues de cornes recourbées très pointues. Le taureau est parmi elles. Elles sont beaucoup plus agressives que d’habitude. Cette fois- ci je rampe derrière la clôture électrique pour mettre le fil entre le taureau et moi.
Nous explorons ensuite la péninsule en voiture, découvrons de petits villages, des cottages blancs éclatant face à la mer.
Stein
Le petit port de Stein est le plus joli quai qu’on puisse imaginer, avec une rangée de maisons fleuries, deux restaurants et une galerie d’art. Le long du mur, des bancs. La pelouse est tondue comme le plus soigné des greens. Je commande un grand café au lait servi dans un curieux verre à pied et je l’emporte dehors au soleil à l’abri du vent.
La promenade des deux églises
Elle démarre à quelques pas de notre cottage, dans l’ancien enclos paroissial de l’église ruinée, et traverse une pâture, puis une lande de bruyères et d’ajoncs. La flore hésite ensuite entre des associations nordiques de mousses et de bouleaux et une forêt de noisetiers et de sorbiers avec des framboises et des ronces. J’arrive tout près du château de Dunvegan. Il faut remonter à mi pente dans la colline et traverser une forêt très dense d’épicéas si serrés que les branches basses n’ont plus d’aiguilles vertes et qu’il fait très sombre. A l’église de Dunvegan, il faut reprendre la route. J’ai l’idée de couper en passant par le sommet de la colline où on a perché une sorte de menhir (il est ancien mais il a été érigé en l’an 2000).
Par un matin gris et frais; Des planches peintes indiquent qu’il y a ce soir « Gala à Glendale ». je suis très excitée à l’idée d’écouter de la musique vivante sur Skye. La petite route à une seule voie serpente entre les passing places le long du bras d mer à l’est de Duirnish. La vieille chaumière préservée – encore un écomusée – est fermée ! Le restaurant 5 étoiles « the 3 chimneys ». Glendale s’étale dans le creux d’une petite vallée. Ses maisons sont dispersées aux flancs des collines. Au creux se prélasse la rivière en méandres pédagogiques. Le côté extérieur très creusé, l’autre courbe amassant les graviers et les sables noirs. Une petite route indiquée Glendale Mill grimpe hardiment en montagnes russes. Deux dames promènent 6 lévriers attachés ensembles.
3 cheminées!
– « Où peut on faire demi-tour ? »
– « devant la maison bleue. »
La vue est magnifique. Les pics déchiquetés des Cuilins se détachent très nettement. Des îles émergent de l’étroit bras de mer qui nous sépare de Dunvegan. Cela me donne envie de dessiner. A peine suis-je installée qu’un homme revêtu du gilet fluo de ceux qui travaillent sur les routes, surgit de la colline. Il appelle son chien Carrey. Comme nous le saluons, il commence par nous indiquer un broch en haut de la colline. Puis il nous explique que les noms des villages aux alentours sont des noms vikings. Il nous parle des Vikings. On a montré hier sur la BBC la découverte d’un trésor viking au nord de l’Angleterre. Le berger a vu lui aussi cette émission à la télévision. Il est très enthousiaste. Il connaît la France et a assisté au Festival Celtique de Lorient. Il en a gardé un excellent souvenir. Etonné de se sentir tellement « at home » en Bretagne dans un univers si familier. En revanche, selon lui, le Gaëlique écossais ne ressemble pas du tout au Breton plus proche du Gallois. On lui demande s’il peut nous recommander des endroits à visiter – Nous n’avons encore rien réservé pour les dix jours suivants. Sur la carte, il nous montre les régions désertiques au nord d’Ulapool où il aimer se promener avec son chien. Il va en B&B quand il ressent le besoin de prendre un bain. On parle de moutons et du loup, des renards et des aigles. Sa houlette de berger est très belle. Il prend congé de nous. Il doit aller au secours de quelques brebis qu’un de ses voisins a vues en difficulté.
Je fais un saut au Musée de la Cornemuse. Reconstitution de l’intérieur d’une maison ancienne. La dame prend son bain dans un tub, des partitions pour cornemuse sont placardées, tout un bric à brac. Pas grand chose sur les cornemuses. Pour 5 £, j’achète un bonnet de laine chinée très douce tricoté à la main à Dunvegan.
Neistpoint,
Nous passons pour une troisième fois devant les mêmes maisons et finissons par demander notre chemin aux ouvriers qui réparent les lignes électriques.
– « Demi tour et tout droit, passer Glendale (une 4ème fois !) et continuer la route !»
Les collines cachent d’autres collines, d’autres falaises. Il y a tant de moutons que les chiens ne sont pas les bienvenus. C’est aujourd’hui jour de marquage.
Le site est grandiose. Vers l’ouest, la série volcanique est entaillée pour former une falaise qui tombe à pic dans la mer. Des falaises de basalte, nous en avons vues, aussi bien à Madère, aux Canaries, au Cap Vert…empilement de coulées, prismes.
Une demi pyramide a basculé formant la pointe de Neistpoint. D’un côté la falaise, l’autre versant est une pelouse vert fluo qui s’incline vers la mer. Le parking est sur un plateau, un escalier et un ruban de ciment mènent au phare. A côté, une curieuse cabine de bois peinte en blanc soulignée de jaune avec un monte-charge rudimentaire. Un écriteau signale que les maisons du phare sont à louer – selfcatering – mais que le B&B peut aussi être organisé. En dessous, un numéro de téléphone à contacter. Cela me fait rêver ! Dormir dans un phare me semble être le plan le plus romantique qui soit. Imaginons la tempête ! Il faut descendre les valises et parcourir tout un kilomètre dans le brouillard. Ne pas quitter la sécurité du ruban de ciment. Le bord de la falaise est proche, les rafales pourraient nous emporter. Il vaudrait mieux voyager léger, un petit sac de voyage (peut être est ce la fonction du monte-charge ? Pour le « self catering », il ne faudra pas être trop exigent pour le menu. Les provisions devront être minimales. Peut être des œufs frais achetés à la ferme voisine, une soupe en boîte, des pâtes…
le phare de Nestpoint
Nous nous perchons sur un rocher pour pique-niquer : maquereaux fumés et carottes râpées. Les maquereaux sont plus goûteux que la truite, beaucoup moins chers aussi.
