Une famille corse 1200 ans de solitude – Robert Colonna d’Istria

LIRE POUR LA CORSE

La collection Terre Humaine ne m’a jamais déçue. 1200 ans d’histoire corse m’intéressent. J’ai commencé  à le lire à Ajaccio.

Il m’a fallu de la persévérance pour venir à bout de la longue introduction, beaucoup de considérations « île, insularité, solitude » qui s’adressent autant aux membres de la famille Colonna d’Istria dont l’auteur va conter la généalogie et l’histoire qu’au lecteur inconnu qui s’embarque pour une lecture au long cours.

« L’île est facteur d’identité. Pour l’insulaire, l’île est à la fois omphalos et axis mundi, centre et pilier, point de commencement, résumé, concentré du monde, explication de tout »

« deuxième réalité attachée aux îles : il faut en partir »

Pour l’islomane que je suis, cela ne peut que m’intéresser! 

« La vérité sur la Corse? Son âme? Son charme supérieur? Ses secrets les mieux gardés? Tout cela, dit-on, est caché dans les villages »

Seulement voilà, c’est long, très long, et Colonna d’Istria s’appesantit sur l’insularité et sur la notion de famille, la généalogie, longuement, longuement. Une quarantaine de pages avant que l’histoire ne commence.

« Le premier à porter le nom de Colonna a été Ugo en l’an de grâce 818″

« Compagnon de Charlemagne, qui aurait bouté les mahométans hors de l’île« 

Ugo est le fondateur présumé de cette grande et vieille noblesse. Rien ne prouve qu’Ugo ait vraiment existé. Aucune preuve formelle, des arguties discutant la véracité du personnage et peu de faits historiques. Ce moyen âge est décidément bien obscur. Je m’impatiente, et commence un roman qui lui a une histoire, un héros.

« Un paladin, à cheval, se promène sur les crêtes entre la vallée de Taravo – son domaine – et les vallées voisines – territoires de ses rivaux….« six cents ans ont passé, Vicentello est un héros du XIV ème siècle, temps des malheurs : peste, famine, brigandage, piraterie, guerre…Vincentello choisit Aragon plutôt que Gênes ou Pise.

« En 1358 dans le nord de l’île, il y a un grand soulèvement populaire. Les communauté renversent la table et se placent sous l’autorité directe de la commune de Gênes. Une idée qu’elles ont eue….Gênes va y rester 400 ans »

On entre enfin dans la Grande Histoire, pour mon plus grand bonheur. Mais les prétentions aristocratiques de cette famille qui revendique sa noblesse depuis Charlemagne, ont tendance à m’agacer. 

M’ont beaucoup plus intéressée les contestations et les révoltes du XVII ème et XVIII ème siècle causées  par l’impôt payé à Gênes et surtout sa collecte. La justice mal rendue par Gênes. Le récit de la Révolte de la saint Laurent en 1615 contre le pouvoir le rôle de l’Eglise sont racontés en détail et de manière vivante. Les faits ont pour moi plus de charme que les mythes des paladins médiévaux.

 » XVIII ème siècle, finalement, aura été pour la Corse celui des révolutions. Dans l’île, ou après cinq cents ans de présence, Gênes va s’effacer. En France, à laquelle la Corse est incorporée en 1768, où l’Ancien Régime va être balayé par la Révolution de 1789″

Point de départ des révoltes, révoltes anti-fiscales1730. 1755, élection de Pascal Paoli,

Le chapitre archaïsmes  évoque le règne éphémère du roi Théodore, que j’ai lu citer par Colomba de Mérimée. Il raconte la « manière corse d’habiter la Terre et de vivre en société »les codes d’honneur, la vendetta. Il analyse aussi les causes économiques, le système de propriété foncière. Dans ces sociétés agricoles, « l’autoconsommation est la règle, l’autosuffisance, un signe d’aisance ». La modestie de la démographie, expliquerait selon l’auteur l’importance des tombes, « on se sert de tous, les vivants et les morts pour marqer le territoire, et ne pas rester seuls, écrasés par le vide... ». Dans ce chapitre il raconte aussi les légendes, les revenants, les sorciers les mazzeri. Toute cette partie du livre s’intègre parfaitement à la démarche anthropologique de la Collection Terre Humaine.

La deuxième partie du livre traite de la période qui commence avec la fin de la Révolution jusqu’à nos jours. Comme la première, les chapitres sont d’intérêt assez inégaux.

« chez nous, on aime le pouvoir« 

Les relations des membres de sa famille au pouvoir, royaliste avec la recherche de titres de noblesse ronflants, de l’église avec des prélats influents, judiciaires … ces relations donc sont examinés minutieusement, trop minutieusement à mon goût avec des longueurs. Et entre ces recherches généalogiques et parfois fastidieuses des anecdotes sont savoureuses. Des faits historiques, la participation de sa famille (et des corses en général) à la saignée de la Première Guerre mondiale, à l’aventure coloniale et à la Résistance, sont parfois fort intéressants.

