Tenerife 8 – Teide 3 mésaventure

CANARIES 2005

 

 

Avec la tempête le Teide a encore blanchi et le téléphérique est arrêté
Avec la tempête le Teide a encore blanchi et le téléphérique est arrêté

La route de l’Ouest

Il fait beau. Le  parcours est ambitieux : aborder le Teide par la route de l’Ouest que nous avons parcourue sous le brouillard, traverser la caldera et rentrer par la route de l’Est , la Carratera dorsal que nous ne connaissons pas .
Nous parvenons vite à Icod (17km) sur la route que nous connaissons maintenant très bien. Nous retrouvons  le dragonnier d’Icod, près de la route- un arbre fameux, dont Icod en est très fière, et lui attribue un âge immémorable. Les dragonniers de Sao Nicolao, au Cap Vert, m’avaient paru beaucoup plus beaux. Au dessus d’Icod, la route coupe la pointe ouest de l’île traversant des campagnes verdoyantes. Les montagnes très abruptes du Massif du Teno dominent la route. Dès que l’on redescend sur l’autre versant le paysage est égayé de grosses boules roses des pêchers en fleurs. Le Teide, bien blanc, se détache sur sa couronne de pinèdes. Les buissons de marguerites, presque des arbustes sur des troncs, toutes en fleurs font des touffes blanches.
Après Santiago del Teide sur  un paysage de terrasses abandonnées sur des coulées de lave, une végétation étrange s’est installée : des Aeonium mansiquorum portent une inflorescence en chapeau chinois fanée d’autres Aeonium forment comme des assiettes, des Euphorbes en buissons, des vipérines, des Opuntias …Plus discrètes, les fougères ont de toutes petites crosses en cette saison.  A l’Ouest, l’île de La Gomera se détache sur l’horizon.
Après Chio nous passons devant le cône du volcan responsable de l’éruption de 1909 qui a laissé un paysage noirâtre ressemblant à celui des Arénas Negras. Plus loin nous entrons dans la forêt de pins poussant sur des coulées plus anciennes.. Finalement, la route passe sur les coulées des Narines du Teide. Nous avons l’impression de traverser une mer déchaînée et pétrifiée sur une digue. Des tunnels de lave ont été coupés par la construction de la route. Sous cet angle je remarque le Pico Viejo responsable des éruptions les plus récentes.

Les narines du Teide : les petits cônes encore plus blancs sur l'arêtte
Les narines du Teide : les petits cônes encore plus blancs sur l’arêtte

Des que nous arrivons dans le Parc nous trouvons une circulation intense des voitures arrivant du sud. Il y a bouchon presque à chaque arrêt.

pique-nique devant l’Observatoire

Coulée et rebord de la camdeira saupoudrés de neige
Coulée et rebord de la camdeira saupoudrés de neige

J’étudie méthodiquement et recopie les panneaux explicatifs. Après le Portillo nous prenons la route de l’Observatoire de l’Azanaga avec ses coupoles et sa tour blanche se détachant sur le ciel bleu.La montagne est blanche, la neige, épaisse. De nombreux Espagnols jouent aux boules de neige ou font de la luge. Aujourd’hui, pas de plats à paella mais des planches de surf. Nous déjeunons au dessus de la Mer de Nuages : salade de pommes de terre, thon, anchois et herbes du jardin. Il y a plus d’herbes que de thon !Au dessert encore le pain perdu du Buffet du Teide.

L'observatoire de l'Anazaga
L’observatoire de l’Anazaga

Les Pastels

pastels
pastels

La route a entaillé une série de pyroclastites : entre deux couches sombres de scories basaltiques, une couche claire de ponce.
Puis nous nous enfonçons dans la Mer de Nuages, qui s’étend en dessous de 2000m. La forêt de pins est noyée dans le brouillard. On ne verra rien des innombrables belvédères.

Dernier mirador au dessus de Santa Cruz

Le phénomène de la mer de nuages
Le phénomène de la mer de nuages

Nous sortons du nuage au dessus de La Laguna à 1000m. Au dernier mirador, nous découvrons la mer avec des dizaines de gros bateaux : Santa Cruz. Il fait très beau.
Un couple s’attarde sur la table d’orientation. Ils ont posé une carte et mangent un sandwich, nous empêchant de nous repérer. On proteste : « en plus ils ne regardent même pas ! »
Quand nous retrouvons la voiture garée de l’autre côté de la chaussée, Dominique remarque un gnon sur sa portière. On n’arrive pas à ouvrir avec la télécommande. Nous comprenons tout de suite : j’ouvre mon sac et la cachette : vide ! Le porte-monnaie contenant 300Euros, la carte VISA, et  le téléphone portable ont disparu. Nous prenons l’autoroute dans le mauvais sens, demi tour à Santa Cruz puis dare dare à la limite des 120km/h autorisés, nous rentrons à la Finca. Tomas me prête son téléphone mobile pour faire opposition à la carte de crédit et nous allons au commissariat de Puerto de la Cruz faire la « denuciacion ».

La denuciacion.

Le planton à l’entrée, plantureux et moustachu, parle un peu anglais. Je m’adresse à lui en Espagnol, il m’envoie dans une salle d’attente pleine : deux Allemands, une famille espagnole, deux Anglais. Les touristes sont en majorité. Quelques minutes plus tard on m ‘appelle pour me proposer de faire la déposition en français de mon « hôtel » avec un interprète parlant ma langue. Je ne veux pas téléphoner, on a volé le téléphone, je ne veux pas d’interprète non plus. Ce que je veux c’est un papier à présenter à AVIS. L’attente est interminable. Plus d’une heure a passé depuis que la famille espagnole a été invitée à entrer dans le bureau. Pourquoi n’appelle-t on plus personne ? Que fait le policier ? L’arrivée d‘une suédoise détend l’atmosphère. Elle raconte ses mésaventures : elle a perdu son bracelet et n’arrive pas à joindre son amie au téléphone. Elle nous fait la conversation. On s’ennuie moins mais rien n’avance. La nuit tombe. Je suis ici depuis deux heures. Le policier est sorti. Le commissariat va t il fermer ? Un jeune le remplace, en uniforme bien repassé, gros insigne doré à la poche de poitrine, l’air d’un poupon.
Je raconte mon histoire. Comme toujours, les premiers mots en espagnol sortent difficilement. Au début je suis bloquée.Une fois, la conversation engagée, mon espagnol devient plus fluide . Le policier propose un interprète puis disparaît dans le bureau d’à côté où ses collègues écoutent la radio. Dans la vitre de la porte-fenêtre se reflète ce qui se passe : notre policier fait les cent pas sans rien faire. Au bout d’une longue attente, il revient, examine sous toutes les coutures ma carte d’Identité, les papiers de la Clio. Il est extrêmement pointilleux. Ce qui le gêne c’est que nous lui avons dit que le  vol s’était déroulé à La Esperanza. Il lui semble que le mirador est plutôt situé sur la commune de La Laguna. Nous racontons que nous avons vu les voleurs.