L’expédition au phare a pris une bonne demie heure sous un ciel dégagé et un franc soleil. Du parking, on ne voyait qu’une partie de l’itinéraire. La rampe de ciment remonte puis sur l’autre face de la moitié de la pyramide on descend une autre pente raide. Le phare est blanc souligné de jaune, assez bas, entouré de bâtiments en longueur aux portes vertes. Je ne pourrai pas visiter les chambres. Tout paraît vide. Des panneaux interdisent l’accès. Des caméras CCTV surveillent. Le Royaume Uni est la patrie de Big Brother ! Pour savoir si on peut loger au phare, une seule solution : téléphoner ! Ce phare est d’autant plus excitant qu’il est caché aux regards des terriens. Seuls les marins et les îliens des Hébrides le connaissent/
Curieuses silhouettes de Nestpoint
Le phare est perché sur la falaise à pic mais le versant en pente douce plonge vers la mer quelques centaines de mètres plus loin. La balade se poursuit donc. A contre-jour, sur le bord de l’eau, des silhouettes se dessinent. Des pêcheurs ? Des estivants ? Plus j’avance, plus ces personnages immobiles me paraissent bizarres. Une croix au milieu se détache. Une croix face à la mer – ce serait banal en pays catholique. Ce que j’avais pris pour des hommes, ce sont des cairns. Est-ce la tradition d’ajouter sa pierre quand on parvient à la Pointe ? L’Ecosse est aussi la patrie des cairns puisqu’une de ses montagnes a donné son nom à ces accumulations de pierres sèches. Quand je m’approche davantage, je suis encore plus surprise. Ce sont de véritables sculptures. La croix est elle-même un assemblage de pavés Art primitif ou art contemporain ? On a assemblé les cailloux de manière à construire des arches. Miracle de l’équilibre, survivent elles aux tempêtes de l’Atlantique ?
une chaussée volcanique
Je m’approche de l’eau. Pas de plage ici mais une sorte de chaussée de Géants : orgues basaltiques qui se découpent et se détachent pour faire des pavés géométriques.
Je remonte après avoir bien peiné dans les escaliers .Tout en haut, sur le rebord de la falaise. De là, on voit, tout petit, le phare. La vue est stupéfiante. La mer a une teinte bleue très intense. La lumière est vive. Skye parait peinte de couleurs vives. Les bruyères roses nous éblouissent. Les épilobes s’épanouissent.
les prismes volcaniques,
Il faut passer à l’Office de Tourisme pour réserver notre gîte pour demain. La dame manifeste de la mauvaise volonté. Elle ferme à 17heures (il est 16h45). Elle me laisse téléphoner de son bureau à Aberfoyle. Déception ! Rien à louer, pas de B&B non plus. Il reste une chambre à l’hôtel Rob Roy. Le nom de l’hôtel me plaît. J’ai commencé le roman de Walter Scott à Beauly et l’ai laissé à regrets. Je ne pouvais quand même pas le voler !. Malheureusement je n’ai lu qu’une soixantaine de pages et je n’ai pas encore rencontré le brigand qui donne son nom au livre.
Nous retournons à Coral Bay dire adieu aux phoques qui dorment au soleil sur leur rocher. Nous revenons ici pour la troisième fois, c’est devenu « notre » plage, « notre rocher », « nos phoques ». J’ai besoin de m’approprier des lieux pour que le souvenir ne s’échappe pas trop vite de ma mémoire.
Nous avons décidé de profiter de notre agréable cottage et de rester dans les environs . Il y a trois épiceries au village. La plus grande, une superette offre des produits de base, des surgelés et a un distributeur de billets. En face, le marchand de légumes propose des produits bios y compris des médicaments. Plus loin, le Magasin Général, épicerie à l’ancienne vend de la viande fraîche et des poissons fumés artisanalement. Problème : il ouvre tard – 10heures – et ferme à 17 heures.
Jardins à l’anglaise
Géraniums bleus et mélange coloré
Le château de Dunveganest entouré de jardins et d’un parc qui, à eux seuls, valent le déplacement. Des jardins à thème : jardin rond avec des buis taillés à la française, « jardin entouré de murs », jardin d’eau, jardin sauvage. Le contraste entre les paysages austères de la lande désolée et des prairies rases, et l’exubérance des jardins, leur variété, me rappelle l’opposition entre désert et jardins, au Maroc. Là-bas, le jardin est symbole du Paradis. La couleur verte et l’eau de la fontaine sont objets de délices inouï. En Écosse, le vert est une banalité et non un luxe, c’est plutôt la profusion des fleurs qui croissent à l’abri des murs ou des grands arbres. Grande sophistication du jardin à l’anglaise, rien ne doit trahir l’artifice. Tout doit sembler naturel. On mélange géraniums simples, campanules et digitales qui poussent à l’état naturel mais avec des variétés extrêmement élaborées. Au lieu de rares clochettes sur une hampe unique, les campanules forment des touffes bleues fournies avec des tiges ramifiées portant de véritables bouquets. Peu de place est accordée aux rosiers en buissons taillés bas comme chez nous. Les rosiers d’Ecosse sont grimpants, leurs fleurs sont simples comme de églantines à peines teintées de jaune, mais au parfum suave, ils s’appuient sur des arbres ou arbustes. On ne sépare pas la clématite aux fleurs rouges éclatant du rosier. Les lianes s’enchevêtrent avec bonheur. De même, on laisse se développer mousses, lichens et fougères sur les arbres. Ces épiphytes deviennent un élément du décor. Un sorbier est envahi de lichens velus ? Peu importe ! Son tronc et ses branches revêtus de gris vert seront plus décoratifs que son feuillage atrophié.
Le château des MacLeod
Le château des MacLeod, propriété de famille depuis le Moyen Age, a la silhouette d’un château fort malgré les rajouts du 16ème au 19ème .Un crépi gris cache les pierres anciennes et gâche un peu l’aspect extérieur .
Comme à Cawdor, c’est un château habité. Il ne faudra pas chercher l’authenticité historique ou la reconstitution des décors d’époque. Plutôt une accumulation de beaux objets à travers les siècles. Le plus intéressant : la collection de portraits des différents châtelains. Jusqu’au 19ème siècle, ils portaient l’habit et la culotte de soie de la noblesse et non le kilt. C’est sir Walter Scott qui a fixé « l’accoutrement » (sic) du seigneur pour la cérémonie en l’honneur de la venue de George IV à Édimbourg (cette cérémonie, nous en avons entendu parler plusieurs fois). C’est depuis cette époque que les MacLeod se sont fait peindre en kilt.
Pas de leçon d’histoire comme à Armadale, des anecdotes concernant des objets précieux conservés au château. Le drapeau des fées est le plus précieux d’entre eux. Soierie tissée à Rhodes, elle apporte la victoire à qui livrerait bataille en sa présence. A-t-elle été donnée par une fée ? A-t-elle été rapportée de Croisades ? Est elle parvenue par le commerce des Vikings avec Byzance ? Autres trésors : une corne de bovins décoré d’argent ciselé pour en faire une corne à boire, des tabatières…On nous montre le cachot, les escaliers dérobés dans l‘épaisseur du mur.
Rencontre avec un berger en kilt
rencontre avec des vaches écossaises et leur berger
Retour à la plage de Corail pour terminer la promenade retrouver les phoques à marée basse. Le troupeau des vaches chevelues paît tout près de la route. Occasion de faire des photos « typiques ». Pour une fois, nous nous comportons en touristes exécrables. Nous approchons de bien trop près ces pauvres ruminants qui aimeraient brouter en paix. Je m’avance d’un air décidé vers celle qui porte les plus belles cornes effilées. Du haut de la colline d’en face, on m’interpelle en français : – « Reculez en arrière ! –laissez cette vache ! »D prend la mouche, croyant qu’il s’agit d’un touriste muni d’un téléobjectif furieux parce que nous lui gâchons la photo. Elle lui répond de manière peu amène et même grossière. J’ai bien vu que l’individu portait un kilt de tartan, en regardant mieux, il n’a pas d’appareil photo mais de grosses jumelles. C’est peut être le berger ou le propriétaire des vaches. Nous regrettons notre confusion. Nous aurions pu aller le voir, bavarder, le questionner au sujet du troupeau, de Skye…Survient un Français narquois :
– « Alors, comme cela, vous embêtez un berger écossais ! »
qui remonte dans son camping car immatriculé en Savoie.