Ce gros livre (416 p) est donc une mine de renseignements et mérite qu’on se donne la peine d’y consacrer un temps de lecture, même si je ne me suis pas interdit de lire certaines pages en diagonale.

« 

Le chemin de Guy le facteur, Serriera, plage de Bussaghia

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Nous nous sommes levées assez tôt pour que la randonnée du Chemin de Guy le facteur s’effectue dans la fraîcheur et le calme du matin. Un message sur le tableau de bord de la Smart nous inquiète « Vérifiez la pression des pneus ». Après le passage derrière le bungalow dans les ornières et les pierres nous craignons le pire. La station-service est installée sur la D81, non loin de Marina Livia. La dame est gentille, elle vérifie elle-même les pneus, rien d’anormal, tout est OK. Sauf que le message s’est incrusté sur le tableau de bord qu’il faudrait réinitialiser comme un véritable ordinateur.

Nous arrivons à 10h15 au Col de la Croix(Bocca Croce). Du parking il y a une vue panoramique et un panneau que je résume ici :

E TRE SIGNORE

Sur les pitons dominant Foce d’Ortu se trouvait un château qualifié par les génois de « terribilissima et spaventata ». Ghjuvan-paulu di Leca s’y était retranché avec les siens ; Le 29 mars 1489, les Génois prirent le château n’épargnant ni les femmes ni les enfants. Après avoir rasé le château, ils détruisirent les hameaux de la Pieve, interdirent aux populations d’y revenir. Durant deux siècles, seuls les bergers transhumants revinrent sur le littoral devenu inoccupé. Les pillages des Barbaresques vinrent s’ajouter aux causes de désertification.

Plus au loin E TRE SIGNORE est un lieu de légende. On raconte que les femmes préféraient se jeter dans l’abîme plutôt que de s’y rendre. Une autre version nomme la montagne « U capu ai i signori » raconte que tous, hommes, femmes et enfants s’y donnèrent la mort plutôt que de se soumettre. « 

Le chemin du Facteur Guy

 

Pendant 30 ans, Guy apportait le courrier à pied à Girolata petit village de pêcheurs et bergers isolé. Le sentier de randonnée utilise donc un sentier traditionnel facile, bien dégagé, parfois entre des murettes. Une petite fontaine décorée de galets comme nombreuses fontaines corses,  coule ; j’aurais aimé y boire mais un écriteau prévient « eau non potable » . Je marche dans le maquis entre des bruyères arborescentes, des arbousiers et des chênes verts. Encore une fois je suis étonnée de la luxuriance de la végétation. Les arbres procurent une ombre très agréable sur une grande partie du trajet. Seul inconvénient : la vue, les échappées sur le Golfe de Girolata sont rares. Je croise des « vrais randonneurs » lourdement chargés avec hauts sacs à dos et bâtons de marche.

Je n’atteindrai pas Girolata, il est déjà 11h quand j’arrive sur la plage de Tuara occupée uniquement par deux couples et une vache. Un voilier mouille en face. Un garçon et une fille nagent nus. A les voir s’entortiller dans la serviette, j’en conclus que ce ne sont pas des naturistes mais plutôt des randonneurs qui n’ont pas de maillot de bain dans leur chargement. Je m’autorise une baignade d’une demi-heure. Je nage dans un décor splendide, un léger clapot agite l’eau mais rien de gênant pour se baigner.

11h30, il faut remonter, la descente a pris 45 minutes, il faudra 1h pour la montée. Montée facile. Les promeneurs sont nombreux.

12h30 nous faisons un détour par Serriera, commune dont dépend Marina Livia. C’est un village étagé au flanc de la montagne. Les maisons neuves sont dispersées, les anciennes regroupées en face de la minuscule église. Le café fait aussi alimentation. Malgré l’heure de midi bien passée, la porte est ouverte. La patronne quitte le bistro pour me servir. Il y a de tout dans sa boutique, eau et vin mais aussi pain frais et jambon. La dame peut faire des sandwiches pour les randonneurs. Il y a toute l’épicerie de base. J’emporte un cake pour le petit déjeuner afin de ne pas avoir l’estomac vide dans el bateau.

Nous déjeunons d’une salade pommes de terre, thon, anchois, olives. Un classique pour nous. Raffinement : Dominique a trouvé de la coriandre séchée.

baignade

La plage de Bussaghia vue de la route de Porto

Le petit clapot dans l’anse protégée s’est transformé en houle et en vagues. Au milieu de la plage de Bussaghia, impossible se baigner au milieu de la plage en face des restaurants et des parasols. Tout le monde a migré vers le Nord, là où la plage est plus plate et le gravier plus fin. Les vagues sont moins puissantes. J’entends « entrer dans l’eau n’est pas difficile, le plus dur c’est d’en sortir » prononcé par une dame du Jura. A l’arrière des vagues, je nage tranquillement, me laissant ballotter dans les creux et les bosses de la houle. J’envie un homme chaussé de grandes palmes qui coupe droit à travers la surface mouvante alors que je me laisse porter comme un bouchon. Quand je retrouve mes affaires sur la rive, mon paréo est trempé, bouchonné, comme une vieille serpillière

 

Murtoriu – Ballade des Innocents – Marc Biancarelli

LIRE POUR LA CORSE

 

« en langue corse, le mot « murtoriu »revêt le double sens de « glas » et « avis de décès »

Ainsi commence ce livre. Je suis prévenue. Cela ne sera donc pas gai. Après Colomba, Mateo Falcone, de Mérimée et A son Image de Ferrari, mes lectures forment une suite funèbre. Existe-t-il un côté souriant dans la littérature corse?

