Nabeul et Hammamet

CARNET TUNISIEN DU NORD AU SUD

 

Au petit déjeuner, j’ai surtout apprécié la Âssida et mangé les deux portions ! Nous avons repris la route de Menzel Temime le long de la côte par Korba pour aller visiter Nabeul.la pluie a « lavé » l’air, la visibilité est excellente je devine Pantelleria en face de Menzel Temime.  Avant Korba, une lagune est retenue par un cordon dunaire mince. Les oiseaux sont nombreux : canards, aigrettes et flamands roses. Korba est précédée d’une grande mosquée à coupole jaune.

Nabeul est traditionnellement la ville des potiers. On devine les carrières de kaolin et les cheminées d’usines dans sa proche banlieue. Barbecue, colonnette, fontaines, balustres, dauphins, lions attendent les clients qui aménagent les jardins de leurs villas, sur le bord de la route. Nous nous perdons quand nous cherchons le site de Néapolis et le Musée. J’entre dans une pharmacie : « demandez la Jarre ! » La Jarre est le symbole de Nabeul, elle orne le carrefour principal. Nous trouvons après avoir bien tourné, mais Musée comme site sont fermés le lundi. De Nabeul nous n’aurons donc rien vu que des rues commerçantes et beaucoup de voitures !

Hammamet vu de Dar Sebastian
Hammamet

Nous continuons vers Hammamet : tout d’abord un café qui aura la Wifi. Au Cap bon il n’y a pas de 3G tout juste H+, il n’est donc pas possible de partager la connexion Internet. Je m’offre un magnifique jus d’oranges pressées avec deux pailles enroulées ensemble  que je sirote pour profiter d’Internet.

Ensuite : promenade pieds nus sur la plage de sable fin dans la frange écumeuse de la vague et pique-nique assises sur un pédalo aux couleurs de l’Algérie.

La Villa George Sébastien peut se visiter le lundi. George Sébastien, milliardaire roumain, fit construire dans les années 1920 une villa « à l’antique » où il reçut André Gide, Roger Martin du Gard, Bernanos, Paul Klee, Cocteau …. Pendant la seconde guerre mondiale elle fut réquisitionnée par Rommel. Cette villa est maintenant transformée en un Centre d’Art, ouverte ainsi que le jardin à la visite. Après les sites antiques, un peu d’architecture du 20ème siècle nous changera ! Et puis, visiter les ombres de tous ces personnages célèbres….

Dar Sebastian patio et piscine vide

Mais il faut d’abord trouver la villa. Hammamet est une station balnéaire immense, les habitants distinguent Hammamet Nord de Hammamet Sud. Reliant les deux, des rues commerçantes sans charme. Nous errons de rond-point en rond-point, de blocs de bétons-usines à touristes en zones résidentielles. Personne ne connaît la villa. Un jeune tunisien très charmant ne la connaît pas non plus, mais armé de son smartphone il trouve le numéro de téléphone et appelle pour nous « C’est à côté de l’hôtel Sindbad, tout le monde connaît » affirme-t-il.

Nous trouvons un grand mur, des eucalyptus très hauts  , je me promène dans les jardins ornés de statues. Découverte de Gabriella Mistral prix Nobel 1946, diplomate, écrivaine chilienne.

Dar Sébastian est une maison basse très sobre, organisée autour d’u patio couvert. La piscine est elle aussi dans un autre patio. L’architecture est d’une grande simplicité. Il y a une exposition de peintures contemporaine mais rien d’exceptionnel.

Le jardin descend vers la plage, figuiers de barbarie, mimosas, pin verveine, grands agaves. A Travers une rangée d’agaves desséchés, je découvre comme un trésor la vieille Hammamet avec son fort le long du rivage. Cela me fait penser à Budva (Monténégro) jolie ville close asphyxiée par le béton d’une station balnéaire tentaculaire. Les gens viennent ici pour la plage et oublient qu’il y a une vieille médina, un fort espagnol…on connait mieux le nom des hôtels que le centre des arts !

un jardin redevenu sauvage, un pavillon à coupole comme un mausolée….

Un petit pavillon à coupole blanche est entourée de gradins, comme un minuscule amphithéâtre. Ds poteaux métalliques suggèrent qu’on pouvait couvrir pour avoir de l’ombre. J’imagine des réceptions, peut être des lectures ou jeux littéraires….la nature sauvage reprend ses droits les feuillages graphiques des yuccas, agaves et raquette des figuiers dominent cette partie du jardin.

Il y a un petit arboretum avec des plantes étiquetées, un verger d’agrumes irrigué et une citerne rectangulaire. Dans un pavillon on explique la culture des agrumes, l’irrigation.

Avant de quitter Hammamet, nous passons sous ses murs. Nous avons perdu trop de temps à chercher, il faut rentrer avant la nuit ; je ne pourrai pas me promener dans la Médina.

La lagune prend une teinte rose reflétant le ciel… Les gros nuages gris contrastent avec ce ros/ les flamands sont regroupés ; j’avise des pontons avec un chemin de planche mais il est ruiné, les planches pourries, dangereuse. Des vols d’aigrette en formation en V nous survolent. Elles sont très blanches. Les flamands brillent dans la lumière rasante.

La nuit est tombée quand nous arrivons à Menzel Temime. C’est notre 3ème passage, mais vais-je retrouver la route de Skalba ? Et bien oui ! pour vérification je demande la route « qu’allez vous chercher à Skalba ? Chez qui allez-vous ?» Les gens sont méfiants. Ils ne comprennent pas que des touristes sortent de leurs hôtels réservés et s’aventurent dans la nuit noire. Une fois qu’on est sur la bonne route, impossible de se perdre, c’est tout droit ! mais je remarque dans les phares un nombre incroyable de piétons, des véritables congrès de chiens. Dans la nuit, on saute sur les ralentisseurs qui ne sont pas visibles, sans parler des nids de poule !

 

Hamed nous annonce un « diner tunisien » en notre honneur. Ce sera de la soupe de poulet aux légumes épaissie par de la semoule, une salade de poivrons grillés bien épicés, il faut manger du pain. Justement Zhora apporte une galette bien chaude. Brick à l’œuf plein de persil. Le plat : cuisses de poulet au four avec oignons, tomates et deux poivrons/piments allongés/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le tour du cap Bon, Sidi Daoud, El Houaria,Kerkouane, Kelibia

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Tempête sur le Cap Bon

La météo agitée ne nous a pas découragées. Dès le matin l’averse de grêle a tambouriné sur le toit ; La pluie s’est abattue avec la puissance d’une mousson tropicale. Quand nous sommes sorties pour le petit déjeuner le soleil est revenu. Toute la journée nous connaîtrons cette alternance d’éclaircies au chaud soleil et d’averses violentes, avec même, éclairs et tonnerre.