La sieste des phoques
Les phoques sont bien là, sur leur îlet. C’est l’heure de la sieste. L’eau s’est retirée très loin. La plage de corail est frangée d’un cordon de galets gris. Un passage permet même de gagner à pied la petite île situé en face. Plusieurs touristes s’y aventurent. Ils m’agacent parce j’ai peur qu’ils ne dérangent la colonie de treize phoques en train de prendre leur bain de soleil. Dimanche dernier, à la marée montante, les phoques faisaient des cabrioles. Ils étaient plus amusants.
Les Tables de MacLeod
Les Tables de MacLeod sont les deux sommets de Dunvegan. Leur nom local Healabhal vient du norvégien.
« La légende raconte qu’autrefois ils étaient pointus. Lorsque St Columba vint évangéliser Skye le moine fut chassé après que le chef local li ait dit qu’il ne trouverait aucun abri sur ses terres. Aussitôt eut il prononcé ces paroles, un énorme grondement vint des profondeurs de la Terre et l’ai se remplit de poussière. Quand la poussière se dissipa les sommets étaient aplatis faisant ainsi un lit et une table pour Columba.
Le nom anglais de Table de MacLeod vient du 16ème siècle quand MacLeod rendit visite au roi Jacques V à Edimbourg. Au cours du banquet, provoqué par les chefs du continent, MacLeod se vanta d’avoir une plus belle salle de banquet sur Skye. Le défi fut lancé. Tous les participants au dîner d’Edimbourg, le roi compris, furent conduits sur Healabhal où un anneau d’hommes portant des torches faisaient le tour du sommet. Par chance il faisait beau et les étoiles brillaient « (traduit d’après Chris Touwnsend, livre de randos sur Skye)
Filets et casiers
Le petit port de Dunvegan est bien caché. C’est un vrai port de pêche avec des casiers à crustacés et de vrais bateaux de pêche. Nous rentrons au gîte sous un beau soleil mais aussi un vent frais. Encore une belle journée !
Pour aller au sud il faut plus d’une heure, 50km sur une route à 2 voies où la circulation est plus dense que sur autres routes de l’île. D’abord nous passons entre le vert fluo et l’eau qui s’insinue partout dans des bras de mer tortueux et compliqués. Après Sligachanl’imposante silhouette du Cuilindomine tout le paysage et accroche les nuages. Les couleurs changent : brun, rose des bruyères, vert foncé des fougères. Des dégoulinades pierreuses évoquent des coulées anciennes décolorées. Peut être des pierriers dus à l’érosion ? Vers Broadford, Skye est plate. Les cottages avec leurs panneaux B&B se succèdent. Le tourisme n’est pas agressif, pas de faute de goût, pas d’immeubles, des petites maisons blanches derrière leur jardin. Mais le charme est rompu. Plus de solitude, de landes ou de vertes prairies peuplées seulement de moutons.
Des petits panneaux bleus étoilés signalent que la route de Sleat est financée par la Communauté Européenne. Elle est large de 2 voies, avec (luxe !) des bas côtés faisant trottoir et même une piste cyclable ! La route la plus large que nous ayons fréquentée depuis bien longtemps. Là aussi, cela casse l’ambiance ! La côte sud est la « Côte d’Azur de Skye » : le climat est plus doux, les agaves fleurissent, les fuchsias forment de gros buissons rouges, presque des arbres, poussant, sauvages, sur le bord de la route. La côte est également plus construite de jolies villas avec des jardins magnifiques.
Armadale
Chardon de collection? ou chardon écossais?
Le Château du clan Macdonald est entouré de jardins. Le « château » est une ruine gothique de 1815 et qui a brûlé quelques dizaines d’années plus tard. L’aile plus ancienne est une belle bâtisse rectangulaire. Une autre ruine se trouve dans le jardin devant le lavoir. Les jardins sont plus intéressants : mélange « naturel » de plantes cultivées et de fleurs sauvages. Des primevères composées, super-coucous à plusieurs étages de 60 cm de haut. Des fuchsias arbustifs, des agaves au feuillage et aux hampes florales violettes.
Le musée est ultra moderne. On y prête un audio guide très bien fait. Sans cet auxiliaire, l’exposition de textes et de photos aurait été bien austère et indigeste. Mais le commentaire est intelligent. Nous entendons une nouvelle version de l’histoire de l’Ecosse à travers la version du clan Macdonald.
Les origines celtiques des Gaëls sont bien expliquées. Comment faire des Hébrides et de Skye le centre du monde ? En affirmant que les Vikings ont « découvertl’Amérique », en étendant leur domaine d’influence jusqu’à l’Empire byzantin et même à la route de la Soie. On imagine alors que les marins abordant Skye échangeaient des informations venant du monde entier. L’ancêtre des Macdonald, Sommerled, marié à une princesse norvégienne, établit – dit on – sa supériorité en dotant son drakkar d’un gouvernail. Les Macdonald étaient les Seigneurs des Iles. Leur domaine s’étendait jusqu’à l’Irlande.
Le nom de Flora Macdonald est lié à celui de Bonnie Prince Charlie. Les guerres Jacobites sont aussi très bien expliquées. C’est une bonne mise au point après notre visite au château d’ Édimbourg.
Une pièce est consacrée aux tartans, cornemuses, et autres accessoires romantiques ou folkloriques mis en scène par Walter Scott puis par l’Angleterre victorienne. Ce folklore est repris à son compte par une Écosse actuelle toujours nationaliste.
Je n’ai pas appris grand-chose de nouveau qui ne soit pas dans le Gallimard mais c’est une bonne illustration. A force de répétition, l’histoire de l’Ecosse commence à rentrer !
végétation exotique
Pointe de Sleat
Vers la Pointe de Sleat, la route à 1 voie monte et descend comme sur les montagnes russes de la foire. Pendant la montée on ne sait ce qu’on va trouver en haut de la côte. Il vaudrait mieux ne pas se croiser dans la pente. Heureusement il y a peu de voitures pendant l’heure du déjeuner et chacun fait bon usage des passing places. Pour aller au bout de la Pointe il faut continuer à pied sur une grande piste qui pourrait être carrossable et qui, comme la route, monte et descend. A la Pointe : une petite plage de sable blanc, quelques maisons, un petit port. C’est une agréable promenade – un peu sportive – d’un peu plus d’une heure et demie en marchant d’un bon pas.
Les fuchsias égaient et ensoleillent la côte sud
Les loutres de Kylerhea
Des naturalistes ont installé une cabane d’affût pour observer une colonie de loutres. Le parking est aménagé 1 km sur un bon chemin qui descend progressivement. On a de très belles vues sur le Sound of Sleat, très étroit, qui sépare Skye de l’Ecosse. Un petit ferry fait des navettes entre des débarcadères rudimentaires. A l’affût des magnifiques jumelles sont attachées au rebord de bois. On cherche les loutres et on trouve des phoques sur un îlot couvert de laitue de mer. Un cormoran et perché. Deux hérons parcourent gravement la grève. Les goélands escortent bruyamment le bac. Après une bonne demie heure d’affût nous rentrons.