– « Les avez vous vus ouvrir la voiture ? »

– «  non, bien sûr, mais nous avons vu une Fiat Punto bleue qui faisait demi tour précipitamment et un homme nous faire un « doigt d’honneur » par la fenêtre de la portière ».

On mime le geste obscène. Cela amuse beaucoup le policier qui, poliment, écrira dans la déposition « geste inconvenant ».

– « Pourriez vous reconnaître la figure des voleurs ? »

– « Non, cela s’est déroulé trop vite »

– « Et sur des photos ? «

Il semble prendre très au sérieux son enquête, note le numéro de mon téléphone. Nous sortons à 8h20 après avoir signé huit exemplaires de la déposition et huit autres de mes droits.

Tenerife J7 – Jardin botanique / San Juan de la Rambla

CANARIES 2005

Ficus de collection
Ficus de collection

Jardin botanique

La tempête, hier, a été sérieuse : les avions n’ont pas pu atterrir ni décoller à Tenerife. Vers 11h du soir l’orage grondait encore. Toute la nuit, un vent terrible s’est déchaîné. Ce matin, le ciel est bleu, la mer agitée, mais le Teide est couvert. Difficile de choisir un but de promenade.
Compromis, nous irons au jardin Botanique de Puerto de la Cruz, après, on avisera.
Pour trouver le jardin, j’interroge un passant :

« Vous êtes italienne ? »

– «  Non, française »

–«  Je suis Catalan,  je vais vous expliquer en Catalan. »

C’est bien ma chance ! Son catalan est compréhensible, de toutes façons, c’est facile, il suffit de tourner à droite et ensuite c’est fléché !

Trois cars de touristes attendent devant l’entrée du jardin. Les touristes ont collé sur leur pull, le numéro du car. Certains portent à leur cou des pochettes comme celles des enfants non accompagnés des compagnies aériennes.

jardin botanique de puerto dela  - Copie

Le jardin  ancien,  contient des arbres de très haute taille. Il est ordonnancé géométriquement : deux allées perpendiculaires le coupent en quatre quartiers. Des allées secondaires le recoupent en seize. Chaque carré est délimité par une bordure soigneusement taillée de coléus, crotons … le carré des Cactées est entouré de Sanseveria. Dans chaque massif, un ou deux très grands arbres. Le sol est couvert de plantes fleuries : beaucoup de clivias mais aussi des fougères.

Exotiques et étranges
Exotiques et étranges

Peu de logique ou de pédagogie. Les arbres proviennent de tous les continents, Beaucoup viennent du Brésil, d’Australie ou d’Afrique du Sud. Je reconnais à l’entrée un Mamey de Cuba. Un ficus énorme occupe le centre du jardin. Ces arbres sont toujours impressionnants. Je ne sais si celui là est plus grand que celui de Palerme.

jardin botanique de puerto dela 0001

Les jardins botaniques m’enchantent toujours. Nous ne ratons jamais une occasion d’en visiter un et restons toujours longtemps. Ici, la foule est vraiment trop dense, le jardin trop petit pour supporter tout ce monde. Le soleil est caché,  ne favorise pas la prise de photo. Après avoir arpenté chacune des allées méthodiquement. Après que Dominique ait rempli ses poches de dattes et de graines diverses, nous décidons de rentrer.

Promenade Las Aguas El Rosario

san juan de la rambla - Copie
San Juan de la Rambla

 

La promenade n°4 , Las Aguas-El Rosario, commence à la piscine de San Juan de la Rambla non loin de Los Realejos où se trouve notre finca. Le parking est vide ainsi que la piscine. C’est un endroit très tranquille. Nous empruntons un sentier côtier bien entretenu. La mer, bleu profond, est décorée de nombreux moutons. Le soleil est éclatant. Il fait bon. Je suis en habits d’été : short, et T-shirt

Pique nique en bonne compagnie

Gallottia gallotti Eisentrauti le lézard du Teide
Gallottia gallotti Eisentrauti le lézard du Teide

Face au village, une banquette de pierre, perpendiculaire au parapet, nous offre un coin pique-nique idéal. Au menu, carottes râpées au persil et aux épinards crus, et  omelette aux herbes du jardin. A peine sommes nous installées que qu’un gros lézard sort de son trou : c’est un lézard  du Teide : Gallotia Gallotii eisentrauti. Sur le dos, une ornementation de raies jaune fluo très fines, tenue de camouflage. La gorge est bleue. Sur les flancs une série de points bleus. Entre les pierres de la murette, nous voyons poindre des petites têtes grises qui ont l’air de nous surveiller. J’ai lu au Centre d’Interprétation du Portillo qu’ils se nourrissent de graines, de racines et également des restes des pique-niques. Je lance une miette de pain. Le plus hardi s’en saisi et part se cacher. Le gros lézard tente d’intercepter le butin du jeune. Venant par derrière nous, un lézard mord dans l’omelette qui se trouvait dans le tupperware posé sur le parapet. Il en emporte du morceau. Je n’ai pas le choix, je lui cède le coin qu’il a grignoté. Quatre ou cinq petites têtes nous guettent. Je lance des carottes râpées, chacun emporte une provision. Chaque fois le plus gros recommence à chasser les petits pour les voler. Il est beaucoup plus prudent et ne s’approche pas. Soudain, alerte générale : tous les lézards disparaissent. Au dessus de nous, bien haut, un faucon plane. Comment  ont ils été avertis ?

un joli chemin en balcon

finca dans les bananiers et palmiers
finca dans les bananiers et palmiers

Le chemin passe entre tamaris et roseaux. Les agaves pointent leur nouveau bourgeon floral de l’année. Une très jolie maison d’angle aux murs jaunes vifs parsemé de pierres apparentes est surmonté d’une sorte de loggia de bois vert de guingois. Elle est toute petite, une pièce en rez de chaussée, une plus grande à l’étage. A l’abord des maisons le chemin est très soigné pavé bordé de plantes ornementales fleuries avec des inflorescences bizarres sur de hautes hampes. Un vieux chien marron et blanc, entre cocker et épagneul, se lève péniblement  et décampe en boitant Le petit hameau de Rambla est très joli avec sa toute petite église blanche qui donne sur une place arrondie bordée par une banquette dominant l’océan. Nous descendons dans un ravin aménagé en terrasses irriguées. Des bananes poussent sans bâches ni parpaing.  Près de la mer, on cultive des tomates déjà mûres en cette saison .Tout le système de rigoles en ciment apportant l’eau  aux parcelles est remplacé par des tuyaux.