Et comme prévu, ce n’est pas drôle du tout. Le narrateur, un libraire ayant des velléités d’écriture, ferme sa librairie en saison, quand peut être des vacanciers lui achèteraient des livres. Mais le Libraire se spécialise en poésie et non en guides touristiques. D’ailleurs il méprise les vacanciers, touristes et continentaux en général sans faire de cadeaux aux Corses qui se compromettent dans le tourisme, ou qui pratiquent des extorsions ou ceux qui sont rustres…pratiquement tout le monde. Quand le narrateur parle de sa personne, il est d’une prétention agaçante et sentencieuse. Ce qui n’épargne pas la vulgarité  au lecteur.

Il mêle à ses états d’âmes le récit de braquages et d’extorsion d’un couple de voyous:

« sur ces Terres, il y a une guerre éternelle. Il y a des gens qui assassinent d’autres hommes. C’est de cela que je vais parler. d’une guerre. Totale. Dans chaque recoin du pays. Je ne sais pas où ils ont appris à tuer.  Mais il y a ces visages dans les journaux, presque toutes les semaines »

Ce n’est pas de Vendetta romantique comme dans Mérimée, ni de « libération d’un colonialisme » qu’il s’agit, mais d’assassinat.

Il raconte aussi l’histoire de Marc-Antoine Cianfarani, mobilisé au mois d’août 1914, et de tous ces paysans corses dont les noms figurent sur les monuments aux morts de la Grande Guerre. Cela m’a touchée. Disproportion monstrueuse entre le nombre de morts rapporté à la population actuelle de ces villages complètement dépeuplés. Chaque fois qu’on traverse un village je peux faire cette constatation.

La description de la nature, des parties de chasse et de pêche, de la vie du berger m’ont énormément plu. Surtout le récit minutieux du travail du berger, la fabrication du fromage. C’est ce que j’ai préféré dans le livre.

PS je viens de me relire et je m’aperçois que la fin du billet a disparu! je corrige d’autant plus qu’il s’agit de ce que j’ai préféré dans ce livre.

 

 

Piana calanche et village

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calanche de Piana vues de la route

 Histoire de Piana

D’après  le panneau du parking de la Croix :

« Le village de Piana se développe à la fin du 17ème siècle sur un site déserté à la fin du Moyen Âge. C’était autrefois le cœur du territoire de la Pieve di Salognu. L’église pievane dédiée à san Marcellu se trouvait à 2 km de Piana, romane, 12ème siècle complètement ruinée actuellement. La Pieve di Salognu a connu une histoire tourmentée, soumise aux razzias barbaresques sa population s’est repliée dans les hauteurs ; elle a pâti des guerres entre Gènes et les seigneurs de Leca, en 1489 : en 1540 elle fut ravagée par Dragut. Pendant deux siècles les Génois interdirent toute installation pérenne . en 1690, Piana est reconstruite autour d’une maison forte. Son église fut achevée en 1792. Dès le 19ème siècle, ses calanche deviennent une destination touristique prisée »

En raison d’une météo incertaine nous choisissons une promenade terrestre : les calanche de Piana

Samedi, j’ai vu les grottes et les falaises du zodiac. Eblouie par le spectacle de Scandola je n’avais pas été aussi admirative que j’aurais dû. C’est toujours ainsi quand on accumule les visites ; On se blase facilement.

Alors que nous arrivons à Porto, un avion jaune fonce sur nous suivi par deux autres qui rasent la surface de la mer. C’est la sécurité civile. Y-a-t-il un incendie dans la montagne ? Nous ne les reverrons pas.

Chaos granitique

Entre Porto et Piana la route est spectaculaire, une douzaine de virages, et de points de vue à couper le souffle. Les calanche terrestres sont formés par un affleurement granitique de granite rose ou gris sculpté par l’érosion ; ce n’est pas le chaos classique de grosses boules empilées. Les diaclases sont verticales et resserrées. Le granite s’érode en grande plaques débitées en doigt qui pointent vers le ciel. Les écailles superficielles, en pourrissant sont devenues de l’arène granitique meuble qui a laissé des vides et des creux creusant des fenêtres et des formes bizarres. Chacun veut prendre sa photo. Les voitures stationnent chaque fois que c’est possible et souvent gênent le trafic. Embouteillage permanent mais quel spectacle !