Le retour est encore bien long sous un soleil radieux jusqu’au Cuilin qui est comme auréolé d’un nuage comme aspiré vers le sommet donnant une impression d’estampe japonaise. Le soleil baigne le nord de Skye.
Sous un beau soleil nous prenons la route de Portree (20 miles) traversant une forêt et des landes. La petite route qui fait le tour de la presqu’île de Trotternish est très tranquille et traverse des contrées inhabitées. Les pics déchiquetés de Storr se profilent ; on extrait de la tourbe. Les petites briquettes sont entassées Nous nous chauffions à la tourbe en Irlande. J’aime bien l’odeur qui ressemble à celle du café torréfié. Pour cette même raison D ne l’aime pas.
Arrêt suivant pour voir une jolie cascade. L’eau ruisselle partout. Le sol de tourbière est spongieux. Le ciel est encore bien bleu.
Old Man Of Storr
les aiguilles déchiquetées de Trotternish
Le parking au départ de la promenade au « Old man of Storr » se trouve en face d’une forêt de résineux très dense. Si je craignais de me perdre, me voici rassurée le parking est plein, des touristes descendent de voiture. Le sentier est bien tracé. Le fascicule annonce 4km et 300m de dénivelée – au moins une heure. Dès les premiers pas les premières gouttes de pluies tombent. Je ne les sens pas puisqu’une grande partie de la montée se fait sous les sapins plantés très serrés. Quand je sors à découvert, des écharpes de brouillard se faufilent entre les pinacles volcaniques. 40 minutes après être partie, je suis sous la fine aiguille que je dépasse pour atteindre un petit col. Seuls les randonneurs très bien équipés le dépassent ; Il est temps de redescendre. Je déplie la cape de randonnée.
Diatomite
Nous reprenons la route sous une pluie battante. En haut d’une falaise rose, des panneaux racontent que là, arrivaient les wagonnets de diatomite extraite dans un loch à 4 km. Il reste quelques installations rouillées. Pas de diatomite. J’en aurais bien échantillonné. Sous l’objectif du microscope les diatomées sont des organismes particulièrement gracieux.
Kilt rock
Kilt Rock : prismes basaltiques et roches colorées en strates horizontales
Kilt rockest une attraction du circuit de Trotternish. Cette formation rocheuse rappelle le tartan écossais. Des sédiments jurassiques de différentes couleurs déposés horizontalement (sables, grès, calcaires) sont recoupés par des dykes, intrusions volcaniques perpendiculaires, formant ainsi le motif écossais. Au dessus une épaisse coulée s’est refroidie en formant des prismes verticaux formant des orgues basaltiques spectaculaires. C’est là que nous mangeons nos salades toutes prêtes achetées à l’épicerie de Dunvegan.
La pluie redouble sans affecter notre humeur. Après tout, nous attendions la pluie et nous sommes équipées !
Fossiles
A Staffin, dans une vieille maison de pierre on peut visiter un petit musée (1.5£). Le gardien est un gamin qui enfourche son vélo quand une voiture s’arrête. Dans un coin, des outils, des vieux meubles auxquels je prête une attention toute relative. L’essentiel de la collection consiste en ammonites énormes de 30 ou 40 cm de rayon, de septaria, galets creux comme des géodes et cristallisés, divisés en loges. Il y a même des empreintes de dinosaures et un fragment d’os de sauropode jurassique. Moins spectaculaire mais tout aussi intéressante : une bélemnite entière.
Château de Duntulm
les ruines du château de Duntulm
Dominant la falaise, au dessus de la mer le château de Duntulm est bien ruiné. Le site est magnifique mais il ne reste pas grand chose du fief des Mac Donald. Des légendes effrayantes s’attachent à ce lieu. Un bébé aurait été défenestré. On y aurait rendu la justice en enfermant le condamné dans un tonneau bardé de clous qui aurait dévalé le précipice ! Sous ma cape plastique, je brave la tempête. Je ne veux rater aucune attraction du circuit de Trotternish, ni le château, ni les rochers ni le monument de galets érigé en l’honneur des joueurs de cornemuse.
Kilmuir
les chaumières de Kilmuir
Un groupe de chaumière a été restauré pour installer un écomusée. Deux maisons meublées ont conservé le lit clos par des rideaux, le couvre-lit crocheté avec la laine des moutons de la ferme, tondue, filée, teinte sur place…Sur les étagères, des tasses patriotiques, souvenirs de couronnements anciens de monarques disparus…des lettres, des factures anciennes (pas si antiques puisque l’une d’elles est datée de 1967 !
Age du Fer
La dernière étape est une surprise : un tunnel de l’âge du fer. Le site est récemment ouvert au public. Le tunnel n’a été découvert que dernièrement. On a laissé une torche pour que le visiteur puisse y entrer.
Premier jour : exploration des environs sans aucun plan précis. Nous roulons au hasard, sur les petites routes à une seule voie, se dirigeant vers le rivage. Premier essai non concluant, demi tour dans un vallon boisé .
La dame aux moutons
Deuxième essai, des panneaux annoncent qu’une maison est à vendre. Nous pourrons toujours prétendre être des acheteurs. D’autres écriteaux demandent d’être prudent « vieux animaux ». Nous imaginions des vieux chiens hargneux gardant la dernière maison où nous devrons faire demi tour. Une femme en bleu de travail, un seau à la main nous interpelle. Je me justifie :
–« Nous cherchons un coin pique-nique ! »
La dame est très aimable. Elle nous montre une petite plateforme au sommet de la colline.
-« On dirait que c’est mou, mais c’est dur, vous pourrez garer la voiture. Avez-vous une couverture de pique-nique ? » (C’est une spécialité écossaise : un plaid, écossais bien sûr, doublé d’une feuille métallique et cela se vend moins de 4£ en supermarché)
-« Voulez vous une carte ? »
La dame entre chez elle pour chercher une clé et me fait entrer dans un cottage ancien meublé de vieux meubles, plein de livres et de tableaux. Le plan qu’elle me propose est un prospectus des galeries et d’artisans de l’île. C’est un prétexte pour faire un brin de conversation. Elle est ravie de me raconter qu’elle vit ici depuis 25 ans. Elle achète les terres autour de sa ferme pour empêcher qu’on ne les construise. Elle a également acheté très cher le petit cottage qui appartenait à des américains. Depuis la mort d son compagnon elle vit avec ses moutons qui sont des « pets » ; ils ont 17 ans. Elle avise lmon sweat-shirt de Matane. –
– « vous êtes canadienne ? »
Comme je lui raconte les orignaux des réserves du Québec elle rentre chez elle pour nous offrir des revues sur les loutres. Elle nous conseille d’aller faire des photos des vaches de son voisin.
Au bout d’une route carrossable, un vague chemin mène à un portillon dans une pâture de moutons. Nous l’ouvrons sans scrupules.Toutes les publications, destinées aux touristes répètent les 3 commandements du randonneur :
Les 3 commandements du Randonneur
1) rapporter avec soi sa poubelle – on le fait toujours
2) tenir son chien en laisse ou au pied – on n’a plus de chien
3) bien refermer les portillons derrière soi – ceci implique qu’on a le droit de les ouvrir !