Cultures irriguées en terrasses, tomates papas, bananes
Cultures irriguées en terrasses, tomates papas, bananes

Au retour nous nous arrêtons à la plage de Socorro puis portons les pellicules photos chez le photographe de notre quartier à Realejos, en face de la Montaneta. Nous reviendrons les chercher à 8 heures. J’ai apporté les photos ratées toutes bleues et mon Olympus. Je lui demande si la pile de la cellule est responsable des photos surexposées. Non! d’après lui, la cellule fonctionne bien mais elles sont brûlées –quemados – parce que mon film est trop sensible. Je devrais utiliser du 100 Asa.

san juan de la rambla

Tenerife j6 – Le Teide sous la tempête de neige

CANARIES 2005

le Teide s'encapuchonne
le Teide s’encapuchonne


Le temps est incertain

 circuit n°2, marqué 3h, au départ  du Portillo,

Nous décidons de nous lever tôt et arrivons les premières au Centre d’Interprétation du Portillo et devançons les rangers du Parc. Le beau temps radieux d’avant hier n’est pas au rendez vous. De la Orotava, le Teide paraissait dégagé mais il y a déjà de nombreux nuages. Deux éventualités : soit nous serons au dessus des nuages, soit nous serons dedans. C’est donc un pari .
Au début de la promenade, le soleil brille ;  seuls, quelques petits nuages restent accrochés au sommet.

Nous montons progressivement sur le flanc d’un cratère par un bon sentier. Assez rapidement nous rencontrons la neige. Pas de problème pour moi, mes chaussures de rando sont en goretex. Dominique, en revanche, est en tennis. Au début, la neige est ferme sous nos pieds, bien tassée et ne fond pas. Là où elle a fondu hier, la terre est soulevée par les cristaux de glace allongés et légèrement incurvés. Il a gelé dur cette nuit. Le thermomètre de la voiture marquait 2°. Pas de balisage, nous suivons les traces des pas des randonneurs. La vue est dégagée jusqu’à la mer qui se confond avec le ciel gris.

Mirage : des îles?

Les nuages semblent se déchirer : la mer apparaît brillante, moirée, pas une ride ne l’agite. Il me semble apercevoir trois îles. A cette altitude ce ne serait pas invraisemblable puisque selon nos livres, on voit tout l’archipel du sommet du Teide .Je prends la carte pour les identifier. Hélas ! Il s’agit d’un mirage : ces »îles » ont changé de forme entre temps, ce sont de petits nuages allongés sur l’horizon.

la neige sous les tropiques!

Le Teide sous la neige!
Le Teide sous la neige!

Devant nous, les dômes et coupoles blanches de l’observatoire astronomique. Derrière nous, le Teide s’enveloppe d’une écharpe blanche qui cache la pointe. Nous avançons d’un bon pas parmi les genêts aux « feuilles » épaisses sur la face nord de la montagne. La vue est plongeante sur des cratères bordés de neige. Il y a même des traces de ski de fond et d’autres, plus grandes, de raquettes. Tant de traces, que nous perdons le sentier. Dominique me montre une tache orange fluo avec une crotte de lapin au milieu. Ce lapin a dû manger de la carotte ! Plus loin, une autre tache orange. Nous arrivons à une impasse, plus de traces. Quelques mètres au dessous : le sentier sur lequel nous étions tout à l’heure. Et si les traces orange étaient un balisage ? Nous revenons en arrière et suivons les pas les plus nombreux. Les petits flocons qui ne nous avaient pas inquiétées tant qu’il y avait encore du soleil, se sont renforcés. C’est maintenant une véritable  tempête de neige. Nous marchons vers un petit col entre deux petites montagnes. Pas de vue. Nous marchons dans le blanc. Nous pourrions être aussi bien dans le Massif Central !Au petit col, nous retrouvons avec plaisir le balisage : des cairns alignés tous les 15 ou 20m. En quittant notre couloir abrité, le vent glacial nous arrive en pleine figure. Le sentier fait le tour d’un cratère de scories noires souligné par la neige. Les scories sont bien stables, le chemin est bien marqué et confortable. Ce serait une balade magnifique si le vent ne nous fouettait pas le visage et si nos jeans n’étaient pas trempés. Nous sommes gelées. Nous descendons en lacets la pente très escarpée du petit volcan. Quand nous retrouvons la neige nous recommençons à glisser. Enfin nous arrivons dans la plaine au fond de la caldera, recouverte de projection, blocs, bombes. On se dirait dans le lit d’un oued. Malheureusement, les conditions atmosphériques ne nous ont pas permis d’apprécier la variété des paysages.

luge et paella

Vers midi, le soleil est revenu. De jeunes espagnols portent des plateaux ronds – des plats à paella – enveloppés dans des sacs poubelles pour faire de la luge.
A une heure nous sommes de retour. La randonnée a duré 4 heures au lieu de trois, pourtant, nous n’avons pas musardé.

jardin botanique

Nouvelle visite au petit musée, je découvre un jardin botanique très pédagogique. Malheureusement, en hiver les plantes ne sont pas à leur avantage !

Nous faisons une nouvelle traversée du parc en voiture en nous arrêtant aux miradors illustrés par des panneaux et des tables d’orientation.

Le pique-nique est gastronomique : grosses crevettes roses, avocat et saumon à l’aneth, pour dessert du pain perdu du Restaurant du Teide. Nous comptions nous installer au Minas de San Jose. Malheureusement, dès que nous nous installons devant le petit dôme de ponces vertes, l’averse de neige de grêle redouble et nous cache le paysage ;

Nous roulons vers l’ ouest du parc en plein brouillard. Même les Roques de Garcia sont invisibles. Après les Azulejos, des chutes de pierres ont presque barré la route.La route ouest est une digue traversant  une mer de lave ressemblant à un champ labouré. Enfin, on le devine. Ce que nous voyons, ce sont les stops d’une Fiat Punto de location que nous suivons pendant des kilomètres jusqu’à l’intersection pour Los Gigantes après Chio.
Nous retrouvons le paysage de terrasses couvertes des raquettes des figuiers de Barbarie, d’euphorbes et autres succulentes et fleuri de marguerites en grosses touffes, de pêchers roses et de buissons bleus ressemblant à de la lavande. Ce paysage, riant hier, est plus triste sous la pluie. Quand nous arrivons sur la côte Nord au dessus de El Tanque, nous voyons un arc en ciel double. La mer est bleu profond agitée de nombreuses vagues. Les couleurs sont violentes   jaunes et ocre, orange des crépis des maisons, rose orange des bougainvillées.Nous vivions depuis des heures dans un monde en noir et blanc , subitement, on aurait « remis la couleur ». Retour coloré par l’itinéraire bien connu.

Tenerife -J5 – Arenas negras – los Gigantes

CANARIES 2005

la Montana Negra aui a détruit les port de Garachico en 1706
la Montana Negra aui a détruit les port de Garachico en 1706

La Montaneta

TOPO DE LA RANDO

Le Petit Futé donne une description très alléchante de ce site.

Un itinéraire balisé existe :  Départ de la rando N°5 à La Montaneta devant la petite église San Francesco.