Zhora a apporté les plats du petit déjeuner dans le désordre le plus complet. Fromage et gâteau, café, pain tabouna et l’Âssida : une sorte de bouillie de farine au goût d’orange, baignée d’huile d’olive décorée de dattes dénoyautées, avec un petit tas de sucre à la cannelle. Délicieux ! j’ai lampé l’huile à la petite cuiller.

Sidi Daoud

Sidi Daoud port thonier

Sidi Daoud zest un port thonier où l’on pratique la Matanza comme en Sicile. Aujourd’hui, aucune chance de voir la crique rougie du sang des thons. Des crêtes blanches hérissent la mer ; tellement blanche que j’avais cru apercevoir une ville de maisons blanches. Sidi Daoud doit être le village du vent, on a choisi d’y implanter un parc éolien d’importance. Autre indice d’un endroit venté, les paillassons qui protègent les petits arbres, les haies de roseaux et les canisses, brise-vent de protection des cultures.

Les îles Zambra et Zambretta sed détachent au-dessus des vagues. De gros nuages gris foncé se déplacent à grande vitesse et crèvent en grains brefs mais bien mouillants. La petite route suit le littoral puis rentre dans El Houaria.

au large de Sidi Dauoud : Zambra et Zambretta

El Houaria : tout le monde connaît les Grottes à la base de la falaise. Ce sont des carrières romaines dans un grès dont la stratification est creusée par l’action du vent et des vagues. Avec la tempête qui soulève l’écume le spectacle est parfait avec l’éclairage rasant qui sort des nuages menaçants.

El Houaria : les Grottes

L’association de la Fauconnerie est située juste au-dessus du Restaurant La Grotte. Le gardien me montre les faucons dans leurs cages. Il y a aussi un aigle un peu miteux et deux couples de buses bien énervées. Le gardien sort un faucon et le pose sur son poignet, l’oiseau est docile , il vient se poser sur le mien. Je suis étonnée de sa délicatesse. Peut être celui-ci est particulièrement doux avec les visiteurs. Photo de Khadafi avec les faucons. Une cigogne baguée ici a été retrouvée en Rhodésie (l’affiche doit être ancienne plus personne n’emploie le mot de Rhodésie). Un faucon a été observé au Kazakhstan. Le faucon est l’animal emblématique de El Houaria : il y a un festival du faucon au printemps et selon le Guide Bleu, on y croiserait des fauconniers avec leur oiseau.

Oeil de faucon

Olivier d’Eshraf

Selon la pancarte il aurait été planté par les Carthaginois il y a 2250 ans.

Oliviers planté par les Carthaginois

La ville punique de Kerkouane

Cette ville carthaginoise fut détruite lors des guerres puniques mais à al différence de Carthage et des autres villes antiques que nous avons visitées, elle n’a pas été romanisée. On voit donc ce qui reste d’une ville punique presque complète avec ses remparts, ses tours de défense, ses rues et ses habitations mitoyennes, ses places et son temple.

sgne de Tanit

Le projet transméditerranéen « A la suite du Magon » est une coopération tuniso-italienne qui a installé de nombreux panneaux explicatifs. Le Magon est un vin tunisien –vin passerillé – analogue au moscato de Pantelleria. Pantelleria est vraiment très proche, Olfa qui habite Kelibia la voit de sa fenêtre. De nombreux indices montrent l’intérêt des Carthaginois pour le vin : ils en faisaient commerce, importaient de la vaisselle grecque. Une œnochoé est décorée avec Ulysse et Polyphème, clin d’œil au vin et à l’ivresse. Dans les tombes on a retrouvé la vaisselle pour assurer l’ivresse au défunt au paradis.

Kerkouane ville punique

Kerkouane était une ville d’artisans : les fours de potier sont presque intacts à l’extérieur de la ville. On travaillait aussi la pourpre . Le Murex fut importé par les Phéniciens. On raconte que Melqart/Herakles avait trouvé que le museau de son chien qui avait mangé des murex était teint. Dans le musée on montre un bol avec des coquilles de murex.

Les bijoux étaient aussi d’une grande finesse.

Le Temple était, selon les panneaux, de modèle sémitique, analogue à celui de Melqart à Tyr ou au Temple de Salomon à Jérusalem.

Les maisons mitoyennes étaient confortables ; les baignoires-sabots sont enduites du même enduit rouge qu’on reconnait aussi à Sélinonte. Je ne m’en souviens plus, peut être ne les ai-je pas vues ?

Au point le plus éloigné de l’entrée, près des murailles de la ville, la grêle s’abat sur moi. Je m’abrite sous un tamaris, abri provisoire, je suis trempée lorsque j’arrive au Musée, très intéressant, malheureusement mal éclairé et aux céramiques un peu poussiéreuses. Les bijoux sont très beaux.

Kelibia

La forteresse de Kelibia

Kelibia est une ville de 46.000 habitants animée avec ses commerces et un port important, les bateaux sont de bonne taille. Nous traversons des quartiers résidentiels avec de jolies villas dans des jardins. Du port on grimpe jusqu’à la poterne du fort  domine de très haut la ville (150m) Sur des fondations punique, les Byzantins ont fortifié la colline mais les constructions visibles sont 16ème siècle, donc ottomanes. Deux promenades s’offrent à moi : le chemin de ronde derrière les créneaux qui offre des points de vue spectaculaires sur le port, la ville et la mer. A l’horizon, je crois deviner une terre embrumée, Pantelleria ? Deuxième promenade à la base des hauts murs de pierre pour en apprécier la qualité de la maçonnerie ?

Du fort, nous rejoignons Menzel Temime sans passer par le centre-ville de Kelibia. Nous passons devant de grands hôtels vides en hiver. A Menzel Temime il fau trouver la petite route qui coupe le CapBon pour retourner à notre gîte sur l’autre côte. D’après la carte elle passe à Skalba et Tazoghrane. Je me renseigne auprès des chauffeurs de taxi, qui, bien sûr connaissent la route mais leurs explications sont confuses. Un monsieur nous vient en aide. Il monte sur la banquette arrière et nous met sur la bonne route. A 16h30 nous somme revenues devant notre portail blanc et j’appelle hamed au téléphone pour qu’il ouvre.

Soupière et Magon

Hamed a allumé le feu dans la salle à manger. Zhora apporte tous les plats en même temps : une soupe de potiron délicieuse, des escalopes nappées dans une sauce jaune (safran ?) fortement citronnée, la « salade » est chaude, c’est une jardinière de légumes aux carottes, petits pois, betterave rouge, et du riz à l’ail, persil, poivron comme accompagnement . Une tarte aux aubergines arrive plus tard. Nous n’avons plus faim, on en coupe 4 parts pour demain midi !