Les moutons de Skye ont l’habitude des promeneurs. Nous ne les affolons pas. Le terrain est herbu avec de petites collines. Nous sommes sur une pointe. Il y a de l’eau de tous les côtés., la vue est magnifique. Je continue jusqu’à la plage où je dérange un couple d’huîtriers pie. Je ne savais pas pourquoi ils étaient « pie ». Leurs cris affreux m’expliquent ce mystère ! Tout près, une île toute noire avec une plage toute blanche. En retournant vers la route principale un panneau nous permet de nous repérer : Harlosh à 5 miles au sud de Dunvegan.
Les nuages du matin ne nous avaient pas incité à prendre notre pique-nique. Nous nous dépêchons de cuire le beefsteak, pressées de repartir. Étonnant le prix du bœuf anglais! Beaucoup moins cher que chez nous et délicieux. J’espère que l’histoire de la vache folle est bien terminée.
Le château de Dunvegan
Le château de Dunvegan
Le château de Dunvegan se trouve à la sortie du village vers le NW. Sur une petite plate-forme en dessous de la route, très belle vue sur le donjon carré et les hauts bâtiments. Il est habité depuis le 13ème siècle par la même famille. Le seigneur du lieu Mac Leodest le 30ème
Des barques à moteur emmènent les touristes voir les phoques installés sur un rocher à une encablure de notre perchoir. Ils sont 4 à se chauffer au soleil. S’ils ne bougent pas beaucoup ils sont très bruyants. Je dessine avec beaucoup de plaisir le château, les rochers, les algues et au fond, les Tables de MacLeod, montagnes aux sommets aplatis.
Vache écossaise
Vedettes poilues
Les vaches poilues aux longues cornes effilées et recourbées se prêtent de bonne grâce à la photo. C’est à se demander si elles ne stationnent pas exprès au beau milieu du chemin. Peut-être ont-elles reçu quelques douceurs des touristes ?La route monte et descend, dans les creux il y a des petits lacs avec des roseaux et des plantes aquatiques. Des canards pataugent.
Coral Beach
Coral Beach
Au bout de la route : un parking bondé – le départ de la promenade à la Plage de Corail distante d’un bon mile. Au sommet de la dernière colline qui surplombe la plage toute blanche . Arrivée à la plage, je me déchausse. Le sable éblouissant n’est pas fait de corail mais de maërl, débris calcaires d’algues et de coquillages. Sous les pieds ce n’est pas confortable c’est même piquant. Je ne regrette pas mon initiative l’eau transparente est presque tiède. Ce sera peut être mon seul bain (de pieds) des vacances en Écosse. Remontant sur la pelouse je reste pieds nus pour me débarrasser des coquilles. L’herbe est beaucoup plus douce ! Se souvenir quand même que l’emblème de l’Ecosse est le chardon !
D me fait des signes. J’essaie d’accélérer dans la montée. Trop tard ! La mer montante a submergé l’îlet. Les phoques l’ont quittée. Pendant que je pataugeais à Coral Beach une dizaine de phoques plongeaient, jouaient, s’appelaient, faisaient des cabrioles. Maintenant on ne voit plus que trois têtes luisantes qui sortent périodiquement de l’eau. On dirait que l’animal se tient debout à la verticale et qu’il pointe son museau vers l’extérieur. Je les regarde s’éloigner. Ils semblent suivre un courant qui fait une traînée plus lisse et plus claire à la surface de l’eau bleu marine profond et ridée. On repère les têtes lisses et noires. Quand ils s’éloignent on pourrait les confondre avec les cormorans qui pêchent aussi dans le coin.
Nous rentrons par étapes au gîte d’Hillside. Le ciel est débarrassé des nuages. La pelouse devant la maison est en plein soleil nous nous installons sur le salon de jardin jusqu’à ce que le vent se lève, très frais. On dînera à l’intérieur.
Sous la pluie battante, par Muir of Orden direction de Dingwall, une petite route coupe pour rejoindre la route d’Ullapool. A832 puis A890 suivant la ligne de chemin de fer dans des vallées presque désertes. Très peu de villages, de rares maisons. Des bruyères, des fougères, des lacs, des cascades, des rivières. L’abondance de l’eau qui ruisselle est en parfaite contradiction avec le concept de désert. Comment qualifier autrement ces étendues inhabitées, désolées ?
tourbière et ruisseaux
La pluie, les nuages et la brume seyent à l’Ecosse. Le plafond des nuages s’est élevé et nous profitons du paysage. Sur un parking, un vélo est attaché. Un petit pont enjambe la rivière grossie par la pluie. Un chemin de planches au dessus de la tourbière invite à la promenade. La pluie vient de cesser. Les nuages se séparent. Les couleurs s’avivent. L’eau reflète le bleu du ciel.
rivière…
A Attadale, nous visitons un jardin merveilleux. Des rhododendrons géants, certainement très vieux ont des troncs lisses rose saumon.
Hémérocalles d’Attadale
Nous découvrons des plantes curieuses aux feuilles de rhubarbe géante, un jardin d’eau, une collection de fougères. Certaines fougères arborescentes sont abritées sous une sorte de dôme géodésique. « Comment supportent-elles l’hiver?« – « Il gèle très peu » me répond la jeune fille de l’accueil. La neige est aussi très rare, il n’y en a pas tous les ans. La côte Ouest est moins froide que la côte Est. Sur un banc dans le jardin japonais, des explications sur une feuille plastifiée : le gravier ratissé figure l’eau, un galet lisse un poisson qui remonte le courant ce qui veut dire que l’on est maître de son destin. 8 rochers sur une mer de gravier sont les 8 îles de l’immortalité. Une petite auge basse avec une louche de bambou, symbolisent la cérémonie du thé. L’Empereur, comme le paysan, doivent se baisser pour puiser l’eau de la purification.
Le sonneur du château de Eilan Donan
Sous un beau soleil, nous arrivons à proximité du pont de Kyle of Loshalohqui relie Skye à l’Ecosse. Le château d’Eilan Donan se trouve sur un petit îlot relié à la terre par un pont de pierre aux arches élégantes ?
Notre propriétaire nous a prévenues : tout sera fermé le dimanche sur l’île. Il vaut mieux s’arrêter au supermarché juste avant le pont. Le temps s’est gâté brusquement. Nous arrivons sur l’île sous une belle averse. Je suis un peu surprise par la densité des cottages. La route qui passe par Broadford est très construite avec une abondance de B&B, bien souvent complet. Skye nous apparaît bien touristique après les étendues inhabitées que nous venons de traverser.
A Sligachan, malgré la pluie tout le monde est dehors avec des jumelles. Je demande ce qui se passe à une dame. « C’est une course ! » Les spectateurs suivent les grimpeurs sur le Cuillin.