C’est toujours difficile de trouver le sentier . Pour interroger les habitants, le plus pratique est d’entrer dans une boutique ou un bar. Si le propriétaire n’est pas trop affairé, il donne des renseignements plus avisés que n’importe quel passant. Les meilleurs renseignements sont ceux des chauffeurs de taxi ou des policiers. Au bar,  le patron regarde des dessins animés à la télé. Il se débarrasse de moi  « arriba ! » manque de chance, il y a un chantier à l’entrée de Icod los Vinos et une déviation. Dans Icod, j’essaie une épicerie fruiterie. La marchande est si gentille qu’on y fait nos courses. Elle nous envoie sur la route d’El Tanque.

La chapelle San Francisco est toute moderne. Derrière une vitre, Saint François est habillé de satin devant deux rangées de bancs. Le sentier grimpe dans la pinède pendant 50 minutes (300m de dénivelé, 3km). Il fait bien frais. Je marche d’un bon pas. Cette rando matinale est tonique à défaut d’être pittoresque. Pas de ravin vertigineux, encore moins de point de vue. Le sentier rejoint une piste de terre qui conduit au rendez vous à la « base récréative de las Arénas » : parking, camping, bungalows. Comme souvent, quand Dominique est seule, elle fait les plus jolies rencontres: cinq pics des pins. Quand j’arrive, ils sont envolés.

Arenas Negras

Petits cratère provenant d'une éruption récente 1909 du Chinyero
Petits cratère provenant d’une éruption récente 1909 du Chinyero

L’  endroit lunaire est tout noir. Les fameux sables noirs sont plutôt de la granulométrie de fins lapilli anguleux, bulleux et souvent très brillants .Sous nos pas, leur contact est très agréable, ils sont bien tassés. On ne s’enfonce pas. Ils proviennent d’une éruption récente. La Montana Negra est responsable de la destruction du port de Garachico en 1706 et le Chinyero, tout proche est entré en éruption en 1909. La végétation est déjà présente : quelques pins vert fluo poussent sur les sables noirs. Des buissons colonisent déjà les pentes du cône. Les lichens sont étranges. Certains, très petits, ont une couleur rouge. D’autres font de fins filaments orange. Bien sûr, il yen a de plus classiques formant des encroûtements grisâtres .

Arenas negras
Arenas negras

Nous sommes seules dans ce paysage désertique, intimidées par des panneaux qui interdisent l’entrée pour la préservation de la réserve naturelle. Ces interdictions provoquent chez moi une réaction ambivalente. Je reconnais le bien-fondé écologique de ces réserves. Je veux être une bonne citoyenne du monde et je respecte ces interdits. Par ailleurs, ma curiosité est aiguisée. Qu’est ce qui se cache ? Le cratère ? Sur le sol poussent des lichens si fragiles qu’il ne faut à aucun prix les piétiner. Mais, je vois quelques sentiers. Ne serait il pas plus raisonnable de canaliser le public dans des parcours obligés plutôt que de tout interdire et ne rien surveiller ?

Arenas negras : bombes
Arenas negras : bombes

J’opte pour la solution intermédiaire : suivre le sentier sans couper à travers. Je grimpe jusqu’à une arête, espérant entrevoir le cratère. Dominique contourne un autre très petit cratère ? Quelques bombes parsèment le sol noir. Je ne sais pas pourquoi cet endroit me ait plus penser aux dunes du Sahara qu’à la caldera du Teide tout proche. Malheureusement, les nuages arrivent et cachent le Teide tout blanc sur la forêt de pins. Au loin, un homme appelle ; ses cris sont semblables à ceux des bergers qui rassemblent leurs troupeaux.  Deux chiens énormes  se dirigent vers moi. Ce sont eux les gardiens du parc. Nous en aurons la confirmation par des écriteaux. Nous avons un peu peur mais ils ne nous poursuivent pas.
Une canalisation de ciment clair se détache sur les sables noirs. Par endroit on peut soulever un couvercle et accéder à l’eau pure. D’après le Petit Futé, le remplissage des gourdes est une des attractions de cette promenade. Malheureusement, aujourd’hui, avec les nuages, il fait bien trop frais pour que nous soyons tentées par l’eau froide.

Ascension du cratère

la tentation du sommet!
la tentation du sommet!

Je me retourne vers le volcan : deux silhouettes se détachent au sommet, suivies par d’autres. On peut monter !
En un petit quart d’heure, je suis au sommet. La vue porte du phare de Teno jusqu’à Puerto de la Cruz. Sur la mer, il fait beau tandis qu’ici le ciel est tout gris .Le sommet de la Montana Negra est rouge très oxydé. J’avais déjà vu cela en Auvergne, la température élevée provoque une forte oxydation. L’intérieur du cratère est coloré par les lichens. Tout le rebord, côté de la mer, est incrusté de lichens gris .Les filaments oranges brillent sur les lapilli noirs à l’intérieur du cratère. Je redescends très facilement par l’intérieur du cratère. Je n’ose pas courir comme à la descente du volcan de Fogo (plus de trois heures de montée et vingt minutes de descente comme à ski avec de belles gamelles).

Les lichens orange donnent un aspect barbu à la roche
Les lichens orange donnent un aspect barbu à la roche

Au rendez vous, Dominique n’est pas encore là. Normal, le chemin par le volcan était beaucoup plus court. Je m’installe sur l’unique rocher pour dessiner en l’attendant. Une demi-heure plus tard, j’ai fini mon croquis et elle n’est toujours pas arrivée. De plus, la pluie menace et il fait froid. Je la vois, enfin, furieuse ! Pour éviter les chiens, elle a suivi la route qui l’a écartée du site. Elle a donc fait un énorme détour avec l’impression de s’être perdue.

arebas negras

Nous allons chercher le soleil plus au sud

Nous allons chercher le soleil vers le versant sud de la montagne. La petite route d’Arénas negras nous emmène au sud du massif de Teno (pointe Ouest de l’île) près de Santiago del Teide. Dès que nous redescendons de l’étage de Monteverde nous retrouvons l’agriculture. De petits champs en terrasse soignés et surtout une profusion de pêchers en fleurs roses. Les agaves portent leur hampe florale. Les euphorbes et autres plantes grasses sont florissantes. Nous dépassons Santiago del Teide, village sympathique- maisons simples, vie rurale tranquille.