Tant qu’il y a un joyeux feu dans la cheminée, je ne résous pas à quitter la pièce et écris mon compte rendu de la journée en attendant que les trois petites bûches achèvent de ses consumer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vers le Cap Bon : Aqueduc de Zaghouan, Korbous, sources hydrothermales, Dar Abdallah

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Aqueduc de Zaghouan à Carthage

La route de Tunis C33 traverse une plaine entre les champs de blé verts. Seules quelques rangées de cyprès brisent la monotonie. On passe ensuite une zone non cultivée avec des roseaux. De grosses carrières sont reliées à une cimenterie par des kilomètres de tapis roulants (gros nuage de poussière).

Aqueduc de Zaghouan

Construit par Hadrien, il transporte les eaux captées au Zaghouan vers Carthage. Tantôt la canalisation est souterraine tantôt elle affleure ou est soutenue par de hautes arches. Les arches se bordent la route P3 au niveau de l’Oued Meliane. A cet endroit l’aqueduc fait un coude et les arches sont particulièrement hautes. Objectif stratégique, l’aqueduc fut coupé à plusieurs reprises, par els Vandales, les Arabes il fut restauré à plusieurs reprises. Une restauration en 1859 sous la direction d’un architecte français permis d’apporter à nouveau l’eau du Zaghouan à Tunis en remplaçant les canalisations de pierre par de la fonte mais à cause d’un mauvais entretien l’usage en fut abandonné à la fin du 19ème siècle.

La pluie s’est mise à tomber et ne cessera pas de la journée.

La plage de Jahmi près de Soliman

Nous continuons la grande route P3 jusqu’à l’autoroute. Sous la pluie nous ne prêtons plus attention au paysage fortement industrialisé et bétonné des environs de Tunis. Nous quittons l’autoroute Tunis/Hammamet à Grombalia, peu attrayante sous la pluie et continuons vers Soliman. Commerces ? gens pressés, éclaboussures, les flaques deviennent géantes. Personne ne connaît le Fort de Jahmi . En revanche tout le monde connaît la plage de Jahmi. A la sortie de Soliman, on traverse une sorte de maris où poussent des salicornes brunes. La petite station balnéaire, malgré la pluie est aimable : maisons basses, murs blancs ou crème, un air de vacances. Les vagues battent les blocs brise-lames. On pique-nique dans la voiture face à la plage.

Les vignes, les vergers ont remplacé les champs de blé depuis que nous sommes au Cap Bon. La presque-ile est aussi boisée : pins et eucalyptus couvrent les hauteurs.

Korbous

Korbous

Korbous est une station thermale blottie dans une anse. Des sources chaudes jaillissent à 50°C. De petites installations cubiques avec des petites cheminées d’où sort de la vapeur annoncent les établissements.  Sur le bord de la route, le propriétaire d’un des restaurants de poisson nous invite à entrer, vous irez à la source après, c’est tout près ! . Enfin, dans le creux, tassés les uns contre les autres, les hôtels et établissements thermaux. Le plus grand, le plus beau est dans un palais beylical près d’un grand minaret carrelé de bleu. A l’entrée, une hôtesse m’explique tous les traitements : fangothérapie, vapothérapie, douche à jets….J’avais juste envie de piscine ! Impossible, il faut choisir une « formule » la moins chère la « relax » est à 55dt et compte trois soins. D’autres sources sont moins médicalisées. Avec la pluie, je n’ai pas envie de chercher plus loin. Nous devons être au gite dans moins de 3heures. Cette étape rapide n’a pas de sens ! Il aurait fallu arriver beaucoup plus tôt pour profiter de l’endroit.

Dar Abdallah à Zougueg

16h, nous sommes devant la borne km29 sur la route C26 qui fait le tour du Cap Bon devant un portail blanc. Notre hôtesse Olfa, est cordiale. Elle nous a réservé le studio VIP de plain-pied face à la piscine. Grande baies vitrées protégées par de solides volets de bois sur deux côtés ; Le studio est vaste : un coin-chambre avec un lit à baldaquin, rideaux blancs, double rideaux oranges et jaune fluo pour une touche contemporaine. Un coin-salon avec de très gros et très confortables fauteuils de ficelle lissée en damier et des coussins multicolores. Une cuisine américaine en pin (style Lapeyre) . Une vaste salle d’eau carrelée dans les gris, argent et miroirs ; Une lampe rouge diffuse une lumière rouge (autre touche contemporaine).

La salle à manger – restaurant est appelée ici coin-repas. Il se trouve dans une cabane en rondins de pin avec l’écorce. Fenêtres rouges, rideaux à carreaux rouge et blancs avec des volants. Quatre solides tables avec des bans, un canapé et trois fauteuils autour de la cheminée où on a allumé une belle flambée. Deux jeunes couples sirotent des bières. Ils viennent de Tunis pour le week-end et ont apporté leur pique-nique. Sous un auvent de cannisses il y a des tables pour les jours ensoleillés. Plus loin, un véritable petit bois d’oliviers avec des allées, des bancs, des statues antiques, des coins et recoins romantiques. Encore plus loin, le potager ! oignons et fenouils en ce moment.

Le dîner est excellent. La soupe est servie dans une énorme soupière. Une belle quiche précède le plat principal. On demande la permission de l’emporter pour le déjeuner de demain. Délicieux légumes dans une petite cassolette et poisson.

On reste au coin du feu encore un bon moment pour profiter de cette soirée.

 

 

 

 

 

 

Zaghouan, la ville et retour au Dar Zaghouan

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Dans la médina de Zaghjouan

Nous aurions aimé suivre l’aqueduc de Zaghouan, mais les arches ne sont visibles qu’à une quarantaine de kilomètre sur la route de Tunis. Nous préférons visiter la ville de Zaghouan, ses petites rues en pentes, ses portes cloutées, le plus souvent bleues, parfois jaunes ou beiges. Bougainvillées, jasmin dégoulinent des murs blancs ?

Souvenir d’Andalousie, les balcons, les ferronneries ? Fenêtres à moucharabieh. Fontaines de céramique. Plusieurs minarets pointent vers le ciel dont un compliqué. J’arrive sur une petite place où sont installées de nombreuses terrasses de cafés. Portes bleues, chaises bleues, tables bleues. De nombreux clients (clientèle masculine exclusivement). C’est pittoresque, sympathique presque aussi joli qu’à Sidi Bou Saïd.

Mou Chat rabieh….

Nous sommes retournées au Temple des Eaux , espérant le voir au soleil, il est déjà à l’ombre !