Nous arrivons à 16H30 à Dunvegan. Les indications au téléphone étaient suffisantes. Le propriétaire taille la haie de troëne, sa femme fait les honneurs de la maison. On entre par derrière dans la cuisine très bien équipée. Tout est neuf. Dans la salle à manger sur la grande table ovale de pin verni elle a posé un bouquet de fleurs. Le grand salon orange avec une double orientation est équipé d’une télé toute neuve à écran plat et de canapés très confortables. L’objet le plus original c’est la « cheminée avec un feu électrique » qui fait illusion et chauffe très bien. En face de la petite entrée : une belle salle de bains. Les trois chambres sont à l’étage. La bleue est double, la mauve twin.
Je mets à profit la soirée pour étudier les cartes, les prospectus et parcourir le livre de randonnées. Skye est vraiment très différente des régions que nous venons de traverser. J’ai peine à croire que nous sommes encore en Ecosse.
L’ itinéraire trouvé au musée Groam commence au musée d’Inverness. Nous prenons le parcours en route à Beauly pour aller à Dingwall pour aller voir les pierres gravées par les Pictessur place (souvent ce ne sont que des répliques, les originales étant conservées à l’abri dans des musées). C’est un grand jeu de piste. Nous disposons d’indices plus ou moins précis, parfois le parcours est fléché, pas toujours. Il faut demander aux passants.
Station Thermale à Dingwall
Eagle stone
La première pierre a pour nom Eagle Stone et se trouve à 5 km de Dingwall à Strathpeffer. Nous suivons le camion des poubelles sur une route étroite, un chemin creux, caché sous une tonnelle de très beaux arbres dont les ramures se touchent. On a l’impression d’être à la montagne. Nous arrivons à une station thermale charmante et désuète. De grands hôtels sont cachés dans des parcs immenses. Les maisons de pierre grise ont des pignons pointus ornés de feston de bois laqué de vert, de brun ou de rouge. Bow-windows, chiens assis, véranda donnent un peu de fantaisie sur la pierre grise austère. Le style victorien rappelle les constructions de Biarritz ou de Deauville.
Stèle avec pétroglyphes du cimetière de Dingwall
La pierre est bien cachée derrière une propriété. On y accède par une allée bordée par une palissade de bois gardée par une énorme chatte tricolore qui fait une démonstration d’équilibre, marchant sur l’étroit champ. Les pétroglyphes sont bien visibles : on reconnaît l’aigle, bien sûr, et le croissant avec les doubles disques. Les signes en Z sont plus difficiles à observer. Pleine de bonne volonté, je dessine sur mon carnet moleskine les motifs et recopie les légendes de l’Eagle Stone.
« Eagle Stone – 7ème siècle
A été enlevé pour marquer les tombes du clan Munro tués dans une bataille au 15ème siècle-
Brahan Seer a prophétisé au 17ème siècle que si l’Eagle stone tombe trois fois, les navires seraient capables de remonter pour être attachés à la pierre. L’Eagle stone est déjà tombé une fois. »
Tourisme thermal
Tourisme thermal
Nous nous promenons ensuite dans la station thermale à la recherche de la Source d’eau sulfureuse qui se trouve dans le « square » près du pavillon des soins. Une dame nous accueille en français dans le petit établissement tout carrelé appelé « The Pump ». C’est ici qu’on aurait pu goûter l’eau si, pour une raison mystérieuse, la source ne s’était tarie. Le pavillon est converti en petit musée avec des personnages en cirre grandeur nature, certains sont parlants comme à Cromarty, le médecin délivre sa consultation en public !Une vidéo raconte « La Cure de Délia et Prudence en 1912 », film plein d’humour. Sur des panneaux, dans des vitrines sont exposés toutes sortes d’objets rappelant l’Age d’Or de la cure. Les plus drôles : les manuels de savoir vivre un pour les hommes, un pour la femme. Des ordonnances…
Sur la place de l’autre côté de la route, une petite gloriette sert d’échoppe au loueur de vélos des vélos noirs très classe sont proposés ainsi qu’un grand Bi.
Dingwall
Nous abandonnons l’époque victorienne pour aller retrouver les Pictes à Dingwall. La pierre gravée se trouve dans le cimetière d’une église. Laquelle ? Trois clochers au moins se détachent au dessus des toits. Comme le centre-ville est piétonnier nous abandonnons la Vauxhall sur un grand parking gratuit et je vais me renseigner au musée. La pierre est bien là où on nous l’a indiqué mais les gravures sont moins intéressantes : un double disque, deux croissants, des cupules… L’important c’est de l’avoir trouvée !
Ardross
Le jeu de piste continue sur la route A9 puis sur une petite route qui mène à Ardross.Ardross est un tout petit village. New Ardross Hall est un gymnase qui ne paie pas de mine. Nous sommes un peu déçues d’avoir tant tourné dans la campagne pour ne découvrir que des répliques. Un loup et un cerf gravés sont d’une élégance inouïe ! Une troisième pierre présente des motifs stylisés..
Rosskeen : The Thief’s stone
Th thief’s Stone
Encore une fois, nous croyons être perdues et demandons notre chemin à des jeunes qui ont une sorte de kermesse. Personne ne connaît la pierre ! Nous aurions dû faire plus confiance dans le plan qui est très bien fait. Évidemment, il nous faut revenir en arrière : j’ai vu le parking trop tard. Pour étudier les gravures, c’est raté. La pierre se trouve dans un champ enclos, on ne peut la voir que de loin.
La croix de Nigg
La croix de Nigg
Le clou de notre périple ! Nigg est le village qui fait face à Cromarty de l’autre côté du Firth of Cromarty, sur une sorte de pointe. La vieille église est construite en hauteur cachée par de grands arbres. Comme à Cromarty, le plan de l’édifice est en T : un bâtiment rectangulaire long orienté E/O, très simple, surmonté d’un clocher. Elle est entourée de tombes moussues sur un terre-plein herbu. Certaines pierres tombales sont toutes effacées ou mangées de mousse. On reconnaît un crâne,e et deux tibias sur la tombe d’une femme riche ce qui rappelle que riche ou pauvre seront pareils dans la mort.
Croix de Nigg(détail)
Quand on pousse la porte de l’église, une bonne odeur de bois ciré nous accueille. On est frappé par l’austérité la sobriété du lieu de prière. A part deux lustres de cuivre il n’y a aucun décor. Des murs crépis de crème, des bancs de bois, une chaire très simple entre deux grandes fenêtres. La croix que nous cherchons est cachée dans une petite pièce sombre fermée par une porte. Sa présence aurait distrait les fidèles de la prière ? Deux interrupteurs commandent l’éclairage. On nous prévient qu’une caméra nous surveille. Les deux faces de la Pierre sont finement ornées. D’un côté, une croix surmontée d’un fronton triangulaire racontant la légende de Paul l’ermite. Un corbeau tient en son bec un pain rond (cela ressemble à un fromage !) Paul et Antoine sont à genoux. Au dessous la croix est entourée de curieuses boules figurant des serpents enroulés ? A l’envers, David tue un lion et protège son troupeau. Il est représenté avec sa harpe. On voit également un aigle et des scènes de chasse.
Pierre de Shandwick
La pierre de Shandwick est, elle aussi, érigée au milieu d’un champ. Un abri de verre la protège des intempéries. Décoration de toute beauté, encore des bosses et des scènes de chasse. Malheureusement séparés par une vitre on ne sent pas l’intimité avec l’œuvre. On la voyait beaucoup mieux sur la vidéo de Rosemarkie !