Le château fort

La balade du « château fort » commence au pied du rocher de la « Tête du Chien » notée 30 mn. Courte promenade, mais beaucoup plus sportive que je ne l’attendais. Ce n’est pas un beau chemin comme ceux que j’étais habituée à parcourir mais un parcours un peu acrobatique dans le chaos granitique. On monte et on descend, il faut parfois s’aider des mains (merci au petit genévrier qui m’a permis de me hisser). Il y a un monde fou : des jeunes tchèques venus par deux autocars de Prague forment une longue file « bonjour ! Merci » disent-ils quand on les laisse passer. Ils sont bien polis mais ils pourraient songer à s’effacer. En sandales dorées ou en équipement d’alpinistes, ils occupent le site et finissent pas m’agacer. Le « château » n’est pas une construction médiévale mais un gros rocher cubique, aux parois verticales et au sommet plat.

Rocher bizarre

Quand je remonte, l’embouteillage bat son plein. La municipalité de Piana a prévu une circulation alternée que de jeunes fonctionnaires à vélo, habillés de gilets fluos, et équipés de walkie-talkie, font respecter en faisant garer les voitures au passage des cars et camions. « Trois cars vont passer » préviennent-ils.

Le village de Piana

Eglise de Piana

Le village est construit en amphithéâtre à flanc de colline. A l’entrée deux très beaux hôtels, des villas 1900. Plus loin, le village est ramassé autour de l’église de l’Assomption. Ses portes peintes sont originales, gaies, peintes en bleu, décorées d’une rosace en relief. L’intérieur est entièrement peint à fresques en trompe-l’œil, dans une grisaille qui imite le marbre gris avec des médaillons. Le petit village (485 habitants) est très sympathique. Vivant du tourisme, il a su garder la simplicité d’un bourg rural. Coexistent de belles bâtisses de granite et de plus petites maisons au crépi fané. Certaines maisons croulent sous les fleurs : bougainvillées, géranium, dahlias. D’autres sont plus simples. De petites boutiques proposent des produits locaux. Je découvre enfin le brocciu que je cherchais (9€) ? il y a aussi des plats préparés dans des barquettes en aluminium : poivrons et courgettes farcies au brocciu, lasagnes.

 

Nous dégustons les farcis (tièdes) le pâté de sanglier et le brocciu : échantillon des spécialités corses. Pour le soir j’ai acheté chez le boulanger qui passe à Marina Livia (c’est le boulanger de Piana) une bastella : chausson fourré aux blettes et au brocciu,  et un à la courge. Il en existe aussi aux oignons.

 

 

 

 

Gorges de Spelunca – Evisa – forêt d’Aïtone

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Gorges de Spelunca : pont génois  sur le ruisseau

La promenade des gorges de Spelunca débute 2 km après Ota, passés les « deux ponts » et emprunte l’ancien chemin d’Ota à Evisa sur le chemin de randonnée Mare e Monti. L’itinéraire est jalonné de panneaux présentant les animaux et les végétaux. Je suis étonnée de cette flore de milieu humide avec des fougères, sélaginelles, petits cyclamens qui ont fleuri après la pluie, salamandres et lézards. Malheureusement les panneaux sont très dégradés, décolorés ou troués – on a fait des cartons. L’un d’eux décrit les propriétés du buis qui se trouve être en bon état mais je reconnais les dégâts des pyrales ; ces derniers jours nous subissons au gîte une véritable invasion de petits papillons de nuit gris qui ressemblent bien à la pyrale. La promenade dans les gorges est bien plaisante. Le sentier est dallé de granite ; il monte et descend si bien que le dénivelé n’est pas fatigant. A nos pieds coule le ruisseau.

 

La première partie de la balade se termine au pont de Zaglia qui franchit un autre torrent. Ce pont est très arqué en raison des crues violentes. Il a été construit au 18ème siècle. Pont muletier : deux mulets chargés devaient pouvoir s’y croiser. La suite du parcours est conseillée aux randonneurs avertis (650 m de dénivelé – 4 h). Le sentier monte en lacets le long de la paroi. Il a été dallé « à pas d’âne », les marches ont été espacées pour que l’âne monte confortablement.

Pour rejoindre Evisa en voiture nous continuons la D124 ; extrêmement étroite et sinueuse débouchons sur la D84 (route de Corte) toujours aussi tortueuse et occupée par un troupeau de chèvres aux longs poils et belles cornes, les chèvres marchent tranquillement au milieu de la chaussée sans faire d’efforts de s’en écarter malgré le trafic. La plupart des automobilistes sont des touristes ravis de les rencontrer. Personne, ni homme ni bête ne s’impatiente.

les cochons sur la route

Après les chèvres, les cochons sont vautrés sur le bas-côté, de toute taille et de toutes couleurs. Un verrat noir dort, allongé tandis qu’une truie dispute très violemment un de ses porcelets. Comme les chèvres, les cochons sont une attraction ; les touristes descendent de voiture, filment ou photographient. Les cochons ne sont pas farouches. Un petit vient se frotter à mes jambes. Une jeune femelle se couche sur le dos comme un chien qui demande qu’on lui gratte le ventre. Tous les cochons ne sont pas en liberté ; Certains sont enfermés dans un enclos. Tous finiront en charcuterie, en attendant, ils ont la belle vie. Ces élevages de porcs ne sentent pas mauvais comme les élevages industriels. On ne voit ni lisier ni purin.