Temple des eaux l’après midi

Nous rentrons tôt pour profiter du cadre agreste de Dar Zaghouane, des vergers de l’hôtel. Une conférence écologique de Switchmed qui est une initiative de l’Union européenne pour soutenir des  tout autour de la Méditerranée pour soutenir des programmes de développement durable et d’économie circulaire aussi bien les 28 pays de l’Union Européenne que 15 pays s’étendant de la Maurétanie à la Syrie, la Palestine, Israël, le Liban ou l’Albanie, Macédoine ou Turquie….Cette conférence a un certain retentissement médiatique, nous avons vu arriver les camions de la télévision.

Citron sous notre fenêtre

Dar Zaghouan se présente comme une ferme-auberge écolo : restaurant bio, verger et cultures maraîchères autour des chalets, grands panneaux solaires au-dessus du restaurant. Diverses activités sont proposées dans la montagne proche : randonnées à pied, à cheval, en quad(c’est écolo le quad ?), une « huilerie » et une distillerie d’huiles essentielles (qui sont plutôt des magasins) une piscine, un hammam.

Les restaurants, beaucoup de tables dehors, deux restaurants intérieurs, ont une grande capacité. C’est chic, le restaurant est meublé d’objets anciens de très bon goût. Nous avons dîné aux chandelles tandis qu’un beau feu de bois réchauffait la salle (on est en décembre). Le repas est très copieux ! soupe, salade, plat et fruits mais la gastronomie laisse à désirer. Après le raffinement de la cuisine des chambres d’hôtes les spaghettis sauce tomate et la grillade de dinde très quelconque et un peu brûlée, ont un goût de cantine. Les salades bio et les fenouils viennent du jardin mais il manque quelque chose dans l’assaisonnement. Le lendemain, délicieuse chorba et salade poivrons grillés très épicés ‘ont fait manger beaucoup de pain, l’agneau mijoté est nettement meilleur que la brochette.

Dar Zaghouan : salle à manger

La restauration est celle d’une grosse structure est un peu décevante. L’hébergement de notre Suite Mandarine nous a enchantées. Petit chalet brique et bois, avec une terrasse carrelée. Meubles très simples mais lit King Size très confortable, une douche bien chaude, un radiateur électrique. TV5 Monde, des lampes de chevet. Par les deux fenêtres dans les amandiers, le va-et-vient des oiseaux nous a charmées. Les moineaux sont ébouriffés dans le froid du matin.

C’est donc une étape reposante, confortable ais dans une ambiance « hôtel ». Toutefois, une rencontre intéressante avec les gens de Switchmed. L’écologie peut être rentable et commerciale semble proclamer Dar Zaghouan qui affiche ses partenariats avec les écoles, les associations sportives locales (même féminines) mais facture 3 dinars la bouteille d’eau.

Zriba la haute

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Zriba-la-Haute

Zriba-la-haute

Zriba est le village berbère le plus proche de Zaghouan sur la route en direction de Tunis, on trouve d’abord a zone industrielle de Zriba, puis la petite ville moderne de Zriba qui est une bourgade comme tant d’autre. Appel à la prière du vendredi, commerces, cafés…plus loin la route continue sur Hammam Zriba réputée pour ses eaux thermales et ses hammams. Il faut bifurquer sur le pont et monter quelques kilomètres pour trouver l’ancien village : Zriba la Haute. A l’entrée se trouve l’école du temps de la colonisation, en face quelques fermes sont encore occupées par des bergers, avec des maisons voûtées, hémicylindrique. Un troupeau d’oies se dandine, un chien dort, deux jeunes hommes nous saluent en français, une femmes aux habits bariolés et fichu orange est assise devant sa maison fait mine de ne pas me voir photographier une très belle porte de bois sculpté avec une étoile de David.

Zriba : très belle porte

Le village abandonné est plus haut, adossé à un rocher pyramidal. De nombreuses maisons s’écroulent, certains sont encore debout. La mosquée au minaret carré terminé par un pyramidion, domine le village, elle a été restaurée comme le gîte d’étape-buvette fort bien équipé avec une terrasse meublée de fauteuils de bois et des chambres. Un générateur fournit l’électricité, il y a même la télévision avec un écran plat. On y sert jus d’orange pressé et café. Dimanche prochain, un groupe de randonneurs est attendu.

Zriba : mosquée

Le village a été déserté dans les années 60 pour la nouvelle Zriba en bas. Les bergers qui occupent les fermes ne sont pas les anciens habitants explique un monsieur descendu d’un pick-up. C’est le Président pour la Restauration du Patrimoine Rural de Zriba la haute. Petit à petit on restaure les maisons avant qu’elles ne soient irréparable. Ici ou là dans le village il y a de petits chantiers. Le monsieur est personnellement impliqué : il s’occupe de la maison de son grand père.

Zriba : mausolée

La Zaouia Sidi Abdelkader Jilani est toutes blanche, avec sa belle coupole aux tuiles vernissées vertes entourée de 4 petites coupoles. Le bâtiment est chaulé avec soin sauf la face où se trouve l’entrée carrelée de majolique,  autour de la porte les parements sont ciselés avec soin : roses rosaces, bouquets de fleurs, entrelacs. Une délicatesse et un luxe dans le décor étonnant pour un si petit village.

Les rues sont praticables. Un escalier permet d’arriver au sommet juste sous le rocher pointu. La vue est à 360° sur l’ancien village, ses voûtes et coupoles et sur les alentours, et les oliveraies. En arrivant nous avions croisé un homme et une femme qui nous avaient dit qu’ils allaient aux olives. Plusieurs ânes entravés attendent à la base du village.

Zaghouan : Temple des eaux et Jebel Zaghouan

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Zaghouan : temple des eaux

Au petit déjeuner le patron de Dar Zaghouan a consulté notre programme de visites : « trop chargé ! vous n’y arriverez pas ! ». Comme je lui ai parlé du blog, il offre gracieusement le guidage par le guide de l’hôtel. Nous déclinons cette offre, nous préférons l’aventure !

La matinée se déroulera donc sur le Jebel Zaghouan. Hier, apparition saisissante sur la plaine, silhouette d’une carnassière de canidé avec des pointes déchiquetées et un talon « broyeur » à l’arrière. La montagne culmine à 1295 m . C’est aussi le château d’eau pour la région, source de l’aqueduc apportant l’eau aux Thermes d’Antonin à Carthage.