L’heure du déjeuner a largement sonné, nous cherchons un coin agréable pour le pique-nique. Pour une fois, nous dénichons du premier coup l’endroit idéal. Une pente cimentée nous conduit à une terrasse. De grosses touffes de marguerites Argyranthemum, d’euphorbes et d’une curieuse plante à hampe desséchée ressemblant à un parasol fermé, forment une végétation exubérante.

opuntia et aeonium
opuntia et aeonium

Nous nous asseyons sur un muret face à la mer abrité par une sorte de petite coupole construite en pierre de lave autour d’un petit canal d’irrigation. A nos pieds, un tapis sec et doux formé par des écorces d’amandes. A l’étage du dessous, un champ de pommes de terre et au fond un pêcher rose magnifique. De l‘autre côté de la route, épousant une arête horizontale, un village aux maisons colorées. Sur une esplanade, un marchand de légumes a empilé des sacs d’oranges : 10 kg pour 7 euros. Un âne attend, attaché à sa longe. Un appentis est entièrement recouvert d’une liane à grosses clochettes jaunes. Non seulement, le coin est charmant, le soleil brille et en plus le pique-nique est très bon : une salade de petites pommes de terre de Tenerife les papas, avec du thon assaisonné avec les herbes du jardin de la finca Saroga : persil en abondance, il pousse partout, menthe en petites feuilles, et épinards crus à feuilles très épaisses et charnues triangulaires vert foncé. Le fromage de brebis ou de chèvre acheté à Icod est délicieux. Je termine par une banane et Dominique avec des rousquilles.

Los Gigantes, tourisme de masse

Los Gigantes : falaise
Los Gigantes : falaise

Los Gigantes est un site réputé de Tenerife. Nous descendons une route en lacet dans une campagne en terrasse. De nombreuses cultures poussent hors sol sous serre : bananes et surtout tomates. Cette Tenerife rurale, même enlaidie par des bâches en plastique, est bien sympathique.  Nous traversons le village de Tamaimo, bien tranquille avant d’arriver  à Los Gigantes : les falaises que nous avons vues au phare de Teno .Malheureusement, le site naturel est éclipsé par le gigantisme des résidences, hôtels, immeubles. Les promoteurs ont vu grand ! Tout un quartier adossé à la montagne est formé de studios identiques, terrasses en gradins, tous crépis de jaune. Un hôtel ressemble à un paquebot géant (belle architecture). Des quartiers entiers d’immeubles identiques sont en cours d’achèvement. Une jolie marina entourée de maisons canariennes à balcons de bois ajouré. Cette station est plutôt de meilleur goût que les constructions que nous avons vues auparavant. On a fait des efforts d’architecture. Il en demeure quand même que cette station balnéaire est le comble de l’absurde. En face des falaises qui tombent à pic dans l’océan, il n’y a aucune plage. Seules quelques piscines artificielles, un lagon de ciment. Ces immeubles abritent des milliers d’estivants qui n’ont rien ou presque pour se baigner ou même pour se promener. Le site est resserré, encaissé. La circulation automobile, un cauchemar. Qui est assez idiot pour acheter des milliers d’appartements au bout du monde sans même une plage ? Je monte sur la digue qui encercle la marina, même pas aménagée, pour prendre une photo. Dominique n’a pas eu le cœur de me suivre. De la voiture, elle me lance le porte-monnaie pour aller m’acheter une glace – une cassate délicieuse dans un restaurant du port.

Nous quittons sans regret cet endroit absurde, remontons les lacets, traversons le massif du Teno pour nous retrouver à Icod et reprendre la route de Puerto de la Cruz.
Nous terminons tranquillement la journée à la plage de Socorro – baignade interdite- mais sable fin noir.

Tenerife J4 – Le Teide

CANARIES 2005

Teide
Le dôme derrière les pins

 

La Orotava

C’est le premier matin que le sommet enneigé du Teide est visible de la finca. Les jours précédents, on ne faisait que deviner la neige sur ses flancs.

Suivant les indications de Juan, nous quittons l’autoroute à la sortie 33, et traversons la Orotava, cité en pente. Nous parcourons de vieilles petites rues. Comme à La Laguna, nous avons du plaisir à voir une ville ancienne. Une trentaine de kilomètres séparent La Orotava de l’entrée du Parc du Teide. La route passe par une jolie campagne plantée de vignes, des petits champs sont prêts pour les semis. Les arbres bordant la route sont des feuillus défeuillés qui nous rappellent que nous sommes encore en hiver. Nous évoquons des vacances dans les Pyrénées avec les arbres en fleurs sous le sommet enneigé du Canigou.

La Orotava
La Orotava

Vers 1000m nous entrons dans une très belle forêt de pins des Canaries : de beau arbres aux aiguillez très longues et fournies. Le sous-bois est uniquement recouvert d’aiguilles. A chaque tournant le Teide apparaît dans son écrin de verdure, sa pointe blanche se détachant sur le bleu du ciel. Je serais tentée de le photographier à chaque fois.

Monteverde

Plus haut, nous traversons le Monteverde ou, Laurasylva, la forêt de bruyères arborescentes, de lauriers et de houx. Elle est très dense mais moins haute que dans le massif de l’Anaga. Moins impressionnante aussi : les bruyères sont si denses qu’elles ressemblent plus à des buissons qu’à de vrais arbres

La neige

Teide neige - Copie

A 1600m, les plaques de neige font apparition et bordent la chaussée. Plus nous continuons de monter,  plus il y a de neige.
Au Portillo (2020m) le Centre d’interprétation du Parc est très bien organisé. Un garde très aimable nous donne de  beaux dépliants et nous conseille pour les itinéraires. Nous négligeons le petit musée.
Avant toute chose, D me photographie devant un genêt dans la neige. La neige est étonnante à cette latitude comme elle nous avait surprises à Marrakech.

caldera

la caldeira et les formes étranges des dykes
la caldeira et les formes étranges des dykes

La route traverse la caldera très vaste de 17 km de diamètre. Nous avions vu une caldera à Fogo au Cap Vert et à San Antao. Celle de Fogo est tapissée de coulées très récentes, elle est habitée, la vigne y pousse et donne un vin excellent. Celle de San Antao forme un cercle presque parfait, elle est cultivée, une route en fait le tour. Je me souviens des ânes chargés de bidons qui y faisaient la course comme sur une piste de cirque ou dans une arène.
Le rebord sud de la Caldera du Teide ne forme pas un mur vertical comme à Fogo. Il ressemble à un rempart épais en pente comme une forteresse avec son glacis. La neige s’accroche aux pentes. Les sommets sont couronnés de roches déchiquetées sombres qui tranchent avec le blanc de la neige. Le plancher de l’immense chaudron (puisque c’est ainsi qu’on pourrait traduire le mot ) est très plat. Par endroit, le sol paraît poussiéreux, la végétation de buissons épineux et de genêts s’est développée. Ailleurs, différentes coulées s’étalent. Il faut un bon moment pour s’habituer à cet environnement étrange.

Végétaux étranges

Minas de San Jose au 1er plan cendres derrière coulée phonolithique
Minas de San Jose au 1er plan cendres derrière coulée phonolithique

Au premier arrêt aux Minas de San José, je suis plutôt attirée par la silhouette des végétaux, squelettes desséchés des genêts, étrange colonne grise hérissée de longs poils du Tajinaste rojo , Echium Wildpreti, un genre de vipérine. Ces colonnes ébouriffées hautes

Tajinaste fleuri à une autre saison(image prise sur Internet)
Tajinaste fleuri à une autre saison(image prise sur Internet)

d’un mètre à un mètre et demi sont les restes d’inflorescences rouges qu’un panneau présente. En hiver, il ne reste plus que ce squelette. La plante fleurie doit être extraordinaire.