Une virée dans la campagne

Quand on monte en altitude, les châtaigniers sont plus fréquents. Ils sont déjà chargés de bogues piquantes. Curieusement elles ne sont pas dispersées dans l’arbres mais regroupées sur certaines branches. Le châtaignier est l’arbre emblématique d’Evisa. Au 17ème siècle les Génois incitèrent les Corses à les planter et les greffer ; selon Paoli, le châtaignier est « l’arbre à pain » la production abondante de glands et de châtaignes confère aux porcs une qualité exceptionnelle. Le marron d’Evisa peut être transformé en marron glacé. Nous avons la ferme intention d’en acheter, mais la saison terminée, on ne nous propose que de la « confiture de marron». La farine de châtaigne est récompensée par une AOP « Farina di Corsica ».

Forêt d’Aitone

A la sortie d’Aitone, il y a un sentier d’interprétation de la châtaigne (2h30). J’emprunte le tronçon fléché « piscines naturelles, cascade » sur le GR Mare e Monti tracé sur un chemin de transhumance. En fait de piscines naturelles et de cascades et vasques, un petit filet d’eau s’écoule. Des touristes ont installé des serviettes mais on ne peut guère s’y baigner, tremper les pieds et se rafraîchir !

Châtaignes d’Evisa

La forêt est plantée de pins Laricio, pins maritimes  d’une taille remarquable. M’attendant à trouver une grande cascade je dépasse d’abord l’escalier qui descend au ruisseau et je continue Mare e Monti jusqu’à une passerelle suspendue. En revenant je découvre un ancien moulin à châtaignes sur le bord du chemin.

Pour pique-niquer, nous trouvons un coin parfait sur la route de la maison forestière. Difficile d’évaluer la hauteur des pins ! Même le houx est géant.

Expédition en zodiac la Réserve de Scandola et les calanche de Piana

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Scandola

Hier soir, l’hôtesse de « Corse Emotion » a appelé. Je suis la seule inscrite sur le bateau pour Scandola, elle propose, pour le même prix, le tour complet : Scandola et Calanche de Piana. Elle prévient : « ce sera sportif ». Le téléphone me prédit une « légère brise de 13 km/h ».

Bonne pioche ! je suis ravie.

le zodiac au départ : Sarkoscud

Si tous les tours se ressemblent, Corse-Emotion propose des sensations fortes. Je n’y avais pas prêté attention. Le zodiac a pour nom Sarkoscud c’est peut-être un signe !

Le capitaine prévient : « la mer et agitée, si vous avez mal dans le dos, il vaut mieux renoncer. Les places les plus confortables sont à l’arrière »

Les autres passagers sont  canadiens,  retraités sportifs, personne n’avouerait un dos fragile. Dans le zodiac, les sièges ressemblent à des selles de moto. Il faut se tenir à une sorte de guidon. Il est recommandé de ne pas s’asseoir mais de se tenir debout, le dos calé contre le dossier rembourré et d’amortir les chocs en fléchissant les genoux. Pour rejoindre Girolata, Stéphane met pleins gaz. Le zodiac est soulevé puis se ramasse dans les creux en tapant bien fort. Impossible de prendre des photos. Je dois me cramponner à deux mains et cela bouge beaucoup trop pour espérer cadrer une photo !

La tour génoise de Girolata

L’arrivée à Girolata est très jolie. Le fort génois en bon état est à l’avant sur une butte. A l’arrière les petites maisons sont entassées sur la pente. Quand on s’approche, c’est beaucoup moins joli. L’anse est remplie de yachts monstrueux, pas de gracieux voiliers, non ! de monstres au museau de requin agressif. Cette une marina pour « hyper-riches » ôte tout charme et toute authenticité au « village de pêcheurs » qui est un village touristique avec restaurants chics pour les plaisanciers. Parmi les bateaux, la barge grise ravitaille les restaurants. Aucun facteur n’a remplacé Guy. Un seul bateau de pêche vend des langoustines.