Temple des eaux : bassin de décantation

Le Temple des Eaux est encore dans l’ombre, nous sommes les seules visiteuses. Le gardien se propose de me le faire visiter et j’accepte de le suivre avec joie. De 123 à 128 ap. JC a sévi une terrible sécheresse sur Carthage, l’empereur Hadrien décidé la construction de l’aqueduc, long de 132km qui débute ici ? Le Temple des eaux est un nymphée. La source se trouve dans la niche centrale, petit temple de Neptune, 25 m plus bas. Une galerie d’arcades abritait 12 statues de nymphes dans des niches plus petites. L’eau était décantée dans un bassin de marbre bris bilobé puis passait dans un conduit de pierre ?

petit temple d’Hadrien et Salambô : bouquet offert par le gardien

En dessous, se trouvait le Petit temple que le gardien attribue à « Monsieur Hadrien et Madame Salammbô ». (Une telle association est tout à fait étonnante, je n’en ai pas trouvé de trace nulle part). Les eaux se déversaient dans un bassin carré par 3 tuyaux et se déversaient dans le collecteur. Le gardien m’a aussi conduite à l’arrière du monument pour me montrer les carrières de marbre gris : on voit encore les encoches dans lesquelles les carriers plaçaient les coins. Le vieil homme cueille des fleurs : un bel hibiscus, des grains roses du faux-poivrier (Schinus molle), des bougainvillées violettes.  Pendant que je note, Dominique remarque un aigle royal qui plane.

Faux poivrier

Jebel Zaghouan : Sidi Bou Gabrine

Jebel Zaghouan : sommet

Une route s’élève en lacets au flanc de la montagne du côté nord dans une garrigue touffue de lentisques pistachiers, chênes verts, caroubiers, des pins d’Alep ainsi que de grosses touffes rose de fleurs de bruyère arborescente. Elle est étroite il faut faire attention aux nids de poules. La Symbol grimpe très bien. Il ne faudrait pas rencontrer un véhicule en face. La première pointe du massif est coiffée d’une tour de ciment (tour de guet ?)Quand on s’en approche, la route prend une autre direction, descend franchit un vallon puis remonte  en direction des antennes. On voit des vaches, et au dernier moment les bâtiments blancs de Sidi Bou Gabrine.

Sidi bou Gabrine

Juste au-dessus, il y a des tables et une aire de pique-nique. La route continue amis un panneau indique qu’on entre en zone militaire, circulation interdite.  On s’arrête donc sur un épaulement : la vue est splendide.

Sous les caroubiers

 

De Dougga à Zaghouan en passant par Testour

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Jebel Zaghouan

14 heures, nous reprenons la route par Teboursouk et la route P5 de Tunis et Testour . Notre hôte du Dar Alyssa nous a fortement recommandé de visiter Testour, ville andalouse. Il nous avait mis un accompagnement musical de musique arabo-andalouse de musiciens de Testour. Le Guide Gallimard en fait également une description alléchante. Il nous reste encore 100km de route pour arriver à l’étape. On n’aura pas le temps de sortir de voiture et évidemment on ne verra rien !En revanche on remarque un changement dans la campagne aux alentours de Testour : les vergers ont remplacé les champs de blé. Oliveraies et aussi vergers d’arbres défeuillés : pêches ou pommes ou abricots ? et beaucoup de grenadiers.

Grenades, olives et mandarines autour de Testour

Sur le bord de la route, les étals sont artistiquement présentés : les grosses boules brillantes des grenades brillent, dans des caissettes, les olives ont diverses teintes : vertes, violettes ou noires, surtout des noires. On peut aussi acheter de l’huile en bouteille ou en bidon. Avec les mandarines, cela fait un bel étalage.

On pourrait couper par de petites routes vers le sud pour raccourcir le chemin au lieu de remonter presque jusqu’à Tunis. La carte est imprécise. Le GPS est récalcitrant. Nous interrogeons les passants et surtout les policiers qui nous conseillent tous de continuer la P5 en direction de Tunis jusqu’à Mejez-el-Bab puis la direction de Goubellat et El Fahs dans une campagne très plate. Nous passons près d’un lac presque à sec. Le Jebel Zaghouan domine la plaine. Nous nous approchons et cherchons le meilleur angle pour le photographier : ce sera à travers les branches d’un amandier.

Dar Zaghouane

piments bio

Plutôt hôtel que chambres d’hôtes, Dar Zaghouane est une assez grosse structure qui se présente comme une ferme bio où les enfants peuvent faire de l’équitation, les grands du quad ou des randonnées, il y a également un hammam (les eaux thermales du Zaghouan sont réputées. Des petites boutiques vendent des produits bio : huilerie, poterie. Restaurant bio (à prix élevés pour la Tunisie). On nous attribue la suite mandarine dans une maisonnette en bois qui a une belle terrasse dans les arbres. Tout le confort et une déco réussie. Nous avons l’impression de dormir dans le verger, nous pouvons observer les oiseaux.

Dougga

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On roule plein est, le soleil dans les yeux. Au rond-point du Kef, un épi de blé symbolise la culture céréalière. Les champs s’étendent à perte de vue jusqu’à l’horizon balisé de crêtes. De grandes ondulations caractérisent le relief. Quelques haies ou des eucalyptus signalent les rares habitations .

Bahra (30 km du Kef)

Vergers, oliviers sur les collines, reliefs couverts de forêt, nous offrent une distraction après la route monotone ; Des lauriers roses et des tamaris suivent le cours d’un ruisseau. L’oued Tessa est à sec , un beau pont de pierre s’est écroulé.

Les villages sont de plus en plus rapprochés ; On retrouve les cultures maraîchères. A la sortie d’El Krib, on voit un arc de triomphe.

Mausolée libyco-punique

Non loin le site de Dougga est perché sur une colline dans les oliveraies. Le site est immense, il y a très peu d’indications pour les visiteurs. Une visite guidée s’impose. A la billetterie, l’employé propose de téléphoner à la guide locale. Je la trouve au théâtre.  Elle est occupée par un touriste italien qui ne souhaite pas partager.  Il a commandé sa visite particulière de Tunis. La guide était prête à faire la visite pour deux. Une visite en Italien m’allait très bien. Il est intraitable.

Je me contenterai donc des panneaux dispersés sur le site que je recopie consciencieusement  et de l’aide du Guide Bleu et de Gallimard.

Historique de Thugga

Arc de triomphe de Sévère Alexandre

Dougga est aussi appelé Thugga, nom d’origine libyque TBGG. Avant Rome, elle fut décrite par Diodore de Sicile . D’après une inscription en Libyque et punique on pense qu’elle était gouvernée par des notables (Sénat). Seuls monuments avant Rome : une nécropole dolménique et le mausolée lybico punique.  En 46 av. JC les soldats de César reçoivent en récompense des terres dans la nouvelle province d’Africa Nova. Thugga devient donc une « commune double » peuplée de colons romains et d’une communauté locale civitas thugensis. Ces deux communautés n’étaient pas séparées, en installant une population masculine les mariages mixtes rendirent la fusion inévitable. Septime Sévère (205-256) les réunit. La décadence vers le 3ème siècle. Il faut attendre Justinien pour retrouver une activité constructive : forteresse byzantine.