 

imaginer le volcan primitif!

Nous nous arrêtons à chaque mirador. Un panneau très bien fait raconte le volcanisme du Teide. Il faut imaginer l’énorme volcan primitif qui a explosé pour laisser l’énorme caldera en fer à cheval. C’est un exercice intellectuel difficile, comme imaginer le Sancy ou le Plomb du Cantal qui devaient être des édifices énormes. Le Teide avec ses 3718 m paraît tout petit à côté dans le schéma explicatif !

Phonolite, dômes de dykes les Roques de Garcia

Roques de Garcia
Roques de Garcia

On explique également la formation des petits dômes en phonolite. Dans le paysage j’en devine quelques uns.
Nous arrivons enfin près du parador dans la zone la plus spectaculaire :celle des dykes formant des colonnes bizarres multicolores, des pains de sucre ruinés, des dents et des chicots oranges, rouges et violacés . Des cars, des jeeps, des minibus stationnent sur le parking, libérant des hordes de touristes. Ils grimpent sur les Roques de Garcia dont la silhouette est bien connue des Espagnols. Elle ornait l’ancien billet de 1000 pesetas. Le sommet du Teide est encadré par ces rochers pittoresques.
Nous nous mêlons à ces foules indécentes qui parlent fort, s’interpellent, se poussent et se prennent en photo. Des ados espagnols chantent et braillent dans un anglais approximatif.
Le sentier N°3 contourne les Roques de Garcia. Sur la carte ; c’est une petite boucle de 3.5 km faisable en 1h30 d’après le guide à l’entrée du parc. Au début le sentier est encadré par une rangée de pierres, il est très fréquenté. Nous marchons à plat entre des reliefs étranges. A l’arrière d’une immense colonne, le sentier amorce une descente vers le fond de la caldera. Le chemin devient malaisé, les scories ne tiennent pas et roulent. Heureusement, j’ai mon bâton ! De ne veut pas entre parler de bâton .Elle se braque dès que j’ose vanter cet accessoire. Pourtant il est bien utile. Plusieurs fois, j’ai senti les cailloux se dérober sous mes pieds. Entre deux colonnes orange, une coulée fluide noire s’est épanchée. On voit comme d’énormes boudins qui se poussent, se tortillent, s’alignent, se superposent en une lente cascade de macaronis noirs. La surface présente d’énormes phénocristaux de l’ordre du centimètre. Cette coulée s’étale, s’élargit et va se terminer dans la caldera plate. J’imagine la lave, incandescente alors.

Nous pique-niquons sur un de ces boudins noirs qui nous procurent des sièges confortables. De là, la vue est intéressante. Vers le sommet du Teide, on devine le téléphérique.

La cathedrale

la cathédrale : un dyke
la cathédrale : un dyke

Vers le bas, un étrange édifice : la Cathédrale, dyke ressemblant aux Roches Tuilières et Sanadoire du massif Central. Je détaille les prismes de refroidissement. Derrière la Cathédrale, de bizarres rochers hérissés. La promenade contourne la Cathédrale. Puis il faut remonter ensuite une pente très raide. Dominique est partie longtemps avant moi. Le sentier est difficile à trouver. Tout au long de la descente, elle appréhendait la remontée. Finalement c’est raide, on s’essouffle, mais cela se grimpe beaucoup mieux qu’on ne le craignait. La descente était plus difficile.

la cathédrale et la caldeira
la cathédrale et la caldeira

Azulejos

La route qui traverse le cratère passe devant des rochers colorés verts, bleus, turquoise appelés Azulejos. Altération hydrothermale précise le panneau explicatif.

tunnel de lave

A 16h nous sommes au petit musée du Portillo. On y entre par une maquette de tunnel de lave à taille réelle très bien expliqué et très bien fait, on s’y croit ; Je n’ai malheureusement pas le temps d’étudier les lames minces des roches présentes au Teide, du basalte à la phonolite. Un montage me plait bien : cinq cubes de même volume sont accrochés à des dynamomètres montrant ainsi les différence de masse. Lorsque nous sortons du musée il pleut et nous sommes en plein brouillard.

El Portillo Teide

Ce n’est que vers 1000m que le brouillard se dissipe. De temps en temps des pins apparaissent comme par mirage. Quand nous retrouvons une bonne visibilité, nous trouvons aussi les embouteillages. Nous traversons la Orotava au pas  et avons le temps de contempler les constructions. Toute la ville est un véritable chantier : on creuse, on nivelle, on supprime la vigne et les petits jardins.
De retour à Los Realejos, supermarché et photographe.

Tenerife – J3 – randonnée dans l’Anaga

CANARIES 2005

La pointe Est de l'île : l'Anaga
La pointe Est de l’île : l’Anaga

La Laguna

Autopista Norte jusqu’à la Laguna que nous passons  facilement grâce aux indications d’un policier. Cela fait plaisir de traverser une vraie ville avec des magasins, des administrations, des maisons anciennes, et pas une station balnéaire. Il est près de dix heures, tout le monde dort ce dimanche matin.

L’Anaga est la montagne qui occupe la pointe Est de Tenerife. En moins d’une douzaine de kilomètres nous avons monté 1000m.

Un mirador offre une vue très étendue de la Laguna à Santa Cruz de Ténérife,  le Teide  dans les nuages. Par temps plus clair on aurait pu voir la Grande Canarie mais aujourd’hui, l’horizon est embrumé.

Laurasylva

la Laurasylva ou Monteverde.  est la forêt des bruyères arborescentes.  C’est une forêt très dense. Les feuillages sont légers mais les arbres poussent très serrés. 1000m, est l’altitude des nuages, il fait  gris avec des bancs de brouillards bien froids. Le Parc Naturel del Anaga entretient très bien les chemins de randonnées. Les petites routes goudronnées ne figurent pas sur notre carte. Je me réfère aux panneaux et finalement nous nous perdons. Une troupe de randonneurs en bonnets, polaires bâtons et gants de jardinage, vient à notre rencontre. Nous nous sommes trompées, il nous faut revenir en arrière chercher la Cruz del Carmen. Nous quittons la forêt pour les villages des Carbonaras – charbonniers ? – dépassons le village pour le site de Chinemada d’où part la randonnée N°20. Autour de nous des ravins vertigineux, des pics pointus se détachent, l’un d’eux ressemble à un tuyau de cheminée portant un pyramidion.