Scandola

Encore 5 minutes à grande vitesse, nous atteignons la Réserve de Scandola balisée par des panneaux. Dans la zone périphérique il est permis de mouiller pendant la journée mais pas la nuit. Dans la Réserve Intégrale, il est interdit, de s’arrêter, de pêcher (sauf pour les vieux pêcheurs qui avaient obtenu leur concession avant 1975). Le survol en avion est aussi interdit pour ne pas déranger les oiseaux. Stéphane ralentit enfin le bateau pour commenter les curiosités ; Scandola est une caldeira effondrée d’un volcan de 250 Millions d’années. Les roches rouges sont de la rhyolite, les verdâtres de la dolérite et les noires du basalte. Les faciès volcaniques sont étrangement frais et lisibles. Les poches de gaz ont laissé de grandes cavités. On reconnait les coulées, les orgues rhyolitiques curieusement horizontales, les lahars (coulées de boue où le matériel pyroclastique, les blocs roulés et les galets sont mêlés). D’étranges pitons surgissent de l’eau, la lave semble s’être solidifiée hier dans l’océan.

baiser

Les vagues battent les rochers et offrent un spectacle impressionnant. La Réserve terrestre est également protégée. La silhouette des arbres se détache, torturés comme des bonsaïs. Sur des pitons se trouvent les nids des balbuzards (alfana) gros comme des nids de cigognes. Plus le nid est ancien, plus il est imposant. C’est toujours le même couple qui l’occupe. Le Lithophyllum – algue rouge de la famille des corallinacées, forme un trottoir au contact air/eau. Protégés aussi, les coraux et les herbiers à posidonies.

Premier arrêt dans une grotte où l’eau est très calme et transparente. Des bords pneumatiques du zodiac, on peut observer les poissons. Un mérou nous attend, je le devine plus que je ne le vois. Un banc de poissons bleus passe : des oblades proches des dorades mais immangeables parce que pleins d’arêtes. On peut les passer à la moulinette pour faire de la soupe ou s’en servir comme appât vif pour la pêche.

Stéphane montre les coulées blanches faites par les cascades à la saison humide.

Plus qu’un cours de sciences naturelles, notre capitaine préfère faire appel à notre imagination pour trouver une trompe d’éléphant, un rocher en équilibre incertain qui semble danser, deux rochers séparés par un creux qui ressemblent à deux visages échangeant un baiser. Il agrémente la promenade d’éléments fantastiques.

Nous traversons toute la baie à grande vitesse pour parvenir aux Calanche de Piana en 20 minutes qui passent vite maintenant que nous sommes habitués.

Granite des calanche de Piana

Les calanche sont en granite – rose et gris – 350 Millions d’Années. Failles et diaclase ont donné cette érosion caractéristique : crètes triangulaires, doigts pointés vers le ciel. Le bateau s’immobilise dans la « piscine », un petit cirque entouré de hautes falaises où l’eau est transparente et tranquille. « Voulez-vous vous baigner ? «Nager autour d’un bateau est une expérience plaisante. Il faut auter ou plonger, ce que je ne fais jamais. Je m’assieds sur le boudin et me laisse glisser pour couler, boire une belle tasse avant de remonter. Pour remonter il y a une petite échelle.

Le bateau se faufile dans des passages de failles, des tunnels, des grottes. Par une fenêtre dans la roche on voit les crêtes dans le lointain. La petite plage de Ficajola est surmontée par des cabanes, maisons de pêcheurs ou restaurants ?

Grottes et fenêtres à Piana

Nous avons abandonné notre cabane dans les arbres ; j’aimais beaucoup le voisinage des oiseaux mais Dominique avait vraiment beaucoup de mal à monter le chemin pentu. Houssine nous a réservé un autre bungalow en face du jardin où il reste encore quelques zinnias fleuris et des lauriers roses. En face il y a un beau magnolia.

A la plage de Boussaghia il y a moins de vagues qu’hier. Je recommence les longues traversées qui délassent mon dos des trépidations du bateau. Le ciel s’est couvert mais il fait très doux sur la terrasse.

 

 

 

 

Promenade à Ota, la marina de Porto et la plage de Bussaghia

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Ota sous les nuages

Météo du téléphone  : 80% de probabilité de pluie.

Le ciel est gris, bas, il reste quelques gouttes sur les feuilles des arbousiers. Le sol est sec. Pluie minimale mais chute de la température. Nous ne nous pressons pas de nous lever.

marina livia notre balcon dans les arbousiers

La promenade de la Passerelle de Pinello est un itinéraire facile (1h30 AR – 200 m de dénivelé). Départ du sentier à Ota, sur la D124 à l’entrée du village au Bar des Chasseurs. Un escalier descend à la base du village. Une croix, un appentis en bois, je trouve facilement le sentier dallé, ses grosses marches de granite entre deux murettes recouvertes de lichens et de mousses. Etrangement, avec l’abondance de fougères et de mousse on ne se croirait pas dans un pays méditerranéen sec, plutôt dans une jungle humide. Les figuiers de barbarie portant de nombreux fruits orangés me rappellent à la géographie ; deux gros plants sont écroulés que je contourne en évitant de frôler les raquettes piquantes. C’est le seul obstacle sur le sentier qui descend en lacets serrés dans les oliveraies. Un passage en balcon me permet d’admirer les montagnes dont les sommets sont pris dans les nuages. L’avantage de la couverture nuageuse, c’est qu’il ne fait pas chaud !

maquis : exubérant!