Dugga : théâtre

Le Théâtre est adossé à la colline, inauguré en 168-169ap. JC pouvait contenir 3500spectateurs. « L’inauguration aurait été célébrée par Publius Marcius Quadranus, flamine d’Auguste divinisé, pontife de la colonne julienne de Carthage, admis dans les décuries par l’empereur Antonin le pieux »

Ces détails, parfaitement anecdotiques et inutiles me ravissent, « flamine d’Auguste divinisé… » me fait rêver !

Temple de Saturne

Derrière le théâtre un chemin mène au Temple de Saturne sur le rebord du plateau : 4 colonnes. En contrebas : une crypte (hypogée) avec des tombes : un cimetière chrétien.

Du petit temple de la Concorde il ne reste plus que 2 colonnes .

Le Marché achevé entre 180 et 192 possède une série de 10 boutiques, au centre sur un espace carré, une table des poids et des mesures, et, dans une niche, se trouvait la statue de Mercure.

La Place de la Rose des Vents relie le Temple de Mercure au Marché. Elle symbolise le rôle du dieu-voyageur de l’univers et dieu du commerce comme le marché s’approvisionne aux 4 coins du monde. La rose des vents est gravée sur la place, avec les 4 points cardinaux : Septentrion (N) Auster (S) Faonius et Volturnus autour du cercle on a inscrit le nom des vents

Capitole

Le Capitole(166-168) pendant le règne de Marc Aurèle et Lucius Verus. On y honorait Jupiter, Junon et minerve. L’apothéose d’Antonin le pieux enlevé par un aigle se trouve sur le tympan. Cette apothéose symbolise la divination de l’empereur.

Le Forum se trouve au pied du Capitole sur la place de l’agora numide qui était de terre battue. Peu avant 48 un incendie ravagea les boiseries et les statues, l’ensemble fut rénové . Sous le péristyle se trouvaient des mosaïques.

Les Thermes d’Antonin

Thermes d’Antonin (vus de l’extérieur)

« Comme son nom l’indique, les thermes ont été construits sous le règne de Caracalla (Marcus Aurelius Severus Antoninus)211-217 »

J’aime bien l’humour involontaire de l’écriteau !

Le bâtiment, vu de loin, est impressionnant avec ses murs arrondis. On y pénètre par des coursives non éclairées, de très petites entrées dans des salles ornées de mosaïques. Je ne reconnais ni vestiaires, ni salles froides ou chaudes. Rien n’est indiqué ; Si la guide avait été là….

Thermes d’Antonin (intérieur)

La guide, justement je la retrouve devant le théâtre à 13h15, elle vient de terminer la visite et me propose ses services. Trop tard ! j’ai déjà passé trois heures dans le site ! Nous grignotons des chips, l’œuf du petit déjeuner et des mandarines. La guide bavarde aimablement et m’indique le chemin pour arriver au mausolée libyco-punique. « il faut tourner après les latrines » dit-elle.

Le mausolée libyco-punique dans les oliviers

Je descend une rue antique un peu courbe et trouve les latrines près des Thermes du Cyclope(du nom d’une mosaïque du Bardo) . Ces latrines sont bien conservées avec le lavabo, la mosaïque et la rigole d’évacuation.

Le mausolée libyco-punique est une haute tour carrée coiffée d’un pyramidion. Dans les oliviers il a belle allure. Ses trois étages sont très différents.

De près je distingue les bas-reliefs avec des chevaux. Des inscriptions libyco-puniques lui ont valu cette appellation : elles se trouvent au British Museum, inscriptions bilinugues, elles ont permis de déchiffrer l’écriture libyque. Une hypothèse voudrait que ce monument fut un cénotaphe dédié à un prince peut être Massinissa.

Le Kef – Althiburos

CARNET TUNISIEN DU NORD AU SUD 

Althiburos : amphithéâtre

 

Le Kef – Dahmani : trente km environ vers les sud-ouest par une route droite. Quand le relief est plat, les champs sont cultivés de céréales. Le blé est vert ou les champs sont labourés avec la terre à nu. Dans les pentes, des terrasses imperceptibles, bourrelets de terre suivent les courbes de niveau où poussent des buissons ou un rang d’oliviers. Un oued a raviné le sol. Des figuiers de barbarie ressortent, bien verts sur l(orange ou l’ocre. Au sommet des collines : des vergers d’oliviers ou d’amandiers.

la gare de Dahmani

Dahmani bourgade tranquille de 14.000 habitants. Sa jolie gare blanche et bleue, est derrière de grands silos à grain (un peu comme Courville en Beauce). Le carrefour principal est orné d’une fontaine en céramique et bordé de maisons coloniales à belle allure. Pour trouver le site, il faut prendre la route de Medaina – complètement déserte – et tourner à gauche 3km après la sortie du bourg.

Un grillage enclos le site. On voit qu’il est hérissé de blocs, deux ruines imposantes se découpent sur le ciel. Pas de billetterie, deux bâtiments récents qui ressemblent à ceux de tous els sites archéologiques, occupés par des ouvriers. Visite libre – gratuite – je suis la seule touriste, seule femme parmi tous les hommes présents ; Personne ne se porte volontaire pour me guider.

Althiburos : forum

« Votre nationalité ? » – « française ! » – « c’est pour votre sécurité ! » affirme un homme vêtu à l’européenne, anorak et bonnet. Il y a aussi une escouade de travailleurs en djellabas avec des binettes et des houes, pour désherber ou dégager des blocs ?

Un beau panneau métallique présente les fouilles. Un accueil sonore polyglotte : français, anglais, espagnol ou catalan est sans doute l’œuvre des archéologues de Barcelone. Il donne un historique de la ville : fondée au 6ème siècle av.JC , numide puis carthaginoise, elle s’est romanisée avec la création de la Province d’Africa Nova (46av.JC) obtient la condition de municipe sous Hadrien, située sur la route de Carthage à Theveste (Algérie), sous le nom de Municipium Aelium Augustum Hadrianum.  Le site a été occupé après le passage des Vandales en 435 par les Byzantins puis les Arabes jusqu’à la période médiévale où ses habitants partent au village d’El Ksour.

J’ai suivi un chemin tracé entre deux rangées de cailloux pour parvenir au Théâtre avec deux étages d’arcades (il y a même les vestiges d’un troisième niveau). A l’intérieur des excavations que je ne comprends pas trop. Je devine les entrées arrondies pour les spectateurs, peut-être les coulisses ?