Carbonaras descente vers Punta del Hidalgo

Carbonaras
Carbonaras

Le départ du sentier est bien indiqué, sous des maisons troglodytes encastrées dans la falaise, peintes en blanc avec de petits jardins dans les courettes. Le chemin est bien entretenu, pas question de se perdre. Des marches sont taillées dans la roche orange ou rouge. Le ravin est profond, la végétation, clairsemée. Je descends avec précaution. Mon bâton remplace la rampe d’un escalier. Les pics ont des formes aiguës. L’un d’eux est complètement ajouré. La lave brune est crevée de grottes formant même une sorte de fenêtre.

Sentier de Chinemada à Puerto del Hidalgo
Sentier de Chinemada à Punta del Hidalgo

Je veux photographier cette fenêtre avec au premier plan une sorte de pissenlit géant: un laiteron. Sa fleur ressemble à celle du pissenlit ainsi que la forme de sa feuille, en énorme, et il est perché sur  un tronc. Une asphodèle est en fleur .Je descends seule mais au fur et à mesure je croise de nombreux randonneurs qui montent de Punta del Hidalgo. Si le dénivelé est très important, la montée n’est pas forcément plus pénible que la descente où il faut être très vigilante. Pour ceux qui souffriraient du vertige, des barrières assurent les endroits les plus à pic. C’est une occasion de m’arrêter et de regarder vers le bas.

Asphodèle
Asphodèle

Des miradors ont été aménagés, dominant la mer de plusieurs centaines de mètres en dessous.
Le dernier pic est creusé curieusement d’une sorte d’entonnoir qui le traverse de haut en bas. Cette figure d’érosion me fascine. Impossible d’imaginer une cascade monstrueuse. D’où viendrait l’eau ? Je pense à une cheminée remplie d’un matériau fragile qui aurait été déblayé. Il existe de nombreux filons verticaux. Mais c’est le contraire qui s’est passé avec eux : la lave plus cohérente se trouve maintenant en relief recoupant verticalement toutes les coulées et les cendres. Peut être une faille, due à un séisme,  a été élargie en entonnoir ?

Nous avons rendez vous sur la plage à 13h. Je suis dans les délais.

Anaga

Déjeuner à la plage

Ce n’est pas une vraie plage, plutôt une étendue de rochers bas hérissés de pointes sur lesquelles les rouleaux se fracassent dans une écume blanche qui jaillit. La mer est rayée de vagues blanches. Le vent froid souffle. Nous remettons les polaires pour déjeuner.
Avec les fines herbes du jardin, D a préparé de jolies omelettes vertes au persil et à la menthe .

Courte promenade avant de remonter en voiture le long de l’eau entre les buissons et les figuiers de barbarie. D s’esquive pour laisser passer un Monsieur Pressé, une épine de raquette lui entaille la main qui saigne abondamment.

Punta del Hidalgo

Punta del Hidalgo
Punta del Hidalgo

Dans le projet de boire un café en terrasse, comme à Garachico, nous allons à la station de Punta del Hidalgo, Garons la voiture au pied d’un immeuble imposant formé de deux ailes emboîtées en un V ouvert sur au moins 20 étages.Les appartements donnent sur des coursives ouvertes . Au pied de ce monstre, une digue a été aménagée au dessus d’une très grande piscine arrondie creusée dans la roche .La corniche piétonne peinte en blanc est bordée de jolies maisons sans prétention . Un tout petit port est abritée par une jetée. Les barques colorées sont empilées sur un plan incliné. Le dimanche, le Café des pêcheurs est fermé. Il y a bien un restaurant perché sur une sorte d’estrade, mais à cette heure-ci (16h) toutes les tables sont occupées par des consommateurs qui déjeunent de crevettes, calmars ou moules. Tant pis pour mon café !

J’envoie les SMS assise sur un banc face à l’océan. Le soleil chauffe. Je quitte les chaussures de montagne pour mes sandales. En short, pieds nus, j’ai des sensations d’été. D’ailleurs, on se baigne dans la piscine.

Au retour, nous essayons de longer le rivage. La route traverse des villages, fait des détours. Nous voyons la mer de loin bordée par des bananeraies sous plastique. Ces cultures en serre à grande échelle sont vraiment laides. Nous avons vu la même chose en Sicile, en Crête, à Chypre.

Vers 18h nous nous installons dans notre patio ensoleillé sous la petite tonnelle défeuillée en cette saison. Le groupe des illuminés a déménagé. Malheureusement de gros nuages arrivent. Comme c’est dommage de rentrer avant la nuit, nous retournons au mirador de San Pedro d’où part un chemin dallé qui descend à la mer par un beau jardin de palmier. Nous nous promettons de revenir.

Tenerife – J2 – Garachico : pointe de Teno

CANARIES 2005

 

Garachico: vu du début de la balade
Garachico: vu du début de la balade

 

les herbes du jardin de la finca

 

La jeune femme du gîte cueille du persil et nous fait découvrir  les herbes du jardin : persil en abondance,  touffes de menthe et de marjolaine à très petites feuilles. Le basilic pousse dans des pots. Epinards et chayottes rampent. Les épinards aux petites feuilles triangulaires très charnues, peuvent être manger crus en salade. Dans des jardinières, de l’aloès. Nous nous promettons d’acheter de la salade pour profiter des fines herbes.

En route vers l’Ouest

Route vers l’Ouest, par un soleil resplendissant.

La campagne est gaie : les petites bananeraies sont encloses dans des murs de parpaings pas très esthétiques. Des poinsettias aux extrémités rouges sont alignés. Les villages ont un aspect agréable, pas d’immeubles, des maisons agrémentées de balcons crépies de blanc, de rose ou de jaune. Le tourisme de masse n’a pas encore atteint cette partie de l’île (encore que, sur le bord de l’eau, un immeuble de style Grande Motte se voit de loin). A Garachico,  départ de la promenade sur la route de cuervas (route des virages) qui nous emmène à San Juan del Reparo. La montée est impressionnante : les lacets serrés sont soulignés à la chaux. Après 5 ou 6 km,  à mi-pente,  altitude de 600 m qu’il me faudra descendre.

Rando San Juan/Garachico

San juan
San juan

TOPO DE LA RANDONNEE

L’épicière, derrière son comptoir, vend toutes sortes de marchandises, aussi bien des gâteaux à la pièce que de la morue au détail emballée dans du papier journal, des produits d’entretien, du vin …

Le sentier est juste derrière sa boutique. Dans le village, il est goudronné. Un beau chemin muletier empierré de lave, protégé par un parapet,  serpente dans la foret de pins. La descente est très raide, les pierres sont inégales et glissantes, les aiguilles de pin, traîtres. Je suis ravie d’avoir  mon bâton télescopique qui m’assure contre les glissades. J’ai remis en service mon ancien appareil photo ; je retrouve le plaisir de la mise au point manuelle qui me permet de réfléchir plus au cadrage.