Je découvre des ruines (les moulins annoncés ?), puis un vieux pont de pierre dont l’arche est brisée. Je franchis une passerelle. Sur ce versant les arbres sont plus hauts, plus touffus. Les troncs des châtaigniers sont impressionnants mais nombreuses branches sont desséchées. Sont-ils malades ou simplement très vieux ? Une piste en faux plat conduit à la route de Corte (D84). Des aboiements m’inquiètent : toute une meute de chiens de chasse salue mon passage. Ils sont attachés et ne sont pas agressifs. Ils gueulent pour le plaisir. Avant la route il y a encore un petit pont de pierre.

Le retour se fait par le même chemin. Le soleil a dispersé les nuages. En montée je transpire tant qu’il me semble que j’attire les mouches.

Sur la route en corniche à la sortie de Porto; Au premier plan hellébore arborescente

Nous retournons à la marina de Porto : des hôtels, des restaurants, rien d’autre (si ! un bureau de Poste). Je réserve une excursion pour Scandola samedi matin, vendredi la météo annonce du vent ?

Nous rentrons juste à temps pour échapper à une belle averse et déjeunons à l’abri de l’auvent sur le balcon.

Comme le soleil est revenu je vais à pied à la plage de Bussaghia me baigner. C’est une grande plage de petits galets multicolores. L’eau est bleu profond, presque bleu nuit. La surface fait miroir reflétant les rochers rouges des falaises.

De Galeria à Porto – installation à marina Livia

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Galeria

Baignade sur la plage de Galeria

Nous nous détournons de la route d’Ajaccio pour aller me baigner sur la belle et grande plage de Galeria. Nous pique-niquons sur un banc sous un beau pin, d’un avocat, de deux œufs durs et de taboulé. Je suis la rangée de bouées jaunes qui délimitent la zone de baignade de la marina. De nombreuses bouées blanches offrent, en saison, des anneaux de mouillage pour les plaisanciers. Déjà en septembre il y en a fort peu.

La D81 vers Porto tortille dans le maquis sur une dizaine de km loin de la côte. Au Col de Palmarella nous retrouvons la mer et découvrons le golfe de Girolata avec sa tour génoise ; le ciel est devenu laiteux. Les photos seront ternes : les rochers orange ou rouges apparaissent grisâtres, la mer est grises ; je n’ai même pas envie de photographier.

scandola dans la brume

A Osani, au Col de la Croix, la vue est encore plus spectaculaire. Un café est installé au départ du sentier de Gui le facteur (45 minutes pour la plage de Tuara – 1h15 pour Girolata). Pour les photos, toujours cette vilaine lumière qui ne m’inspire pas !

Le GPS nous conduit directement à Marina Livia à Serriera, sauf que le bourg est perché dans la montagne et que Marina Livia est sur la plage de Bussaghia.

marina livia notre balcon dans les arbousiers

L’accueil est chaleureux mais le confort spartiate. Notre chalet en bois est perché, le balcon dans la cime des arbousiers au-dessus d’un laurier-tin. Un peu plus bas, il y a des oliviers. Le chalet est revêtu à l’intérieur de lambris en bois foncé. Il est meublé de deux lits de fer et d’une table. La hauteur de plafond est surprenante. Kitchenette vieillotte (les plaques n’ont même pas de témoin lumineux). La salle d’eau, revanche est toute neuve avec une belle cabine de douche en verre.

Le charme, et l’inconvénient de notre bungalow, c’est qu’il est en hauteur ; derrière, il y a bien un chemin plein d’ornières et de rochers. La Smart se fraye un chemin en marche avant. On dé charge les valises. La descente en marche arrière s’avère très pénible. On ne renouvellera pas l’expérience.

 Courses à Porto :

 

Station balnéaire très bien équipée SPA, Carrefour-Contact bio et local. Comme son nom l’indique, Porto est un port, pas un port de marchandise, ni de passagers, ni même de pêche ; c’est le départ des excursions à la Réserve de Scandola et aux Calanche de Piana. Le long des quais il y a des comptoirs pour les billets et les réservations d’excursions ou pour la location de bateaux avec ou sans permis. Une haute passerelle en arceau enjambe l’estuaire. En face c’est pareil. Tout est calibré : les prix et les destinations sont tous les mêmes. Zodiacs 12 personnes et gros bateaux, tous font le même circuit. 30€ pour les Calanche, 45 € Scandola , 60 l’ensemble. A l’Office de Tourisme, une jeune blonde décolorée récite son boniment. Les excursions ne sont pas de sa compétence. Pour les promenades à pied, elle distribue une photocopie gratuite mais illisible de parcours dans les calanche de Piana et vend 3€ le topoguide des autres randonnées. Pour les concerts, reportez-vous aux affiches ! Porto est donc touristique, très touristique. Un tourisme très encadré. Il s’agit de faire rapporter le tourisme sans toucher à la Réserve, bien entendu !

Nous dînons tôt sur la terrasse. Les journées raccourcissent ? A 8h du soir, il fait nuit. Ici non plus, il n’y a pas de moustiques, seulement des papillons gris qui volettent autour de la lampe extérieure.