Althiburos : Capitole

A un carrefour, des bassins de pierre de grande taille, à la base d’un édifice carré, suggèrent une fontaine, monumentale, un nymphée.  Les rues bien dégagées conduisent au Forum (voir texte 1908). Je reconnais le Capitole bâti sur une estrade : il reste un pan de mur avec deux colonnes plates aux chapiteaux corinthiens encadrant une haute fenêtre. Le forum est bien dallé, les colonnes du péristyle sont encore bien visibles – pas entières, bien sûr, la base ou le chapiteau à ‘emplacement de la colonne. En face sur un socle accessible par 3 marches, un bassin, puis une volée de 5 marche conduit à un petit temple aux colonnes cannelées. Est-ce le temple de Minerve cité par Cagnat ?

Deux piliers carrés très finement décorés, sont peut-être les socles de statues ou la base de l’arc de triomphe offert à Hadrien ? En plus d’Hadrien, Caracalla est cité dans les inscriptions. Je me promène dans les insulae sans reconnaître grand-chose. Les bases des constructions sont bien visibles mais je manque d’indices pour aller plus loin. Sur les rebords de la vallée creusée par le ruisseau qui fait ici un coude, je reconnais des habitations à étage qui me font penser au quartier Hannibal de Carthage (sans doute la ressemblance est-elle dans la topographie ?). Je n’ai pas trouvé le Tophet. Le ciel qui était gris se dégage. Il faut refaire toutes les photos.

Nous rentrons tôt au Kef ; il nous reste des petites choses à faire, courses à Monoprix, lessive (nous sommes parties depuis une semaine et avec le chauffage le linge sèche bien), photos à trier, mails et téléphone. De temps en temps il faut savoir se poser !

Le dîner est toujours aussi fin et cérémonieux : une salade de carottes cuites, ail, piment est décorée d’olives et de quartiers d’œuf dur. Soupe verte de légumes bien chaude (courgettes mais pas que) . Des feuilles de brick roulées avec une farce à l’œuf, persil, câpres, thon et olives. La dorade est désarêtée présentée avec une farce crémeuse de champignons frais, oignon. Au dessert : des mandarines.

 

A la fin du repas, Leila nous fait la conversation. Elle a été tenue au courant de nos visites et de notre passage à Dahmani par la police (nous avons montré nos passeports). Depuis que nous avons quitté Tabarka, nous avons été arrêtées à plusieurs reprises aux barrages. Pas par les policiers armés vêtus de noir qui nous laissent passer, mais par les gendarmes ou militaires, en kaki, qui réclament les passeports.  Les papiers du véhicule ne les intéressent pas, contrairement à la police de la route. Leila confirme : nous sommes étroitement surveillées, et nous devrions nous en féliciter. Le Kef est en zone rouge pour le terrorisme du fait de la proximité de l’Algérie et surtout des montagnes qui ne sont pas sûres, martèle Leila. Avant 2011, on pouvait camper et pique-niquer n’importe où. Plus maintenant affirme-t-elle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Kef – Casbah, Basilique Byzantine, Mosquée, Synagogue, Musée…..

CARNET TUNISIEN DU NORD AU SUD

Le Kef entrée de la Kasbah

Le  Kerf est une ville d’environ 50.000habitants, qui s’étage entre 700 et 800m d’altitude, adossée au Jebel Dyr. C’est une ancienne ville romaine, Sicca Veneria appelée ainsi à cause du temple de Venus ou Astarté. Fondée par les Libyens, elle fut contrôlée par Carthage et pendant la 1ère guerre punique elle accueillit en les mercenaires numides qui avaient réintégré le royaume de Massinissa. Elle fut annexée en 46 av. JC par Jules César.

Nous avons négligé l’histoire antique du Kef. Je me suis contentée de voir d’en haut de la citadelle les Thermes Romains au milieu des constructions modernes. Dans notre programme, il y avait bien écrit « temple des eaux » mais nous n’avons pas fait le rapprochement.

Le Kef : Kasbah place d’armes

Devant la Casbah il est facile de garer la voiture. A notre arrivée, le gardien se présente puis m’emboite le pas, on passe devant le Petit fort(1601), une rampe est bordée de canons turcs certains 17ème siècle d’autres 19ème. La poterne du Grand Fort construit par Mohamed Bey(1679) s’ouvre par une belle arche qui débouche sur la Place d’armes – vaste quadrilatère légèrement incliné où s’ouvrent les casernements des soldats, et une poudrière. Le Bey occupait la tour carrée aux belles fenêtres de bois. Le gardien m’entraine sur le chemin de ronde crénelé, percé d’ouvertures pour els tireurs ; certaines meurtrières ont une double orientation. D’une terrasse on découvre la Table de Jugurtha (rocher tabulaire qui vient juste cette année d’avoir l’honneur d’être inscrit au Patrimoine de l’Humanité de l’UNESCO.

Vue des remparts du Kef : mausolée Sidi Bou Makhlouf

De là on voit les Thermes Romains, la Mosquée Bou Makhlouf, et ses trois jolies coupoles, l’une d’elles est cannelée, son minaret octogonal avec une bande de zelliges. A côté : le cloitre de la Basilique Byzantine On peut aussi suivre le mur d’enceinte de la ville : autrefois, Le Kef était une ville close, les quartiers modernes ont débordé du périmètre de la ville ancienne et les murs n’existent plus vers le bas. Un beau parc surmonte le Parc Présidentiel de Bourguiba. En descendant, le gardien me montre la prison où Bourguiba fut incarcéré en 1948.

Le Kef : basilique vue des remparts

Comme je n’ai pas de monnaie, je laisse 10 Dt au gardien qui proteste qu’il n’est pas guide professionnel mais seulement gardien. C’est un excellent investissement parce qu’il va faciliter toutes les visites suivantes. Il hèle le gardien de la Basilique qui me fait entrer. Le narthex est soutenu par 6 colonnes rondes monolithes de granite coiffées d’un beau chapiteau corinthien. Les colonnes situées aux extrémités sont doubles. Les arcades sont soutenues par quatre piliers carrés et deux colonnes ovales, leurs chapiteaux sont plus grossiers (feuilles d’acanthe pas terminées, formant des lobes ou des pétales lisses). Quelques stèles historiées, des inscriptions latines se trouvent dans le cloître ; Il y a une collection lapidaire dans un jardin bordant la basilique. DE l’autre côté des « bains ». Le Guide Bleu parle de « basilique à auges » (les bains peut être ?) .