La côte découpée s’étend jusqu’à Puerto de la Cruz. Garachico, à mes pieds, se rapproche avec son îlot rocheux, son grand clocher blanc et toutes les terrasses des maisons en mosaïque. Les citernes sont dispersées sur les terrasses. Le sentier court sur la coulée de lave de 1706 qui a englouti le port, jadis important. Des croix ont été érigées. L’une d’elle, fleurie, a été recouverte de cailloux. Les fleurs ont séché, les cailloux tiennent en équilibre comme par miracle. Si la croix s’était détachée sur un beau ciel bleu, je l’aurais photographiée. Je passe devant deux petits édicules : oratoires ou sources captées ? Un petit canal de ciment, comme une levada de Madère, conduit de l’eau qui brille sous le soleil. Malheureusement, le système d’irrigation par levadas tombe en déshérence, remplacé par de vilains tuyaux de caoutchouc noirs ; parfois, trois ou quatre tuyaux suivent le même chemin  et s’emmêlent.

Garachico

La ville de Garachico, églises et couvent
La ville de Garachico, églises et couvent

Après trois quarts d’heure de descente, je parviens aux premières maisons, traverse un petit parc archéologique où est exposé un ancien pressoir et je sors sous une porte ancienne construite en un appareil de petites pierres très soignées. Derrière le jardin, une jolie placette avec une fontaine, la rue mène à la mer.

 Garachico est une toute petite ville très tranquille  d’un charme désuet. L’église Santa Anna est très vaste. Ses murs blancs sont rehaussés de parements sculptés autour des portes. Les boiseries sont magnifiques, surtout le plafond. Les retables sont surchargés.

Garachico : cloître du couvent
Garachico : cloître du couvent

Un peu plus loin, la place de la Liberté est occupée par un rectangle planté de ficus touffus faisant de l’ombre aux tables d’un café. Au centre on a construit un kiosque à musique. Un palais austère orné de colonnes torses  borde la place. A côté, le grand bâtiment de la Mairie. Un couvent, au coin, se visite. Luxe : il renferme deux cloîtres aux galeries de bois sculpté sur deux niveaux. L’un deux est planté d’un jardin, l’autre forme une cour nue. Sous les galeries, une exposition de photos anciennes raconte la vie d’antan : l’antique autobus, le premier camion, les processions. Il y a également une collection de coquillages venant du monde entier ainsi que des échantillons de minéraux. Exposition ancienne, poussiéreuse, désuète, charmante.

piscines naturelles

Piscines naturelles
Piscines naturelles

 

Les rochers du bord de mer ont été aménagés en piscines naturelles pour la baignade. D’étroites allées cimentées  conduisent à des bassins profonds où on pourrait nager si le temps s’y prêtait . Pique-nique à l’extrémité : une seule rangée de rochers nous sépare de l’océan. La vague se forme, se creuse, avance en gros rouleau qui explose. Nous sommes au sec, seuls les embruns des vagues les plus spectaculaires nous atteignent. Est ce que la marée monte ?  Dans les vasques naturelles, de nombreux poissons évoluent. L’un d’entre eux est bleu profond absolument magnifique. D’autres, verts très aplatis nagent sur le fond.

Au menu, saumon, avocat de Ténériffe et une banane. Les vagues se creusent de plus en plus, les embruns nous mouillent, nous nous replions dès le repas terminé. Avant de quitter Garachico, je m’attable à la terrasse d’un restaurant pour un très bon café bien serré.

pointe de Teno

Pointe de Teno
Pointe de Teno

Pour atteindre la Pointe de Teno, nous passons par Buenavista qui est une charmante bourgade tranquille encore peu touchée par le tourisme. La petite route se faufile entre les murs de parpaing qui protègent les bananeraies. Juste après une belle finca blanche, bien nommée Casablanca, de grands panneaux annoncent en quatre langues qu’on s’engage à ses risques et périls sur la route du phare, coupée en cas d’intempéries et dangereuse en raison de chutes de pierres et de glissement de terrain. Nous serons prévenues ! Une fraction de seconde d’hésitation. Devant nous, une Opel Corsa blanche stationne. Dominique la double, l’Opel nous suit. Une énorme montagne pointue nous fait face. La route s’engage dans un tunnel très long, tout noir et bas de plafond qui donne un parfum d’aventure à notre expédition. D’après le plan, la route devrait s’interrompre à la sortie du tunnel et nous devrions faire à pied la promenade. La route a été prolongée jusqu’au phare et de nombreuses voitures sont garées sur le parking. Nous ne sommes pas les seules téméraires !

Cardon euphorbia canarensis
Cardon Euphorbia canarensis

Le phare est construit sur une péninsule. Il apparaît derrière un cône de scories rougeâtres remodelé pour faire une route et une plate-forme. Au pied du cône : un petit port naturel avec des barques. Sous la route du phare, des arcades, sans doute des garages pour les barques. Nous négligeons la promenade du phare, trop fréquentée, et nous engageons sur le bord de la falaise dans les scories. Ca et là, poussent des touffes de feuilles vert très vif, très épaisses avec une inflorescence rappelant celle du fenouil : c’est la laitue de mer : Astydamia latifolia, des raquettes de figuiers de barbarie, plus spectaculaires : de très hauts buissons candelabriformes de l’Euphorbia canariensis. Dominique pénètre au milieu d’un de ces buissons pour donner l’échelle sur la photo.
Sous nos pieds, la lave est creusée de grottes marines. A l’aplomb d’une grotte, une croix décorée de coquillages.  Quel naufrage commémore t elle ?
Plus loin, les falaises noires interdisent tout passage. Elles sont impressionnantes quoique familières. Nous avons vu ce type de paysage au Cap Vert à Sao Antao et à Sao Nicolau. Sous le ciel gris, elles ont un air encore plus sauvages .

Pointe de Teno - Copie - Copie
opuntia (figuier de barbarie)

 

Je me pose un moment pour dessiner. Ces montagnes me fascinent mais elles sont difficiles à saisir. Dominique trouvé de très jolies immortelles violettes, les mêmes que celles que nous avons rapportées du Danemark, des kakilées. Elle vient de cueillir un fruit du figuier de barbarie Quelle imprudence ! En Israël, je laissais aux gamins arabes le soin de les éplucher et je les achetais tout prêts. Celui qu’elle me tend a l’air lisse et innocent : une sorte de petite poire rouge grenat brillante. Je le range dans le filet extérieur du sac à dos. Quelques minutes lus tard, elle est prise d’horribles démangeaisons:  elle l’a mis dans sa poche de pantalon. Le jean est tout plein d’invisibles épines qui lui entrent dans la cuisse. Il faudra le laver !

Tenerife garachico

congelados

Courses dans un petit supermarché de congelados à Los Silos :  on se sert seul dans les gros congélateurs. On choisit les tranches de poisson ou de viande en vrac. Ils vendent au détail également petits pois ou haricots. Ces boutiques de surgelés sont très communes ici. Pour les fruits et les légumes, nous préférons les marchands de quatre saisons du bord de la route. Les prix sont plus élevés qu’en supermarché mais la marchandise est plus alléchante.