Pique nique
Le cadre est idéal, un parking donnant sur une plage de sable clair, de belles pelouses, des tables et des bancs. Nous sommes très bien installées pour la salade de pommes de terre thon et olives. Au dessert un gâteau sponge avec de la crème au citron.
Sous un soleil voilé – mais soleil tout de même – j’arpente la plage le long de la mer du nord. C’est la première fois que l’horizon n’est pas limité par des terres. Nous sommes sur une pointe entre le firth of Cromartyet le firth of Dornoch. Le Firth of Moray est ici très ouvert. Ciel d’ardoise, crêtes bleuies et mer très brillante, miroir reflétant le soleil lumineux. Une famille a relevé aux genoux les pantalons des survêtements. Ils portent des seaux et des épuisettes. La mère et la fille sautent à pieds joints dans les vaguelettes. Trois jeunes gens plus téméraires sont en maillot de bain, ils ont gonflé un canot pneumatique. Seuls se baignent les labradors.
Stèle Hilton of Cadboll
Nous traversons Balintore : quelques maisons au bord de mer et un petit port. La stèle se trouve au milieu d’un vallon, quatre jardiniers tondent l’herbe. Derrière la pierre, les vestiges d’une ancienne chapelle sont cachés par la végétation. La véritable pierre a beaucoup voyagé : en 1676 elle a servi de dalle funéraire à Alexander Duff et à ses trois femmes, puis elle a été transportée au château d’Invergordon, enfin elle a été exposée au British Museum. Maintenant elle se trouve à Edimbourg. Sur place la réplique n’a que 7 ans et n’a pas encore reçu la patine du temps. Même si la copie est fidèle, elle est trop neuve pour être émouvante. C’est pourtant une sculpture très intéressante représentant une princesse à cheval et des cavaliers partant à la chasse.
L’église de Portmahomack
Dans les champs les céréales sont presque mûres : orge ou seigle ? Difficile de le dire de la voiture. Le Pictish Trail est ici balisé avec un pictogramme aux entrelacs pictes. La piste nous mène à l’église de Portmahomack, long bâtiment blanc coiffé d’un court clocher qui se détache sur le ciel gris du haut de sa butte verte. A ses pieds, des fouilles archéologiques : un rectangle découpé dans la terre très noire. Trois archéologues travaillent. Une jeune fille dégage doucement un trou avec une sorte de truelle pendant qu’un garçon prend des notes. L’église de Tabat a été transformée en musée. Les sépultures pictes contenant encore des ossements sont recouverts d’une plaque de verre. On voit de très belles sculptures : deux vaches et un veau, la mère lèche son petit, c’est précis et touchant. De nombreux panneaux, des photos, des écrans racontent les fouilles ou la vie du village. Nous avons été des touristes studieuses jusqu’à présent mais notre attention arrive à saturation. Nous regardons tout cela distraitement. Il est temps de s’aérer. La balade au phare est la bienvenue. Une allée abritée par des ajoncs très hauts nous mène à la pointe fleurie de bruyères. Il en existe au moins trois sortes dont une à grosses clochettes roses pâle que je n’ai jamais vu ailleurs. Les rochers de grès rose ont été sculptés par la mer. La stratification est bien visible. D’ici aussi on guette les dauphins à la jumelle. Des arlésiennes !
Nous rentrons par Tain, encore une pierre gravée au cimetière, inscriptions peu lisibles. Sur l’A9 le trafic en direction du nord est très chargé, départs en week end ou en vacances. J’ai oublié de parler des panneaux bilingues depuis Cromarty, lettres noires en Anglais, vert en Gaélique. Les noms sont imprononçables. Arrêt au Tesco de Dingwall. La soirée se termine devant la télé : concert Beethoven.
Les courses à Beauly sont amusantes : un brin de causette chez le boucher, la caissière de la Co-op me demande si je veux une carte de fidélité…Les légumes qui se vendent chez le fleuriste, la Poste à la papeterie..
Dauphins ?
A 10 heures, sur parking de North Kessock juste après le pont suspendu qui enjambe le Firth of Beauly. Dans un cabanon, les naturalistes surveillant les dauphins ont établi leur base. Des microphones installés dans l’eau permettent d’entendre arriver les dauphins.
L’animatrice nous conseille d’aller plutôt à la Pointe de Chanonry qui est un meilleur point d’observation, le Firth est très étroit. Si les dauphins passent ils seront plus près. C’est marée haute la mer commence à descendre, une heure très favorable, selon elle.
Malgré des prévisions météo exécrables, il fait très bon. Le pâle soleil finit par percer. Pas un souffle de vent. La surface de l’eau est plate comme un miroir. Le moindre aileron, la queue, le museau devraient être repérables. A peine sommes nous arrivées, que quelque chose de noir sort de l’eau et replonge. Mon premier dauphin ? Un instinct de chasseur enfoui quelque part dans mon code barre fait monter l’excitation, comme la proximité des fauves. Je sors les jumelles et scrute dans la direction du triangle noir disparu. Un peu plus loin sort la tête fine et le long cou d’un cormoran. C’est lui que j’avais pris pour un dauphin ! Très conscient du nombre de jumelles braquées sur lui, le cormoran joue les stars. Il a même l’air de me narguer. Il ressort plus loin avec un gros poisson frétillant dans son bec. C’est tout un spectacle que de le voir faire pivoter sa proie pour pouvoir l’engloutir. Je vois le cou de l’oiseau se dilater. Puis il s’enfuit en rase motte, bientôt rejoint par deux autres.
Guettant cormorans et dauphins derrière le phare
Que faire en attendant les dauphins ? Je sors le carnet moleskine et dessine. Des touristes ont repéré quelque chose. J’ai tout juste le temps d’empoigner les jumelles et d’observer la gueule moustachue d’un phoque qui fait surface et disparaît. Au bout d’une heure, nous nous décourageons.
Rosemarkie
Je rejoins Rosemarkie par la plage sur la fine bande laissée par la mer descendante. Le sable est clair, par endroits il y a des accumulations de graviers rose foncé et des galets variés plutôt gris. Vers Rosemarkie, les galets sont plus gros et situés sur le haut de l’estran. Je n’ai aucune interprétation sédimentologique pour expliquer cette répartition. Peut être tout simplement a-t-on voulu dégager la plage pour les estivants ?
Rosemarkie est une station balnéaire plutôt coquette avec de jolies villas en grès rose sur le front de mer. Le sable de sa plage est rosé également. Rosemarkie se déclare « free of alcohol ». La consommation à l’extérieur entraîne une amende faramineuse. La prohibition américaine vient elle des puritains écossais ou les Écossais imitent ils les Américains ?
Musée Picte
Le minuscule Musée Groam est gratuit. Une vieille dame arborant le badge « volunteer » nous questionne longuement. Un DVD présente les Pictes, premiers habitants du Nord de l’Ecosse, peuplade plutôt mystérieuse qui a laissé des pierres gravées de toute beauté de l’Age de Bronze au 9ème siècle de notre ère. Les pierres gravées portaient de gracieux symboles en croissant, double disque, fer à cheval ou miroir. Des animaux étaient également gravés ainsi que des scènes de chasse. Enfin des entrelacs compliqués et savants complétaient la décoration de certaines de ces pierres levées qui font penser à des menhirs.