 

 

 

La vallée du Fango

CARNET CORSE

Le petit fleuve Fango

Nos guides qualifient la visite de la vallée du Fango d’ »incontournable ». Nous empruntons donc la petite route de Mansu et nous arrêtons sur le parking en face du Ponte-Vecchiu, petit pont génois à une seule arche qui enjambe le fleuve. Le Fango s’insinue dans des roches rouges, creusant des vasques près desquelles des touristes ont déjà étalé leurs serviettes.

Le Fango est un petit fleuve côtier au débit torrentiel réputé pour sa transparence de l’eau. Il ne charrie pas de particules en suspension du fait de la résistance à l’érosion des rhyolites qu’il traverse dans un bassin versant entouré de reliefs imposant lui garantissant son isolement. Du fait de l’absence de nutriments dissous – très faible minéralisation, la pauvreté en azote et en phosphore – il n’y a pas (ou très peu) d’algues qui lui donneraient une couleur verte. Les ¾ des éléments dissous sont d’origine atmosphérique. Le Fango est donc très sensible à la pollution de l’air et des eaux de pluie. On a constaté, cependant, un doublement des nitrates en 20 ans.

le pont génois sur le fleuve Fango

Je m’engage sur le sentier mare e monti qui rejoint le vieux pont gênois à Tuarelli (2h30)  en longeant la rivière. Je fais demi-tour au bout d’une demi-heure regrettant de disposer de si peu de temps.

La petite route passe par la forêt. Arrêt sur l’aire de Treccia dans la Yeuseraie(forêt de chênes verts) très vieux, très imposants. Selon un panneau, une Université anglaise y mène des recherches sur la mésange bleue.

le Fango vers l’amont

Mansu est un village étagé flanc de la montagne. On s’approche ensuite des hautes montagnes dénudées aux crêtes déchiquetées. Il me semble distinguer un névé. Est-ce possible ? les sommets dépassent 2500 m. Devant la petite église de Bardiana le mystère du « névé » est résolu. Il n’y a pas de neige, mais le vide sous une arche rocheuse (Tafonato). L’arche est si lointaine que je ne fixe rien sur la photo.

Avez vous trouvé l’arche?

Le Sermon sur la Chute de Rome – Jérôme Ferrari

LIRE POUR LA CORSE

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J’avais commencé après le Goncourt Le Sermon sur la chute de Rome et j’avais renoncé. Rebutée par le style, les phrases interminables et interloquée par le sujet : quel rapport avec Rome? m’étais-je demandée. On n’est pas forcé de lire les Goncourt!

De retour de Corse, après avoir lu A son image, et l’avoir aimé, j’ai fait une nouvelle tentative. Et je me suis laissé séduire. Il faut du souffle pour apprécier le style de Ferrari, et de la persévérance. Mais quand on se laisse emporter, le charme opère.

Comme A son image qui illustre les parties d’un Requiem, le plan du Le Sermon sur la Chute de Rome est construit à partir des phrases-clé du sermon de Saint Augustin. Construction intelligente. Quel rapport entre la Chute de Rome assiégée en 410 par les troupes de Genséric et l’échec du bistro d’un village corse?

Le Sermon sur la Chute de Rome peut aussi être envisagée comme une saga familiale dont l’origine est une photo prise en 1918 de la mère de Marcel Antonetti, de ses sœurs et de son frère, et dont la conclusion serait la mort de Marcel, le grand père, comme une défaite.

« Nous ne savons pas, en vérité, ce que sont les mondes. Mais nous pouvons guetter les signes de leur fin. Le déclenchement d’un obturateur dans la lumière de l’été, la main fine d’une jeune fille fatiguée posée sur celle de son grand-père, ou la voile carrée d’un navire qui entre dans le port d’Hippone, portant avec lui, depuis l’Italie, la nouvelle inconcevable que Rome est tombée »

Si le centre de l’histoire est la tentative de Mathieu et de son ami Libero de faire revivre le bistro du village de montagne corse. Histoire d’amitié depuis l’enfance de deux garçons. Histoire de l’attachement au village corse de leur enfance.

Et Saint Augustin, là de-dans?

« Libero croyait que son honorabilité était inscrite au fronton d’un ciel haut et pur dont importait peu que personne n’en connu l’existence. Il fallait se détourner des questions morales et politiques, gangrénées par le poison de l’actualité et se réfugier dans les déserts métaphysiques de la métaphysique. »

Libero décide de faire son mémoire de master de philosophie sur Augustin.

Aurélie, la sœur de Mathieu, archéologue part en Algérie chercher les vestiges de la cathédrale d’Hippone.

Les deux étudiants en philosophie abandonnent leurs études et se lancent dans l’aventure au village. Le succès de leur entreprise est fulgurant. Tragique est la chute.

L’art de Ferrari est de faire vivre tout un monde, au village, mais aussi à Paris et dans les colonies. Les personnages secondaires ne sont pas esquissés, chacun est  le personnage principal de son épisode dans l’histoire.

Je ne regrette donc pas d’avoir recommencé cette lecture. Je devrais rééditer l’expérience. Chaque livre attend son heure