Le Kef : sidi bou makhlouf

Le gardien de la Casbah téléphone ensuite pour qu’on ouvre la Mosquée Bou Makhlouf . Devant la mosquée on a installé un café avec des tables basses, des cannisses. On pourrait aussi fumer le narghilé. Il est trop tôt. Pas de consommateurs, c’est trop tôt, les employés on mis très fort la radio avec de la musique profane. La « mosquée » est une zaouia, siège d’une confrérie soufie. Ce n’est plus une mosquée, on n’y fait plus la prière – trop exigu – selon son gardien qui me laisse photographier à mon aise les stucs et carreaux du 17ème siècle. Au détour d’un passage, sous une arche, dans la ruelle, un beau graff  tout neuf daté 2017, deux hommes en turban et tenue traditionnelle, un grand et un petit jouent au basket, l’un d’eux a des lunettes d’aveugle et une canne. L’auteur possède une maison sous la casbah, émule du facteur Cheval, il a rassemblé des matériaux hétéroclites et a construit un jardin naïf avec des personnages et objets variés.

street art

Le Musée des Arts et Traditions populaires est installé un peu plus bas dans la Zaouia Rahmania Sidi Ali ben Aïssa construite en 1784 et servant de siège à la Fraternité des Rahmania. La visite est guidée et mon guide très intéressant. Visite double, le guide explique les structures, bâtiments puis commente les objets présentés.

 

Dans le Mausolée est enterré un saint. D’autres religieux y reposaient mais il ne reste que leurs noms sur une plaque de marbre.

L’exposition est consacrée aux parures féminines et au mariage. Les robes de mariées occupent deux vitrines. Celle du premier jour est à moitié verte, à moitié rouge, le vert pour le Paradis, le rouge pour le divorce. Sur une chaînes deux bijoux symboliques la main de Fatma pour la fille, le disque pour le garçon, les deux enfants que la mariée espère ; Dans l’autre vitrine, la robe du 7ème jour. La fête durait autrefois 7 jours et chaque jour la mariée revêtait une robe différente.

Tout autour, dans les vitrines, les parures féminines sont en or pour le mariage, en argent pour la vie quotidienne.  Les orfèvres étaient juifs. Bracelets et anneaux de cheville : les anneaux de chevilles étaient lourd et pesaient jusqu’à 1kg. Certains étaient creux contenant des billes qui tintaient comme des grelots, la femme signalait ainsi sa présence. On voit ensuite les parures de taille, ceintures, lacets colorés, chaines porte-amulettes. La main de Fatma coexiste avec l’étoile de David, symbolisant la coexistence des communautés. Les parures de tête comprennent le voile de tête, mais aussi les tatouages berbères les boucles d’oreille. La jeune fille porte de petits anneaux au lobe de l’oreille percé. La femme mariée a de grands anneaux qui reposent derrière le pavillon de l’oreille. On peut connaître le nombre et le sexe de ses enfants en regardant les pendentifs (main de Fatma pour els filles, rond pour els garçons) La boucle est aussi un porte-amulette : dans le cylindre de droite, les 5 derniers versets du Coran, dans le cylindre de gauche, l’acte de mariage.

Salle de prière :

La coupole toute simple est soutenue par 4 gros piliers ronds. En dessous est dressée une tente nomade de poile de dromadaire mêlé à la laine de mouton et au poil de chèvre. Cette grande tente tient sur une « clé de voûte » de bois sculpté. Autour de la tente on a suspendu la gourde pour l’eau en poil de chèvre avec les poils, l’outre sans les poils, pour le lait, sert aussi de baratte. On transportait l’eau dans des tonnelets dont une des faces était plate pour le confort de la mule ou de l’âne qui les portait. Au mur : un tamis en boyau (comme les raquettes de tennis) beaucoup plus fin.

pour couvrir la bosse du dromadaire

La batteuse (jarucha) était une planche garnie d’éclats de granite. Un énorme chapeau de paille était destiné à la bosse du dromadaire. Ces animaux sont frileux, s’ils ont froid, ils deviennent agressifs. Un chameau agressif peut être dangereux, il pourrait tuer un homme.

Ecole coranique

harnachement du cheval

Elle a une acoustique excellente, mon guide récite un verset de Coran, l’écho le renvoie. Les élèves devaient être drôlement sages pour que le cours ne tourne pas à la cacophonie. Le thème est le cheval pour la fantasia. Le harnachement de cérémonie ne comportait pas moins de 20 pièces, cuir et tissus. Sur le dos du cheval on étalait une couche de cuir fin, puis une couverture de laine ou de feutre et enfin la selle de cuir.

Habitations des membres de la confrérie

Chaque pièce présente un aspect de la vie quotidienne.

La vaisselle de terre cuite n’était pas faite au tour mais au colombin. Certaines assiettes ou écuelles sont décorées de motifs de tatouages berbères. Pour les pots une technique de lissage était employée par les potières : elles enfilaient au bout des doigts une coquille d’escargot. Le stockage des aliments se faisait dans des jarres, les plus petites pour la viande et le beurre, les grandes pour les céréales qui se conservaient à la maison un an, de l’été à l’été suivant tandis que l’huile se gardait de l’hiver à l’hiver.

Un moulin à grain (1860) venant de France fut importé en Tunisie en 1884.

La boutique du barbier est reconstituée. Le barbier ne se contentait pas de couper barbes et cheveux. Il remplissait une fonction sociale : la politique se discutait chez le barbier…

Pendant ma visite, Dominique remarque un curieux personnage en burnous marron avec la main à la Napoléon et des lunettes noires d’espion. L’homme reste immobile et surveille toute la place. Il était déjà là hier. Un mouchard ? un espion ?

Je remonte à la Casbah où le gardien se tient encore avec son téléphone. J’exprime le désir de visiter la synagogue. Il m’accompagne jusqu’à la Ghriba dans les escaliers et ruelles de la médina. En bas, prévenu, se tient l’homme qui détient la clé. La synagogue est abandonnée depuis les années 80. Il faut question de la restaurer en 1994. Actuellement elle est livrée aux oiseaux (fientes) . Deux feuillets dactylographiés sont punaisés et racontent qui’l y avait une nécropole juive, en haut près de la basilique. Les Musulmans venaient prier sur els tombes juives pour appeler la pluie sur le Kel el Yaoud. Je suis étonnée d’apprendre qu’il existait des Juifs nomades. Rien en revanche sur l’extinction de la communauté juive du Kef. IL est noté aussi que le Kef fut le lieu d’exil des mercenaires cité dans Salambô de Flaubert (j’ai cherché le passage sans le trouver). Après avoir grimpé dans les ruelles blanches, je retourne au parking de la casbah où règne mon ange gardien et son téléphone ; Il ne se cache pas d’appeler la police : nous sommes sous bonne garde.