Une autre partie du musée est purement décorative. Des artistes contemporains ont réinterprété les motifs pictes qui rappellent les graphismes celtiques bretons ou irlandais. Des tampons encreurs sont même proposés pour l’amusement des enfants. Je tamponne plusieurs feuilles en prévision de la décoration de l’album photo. Dans un coin, sur une harpe. D joue Scarborough Fair que j’immortalise dans un petit film.
Déjeuner
Au menu : le saumon des fumeries de Grantown On Spey que nous voulons déguster dans un bel endroit. La table que nous convoitions en bord de plage est occupée. La quête de l’endroit sera longue : détour par Eathie, galère dans Cromarty. Nous échouons sur le bord du Firth de Cromarty sur un parking pas très propre.
Musée du Tribunal de Cromarty
On nous a même fourni le déguisement!
Le Musée installé dans le Court House a reçu de nombreuses distinctions. L’attraction principale est la reconstitution d’une audience au 18ème siècle. Dans la salle historique des mannequins parlent et même se meuvent à notre entrée. Le shérif a l’air vivant. La présentation du tribunal n’est pas une attraction gratuite. Elle veut démontrer les différences entre juridiction anglaise (Commonlaw) et la juridiction écossaise avec l’individualisation de la peine (comme dans le Droit Français). C’est cette différence dans le Droit Ecossais qui permettait aux jeunes couples de se marier sans le consentement des parents. Autrefois, en 1969 Eti et Tchouka avaient fait le voyage d’Ecosse pour se marier. Ce n’est qu’un élément de visite parmi d’autres.
On a aussi reconstitué la prison Des objets donnent une foule de détails.. Une autre figure animée fait revivre Sir Thomas Urquhart, châtelain de Cromarty au 17ème siècle, traducteur de Rabelais, gentilhomme excentrique.
Histoire de Cromarty
La prospérité de Cromarty, au 18ème siècle, est due à sa situation géographique exceptionnelle : un port naturel permettant d’abriter nombreux navires. Le châtelain entreprenant : George Ross (1760) favorisa l’implantation de trois usines : une fabrique de clous, une brasserie et une filature de toile de chanvre, importé de Saint Petersbourg. Ces usines, en plus de la conserverie de harengs et l’abattoir de porcs, faisaient de Cromarty une ville très prospère. En plus du château de George Ross on construisit de belles demeures en grès rose. Cette industrialisation draina les paysans des Highlands. Certains d’entre eux ne parlaient pas Anglais. George Ross construisit pour eux la chapelle Gaëlique. Des épidémies en 1830 puis l’arrivée du chemin de fer en Écosse scellèrent le destin de la petite ville. Les voies d’eau avaient perdu leur importance. La petite ville s’assoupit vers la fin du 19ème. Actuellement Cromarty ne vit pas que du tourisme. Une nouvelle industrie s’est développée : la construction des plateformes pétrolières dans son Firth très profond. Un énorme tanker passe sous nos yeux, escorté par deux remorqueurs.
Eglise écossaise très dépouillée
Nous avons aussi appris, dans la reconstitution de la prison, ce qu’était la Disruption(1843), scission de l’Eglise écossaise. L’Eglise Libre réclamait que les prêtres soient choisis par les fidèles et non par les autorités. Ces querelles religieuses semèrent de véritables révoltes. Une femme fut emprisonnée puis libérée sous la pression populaire. Ces schismes expliquent peut être le grand nombre d’églises dans le pays. Ce qui est le plus étonnant c’est l’utilisation actuelle des lieux de culte. On ne les laisse pas fermées comme en France. On les transforme, souvent en galerie d’art, parfois en restaurants ou en salle des fêtes qu’on peut louer pour faire des parties. L’installation d’une cafétéria dans la cathédrale saint Gilles où l’office se déroule régulièrement ne choque personne. La délicieuse odeur de bacon m’a paru inédite dans ce lieu du culte !
Cromarty et ses Stutors
Légendes
L’histoire du village ne serait pas complète sans les légendes de géants, de sorcières et de lutins. Deux géants, les Stutors, deux collines symétriques, gardaient l’entrée du Firth. J’en ai gravi un dimanche.
Nous étions passées devant deux belles maisons sans nous douter non plus qu’elles fussent hantées.
Quant à la Femme Verte, celle qui fait mourir les bébés, les enlève pour les remplacer par les Changelings, j’aurais dû suspecter son rôle quand j’avais déchiffré les pierres tombales et vu que tant d’enfants étaient morts en bas âge
Visite de la Ville
On visite la ville avec un audio-guide. HughMiller – une autre célébrité de Cromarty, – maçon devenu géologue puis journaliste – est notre guide. Ce stratagème donne de la vivacité au commentaire.
Nous reprenons la promenade de dimanche dernier « accompagnées » par Hugh Miller qui nous raconte la vie au début du 19ème siècle à l’époque de la prospérité quand les rues étaient très animées.
la Fête à Beauly
La fête à Beauly
Un nuage bas envahit la vallée juste à notre retour à 18heures. La fête du village sera-t-elle annulée pour cause de pluie ? Non ! bien sûr ! On a installé une plateforme bâchée avec une toile cirée verte qui sert d’estrade sur la grand place du village juste en face du Fish and chips « the Friary » (allusion au Prieuré) qui ne désemplit pas. Les familles se sont abritées dans les voitures garées sur la place dînant de frites, de poisson ou de glaces en attendant le spectacle. Un accordéoniste, Frankie, essaie de mettre de l’ambiance. Il joue des airs écossais très connus, des marches, des polkas. Les gens se trémoussent sur place mais personne n’ose se lancer. Nous piétinons une bonne demie heure avant que les petites danseuses n’arrivent sous des capes en nylon rouge ou violettes, chaussées de sabots en plastique rose ou bleus. Toutes ont les cheveux tirés en un chignon rond très haut sur le crâne, elles portent des kilts ou des jupes plissées sur des jupons blancs avec un justaucorps de velours assorti sur un chemisier blancs à manches bouffantes. Les plus vieilles ont peut être douze ou treize ans mais les plus jeunes ont à peine 5 ans. Le musicien est un piper de 13 ou 14 ans en grande tenue. Les danses ont des chorégraphies compliquées mais paraissent terriblement monotones aux non-initiées que nous sommes. Les petites filles se penchent très bas pour une sorte de révérence avant de commencer. Elles lèvent les bras et font des entrechats. Deux plus grandes dansent sur des sabres croisés. Nous attendons les cornemuses. Pour nous faire patienter Frankie a repris l’accordéon avec plus de succès, des toutes petites filles dansent pour imiter leurs aînées, même des petits garçons se laissent entraîner. Les cornemuses ne jouent pas un morceau pour nous, elles défilent avec les tambours descendent la rue principale, exécutent un demi tour de revue militaire au bout de la place de façon à repasser une deuxième fois, demi tour ! Et nouveau passage. En regardant bien on voit que de nombreuses femmes portent le kilt, différence au niveau des chaussettes, les hommes ont glissé un gros couteau, presque un poignard